Miss Charity, de Marie-Aude Murail (2008)

Miss Charity (couverture)Miss Charity Tiddler est née dans une bonne famille de haute société anglaise. Cela implique de bien se tenir, de bien présenter, d’être sage et surtout de ne pas vouloir travailler pour vivre. Une vie bien ennuyeuse entre des parents qui l’ignorent et Charity passe la majeure partie de son temps avec sa bonne, Tabitha et se consacre à ce qu’elle aime : les lapins, les crapauds, les souris, les oiseaux, qu’elle recueille dans une étrange ménagerie. Elle aime aussi réciter Shakespeare, courir dans les champs, arpenter la campagne du Kent et inventer des petites histoires au sujet de ses protégés.

Marie-Aude Murail s’inspire de la jeunesse de Beatrix Potter pour donner vie à la dynamique Charity. D’où un contexte historique parfaitement documenté. Les us et coutumes de la bourgeoisie, la place des femmes, les théâtres qui présentaient alors les pièces de Wilde et de Shaw, la campagne anglaise… Nous sommes immergés dans une Angleterre du XIXe siècle plus vraie que nature.

Beatrix Potter

C’est toutefois très romancé et Charity n’est pas tout à fait Beatrix. D’une fillette attachante et maladroite, elle deviendra une jeune femme bien déterminée à suivre ses désirs – dans sa vie personnelle, dans son art, dans ses affaires professionnelle – et à faire reconnaître son intelligence dans un monde d’hommes. Elle est entourée de personnages inoubliables, fantasques, encourageants, loyaux que sont sa gouvernante française, sa bonne écossaise, le précepteur allemand de son cousin, un comédien un peu voyou et bien d’autres.
Voilà pourquoi, même si l’on devine assez vite la fin de l’histoire, tous les éléments précédents et le fait de les suivre sur de longues années contribuent à la pointe de regret au moment de fermer le livre. C’est drôle, c’est un peu triste parfois, c’est excellent.

Les aquarelles dans Miss Charity

Malgré sa taille, le roman se dévore. Merci à l’écriture vivante et entraînante de Marie-Aude Murail et à la plongée dans la tête de Charity grâce au récit à la première personne. Petite surprise : les dialogues présentés comme dans une pièce de théâtre avec le nom du personnage inscrit avant son texte (il y a d’ailleurs parfois de petites didascalies). Etonnant, mais en rien perturbant.
Les aquarelles de Philippe Dumas contribuent également à donner de la légèreté au roman et font souvent des clins d’œil à celles de Beatrix Potter. Sans dire que je les trouve magnifiques, elles sont toutes simples et illustrent à merveille l’histoire en capturant un paysage, un animal, une situation.

Le croirez-vous, il me semble bien que Miss Charity est mon premier roman de Marie-Aude Murail ! En tout cas, c’est une magnifique rencontre tant avec l’autrice qu’avec ses personnages menée par une héroïne moderne pour son temps, une amoureuse de la nature indépendante et pleine d’imagination.

Les illustrations de Beatrix Potter

« Lydia
C’est Charity Tiddler qui aurait bien besoin de consulter un médecin.
Philip
Qu’est-ce qu’elle a? Est-elle malade?
Lydia
Elle est folle. Elle récite du Shakespeare au milieu de tout un ramassis de bestioles
J’ignore d’où elle tenait son information, mais je dus reconnaître que que c’était un assez bon résumé de ma vie. 
»

« Mademoiselle
Croyez-vous, Cherry, qu’un jour quelqu’un pourra faire oublier à Herr Schmal la perte de sa femme et de ses enfants ?
Moi
J’ai eu beaucoup de chagrin à la disparition de Daring Number One. Vous ne l’avez pas connu, mais c’était un crapaud remarquable. Je n’ai pas pu l’oublier. Mais je me suis attachée à Darling Number Two d’une façon tout à fait satisfaisante, aussi bien pour lui que pour moi.
Mademoiselle, l’air désespéré

En effet, c’est encourageant. »

« Juliette Capulet avait quatorze ans et il me semblait que, si on lui avait offert à son anniversaire « Le Livre des Nouvelles Merveilles », elle eût mieux employé son temps. Elle aurait pu apprendre comme moi-même que les sporophytes sont des plantes asexuées d’un commerce plus reposant que les Montaigu. »

Miss Charity, Marie-Aude Murail, illustré par Philippe Dumas. L’Ecole des Loisirs, 2008. 562 pages.

Sandman, volume 2 (intégrale) de Neil Gaiman (1989-1996)

Sandman 2 (couverture)A la fin de la première intégrale, véritable découverte et coup de cœur, Morphée s’était à nouveau imposé comme le véritable Maître des Rêves après sa longue captivité et, ayant retrouvé tous ses attributs, avait remis de l’ordre parmi ses turbulents sujets. Cette seconde intégrale comprend les recueils « Le Pays du rêve » et « La Saison des brumes ».

