Le Seigneur des Anneaux, de J.R.R. Tolkien (1954-1955)

Le Seigneur des Anneaux (couverture)Faut-il vraiment résumer La Communauté de l’Anneau, Les deux Tours et Le retour du roi, bref, Le Seigneur des Anneaux ? Un Anneau, un Seigneur prêt à tout pour le récupérer, un Hobbit chargé de le détruire, une compagnie composée de trois Hobbits, deux Hommes, un Nain, un Elfe et un Magicien pour l’y aider, une course contre le Mal pour sauver la Terre du Milieu.

Il est des livres qui semblent impossibles à chroniquer tant il paraît futile d’ajouter des mots creux à tous ceux qui ont déjà été dit. Le Seigneur des Anneaux en fait clairement partie.
Que puis-je dire de cette relecture ? (qui remonte à présent au mois d’août, mais voilà enfin mon article !)

Je pourrais dire qu’elle m’a transportée. Emportée dans cette quête dès la première page. Rapidement, le bucolisme charmant de la Comté laisse place à une atmosphère empreinte de malignité, de sournoiserie, de cruauté. La malfaisance de l’Anneau est nettement perceptible et l’on observe, captivé, son influence sournoise sur les êtres. J’ai contemplé mi-attirée, mi-rebutée la lutte entre Sméagol et Gollum – cet être à la fois émouvant et sournois, fascinant et repoussant, ce personnage absolument génial que l’on aime et on déteste –, la folie de Denethor, la perfidie puis la déchéance de Grima…
Mais ce périple offre également la compagnie de l’amitié, de la solidarité, du courage et de la noblesse. J’ai pris plaisir à suivre Théoden dans sa dernière chevauchée, Aragorn dissimulant sa gentillesse et son pouvoir sous des vêtements boueux, Eowyn se libérant de la cage domestique dans laquelle sa féminité l’avait enfermée. J’ai aimé écouter les longues dissertations Sylvebarbe, tout en sagesse et puissance ignorée, ou les élégantes phrases de Gimli, cachées derrière une façade de rudesse, à propos de Galadriel ou des chefs-d’œuvre nains.

Le livre est en revanche plus avare en drames personnels, petites tragédies dont Peter Jackson a émaillé ses films. Pas de séparation entre un Frodon manipulé et un Sam en larmes, pas d’Arwen déchirée entre son père et Aragorn, entre sa nature d’Elfe immortelle et sa volonté de vivre une vie de mortelle… bref, il n’y a pas tous ses lents passages sans doute supposés émouvoir le spectateur, mais qui, chez moi, ne génère qu’ennui.
Le réalisateur a sans doute humanisé davantage certains personnages, admirables de bout en bout chez Tolkien – Théoden ou Faramir par exemple –, en leur donnant également un visage plus sombre et un cœur plus torturé. Un choix que j’aurais pu apprécier si je ne venais pas de passer plusieurs semaines avec les protagonistes de papier. Certes, leur grandeur d’âme et de cœur et leur noblesse peuvent parfois paraître un peu trop pures, mais qu’importe. Sous la plume de Tolkien, c’est réussi et c’est inspirant.

Cette épopée est un voyage et les mots de J.R.R. Tolkien m’ont donné à contempler bien des paysages. Cette écriture précise et détaillée au possible fait surgir des forêts millénaires, des cités majestueuses, de vastes étendues verdoyantes ou désolées pour un récit extrêmement visuel. Au fil des pages se dessinent la moindre vallée, colline, fracture dans la roche… Les points cardinaux m’ont fait tourbillonner, m’étourdissant parfois, me perdant occasionnellement.

J’ai redécouvert les épisodes délaissés par les films. Ah, la Vieille Forêt ! Son ambiance oppressante, chargée d’ans, cette insidieuse domination du Vieil Homme-Saule qui y règne en maître discret mais implacable. Ah, les Hauts des Galgals ! Son étrangeté, ses êtres mystérieux… qui, seuls, résistent à toute tentative d’évocation visuelle de ma part. Ah, Tom Bombadil ! Cette entité étrange à la fois généreuse et détachée ! Et cette fin… La destruction de l’Anneau n’est pas la dernière péripétie de ce roman et les Hobbits – notamment mes chers Pippin et Merry auxquels Tolkien offre un bien beau final – doivent encore faire leurs preuves.

Ce fut aussi une rencontre avec des personnages parfois maltraités ou sous-estimés dans les adaptations. Je pense à Merry, plus mature, fiable et intelligent. Je pense à Pippin qui, bien que conservant cette insouciance joyeuse propre aux Hobbits ainsi que cette maladresse aux conséquences parfois désastreuses, se révèle extrêmement touchant et malin. Tous deux grandissent au fil des chapitres et, s’ils parviennent toujours à conserver leur bonhommie et leur appétence aux rires et aux chansons, ils gagnent en gravité et en fierté. J’ai été absolument ravie de la dissolution de la communauté de l’Anneau : invisibilisés par des personnalités telles que Gandalf, Aragorn ou Frodon, on redécouvre leur caractère, leurs originalités et leurs rôles cruciaux lorsqu’ils se retrouvent isolés.
En revanche, je reste globalement hermétique au duo Frodon-Sam (même s’ils m’agacent moins que dans les films). Si je trouve leur relation plus claire – Sam étant subordonné à Frodon (un hommage aux ordonnances pendant la guerre, m’a appris le Joli) –, cette configuration maître-serviteur ne me touche guère. Cependant, j’ai été enchantée de voir Sam devenir absolument essentiel pour Frodon qui m’a davantage touchée par la souffrance générée par l’Anneau.

Je suis restée bouche bée devant le travail titanesque de Tolkien, créateur d’un monde infini. Des peuples, des langues, des alphabets, un passé rempli de mille et une histoires, des généalogies sur des dizaines de générations, des calendriers… des milliers de détails qui rendent l’histoire de la Terre du Milieu d’une richesse inégalée. Les annexes situées à la fin de mon intégrale sont là pour témoigner du génie complètement fou de ce philologue passionné. Les histoires s’y multiplient. Aragorn et Arwen, Azog et Thorin, l’histoire de Númenor et du peuple de Durin…

La lecture a été agréable de bout en bout, beaucoup plus fluide que dans mes souvenirs. C’est un monde riche, coloré, vivant sur lequel s’étend, palpable, une ombre maléfique dont la plus fascinante manifestation n’est pas les créatures immondes qu’elle déverse sur la Terre du Milieu, mais la lente corruption des cœurs et des esprits de ses victimes.

Grandiose, épique, magistral. Une histoire qui mérite son titre de monument de la littérature.

Une lecture dense et captivante et un univers que je ne veux pas quitter. Vous entendrez donc probablement parler, dans les mois à venir, de Bilbo le Hobbit (une relecture également), du Silmarillion ou encore de Beren et Luthien, et en fait, de toutes les œuvres de Tolkien car je suis bien décidée à lire toute sa bibliographie. Et je ne repousserai pas autant la prochaine relecture de ce chef-d’œuvre, car relecture il y aura forcément.

J’aimerais le lire un jour en anglais, mais il me faudrait des mois pour en venir à bout. Il est vrai que la traduction m’a parfois laissée perplexe (ainsi que les multiples fautes d’orthographe et coquilles présentes dans mon édition). (J’ai appris qu’une nouvelle traduction, assurée par Daniel Lauzon, a vu le jour en 2014, apparemment plus fluide et plus juste, plus respectueuse de la version originale et des voix des différents personnages. A découvrir donc !)

