Underground Railroad, de Colson Whitehead (2016)

Underground Railroad (couverture)Cora, seize ans, est née esclave, tout comme sa mère Mabel, célèbre dans toute la plantation Randall pour avoir été la seule esclave à s’être enfuie sans jamais être rattrapée. Lorsque Caesar lui propose de s’enfuir, Cora accepte de suivre les traces de sa mère. D’État en État, elle tentera d’atteindre une liberté qu’elle n’a jamais connue. Mais son maître n’est pas disposé à laisser son bien le fuir ainsi et engage l’impitoyable Ridgeway pour la lui ramener.

C’est toujours difficile de chroniquer certains romans, certaines thématiques. En tant que Blanche, il m’est difficile de disserter, de réellement comprendre ce que veut dire être Noir· aujourd’hui, surtout dans un pays marqué par un passé aussi sanglant que les États-Unis. C’est là mon simple avis de lectrice vis-à-vis d’un récit que je pense être important.

J’ai découvert après ma lecture à quel point ce livre était encensé. Je ne partage pas totalement cet enthousiasme malheureusement. Ce n’est pas un mauvais roman, attention, il est prenant du début à la fin, il est terrible par les faits répugnants qu’il relate, il est passionnant quand il souligne le climat de plus en plus tendu entre États abolitionnistes et esclavagistes, il est original quand il transforme les chemins empruntés par les esclaves en fuite en un véritable train souterrain avec locomotive, gares et tout le tintouin.
L’auteur nous entraîne à la rencontre d’une galerie de personnages très réalistes, sans manichéisme. Des êtres humains, des courageux, des lâches, des traîtres, des généreux, des ordures, quelle que soit la couleur de leur peau. J’ai beaucoup apprécié les petits chapitres en forme de portraits qui s’intercalent aux différentes étapes du périple de Cora : ils nous permettent de mieux découvrir, de mieux comprendre certains protagonistes (Caesar, Ridgeway, Mabel…) et, parfois, d’éclairer le passé.

Ce qui tempère mon ressenti, c’est que j’ai commis l’erreur de lire la quatrième de couverture avant (ou au tout début de ma lecture) alors que je les délaisse d’ordinaire. Une quatrième de couverture très élogieuse, si dithyrambique qu’elle m’a donné des espoirs incroyables sur ce roman. Roman qui m’est par contraste apparu comme assez classique en dépit de l’imagination de l’auteur concernant l’Underground Railroad. Il ne va pas réinventer ce qu’était l’esclavage, mais disons que toutes les scènes que l’on s’attend à trouver dans un tel roman étaient bel et bien présentes.
Ensuite, je suis quelqu’un qui a besoin de s’attacher aux personnages (ou de les détester, mais de ressentir quelque chose). Or, à ce niveau-là, je me suis quelque peu sentie délaissée. Cora oscille entre peur et espoir, je l’ai un peu suivie dans ces émotions tortueuses, mais je ne me suis pas vraiment inquiétée pour elle, pas même lorsque certains de ces alliés disparaissaient. Car finalement, la fuite ne s’est pas révélée si haletante que ça : il y a même pas mal de temps mort. Peut-être m’attendais-je à une chasse à l’homme, à la femme plutôt, un peu plus trépidante.
De plus, j’ai ressenti une petite pointe de déception à la fin car ce n’en ai pas vraiment une pour moi. Le voyage de Cora continue et on ne sait sur quels chemins, ceux de la liberté ou de l’esclavage, il la mènera réellement. J’aime généralement les fins ouvertes, mais là, j’ai eu une sensation d’inachevé : c’est un roman sur un périple à travers les Etats-Unis et alors que le rideau s’ouvre sur de nouvelles contrées, voilà que surgit le point final.

Si ce n’est pas le coup de cœur attendu, ça n’en reste pas moins un livre très intéressant qui pousse à la réflexion, surtout suite à tous les actes racistes qui ont pu secouer les États-Unis ces dernières années.

[Instant sponsor. La lecture de ce livre m’a été permise grâce au Joli. Qu’elle en soit ici remerciée.]

« Au fil des mois, Cora et Caesar hésitaient moins à évoquer la plantation Randall en public. Ce qu’ils disaient pouvait généralement s’appliquer à tout ancien esclave qui surprendrait leur conversation. Une plantation restait une plantation ; on pouvait croire ses misères singulières, mais leur véritable horreur tenait à leur universalité. »

« Les autres étudiants proféraient des horreurs sur les gens de couleur de Boston, leur odeur, leurs déficiences intellectuelles, leurs instincts primitifs. Pourtant, quand ses condisciples entamaient de leur lame un cadavre de Noir, ils faisaient davantage progresser la cause de ces gens que l’abolitionniste le plus vertueux. Dans la mort, le Noir redevenait un être humain. Alors seulement il était l’égal du Blanc. »

Underground Railroad, Colson Whitehead. Albin Michel, coll. Terres d’Amérique, 2017 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin. 397 pages.

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La parenthèse 9ème art – Imbattable, Ceux qui restent, Goupil ou face

Entre la mise en réseau des médiathèques de mon coin de Bretagne et mon nouveau poste dans une autre bibliothèque, mes possibilités d’emprunts de BD se sont multipliées. Ces articles, recueil de chroniques courtes, risquent donc d’être plus fréquents qu’auparavant. Après la parenthèse 7ème art consacrée aux films, j’inaugure donc la parenthèse 9ème art (pourquoi se faire des nœuds au cerveau à trouver un titre ?) qui viendra ici et là se glisser entre mes autres chroniques.

Voici donc une première sélection composée de titres très différents les uns des autres.

