Maus, l’intégrale, d’Art Spiegelman (1980-1991)

Maus (couverture)L’histoire de Vladek Spiegelman, Juif polonais ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale et à la Shoah, raconté par son fils.

Tout aura déjà été dit sur cet incroyable roman graphique, mais voilà des années que je voulais relire cet ouvrage découvert au collège et c’est enfin chose faite !
Une histoire connue et mille fois racontée, un père qui parle comme Yoda, des souris et des chats… et pourtant, le tout est un chef d’œuvre qui mérite amplement ses multiples récompenses !

Dans ce roman graphique en noir et blanc, les Juifs sont représentés en souris (« Maus » en allemand), menacées par les chats nazis, eux-mêmes chassés par les chiens américains. Lorsqu’un Juif cache sa religion pour se présenter en Polonais chrétien, il portera alors un masque de cochon. Outre d’être original, le zoomorphisme est utilisé de façon très maligne : permettant de situer les personnages sans explications, il ne nuit en aucune manière au réalisme de l’œuvre. Sans tomber dans la caricature que ce choix de représentation aurait pu induire, Art Spiegelman montre des gens qui aident et des gens qui font souffrir dans tous les camps, sans réduire le script aux gentilles souris et aux méchants chats.

Des années 1930 à 1945, nous suivons Vladek à travers la Seconde Guerre mondiale. Vie aisée suite à son mariage avec la douce et maladive Anja, puis lente dégringolade jusqu’au camp de concentration. La faim, les combines pour survivre un jour de plus, les amitiés nouées au bon moment, les pertes successives, la peur… Un témoignage personnel qui n’a pas pour objectif de dévoiler la vérité sur cette période, juste une histoire intime absolument terrifiante et bouleversante. (A chaque roman sur 39-45, j’ai une petite pensée du genre « c’est bon, on a déjà tout vu tout lu » et pourtant, à chaque fois, je ne peux rester indifférente devant cette atrocité qui semble impensable et qui pourtant ne l’est pas, il suffit de regarder autour de soi…).

 

Cependant, la narration ne se focalise pas uniquement sur le passé. En effet, Art Spiegelman se montre interviewant son père et présente ainsi tout le contexte dans lequel le roman graphique a été créé. Il parle ainsi de sa relation avec un père extrêmement difficile ou de celle de celui-ci avec sa seconde femme (nous offrant également son point de vue à elle sur leur vie de couple). Il évoque sa position vis-à-vis de l’Holocauste et ses doutes sur sa capacité à évoquer cette abominable époque. Il s’interroge sur sa culpabilité de n’avoir pas vécu les mêmes épreuves que sa famille ou sur la rivalité avec son frère décédé et idéalisé par ses parents.
Ainsi, tandis que, de son anglais malhabile, son père partage ses souvenirs avec son fils – et à travers lui, les lecteurs et lectrices –, Art Spiegelman parle aussi de comment raconter, comment se remémorer. Cette perspective apporte une profondeur supplémentaire, une vraie richesse à ce récit sur la transmission et la mémoire.

En outre, l’auteur n’idéalise pas son père et aborde sans concession ses pires défauts. S’il reconnaît que celui-ci a traversé l’Europe d’Hitler avec une débrouillardise incroyable, un flair quasi infaillible et pas mal de chance, il présente également un vieil homme de très mauvaise foi, égocentrique, radin, paranoïaque et raciste. Si ce dernier trait de caractère est extrêmement choquant pour le lecteur comme pour la femme d’Art qui manifeste sa stupéfaction horrifiée, cela contribue à mon goût au réalisme et à la justesse de l’histoire. Vladek est marqué à jamais et la guerre avec ses privations et ses deuils se rappelle à lui chaque jour.

 

L’ouvrage est dense et bavard : le texte est omniprésent et absolument essentiel. Le trait, sombre et minimaliste, correspond parfaitement à l’ambiance dure et froide du récit. De cette sobriété naissent la peur et l’émotion. Si cette succession de petites cases peut effrayer, on se rend rapidement compte que le choix de ce type de dessin est absolument judicieux.

Construit sur une alternance du passé et du présent – coupures appréciables qui permettent de respirer un peu entre deux épisodes toujours plus atroces –, mêlant biographie d’un rescapé et autobiographie d’un fils de survivant, Maus raconte une histoire humaine et inhumaine à la fois, le tout sans pathos ni haine. Une réussite, une œuvre à ne laisser passer sous aucun prétexte.

Maus, intégrale, Art Spiegelman. Flammarion, 2012 (1980-1991 pour la première parution). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Judith Ertel. 295 pages.

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Trois BD, trois autrices : Un autre regard, La tectonique des plaques et Underwater

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, tome 1,
d’Emma (2017)

Un autre regard, tome 1 (couverture)Je suivais déjà depuis quelques temps le blog d’Emma (je l’ai d’ailleurs citée à de nombreuses reprises dans mes « C’est le 1er… »), j’ai donc été ravie de l’opportunité de découvrir cette BD grâce à Babelio.

La manipulation, les violences policières et celle des opprimé.es, la maternité, l’épisiotomie, le regard des hommes sur les femmes, le clitoris… voilà les thèmes divers et variés abordés par la blogueuse Emma.

Le ton est sérieux, mais n’est pas dénué d’humour. Emma dénonce des tabous et des problèmes dans l’air du temps et elle le fait très bien. Les anecdotes qu’elle raconte permettent d’aborder différents sujets avec intelligence. Les planches sont suffisamment longues pour ne pas frustrer le lecteur et peuvent donner des idées pour approfondir certains thèmes par la suite.

Les dessins minimalistes laissent la place au texte et au fond et l’on constate rapidement que des efforts sont encore à faire pour vaincre le sexisme de notre société. Comme souvent face à ce genre d’ouvrage, j’ai sifflé d’exaspération lorsqu’elle rapporte des remarques des plus insupportables.

