L’habitude des bêtes, de Lise Tremblay (2017)

L'habitude des bêtes (couverture)Alors que la saison de la chasse approche, les vieilles querelles ressurgissent au prétexte que les loups protégés par le parc national déciment les troupeaux d’orignaux. Pendant que chasseurs et gardes-chasses s’observent en chiens de faïence, Ben doit faire face à la maladie de son chien et à sa mort annoncée qui le renvoie à sa propre vieillesse.

Ce sera, je pense, une courte chronique pour un livre bref – 125 petites pages – mais qui touche au cœur. Je me suis installée sous mon plaid et je n’ai pas pu le lâcher avant de l’avoir fini. C’est une histoire de vie qui se lit d’un souffle. C’est une histoire humaine qui peut parler à tout le monde. La vie, la mort, la vieillesse. Une poignée de personnages autour d’une histoire de chien mourant et de loups trop envahissants pour certains.

J’ai été émue par la vieille Mina qui refuse l’hospice et clame sa volonté de choisir sa fin. Par Rémi le taiseux, en retrait de la société pour ne pas, pour ne plus être blessé. Par Odette la vétérinaire en plein doute sur le perron de la retraite. Par Ben dont la vie et le caractère fut bousculée par un chien. Par la sensible Carole aux problèmes incompris de sa famille dont le bonheur nouveau m’a enchantée. Par ce chien qui a tout changé, qui a appris à son maître à aimer même s’il ne comprenait pas. Les portraits sont délicats, lentement esquissés au fil des chapitres.
Et puis, tout autour, la nature canadienne. La forêt peuplée d’orignaux et de loups. Le lac se métamorphosant selon les saisons. L’été tardif, l’automne, la neige. Les grands espaces et cette sensation de liberté et de solitude apaisante.

Les premiers chapitres sont déstabilisants. Lise Tremblay va droit au but par son écriture, mais je me suis interrogée en même temps quel était ce but justement avant de me laisser porter, bercée par la plume de l’autrice. L’écriture est précise, les mots disent tout ce qu’il faut savoir, rien de plus rien de moins. C’est étrange, j’ai envie de dire que ce texte m’a semblé réconfortant. Même si l’atmosphère est tendue dans ce village canadien sur lequel règne une famille de chasseurs, la cabane au bord du lac m’est apparue comme un cocon.
C’est une histoire banale. Finalement, il ne se passe rien à l’échelle du monde ou du pays, pas grand-chose à celle de la région. Mais ces événements bouleversent les protagonistes, et nous avec. La vieillesse qui prend de la place, les ailes de la mort qui frôle une octogénaire, la perte d’un chien adoré, l’inimitié entre deux familles. Les doutes, les peines, les joies toutes simples, les rancunes, les regrets. Les habitudes des bêtes donc, qu’elles aient deux ou quatre pattes.

Un texte simple, doux et rude à la fois. Une respiration.

« J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. Je ne peux pas dire non plus que cette conversion m’a rendu plus heureux. »

« Le jour se levait, le lac apparaissait et les épinettes dessinaient à nouveau ses contours. Je savais que tout ça me serait enlevé et je me révoltais. Je me jugeais aussi. Ce n’était pas la peur de la mort, c’était l’incapacité à accepter de ne plus pouvoir admirer le lac, de ne plus voir sa couleurs changer, de ne plus le regarder se figer pendant l’hiver et de ne plus surveiller le moment de sa libération au printemps. Et tout ça m’était atrocement douloureux. Plus douloureux que tout ce que j’avais vécu. »

L’habitude des bêtes, Lise Tremblay. Delcourt, 2018 (2017 pour l’édition originale). 124 pages.

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Tag Sunshine Blogger Award x 2 !

Sunshine Blogger Award

J’ai été taguée par la Récolteuse de Mots il y a un moment et ça n’a pas été facile de répondre !

Les trois règles du jeu :

  • Insérer le logo du tag : il y en a plusieurs, mais quand on a la flemme, on pique celui de celle qui nous a taguée ;
  • Répondre aux onze questions de la personne qui vous nomine ;
  • Nominer onze autres blogueurs et leur poser onze questions.

C’est parti ! (Et je vous préviens, c’est beaucoup trop long pour être lisible !)

***

  1. Prenez vos 3 personnages préférés de 3 œuvres différentes. Maintenant, qui adoptez-vous, qui tuez-vous, qui épousez-vous ? (c’était gratuit)

Bon, j’ai des tas de personnages préférés, mais pour cette question, j’appelle à la barre Ellana (Le Pacte des Marchombres de Pierre Bottero), le Délire (Sandman de Neil Gaiman) et Jane Eyre (de Charlotte Brontë). Et j’épouse Ellana, j’adopte Délire… et du coup… je tue Jane Eyre, je suppose (mais c’est vraiment parce que je préfère épouser et adopter les autres) (on va dire qu’elle a vécu son temps !).

  1. L’auteur.rice et/ou le livre que tu détestes le plus dans tout ce que tu as lu ?

Il y en a peut-être d’autres, mais d’une part, j’ai une mémoire de poisson rouge et, d’autre part, cette dernière me hurle un nom : Sylvain Tesson. Je pense que ma chronique de Dans les forêts de Sibérie est suffisamment éloquente. Je l’ai trouvé moralisateur, pédant, imbu de lui-même… je me répète ? Bref, insupportable en tout cas.

Dans les forêts de Sibérie (couverture)

  1. Est-ce que tu as déjà pensé à arrêter définitivement ton blog ? Pourquoi ? (n’y lisez pas que je veux voir votre départ, NON)

Ouf, il y a au moins une question facile dans ce questionnaire ! Oui, sans aucun doute. C’est une interrogation qui revient souvent chez moi. Pourquoi ? Parce qu’il n’apporte pas grand-chose à la blogo et parce que je trouve qu’il y a mille autres blogs bien plus intéressants et intelligents.  (Et je ne dis pas ça pour que vous me disiez « mais non, voyons… », je réponds juste à Naomi !)
Mais pour l’instant, même s’il a connu de longues pauses, il a toujours résisté. C’est mon journal de lecture et ma mémoire, je ne vais pas les sacrifier aussi facilement, simplement à cause de doutes !

  1. Vous avez la possibilité d’offrir le Prix Nobel de littérature : à qui le décernes-tu ?

Honnêtement, je préfère reléguer cette responsabilité à quelqu’un d’autre. Premièrement, je ne sens pas assez cultivée pour distinguer un.e artiste parmi les autres. Deuxièmement, je suis trop versatile. Six mois après, il me faudrait pouvoir reprendre le prix au premier lauréat parce que j’aurais changé d’avis. Non merci, pas pour moi. En plus, je déteste décevoir les gens et je serais mal pour tous ceux et toutes celles qui l’auraient voulu.

  1. Une femme qui t’inspire et le pourquoi du comment.

N’importe quelle femme volontaire, décidée, généreuse. Celles présentées dans les Culottées de Pénélope Bagieu qui ont su s’imposer dans la voie qu’elles avaient choisie. Mireille Havet qui, au début du XXe siècle, a su briser les conventions et faire fi des tabous, Emma Watson pour ses engagements féministes… Mais en fait, je suis surtout inspirée par des femmes de mon quotidien, des femmes que j’ai pu rencontrer dans la vraie vie et qui m’ont impressionnée, m’impressionnent encore par leur force, leur intelligence, leur humour, leur gentillesse, etc., quelles que soient leurs qualités. Cela varie selon les jours et les rencontres, mais je n’ai pas UNE femme en particulier que j’érige en idole et en modèle au quotidien.