« Le bien-être et la paix avaient néanmoins laissé à ce peuple une étrange endurance. Ils étaient, si les choses en venaient là, difficiles à battre ou à tuer ; et peut-être la raison pour laquelle ils aimaient si insatiablement les bonnes choses était-elle qu’ils pouvaient s’en passer en cas de nécessité ; ils étaient capables de survivre aux plus durs assauts du chagrin, de l’ennemi ou du temps au point d’étonner qui, ne les connaissant pas bien, ne regardait pas plus loin que leur panse et leur figure bien nourrie. »

« Nombreux sont ceux qui vivent et qui méritent la mort. Et certains qui meurent méritent la vie. Pouvez-vous la leur donner ? Alors, ne soyez pas trop prompt à dispenser la mort en jugement. Car même les très sages ne peuvent voir toutes les fins. »

« « Serai-je toujours choisie ? dit-elle amèrement. Serai-je toujours laissée derrière quand les Cavaliers partent, pour m’occuper de la maison tandis qu’ils acquerront du renom et trouveront de la nourriture et des lits à leur retour ? »
« Un temps peut venir bientôt où nul ne reviendra, dit-il. La valeur sans renom sera alors nécessaire car personne ne se rappellera les exploits accomplis dans l’ultime défense de vos demeures. Les exploits ne sont pas moins vaillants pour n’être pas loués. »
Et elle répondit : « Toutes vos paroles n’ont d’autre but que de dire : vous êtes une femme et votre rôle est dans la maison. Mais quand les hommes seront morts au combat et à l’honneur, vous pourrez brûler dans la maison, car les hommes n’en auront plus besoin. Mais je suis de la maison d’Eorl et non pas une servante. Je puis monter à cheval et manier l’épée, et je ne crains ni la souffrance ni la mort. »
« Que craignez-vous, Madame ? » demanda-t-il.
« Une cage, répondit-elle. Rester derrière des barreaux, jusqu’à ce que l’habitude de la vieillesse les accepte et que tout espoir d’accomplir de hauts faits soit passé sans possibilité de rappel ni de désir. » »

Le Seigneur des Anneaux, intégrale, J.R.R. Tolkien. Editions Christian Bourgois, 2003 (1954-1955 pour l’édition originale. Editions Christian Bourgois, 1972-1973, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Francis Ledoux (roman) et Tina Jolas (appendices). 1278 pages.

Challenge Les 4 éléments – Le feu :
un récit où la guerre fait rage

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La parenthèse 7ème art – Novembre 2018

La parenthèse 7ème art reviendrait-elle avec plus de régularité ? Peut-être… peut-être pas… L’avenir nous le dira, mais en tout cas, voilà quelques petites critiques !

  1. Les Animaux fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald, de David Yates (2018)

1927, quelques mois après sa capture, le célèbre sorcier Gellert Grindelwald s’évade comme il l’avait promis et de façon spectaculaire. Réunissant de plus en plus de partisans, il est à l’origine d’attaque d’humains normaux par des sorciers et seul celui qu’il considérait autrefois comme un ami, Albus Dumbledore, semble capable de l’arrêter. Mais Dumbledore va devoir faire appel au seul sorcier ayant déjoué les plans de Grindelwald auparavant : son ancien élève Norbert Dragonneau. L’aventure qui les attend réunit Norbert avec Tina, Queenie et Jacob, mais cette mission va également tester la loyauté de chacun face aux nouveaux dangers qui se dressent sur leur chemin, dans un monde magique plus dangereux et divisé que jamais. (Allociné)

Les animaux fantastiques 2 (affiche)

Le film tant attendu en cette année 2018. Le film que je ne pouvais pas manquer au cinéma. Alors, verdict ?

J’ai envie de dire, en mode potterhead activé : c’était trop bien ! J’ai passé un excellent moment, j’ai été transportée du début à la fin. Retrouver des personnages adorés, en découvrir d’autres, se faire surprendre par quelques révélations (notamment concernant un certain serpent bien connu), s’émerveiller devant de nouvelles créatures, visiter de nouveaux lieux magiques et visiter un autre Paris, s’étonner devant de nouvelles formes de magie… J’appréhendais Johnny Depp en Grindelwald car je n’étais pas du tout convaincue à la fin du premier opus et finalement, j’étais tellement enthousiaste que je suis passée outre ; quant à Jude Law en Dumbledore, rien à redire ! Ajoutons que le film est juste sublime : les décors, les costumes, les lumières, le design des créatures, les personnages, tout est magnifique. Donc c’était un moment merveilleux, magique, et j’ai adoré chaque seconde passée au cinéma.

Si j’éteins le mode fan, même si je trouve toujours le film passionnant, je ne le trouve pas parfait pour autant. Loin de là. Disons que je trouve qu’il y a beaucoup beaucoup beaucoup de choses dans ce film, trop de choses. Car, si le résultat est totalement entraînant, il semble survoler beaucoup d’éléments. En fait, j’ai un peu l’impression que chaque lieu (le Ministère de la magie français, le monde magique français…) et chaque personnage ne sont pas assez exploités. (Je pense par exemple à un certain personnage évoqué dans le premier tome d’Harry Potter qui finalement n’apporte rien si ce n’est que c’était l’occasion ou jamais de faire un petit coucou, mais c’est valable pour tous : Leta, Tina, Nagini, Credence, etc.) (Je trouve aussi que s’ils passaient moins de temps à développer mille romances pour que tout le monde soit en couple, on gagnerait du temps…) Attention, je ne dis pas la multiplicité des intrigues me déplaît ! J’aime l’idée d’un film riche, dense, avec de nombreuses pistes, sujets, personnages, etc. Je regrette uniquement la superficialité – pas très surprenante, j’ai souvent ce ressenti avec les films – que cela peut donner à certains aspects du film, du fait qu’il ne dure que 2h15.

Quant à la « révélation finale » que je commençais à voir venir au fil du film mais je me disais « non, ils ne vont pas oser ! », je ne sais qu’en penser. Je suis sortie du cinéma en pensant « mouais… c’est un peu gros quand même, où elle va, là, J.K. Rowling ? ». A chaud, j’étais donc très dubitative. Maintenant, je me dis qu’un cliffhanger sert à attiser notre curiosité, à surprendre, donc j’attends impatiemment d’en savoir plus ! Je sais que diverses théories fleurissent déjà sur la toile, mais tout ce que j’espère, c’est que la suite restera cohérente avec les livres Harry Potter, mais je fais confiance à J.K. Rowling et suis curieuse de voir ce qu’elle nous réserve pour la suite !
D’ailleurs, plus je lis et j’entends de critiques négatives, plus j’ai envie d’apprécier et de défendre ce film. Je comprends que l’on puisse aimer ou pas, que l’on ait envie de critiquer certains points (je le fais aussi), mais parfois, je trouve que les griefs sont avancés de façon très péremptoire surtout concernant la fin : il reste trois films à venir et, même si elle a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre, J.K. Rowling a encore le temps de nous étonner et de nous expliquer plein de choses ! Et si on laissait une chance à celle qui a su indescriptiblement nous émerveiller avec Harry Potter ?

Cependant, malgré mes reproches, c’est vraiment un sentiment positif qui ressort, je suis totalement enthousiaste et ravie, ne vous y trompez pas ! Ce n’est pas un film parfait, ce n’est pas un grand film, mais c’est un film fantastiquement divertissant avec des personnages fascinants (bien que trop superficiels) et servi par une esthétique splendide et irréprochable. De plus, j’ai beaucoup aimé certaines thématiques abordées ou certaines directions empruntées par certain·es d’entre eux/elles. Après, je suis très très très curieuse de découvrir les films suivants : n’oublions pas que nous ne sommes qu’en 1927 et que Dumbledore vaincra Grindelwald en 1945, il risque de s’en passer des choses !