Un livre intelligent et incisif !

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, tome 1, Emma. Massot éditions, 2017. 110 pages.

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La tectonique des plaques,
de Margaux Motin (2013)

La tectonique des plaques 135 ans, mère célibataire, les sorties entre copines, l’alcool, les gaffes de sa petite fille, une histoire d’amour toute neuve avec l’un de ses meilleurs potes, un changement de vie… Bref, la vie quotidienne de Margaux Motin.

J’ai pris cette BD un peu au hasard à la bibliothèque, sans trop savoir de quoi elle parlait (je ne connaissais que le nom de Margaux Motin, nullement son travail). La surprise a été plutôt bonne pour moi qui cherchais une lecture légère.

Il y a quelque chose de très authentique, beaucoup d’autodérision, une pointe de vulgarité, et beaucoup d’amour finalement (pour sa fille dont la perspicacité et les tirades donnent lieu à de beaux moments, ses copines, son copain – le temps que ça dure –, pour la vie tout simplement). L’humour est très présent – des fois, ça marche, des fois, ça tombe à plat – et certaines planches m’ont beaucoup amusée, parfois parce que je m’y reconnaissais en dépit du fait que je ne suis on ne peut plus différente de Margaux. Si j’ai tout de suite adoré l’excentricité rafraîchissante du personnage, il m’a fallu quelques pages pour apprécier son côté Parisienne un peu égocentrique, très « fringues et maquillage » et ce sont les histoires « à la maison » qui m’ont aidée à l’aimer.

Plus maligne qu’une simple succession de gaffes, La tectonique des plaques est la confession touchante d’une pointe de folie, d’un cœur immense et d’un cerveau qui carbure un peu trop. Les dessins, croqués sur le vif, sont en parfaite adéquation avec le dynamisme général de la BD. Un mélange trash et tendre pour un agréable moment de loufoquerie.

La tectonique des plaques, Margaux Motin. Editions Delcourt, coll. Tapas :-*, 2013. 192 pages.

Challenge Voix d’autrices : une bande-dessinée

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Underwater, le village immergé, tomes 1 et 2,
de Yuki Urushibara (2009-2011)

Lorsqu’elle s’évanouit sous le soleil de plomb qui étouffe le Japon, Chinami se retrouve dans un petit village au bord d’une rivière à la fraîcheur bienfaisante où elle fait la rencontre de Sumio qui vit là, seul avec son père. Les secrets qu’elle va y découvrir va bouleverser toute sa famille.

Cette duologie mêle plusieurs points de vue issus des différents membres de la famille : Chinami, sa mère, sa grand-mère… Leurs récits et leurs souvenirs s’entrecroisent et se complètent pour former un tout (dans le tome 1 du moins, ce qui l’a rendu plus passionnant que le second). L’on découvre ainsi progressivement les liens qu’entretient la famille avec le village abandonné.

Histoire familiale délicatement ciselée, Underwater aborde les sujets du deuil, de la résilience, de la mémoire, des souvenirs douloureux et heureux. Comment s’occuper des vivants sans oublier les morts ? Comment laisser partir les fantômes et poursuivre sa vie ? La météo – au début, caniculaire d’un côté, pluvieux de l’autre – semble être un indicateur du chemin parcouru par les personnages, chacun à leur manière, chacun à leur rythme.

Suffisamment vrais et travaillés pour que l’on se sente proche d’eux, les personnages sont une réussite, accrue par la belle expressivité des dessins. Ceux-ci sont également immersifs lorsqu’ils nous montrent le village, sa rivière et sa cascade. La mort annoncé de celui-ci ne fait que renforcer le sentiment de mélancolie lorsque l’on visite ce paradis perdu détruit par la modernité.

Underwater (planche)

Attirée par les douces aquarelles des couvertures, j’ai été captivée aussi bien par l’histoire difficile mais si banalement humaine des personnages que par le destin de ce village enchanteur et hors du temps. Une touche d’onirisme, un zeste de légende, une bonne dose de poésie et beaucoup d’humanité. Une belle lecture.

Underwater, le village immergé, Yuki Urushibara. Editions Ki-oon, coll. Latitudes, 2016 (2009 et 2011 pour les éditions originales). Traduit du japonais par Thibaud Desbief. 248 et 248 pages

Challenge Voix d’autrices : un manga

 

Tag Mon rapport à la lecture

J’ai été taguée il y a une éternité (ah non, ça ne fait que dix mois) par Ambroisie (Envole de page) dont je vous recommande les réponses poétiques, je n’ai décidément aucune rigueur sur les tags. Je suis vraiment désolée, je suis incorrigible !

La liseuse

La liseuse, Fragonard

Quel est ton rythme de lecture ?

Fluctuant.
Ça dépend de ce que je lis. Si je ne lis que des BD ou des romans jeunesse, mon rythme de lecture ne va pas être le même que si je lis un putain de pavé (comme actuellement, au cas-où vous auriez raté mes multiples remarques sur ma lecture du moment… (cf question suivante)).
Ça dépend aussi de mon humeur, du temps disponible. Je lis tous les jours ou presque, à mon rythme, j’ai besoin de la lecture, c’est mon oxygène, mais je ne m’impose rien. Et si tel jour, je ne lis que quelques pages parce que j’ai la tête ailleurs, parce que j’ai envie de jouer à Zelda, soit ! (De toute façon, si je persiste à lire dans ses conditions, mon esprit s’égare et la lecture devient superficielle et inintéressante.)

Un ou plusieurs livres en même temps ?

Ça dépend. Lire plusieurs livres en même temps ne me pose aucun problème particulier (d’autant plus s’ils sont de genres différents). Ça varie en fonction du moment, de ce que je lis… C’était tout à fait habituel avant, je le faisais moins ces derniers temps (sans doute parce que, lisant beaucoup de livres jeunesse et YA, une lecture ne me demandait pas assez de temps pour avoir le temps d’en commencer une seconde !) et j’ai recommencé à ouvrir plusieurs livres en attaquant le Dit du Genji pour m’offrir de courtes respirations au milieu de ce pavé d’une densité inhabituelle). Autre exemple, si je picore un recueil de poésie ou si je me lance dans un essai, je vais forcément avoir un roman à côté.