  1. Quel aurait pu être l’autre nom de ton blog ?

Ah non, j’ai assez galéré à en trouver un, je ne vais pas devoir en trouver un second ! Ça aurait été un nom bateau et commun, voilà. Pour me faire pardonner de cet évitement (qui n’est d’ailleurs pas le premier, sorry Naomi…), je peux vous dire pourquoi il s’appelle comme ça ! Alors « bibliophile », c’est parce que j’aime lire (n’est-ce pas complètement fou ?), mais « l’ourse » ne vient pas d’une passion pour les ursidés, mais parce que le gentilé de « mon » village, celui où j’ai passé mon adolescence en tout cas, se trouve être… les Ours. (Par contre, je vous laisse chercher où c’est.)

  1. Si on retire les romans, quel est ton genre préféré ?

Si on me retire les romans… je serais bien dans la mouise ! Parce qu’il ne fait aucun doute que c’est mon genre de prédilection. Sans romans, il faudrait d’abord que je découvre plus en avant les autres genres avant d’en élire un supérieur aux autres en mon cœur. Ce ne serait probablement pas la poésie qui me laisse globalement hermétique. Peut-être les essais, à condition qu’ils ne soient pas trop abscons (c’est idiot, mais j’ai cette image des essais alors que j’ai pu en lire de très plaisants) ou le théâtre, mais je crains de me lasser assez vite.
(Cinq minutes plus tard, après m’être torturée l’esprit dans tous les sens…) Suis-je bête ! Ce serait la bande-dessinée et les romans graphiques ! Avec toutes les pépites que le genre recèle, je suis idiote de ne pas y avoir pensé plutôt !

  1. Un univers que tu voudrais aussi célèbre que celui d’Harry Potter ? (pas le droit de répondre que HP est le meilleur, nope nope nope)

Je ne peux pas dire celui de Tolkien, c’est déjà le cas, alors Gwendalavir ! Créé par Pierre Bottero, c’est un univers formidable et j’aurais tellement aimé qu’il soit encore développé plus en avant dans maintes trilogies formidables…

  1. Une œuvre qui nous permettrait de mieux te comprendre ?

Une œuvre ?… Je ne sais pas si l’une d’entre elle permettrait de me comprendre… Peut-être les Chants de Maldoror de Lautréamont pour leur côté joyeux et positif ! (Ceci est du second degré.) Non, je ne sais pas.
En revanche, je me suis terriblement identifiée à une autrice, mon âme sœur vieille d’un siècle, Mireille Havet. Je n’ai pourtant pas encore fini de lire son journal, mais les premiers volumes ont véritablement résonné en moi, me prenant aux tripes par ses mots, par leur honnêteté, par leur modernité, par leur véracité. Mes exemplaires sont couverts de notes, d’une longue conversation avec elle (les seuls livres que je ne prêterai absolument jamais !).

  1. La chose dont tu es la plus fière au cours de ta vie ?

Avoir participé à l’animation du Rocky Horror Picture Show, je dirais. C’était une période assez dingue de ma vie et monter sur scène est tellement loin de mon caractère que je me demande encore comment j’ai fait pour y arriver ! Pourtant, je me suis éclatée chaque jour et j’ai savouré chaque répétition et chaque séance.

The Rocky Horror Picture Show - Lèvres

  1. Qui voudrais-tu être ? (pas forcément en comparaison à un personnage ou une personnalité, mais davantage : personnellement quel genre de personne veux-tu devenir ?)

Celle que j’étais quand je faisais le Rocky ? La moi plus téméraire et de plus positive. Quelqu’un qui sait voir le bonheur quand il se présente, aussi petit soit-il.

***

La Récolteuse avait aussi taguée Plouf qui a posé des questions sans nominer personne, donc dans ma lancée, j’ai aussi répondu aux siennes (non, cet article n’était pas assez long comme ça !), so… voici les questions de Plouf !

  1. Quel est le livre que tu as trop envie de lire, mais que pour une raison obscure, tu n’as pas pas encore lu ?

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie. J’ai très très très envie de le lire depuis l’été dernier, je le regarde régulièrement en me disant « putain, j’ai trop envie de le lire ! »… et pourtant, je ne l’ai pas encore ouvert plus d’une minute. Et ça, c’est pour une raison très obscure que je n’arrive pas à déterminer.

Americanah (couverture)

  1. Comment est-ce que tu organises ta bibliothèque ? Joyeux bazar ou tout bien rangé ? (et une photo en prime pour baver, ça peut être très cool !)

Je trie un peu (jeunesse, SFFF, littérature blanche, beaux-livres, BD, essais…) et après, c’est au feeling et selon les périodes (parce que, de temps à autre, je me fais un petit trip « réorganisation de ma bibliothèque ») : taille des livres, nationalité de l’auteur, associations d’idées…

(Désolée, la qualité n’est pas top…)

  1. Quel est le roman dont on ne parle pas assez à ton goût ?

Jonathan Strange & Mr Norrell, de Susanna Clarke ! Un roman de fantasy incroyablement riche, avec un univers développé à la perfection, une œuvre fascinante, doucement envoûtante avec un humour subtil. Un véritable voyage !

Jonathan Strange & Mr Norrell (couverture)

(Savourez cette question, c’est la seule à laquelle j’ai pu apporter une réponse claire, nette et unique !)

  1. Quels sont les endroits du monde qui te font le plus rêver ? 

L’Ecosse ! Depuis que j’y suis allée, je ne rêve que d’y retourner. C’est tellement sublime et magique et incroyable qu’il ne peut en être autrement. Sinon, l’Irlande. Et les grands espaces de l’Amérique du Nord. Et le Vietnam que j’aimerais faire un jour en vélo du nord au sud ou du sud au nord (mais faudrait que je me mette sérieusement au vélo parce que ça risque de faire quelques kilomètres…).

  1. Est ce que tu as un personnage d’une série que tu adores mais que lui, tu peux pas piffer, et pourquewadoncquecela ?

Je crois que je vais passer mon tour… Je ne suis pas une grande sérivore et là, je n’ai aucun personnage en tête. Enfin, j’ai détesté d’un bout à l’autre ce petit merdeux de Junior dans Under the Dome, mais comme je n’ai pas aimé la série… Je crois que dans mes séries préférées, j’ai adoré détester certains personnages, mais je ne m’en rappelle pas que je n’ai pas pu piffer.

  1. Quel est ce film que tu pourrais regarder encore et encore et encore ?

Et encore ?
Il y en a plein, même si je pense que pour tous j’arriverai à saturation au bout d’un moment. Mulholland Drive, les comédies britanniques (surtout s’il y a Bill Nighy ou Maggie Smith ou d’autres acteurs ou actrices de cet acabit), les anciens Tim Burton… Il y a aussi The Rocky Horror Picture Show que j’ai vu des dizaines voire des centaines de fois… et du coup, ça me fait penser à Hair… et que dire de Mulan ou du Roi Lion ou des Miyazaki !
Non, et puis ça dépend de mon humeur, de la période, de ce que j’ai envie de voir ! C’est tout simplement impossible de n’en choisir qu’un.