 Blackkklansman : j’ai infiltré le Ku Klux Klan, de Spike Lee (2018)

 Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions. (Allociné)

Blackklansman (affiche)

Blackkklansman est un film à la fois intelligent et divertissant. Spike Lee trace un portrait très humain de tous les protagonistes, qu’ils soient flics ou membre de « l’organisation ». Il présente ces derniers comme franchement flippants, sans les caractériser tout de go comme des monstres. La haine qui les habite se dessine progressivement derrière les sourires et les franches poignées de mains. Deux discours cohabitent : le discours officiel, qui n’étale pas sa haine au grand jour, qui prône l’Amérique d’abord (tiens tiens…), c’est-à-dire pour ces gens les Etats-Unis des WASP, les Blancs anglo-saxons protestants, et un discours horriblement violent qui se déploie entre initiés, si possible dans les caves aux murs recouverts d’armes.
Les deux policiers principaux, à savoir Ron et sa doublure blanche pour les rencontres en chair et en os, Flip, sont magnifiquement interprétés par John David Washington et Adam Driver. J’ai beaucoup aimé les tiraillements que connaissent les personnages, plongés dans une situation inédite. Ron, entre les conversations téléphoniques avec le Ku Klux Klan et sa relation avec Patrice, une militante pour les droits civiques, découvre que son statut de policier apparaît aux yeux des autres comme incompatible avec celui de Noir pour l’égalité. Flip renoue avec son identité juive (que le Klan méprise presque autant que les Noirs) qu’il croyait très loin de lui. Bref, un discours intéressant sur l’identité, les communautés et les rêves personnels.
Je ne suis pas une experte sur ces sujets, donc je ne peux totalement juger de la justesse de ce film, mais de mon point de vue plein d’ignorance, je trouve qu’il s’agit d’un film aussi important qu’intéressant, surtout accolé – comme Spike Lee l’a fait – aux images des manifestations de Charlottesville aux Etats-Unis. Un  bon film porté par une incroyable histoire vraie, d’excellents acteurs et une mise en scène soignée. Un film qui fait, d’une manière assez effrayante, écho à l’actualité.

Il est tout de même difficile de chroniquer ce genre de films. En tant que femme blanche, je ne me sens pas très à ma place. Si j’ai été capable de parler un peu de Blackkklansman, je ne me risquerais pas à chroniquer Mississippi Burning que j’ai vu peu après. Car l’aspect humoristique et divertissant passe à l’as dans ce film grave et terrible. J’ai été révoltée par ce qui est montré, révoltée que l’on puisse agir ainsi (et accessoirement révoltée que ce soit l’attaque du Blanche par le Klan qui met finalement un coup de pied aux fesses du FBI et non les multiples agressions de Noir·es…), c’est une haine d’une telle ampleur qu’elle me dépasse totalement.

  1. The Full Monty, de Peter Cattaneo (1997)

Aujourd’hui, Sheffield, qui fut l’orgueil du Yorkshire et le joyau de l’Angleterre, est une ville sinistrée. Le chômage y règne en maître et les hommes désœuvrés errent dans les rues en quête d’illusoires petits boulots. La venue de la troupe des Chippendales, qui, lors de leur spectacle, provoqua un véritable délire chez les spectatrices, va donner des idées à Gaz et ses copains. Si les femmes de Sheffield craquent pour des éphèbes anabolisés, que penseront-elles de vrais hommes, prêts à aller jusqu’au bout en s’exhibant entièrement nus ? (Allociné)

The Full Monty (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Une très sympathique comédie britannique. Une industrie au ralenti, du chômage pour tout le monde, on se croirait dans un film de Ken Loach. Sauf que, mené par un Robert Carlyle en forme, la bande de copains désespérés de voir leur vie leur échapper va se lancer dans le pari fou de passer outre leur âge, leur maigreur, leur embonpoint, leurs complexes physiques et le regard des gens pour proposer un spectacle auquel le voisinage est peu accoutumé. Pour une fois, ce sont les hommes qui complexent et qui se mettent à la place des femmes, comme dans cette scène où l’un d’entre eux fait remarquer à un autre qui vient de juger la poitrine d’une femme qu’il espère que ces dernières auront davantage de respect pour leurs corps à eux. De plus, on sent le poids que cette société met sur leurs épaules. Dans ce milieu ouvrier, un homme qui ne travaille pas ne semble pas très acceptable, surtout quand leurs femmes travaillent. Ainsi, Gerald n’ose pas avouer son licenciement à sa femme et, mois après mois, s’enfonce dans un mensonge ruineux puisque sa femme continue logiquement à dépenser comme avant.
Bourré d’humour, ce n’est donc pas un film qui laisse la tendresse de côté. Ces hommes émeuvent surtout lorsqu’ils entrouvrent l’armure de virilité dont ils se sont longtemps enveloppés. Malin, étonnant, réjouissant, entraînant.

  1. Astérix : Le domaine des dieux, d’Alexandre Astier et Louis Clichy (2014)

Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Exaspéré par la situation, Jules César décide de changer de tactique : puisque ses armées sont incapables de s’imposer par la force, c’est la civilisation romaine elle-même qui saura séduire ces barbares Gaulois. Il fait donc construire à côté du village un domaine résidentiel luxueux destiné à des propriétaires romains : « Le Domaine des Dieux ». Nos amis gaulois résisteront-ils à l’appât du gain et au confort romain ? Leur village deviendra-t-il une simple attraction touristique ? Astérix et Obélix vont tout faire pour contrecarrer les plans de César. (Allociné)

Astérix Le Domaine des dieux (affiche)

A l’heure où sort Le Secret de la Potion magique, le second film Astérix du duo Astier-Clichy, je découvre leur premier opus. Les adaptations d’Astérix en films d’animation des BD ne m’avaient jusque-là jamais enthousiasmée (pour être honnête, je les trouvais très laides et je n’ai jamais eu le courage de tenir plus de quelques minutes). Cette fois, ce fut un excellent moment !
Dire que les fans de Kaamelott ne seront pas dépaysés est un euphémisme. En tant qu’inconditionnelle de la série, je n’ai pas pu m’empêcher d’y songer tout du long. Outre un casting de voix qui titille agréablement nos oreilles – Alexandre Astier, Serge Papagalli, Lionnel Astier, Franck Petiot, Joëlle Sévilla, Brice Fournier… ainsi que ceux qui ont fait des apparitions dans la série tels que Alain Chabat ou Elie Semoun –, on retrouve également le ton de Kaamelott. Les nuls qui ne comprennent rien à rien, les réclamations des subordonnés, les engueulades, la tendresse… Pas de doute, Astier sait parler à notre cœur.
Même si je ne suis pas une experte dans les BD (donc je ne comparerai pas les deux scénarios), je pense que le film parlera aussi aux adeptes des aventures d’Astérix et Obélix. L’humour Astier se double de l’humour des BD pour un long métrage souvent très drôle et l’on retrouvera les inévitables disputes entre Ordralfabétix et Cétautomatix ou le dévastateur chant d’Assurancetourix.
Ajoutons, puisque c’était l’un de mes griefs contre les autres dessins animés qui me sont passés sous le nez, que l’animation est très réussie. C’est doux, c’est chaleureux, c’est beau.  Les personnages sont expressifs et nous touchent aussi bien que s’ils étaient de chair et d’os.
L’histoire en elle-même fonctionne bien. Très énergique, elle interroge sur la mondialisation, l’attrait de la modernité et du confort, l’écologie, tout en mettant en place une sympathique amitié entre les Gaulois et une famille romaine.
Un humour brillamment simple et subtil à la fois qui fait mouche, une pincée d’anachronisme, quelques références culturelles (Le Seigneur des Anneaux, King Kong, Ratatouille, etc.), des personnages inoubliables que l’on retrouve avec une pointe de nostalgie, beaucoup de dynamisme = un film d’animation très réussi, un super moment de cinéma, une immense surprise et beaucoup de plaisir !

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Séries

  1. The Haunting of Hill House, créée par Mike Flanagan (2018, 1 saison, 10 épisodes)

Plusieurs frères et sœurs qui, enfants, ont grandi dans la demeure qui allait devenir la maison hantée la plus célèbre des États-Unis sont contraints de se retrouver pour faire face à cette tragédie ensemble. La famille doit enfin affronter les fantômes de son passé, dont certains sont encore bien présents dans leurs esprits alors que d’autres continuent de traquer Hill House. (Allociné)

The Haunting of Hill House (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Quand on me dit « épouvante-horreur », je ne suis pas forcément hyper motivée dans le visionnage, mais là, quelque chose me tentait bien. Peut-être les aperçus de l’esthétique de la série que j’avais pu avoir à droite à gauche. Quoi qu’il en soit, me voilà partie pour Hill House.
Surprise, après un premier épisode toute tendue par peur d’avoir peur, je me suis aperçue que ce n’était nullement justifié. Bonheur, la série n’abuse pas des jump scare et autres grosses ficelles pour faire sursauter (j’ai donc pu boire mes immenses tasses de thé sans m’en renverser dessus toutes les deux minutes). Je me suis alors détendue, ce qui m’a valu une bonne grosse surprise lors d’une apparition à laquelle je ne m’attendais absolument pas. Plus que des sursauts, le côté épouvante de la série a surtout déclenchée deux ou trois vagues de frayeur à travers mon corps. Je ne suis pas amatrice des films d’horreur, mais quand c’est si bien dosé, j’avoue que c’en est paradoxalement agréable.