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Imbattable (2 tomes), de Pascal Jousselin (2017-2018)

Imbattable, T1 (couverture)Dans la bande-dessinée, un simple coup de crayon donne vie aux faits les plus improbables qui soient, tout devient possible… et plus encore lorsque l’auteur joue avec l’objet qu’est la BD.
Les cases, les bulles, la 2D, les pages… tous ces éléments ne sont plus de simples outils pour raconter une histoire, mais ils deviennent des outils pour les personnages. Des super-héros et des super-vilains d’un nouveau genre !
Le résultat est très original et amusant à regarder : voici une BD qui fait tournoyer le regard, la lecture linéaire est parfois cassée, les yeux montent et descendent, reviennent en arrière. On prend son temps pour apprécier le chemin parcouru, on revient souvent sur chaque case, le dessin a vraiment une importance cruciale.

Imbattable, T2 (couverture)De la même manière que nous savons pertinemment qu’une planche de Gaston Lagaffe se terminera sur une bourde (ou une grosse colère de Prunelle), l’issue de chaque historiette est sans surprise, Imbattable portant son nom à merveille. Mais aucune lassitude ne survient, même à la lecture du tome 2 : d’une part, parce que chaque BD est assez courte, et d’autre part, car l’auteur a su se renouveler et enrichir ce monde de papier.

Ces deux ouvrages exploitent comme jamais les particularités de la BD et le résultat visuel est totalement enthousiasmant. Ça se lit très vite, mais c’est un petit régal !
Si ces BD se lisent avant tout pour les jeux graphiques, l’auteur s’offre aussi le luxe, sous l’humour, de passer de petits messages contre la démagogie des politiciens ou la pollution engendrée par les grosses entreprises avides de profits juteux.

Découvrez ici les premières planches du tome 1 !

Imbattable, Pascal Jousselin. Editions Dupuis. 48 pages.
– T1, Justice et légumes frais, 2017
– T2, Super-héros de proximité, 2018.

Challenge de l’imaginaire
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Ceux qui restent, de Josep Busquet et Alex Xöul (2018)

Ceux qui restent (couverture)Une BD qui donne la parole à des oublié·es, des invisibles. Tout le monde connaît Peter Pan, mais qui s’est déjà interrogé sur le quotidien des parents Darling pendant que leurs enfants étaient loin et combattaient des pirates ? Pas moi en tout cas ! Josep Busquet et Alex Xöul, eux, l’ont fait… et la réalité est bien moins chatoyante que les aventures vécues par leur progéniture.

Ici, c’est le jeune Ben Hawking qui disparaît : enlèvement, fugue, crime ? La police est sur les dents, les médias se déchaînent et les parents tentent de surmonter ça – l’attente, l’angoisse, la suspicion des autres – du mieux qu’ils peuvent.

Je pense que l’analyse que font les auteurs de cette situation extraordinaire est plutôt juste. Les réactions – tant celles du couple que celles de l’extérieur – lors de la première disparition et de la première réapparition, celles lorsque cela se reproduit, l’éclatement inéluctable de la famille, les drames annoncés… Comment croire une telle chose – que les enfants partent réellement dans d’autres mondes –, qu’il ne s’agit pas du fruit de leur imagination ? Finalement, l’enchantement ne dure qu’un temps…

Les teintes sépia collent plutôt bien, d’une part, avec l’atmosphère un peu surannée de cette histoire et, d’autre part, avec un quotidien que l’on imagine sans difficulté bien plus terne que celui dans les mondes explorés par ces enfants « élus ».

Une bande-dessinée pas très gaie qui s’intéresse à la face cachée des récits d’aventures enfantines qui transmet beaucoup de douceur et de compassion pour ces familles dévastées. 

Ceux qui restent, Josep Busquet (scénario) et Alex Xöul (dessins). Editions Delcourt, 2018. 128 pages.

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Goupil ou face : comment apprivoiser sa cyclothymie, de Lou Lubie (2016)

Goupil ou face (couverture)Je ne suis pas une grande lectrice de témoignages, encore moins quand ceux-ci concernent une maladie. Mais ça m’arrive et il se trouve que Goupil ou face m’avait tapé dans l’œil depuis un bon moment. Et c’est une lecture que je ne regrette pas.

Après la question « qui pense aux parents ? », en voici une nouvelle : qui connaît la cyclothymie ? Avant de lire cet ouvrage, j’aurais répondu, comme ci-dessus, pas moi !

Outre le fait que pour moult raisons, le sujet me parle et me touche, c’est surtout une BD tout simplement passionnante qui vulgarise un trouble mental méconnu. Lou Lubie raconte sa cyclothymie avec clarté et humour, poésie et sincérité. Les hauts, les bas, les compromis, la peur d’un gouffre qui ne disparaîtra jamais totalement… Elle ne rend jamais sa maladie « glamour », elle ne se présente pas comme exceptionnelle du fait de cette particularité de son cerveau ; le propos est assez dur et on comprend bien que sa vie est un combat.

On apprend beaucoup de choses sur la bipolarité (dont la cyclothymie est une branche) tout en se prenant d’affection pour cette jeune femme et son renard récalcitrant à toute forme d’apprivoisement. Nous la suivons de près : les premières manifestations de sa maladie, les diagnostiques erronés, la révélation lorsqu’elle put enfin mettre un mot sur ce qui se passe dans sa tête, la rencontre avec ce renard tantôt flamboyant, tantôt aussi noir que les abysses, les luttes quotidiennes…

Le choix de ne rehausser le noir et blanc que de touches rousses est totalement pertinent. Il souligne tant la fourrure de ce renard cynique et dévorant que les deux faces principales de ce trouble mental (qui en comporte en réalité des dizaines), à savoir la dépression et l’excitation exacerbée (vous apprendrez dans ce livre qu’on appelle cela l’hypomanie).