  1. Plutôt couche tard-lève tard ? Ou couche tôt-lève tôt ? Ou j’ai un rythme de merde, déso pas déso ?

En temps normal, je suis plutôt une lève-tôt et une couche-ni-tôt-ni-tard. Dans les périodes les plus survoltées de ma vie, je pouvais me coucher à une ou deux heures et me lever à cinq sans problème. Mais comme ma vie n’est pas particulièrement survoltée en ce moment, j’ai avancé le coucher et repoussé le lever, mais je compte bien remédier à ça un de ces quatre !

  1. Quels sont les blogs que tu adores visiter ? J’ai trop envie d’en découvrir plein de nouveaux en ce moment, fais tourner !

Pour ne pas citer des évidences (comme Ambroisie, Pauline, Charmant Petit Monstre ou la Récolteuse… que j’ai citées du coup…), je t’en donne deux : Sick Sad Me tenu par la plume pleine d’esprit et d’ironie de Zelda et Les jolis choux moustachus, un petit blog tout nouveau tout beau !

  1. C’est quoi tes 5 livres préférés (ouais je mets une formulation moche pour changer du ‘quel est’) ?

Dur… En vrac et sans classement : le journal de Mireille Havet, Méridien de sang de Cormac McCarthy, Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, les nouvelles de Stefan Zweig et Harry Potter.
(…et les autres livres de McCarthy, et Sukkwan Island de David Vann, et Le Pacte des Marchombres, et à peu près tout Neil Gaiman, et Jane Austen, et Jane Eyre, et A la croisée des mondes, et L’Attrape-cœur, et… c’est quoi cette question ? Pourquoi juste cinq d’abord ?)
(Comme tu peux le voir avec cette question à l’instar de la 6, j’ai du mal avec la notion de choix. Je ne te dis pas les débats existentiels devant le menu au restaurant.)
Non, décidément, le livre, le film, le plat, le ci ou le ça préféré, ce sont des questions impossibles ! Ça dépend de trop de choses, ça varie, ça fluctue, ce n’est pas figé dans le marbre, donc je ne peux pas trancher. Je ne peux pas et je ne veux pas car en choisir un, c’est laisser les autres. Et ça, c’est hors de question, je ne laisse personne derrière !

  1. La chanson qui te met la patate direct ? 

En fait, je n’écoute presque pas de musique. Je me sens très tache au milieu de ces enceintes partout tout le temps, de ces écouteurs, des playlists, mais je ne sais même pas à quand remonte la dernière fois où j’ai mis de la musique. Après, j’en écoute de temps en temps et je suis incapable de résister à l’envie de chanter faux face aux chansons que je connais. Et là, ça va de BO de comédies musicales à Indochine, en passant par les Disney, Léo Ferré et « Jolene » de Dolly Parton (oui, même ces deux-là arrivent à me mettre de bonne humeur : sans doute la joie de connaître les paroles…) ou encore la merveilleuse Agnes Obel. Mais je n’ai pas de chanson particulière que je vais me mettre pour me donner un coup de fouet.

  1. Dans quel livre/film (ou les deux) voudrais tu vivre ? Et pourquoooi ?

Dans un univers magique évidemment. Je ne suis pas difficile. Ça peut être en Terre du Milieu (Le Seigneur des Anneaux, Le Hobbit), en Gwendalavir (les livres de Pierre Bottero) ou sur les arches de la Passe-miroir. En ce moment, je suis en mode Terre du Milieu à fond, mais pour moi qui suis nulle en dessin mais qui ai plein d’images dans la tête… peut-être que je me révélerais meilleure dans l’Art du Dessin tel qui se pratique en Gwendalavir (et de toute façon, je deviens Marchombre aussi).
Je ne voudrais pas vivre dans le monde d’Harry Potter (le fait que je ne cite pas cet univers pourrait surprendre les personnes me connaissant), mais c’est notre monde. Avec de la magie certes, mais avec la pollution, la surpopulation, la disparition des espèces animales, etc. Donc non merci.

***

Et donc, mes onze questions !

  1. Ecris-tu ? Te rêves-tu publié·e ?
  2. As-tu une passion (ou plusieurs) autre que la lecture et/ou l’écriture, bien sûr ?
  3. Quel est, pour toi, l’endroit où tu te sens le mieux ?
  4. L’existence de ton blog est-elle connue de ton cercle familial, amical et professionnel ?
  5. Une fée, un lutin, un génie, qui tu veux (qui, d’ailleurs ?) t’offre un vœu. Un seul. Que choisis-tu ?
  6. Quel est ton dernier voyage ? Quel sera le prochain ? (Fais-moi rêver.)
  7. Une autrice ou un auteur méconnu·e que tu aimerais me faire découvrir ? (Comme si ma wish-list n’était pas assez gargantuesque…)
  8. De quel objet ne peux-tu te passer (hors livres et/ou liseuse) ?
  9. Le bruit que tu préfères ?
  10. L’auteur/autrice et/ou le livre que tu détestes le plus dans tout ce que tu as lu ? (Oui, je reprends sans scrupule la question de la Récolteuse de Mots. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais repris tout son questionnaire !)
  11. Comment vois-tu le futur de l’humanité ? (Une question joyeuse pour finir)

***

Et là, normalement, je sais, je suis censée taguer des gens. Onze personnes. Sauf que j’ai l’impression qu’il a déjà pas mal tourné, alors ce sera en libre-service pour qui en aura envie !

Les Morts, de Christian Kracht (2016)

Les Morts (couverture)Vraiment, me voilà bien embêtée. Je dois faire une critique de ce livre reçu grâce à Babelio, c’est le deal, mais je n’ai rien à en dire. Tout simplement parce que je me suis mortellement ennuyée. A l’exception de brefs passages d’intérêt aussi inattendus que surprenants, je me suis battue – j’ai vraiment lutté – pour finir ce livre. J’ai essayé de ne pas trop lire en diagonale dans la seconde moitié bien que j’avais l’impression de ne pas progresser d’un iota, mais je m’aperçois à présent, deux jours après la fin de ma lecture, qu’il ne me reste pas grand-chose de plus que si je l’avais fait.

Nous sommes dans les années 1930 et, voyageant entre la Suisse, l’Allemagne et le Japon, nous suivons deux personnages : Emil Nägeli, réalisateur suisse missionné pour réaliser un film collaboratif entre Allemagne et Japon (et impatient de retrouver sa maîtresse Ida von Üxküll), et Masahiko Amakasu, agent ministériel responsable de la venue de ce dernier au Pays du Soleil Levant.
Si les personnages principaux sont nés de l’imagination de l’auteur, on croise également toute une galerie de personnages non fictionnels qui ont fait l’histoire cinématographique et politique de cette époque : Charlie Chaplin, Lotte Eisner, historienne et critique de cinéma, et d’autres que je ne connaissais pas comme Alfred Hugenberg, homme politique et soutien d’Adolf Hitler (merci Wiki !)…

Pour m’avoir laissée dans une telle indifférence, je me dis que ce n’était tout simplement pas le moment, pas le livre dont j’avais envie. Non ? Il a été primé, il est traduit en plusieurs langues, j’ai forcément raté quelque chose ! J’aurais aimé l’aimer, ce livre suisse – nationalité rarement rencontrée – publiée par une maison d’édition dont je n’avais encore rien lu (à ma connaissance).