« Le Pays du rêve » présente quatre histoires indépendantes qui nous permettent de découvrir d’autres facettes de Sandman, de son royaume, de son passé et de ses pouvoirs. J’ai un faible pour « Un rêve de mille chats », dans lequel une chatte explique à une assemblée de chats que si mille d’entre eux rêvaient simultanément d’un monde meilleur, ils deviendraient maîtres de leur vie, maîtres sur les humains. On apprend ainsi que l’influence du Maître des rêves s’étend à tout ce qui rêve.
Mais il y a aussi l’horrible histoire de la muse Calliope, séquestrée et violée parce qu’un écrivain a « besoin d’idées », qui nous apprend qu’elle est la mère du fils de Sandman, un fils qui n’était autre que le poète Orphée. Il y a « Le Songe d’une nuit d’été » qui nous ramène auprès de Shakespeare. Honorant la moitié de son marché avec Sandman, il joue sa célèbre pièce devant le peuple de Féérie, devant les véritables Obéron et Titania… quitte à ignorer son propre fils. Il y a aussi l’Elémentale, recluse dans son appartement, si puissante qu’elle ne peut se tuer malgré sa volonté de mourir.
Un fil conducteur de ses histoires pourrait être les désirs de chacun. Or, la concrétisation de ces souhaits ne se révèle jamais véritablement heureuse et montre également la cruauté humaine.

« La Saison des brumes », quant à elle, est une longue histoire cohérente comprenant six chapitres, un épilogue et un prologue. Morphée se rend aux Enfers pour libérer Nada, une mortelle qu’il a aimée autrefois et qu’il a punie à des milliers d’années de torture pour avoir blessé son orgueil. Sur place, il découvre Lucifer abandonnant son poste et chassant morts et démons avant de fermer les Enfers. L’ange déchu lui remet la clé des lieux, ce qui attire rapidement chez le Seigneur du Royaume des Cauchemars une foule de divinités (égyptiennes, nordiques, nippones…), démons ou autres fées convoitant le monde des morts.

Ce qui m’a plu dans cette histoire :

  • La découverte de nouveaux personnages: les divinités, les démons, mais aussi les autres Infinis qui se réunissent au cours d’une houleuse réunion de famille dans le prologue (les rencontrer était l’un de mes désirs suite à ma lecture de l’intégrale 1 ; à présente, je voudrais en savoir toujours plus sur eux, notamment la Mort et le Délire) ;
  • Les intrigues (dignes d’une cour royale), les négociations, les menaces en vue d’obtenir la clé des Enfers ainsi que les différents invités, tantôt truculents, malicieux, étranges, agaçants… ;
  • Le chapitre sur un pensionnat anglais envahi par ses anciens élèves et professeurs décédés et chassés des Enfers;
  • Et surtout, la façon dont Gaiman joue avec nos attentes pour mieux nous surprendre. Cela fonctionne vraiment et c’est très agréable d’être ainsi menée en bateau.

J’apporterais toutefois une nuance sur la fin de « La Saison des brumes » que je trouve un peu facile – quoiqu’inattendue – car Sandman est « sauvé » par le Créateur et ainsi dispensé de faire un choix. Cependant, à la lumière de l’interview avec Gaiman en fin de volume, je comprends et respecte ce choix.

Bien qu’un peu longues, les annexes sont véritablement enrichissantes et je trouverais dommage de passer à côté car elles mettent en lumière la richesse de l’œuvre de Gaiman. Les références à l’histoire, la littérature, la musique ou autres domaines de l’art, sont multiples et il est passionnant de parcourir à nouveau le volume à la découverte de ces pépites manquées ou inconnues.
Les annexes contiennent également deux scripts (pour « Le Songe d’une nuit d’été » et un chapitre de « La Saison des brumes ») ainsi que les crayonnés correspondants. N’ayant pas de connaissances particulières sur le monde de la bande-dessinée, j’ai trouvé plaisant de découvrir comment s’agençaient les rôles du scénariste et du dessinateur (du moins, comment eux procédaient car je suppose que tous les artistes ne travaillent pas de la même manière).

Sandman… Quel extraordinaire et envoûtant univers, sorti d’une imagination foisonnante, rempli de mille et un détails, de mille et une idées ! Histoires courtes ou longues, Neil Gaiman excelle dans les deux exercices et toutes sont toujours aussi prenantes, oniriques, folles, et, parfois, dérangeantes. Les illustrations, si elles divergent un peu de celles qui m’avaient séduite dans l’intégrale 1, sont encore une fois parfaitement adaptées aux mots de Gaiman. Ce volume est un peu plus court que le premier et j’ai été vraiment triste d’arriver si vite à la fin.

Je ne suis pas sûre d’écrire une critique pour chacun des tomes suivants, mais je suis tellement ravie de ma découverte et de cette seconde intégrale qui tient toutes les promesses de la première que je n’ai pas pu m’en empêcher. Découvrez Sandman !

 Sandman, volume 2 (intégrale), Neil Gaiman. Urban Comics, coll. Vertigo Essentiels, 2013 (1989-1996 pour les éditions originales). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel. 462 pages.

The Case of Beasts (VF : La valise des créatures), de Mark Salisbury (2016)

Explorez la magie du film Les animaux fantastiques ! Rencontrez Newt, Tina, Queenie et Jacob. Découvrez le MACUSA, le Blind Pig et les rues de New York. Confrontez-vous aux Second Salemers qui tenteront d’exfiltrer la magie qui est en vous ! Et surtout apprenez à connaître toutes les créatures fantastiques qui se cachent dans la valise de Newt.

The case of beasts (couverture)

Je ne suis pas particulièrement sensible au marketing à outrance, certains livres publiés à l’occasion de la sortie des Animaux fantastiques ne m’intéressaient absolument pas. En revanche, je ne peux pas en dire autant des beaux-livres et des belles éditions. Et celui-ci était le premier sur ma liste même si j’ai un peu traîné avant de me l’offrir. Petite précision : je crois qu’il est aujourd’hui indisponible en français, il l’était en tout cas quand j’ai acheté le mien, voilà pourquoi je l’ai pris en anglais (et aussi parce que les trois quarts de mes livres sur Harry Potter sont en anglais) pour un prix extrêmement raisonnable pour le coup.