Papier ou E-book ?

Définitivement papier. J’ai testé la liseuse empruntée en bibliothèque pour ne pas mourir idiote, mais ce n’est clairement pas pour moi. Outre le fait que je n’aime pas la lecture sur écran (« oui, mais un écran de liseuse, ce n’est pas comme une tablette ou un ordi… » peut-être mais non), il me manque le contact avec le papier, pouvoir le toucher, le feuilleter, l’annoter parfois (ou lire les annotations de précédents lecteurs), retrouver un passage, retrouver ma page, regarder où est la fin du chapitre, l’épaisseur de la page, le poids du roman, la beauté de la couverture… Bref, papier.

Relis-tu tes livres ?

Oui ! Enfin, je le faisais et je veux encore le refaire. J’ai relu mille fois les livres de mon enfance et de mon adolescence (ah ! mes relectures annuelles d’Harry Potter, de Bottero, des Rois maudits !), mais depuis que j’ai quitté le nid, que mes moyens financiers ont un peu augmenté, que j’ai découvert les librairies d’occasion, les boîtes à livres, les cartons de livres abandonnés sur les trottoirs des grandes villes, ma PAL est devenue énorme. Et il y a les blogs ! ces tentations quotidiennes, amenant toujours de nouvelles idées de lecture. Le combo PAL + blogs a fait que j’ai relu peu de livres ces dernières années, mais ça va changer ! Il y a énormément de livres que j’ai envie de relire. Parce que je ne m’en souviens plus, pour les redécouvrir avec un œil plus âgé, pour retrouver une plume, des personnages, un univers…

Connaître la fin ne gâche absolument pas mon plaisir car je redécouvre des indices cachés, des détails, des subtilités ignorées à la première lecture. Je vous conseille d’ailleurs cette vidéo : « Vous détestez vous faire spoiler ? Vous avez tort. » Je l’ai découverte dans un « C’est le 1er » de ce mois-ci (par contre, je ne sais plus chez qui : que la concernée lève la main !) et c’est très intéressant. (Par contre, ce n’est pas une raison pour venir me dévoiler la fin d’une série (télévisée ou livresque), je suis la seule autorisée à me spoiler !)

Quel genre de livre lis-tu généralement ?

Tout. J’ai envie de dire tout sauf des romances et des polars, mais ce n’est pas exact puisque certains de mes livres favoris sont des romances (coucou Zweig, coucou autrices anglaises du XIXe siècle !). En revanche, je lis très peu de polars, je confirme.
Après… de tout. J’ai lu beaucoup  de littérature blanche pendant mon adolescence (à part quelques sagas de fantasy – HP (ah bon ?),  A la croisée des mondes, Bottero, Artemis Fowl… -, je lisais essentiellement de la littérature « adulte ». J’ai (re)découvert la littérature jeunesse et ado il y a quelques années (je crois, je n’ai pas la notion du temps qui passe), j’en ai lu pas mal et maintenant, j’ai à nouveau envie de changer, de retourner vers la littérature générale, d’aller vers la SF, quelques classiques… Voilà, je lis beaucoup de genres différents, mais ça fluctue en fonction de mes envies, du moment.

Quel est ton rapport avec ta PAL ?

Globalement, nos rapports sont bons. Ma PAL, c’est actuellement six cartons pleins (je pense que je serai morte avant d’avoir atteint le sixième), plus tous les classiques, intégrales, et autres bouquins trop beaux pour être enfermés en attendant que je leur accorde gracieusement un peu d’attention. Si je fais une moyenne en comptant le premier carton, je pense qu’elle tourne autour des 200-250 livres.
Généralement, j’aime cette manne livresque dans laquelle je peux puiser, je me délecte à l’avance des pépites que je vais y trouver. Je ne supporterais pas d’être en flux tendu, de ne pas avoir le choix immense qui est le mien actuellement. Je vois ma PAL comme une corne d’abondance : j’ai beau y piocher des livres, elle est toujours pleine. (Mais ça aussi, c’est censé changer : j’ai décidé de la diminuer un peu !)
Cependant, je suis parfois traversée par des moments d’angoisse et d’oppression face à cette accumulation de livres où j’ai envie de tout bazarder et de recommencer à zéro. Heureusement, je ne vais pas jusque-là (je le regretterai aussitôt), mais la dernière fois que j’ai ressenti ça, je m’en suis débarrassée en faisant du tri dedans, c’est-à-dire en disant adieu à quelques livres que je n’allais décidément jamais lire. Mais bon, ces passages sont relativement rares. Et j’aime ma librairie personnelle ! (Oui, les livres lus sont ma bibliothèque et ma PAL ma librairie, c’est comme ça !)

As-tu déjà eu une panne de lecture ? Que fais-tu pour t’en sortir ?

En fait, je n’ai pas de souvenirs d’une panne de lecture. J’ai l’impression de lire en continu depuis que je sais lire. Les périodes de faible lecture sont liées à un manque de temps, mais je continue de lire même si c’est à deux à l’heure.

Qu’est-ce qu’un lecteur ? 

 (Ou une lectrice. Non mais.) C’est quelqu’un qui lit, bêta ! Quelqu’un qui aime s’immerger dans une histoire, confier son esprit et son cœur à la plume d’un artiste. Qu’il ou elle lise pour découvrir des cultures et des pays, pour s’évader dans une autre dimension, pour se faire peur, pour pleurer, pour rire. Qu’il ou elle lise des romans à l’eau de rose, des polars, des essais, de la poésie… Curiosité, ouverture d’esprit, envie de connaître, de comprendre le monde et les êtres humains, empathie : ce sont les qualités que j’aimerais trouver chez quelqu’un qui lit (mais en réalité, ma naïveté n’est pas si grande et je sais que les imbéciles et intolérants sont partout…)

Voilà, la compilation de « moi, je » touche à sa fin.
N’hésitez pas à le reprendre ou à venir discuter habitudes de lecture.