Un dessin très mignon et une présentation ludique pour un discours érudit et un sujet profond qui touche 6% de la population.

Goupil ou face : comment apprivoiser sa cyclothymie, Lou Lubie. Editions Vraoum !, 2016. 144 pages.

Challenge Voix d’autrices : une bande dessinée

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Voilà, cette première parenthèse se termine, mais je suis déjà en train de préparer la seconde !
A bientôt et bonnes lectures !

La constellation du chien, de Peter Heller (2012)

La constellation du chien (couverture)Neuf ans ont passé depuis que des épidémies ont ravagé le monde, effaçant de la Terre la plupart des êtres humains et bon nombre d’espèces animales. Hig et Bangley, épaulés par Jasper le chien, survivent depuis tout ce temps. Plus de méchants, plus de gentils : il faut être prêt à tout pour survivre dans un monde brutal. Même lorsque l’on possède une âme poète, comme Hig. Surtout lorsque l’on a une âme de poète.

Vous aimez les univers post-apocalyptique ? Vous aimez le Nature Writing ? Vous aimez les deux, comme moi ? Alors La constellation du chien est fait pour vous. Je ne sais pas comment ce roman est arrivé dans ma PAL et, quand je l’en ai tiré, je ne savais pas de quoi il parlait : j’ai juste lu « Quelque part dans le Colorado, neuf ans après la Fin de Toute Chose, dans le sillage du désastre » et j’ai pensé : « tiens, ça me dit bien, ça ». Et voilà. Je suis partie.

Je me suis envolée avec Hig dans le ciel des États-Unis ravagé par la fin de l’humanité, hanté par quelques survivants prêts à tout pour vivre un jour de plus. Hig et Bangley font partie de ceux-là : planqués dans un petit aérodrome, ils défendent bec et ongle leur périmètre. Mais Hig n’est pas un tueur. Hig est un rêveur, un amoureux de la nature, un pêcheur, un homme qui aime prendre son temps, dormir contre son chien et observer les étoiles. J’avoue, j’ai beaucoup aimé Hig.

La constellation du chien ne ressemble pas à la plupart des romans post-apo. Il est davantage dans la contemplation que dans l’action. S’il fallait faire une comparaison, on le rapprocherait de McCarthy et de La route. Mais pourquoi comparer ? C’est un roman qui prend son temps, qui raconte la nature qui reprend ses droits, qui pleure sur les animaux disparus à jamais, qui parle de la vie quand le monde que l’on connaissait s’est évanoui dans le feu et la douleur. Un monologue sur les êtres humains, sur ce qui les réunit, sur les sentiments que l’on tait, sur ceux dont on ne prend conscience que lorsque vient la séparation.

On commence à lire, sans attentes particulières, on écoute Hig qui nous parle de son petit avion, de son chien à moitié sourd, de sa tristesse face à la disparition des truites, et puis, d’un coup, on se rend compte que l’on est happé par ce roman, qu’on a envie de savoir ce qu’il se passe ensuite. De suivre Hig dans son quotidien, pas toujours facile avec un camarade de galère tel que Bangley, puis dans ses aventures à la recherche de ses pairs. Je ne dirai rien du scénario, mais rassurez-vous si vous aviez peur de vous ennuyer, on a l’occasion de s’éloigner un peu des limites connues de l’aérodrome.

Contemplatif, mais jamais ennuyant. Littérature post-apo, mais qui se débarrasse de tous les poncifs du genre. Une narration hachée – comme peut l’être le discours qu’un être humain se tiendrait à lui-même ou le récit qu’il ou elle ferait de sa vie à un tiers –, des phrases courtes, coupées, des ellipses et des flash-backs : une plume originale. Des morts et de la poésie. De la cruauté et des zestes d’humanité. De l’optimisme là où l’on ne s’y attend pas. Un roman atypique, intelligent et percutant.

« Mon unique voisin. Qu’est-ce que je pouvais répondre à Bangley ? Il m’a sauvé la peau plus d’une fois. Sauver ma peau est son job. J’ai l’avion, je suis ses yeux, il a les fusils, il est les muscles. Il sait que je sais qu’il sait : il ne sait pas piloter, je n’ai pas assez de cran pour tuer. Dans toute autre circonstance il resterait sans doute plus qu’un de nous deux. Ou aucun. »

« Les règles d’avant ne tiennent plus Hig. Elles ont subi le même sort que le pivert. Disparues en même temps que les glaciers et le gouvernement. C’est une nouvelle ère. Nouvelle ère nouvelles règles. Pas de négociation. »

La constellation du chien, Peter Heller. Actes Sud, 2013 (2012 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy. 328 pages.

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La parenthèse 7ème art – Mars 2019

(En vrai, j’ai regardé la dernière série en avril, mais on ne chipotera pas.)

Ce mois-ci, la moisson de films est bien pauvre. J’en ai vu d’autres, mais je n’avais forcément envie d’écrire dessus. J’ai aussi une grosse tendance à m’endormir devant les films en ce moment – qu’ils soient petits films français comme Se souvenir des belles choses ou blockbusters comme Avengers : Infinity War –, ce qui est particulièrement agaçant et me pousse donc à me tourner vers le format série.