A l’instar des beaux-livres sur Harry Potter, celui-ci est magnifique. L’objet est tout simplement sublime. La couverture, la typographie, les images, le papier… Aucun doute, l’ouvrage est soigné. Un travail de qualité, signé MinaLima. C’est un plaisir de le lire petit à petit, de découvrir les artefacts (affiches « Wanted », tracts, formulaires du MACUSA…) qui se cachent entre ses pages, de scruter chaque détail des illustrations, croquis et autres photographies.

Les différentes parties s’enchaînent avec logique, en suivant le film : Newt, ses trois compères, New York, MACUSA, New Salem Philanthropic Society, The Blind Pig, les dernières scènes du film et last but not least la valise de Newt et ses habitants. J’ai particulièrement aimé les quatre pages détaillant la création des animaux fantastiques, de travail d’imagination au rendu final.

 

Les textes sont passionnants, riches d’informations, on apprend de nombreux détails sur les différentes étapes de la de la réalisation du film. A travers ce livre, on constate une fois encore la minutie du travail des différentes équipes du film et du soin apporté à des détails invisibles à l’écran. Je suis à chaque fois époustouflée et abasourdie. Un exemple ? Dans les bureaux du journal de Shaw Sr., chaque bureau est décoré d’une manière différente en fonction de s’il appartient au chroniqueur sport, art, news, etc. Décoré en surface évidemment, mais aussi dans les tiroirs des bureaux. Tout ça pour un lieu qui apparaît dans une scène. C’est dingue… J’ai aussi découvert avec surprise qu’ils avaient reconstruit New York aux studios de Leavesden, leur plus grand décor à ce jour (une visite, une visite, une visite !).

Parce que quelques photos seront plus parlantes que des mots…

 

Particulièrement complet et agréable à lire, c’est un ouvrage magnifique. Une petite pépite que je vous recommande chaudement.

The Case of Beasts (VF : La valise des créatures), Mark Salisbury. Editions HarperCollins, 2016. 160 pages.

Silo, tome 1, de Hugh Howey (2012)

SiloDans un futur post-apocalyptique, l’air extérieur est devenu toxique, mortel, et l’humanité survivante se voit contrainte de se terrer dans un gigantesque silo enterré de 144 étages, régi par des règles strictes et de nombreuses interdictions. Ainsi va la vie depuis des générations. Mais parfois, certains se posent des questions, certains fouillent, certains parlent, brisant alors l’un des tabous du silo. Ceux-là doivent quitter le silo, mais auparavant, nettoyer les caméras, œil sur le monde extérieur. C’est le nettoyage.

L’intérêt pour ce roman est venu progressivement… et est devenu réel dès la troisième partie. En effet, les deux premières parties se concentrent sur des personnages qui vont lancer les l’histoire, mais qui n’iront malheureusement pas plus loin. A peine commence-t-on à s’attacher qu’ils nous sont enlevés. J’ai cependant aimé ces deux sections, la première pouvant presque être une nouvelle à elle toute seule avec un twist intéressant et la second étant vraiment touchante. A partir de la troisième partie, Juliette, la nouvelle shérif, devient personnage principal et nous la suivrons, parmi d’autres, tout au long du roman.

Silo est une dystopie dense et riche avec un univers fort et des personnages bien campés. Il possède un côté descriptif qui peut rebuter, mais cela ne m’a jamais dérangée. Au contraire, j’ai été immergée dans cette histoire. Le roman prend parfois son temps pour poser le décor, présenter les personnages plus en profondeur et j’ai trouvé très agréable d’en savoir plus sur cet étrange silo et ses habitants.
L’atmosphère du lieu est lourde, étouffante et, comme on le découvre rapidement, pleine de secrets. Les personnages sont réalistes et intéressants, voire attachants (surtout en ce qui concerne le peuple du fond). Hugh Howey prend le temps d’explorer les relations entre les étages, les espoirs de chacun, le système de castes avec leurs salopettes de couleur, la manipulation des habitants par les gens au pouvoir, l’utilisation que ceux-ci font des communications difficiles, d’un escalier qui demande des jours de marche pour parcourir entièrement.

Silo est un roman sur l’oppression et sur la révolte, sur ce qui advient quand des secrets trop important pour être cachés sont révélés, sur l’exaspération d’un peuple qui découvre la vérité, sur un nettoyage de trop qui pousse à la rébellion. Hugh Howey fait peu à peu monter la pression et, dans la seconde moitié du roman quand la situation commence à dégénérer, met en place une narration qui alterne les points de vue, accrochant totalement son lecteur ou sa lectrice, avide de savoir ce qu’il advient de tel ou tel protagoniste. Système très utilisé évidemment, mais très efficace !

Une excellente lecture, vous l’aurez compris, même si je ne vous en dis pas davantage sur l’histoire pour vous laisser la surprise des différents rebondissements. Le silo m’a capturée entre ses murs pour me rejeter quelques jours plus tard, la dernière page tournée. De nombreuses questions me trottent encore dans la tête concernant le passé de ce monde ravagé et l’avenir de certains personnages, je suis donc curieuse de découvrir les deux autres tomes de la trilogie pour avoir les réponses !