Bonne journée et belles lectures !

K-Cendres, d’Antoine Dole (2011)

K-Cendres (couverture)Après des années passées enfermée dans un hôpital psychiatrique, Alexandra est devenue une star du rap. Utilisant son corps comme percussions, elle crache ses paroles devant des fans fascinés. Parfois, une chanson improvisée sort de sa bouche, prophétie annonçant la mort. K-Cendres est incontrôlable, ce qui ne laisse pas d’inquiéter les membres de son label, 3fall.

Jusque-là, tout ce que j’avais lu d’Antoine Dole était l’album Le monstre du placard existe et je vais vous le prouver. Avec ce roman, ce qui m’a tout de suite saisie, c’est la plume nerveuse de son auteur. La voix brûlante et meurtrie de K-Cendres. Une prose torturée, enragée. Le texte est musical, rythmé par une sombre musique. Parfois morbide, parfois démente, elle nous emporte. Les seules butées à ma lecture, les mots de verlan, un langage que je ne maîtrise pas et qui me bloque toujours.

Des mots qui épousent la personnalité brisée d’Alexandra. Enfant de l’HP élevée dans les médocs, elle est sans cesse au bord du gouffre, scarifications, hallucinations, creuset de toutes les psychoses et les névroses du monde. L’écriture est vivante et nous fait ressentir la douleur d’Alexandra, douleur psychique qu’elle tente souvent de faire disparaître sous la douleur physique. On s’interroge parfois : est-elle prophète ou folle ou les deux ? Quoi qu’il en soit, comme la prophétesse grecque Cassandre, elle semble condamnée à ne jamais être crue.

Les personnages qui gravitent autour de la chanteuse sont manipulateurs et antipathiques – à l’exception de Marcus, le garde du corps déchiré entre son inquiétude pour Alexandra et le besoin d’argent. Pour eux, Alexandra, la personne en miettes n’existe pas, elle n’est que K-Cendres, la poule aux œufs d’or qu’il faut exploiter au maximum quitte à recourir aux pires stratagèmes. Aux commandes, Jaz le boss et Karine la chargée de communication… Avides de pouvoir, d’argent et de reconnaissance, tous deux se révèlent pathétiques sous le déguisement de gros durs.

En dépit de quelques longueurs et répétitions qui donnent parfois l’impression de tourner en rond, ce texte dans lequel souffrance et aliénation résonnent en chœur m’a bien malmenée, m’entraînant par sa poésie démente et captivante. C’est avant tout un livre qui se vit, qui se ressent plus qu’il ne s’explique et se dissèque.

« Alexandra, son père Noël est mort très tôt. La vie de famille, douce ou dure ou cotonneuse ou bordélique, elle ne l’a pas connue : seule la chimie lui a fabriqué une mémoire, par flashes furtifs. Alexandra, elle a craché ses premières règles au fond des futes en toile bleu ciel de l’HP, et ses premiers baisers ont valu à un gardien de nuit un licenciement pour faute grave.
Ce moment de déglingue où l’enfance bascule dans une jeunesse incandescente et douloureuse, elle est née dedans. N’en est jamais sortie. »

« Elle a travaillé son phrasé sans aucune idée de ce qu’elle faisait, à l’instinct et à la rage, en s’acharnant à poser un calque verbal sur ses flashes, à agencer dans l’air toutes ses solitudes. Les percussions corporelles amplifiaient son timbre et modulaient l’harmonie de sa voix. Les mots se sont cassés dans sa bouche, ont fait saigner ses lèvres, les mots lui ont entaillé le palais, si profondément qu’il fallait les cracher, question de vie ou de mort. Les phrases formées n’apaisaient rien, alors elle a scandé plus fort, sacrifié la douceur de sa voix, scarifié les nuances de ses pensées, elle a fracturé les syllabes, piétiné le langage, elle a tout brisé, tout ce que les profs bénévoles de l’hôpital lui avaient enseigné, pour que les mots épousent purement et seulement la douleur, la peine et la souffrance. Elle a tout recréé. Son flow s’est construit à partir des fracas du monde tel qu’elle le connaissait depuis toujours. »

K-Cendres, Antoine Dole. Sarbacane, coll. Exprim’, 2011. 185 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Son Dernier Coup d’Archer :
lire un livre dans lequel la musique a une place importante

La parenthèse 7ème art – Mars 2018

Avec le déménagement, le cinéma a disparu de mon quotidien. Je compte sur lui pour revenir dès que les choses se seront un peu posées, mais en attendant, c’est la misère. Voilà pourquoi, encouragée par Pauline du blog Histoires Vermoulues, j’ai décidé d’élargir le champ de mes chroniques et de parler également de films vus chez moi, peinarde sur mon canapé. (Je ne parlerais cependant de ceux qui m’inspirent, pas besoin de reparler de mon énième visionnage d’Hair ou d’évoquer le film un peu naze regardé pour me vider la tête.)

  1. Call me by your name, de Luca Guadagnino

 Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais. (Allociné)

(Ils devraient faire des résumés encore un peu plus longs chez Allociné…)

Call me by your name (affiche)

Difficile, je pense, de ne pas avoir entendu parler de Call me by your name. Avec La forme de l’eau (et, dans une moindre mesure peut-être, Lady Bird), ce sont LES films de ce début d’année. Mais si le Guillermo del Toro ne m’a pas bouleversée plus que ça, je ne peux pas dire de même pour celui-ci.