Je suis sortie de ce livre… désabusée. Pas seulement parce qu’il n’a pas fonctionné avec moi – pourtant, je veux bien croire au potentiel du rythme d’écriture, des touches d’humour subtilement distillées, de la plume même de Christian Kracht –, mais aussi parce que les personnages ne m’ont inspiré aucune compassion, aucune sympathie. Egocentriques, pathétiques, se méprisant les uns les autres derrière les sourires et les courbettes, Emil remâchant sa relation avec son père encore et encore, et ne pensez pas que des personnages comme Chaplin remonteront la barre. Finalement, les seuls passages que j’ai lus avec intérêt sont ceux concernant l’enfance d’Amakasu, ses parents, ses obsessions, ce pensionnat qu’il a tant haï. Il me laisse en bouche un vague goût de déchéance et de déception.

Je ne dirai rien de plus car, si je sais parler d’un livre que j’ai adoré, que j’ai détesté, qui m’a un peu déçue, qui m’a agacée, je peine à le faire pour un livre qui n’a rien éveillé chez moi si ce n’est l’ennui et l’incommensurable envie de passer à autre chose. Je trouve cette position très inconfortable, mais sincèrement, je ne sais pas quoi dire de plus.

« Les secrets inébranlables de son pays, cette taciturnité qui laisse tout entendre et ne dit rien, lui répugnaient mais, comme tout Japonais, il trouvait les étrangers profondément suspects en raison de leur insensibilité – cependant si l’on pouvait se servir d’eux et de leur opportune insignifiance pour accomplir son devoir d’airain à l’égard de l’empereur et de la nation, alors il fallait le faire. »

Les Morts, Christian Kracht. Editions Phébus, coll. Littérature étrangère, 2018 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’allemand (Suisse) par  Corinna Gepner. 184 pages.

Challenge Tournoi des trois sorciers – 5e année
Filet du diable (Botanique) : un livre que vous pensiez aimer mais qui est une déception

Sandman, volumes 4 à 7 (intégrales), de Neil Gaiman (1989-1996)

Voilà un article bien trop long qui n’intéressera pas grand-monde – d’autant plus, je vous l’annonce, qu’il y aura un article sur l’intégralité de Sandman, à venir prochainement –, mais j’avais besoin de l’écrire. Après chaque tome, je voulais partager mes émotions, mes sentiments, mes émerveillements face à cette œuvre hors du commun, d’une richesse absolument fantastique et perpétuellement stupéfiante.

***

Sandman, volume 4

Sandman 4 (couverture)Comme vous pouvez le voir ma chronique a nettement diminué par rapport aux trois premiers tomes.

Dans ce volume, le Délire, en proie à l’angoisse, convainc le Rêve de l’accompagner dans sa recherche de leur frère, un Infini qui a abandonné sa charge il y a fort longtemps. Pour y parvenir, Morphée va devoir briser d’anciens serments et leur quête ne sera pas sans conséquence.

Cette quatrième intégrale se révèle aussi sombre et captivante que les précédentes. J’ai retrouvé tous les éléments qui me font à chaque fois vibrer :

  • Une atmosphère parfois bien glauque avec étripage et crevaison d’yeux au programme ;
  • Des réponses aux questions nées dans les premiers volumes (par exemple, nous apprenons enfin l’identité de ce fils prodigue, cet Infini qui a abandonné sa charge) ;
  • De nouvelles questions (notamment autour du Désespoir) ;
  • Des références historiques, bibliques et mythologiques (les femmes d’Adam, le mythe d’Orphée…) ;
  • Des dieux déchus (Bast, Pharamont, Astarté…) qui ne sont pas sans rappeler ceux d’American Gods.

Et évidemment, on retrouve les Infinis, toujours aussi mystérieux, puissants, fascinants. Dans « Vies brèves », la longue histoire qui compose la majeure partie du volume, Délire se lance dans une quête à la recherche de son frère disparu. L’occasion de passer un peu plus de temps avec ce personnage. Enfantine, touchante, naïve, drôle, Délire est, en dépit de ses incohérences, une Infinie bien plus ouverte, plus facile d’accès, plus aisément appréciable que son grand frère Morphée. Dans ce tome cependant, Délire nous surprendra parfois : on découvre de nouveaux aspects de sa personnalité – pas toujours si folle – ainsi que quelques bribes, intrigantes, de son passé.

A propos des Infinis, Jill Thompson a introduit dans « Le Parlement des Freux » les P’tits Infinis qui sont bien trop adorables pour être honnêtes. J’en veux plus ! Et ça tombe bien : elle a publié deux tomes de The Little Endless Storybook et j’ai très hâte de les découvrir. Ce sera probablement une lecture parfaite pour prolonger le plaisir lorsque j’aurai fini les Sandman (et que je ne serai plus que tristesse et désolation) (sans exagération aucune, non).

Les dessins, assurés dans ce volume par Jill Thompson notamment, sont incroyablement riches et évocateurs. La représentation des Infinis est juste parfaite, j’aurais bien du mal à donner ma préférence à l’un ou à l’autre. Je pense notamment à Désespoir qui semble traîner avec elle une aura grisâtre de malheur. Difficile de ne pas avoir un petit mouvement de recul face à elle, Infinie bien difficile à aimer, mais justement, en cela, je trouve que les dessinateurs et dessinatrices ont fait un boulot fantastique. C’est le Désespoir après tout, elle ne peut pas inspirer la joie de vivre (pas plus au lecteur qu’à ses « victimes »).
Dans ce livre, les bonus nous offrent, en plus des enrichissantes explications habituelles, une chouette galerie familiale, c’est-à-dire de nombreuses illustrations des différents Infinis. Les styles sont variés et c’est un régal pour les yeux.

Je vais commencer à manquer de superlatifs pour qualifier cette histoire dont chaque tome me transporte, me touche, m’horrifie et me fascine. Je reste sans voix devant une telle imagination.

Sandman, volume 4 (intégrale), Neil Gaiman. Urban Comics, coll. Vertigo Essentiels, 2014 (1989-1996 pour les éditions originales). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel. 423 pages.

***

Sandman, volume 5

Sandman 5 (couverture)S’ouvrant sur une histoire mettant en scène le calife Haroun al-Rachid et la Bagdad des temps anciens (« Ramadan »), le volume se poursuit avec l’histoire en six chapitres « La fin des mondes » : des voyageurs de diverses époques et divers univers se retrouvent, poussés par une étrange tempête, à séjourner dans une auberge le temps d’une longue nuit et passent le temps en se racontant des histoires. Enfin, cette cinquième intégrale se clôt sur « Les chasseurs de rêves », un conte ayant pour cadre le Japon féodal.

Décidément, Sandman, Neil Gaiman et tous les artistes qui y travaillent ont ce don de m’étonner et de m’émerveiller, histoire après histoire. Le plaisir non dissimulé de retrouver un univers qui me devient familier, mais toujours avec des nuances et des enrichissements qui renouvellent le tout à chaque épisode.