« – Que font les graines quand on les laisse trop longtemps dans un coin ? demanda-t-elle.
Il fronça les sourcils.
– Nous pourrissons, dit-il. Tous autant que nous sommes. Nous nous abîmons et nous pourrissons si profondément que nous ne pouvons plus pousser.
Il refoula ses larmes et la regarda.
– Nous ne repousserons jamais. »

« Exprimer tout désir à s’en aller. Oui. L’infraction suprême. Tu ne comprends pas pourquoi ? Pourquoi c’est interdit ? Parce que toutes les insurrections sont parties de ce désir, voilà pourquoi ? »

Silo, tome 1, Hugh Howey. Le Livre de Poche, 2016 (2012 pour l’édition originale. Editions Actes Sud, 2013, pour l’édition française en grand format). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yoann Gentric et Laure Manceau. 739 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Détective Agonisant :
lire un livre dans lequel un personnage est gravement malade/meurt au début du livre

Le Grand Méchant Renard, de Benjamin Renner (2015) et son adaptation en film d’animation (2016)

Le Grand Méchant Renard (couverture)Le renard est un habitué de la ferme. Il entre, salue le chien, le cochon et le lapin, tente de manger la poule, se prend une raclée par cette dernière et repart avec des navets faute de poulet pour son repas. Inspiré par le loup, il met au point un plan : voler des œufs pour élever les poussins jusqu’à ce qu’ils soient prêts à être mangés.
Mais évidemment, on se doute bien que son plan va tomber à l’eau comme tous les autres. Sinon, pas d’histoire et, surtout, pas d’humour.

Car l’humour est bien le point fort de cette bande dessinée. Elle est hilarante par les situations, les dialogues parfois caustiques, les personnages… avec en tête ce pauvre renard que l’on ne peut s’empêcher de prendre un peu en pitié tant il échoue dans toutes ses entreprises. La pauvre bête en voit de toutes les couleurs, humilié par tous les animaux, martyrisé par trois poussins trop aimants et trop dynamiques.
Mais son cœur de papa poule fond malgré tout devant ses trois terreurs et, avouons-le, nous aussi. Leur relation est touchante, pleine de taquineries et d’amour. Le renard se montrera prêt à tout pour les protéger du loup (qui, lui, est un vrai Grand Méchant). Sans oublier de se protéger lui-même de la poule et de son club d’extermination des renards ! Ce qui nous donnera de nouvelles occasions de rire de ses déboires.

Les aquarelles sont toutes douces et toutes jolies. Les protagonistes sont tous très expressifs, ce qui contribue à l’excellence de la BD. J’ai beaucoup apprécié le trait de Benjamin Renner. Les délicates petites vignettes, sans aucun détail superflu, donnent un aspect très léger et aéré à la bande dessinée. Le résultat : les pages tournent toutes seules et l’on dévore l’ouvrage sans s’en rendre compte.

Le Grand Méchant Renard est un véritable coup de cœur tant pour son scénario que pour son dessin. Oscillant entre humour et tendresse, c’est une bande dessinée originale et adorable, à mettre entre toutes les mains.

Le Grand Méchant Renard (extrait)

Et le film d’animation alors ?

Le grand méchant renard (affiche)Après avoir relu et adoré la BD, je suis allée découvrir l’adaptation cinématographique par Benjamin Renner et Patrick Imbert. Et autant vous le dire tout de suite, je suis déçue. Dans ce film d’animation, le rideau du théâtre de la ferme s’ouvre trois fois pour nous raconter trois histoires : « Un bébé à livrer », « Le Grand Méchant Renard » et « Il faut sauver Noël » (un choix peut-être étrange vu la saison, mais pourquoi pas…).

Parlons tout d’abord de la seconde qui reprend le scénario de la bande dessinée et sur laquelle se focalisait toutes mes attentes. Si les éléments et les rebondissements principaux sont bien là, je n’ai pu que constater que certaines coupes avaient été effectuées dans les dialogues notamment. Logique, allez-vous me dire, on pouvait s’y attendre. Certes, mais je ne m’attendais pas à ce que tous les passages les plus drôles à mon goût disparaissent. Le résultat est bien moins humoristique et moins fin que la bande dessinée. Idem pour certaines scènes trop mignonnes entre les poussins et leur mère adoptive. Dommage…
Quant aux deux autres histoires qui tournent autour des personnages du cochon, du lapin et du canard, elles sont assez bateau et je dois reconnaître ne pas avoir été touchée du tout. Disons que je pense que le public visé est quand même un public très jeune.

En revanche, l’animation est plutôt jolie surtout pour les paysages en aquarelle que j’ai adorés et d’ailleurs préférés aux personnages. Une remarque à ce propos sur l’apparence des poussins, bien moins mignons que dans la BD (mais peut-être plus facile à animer avec leur nouveau physique lorsqu’ils sont plus grands ?).

Voilà, une déception donc. Il est peut-être préférable de le découvrir lorsque l’on a aucune attente grâce à la BD.

Le grand méchant renard 2

Le Grand Méchant Renard, Benjamin Renner. Editions Delcourt, collection Shampooing, 2015. 189 pages.