Film

  1. Marie Stuart, Reine d’Ecosse (VO : Mary Queen of Scots), de Josie Rourke (2019)

Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Iʳᵉ s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire. (Allociné)

Mary Stuart, Reine d'Ecosse (affiche)

Ce sont les actrices qui m’ont donné envie de voir ce film, mais finalement, il n’a fait que confirmer une tendance : les biopics, tellement présents au cinéma ces dernières années (peut-être est-ce ainsi depuis plus longtemps, mais j’ai l’impression qu’il en sort toutes les semaines à présent), m’ennuient profondément. Certes, l’histoire est l’histoire (même si tous les biopics ne sont pas d’une fidélité exemplaire) et ils ne vont pas réécrire la fin en décapitant Elisabeth plutôt que Marie Stuart, mais j’ai l’impression de voir toujours les mêmes scènes (notamment les sexes de sexe/viol, apparemment indispensables pour faire plus vrai). Ils semblent tous filmés de la même manière, lisse, comme s’ils étaient filmés à la chaîne, sans changement d’équipe technique, sans le point de vue personnel d’un ou d’une réalisatrice. Cependant, l’idée des lords noirs et des suivantes asiatiques dans l’Angleterre du XVIe est assez originale (irréaliste et incompréhensible à mes yeux, mais atypique).

 De même, je n’ai pas aimé l’image véhiculée de ces deux femmes, particulièrement de Marie Stuart. Les hommes de son entourage l’insultent et la rabaissent en la traitant de faible femme et toutes les joyeusetés et finalement, le portrait que le film dessine d’elle n’est guère plus glorieux. Stratège, Marie ? Solide dirigeante, Elisabeth ? Influentes, ces reines ? Ce n’est guère ainsi qu’on les perçoit, mais en femmes manipulées, malmenées et passives face aux événements. Waouh. Je suis époustouflée. Surtout par rapport à Elisabeth : régner 45 ans en faisant des fleurs en papier, c’est impressionnant. Et le film se veut féministe ?

 Le très bon jeu des actrices (notamment Saoirse Ronan qui ne m’a jamais déçue jusqu’à présent) n’a pas suffi à me faire oublier ni les longueurs ni les raccourcis et, finalement, les seuls éléments qui auront suscité un peu d’émotion chez moi sont les paysages écossais.
Je suis peut-être de mauvaise foi à cause de l’ennui que ce film a provoqué chez moi, mais je me dis que j’aurais dû lui préférer une relecture du Marie Stuart de Stefan Zweig.

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Séries

  1. Dark, créée par Baran bo Odar et Jantje Friese (2017, 1 saison, 10 épisodes)

Un enfant disparu lance quatre familles dans une quête éperdue pour trouver des réponses. La chasse au coupable fait émerger les péchés et les secrets d’une petite ville. (Allociné)

Dark (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Tiens, une série allemande ! Déjà que je ne regarde pas beaucoup de séries, c’est encore moins souvent que je me croise le chemin de nos voisins germaniques ! Après Il miraculo italien, je voyage !
Après Poupée russe, il semblerait les voyages dans le temps soient à la mode. Mais les deux séries sont très réussies, chacune dans leur genre. Là où Poupée russe était morbide mais drôle, Dark est, comme son nom l’indique, beaucoup plus sombre et pesant. Des enfants qui disparaissent, des corps qui réapparaissent des décennies plus tard, des grottes obscures, une immense forêt digne des contes de fées, un village isolé, un petit côté Twin Peaks… le décor est posé.
L’atmosphère est assez anxiogène et les personnages sont souvent torturés par leurs travers, leurs regrets ou leurs passé. Des ingrédients plein de noirceur (surtout quand tu rajoutes un prêtre mystérieux) particulièrement alléchants.
Le puzzle se met en place petit à petit, ce qui est totalement accrocheur. L’envie d’en savoir davantage, de comprendre, les révélations surprenantes révélées au compte-goutte… les réalisateurs ont soigneusement dosé leurs effets et ça fonctionne à merveille. L’intrigue se complexifie au fil des épisodes et c’est un régal.

J’ai beaucoup aimé les personnages, étonnement… ordinaires. Dans le sens, qu’on pourrait les croiser en sortant dans la rue. Et ça fait du bien. Dans les films, les séries, les personnages sont souvent particulièrement beaux (belles, car les femmes n’ont que rarement le droit à l’erreur (ou alors c’est que son physique banal ou moche servira dans l’intrigue)), particulièrement drôles ou intelligents, enfin, toujours mieux que toi (en tout cas, c’est ce que je ressens). Mais là, non. Les femmes sont belles, mais ce ne sont pas des beautés « parfaites », dans les normes actuelles ; ce sont des beautés particulières, des beautés atypiques que l’on croise chaque jour. Idem pour leurs caractères : les protagonistes ne peuvent être résumés à « méchant·e » « gentil·le ». Tous et toutes ont des défauts, des qualités, certain·es tendent vers le louche, d’autres sont globalement sympathiques, mais ils et elles sont faillibles.
Je ne sais pas si vous avez suivi ce que j’essayais laborieusement de vous dire, c’est clair dans ma tête, mais ça s’embrouille sur le clavier.

Par contre, à ce sujet, il y a un certain risque d’embrouillage à cause du nombre de personnages, sachant qu’il faut multiplier le tout par deux, voire trois, lorsque l’on retourne dans le passé. On a regardé les premiers épisodes de façon assez décousue, sans être bien immergés dedans et on s’est retrouvés quelques fois en mode « attends, mets pause, du coup, elle, c’est celle qui tient l’hôtel quand elle était petite, c’est ça ? c’est la mère de l’autre là, comment il s’appelle déjà ? le copain de la fille, tu sais ! » (il nous a fallu les trois quarts des épisodes pour retenir tous les prénoms allemands) « ah, mais du coup, elle, c’est la tante de machin vu que son père était son frère mais dans le passé ! » (En vrai, on s’y fait, mais évitez peut-être de laisser passer trop de temps entre les premiers épisodes.)
Mais il paraît que la saison 2 doit arriver prochainement, j’espère qu’elle ne tardera pas, histoire que je n’ai pas tout oublié qui est qui et qui est où quand la série recommencera.