Mais alors, si la peur, l’horreur et la terreur ne sont pas le noyau dur de cette série, qu’est-ce que c’est ? Les personnages. La famille Crain. Si tout se passe bien, vous ne voudrez plus les quitter. On apprend à les connaître chacun leur tour, on les voit à travers les yeux de leurs frères et sœurs, on les découvre enfants et on les retrouve adulte. Passé et présent s’entremêlent pour nous offrir un tableau complet de cette famille. J’avoue que j’ai eu un gros coup de cœur pour Theo, Luke et Nell. Concernant Theo, j’ai été bluffée par Mckenna Grace et son regard noir dont émane un incroyable charisme : cette jeune actrice me renverse à chaque fois que je la retrouve (elle m’avait déjà impressionnée dans Mary et I, Tonya).
En fait, il n’y a rien à redire sur cette série. La réalisation est fantastique, on a les avantages de la série qui permettent de développer les personnages de manière bien plus riche qu’un film sans l’inconvénient d’une série qui traîne en longueur sur moult saisons. Servie par une image très belle, l’atmosphère trouble, tordue, névrosée est autant dû aux fantômes qui hantent la maison qu’aux démons qui obsèdent les différents protagonistes. Ceux-ci sont merveilleusement interprétés, que l’on parle des adultes ou des enfants.

Je ne m’attendais à rien de spécial en commençant mon visionnage, ce fut donc un véritable choc. Un véritable coup de cœur que cette mini-série absolument parfaite qui mélange très justement émotions, psychologie et une petite pincée d’épouvante.

Et vous, qu’avez-vous regardé ce mois-ci ?

C’est le 1er, je balance tout ! # 23 – Novembre 2018

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Côté Top… Le Hobbit de ce cher Tolkien a été une fantastique relecture. Je (re)découvre son œuvre et j’y prends un plaisir sans cesse renouvelé, j’essaie d’espacer mes lectures, mais je n’ai qu’une hâte : retourner en Terre du Milieu. La prochaine excursion sera avec les Contes et légendes inachevées. En outre, attendez-vous à retrouver le nom de Tolkien sur le blog au cours du mois de décembre : mes chroniques du Seigneur des Anneaux, J.R.R. Tolkien : une biographie et du Hobbit évidemment arrivent !
Le Joli m’a fait découvrir deux recueils de nouvelles qui m’ont réconciliée avec le genre : Le koala tueurs et autres histoires du bush de Kenneth Cook fut un périple étonnant à travers l’Australie tandis que Première personne du singulier de Patrice Franceschi m’a placée face à des personnages extrêmes, poussés dans leurs derniers retranchements et c’était juste bouleversant.
Je citerais également la formidable résilience ainsi que l’humour apparemment indéracinable des personnages de La chambre des officiers de Marc Dugain ainsi que la dystopie perturbante et incisive de Cécile Coulon dans Le rire du grand blessé.

(Chroniques à venir pour presque tous ces titres : j’ai lu plus que je ne publiais, donc j’ai de la réserve pour un mois de décembre qui s’annonce bien plus calme !)

Côté Flop… Mon gros double flop du mois est incontestablement remporté par la duologie Les sorcières du clan du nord d’Irena Brignull. J’en ai déjà parlé, je ne vais donc pas m’étendre dessus, mais trop de clichés ont eu raison de moi, à commencer par le coup de massue asséné par un insupportable triangle amoureux.
Je suis également restée complètement de marbre face au recueil de quatre nouvelles de Théophile Gautier, Le chevalier double et autres histoires. Le style est très ampoulé, les intrigues mettent un temps fou à décoller pour s’écraser ensuite avec une chute aussi soporifique que le reste du texte. Le livre est directement parti pour la boîte à livre la plus proche en espérant qu’il trouvera un ou une lectrice qui saura mieux l’apprécier.

Côté challenges…

  • Tournoi des trois sorciers : 810 + 720, soit 1530 points pour Poudlard
  • Les Irréguliers de Baker Street : + 0, soit 41/60 ;
  • Les 4 éléments : + 1, soit 14/20 ;
  • Voix d’autrices : + 1, soit 25/50.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Vous m’en voulez si je vous dis que je n’ai rien mis de côté. Je sais, c’est honteux. Pourtant j’en ai lu quelques-unes, des chroniques ! J’avais du temps et j’en ai profité. Je sais que ma WL s’est allongée ce mois-ci, mais si j’oublie de mettre dans un coin les super chroniques que j’ai pu lire, ma traîtresse de mémoire n’est pas là pour m’aider à compléter cette rubrique. Désolée…

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Je vais peut-être faire tâche sur la blogo, mais je ne suis pas quelqu’un de transportée par l’Esprit de Noël. J’aime Noël, j’aime préparer mes cadeaux et en recevoir, j’aime être en famille (tant que la bonne humeur est là), mais je ne passe pas tout le mois de décembre à écouter des chants de Noël ou à écumer les marchés de Noël ou à lire des romans dits de Noël ou regarder des films dits de… ok, vous avez compris. Pourtant, Adlyn du blog Un Rat des villes, a su accompagner mon mois de novembre (que je passe habituellement à soupirer devant la frénésie naissante des consommateurs et consommatrices et devant les vitrines couvertes de fausse neige à peine la dernière chauve-souris rangée au placard) avec son Avant-Avent, un jeu concours inspiré et intelligent plein de bonne humeur et d’envie de partage.
(Et là, vous vous dites que ça fait un bien long paragraphe pour un truc qui est fini. Je sais, c’est pas faux. Mais c’est chez moi ici et c’était bien chouette, alors j’avais envie de dire Merci Adlyn !)

Sinon, j’ai dévoré tous les articles de La Lune Mauve sur Londres et j’ai à présent très très très envie de retourner dans cette capitale qui me passionne toujours. J’ai noté mille adresses et je suis impatiente d’aller voir ça par moi-même. Je repousse le moment de me plonger dans ses articles sur l’Ecosse car je sens que la nostalgie sera au rendez-vous et ça va être terrible. Je suis également impatiente de découvrir ceux sur la Bretagne, histoire d’y piocher de nombreuses idées de visites insolites. Son goût pour l’étrange, le bizarre et le parfois dérangeant correspond tout à fait à ce que j’aime, je me régale donc.

***

  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

J’ai eu mon permis, ce qui me semble déjà pas mal. En découle l’achat logique et nécessaire d’une voiture assortie d’une belle assurance, ce qui me permet d’aborder cette période festive complètement ruinée.
Ensuite, j’ai repris le travail. Ce n’est qu’un petit boulot saisonnier (enfin, « petit », vu comme il est exigeant physiquement, heureusement que ce n’est pas un temps complet…), mais qui me remettra sur les rails tout en me permettant de voir ma famille fin décembre. Je vais maintenant pouvoir me chercher quelque chose d’un peu plus durable puisque je vais enfin pouvoir me déplacer à ma guise.
Du coup, puisque la fin des vacances approchait – en vrai, ce n’était pas du tout la même ambiance que des vacances – j’en ai profité pour dévorer pas mal de livres (et exploser mon nombre de points au Tournoi des trois sorciers), pour cuisiner, pour regarder Kaamelott et d’autres films (d’ailleurs, vous aurez même une parenthèse 7ème art un de ces jours, elles étaient devenues rares, mais en voilà bientôt une !), pour profiter de quelques plaisirs simples en somme !
Ah, et puis, j’ai enfin pu sortir un logo pour accompagner mes commentaires à droite à gauche. Soyez indulgent·e, je suis au courant que ce n’est pas une œuvre d’art, je ne suis pas très douée en dessin, mais je suis quand même contente de l’avoir fait moi-même. De multiples essais et arrangements ont été nécessaires pour assembler de manière à peu près lisible les idées de livres, de l’ourse et de l’humain, mais le voilà donc !