Quatre filles et quatre garçons, de Florence Hinckel (2014)

Quatre filles et quatre garçonsQuatre filles – Joséphine, Sarah, Justine et Clothilde – et quatre garçons – Benoît, Dorian, Mehdi et Corentin – entrent en troisième. La dernière année, sûrement, où les huit amis seront ensemble. Alors ils décident de tenir un journal, le journal de l’année de leurs quinze ans. L’année scolaire est divisé en huit et, chacun leur tour, ils confieront leurs joies, leurs peines, leurs doutes, leur cœur à leur carnet, leur mp3, leur blog, leurs lettres, bref, leur moyen d’expression quel qu’il soit.

On retrouve dans ce roman toutes les interrogations qui font la vie d’un ou d’une collégien.ne. L’autrice gère le tout avec justesse et sensibilité. Le collège, les notes, les railleries, le regard des autres, les profs, être fils de profs, les parents, les attentes des parents, l’avenir, les complexes, l’anorexie, l’amour, l’amitié, la frontière entre les deux, l’homosexualité… Mais il y également beaucoup de questions qui tournent autour des filles, des garçons, de ce qu’est être un garçon ou être une fille, de la manière dont ils considèrent les filles et dont elles considèrent les garçons, sur les droits des femmes, l’image des femmes, la place des femmes et des filles dans la société, l’éducation des filles.
Tous prennent conscience de tout ça et cherchent à modifier leur comportement pour ne pas reproduire leurs erreurs passées. Evidemment, il leur arrive à tous des choses qui sortent du quotidien et les accidents, les changements ou les nouveautés dans leur vie engendrent mille bouleversements dans leur tête et leur vision du monde. C’est mignon, leur soudain féminisme commun, vraiment, mais ça m’a gentiment fait rigoler. Je trouve ça très bien, et ça serait génial si tout le monde pouvait avoir une réflexion aussi poussée dès quatorze ans, mais… mes souvenirs de collégienne ne placent pas le féminisme au centre de mes préoccupations ou de celles des autres élèves. Je suis évidemment tout à fait d’accord avec tout ce qui y est dit, mais j’ai trouvé certains discours un peu forcés.

Malgré tout, la sauce prend très facilement et on s’attache à eux, ils sont tous très sympathiques, ils forment une jolie bande avec des différences, des nuances, des caractères parfois opposés. Je n’ai pas pu m’empêcher de songer à Quatre filles et un jean, lecture de jeunesse où quatre amies se partageaient un jean, symbole de leur amitié et témoin de leurs vacances séparées (et d’ailleurs ce livre est évoqué par Joséphine !). J’ai eu plus d’affinités avec Clothilde et Mehdi car je m’identifie davantage à eux qu’aux six autres. La révoltée et féministe Clothilde, qui prend la parole en avant-dernier, m’intriguait depuis le début car je la trouvais moins présente dans les récits des six premiers que les trois autres filles. Solène, neuvième personnage, fil rouge du roman, de plus en plus présente, m’a également particulièrement touchée.

Après une année passée en leur compagnie, on ne peut qu’aimer ces huit adolescents qui apprennent à grandir, avec des coups durs, mais aussi le bonheur que leur procure leur amitié. Florence Hinckel nous propose ici un roman intelligent et féministe, bien qu’un poil didactique à mon goût. Difficile de ne pas se retourner pour revoir nos années collèges.

« – Et si on tenait un carnet de bord ?
Ils m’ont regardée comme si je descendais du mammouth.
– Ben oui, ai-je expliqué, comme un carnet de voyage. Le journal de notre troisième. Ça serait une sorte de témoignage qui nous rappellerait toute notre vie ce qui va nous arriver cette année. Ça va nous obliger à rester proches. Et je suis sûre qu’on restera toujours amis. »

Joséphine

« Tu sais, on ne peut pas mesurer la douleur. Tu vas peut-être souffrir plus en perdant ton chat qu’un autre en perdant sa grand-mère. On ne sait pas. Il n’y a pas de loi. Toutes les souffrances méritent d’être prises en compte. »
Clothilde

« En une soirée, j’avais souffrir deux filles à cause de ma bêtise. Il fallait que j’arrête de considérer les filles comme des tableaux destinés à distraire nos vies de garçons. »
Benoît

« Ça me changeait des minots de ma classe que je dépasse parfois d’une tête. Même s’il y en a des mignons, ce n’est pas possible avec eux. C’est super nul mais ça fait trop bizarre quand la fille est plus grande que son copain. Parce que, nous, on est censées être mignonnes, et tout ce qui est petit est mignon, enfin c’est ce qu’on dit. Et les garçons sont censés être fort, et ce qui est fort est grand, c’est aussi ce qu’on dit. Avec deux idées stupides, on élimine plein de possibilités, c’est comme ça. »
Sarah

« Mais un garçon qui a des bonnes notes, surtout en maths et en sciences, on l’encourage. On le croit tout de suite supérieurement intelligent. Une fille, on considère que c’est normal et que c’est simplement parce qu’elle est scolaire et attentive. De quoi décourager n’importe qui. »
Justine

Quatre filles et quatre garçons, de Florence Hinckel. Editions Talents Hauts, 2014. 570 pages.