Dans chaque chapitre de « La fin des mondes », grand melting pot, un visiteur va raconter une histoire. Et rien n’empêche une autre histoire de se glisser à l’intérieur. Jouant avec les histoires enchâssées, il brode mille tableaux. Les poupées russes se multiplient : à un moment, nous avons donc Gaiman nous racontant une histoire dans laquelle Petrefax, à l’auberge, raconte une histoire dans laquelle Maître Hermas raconte, au cours d’une veillée, une histoire de sa jeunesse dans laquelle Maîtresse Veltis raconte une autre histoire (et en évoque une autre parlant d’un maître et de ses apprentis dans une auberge un soir de tempête, situation dans laquelle est Petrefax, son maître et ses condisciples : la boucle est bouclée). Quatre histoires donc à laquelle pourrait s’ajouter une cinquième (mais celle-ci n’étant révélée que dans l’ultime planche de « La fin des mondes », je n’en dirai rien). Et tout s’enchaîne avec fluidité, on ouvre les boîtes les unes après les autres et les referme tout aussi naturellement.
Au fil des aventures et autres anecdotes contées par nos curieux voyageurs, nous sommes propulsés dans des univers très différents : « une aventure de cape et d’épée, un récit de mer, une histoire de gangster, un horrible conte d’enterrement, et même une petite histoire de fantôme » résume l’une des protagonistes. Étonnantes, lugubres, saisissantes, poétiques… ces petites « nouvelles » sont passionnantes, Neil Gaiman étant un conteur d’exception (ce qui, à ce stade, n’est plus à prouver, c’est un fait, c’est tout).
Ingénieuse astuce : si tous les passages se déroulant à l’auberge sont dessinés par Bryan Talbot, chaque récit a été confié à un dessinateur différent, la diversité des styles collant alors parfaitement avec la multiplicité des voix et des caractères qui s’expriment alors.

« Les chasseurs de rêves », quant à lui, est un conte japonisant et bucolique que l’on (lecteur occidental) pourrait presque croire authentique – Gaiman ayant d’ailleurs prétendu s’inspirer de véritables contes nippons dans une fausse postface de la première édition, il a apparemment été pris comme tel par une partie du public. Avec son moine isolé dans la montagne, ses tours joués par une renarde et un blaireau, ses esprits bienveillants ou malfaisants, cet amour impossible, il en reprend toute la mythologie (mais on se plaira également à reconnaître Abel et Caïn et les trois sorcières). Parfois portés par un reflet très disneyien, les dessins, couleurs douces et lignes pures, y contribuent. Les métamorphoses de la renarde, la robe de Sandman, les courbes… le trait de P. Craig Russell s’adapte et épouse le texte de Neil Gaiman, sublimé par la colorisation de Lovern Kindzierski. Un bijou d’émotion et de beauté.

Leur talent – l’association de leurs trois talents – avait déjà éclaté dans l’autre histoire qui nous emmène dans une contrée lointaine, en ouverture de ce volume : « Ramadan ».  Le dessin riche en détails et qui va pourtant droit à l’essentiel, les couleurs chatoyantes, les lettrines travaillées, la narration fascinante des premières pages… Le changement de dessinateurs m’avait parfois surpris lors de ma découverte de Sandman, mais j’en apprécie à présent toute la richesse : les différents artistes offrent à chaque fois une couleur qui distingue les épisodes en leur offrant une atmosphère à la fois originale et cohérente avec le reste de l’œuvre.
L’histoire « Ramadan » nous plonge dans une partie du globe encore non-explorée dans une histoire digne des Mille et une nuits – le calife en est d’ailleurs le protagoniste épisodique – tout en évoquant le futur dramatique de la cité irakienne dans un terrible contraste entre splendeur et misère.

Sandman 5 (planche)

Le Rêve n’est plus personnage principal, mais davantage fil rouge (ça avait déjà été le cas dans le volume 3), rencontre marquante des différents personnages, apparaissant sous une forme ou sous une autre. Toutefois, de subtils indices laissent présager de la fin de la série et des révélations à venir sur un sujet funèbre abordé dans la quatrième intégrale. Ma curiosité est attisée.

Que dire ? J’ai été une nouvelle fois subjuguée, que ce soit par la narration – multiple, riche, originale – ou par les illustrations – et notamment dans ces deux histoires, « Ramadan » et « Les chasseurs de rêves », qui tranchent graphiquement parlant.

Sandman, volume 5 (intégrale), Neil Gaiman. Urban Comics, coll. Vertigo Essentiels, 2014 (1989-1996 pour les éditions originales). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel. 383 pages.

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Sandman, volume 6

Sandman 6 (couverture)A chaque fois, je me dis que je ne vais pas écrire de critiques sur ce nouveau volume. A chaque fois, je me retrouve avec des impressions que je veux partager. Du coup, à présent, je me dis que j’écrirai aussi sur l’intégrale VII et que, peut-être, je ferai un article récapitulatif une fois lu le tome d’ouverture. Wait and see. (Depuis, j’ai bel et bien décidé de procéder ainsi.)

Cette sixième intégrale ne contient qu’un seul arc narratif, le plus long de la série. Celui des « Bienveillantes ». Lorsque le petit Daniel Hall disparaît, sa mère Lyta ne voit qu’un seul coupable possible : Morphée. Folle de chagrin, elle se lance dans une quête vengeresse qui lâchera les Furies, alias les Erinyes, alias les Bienveillantes, sur le royaume du Songe. Un acte aux conséquences irréparables.

Ce que je trouve magique et qui ne rate pratiquement jamais, c’est que, quand je feuillette le volume sans le lire, je suis heurtée par les dessins, je suis presque un peu déçue car ils me semblent moins intéressants que ceux du volume précédent. Et lors de la lecture survient la magie. Car les dessins qui surprenaient, voire rebutaient, se révèlent finalement en parfaite adéquation avec l’histoire du moment.
Alors que, jusque-là, les différents artistes nous avaient habitués à des styles plutôt réalistes, Marc Hempel use ici d’un trait beaucoup plus stylisé. Or, le choix d’être davantage dans la suggestion que dans la description se marie parfaitement avec cette histoire de vengeance, qui flirte avec la folie, qui fait appel à des entités millénaires.

Dire que cette histoire est sombre ne serait pas très pertinent, la série n’étant globalement guère guillerette. Il plane sur ce tome un nuage pesant, comme un ciel bas et lourd comme un couvercle pour citer Baudelaire. Des événements dramatiques se préparent et un mauvais, très mauvais pressentiment ne peut qu’envahir le lecteur. J’ai lu ce tome avidement, désireuse d’en connaître l’issue, la redoutant en même temps. Et pourtant, tour de passe-passe signé Gaiman, mon humeur lorsque fut venu le temps de refermer l’ouvrage n’était pas celle à laquelle je m’attendais.