Une série oppressante et fascinante, portée par un scénario qui tient la route d’un bout à l’autre. Vivement la suite !

  1. Sex Education, de Laurie Nunn (2019, 1 saison, 8 épisodes)

Maeve, jeune fille rebelle, seule et sans parents décide de créer un cabinet de sexologie dans son lycée avec l’aide d’un camarade de classe, Otis, fils de sexologue. Celui-ci aide alors des personnes à gérer leurs relations, alors qu’il est lui-même vierge. (Wikipédia)

Sex Education (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Troisième série que je commence alors qu’il n’y a qu’une saison. C’est très rare pour moi : généralement, j’attends qu’elle se finisse et au final, soit je les oublie, soit je vois que ça ne finit jamais et la probabilité pour que je les regarde un jour fond à toute vitesse (un exemple parmi d’autre : Orange is the New Black me semblait intéressante lorsque la première saison est sortie, mais maintenant qu’on en est à la sixième ou septième, c’est nettement moins le cas).
Du coup, pour libérer de la place dans la section « séries » de mon cerveau, j’ai plus ou moins décidé d’abandonner Outlander. J’ai tenu pendant les deux premières pour l’Ecosse (les paysages, la langue… c’était beau), la troisième m’a un peu ennuyée, j’ai vu le premier épisode de la quatrième et c’est bon, j’ai donné : les voir s’embourber dans des situations pas possibles, être séparés, être réunis, se faire violer, subir une deux trois dix tentatives de viols alors qu’ils restent en Amérique, ce n’est pas la peine. Je ne le supporterai pas une quatrième fois sans une dose d’Ecosse pour faire passer la pilule. Bye Jamie, bye Claire !

Sinon, de quoi devait-on parler ? Ah oui, Sex Education.

Ça va être court, je n’ai pas dix mille trucs à en dire. Ce n’est pas une série qui révolutionne le monde des séries, on est d’accord. On est dans un lycée, à moitié anglais, à moitié américain, avec des personnages stéréotypés : la bande fashion avec péteux et pétasses, insupportables avec tout le monde, y compris entre eux, la rebelle que personne n’aime et que tout le monde insulte tandis que toi, devant ton écran, tu ne les comprends pas du tout car ça crève les yeux qu’elle est à la fois démentiellement cool et intelligente, le gay flamboyant, le timide, etc.
Mêmes choses pour les thématiques : l’adolescence, les premières fois, l’amour, les déceptions amoureuses, les disputes entre amis…
Idem pour certaines séquences que l’on voit venir à des kilomètres (pas d’exemples, pas de spoils).
MAIS. C’était sympa quand même. Ça fonctionne. Grâce aux personnages. On s’attache à Otis, Maeve et Eric. On s’intéresse à Adam : j’ai d’ailleurs beaucoup aimé la façon dont certains protagonistes – dont lui – évoluent. On se retrouve à éprouver de la compassion et de la sympathie pour des lycéens a priori secondaires et/ou insupportables. On s’amuse beaucoup de la curiosité de Jean, la mère d’Otis (même si on est d’accord qu’on aurait aimé lui arracher les yeux si elle avait été notre mère quand on était ado ?).
C’est drôle, c’est léger, et il y a facilement de quoi passer un très bon moment à condition de ne pas avoir des attentes démesurées.
(En plus, Otis et Eric aiment Hedwig and the Angry Inch ! Quoi ? Ce n’est pas un argument ?)

  1. The Umbrella Academy, de Steve Blackman (2019, 1 saison, 10 épisodes)

En 1989, le même jour, quarante-trois bébés sont inexplicablement nés de femmes qui n’étaient pas enceintes et que rien ne relie. Sir Reginald Hargreeves, un industriel milliardaire, adopte sept de ces enfants et crée The Umbrella Academy pour les préparer à sauver le monde. Mais tout ne se déroule pas comme prévu. Les enfants devenus adolescents, la famille se désagrège et l’équipe est dispersée. Les six membres toujours en vie, désormais trentenaires, se retrouvent à l’occasion de la mort de Hargreeves. Luther, Diego, Allison, Klaus, Vanya et Numéro Cinq travaillent ensemble pour résoudre le mystère qui entoure la mort de leur père. La famille désunie se sépare cependant de nouveau, incapable de gérer des personnalités et des pouvoirs trop différents, sans même parler de l’apocalypse qui menace… (Allociné)

The Umbrella Academy (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Puisque je suis dans l’exploration des séries Netflix, autant ne pas passer à côté de la dernière en date. J’avoue, c’est surtout Ellen Page qui a été mon principal moteur pour lancer le premier épisode. Mais finalement, mon enthousiasme est un peu retombé.

Mettons les choses au clair : je suis complètement accro aux personnages de Klaus (aka Robert Sheehan) et Numéro Cinq (Aidan Gallagher). Ce sont les deux dont j’ai adoré chaque apparition à l’écran : le premier est irrésistiblement attachant tout en étant bien allumé (les drogues qu’il prend à longueur de temps n’y sont pas pour rien) tandis que le second est charismatique et cynique à souhait. Bref, deux personnages jubilatoires.
Et pendant ce temps, les autres m’ont globalement laissée bien indifférente (dans le sens « mourez ou vivez, ça m’est égal »). Diego est même allé jusqu’à m’irriter encore et encore (ça doit être la moustache). Et je suis la seule à avoir tiqué sur le costume de Luther ?
Quant à Ellen Page, je suis mitigée. D’un côté, elle joue très bien son rôle de fille ordinaire dans une famille extraordinaire, mais voilà, elle apparaît un peu trop terne, un peu trop ordinaire et il est donc un peu difficile de s’y attacher. En fait, elle joue trop bien son rôle.