Le rythme est lent et prend le temps de la mise en place pour ces personnages, ce coin d’Italie, cet été avec les stridulations des insectes et le glougloutement de l’eau. J’ai adoré me laisser emporter cette tranquillité languissante, léthargique. L’immersion est totale et les décors se montrent aussi importants que les personnages. La caméra les aime et les sublime tout au long du film : les fruits tendres, juteux et sucrés, les statues marmoréennes à la beauté immortelle, la rivière, le soleil caressant les corps alanguis… tout autant de passage pour les deux protagonistes.
Le désir et la prise de conscience de ce désir ne déboulent pas dès les premiers jours et les deux hommes vont passer un bon bout de temps à se tourner autour. Pourtant, grâce à l’intensité et la justesse du jeu de Timothée Chalamet et Armie Hammer, on ne s’ennuie pas une seconde et les regarder apprendre à se connaître, se trouver, découvrir l’amour se révèle tout bonnement attendrissant.

Les personnages sont superbes, profonds, et merveilleusement incarnés. Ils ne sont nullement parfaits – Oliver a d’ailleurs commencé par m’agacer avant de me faire changer d’avis par sa gentillesse et son amour pour Elio. Elio – tout comme son amie Marzia d’ailleurs qui m’a émue lors de son ultime apparition – est à la fois d’une grande intelligence et d’une sensibilité aiguë. Entre innocence et maturité, il est difficile de rester insensible face à lui.
Elio peut compter sur le soutien de ses parents, ce qui change de ces familles qui se déchirent face à l’homosexualité. Le père notamment se révèle magnifique. L’incroyable lien de compréhension et d’amour entre son fils et lui, sublimé dans son discours à la fin du film, est extrêmement touchant.

Pour moi, Call me by your name est une petite perle. A la fois très sensuel et pudique, c’est un film sublime, fort et juste qui transmet de belles émotions. Une réussite totale, des décors aux personnages, des acteurs au choix des plans, de la musique aux silences.

(En voulant vérifier l’orthographe du nom du réalisateur, j’ai appris qu’une suite était prévue en collaboration avec l’auteur du bouquin, André Aciman : mêmes personnages, quatre ou cinq ans après les événements de celui-ci. Le genre de projet qui me laisse un peu dubitative (et partagée parce que, d’une part, je trouve la fin parfaite et crédible et poignante, et d’autre part, parce qu’ils avaient une belle relation quand même, du coup…), mais que je serai curieuse de découvrir. Avec appréhension.)

  1. Forrest Gump, de Robert Zemeckis (1994)

Quelques décennies d’histoire américaine, des années 1940 à la fin du XXème siècle, à travers le regard et l’étrange odyssée d’un homme simple et pur, Forrest Gump. (Allociné)

Forrest Gump (affiche)

(Disponible sur Netflix)

J’arrive avec un temps de retard pour découvrir ce classique du cinéma.
Impeccablement interprété par Tom Hanks, Forrest Gump effectue un voyage passionnant et touchant. Incapable de mensonge, il est le genre de personnage véritablement attendrissant qu’il est difficile de ne pas aimer. Ce qu’il vit fait écho en chacun de nous, il appréhende la vie avec une fraîcheur et une innocence magnifiques. Imperturbable, assis sur un banc, il déroule le fil de sa vie avec un immense sérieux qui fait sourire ou qui touche, bref, qui ne laisse jamais indifférente. (En revanche, Jenny (Robin Wright), son amie, son amour secret, la femme de sa vie, est parfaitement horripilante et la façon dont elle l’utilise m’a indignée.)
La façon dont son périple est intégré à l’histoire américaine (Elvis Presley, guerre du Vietnam, hippies, Black Panthers, JFK, John Lennon, Nixon, Apple, les smileys, etc.) est réussie et divertissante. Tout en faisant le point sur ses connaissances en histoire, on s’amuse à trouver les références et de la façon dont Forrest en devient instigateur principal. Les effets visuels et trucages sont bluffants (j’avoue : je suis une quiche dans ce genre de domaine, m’impressionner n’est donc nullement un exploit).
Aventure humaine poétique et enthousiasmante, Forrest Gump mérite amplement son statut de film culte !

  1. Annihilation, d’Alex Garland

 Lena, biologiste et ancienne militaire, participe à une mission destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari dans une zone où un mystérieux et sinistre phénomène se propage le long des côtes américaines. Une fois sur place, les membres de l’expédition découvrent que paysages et créatures ont subi des mutations, et malgré la beauté des lieux, le danger règne et menace leur vie, mais aussi leur intégrité mentale. (Allociné)

Annihilation (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Apparemment, ce film a été jugé « trop compliqué » et « trop intellectuel » pour les salles de cinéma (françaises entre autres). Mouais. Certes, ça ne bourrine pas toutes les trente secondes, mais de là à le qualifier de « trop intellectuel », je pense qu’il y a un peu de marge. Certes, on se pose des questions et il y a moyen d’élaborer quelques théories, cependant, au final, j’ai surtout été déçue. Il y avait de l’idée, un scénario qui diverge des films de SF que l’on peut voir habituellement, des passages contemplatifs, des instants un peu malsains (plus oppressants que les moments vaguement gore) mais je n’ai vraiment pas réussi à être prise par l’histoire. Je ne sais pas pourquoi, la lenteur n’est pas un problème pour moi, mais là, j’ai trouvé que c’était beaucoup de bruit pour rien. Et la fin tombe à plat.
Quant à la team 100% féminine, oui, chouette, ça change. Mais le cliché de la fille physicienne super intelligente toute timide qui se cisaille les bras ou celui de la grande musclée forcément lesbienne… No way.
Je ne connais pas le livre d’où est tiré le film, mais j’aurais presque envie de le lire si je n’en avais pas trois mille autres en attente pour voir si c’est le film, si c’est moi, ou si c’est le livre qui coince. Dommage ! SF, Natalie Portman, héroïnes, sujets de réflexion : j’aurais aimé ne pas passer à côté !