Ce tome est particulièrement délicieux pour la galerie de personnages qui s’y promènent. Il y a toujours de multiples personnages dans Sandman, mais ce volume-ci fait revenir des protagonistes rencontrés il y a longtemps pour certains… et qui demandent parfois un petit effort de mémoire (« Hal… Hal… qui c’était déjà ? » et un peu plus tard, « ah mais oui, c’était à tel moment ! »). C’est vraiment un plaisir de recroiser des têtes connues ! Et retrouver les habitants du Songe comme Mervyn Potiron, Abel et Caïn, Matthew le corbeau… et ma chère Délire… et Morphée bien sûr, bref, tous ces êtres auxquels je me suis suprêmement attachée au fil des pages.
Ce Morphée… On le croirait pris dans les fils d’un destin qu’il ne maîtrise pas, mais la réalité est probablement plus complexe que cela. Finalement, n’a-t-il pas lui-même volontairement tissé la toile dans laquelle il semble empêtré ? C’est tout simplement fascinant et, malgré une pointe de tristesse, j’ai vraiment hâte de savoir ce que contient le dernier tome ! Comment tout cela va-t-il être conclu ?

Des événements antérieurs trouvent leur continuité et Gaiman poursuit le tissage de cette gigantesque tapisserie, reprenant de vieux fils que l’on aurait pu croire oubliés. Cela – comme les apparitions de vieux personnages – annonce bel et bien la fin de cette œuvre d’une richesse décidément infinie. Je suis convaincue qu’une relecture sera particulièrement intéressante pour mieux appréhender cette œuvre aux multiples niveaux de lecture (et merci aux interviews de Neil Gaiman de nous faire remarquer d’invisibles petits détails !).

 Sandman, volume 6 (intégrale), Neil Gaiman. Urban Comics, coll. Vertigo Essentiels, 2015 (1989-1996 pour les éditions originales). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel. 407 pages.

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Sandman, volume 7

Sandman 7 (couverture)Impossible de résumer l’histoire principale de ce dernier tome, suite parfaite des « Bienveillantes », sans vous spoiler, ni même vous donner son titre. Pourtant, ces six épisodes ne seront guère une surprise pour qui aura lu les tomes précédant la sixième intégrale.

Une histoire emplie de solennité, de mélancolie. Des sentiments exacerbés par le dessin de Michael Zulli. Quatre premiers épisodes réalisés entièrement au crayon, une première (le cinquième propose un trait calligraphique à l’encre noire, le sixième revient à une image plus classique). Un trait qui diffuse un réalisme poignant et nous amène au plus près des personnages et de leur tristesse. Tout dans ces six derniers épisodes nous disent, nous font ressentir que, ça y est, c’est bel et bien la fin de l’histoire. Des milliers de pages, des dizaines de destins entremêlés pour se retrouver là, ensemble. Un défilé d’anciens personnages, des familiers, des épisodiques, des femmes, des hommes, des divinités, des mortels, des gentils, des méchants, beaucoup de ni l’un ni l’autre car rien n’est aussi catégorique dans Sandman.

Cette intégrale propose tout de même quelques histoires supplémentaires pour prolonger le plaisir. A commencer par « Les chasseurs de rêves ». Cette histoire déjà présente dans l’intégrale 5 est ici proposée sous forme de texte en prose, et non plus de BD, richement illustré par l’artiste japonais Yoshitaka Amano. Les illustrations sont sublimes avec ce trait plus sombre, plus éthéré. Il y a comme quelque chose du monde du Songe qui s’en dégage. L’impression finale n’est pas la même selon le dessinateur, c’est assez fascinant.

Sept récits se succèdent ensuite. Un pour chaque Infini. « Nuits d’Infinis », tel est leur titre. Sept histoires à leur image, chacune dessinée par un artiste différent.
Celle de la Mort, déroutante au premier abord, lumineuse, inéluctable.
Celle du Désir, passionnée et sensuelle, vibrante et charnelle.
Celle du Rêve, surprenante car nous renvoyant dans un lointain passé où le Délire était encore le Plaisir, où Désespoir n’était pas celle que nous connaissons, où la Mort était austère et terrifiait chaque être… où le Rêve était amoureux et étonnamment enthousiaste.
Celle du Désespoir, atrocement pesante… un dessin agressif, sombre, coupant, un texte à part, avec des polices de tailles diverses… Obsessionnelle, lancinante, désespérante, poésie mortifère.
Celle du Délire, chaotique, déstabilisante.
Celle de la Destruction, occasion rare d’apercevoir ce personnage dans cette histoire étroitement liée à celle du Délire.
Celle du Destin enfin, grave, digne, sculpturale.

S’achevant sur les habituelles et enrichissantes annexes, refermer ce livre m’a laissée quelque peu mélancolique. J’ai beau savoir que tout n’est pas terminé pour moi, qu’il me reste encore le tome 0 « Ouverture », je me sens néanmoins comme arrivée à la fin. Des heures de lecture, des heures avec ces personnages, merveilleusement racontés, superbement illustrés. Beaucoup de douceur certes, mais une légère amertume à l’idée de quitter ce monde en reposant cette dernière intégrale qui a été un feu d’artifice de poésie, de splendeur dans les illustrations, de justesse dans le texte.
(Il me reste en outre quelques questions qui n’ont pas (pas encore ?) trouvé de réponses, légère frustration.)

Sandman, volume 7 (intégrale), Neil Gaiman. Urban Comics, coll. Vertigo Essentiels, 2016 (1989-1996 pour les éditions originales). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel. 559 pages.

C’est le 1er, je balance tout ! # 21 – Septembre 2018

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Je viens de découvrir grâce aux articles de tout le monde que nous étions le 1er octobre et que je n’avais presque rien préparé pour ce bilan mensuel. Du coup, ça ira assez vite ce mois-ci, je ne vais pas vous assommer de paroles, je vous le garantis !

Côté Top… Je pense que ma chronique est assez claire : Dans la forêt de Jean Hegland a été un incroyable, un formidable, un renversant coup de cœur. Et j’ai aussi les intégrales 6 et 7 de Sandman de Neil Gaiman et… comment dire ? Vous allez en entendre parler. Beaucoup. Beaucoup trop sans doute, mais j’ai vraiment envie de partager ça avec vous.

Après ma lecture de L’obscurité du dehors, j’ai réalisé avec stupeur que je n’avais jamais chroniqué de romans de McCarthy sur le blog à l’exception d’une courte chronique sur la Trilogie des confins il y a fort fort longtemps lorsque le blog était bégayant et bredouillant (fichtre ! je ne réalise pas qu’il a déjà cinq ans, j’ai plutôt l’impression qu’il n’en a que deux puisqu’il a si longtemps été laissé en friche…). Pourtant, c’est l’un de mes auteurs fétiches dont j’explore peu à peu toute la bibliographie. D’ailleurs, il ne m’en reste plus qu’un à découvrir, son premier, Le gardien du verger. Bon, il y a aussi Suttree qui me résiste désespérément : trois fois que je me lance dans la lecture, trois fois qu’il me tombe des mains plus ou moins à la moitié. Mais je n’abandonne pas !
Quoi qu’il en soit, il faudra corriger cela. Cependant, puisque le monsieur ne semble pas décidé à publier un onzième roman (j’ai vu un article annonçant qu’il le finissait… en 2015, donc je ne sais pour quand espérer The Passenger si tel doit effectivement être son titre), j’ai très envie de relire tous ces livres. La Route, No Country for Old Men, Méridien de sang, la fameuse trilogie bien sûr… Mais les critiques, une par roman, risquent d’être rapidement redondantes. Mais quid d’un article sur toute son œuvre ? Il ne sera sans doute pas prêt avant un an ou deux (oui, je compte lire autre chose aussi, comme… tout Tolkien), je ne sais pas du tout ce que ça donnera, mais tel est le programme !