Rendez-vous au cinéma ! – Juin 2017

Petit mois de juin pour les livres, mais pour le cinéma aussi ! Les raisons : absences fréquentes le week-end et mal de crâne chaque soir après une journée passée devant un ordinateur. J’ai surtout des vieux films et aucun chef d’oeuvre du côté des deux seules nouveautés que j’ai vues…

  1. La nuit du chasseur (VO : The Night of the Hunter), de Charles Laughton (1956)

Un prêcheur inquiétant poursuit dans l’Amérique rurale deux enfants dont le père vient d’être condamné pour vol et meurtre. Avant son incarcération, le père leur avait confié dix mille dollars, dont ils ne doivent révéler l’existence à personne. Pourchassés sans pitié par ce pasteur psychopathe et abandonnés à eux-mêmes, les enfants se lancent sur les routes. (Allociné)

La nuit du chasseur (affiche)

J’ai été ravie de voir que ce film repassait au cinéma. Je l’avais vu quand j’étais plus jeune, je devais avoir entre 11 et 13 ans et j’en gardais un excellent souvenir. Je me rappelais un film sombre et inquiétant, avec ce pasteur obsédé par le pactole, ses doigts tatoués et sa petite chanson indiquant sa venue.
Et j’ai été un peu surprise lors de cette redécouverte. En effet, j’ai été particulièrement déstabilisée par les nombreux éléments comiques qui parsèment le film et dont je n’avais aucun souvenir. Le film noir a aussi un côté farce ! De la même manière, les plans bucoliques sur les petits animaux au bord de la rivière m’ont plus amusée qu’autre chose, les couplets sur la religion m’ont lassée, le jeu de certain.es m’a semblé faux et la fin gentillette m’a un peu laissée sur ma faim. En revanche, comme la première fois, j’ai été totalement convaincue par la prestation de Robert Mitchum en pasteur démoniaque et manipulateur, en criminel parfois ridicule.
La nuit du chasseur est un film que je n’aurais pas dû revoir tant j’aurais aimé sur ce souvenir de film noir plein de tension. Heureusement, Robert Mitchum n’a pas réussi, lui, à me décevoir.

  1. Twin Peaks : Fire Walk With Me, de David Lynch (1992)

La mort mystérieuse de Teresa Banks dans la tranquille petite ville de Deer Meadow va donner bien du fil à retordre aux agents Dale Cooper et Chester Desmond qui vont mener une enquête en forme de charade et découvrir que bien des citoyens de la ville sont impliqués dans cette affaire. Un an plus tard, ce sont les sept derniers jours de Laura Palmer, qui se termineront par la mort brutale de cette dernière annonçant ainsi le début de Twin Peaks. (Allociné)

Twin Peaks Fire Walk With Me (affiche)

Fire Walk With Me est un préquel sorti après les deux premières saisons de Twin Peaks en 1992 et se penche sur l’assassinat de Teresa Banks et sur les sept jours précédant la mort de Laura Palmer. Evidemment, il est à voir après la série sinon vous n’aurez plus aucune surprise puisque le film révèle qui l’a tuée et ce qui s’est passé dans la petite ville de Twin Peaks (et sans la série, le film est, je pense, assez obscur (déjà que Lynch n’est pas toujours très facile à suivre…)).
J’avais vu la série et le film  pour la première fois il y a quelques années et je les ai a nouveau regardés cette année pour pouvoir enchaîner avec la troisième saison qui vient de sortir 25 ans plus tard. Si j’avais de nombreux souvenirs de la série, ce n’était pas le cas du film (dont je ne me rappelais qu’une scène qui n’est pourtant pas des plus marquantes).

Et décidément, la série est mille fois mieux que le film. (Déjà, dans le film, Donna, la meilleure amie de Laura, est jouée par une autre actrice et ça, c’est le genre de détail qui m’agace. Et on ne voit pas assez Cooper. Et trop de personnages sont absents.) Le film est à mon goût moins flippant que la série (car il montre plus les choses), mais il est beaucoup plus dérangeant. Certaines scènes m’ont vraiment mise mal à l’aise. Je ne peux pas trop en dire car c’est lié à l’identité du meurtrier (qu’est-ce que c’est compliqué de chroniquer ce genre de film !). Et il manque l’humour qui est omniprésent dans la série. Mon problème réside peut-être dans le fait que je ne peux pas m’empêcher de le comparer à la série. Sans elle, peut-être apprécierai-je bien davantage le film. Cela dit, Fire Walk With Me permet à la fois de côtoyer un peu plus Laura et d’apporter des éclaircissements à certains éléments restés obscurs dans la série, ce qui est plutôt satisfaisant ! Après, on retrouve aussi l’univers onirique de Twin Peaks, sa musique…
Donc je ne déteste pas ce film dans lequel on retrouve malgré tout un peu de la série, mais des éléments m’irritent et il est à mon goût totalement dispensable.

 

Je vais quand même profiter de l’occasion pour dire deux mots de cette série que j’aime d’amour. Pourquoi faut-il voir Twin Peaks ?

  • Pour le Special Agent Dale Cooper – alias Kyle MacLachlan, incroyable – qui est drôle, intelligent, décalé par rapport aux autres et terriblement charismatique (c’est drôle parce que je détestais Orson dans Desperate Housewives (oui, quand j’habitais dans un trou sans internet ou presque, avec cinq chaînes à la télévision, on regardait Desperate Housewives) avec son sourire mielleux et son côté manipulateur, mais Dale… son sourire à lui est tellement franc qu’il me fait rire dès qu’il entre en scène, alors quand il se met à parler… Bref, j’arrête là, vous avez compris.) ;
  • Pour les personnages tous touchants à leur façon (mais parfois complètement déjantés aussi) et merveilleusement interprétés: Andy et Lucy, shérif Harry, Albert et Denise et Gordon Cole (joué par David Lynch), Shelly et Norma, Leo, Audrey et les frères Horne, Josie et Pete, la femme à la bûche et le Major Briggs, etc. (je ne vais pas tous les citer quand même !). (Attention, même ceux que l’on déteste au début, on se mettra à les aimer plus tard ! Pour l’instant, seul Bobby me reste violemment antipathique) ;
  • Pour l’humour général de la série qui n’est pas seulement lié à Dale : nombreux sont les personnages et innombrables sont les situations qui recèlent un immense potentiel comique, je ne peux pas regarder un épisode sans glousser un peu ;
  • Pour le suspense car, après t’avoir fait rire, David Lynch te fera sursauter dans la scène suivante ;
  • Pour l’atmosphère troublante, dérangeante, étrange et pour les oscillations entre rêve et réalité ;
  • Pour le mélange détonnant policier/fantastique/thriller/humour ;
  • Pour les images et la musique ;
  • Pour Twin Peaks, village perdu au milieu des bois ;
  • Pour Bob parce qu’il me donne des cauchemars (et j’aime les cauchemars).