***

Séries (ou « la section qui n’apparaîtra pas souvent »)

  1. Chasseurs de Trolls (VO : Trollhunters), créée par Guillermo del Toro (2016-, 2 saisons, en cours)

Sur le chemin de l’école, Jimmy Dulac, un adolescent de quinze ans, trébuche par inadvertance sur une amulette magique. Il découvre alors une extraordinaire civilisation secrète de puissants trolls vivant sous sa petite ville d’Arcadia. Jimmy se retrouve soudainement destiné à être le protecteur du monde des trolls et des humains. (Allociné)

Chasseurs de Trolls (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Ayant commencé cette série d’animation en pensant qu’il s’agissait simplement d’un film, j’ai été embarquée par le rythme court des épisodes (23 minutes) et par l’histoire. Certes, certains ressorts sont assez classiques : le héros qui effectue tout le parcours initiatique auquel on s’attend, le grand méchant prisonnier dans les Darklands, un petit gros comme sidekick, une belle fille intelligente comme troisième comparse, des aides et des ennemis, des ennemis qui deviennent des soutiens, des soutiens qui ne sont pas si honnêtes que ça finalement, etc. Et pourtant, j’ai bien accroché.

Tout d’abord à ce monde souterrain de trolls, changelins et gnomes. Comme dans Harry Potter, Le seigneur des Anneaux et autres récits de fantasy, c’est là toute une mythologie que je trouve toujours fascinante. La seconde saison nous fait découvrir d’autres trolls que ceux basés au Marché et ainsi élargir notre connaissance de cet univers. Je passerais bien quelques jours dans la bibliothèque de Blinky, le mentor de Jim, pour tout savoir des trolls.
Ensuite, j’ai été séduite à l’esthétisme de la série. Le physique des personnages (même si je ferai le même reproche qu’aux autres dessins animés : pourquoi seules les vieilles filles ou les méchantes peuvent-elles avoir un physique atypique ? Evidemment, l’amie ou la mère de Jim sont très jolies… et très lisses), les différentes créatures de la nuit, les lumières, les roches… C’est très beau ! L’animation est très réussie à la hauteur des studios qui ont vu naître Dragons (Krokmou passe d’ailleurs faire un petit coucou !)
Et malgré les défauts évoqués au début, les personnages n’en sont pas moins attachants et le format série permet de creuser un peu plus leur personnalité, leurs rêves et leur passé que dans un simple film. L’univers banal de l’école et de la maison est aussi important que leur vie cachée de chasseurs de trolls, tout est fouillé, exploité avec talent. Toby, Aargh !, Blinky, Strickler… inoubliables.

Les scènes d’action ne sont jamais redondantes ou inutiles, l’humour fait son apparition sans devenir lourd ou répétitif, l’intrigue est captivante (et on veut savoir la suite à la fin de chaque épisode) et l’univers fantastique créé par Guillermo del Toro est absolument fascinant : bref, une super série d’animation !

Patience à présent : la suite de l’histoire sera apparemment narrée dans une série dérivée, 3 Below, qui sortira fin 2018.

  1. Under the Dome, créée par Brian K. Vaughan, d’après le roman de Stephen King (2013-2015, 3 saisons)

Les habitants d’une petite communauté se réveillent un matin, coupés du monde et piégés dans la ville à cause d’un immense dôme transparent. Certains tenteront, de manière dissimulée, de tirer profit de cette situation inquiétante et inexpliquée, afin de prendre le pouvoir. Mais une résistance va s’organiser autour d’un vétéran de la guerre en Irak, pour empêcher ces personnes malveillantes de parvenir à leur fin. (Allociné)

Under the Dome (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Dans ma grande démarche « donner une seconde chance à Stephen King, tant à ses livres qu’aux adaptations » suite à mon coup de cœur pour Ça, nous nous sommes lancés dans le visionnage de la série Under the Dome. Je précise que je n’ai pas lu le livre.

Que dire ? La première saison et la première moitié de la seconde (à vue d’œil car, ayant enchaîné les épisodes, je n’ai pas vraiment intégré les limites de chaque saison) m’ont plutôt accrochée. Le principe est assez classique : la survie sous le dôme avec tous les problèmes auxquels nous pouvons nous attendre (nourriture et autres ressources, effritement de la solidarité, folie, prise de pouvoir, tentatives d’évasions, crimes, etc.). En dépit de l’originalité toute relative de la chose, je ne me suis pas ennuyée en découvrant le dôme et en regardant les personnages se débattre et appréhender peu à peu leur nouvel environnement.
Toutefois, la direction prise par la série par la suite n’a suscité chez moi qu’une lassitude de plus en plus abyssale. Je l’ai trouvé bâclée (ce qui est fort compréhensible étant donné qu’il s’agit d’une série annulée après la saison 3), sans intérêt, sans accroche. Du grand n’importe quoi à mon goût. Même les effets spéciaux ou l’apparence des cocons ou des nouveaux arrivants (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler de potentiels courageux désireux de se lancer dans un visionnage laborieux…) étaient mauvais, laids. Il n’y a aucun moment d’horreur ou de thriller, aucun passage flippant où l’on craindrait pour les personnages (d’ailleurs, ceux-ci non plus ne semblent jamais effrayés), il n’y a pas de suspense et c’était parfois usant de regarder de longues séquences interminables pour arriver à un résultat prévu trois épisodes plus tôt.