Côté Flop… Rien à signaler !

Le mystère de l'île verte (couverture)Sinon, je dois peut-être expliquer la présence du livre d’Enid Blyton, Le mystère de l’île verte, qui fait peut-être un peu tache parmi mes lectures habituelles. Il ne s’agit pas d’un livre que l’on peut découvrir à 25 ans sans avoir envie de le balancer par la fenêtre, mais dans mon cas, il s’agit d’un des livres de mon enfance, récupéré de ma mère, et ma lecture de Dans la forêt m’a donné envie de le relire. Pour situer l’histoire, quatre enfants – deux filles et deux garçons – partent vivre sur une île inhabitée au milieu d’un lac en l’absence de leurs parents. Alors, certes, d’un côté, c’est désuet, sexiste et horripilant. La répartition des tâches est frustrante – aux filles le raccommodage et la vaisselle ; aux garçons le bricolage et les excursions chapardage sur la terre ferme – et la tendance des garçons à la condescendance lorsqu’il s’agit de parler aux filles mériterait quelques claques.
Mais d’un autre côté, leur vie en solitaire et en quasi autonomie m’a toujours fait rêver. La cabane dans les saules pour l’été, la grotte douillettement aménagée pour l’hiver, les poules et leurs œufs, la vache et son bon lait, les framboises, les champignons, les noisettes… la solitude et la tranquillité. Un tableau tout à fait bucolique en somme. Le rêve.
C’est sans aucun doute une lecture influencée par mes souvenirs d’enfance, une lecture qui heurte la féministe que je suis à présent, mais à laquelle je reste attachée malgré tout. (Et une lecture qui m’a toutefois fait progresser dans trois challenges !)

Côté challenges…

  • Tournoi des trois sorciers : + 260 points pour Poudlard
  • Les Irréguliers de Baker Street : + 2, soit 40/60 ;
  • Les 4 éléments : + 1, soit 13/20 ;
  • Voix d’autrices : + 3, soit 24/50.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Oups, je n’ai rien mis de côté… Je suis désolée, depuis que je suis rentrée de vacances, je suis à la ramasse. A part mes chroniques de livres qui, elles, coulent facilement, je suis une vraie feignasse. Mais je vais me réveiller. Avant le printemps, j’espère.

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

J’ai beaucoup aimé le poème entraînant et rythmé de Nymeria, du blog Subtilité du Palimpseste, sur sa façon de bloguer. Je m’y suis beaucoup retrouvée et je remarque que je vis de mieux en mieux avec mon petit blog.

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

J’ai continué les leçons de conduite et décidé qu’il me fallait une automatique.
J’ai refait un crumble aux poires, le premier depuis longtemps, et qu’est-ce que c’est bon !
J’ai enfin un fauteuil de lecture digne de ce nom, je suis donc fin prête pour affronter l’hiver.
J’ai rêvé Terre du Milieu (merci Tolkien), Songe (merci Gaiman) et forêt (merci Hegland).
J’ai décidé de lire tout Tolkien (et j’espère que ma route sur les routes de la Comté croisera parfois celle du Joli) et de relire tout McCarthy.
J’ai visité le Finistère (enfin, ce n’était qu’un apéritif) et revu ma chère Victoria.
J’ai constaté avec plaisir que ma chienne revenait de mieux en mieux quand on l’appelait… jusqu’à ce que l’ouverture de la chasse fasse sortir les chevreuils jusque devant chez moi et que les odeurs redeviennent bien trop tentantes.
J’ai rapporté mes premiers points pour Poudlard : je commence doucement, mais prenez garde…
Bref, je n’ai pas fait grand-chose.

J’attends simplement qu’il arrête de faire chaud. Et qu’il se mette à pleuvoir. Il ne pleut donc jamais en Bretagne ? La pluie me manque. Si vous me cherchez, je suis sous mon plaid, avec mon thé et mon bouquin. Ça, c’est la belle vie !

Je vous souhaite un bel automne et un beau mois d’octobre. Je n’ai rien à raconter, mais ce n’est pas forcément votre cas et je lirai avec plaisir tout ce que vous aurez à me dire en commentaires ! 

Dans la forêt, de Jean Hegland (1996)

Dans la forêt (couverture)Ce fut un achat coup de tête. J’en avais entendu parler bien que je n’ai pas le souvenir d’avoir lu de critiques en parlant – aucune des presque trois cents chroniques de Babelio –, mais j’avais un bon a priori sur ce livre. Je voulais me faire un petit cadeau, il m’a sauté aux yeux, exemplaire esseulé, dans les rayons, et voilà, c’était lui que j’avais envie de lire. Je n’ai pas lu le résumé, ou alors je l’ai à peine survolé à mon habitude, et c’est mon copain qui m’a fait remarquer que nous avions déjà vu un film qui y ressemblait fort… et effectivement, le Into the Forest vu sur Netflix, avec Ellen Page et Evan Rachel Wood, en était une adaptation. J’avais oublié ce film. Oups.
Du coup, contre toute attente, je l’ai bel et bien commencé en sachant à quoi m’attendre. Tout ça pour ça, oui. La genèse d’un coup de cœur.

Nous lisons le journal de Nell qui vit seule avec sa sœur Eva. Toutes deux ont vu leur vie basculer lorsque la civilisation telle que nous la connaissons s’est effondrée (propagation de virus, coupures d’électricité de plus en plus longues puis permanentes, magasins dévalisés…). Dans leur maison solitaire dans sa grande clairière, elles vont devoir trouver les moyens de survivre et peu à peu découvrir l’inépuisable forêt qui les entoure.

J’ai trouvé ce livre d’une beauté folle.
C’est un arc-en-ciel, une pluie de sensations.
Nell nous parle de la lumière dans la clairière, des multiples couleurs des fruits, légumes et herbes qui s’entassent dans le garde-manger (appétissantes descriptions !), de la sensation de l’eau ou des feuilles mortes sur sa peau.
Elle ressuscite mille odeurs, feu de bois, nourriture, pourriture, terre retournée, essence.
Les bruits résonnent, s’échappant des pages, lorsqu’elle nous donne à entendre le martèlement de la pluie, les pas d’une Eva dansante, ballerine portée uniquement par la monotonie du métronome, les craquements des branches dans la forêt, les bruissements des feuilles, le ruissellement cristallin du ruisseau, un rire aussi inattendu que surprenant dans ce quotidien de lutte.
Elle parle du corps, le corps musclé, léger et néanmoins contraint par un travail sans relâche de la danseuse, le corps usé par le jardinage, le dos courbé comme à jamais, les doigts râpés, les genoux écorchés, le corps qui se tend et se détend sous les caresses de doigts étrangers, elle parle aussi de bien d’autres corps, dans la peine ou le bonheur, dont je ne dirai mot.