Bref, Twin Peaks, c’est culte, mais c’est surtout fantastique. ♥

  1. Mulholland Drive, de David Lynch (2001)

A Hollywood, durant la nuit, Rita, une jeune femme, devient amnésique suite à un accident de voiture sur la route de Mulholland Drive. Elle fait la rencontre de Betty Elms, une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles. Aidée par celle-ci, Rita tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité. (Allociné)

Mulholland Drive (affiche)

C’est fou comme certains de mes films préférés sont des films qui, la première fois que je les ai vus, m’ont fait « Euh… Oui…. Mais encore ?… Késako ?… ». The Rocky Horror Picture Show est l’un d’entre eux, Mulholland Drive en est un autre. Et pourtant, qu’il est génial, qu’il est beau, qu’il est troublant, ce film ! L’atmosphère nébuleuse et mystérieuse, la musique (créée, comme pour Twin Peaks, par Angelo Badalamenti) et la photographie, ce jeu entre la première et la seconde partie du film – l’ouverture de l’énigmatique boîte bleue étant la charnière –, les actrices époustouflantes…
Je trouve ce film plus que captivant, hypnotisant. Et viscéral. Il me prend aux tripes à chaque fois, que ce soit la séquence au Silencio, la relation entre Betty et Rita, la scène derrière le Winkie’s (je me rappelle encore de la pétoche que j’ai eu la première fois ! Du coup, j’appréhende à chaque fois maintenant…)
Je ne m’en lasse pas et on peut, de toute façon, le regarder encore et encore et découvrir à chaque fois de nouveaux indices, de nouveaux éléments qui relient les deux parties. Donc vraiment, regardez-le, il en vaut vraiment la peine. Et si vous le regardez et que vous ne comprenez rien ou pas grand-chose, ne vous inquiétez pas, il y a plein d’articles explicatifs sur internet !

  1. Hair, de Milos Forman (1979)

Le jeune et naïf Claude, croyant en Dieu, fils d’un fermier patriote de province, visite New York avant d’être incorporé comme militaire et partir pour la guerre du Vietnam. En chemin, il se retrouve au milieu d’un happening de hippies dans Central Park et tombe immédiatement sous le charme de la belle Sheila. Le leader pacifiste des hippies l’incite à lui déclarer sa flamme, tout en essayant de le dissuader de faire la guerre. Il fait alors l’expérience de la liberté, des drogues et cesse peu à peu de croire en ce qu’il avait jusque‑là considéré comme étant juste. (Allociné)

Hair (affiche)

Et après celui-là, promis, on revient à des films plus actuels !
J’adore les comédies musicales anglo-saxonnes. En étant fan de The Rocky Picture Show, j’ai ensuite découvert (pour certains grâce à Monsieur L’ours-plus-cinéphile-que-bibliophile) Hair, Chicago, Cabaret, Jesus-Christ Superstar, Hedwig and the Angry Inch, The Little Shop of Horror et, une fois lancée, je peux les regarder et les écouter en boucle (enfin, quand je vivais seule en tout cas : maintenant, j’essaie d’épargner un peu mon entourage de mes obsessions (mes parents auraient sûrement apprécié que je sois déjà comme ça à l’adolescence…)). Tout ça pour dire que voir Hair sur grand écran, ce n’est que du bonheur ! (Par contre, ne pas chanter, c’est dur…).
La plongée dans le monde des hippies me fait toujours regretter de ne pas connaître cette époque. Cette envie de paix, de liberté, d’amour, d’amitié, de joie… En premier lieu, il y Berger, joué par Treat Williams, dont l’insouciance et la bonne humeur sont totalement ravageuses… tout comme son sourire (comme Dale ! Décidément, je fais une fixette sur les sourires…). Mais ses complices, Jeannie, Woof et Hud, me sont tout autant spontanément sympathiques ! Et on se met facilement à la place de Claude qui débarque là-dedans, son dépaysement face à un univers si éloigné de son quotidien. Mais n’épiloguons pas trop sur les personnages si attachants soient-ils. Ils sont tous chouettes et c’est tout !
Car il faut parler des chansons. Elles sont juste incontournables. Elles sont entraînantes. Elles sont dynamiques, elles donnent envie de danser et de chanter (même quand on ne sait faire ni l’un ni l’autre). Elles sont parfois émouvantes aussi. Et surtout, elles se marient parfaitement avec le film et l’histoire.
Mais derrière les chansons entraînantes et le sourire de Berger, il y a aussi une histoire poignante et profondément pacifiste puisqu’il dénonce la guerre du Vietnam. Le fond et la forme valent autant le détour l’un que l’autre.
Voilà pourquoi Hair est une comédie musicale fabuleuse et extraordinaire et merveilleuse et inoubliable et, et, et, et peut-être bien ma préférée d’entre toutes (même si le Rocky aura toujours une place de choix dans mon p’tit cœur ! ♥). Et comme toutes les autres, j’adorerais les voir sur scène ! Let the sunshine in !