Et l’intrigue ? J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de longueurs, je me suis périodiquement ennuyée, notamment lors de scènes répétitives de dissensions familiales et de certaines petites histoires personnelles. Et tout est un peu cousu de fil blanc : les secrets concernant Vanya n’en sont pas vraiment, on devine le rôle que doit jouer Leonard dès la première minute où il apparaît, etc. Bref, ça reste classique, malgré quelques bonnes idées.

Heureusement, je suis bon public, la BO est plutôt cool, l’esthétique est sympa, et je suis irrémédiablement fascinée par Klaus et Numéro Cinq, donc je suis prête à signer pour une deuxième saison. (De toute façon, juste pour eux, j’en veux encore.) (Sinon, une série JUSTE avec eux, ce n’est pas possible ?)

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Avez-vous vu certaines de ces séries ? Ou bien d’autres ?
Je prends aussi les bons conseils cinématographiques (même si je vais devoir attendre de récupérer le contrôle de mes paupières pour les regarder).

Des sorciers et des hommes, de Thomas Geha (2018)

Des sorciers et des hommes (couverture)Les mésaventures de deux anti-héros truculents et attachants : Hent Guer est un mercenaire baraqué tandis que le petit gros qu’il couve comme une mère poule est Pic Caram, un sorcier aux rubans (lisez le livre pour savoir de quoi il s’agit, c’est plutôt cool. Flippant aussi pour qui n’est pas doté des mêmes pouvoirs.) Des contrats, des récompenses juteuses et pas mal d’ennemis laissés sur le bord de la route. Ça serait plutôt mauvais pour notre duo si ces derniers avaient l’idée de se regrouper.

Je remercie Charmant petit monstre pour m’avoir donné très très envie de lire ce livre, même si ça n’a pas été très compliqué. Je reconnais que la seule couverture (signée Xavier Collette) suffisait à attirer mon attention.

Eh bé.
En voilà un roman étonnant.
En voilà un roman enthousiasmant.
En voilà un roman ébouriffant.
En voilà une lecture formidable (je les enchaîne en ce moment, soit je n’ai aucun sens critique – sauf en ce qui concerne Les pluies –, soit je choisis vraiment bien mes lectures).

Étonnant tout d’abord, parce qu’il s’agit d’un roman à épisodes, ce qui est une construction que je ne croise pas tous les jours (le dernier ouvrage similaire dont je me rappelle est Feuillets de cuivre de Fabien Clavel, lu en 2016). Il y a tout d’abord cinq épisodes, cinq parties qui sèment des indices derrière elles. Présentent les personnages, plantent les décors. Et puis on change, même si Hent Guer et Pic Caram sont toujours au cœur de ces histoires. Jusqu’à l’épisode final qui relie le tout.
Cette forme surprenante évite de tomber dans le piège du roman hyper prévisible. Les choses se mettent en place au fil des aventures, l’intrigue se densifie, se complexifie et le puzzle se dessine petit à petit, mais tout ne tombe vraiment sous le sens que lorsque vous entamez la dernière ligne droite. Et c’est plutôt chouette de ne pas voir la fin dès le début du bouquin !
En plus, toutes les histoires se révèlent divertissantes et passionnantes. Elles gagnent en complexité, nous plongent dans le passé des protagonistes ou les placent eux face à des problèmes plus délicats. Le plaisir de lecture est donc exponentiel au nombre de pages avalées, un bon point non négligeable.

Enthousiasmant ensuite, à cause de ces deux anti-héros. Hent Guer et Pic Caram sont des personnages sans foi ni loi : mercenaires, ils se font voleurs ou assassins le temps d’un contrat. Ils vont et viennent, détroussent les uns, maltraitent les autres… et se font pas mal d’ennemis au passage. On pourrait croire qu’ils agissent en toute impunité, mais le retour de bâton est toujours à craindre, comme ils l’apprendront à leurs dépens.
Ce ne sont pas des méchants purs et durs et on s’attache finalement sans difficultés à ce petit sorcier grassouillet et sa grande brute de copain : ils sont égoïstes et vivent dans un monde où s’applique la loi du plus fort. Ils font donc ce qu’il faut pour s’en tirer le mieux possible et tant pis si d’autres qu’eux doivent y laisser des plumes.

Ébouriffant car le récit est ancré dans un univers qui envoie du pâté. L’univers est sombre, les protagonistes sont durs et l’humour est sarcastique ; le tout est savoureux. Que demande le peuple.
Il faut aussi dire que l’écriture est particulièrement visuelle. On s’imagine sans difficulté cette grande île de Colme, ces chemins poussiéreux, ses odeurs fortes qui attaquent les naseaux, ces coupe-gorges… Le monde est présenté juste comme il faut, on en a assez pour comprendre et visualiser l’univers sans étouffer l’histoire sous les descriptions : en gros, tu es autorisé à faire travailler tes cellules grises et ton imagination. L’auteur a créé un monde cohérent avec des néologismes très imagés (fouillevie, Grandsang, etc.) qui laisse en plus une belle place aux femmes. Si nos deux héros sont des hommes, ils ne manqueront pas de se frotter à des femmes et à des femmes puissantes qui plus est. Guerrières, capitaines, mercenaires, proxénètes, sorcières, elles ne sont pas là pour faire de la figuration et nettoyer la maison. Et ce sont aussi elles qui font botter les fesses de nos deux malfrats. Bien fait. (Ma seule frustration tient d’ailleurs à une certaine Sorcière dont j’aurais aimé connaître un peu plus les motivations.)
Visuelle, la fin l’est aussi. Thomas Geha nous laisse sur un dernier paragraphe marquant qui conclut l’aventure de nos deux compères de façon amère mais totalement jubilatoire. Quand j’ai fermé le bouquin, j’étais à moitié extatique face à cette lecture.