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Et votre mois de novembre ? Belles lectures, découvertes cinématographiques, grands voyages ou jolis moments, je suis curieuse !

Challenge Crazy Christmas (hiver 2018-2019)

Challenge Crazy ChristmasMême si j’ai déjà assez de challenges en cours, je rejoins les blogueuses des sites mydearema et storieslovelife pour ce challenge d’hiver qui se déroulera du 1er décembre au 31 janvier. Autant dire que, dans un laps de temps aussi court, je ne vise pas l’exploit, mais disons que je soutiens !

• Les quatre menus proposés •

L’amour au pied du sapin

  • Noël enchanté (lire un conte de fées)
  • La parade amoureuse (lire un livre contenant un triangle amoureux)
  • Douce nuit, sainte nuit (lire une romance érotique)
  • Minuit sous le gui (lire une romance de Noël)

Flocons ou frissons ?

  • Bûche ensanglantée (lire un livre sur un crime sanglant)
  • Cadavres dans les cadeaux (lire un livre sur un serial-killer)
  • Qui a tué le Père Noël? (lire un polar)
  • Les fantômes des Noël passés (lire un livre d’horreur, épouvante)

Fantastiquement givré

  • Lutins ensorcelés (lire un livre avec des loup-garous, vampires,…)
  • Mythes et légendes (lire un classique de SFFF)
  • La magie de Noël (lire un livre de sorcières, magie)
  • Le village de Noël (lire un livre de medieval fantasy)

Le champagne de Mars

  • La La La Pôle Nord Land (lire un livre d’aventure en terres inconnues)
  • Les aventures de Mère Noël (lire un livre d’une héroïne badass!)
  • Les rennes de l’espace (lire de la SF)
  • Apocalypse, la fin de Noël (lire une dystopie)

Etant donné que je ne suis pas mordue de romance (et encore moins de triangle amoureux comme j’ai eu l’occasion de le dire samedi dernier avec ma chronique des Sorcières du clan du nord), que je n’ouvre pas davantage de polar, je me rabats avec plaisir sur les deux autres thèmes (dont l’un a un titre qui m’échappe même si mydearema m’a expliqué qu’il s’agissait d’une référence à la saga Phobos) qui, eux, sont tout à fait dans mes envies actuelles de fantasy et de SF. Ma PAL est malheureusement moins en accord avec ces désirs, mais j’espère que certaines de mes prochaines lectures correspondront tout de même à ces sujets (et sinon, tant pis). (Dommage, je viens de finir, à l’heure où je tape ces mots, Le Hobbit qui aurait magnifiquement convenu comme « classique de SFFF.)

• Les règles à présent •

  1. Apéro (un sous-thème validé) : tu es un lutin fainéant…
  2. Entrée chaude (deux sous-thèmes, tous thèmes confondus) : tu es un elfe indécis…
  3. Dinde de bronze (trois sous-thèmes, tous thèmes confondus) : tu es un renne bordélique…
  4. Bûche d’argent (tous les sous-thèmes d’un seul thème validés) : tu es un ange courageux…
  5. Menu d’or (tous les sous-thèmes de deux thèmes validés) : tu es le Grand Saint-Nicolas !
  6. Coupe de cristal (tous les sous-thèmes de trois ou quatre thèmes validés) : tu es le Super Père Noël !

Je n’ai rien d’autre à dire, si ce n’est…

… bonnes lectures !

Les sorcières du clan du nord (2 tomes), d’Irena Brignull (2016-2017)

Les sorcières du clan du nord, tome 1, Le sortilège de minuit, d’Irena Brignull (2016)

Les sorcières du clan du nord, T1 (couverture)Deux jeunes filles qui ne se sentent pas à leur place. L’une dans un monde ordinaire de lycéenne un peu rebelle, un peu exclue ; l’autre dans une communauté de sorcières. Leur rencontre est un bouleversement pour l’une comme pour l’autre, leurs frontières sont repoussées et une lumière de compréhension pointe à l’horizon. Serait-ce pour elles le moment de rétablir le cours du destin ?

Avec le Joli, nous nous sommes improvisées une lecture commune sur le premier tome des Sorcières du clan du nord. Ce n’était pas prévu, mais je savais qu’elle allait le lire prochainement et, tombant dessus à la bibliothèque, j’ai eu envie de le découvrir à mon tour.
Et me voilà assez mitigée. Pas convaincue en fait. Pas rassasiée. J’ai aimé certaines choses, j’ai été agacée par beaucoup d’autres (beaucoup beaucoup d’autres), mais je me dis que lire la suite me permettrait peut-être de me faire un avis plus définitif. Autant dire qu’on est loin du coup de cœur !

Cette lecture commençait plutôt bien. Les premiers chapitres nous donnent une longueur d’avance sur les protagonistes puisque l’on connaît les détails de ce sortilège de minuit qui offre le titre du volume – qui en fait les frais, qui en est à l’origine, pour quelle raison, etc. –, mais parviennent à intriguer. J’avoue que j’ai été longtemps motivée par la volonté d’en savoir davantage sur le monde de Clarée, sur ce monde féminin des sorcières, puisque le monde des « ivraies » (comprendre les sans pouvoirs, les Moldus en somme) dans lequel a grandi Poppy m’est bien assez familier comme ça.
Les deux adolescentes sont dotées de personnalités antagonistes et pourtant leur alchimie se comprend et se perçoit tout de suite. Si différentes, elles se ressemblent malgré tout et s’offrent mutuellement une compréhension, un soutien et une amitié que ni l’une ni l’autre ne rencontre dans son propre monde. Leur duo devient trio à l’arrivée de Leo, personnage atypique d’adolescent sans abri. En soi, je n’ai rien contre ce pauvre Leo, sauf que sa présence est peut-être bien ce qui m’a le plus dérangée.

Car voilà le gros, l’énorme, l’éléphantesque point négatif à mes yeux : le triangle amoureux. Le procédé a bien rarement mes faveurs, mais il m’a particulièrement ennuyée ici. Les sentiments ne sont pas chose aisée à comprendre, certes, c’est sûr qu’on en a là une belle illustration. L’indécision des personnages et les retournements de veste de Poppy concernant Leo finissent par être insupportables. J’ai été désappointée de voir l’amitié entre Clarée et Poppy  passer au second plan derrière leur obsession respective pour ce garçon. (Le pire, c’est que je pressens que c’est quelque chose qu’on retrouvera dans la suite : le triangle amoureux inutile n’a pas fini de dérouler ses tentacules !)
D’où une sensation de longueurs assez paradoxale au vu de la fluidité de l’écriture. Ma lecture a un peu regagné en plaisir vers la fin, lorsque l’action s’est un peu accélérée et que certaines protagonistes ont enfin été amenées à la confrontation. (Mais c’est peut-être uniquement parce qu’il se passait enfin quelque chose d’autre que Leo Leo Leo…)
(Cela dit, mon amie Le Joli m’a fait une remarque totalement juste : Leo aussi devient fade avec la mise en place de ce triangle amoureux. Le pauvre garçon a quand même une vie pas ordinaire pour un adolescent et pas joyeuse pour un sou, mais après sa rencontre avec les filles, son rôle se réduit à celui du beau gosse qui fait battre les cœurs. Je n’avais pas vu les choses sous cet angle, alors on dit merci le Joli !)