  1. Wonder Woman, de Patty Jenkins

C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, à l’époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s’écrase sur l’île paradisiaque où elle vit, à l’abri des fracas du monde. Lorsqu’il lui raconte qu’une guerre terrible fait rage à l’autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu’elle doit enrayer la menace. En s’alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l’étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin. (Allociné)

Wonder Woman (affiche)

Partie voir le film avant tout pour faire plaisir à quelqu’un, j’ai été plutôt agréablement surprise par ce personnage qui ne m’a jamais attirée. Attention, je ne dis pas que c’est un chef-d’œuvre. Il y a des scènes qui manquent un peu de logique (l’Odieux Connard les souligne mieux que moi). L’histoire d’amour est totalement inutile (et puis, ils se connaissent depuis deux jours, quoi, alors les adieux déchirants…), les scènes de bataille sont un peu longuettes à mon goût (ça a tendance à m’endormir), la découverte du monde par Diana est mignonne au début mais un peu bateau quand même (les glaces, la neige, la danse, ce sont toujours les mêmes choses qui reviennent). Et j’ai un peu de mal avec la mythologie dans le monde contemporain (ou dans les films tout simplement). C’est un sujet qui m’intéresse énormément, j’en ai lu des recueils, des encyclopédies, des dictionnaires sur le sujet quand j’avais entre 9 et 13 ans, mais je trouve la représentation cinématographique des divers dieux et créatures si peu crédible que ça ne passe pas. Et effectivement, le méchant du film n’est pas aussi charismatique et impressionnant qu’il aurait pu l’être.
Cependant, ce film sur les origines de Wonder Woman (qui n’est jamais appelée ainsi dans le film) m’a fait passer un bon moment. Gal Gadot est quand même très très chouette dans ce rôle. (Non, ce n’est pas juste parce que je la trouve magnifique !) On suit son évolution, de l’enfance à l’âge adulte d’abord, puis dans les découvertes qu’elle fait sur ses pouvoirs et son destin. Forte, décidée, courageuse, elle botte les fesses aux chefs de guerre planqués dans leurs bureaux, elle motive sa petite troupe, elle ouvra la voie dans le no man’s land. Bref, elle est toujours en première ligne. Et ça fait du bien de voir une femme se battre et ne pas être uniquement là pour être aimée du héros ! J’aime particulièrement quand elle soulève souvent la question de la place des femmes, l’innocence peignée sur son visage. Un visage très expressif d’ailleurs. Je trouve souvent trop lisses les héroïnes de blockbusters, mais Gal Gadot échappe sans difficulté à cette critique.
Le reste du casting tient bien la route. J’ai été très contente de retrouver David Thewlis (Lupiiin !) et Ewen Bremner (mon favori dans Trainspotting). Et Robin Wright dans le rôle d’Antiope, tante et mentor bienveillante et exigeante, et Connie Nielsen dans celui d’Hippolyta, mère déchirée entre ce qu’elle sait du destin de sa fille et son amour pour elle, sont particulièrement convaincantes.
Un bon moment avec une super-héroïne qui crève l’écran. Cela faisait un moment que DC ou Marvel (DC dans ce cas) ne m’avait convaincue, donc bravo à Wonder Woman.

  1. La Momie (VO : The Mummy), d’Alex Kurtzman

Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, Ahmanet, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain. (Allociné)

La Momie (affiche)

J’avoue, je n’avais aucune attente vis-à-vis de ce film, mais j’ai réussi à être surprise de sa nullité. Parce qu’il est quand même vraiment mauvais. Il n’y a aucune tension et c’est tellement gros lorsqu’ils veulent te faire sursauter (ce qui est pourtant très facile avec moi) que tu peux te préparer dix minutes à l’avance. Il faut aussi reconnaître que le scénario est tellement prévisible qu’il est difficile d’être surpris de quoi que ce soit. La momie, en plus d’avoir des ongles répugnants, doit avoir perdu quelques neurones pendant son emprisonnement car, si elle s’était dépêchée un chouia, si elle avait un peu moins songé à balancer des hanches et à marcher à deux à l’heure (était-ce censé être impressionnant ?), elle aurait sûrement réussi son coup. Mais on a bien compris qu’elle était davantage là pour être sexy que dangereuse. L’histoire d’amour est bateau ; pas un acteur, pas une actrice ne se démarque (et ce n’est pas parce qu’ils sont tous excellents) ; il n’y a pas plus de suspense que d’émotion.
Bref, le générique de cette daube a été accueillie avec soulagement. Mais au moins, j’ai vu la Momie, je n’irai probablement pas voir les prochains films du « Dark Universe » puisque les studios Universal semblent bien décidés à revenir sur tous ses films de monstres des années 30, à savoir Frankenstein, l’homme invisible, Dracula, etc. En plus, j’adore ces vieux films et ces remakes version blockbuster me semblent totalement fades et sans charme.

Et vous, avez-vous fait de belles découvertes dans les salles noires ? Ou eu de terribles déceptions ?