Si vous ne voyez toujours pas pourquoi ce fut une lecture formidable, je ne peux plus rien pour vous. Si vous n’avez pas envie de le lire, vous ne savez pas ce que vous ratez. En tout cas, en ce qui me concerne, la grande île de Colme est clairement un univers dans lequel je retournerai bien en vacances à l’occasion.

Et sinon, ça tombe bien, ma nouvelle bibliothèque bretonne dispose de pas mal de ses autres bouquins, donc ne soyez pas surpris·e de recroiser le monsieur dans le coin.

« Nombreuses sont les histoires que l’on raconte sur la mer d’Os. Aucune ne doit être crue. Toutes peuvent être vraies. »

« A première vue, étant donné sa constitution, il n’avait rien de cassé. Pas même son amour propre. Il assumait sa propension à se saouler quand il voulait, à jeter des insultes inutiles et gratuites à qui passait dans son champ de vision. Et il assumait donc, évidemment, les conséquences de ses actes et les séquelles qui en résultaient.
Peu lui importait, il s’était visiblement bien amusé et il était sauf. »

« – C’est ce monde qui est fou. Pas moi, Druber. Je suis comme vous, j’ai subi sa loi. Maintenant, c’est différent, je dicte la mienne sur le monde.
– J’en suis incapable.
– C’est ce qui nous différencie. J’ai su me relever, pas vous. Partez maintenant. Vous ne me tuerez pas aujourd’hui. Ni demain. Vous comprenez ? »

Des sorciers et des hommes, Thomas Geha. Editions Critic, coll. Fantasy, 2018. 317 pages.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

 

C’est le 1er, je balance tout ! # 27 – Mars 2019

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

***

  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Côté Top… Beaucoup d’excellentes lectures ce mois-ci : Syngué sabour, Des sorciers et des hommes, Mers mortes, La constellation du chien, Simple… mais ces livres-ci ont ou seront critiqués, alors j’ai envie de mettre en avant un coup de cœur pour l’album Maman d’Hélène Delforge et Quentin Gréban.
Des mamans de tous les pays, de toutes les époques. Maman inuit, maman hippie, maman marquise ou mécanicienne, maman énervée, maman en deuil, maman femme. Des textes poétiques pour un concentré d’amour. Un ouvrage sublime porté par des illustrations pleine page d’une douceur à couper le souffle. La lumière des regards, le grain des peaux, la tendresse des postures… Le travail de Quentin Gréban illumine cet album et donne vie à toutes ces femmes et leurs enfants. Tout simplement superbe.

Quelques illustrations trouvées sur le site des éditions Mijade :

Côté Flop… Le diptyque Les Pluies de Vincent Villeminot a été une énorme déception pour moi : de nombreuses critiques élogieuses et au final, je n’ai globalement ressenti qu’un ennui prodigieux mâtiné ici et là d’agacements profonds et d’irrépressibles envies de rire.

Côté challenges…

  • Tournoi des trois sorciers : 2515 + 595, soit 3110 points pour Poudlard ;
  • Voix d’autrices : + 3, soit 7/50 ;
  • Challenge de l’imaginaire : + 13, soit 16/36 (livres chroniqués, et non livres lus) ;
  • Les Irréguliers de Baker Street : + 2, soit 44/60 ;
  • Les 4 éléments : + 1, soit 16/20.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Kara et Kin, du blog Plumes de lune, m’ont fait baver devant le beau-livre Un voyageur en Terre du Milieu de John Howe.

La Geekosophe m’a donné envie de découvrir Une fille facile de Louise O’Neil, un roman qui semble être une vraie claque, le genre de livre que tu ne fermes pas avec désinvolture (en tout cas, sa chronique m’a remuée !).

A propos de coup de cœur, de coup de poing, bref, de livres qui nous marquent, je vous conseille encore et toujours Nous rêvions juste de liberté d’Henri Loevenbruck. Et si vous ne le connaissez pas encore, peut-être que Le Joli pourra vous convaincre de vous y plonger.

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Le chant du loup n’était pas un film qui me tentait particulièrement (je ne l’ai toujours pas vu, mais je ne suis presque pas allée au cinéma ce mois-ci), mais La Tête en Claire l’a adoré et son enthousiasme est communicatif. Elle en parle d’une telle manière qu’on a juste envie d’éplucher le programme des cinémas du coin pour trouver une petite séance !

***

  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

J’ai commencé mon nouveau contrat – un temps partiel en bibliothèque – mais c’est bien la seule chose notable du mois. Et prendre soin de ma chienne qui a eu besoin de quelques allers-retours chez le véto (mais bon, c’est normal, je ne l’ai pas adoptée pour la laisser souffrir).
Sinon, je me suis remise à lire plein de BD, ce que je voulais faire depuis un moment.

Bref.

Et vous ? Comment s’est passé votre mois de mars ?
Des lectures, des films, des expos, des projets ?

Je vous souhaite un beau mois d’avril et on se retrouve dans un mois !