Me vient en tête une autre explication possible à cette lecture parfois laborieuse. Je n’y ai peut-être pas trouvé l’originalité à laquelle je m’attendais. Non seulement l’histoire en elle-même ne comporte pas de réelle surprise (puisque le prologue nous a déjà tout expliqué), mais en plus, les protagonistes ne semblent rencontrer aucune difficulté, aucune épreuve, aucun obstacle à leur niveau, tout se résout toujours très vite (à l’exception des histoires avec Leo…).

Je ne savais pas comment allait tourner ma critique lorsque je me suis assise devant mon ordinateur, mais je me rends compte que je ne trace pas un portrait flatteur de ce roman. A mon goût, là où le bât blesse vraiment, c’est que le récit est trop prévisible, manquant de surprise et/ou d’originalité, y compris dans ce choix de se tourner vers la romance en délaissant cette étonnante amitié. Le tout n’est pas dépourvu de qualités : des personnages attachants, une jolie écriture qui décrit les lieux, les gens et les événements avec beaucoup de poésie, une magie proche de la nature et des animaux… mais ça n’a pas été suffisant à mes yeux.

« Les petites filles naquirent au moment où les horloges égrenaient les douze coups de minuit. Lorsqu’elles sortirent enfin du ventre de leurs mères, mouillées et gluantes, leur petit visage chiffonné par l’effort de l’accouchement, les poings serrés et les yeux fermés, un nuage sombre passa devant la pleine lune. Dans la forêt, le ciel devint noir. Une chauve-souris tomba, foudroyée en plein vol ; un saumon argenté remonta à la surface de la rivière, sans vie ; des escargots se desséchèrent à l’intérieur de leur coquille ; des papillons de nuit tombèrent en poussière, portés par la brise nocturne, et une chouette dévora ses petits.
Un sort avait été jeté.
 »

« – Et un jour, tu iras plus loin ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Parce que ce n’est pas au nombre de mes pas que je mesure le voyage de ma vie. »

Les sorcières du clan du nord, tome 1, Le sortilège de minuit, Irena Brignull. Gallimard jeunesse, 2017 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Emmanuelle Casse-Castric. 359 pages

 

Les sorcières du clan du nord, tome 2, La reine captive (2017)

Les sorcières du clan du nord, T2 (couverture)Rapportant le premier tome à la bibliothèque, voilà que le second me tend les bras depuis son présentoir. C’est parti, allons-y gaiement (ou pas), c’est le moment ou jamais de confirmer ou d’infirmer cette opinion plutôt négative à propos du premier.

(Pas de résumé ici, d’une part pour éviter les spoilers, de l’autre parce que l’histoire est tellement brouillonne que je serais bien en peine d’en écrire un. Les événements mis en avant sur la quatrième de couverture me semblent par exemple bien superficiels.)

Je suis maintenant en capacité de confirmer que cette saga ne m’a pas du tout séduite. Je l’ai lu en quelques heures seulement, mais j’ai tout de même réussi à m’ennuyer pendant cette lecture. La présence de Leo, ou plutôt son importance, m’a horripilée. On a un roman de femmes – Poppy, Clarée, Charlock, Melanie, Badiane… – et tout semble tourner autour de lui. J’ai eu l’impression que même la fin n’avait pas d’autre but que de voir Leo heureux et comblé. Insupportable.
Aux oubliettes, l’ébauche du premier tome sur une histoire d’amitié entre Poppy et Clarée. J’ai, par ailleurs, détesté la façon dont est traitée Clarée, je pense que l’autrice a vraiment essayé d’éviter ça, mais au final, elle apparaît quand même comme la fille un peu simplette (alors que je ne pense pas du tout qu’elle le soit, elle est au contraire d’un naturel joyeux et d’une simplicité rafraichissante) dont tout le monde se fout un peu et qui ne sert pas à grand-chose.
Les flash-backs sur l’adolescence de Charlock et Badiane m’ont davantage plu que l’histoire présente, peut-être parce que c’était une plongée dans les coutumes du clan et qu’on retrouvait cette amitié par ailleurs envolée entre Clarée et Poppy (pas « envolée » dans le sens où elles ne sont plus amies, « envolée » dans le sens où ça n’a absolument aucune importance). Attention, ce n’était pas non plus l’extase, mais disons que je me suis moins ennuyée pendant ces passages-là.

Alors cette fois, pas de prologue pour te raconter toute l’histoire et pourtant, je n’ai pas eu le moindre frisson d’excitation, de curiosité, d’appréhension. Le néant. Les événements se succèdent, mais rien ne semble avoir de réelle importance. Rien ne dure assez longtemps en tout cas pour que l’on puisse prendre conscience de la potentielle importance de telle ou telle action. J’ai eu une sensation de tourner en rond, que les personnages se couraient après, se fuyaient, se retrouvaient, se quittaient à nouveau, se réunissaient. Bref, que ça n’en finissait pas.
Plus d’une fois, je me suis interrogée sur ce qui poussait les protagonistes à agir de telle ou telle façon. Pourquoi l’exil en Afrique ? Pour quelles raisons a-t-elle été emprisonnée ? A quoi ça a servi ? De même, l’introduction des autres clans m’a globalement semblé inutile. Du moins, j’ai trouvé inutile de présenter des sorcières d’apparences si diverses pour à peine évoquer leurs caractéristiques. Ok, celles-ci ont la peau froide et glace le sang de leurs adversaires, ok, celles-là ont la peau comme de l’écorce et s’y entendent à manipuler les racines. Comment vivent-elles, d’où viennent leurs différences, pourquoi les sorcières du clan du nord sont-elles si « classiques » par rapport aux autres ? Mystère.

Cette duologie (je suppose que c’en est une, j’espère en tout cas) n’aura donc pas du tout été un coup de cœur. Les personnages sont creux, leurs relations fades et convenues, le scénario confus, répétitif et vide d’émotions. Plus de sept cents pages pour survoler une histoire, superficiellement présenter un univers et tourner autour d’un garçon, non, décidément, je suis bien loin de la bonne lecture.

Les sorcières du clan du nord, tome 2, La reine captive, Irena Brignull. Gallimard jeunesse, 2017 (2017 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Emmanuelle Casse-Castric. 363 pages

Challenge Voix d’autrices : un roman de fantasy

Recueil de mini-chroniques, spécial BD

Zaï zaï zaï zaï, de Fabcaro (2015)

Zaï zaï zaï zaï (couverture)Parce qu’il n’a pas sa carte du magasin, un homme se retrouve traqué et jugé par tout le monde. Des politiciens aux médias, de ses amis aux gens dans les bistrots, chacun y va de son avis pendant que l’ennemi public n°1 se lance dans une fuite éperdue.

Pas de place au doute : nous allons faire une plongée dans le registre de la parodie et de l’absurde. C’est hilarant (j’ai ri à chaque planche ou presque), mais pas seulement…

En effet, les points de vue se multiplient (le risible aussi) et peu à peu se dessine une réjouissante parodie de notre société. Elle critique la politique d’hyper sécurité, l’indifférence, l’intolérance et la xénophobie, l’hypocrisie et le conformisme… Elle se moque gentiment des régions françaises (« Ici, en Lozère, je serai en sécurité, ils ne captent ni télé ni radio. »), des films policiers et/ou d’action, les médias, les révoltes adolescentes contre les parents…

Si le dessin est très minimaliste, Fabcaro propose néanmoins une bande dessinée très immersive. Elle rappelle irrésistiblement des situations de notre quotidien et, dès les premières pages, a aussitôt lancé un film dans ma tête avec des images, des bruits, des voix (notamment celle des journalistes… vous savez…cette (insupportable) voix (merci à Alberte Bly pour la découverte de cette vidéo vraiment bien faite))

Chorale, futée, atypique et franchement barge, voilà comment je qualifierais cette BD  désopilante qui souligne avec justesse quelques tares de notre société. Autant d’humour et autant d’intelligence, pourquoi se priver ?

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro. Editions 6 pieds sous terre, 2015. 72 pages.

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Les années douces (2 tomes), de Jirô Taniguchi,
d’après le roman d’Hiromi Kawakami (2008)

Les années douces (couverture)

Les rencontres entre Tsukiko et son ancien professeur maintenant à la retraite. Entre la trentenaire et celui qu’elle appelle « le maître », se noue une relation où l’affection est de plus en plus prégnante.