La science-fiction n’est que prétexte. Prétexte à cette relation hors du commun entre deux sœurs pour qui les mots « société » ou « civilisation » ne veulent plus rien dire. Ce n’est pas une relation idéalisée. Au contraire, leur situation exacerbe les émotions, positives comme négatives. Leur amour réciproque et l’attention qu’elles portent à l’autre s’accroissent par le fait qu’elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Mais parallèlement, les rancœurs, les jalousies, les colères et les disputes sont multipliées à force de devoir tout partager, de vivre si proches, trop proches parfois. Ces émotions si humaines – de l’abattement à l’exaltation, du désespoir au salvateur regain d’énergie – sont racontées avec tellement de subtilité et de justesse que je n’ai pu que m’identifier à Nell.

Bien qu’au second plan finalement, la description de la dégradation de la situation est tout aussi réussie. En cela, j’ai songé au roman d’Emily St. John Mandel, Station Eleven. Les ressources disparaissent progressivement, tout le monde tente d’emmagasiner un maximum de vivres et d’objets utiles, les gens sont partagés entre méfiance envers celles et ceux qui les entourent (cependant, les deux sœurs si isolées sont longtemps épargnées par cette défiance) et espoir d’un retour à la normale. Eva continue de danser pour intégrer un ballet prestigieux et Nellie poursuit ses études pour entrer à Harvard, aussi vain cela soit-il. S’adapter à un nouvel univers demande du temps tandis que survivre exige de la réactivité et ingéniosité. Pas évident lorsque l’on a grandi dans le confort de la société moderne avec électricité, téléphone, transports en tous genres, internet et compagnie.
On s’interroge, forcément. Que ferions-nous (que ferons-nous ?) dans cette situation ? Car l’effondrement de leur monde n’est imputable qu’aux êtres humains. Surconsommation, pollution, conflits armés… des problèmes familiers, non ?

Dans la forêt. Un coup de cœur. Un roman magnifique et sensuel. Un récit à fleur de peau. Plus que des pages, plus que des mots, des images, des odeurs, des émotions. Une écriture réaliste, poétique et poignante.

J’aurais souhaité ne pas quitter ce livre. Ne pas dire au revoir à Nellie et continuer à chercher des herbes dans la forêt en sa compagnie. Ne pas partir de cette clairière, ce cocon protégé par les arbres séculaires, ce lieu hors du monde qui constitue pour moi l’endroit parfait où s’installer. Ne pas sortir de cette forêt, vierge, vivante, troisième protagoniste omniprésente, parfois terrifiante, mais en réalité bienveillante.

 En voilà des mots. Pourtant, ils me semblent vides, creux, stériles. Impuissants à retranscrire la façon dont ce livre m’a touchée, transportée. Incapables de décrire la forêt, les sens, la proximité avec Nell. Inaptes à parler de la puissance tranquille de l’écriture de Jean Hegland.

« Ces jours-ci, nos corps portent nos chagrins comme s’ils étaient des bols remplis d’eau à ras bord. Nous devons être vigilantes tout le temps ; au moindre sursaut ou mouvement inattendu, l’eau se renverse et se renverse et se renverse. »

« Depuis qu’elle me l’a annoncé, à plusieurs reprises au cours des journées qui ont suivi, j’ai été saisie par une angoisse si forte et si froide qu’il me semblait être emportée par une vague, retournée dans une houle d’eau glacée et de sable rêche, incapable de respirer, me débattant pour trouver comment remonter.
Puis la vague se retire, me laisse sèche et debout, arrosant les courges, désherbant les tomates, posant des tuteurs aux haricots, préparant l’avenir, quel qu’il soit, qu’il nous reste. »

« Il y a une lucidité qui nous vient parfois dans ces moments-là, quand on se surprend à regarder le monde à travers ses larmes, comme si elles servaient de lentilles pour rendre plus net ce que l’on regarde. »

Dans la forêt, Jean Hegland. Gallmeister, coll. Totem, 2018 (1996 pour l’édition originale. Gallmeister, 2017, pour la traduction française). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josette Chicheportiche. 308 pages.

Challenge Voix d’autrices : un roman de science-fiction

Challenge Tournoi des trois sorciers – 4e année
Champifleur (Botanique) : un livre avec une forêt sur la couverture

Autobiographie d’une courgette, de Gilles Paris (2002)

Autobiographie d'une courgette (couverture)Courgette, c’est Icare, 9 ans. Pour faire plaisir à sa maman qui boit trop de bières à cause de son père qui est parti avec une poule et du ciel qui est « grand pour nous rappeler qu’on n’est pas grand chose dessous », il décide de tuer le ciel. Il tire et le ciel est toujours là. Mais plus sa maman. Jugé « incapable mineur », il est placé aux Fontaines au milieu de bien d’autres enfances difficiles. Et là où l’on s’attendrait à de la tristesse, Courgette découvre l’amitié, le rire, la joie et l’amour.

Après avoir adoré l’adaptation en film d’animation (Ma vie de courgette par Claude Barras), j’ai enfin lu le livre. Et c’est un nouveau coup de cœur qui ne me fait pas déprécier le film pour un sou.

L’histoire de Courgette, c’est un drame abominable comme ceux qui ont bouleversé les enfances de chaque protégé des Fontaines. C’est l’inénarrable qui est narré ici. Ce sont des mots innocents qui racontent l’horreur. Ce sont des mots pleins d’images, de couleurs et de soleil.
Autobiographie d’une courgette, c’est une montagne de tendresse au cœur de l’indicible. C’est un roman lumineux, c’est la découverte de l’amour – l’amour des copains, l’amour des adultes, l’amour amoureux.
Un roman à hauteur d’enfant, un roman triste, un roman drôle, un roman dur, un roman profondément touchant.

En gros, je vous ai dit l’essentiel. Que pourrais-je raconter d’autre ?
Les personnages si attachants – chacun de ces enfants bousculés, cabossés, brisés évidemment, ainsi que certains adultes touchants par l’amour et le soutien qu’ils abordent aux enfants – et si réalistes qu’on a l’impression de les connaître depuis toujours.
Les sujets durs et crus qui contrastent avec la grâce incroyable, avec la pureté candide de la narration simple et enfantine.
L’humour qui transperce cette histoire.
L’amitié, la tendresse du gendarme et les bons moments qui nous font espérer le meilleur pour le futur de Courgette.

Je n’ai rien de dire de plus, ce livre est un bijou. Une perle que l’on referme bien trop vite, à regret.

« – Le ciel, ma Courgette, c’est grand pour nous rappeler qu’on n’est pas grand chose dessous. »

« Des fois, les grandes personnes faudrait les secouer pour faire tomber l’enfant qui dort à l’intérieur. »

« Et les grandes personnes c’est pareil.
C’est plein de points d’interrogation sans réponses parce que tout ça reste enfermé dans la tête sans jamais sortir par la bouche. Après, ça se lit sur les visages toutes ces questions jamais posées et c’est que du malheur ou de la tristesse.
Les rides, c’est rien qu’une boîte à questions pas posées qui s’est remplie avec le temps qui s’en va. »

Autobiographie d’une courgette, Gilles Paris. Editions France Loisirs, coll. Piment, 2003 (éditions Plon, 2002, pour la première édition). 281 pages.