Et j’avoue avoir tout au long de la série (saison 1 à 3) été stupéfaite des choix et/ou de la bêtise, de la naïveté des personnages. Certaines réactions (ou absences de réaction) sont totalement ahurissantes. De toute façon, les personnages ne sont pas bien intéressants, il y a une fadeur généralisée qui ne fait que s’amplifier au fil des saisons. D’un côté, des Julia, Joe ou Barbie, bien sympathiques, mais trop lisses, trop gentils pour être véritablement passionnants. De l’autre, un Junior dont la tête t’annonce dès sa première apparition qu’il est le psychopathe de la série (mais c’est parce qu’il n’a plus sa maman et que son papa était méchant, vous allez vite le piger puisque c’est répété au moins cent mille fois. Au moins.)
Ouf, un personnage s’est détaché : Big Jim (le méchant papa de Junior), joué par Dean Norris (vu dans Breaking Bad également, cet acteur est parfait). Contrairement aux autres personnages, cet homme est bien plus complexe. Mégalo, égocentrique (il y a eu un moment où j’étais au bord de la crise de nerfs à chaque fois qu’il commençait une phrase par « I », c’est-à-dire à peu près toutes ses phrases), on se demande souvent dans quelle mesure il agit par amour pour sa ville – attachement qu’il clame régulièrement – ou uniquement pour sauver sa peau. Véritable salopard parfois, il est cependant capable d’actes de générosité. Bref, il oscille perpétuellement, on ne sait pas toujours que penser de lui, et j’ai eu une vraie relation amour-haine avec ce personnage.
(Parmi les personnages qui relèvent un peu le niveau, je citerai également la capricieuse Norrie (Mackenzie Lintz) – je ne la supportais pas au début, mais sa colère et sa révolte ont finalement fini par me plaire, son imperfection étant assez rafraîchissante parmi tous ces protagonistes à une seule facette – et Sam Verdreaux (Eddie Cahill), personnage parfois flou, malheureusement sacrifié dans la saison 3 – pas sacrifié dans le sens « tué », sacrifié dans le sens « lui enlever tout intérêt ».)

Pour être juste, j’ai regardé le début sans déplaisir et cette histoire de dôme avait des atouts pour me convaincre, mais le fait que cette série ait réussi à faire naître un tel ennui chez moi bien que je sois relativement bon public est un exploit que seul Dexter avait réussi jusqu’à présent.
Donc mon conseil : regardez plutôt Chasseurs de Trolls (ou la saison 2 de Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, j’en ai déjà parlé donc je ne vais pas recommencer mon speech, mais la seconde saison me confirme que cette série est merveilleuse !)

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (série)

C’est le 1er, je balance tout ! # 15 – Mars 2018

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Et surtout – c’est ce qui explique le peu de lecture – j’ai lu le livre 1 du Dit du Genji !

Le Dit du Genji (coffret)

Côté Top… Mes deux premières BD du mois, à savoir Polina de Bastien Vivès et Le Sculpteur de Scott McCloud, ont été d’excellentes et prenantes lectures. Toutes deux ont d’immenses qualités et la passion qui anime les deux personnages principaux ainsi que le pacte faustien accepté par le jeune sculpteur m’ont fascinée. Les dessins sont vifs et retranscrivent très bien les mouvements des artistes. Le choix du noir et blanc pour l’une et du noir et bleu pour l’autre se révèle également excellent.

Côté Flop… Elle s’appelait Tomoji fut ma plus mauvaise lecture du mois. C’est aussi une grosse déception car j’aime habituellement beaucoup le travail de Jiro Taniguchi. Cette biographie (j’ai découvert que c’en était une en arrivant à la fin du manga) m’a semblé froide et peu expressive. Elle possède un côté très descriptif qui m’a donné l’impression de ne lire qu’une succession d’années (« Nous sommes en [telle année], Tomoji a alors [tel âge]. »). Les personnages et leur histoire ne m’ont en aucune manière touchée, absence d’émotions et d’intérêt accrue par la rapidité à laquelle se lit cette histoire.

Côté challenges,

  • Coupe des 4 maisons : 2165 + 40 points, soit 2205 points pour Serpentard ;
  • Les Irréguliers de Baker Street : + 1, soit 29/60 ;
  • Les 4 éléments : + 0, soit 6/20 ;
  • Voix d’autrices : + 0, soit 6/50.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Je vous avais parlé de mon coup de cœur pour Proxima du Centaure de Claire Castillon : je vous propose à présent de découvrir la chronique de New Kids On The Geek qui en parle magnifiquement. Sa critique contient autant de poésie et d’émotions que le roman. Si après ça, vous n’avez toujours pas envie de le découvrir, je ne peux plus rien pour vous !

Je ne sais pas si c’est un fait ou juste une impression, mais j’ai l’impression de citer notre Charmant petit monstre préféré tous les deux mois, mais qu’y puis-je si ses chroniques sont truculentes, passionnantes, enthousiasmantes, hilarantes ? Allez donc lire sa critique de Notre-Dame de Paris si vous l’avez manquée et vous verrez ce que je veux dire !

Je suis un enfant qui tue des gens : un titre absolument charmant et une totale découverte grâce à la Récolteuse de mots. Cette BD m’intrigue à 100%, elle a quelque chose de fascinant et de repoussant en même temps. En tout cas, sa chronique m’a donné envie de tenter le coup !

Mon coup de cœur pour Ça  m’a convaincue de redonner une chance à Stephen King – et ce, malgré l’ennui qu’a provoqué chez moi la série Under the Dome (mais on en reparle mercredi) – et Alec à la bibliothèque et Maned Wolf (Déjeuner sous la pluie : un autre blog que l’on croise fréquemment par ici, je jure que je ne suis pas payée pour les citer le plus possible !) m’ont convaincue que le prochain serait The Shining (même si je n’avais pas aimé le film).

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Lire les bilans mensuels de June est toujours un régal, à l’image de celui de février qui nous emmène pour un vol plein d’humour à destination de toutes les chouettes chroniques de cette super blogueuse. Embarquez vite sur June&Cie Airlines !

Je débarque avec près de deux ans de retard, mais j’ai découvert l’analyse proposée par Buffy Mars (Tout est politique) sur Harry Potter : « Entre dictature, racisme et sexisme » (partie 1 et partie 2). Elle y parle politique et sociologie et le résultat est sérieux, riche, intelligent, complet deux articles qui font réfléchir (et qui donnent envie de relire HP pour la cinquantième fois). Bonus : pléthore de sources pour approfondir le sujet.