Les années douces 2 (couverture)C’est un récit très lent, très tendre qui se déroule ici. On regarde ces deux cœurs solitaires s’approcher et se découvrir peu à peu. C’est tranquille, délicat, tout en douceur. Pas de grandes aventures, pas de rebondissements inattendus, juste des instants du quotidien narrés avec beaucoup de pudeur et de simplicité.

J’avoue que j’ai particulièrement aimé la première partie (heureusement, la plus longuement évoquée dans ces deux volumes) de leur relation, lorsque celle-ci était plus floue, oscillant entre amitié, respect et amour platonique. La suite est plus conventionnelle bien que toujours aussi justement narrée.
Si les « Maître ! » incessants de Tsukiko m’ont parfois agacée, presque gênée par cette connotation hiérarchique dans une relation d’égale à égal, je me suis toutefois identifiée à cette femme timide, qui a l’impression de ne pas être suffisamment adulte. J’ai été touchée de la voir, elle si solitaire malgré une vie active, découvrir l’autre et constater la place qu’il a prise dans sa vie comme ça, mine de rien, au fil des conversations.

Les rencontres des deux personnages s’effectuent la plupart du temps dans un petit troquet et la nourriture accompagne tout le récit. Et s’opère alors ce talent tout japonais semble-t-il de rendre tout et n’importe quoi (certains plats ont de quoi surprendre) parfaitement alléchant. (Je pense notamment aux films d’animation de Miyazaki ou autres qui me mettent toujours l’eau à la bouche.)

Les dessins de Taniguchi soulignent tout cela – émotions, timidité, tendresse, mets appétissants – avec fluidité et précision. J’ai aimé scruter les visages, contempler les paysages, m’immerger dans ces pages crayonnées.

Ce n’est pas un coup de cœur, peut-être la narration ne s’y prêtait-elle pas. Ce fut une lecture agréable, douce, sereine, onirique parfois. Je ne sais quelles émotions elle laissera en moi, mais je pressens que je n’en garderais qu’un souvenir diffus quoique paisible et heureux.

Les années douces (2 tomes), Jirô Taniguchi, d’après le roman d’Hiromi Kawakami. Casterman, coll. Ecritures, 2010-2011 (2008 pour l’édition originale). Traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu. 200 pages (tome 1) et 238 pages (tome 2).

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Saveur Coco, de Renaud Dillies (2013)

Saveur Coco (couverture)Deux amis, Jiři et Pôlka, errent dans le désert, assoiffés. La seule dépression en vue est loin d’être climatique. Entre mirages, poissons volants et noix de coco inviolables, les deux compères ne semblent pas prêts de se désaltérer

Ne vous attendez pas à un début et une fin bien nette. Non, ici, le scénario est comme un désert qui s’étend à l’infini. Entre la première et la dernière page, on n’aura pas vraiment le sentiment d’avoir avancé, juste celui d’un bref voyage étonnant et poétique en compagnie d’une cigogne et d’un renard anthropomorphiques.

C’est ça, Saveur Coco. Pas une histoire au sens où on l’entend, mais de la poésie. Poésie des mots, poésie des images.
Dialogues savoureux, bons mots et jolies répliques. C’est décalé, c’est loufoque, c’est inclassable. Mais on se prend de sentiment pour ce duo improbable, pour ces deux amis si différents que l’épreuve de la soif amènera à déteindre un peu sur l’autre.
Couleurs lumineuses et faciès attendrissant. C’est un régal pour les yeux. Ça jaillit, ça éblouit, ça émerveille. Pleines pages, petites cases, rondeurs, angles droits, absence de bordures, banderoles… le tout foisonne d’inventivité tandis que le Soleil omniprésent, le sombrero et les enluminures colorées nous emmènent dans un univers d’inspiration mexicaine.

Cette fable absurde, portée par une quête totalement vaine, déstabilise sans aucun doute, laissant un goût d’inachevé dans l’air. Et pourtant, si ça ne se hisse pas au niveau d’un Abélard, ça sort des chemins battus et c’est tout simplement délicieux.

Saveur Coco, Renaud Dillies. Dargaud, 2013. 80 pages.

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Momo, (2 tomes), de Jonathan Garnier (scénario) et Rony Hotin (dessin) (2017)

Momo T1 (couverture)Momo est une petite fille élevée par sa grand-mère dans un petit village en bord de mer. Nouveaux copains, rencontres inoubliables, petits et grands malheurs, bref, la vie avec beaucoup de justesse et d’amour.

Momo T2 (couverture)Cette BD a été une bouffée de tendresse enfantine. Sous sa tignasse, Momo est absolument renversante de force et de fragilité. Elle amuse et émeut, on se prend d’amour pour cette petite fille solitaire trop éloignée de ses parents. Son innocence est parfois mise à rude épreuve, mais cette guerrière sait rebondir et retrouver d’un coup la combativité joyeuse des enfants. Sa franchise et sa curiosité naturelles lui permet de fendre les carapaces que certains forgent autour de leur cœur. Elle a de multiples facettes, la petite Momo, c’est ce qui la rend si touchante et si réaliste à l’image de celles et ceux qui l’entoure.

Le fantastique en moins, j’ai retrouvé du Miyazaki dans cette histoire, tant dans le dessin que dans les paroles des personnages. J’y ai retrouvé Ponyo sur la falaise, Le château ambulant ou encore Mon voisin Totoro.

Momo, c’est une boule d’énergie, ce sont des rires à chaque coin de rue, c’est une montagne de mignonnerie et d’attendrissement, ce sont aussi quelques froides averses de tristesse qui glacent le cœur. Je vous préviens, Momo est bien trop adorable pour laisser indifférent·e, vous risquez d’y laisser quelques miettes de votre cœur !

Momo (2 tomes), Jonathan Garnier (scénario) et Rony Hotin (dessin). Casterman, 2017. 88 pages (tome 1) et 83 pages (tome 2).

Les Rois maudits, de Maurice Druon (1955-1977)

France, XIVe siècle. Philippe IV le Bel arrive à la fin de son règne. Il laisse une France puissante et paisible, débarrassée du dernier pouvoir qui lui tenait tête, celui des Templiers. Mais les conflits de succession qui agiteront sa descendance amèneront ce royaume qu’on pensait invincible au bord de la ruine et à la célèbre Guerre de Cent Ans.

Maintenant que j’ai refermé le septième et dernier tome des Rois maudits, je me sens esseulée. Quand on a fréquenté livre avec livre autant de personnages, il est étrange de leur dire adieu.

Les Rois maudits est une saga historique qui a marqué mon début d’adolescence. Je les ai lus pour la première fois vers dix ou onze ans (avant douze ans, c’est certain car je me souviens avoir vu la seconde adaptation en série lors de sa diffusion à la télé en 2005) et, fascinée par ces intrigues, ces tortures, ces personnages hauts en couleurs, je les ai relus maintes et maintes fois sans me lasser. C’est seulement l’accession à des centaines d’autres livres qui a stoppé mes relectures annuelles (en même temps que celles de tous les livres de mon enfance et de mon adolescence). Sauf que ces relectures me manquent et je m’offre parfois ce petit plaisir de redécouvrir une saga ou un ouvrage.

Cette replongée dans l’Histoire de France s’est révélée aussi plaisante et fascinante qu’il y a quinze ans. Issus d’un travail collectif – Maurice Druon ayant été entouré de plusieurs collaborateurs et collaboratrices –, les tomes se dévorent, l’écriture est fluide et on apprend mille choses sans s’en apercevoir.
Ah, cette désastreuse succession de rois incapables, indécis, coléreux, cruels, stupides, manipulés ! La mort de Philippe le Bel fait entrer la France dans un long tunnel de guerres, de famines, d’épidémie, de révoltes, qui la conduira jusqu’aux portes de la Guerre de Cent Ans. Mais quel en est le commencement ? Une malédiction jetée du haut d’un bûcher par le grand-maître des Templiers ? Des princesses adultères ? Un conflit entre un neveu et une tante trop semblables ?