Mers mortes, d’Aurélie Wellenstein (2019)

Mers mortes (couverture)La Terre est asséchée. Adieu mers et océans foisonnants de vie. Seuls rappels de ce passé évaporé : de terribles marées fantômes qui déferlent charriant des millions de spectres décidés à se venger des humains qui les ont assassinés. Oural est l’un des rares boucliers contre ces déferlantes de haine : il est exorciste et adulé par celles et ceux qui l’entourent. Jusqu’à ce qu’il soit kidnappé par le capitaine Bengale et son équipage de pirates. Un long voyage les attend dans une tentative désespérée de corriger les choses.

Découvert grâce à Babelio (que je remercie ainsi que les éditions ScriNéo), Mers mortes est une lecture qui refuse de sortir de ma tête. Des extraits tournent en boucle sous mon crâne, des images, des conversations, un personnage. Il faut croire qu’il était en parfaite harmonie avec mes désirs livresques du moment car je ne parviens pas à m’en détacher.
Il faut dire que ce roman cumulait beaucoup d’éléments pour me plaire – SF post-apocalyptique, une touche de surnaturel, un message écologique, des pirates, une nouvelle autrice à découvrir –, c’était presque trop beau pour être vrai. Pour être bon. Et pourtant, ce le fut !

 L’univers est captivant pour qui est friand d’histoires de survie dans une Terre dévastée par les humains – de la SF qui se rapproche à grand pas – avec cette planète désertique, asséchée, hantée par ceux qui ont été massacrés. C’est un univers clairement pas très joyeux, où la mort est omniprésente, avec des personnages parfois sans pitié. Je ne vais pas vous mentir : j’aime beaucoup ça.

Il n’est pas évident de vous en parler sans spoiler (juste : lisez-le !), mais je dirai simplement que certains passages sont vraiment durs et marquants. Ce n’est plus de la SF, mais la réalité. Des actes cruels qui se produisent actuellement, dans notre monde. Ce n’est décidément pas un livre qui a fait remonter l’espèce humaine dans mon estime. Oural, Bengale, les spectres, tous nous placent face à nos responsabilités, pointent du doigt nos défaillances, notre égoïsme, notre avidité. Difficile de rester à distance d’une histoire qui fait autant écho à notre société. Difficile de ne pas être révoltée face à une telle barbarie. Difficile de consommer encore du poisson après une telle lecture.

Mais surtout, il y a Bengale. Nous le découvrons à travers les yeux d’Oural et, comme le jeune exorciste, il est impossible de rester de marbre face à ce prédateur cynique et séducteur, aussi charmeur que dangereux. Je ne veux pas trop en dire tant c’est un régal que de le rencontrer et d’apprendre à le connaître. Les secrets qu’il cache à son équipage, sa relation avec Oural qui évolue si lentement, si justement… cette dernière est juste fantastique !
Mon enthousiasme pour Bengale (et pour le tamdem Bengale-Oural) est immense, mais, même si je ne voudrais pas que ces deux-là soient moins présents (on a déjà assez de mal à les quitter comme ça !), j’avoue qu’ils cannibalisent toute l’attention au détriment du reste de l’équipage qui manque parfois de consistance (alors que tous ces membres sont très intéressants !).

La fin est une véritable frustration. Non pas qu’elle soit mauvaise, elle est au contraire excellente, avec ce qu’il faut de noirceur pour conclure ce récit plutôt sombre. Mais quitter ces personnages, laisser leur histoire à ce stade, voilà ce qui est frustrant. Mais c’est aussi beau, et sensible. Bref, un véritable concentré d’émotions !

Aurélie Wellenstein a réussi sa potion et propose ici un récit original, un monde âpre, une magie percutante et des personnages marquants. Mers mortes est arrivé comme une gigantesque vague qui m’a emportée et m’a envoyée bouler jusque dans les abysses. En apnée tout du long de ma courte mais intense lecture, j’ai encore du mal à retrouver mon souffle. Éprouvant.

« Oural était si proche qu’il voyait la splendeur de la mer et ses millions d’âmes qui flottaient dans la luminescence bleutée. Même dépourvue de voix, il percevait très bien sa fureur, sa douleur, sa haine et sa démence. Sauvagement assassinés, les mers et les océans charriaient au creux de leurs vagues monstrueuses le souvenir de leur supplice, et à chaque fracas, chaque dégorgement d’écume dans le monde des humains, ils paraissaient hurler « vengeance ! ». »

« – On aurait pu sauver le monde, reprit-il d’une voix mauvaise. Mais non. On était trop paresseux, trop égoïstes. Dix milliards d’êtres humains qui dévorent les océans. Aucune limite à la croissance, l’humanité qui dépouille des millions d’espèces dans une expansion surréaliste. Et ne va pas croire qu’on ne savait pas ce qu’on faisait ! Il y a quarante ans déjà, les projections annonçaient l’effondrement des pêcheries en 2048. Crois-tu que ça les ait arrêtés ? »

« Ce qu’il avait vécu, via sa brève incarnation en requin, n’était pas qu’une construction fantasmagorique de son esprit. C’était la réalité, un souvenir colporté à travers le temps, le traumatisme d’une mer à bout de forces et dont le désespoir continuait de résonner à la surface du monde, même après toutes ces années… »

Mers mortes, Aurélie Wellenstein. ScriNeo, 2019. 363 pages.

Jackpot pour les challenges !

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Gloria Scott :
lire un livre se déroulant en partie sur un bateau

Challenge Les 4 éléments – L’eau :
un être aquatique, réel ou imaginaire

Challenge Voix d’autrices : un roman de science-fiction

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