Voilà trois mois que je suis décidée à écouter l’émission de France Culture « La compagnie des auteurs » et plus spécifiquement les quatre épisodes consacrés à J.K. Rowling. Je ne vais pas dire que c’est chose faite, mais j’ai écouté le premier avec François Comba et Jean-François Ménard hier et c’était passionnant. Ces regards, parfois nouveaux, parfois complémentaires du mien sur Harry Potter, me donnent décidément une furieuse envie de relire cette fabuleuse saga.

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

J’ai lu 1/3 du Dit du Genji et j’ai fini (hier) le premier livre ! Un mois de lecture entrecoupée de bandes dessinées pour respirer un peu. Ça a été les 416 pages les plus longues de ma vie, mais entre les trois colonnes de texte par page et le style qui est ce qu’il est, j’ai eu l’impression d’en lire un millier. Rassurez-vous, ça n’a pas été que pure souffrance, j’y ai aussi pris beaucoup de plaisir, mais on en reparlera dans deux mois quand j’aurai lu les deux livres suivants !

Sinon, ma vie n’est pas passionnante : démarches administratives, peinture dans la maison et surtout code, code, et code… Eh oui, au programme de ces prochaines semaines : leçons de conduite et passage du code (et j’espère, découverte de la Bretagne).

Voilà, je vous souhaite un beau mois d’avril et de belles lectures !

Deux Mini Syros Soon : L’enbeille et L’envol du dragon

L'enbeille (couverture)L’enbeille, d’Eric Simard (2016)

L’enbeille se sent agressée dès qu’on l’approche. Son dard surgit alors du bas de son dos pour piquer… Pourra-t-elle un jour le maîtriser ?

Je vous avais parlé l’année dernière du petit livre fabuleux qu’était L’enfaon, il était temps pour moi de découvrir une autre histoire de cette même série. Sans être un coup de cœur comme L’enfaon, L’enbeille n’en est pas moins une petite histoire pleine de justesse et d’émotions.

L’enbeille ne supporte pas d’être examinée, touchée et, au moindre stress, son dard sort. Elle décide donc de fuir le centre et de trouver un endroit solitaire où celui-ci ne sera plus une menace, mais voilà que L’enlézard décide de la suivre… L’enbeille est une jeune fille dont l’anxiété pourra parler à bien des gens (en tout cas, ce fut le cas pour moi) : en quelques mots, Eric Simard nous fait comprendre les déchirements qui la traversent, ses doutes et ses craintes. Quelques péripéties et une petite aventure qui dessinent une jolie histoire célébrant le triomphe de l’amitié et de la confiance, que ce soit en soi ou en les autres.

« Il n’en faut pas beaucoup pour que je me sente agressée. Au moindre contact, à la moindre parole qui me contrarie, mon aiguillon vibre en moi et veut surgir. C’est plus fort que moi, je ne contrôle pas cette réaction. C’est pour cette raison que les infirmiers rappellent régulièrement aux autres humanimaux du centre qu’ils ne doivent surtout pas me déranger.
(…)
Aujourd’hui, j’ai onze ans et ceux qui m’entourent se méfient de moi. Je n’ai pas d’amis. »

L’enbeille, Eric Simard. Syros, coll. Mini Syros Soon, série Les Humanimaux, 2016. 42 pages.

L'envol du dragon (couverture)L’envol du dragon, de Jeanne-A Debats (2011)

J’ai découvert ce livre sur le blog La tête en claire (qui partage d’ailleurs mon coup de cœur sur L’enfaon) où elle nous disait «  je n’ai pas envie de vous parler du livre, je voudrais surtout que vous vous plongiez dedans sans rien en savoir comme ce fut mon cas. Je peux seulement vous dire qu’il y a des dragons dedans… ». Comme je suis bonne élève, c’est exactement ce que j’ai fait, je n’ai même pas regardé le résumé, et je ne peux que vous inciter à faire de même. Il s’agit tout simplement d’une petite merveille !
Si vous voulez malgré tout quelques détails, en voici.

Valentin est terriblement malade et, pour fuir ce corps affaibli, pour oublier ses douleurs, il s’évade dans un jeu vidéo dans lequel il incarne un jeune dragon. Il n’a plus qu’un seul but : parvenir à voler.

Une nouvelle fois, Syros propose un texte absolument magnifique. Il ne faut que quelques phrases à Jeanne-A Debats pour poser ses personnages qui n’ont rien de superficiels. La relation père-fils est bouleversante au possible tant sont grandes et belles la compréhension et l’empathie montrées par le père de Valentin vis-à-vis de ce qu’éprouve son fils.
En jonglant entre les passages durs et pesants dans la chambre hantée par la maladie et l’allégresse des moments de jeu, l’autrice crée un contraste foudroyant qui rend chaque retour à la réalité pesant.

Comme avec L’enfaon (promis, c’est la dernière fois que je cite ce titre… pour cet article), la SF – ici, ce jeu vidéo totalement immersif grâce à une puce implantée dans le cerveau qui fait croire à celui-ci qu’il est réellement celui d’un dragon ! – est brillamment utilisée pour parler du quotidien, de notre réalité avec ses coups durs et ses moments de grâce (comme lorsque l’on accomplit un rêve).

Un concentré de tendresse et de tristesse pudique et néanmoins étonnamment puissant qui nous réserve une poignante surprise dans ses dernières lignes.

« Il ne faut pas m’en vouloir si je ne cherche pas à faire de nouvelles connaissances. Je n’ai pas beaucoup de temps, or il en faut pour s’attacher aux gens. »

« La puce d’interface à la base de ma nuque me chatouille un peu, puis, d’un seul coup, les murs et les draps disparaissent, mon corps rabougri devient léger comme une plume… »

L’envol du dragon, Jeanne-A Debats. Syros, coll. Mini Syros Soon, 2011. 41 pages.