Combien de destins brutalement interrompus, de libertés emprisonnées, de volontés contrariées au fil de cette histoire qui s’étire sur près de quarante ans ? Complots, empoisonnements, alliances, trahisons, mensonges font le sel de cette saga.

Des intrigues de moindre noblesse se jouent aussi entre ces pages, comme la tragique histoire d’amour entre le Lombard Guccio Baglioni et Marie de Cressay, dont les plans radieux pour l’avenir s’évanouiront lorsque leur destin sera entremêlé à celui de ces Capétiens maudits. Mais le peuple ne forme qu’un arrière-plan car les puissants ne semblent guère se préoccuper de ces miséreux, affamés, pressés par les taxes, volés et maltraités. Trop occupés à courir après les titres et les honneurs, perpétuellement en manque d’argent mais toujours menant train de vie dispendieux, ces rois, ces comtes, ces ducs sont bien indifférents aux malheurs de gens si éloignés de leur personne. Heureusement qu’apparaissent parfois – petite bulle reposante d’intelligence – des rois soucieux du bien public ou des dignitaires compétents et droits.
Cependant, aussi détestables que soient les personnages (féminins comme masculins), cette narration au plus proche d’eux permet toujours de montrer leurs bons côtés, leurs pulsions généreuses, leurs remords, leurs espoirs naïfs (et, de même, souligner que les bons ne le sont rarement à 100%). Bref, on échappe au manichéisme pur et dur dans cette galerie de caractères si vivement dépeints.

Le premier tome nous donne à voir la puissance de la France sous Philippe le Bel, avant que des disputes pour la succession au trône ne gâche tout cela.
Comme il est décevant, dès le second tome, de voir l’œuvre de pacification – fin des croisades coûteuses en or et en hommes, interdiction faite aux seigneurs de guerroyer selon leur bon vouloir… – et d’unification – monnaie unique, royaumes réunifiés sous la couronne de France… – de Philippe le Bel assisté de Enguerrand de Marigny détruite en quelques mois par un héritier faible et colérique, trop sensible à ce qu’on lui murmure dans le creux de l’oreille. On ressent parfois cette même frustration désespérée qu’en voyant un Joffrey accéder au Trône de fer, mais en même temps, sans cela, il n’y aurait pas d’histoire, n’est-ce pas ? Un roi bon, juste, impartial n’aurait jamais permis ces péripéties incroyables… et pourtant vraies.
J’ai été un peu déçue de voir le règne de Philippe V, dit le Long, résumé dans le prologue, ellipse de cinq ans dans le cours de la narration. Après Louis X le Hutin, ce roi brouillon, aux réactions adolescentes, perpétuellement indécis, bassement cruel, son frère apparaissaient comme un modèle de sagesse et de grandeur, même s’il n’a pas hésité à prendre quelques décisions radicales pour ce qui lui semblait être le bien-être du royaume. Regret donc de ne pas le côtoyer un peu plus longuement.

Puis, on arrive à ce cinquième tome, La Louve de France. Il s’agit d’Isabelle, fille de Philippe le Bel et reine d’Angleterre. Femme humiliée, reine spoliée par les favoris de son époux. Ce tome se tient entre France et Angleterre et la narration romancée de Maurice Druon se révèle diaboliquement efficace. L’histoire commence et comment ne pas être avec cette malheureuse mais digne Isabelle, avec ce Mortimer si fier bien que proscrit ? Comment ne pas supporter leur alliance, leur amour, face à cet Edouard entouré de conseillers cupides, qui pille et rabaisse son épouse ? Mais les intrigues progressent et la roue tourne, ceux qui étaient si bas regagnent leur pouvoir, ceux qui régnaient en toute impunité perdent leur influence et leurs richesses, et les pensées que Druon accorde à ses personnages ont fait changer mon cœur d’allégeance. Car il faut croire que les puissants sont toujours détestables, incapables de ne pas abuser de leur pouvoir sur les plus faibles. L’intolérance et la jalousie de Mortimer deviennent intolérables tandis que le roi aspirant à une vie simple, à un minimum de respect, inspire pitié et sympathie.

Ah, et ce sixième tome, Le Lis et le Lion, qui donne une si belle place entre ces pages au personnage flamboyant de Robert d’Artois ! Son procès, ses machinations, ses haines, ses attirances, ses promesses, ses mensonges… quel protagoniste unique ! On l’admire, on le déteste parfois, on l’aime aussi, il inspire des sentiments multiples, fluctuants, mais ne laisse pas de marbre.

Le tome 7, Quand un roi perd la France, se détache véritablement des six premiers tomes. En vérité, la fin de la saga est à la fin du sixième tome, tout dans le ton de l’auteur le fait voir ainsi : la fin est clairement annoncée, suivie d’un épilogue qui permet de résumer ce qu’il est advenu par la suite des autres personnages, les évènements du tome 7 y sont même rapidement narrés. Ecrit une quinzaine d’années après les autres, ce septième tome tranche avec les autres, ne serait-ce que par cette narration à la première personne, long monologue d’un cardinal en mission papale. Il nous donne à voir la médiocrité du roi Philippe VI de Valois, les impulsives décisions de son fils Jean II, ruinant le royaume, perdant batailles et sièges. C’est un tome que je n’avais dû lire qu’une seule fois, arrêtant le reste du temps mes lectures au tome 6. S’il ne m’a pas paru aussi insupportable à lire que dans mes souvenirs, si la lecture a été aussi agréable que pour le reste, il s’agit toutefois d’un opus que je n’apprécie que moyennement, principalement car je le trouve superflu. Ça reste néanmoins une plongée intéressante dans les gouvernements calamiteux de cette nouvelle dynastie régnante, celle des Valois.

Sept volumes absolument enthousiasmants qui nous font entrer dans les coulisses de l’Histoire de France. Certes, c’est romancé, mais c’est aussi tellement fascinant de côtoyer au plus près ces personnages sans foi ni loi auxquels on s’attache immanquablement : ces récits présentent en outre l’indubitable qualité de laisser une belle place aux femmes, qu’elles soient reines, comtesses ou servantes. Manigances et ambitions personnelles, ou comment faire naître une guerre à partir de pas grand-chose. Rien à dire, c’est mené de main de maître. C’est bien écrit, jolie tournure de phrases et humour subtile, c’est un régal !

« Sous son règne, la France était grande et les Français malheureux. »
(Tome 1, Le Roi de fer)

« Inutile, impuissante, la reine assistait à cette ambulante déchéance. Des sentiments contraires la divisaient ; d’une part sa nature vraiment royale, marquée par l’atavisme capétien, s’irritait, s’indignait, souffrait de cette dégradation continue de l’autorité souveraine ; mais en même temps l’épouse lésée, blessée, menacée, se réjouissait secrètement à chaque nouvel ennemi que se créait le roi. »
(Tome 5, La Louve de France)

« Le peuple anglais, cette nuit-là, est souverain mais, un peu embarrassé de l’être, ne sait à qui remettre l’exercice de cette souveraineté.
L’histoire a fait un pas soudain. On dispute de questions dont la discussion même signifie que de nouveaux principes sont admis. Un peuple n’oublie pas un tel précédent, ni une assemblée un tel pouvoir qui lui est échu ; une nation n’oublie pas d’avoir été, en son Parlement, maîtresse un jour de sa destinée. »

(Tome 5, La Louve de France)

« A perdre un ennemi contre lequel on s’est battu vingt ans, on éprouve une sorte de dépouillement. La haine est un lien très fort qui laisse, en se rompant, quelque mélancolie. »
(Tome 6, Le Lis et le Lion)

« Et aujourd’hui encore, à quoi pensait-il ? A demain, à plus tard. Une impatience rageuse l’empêchait de profiter de cette belle matinée, de ce bel horizon, de cet air doux à respirer, de cet oiseau tout à la fois sauvage et docile dont il sentait l’étreinte sur son poing… Etait-ce cela qu’on appelait vivre, et de cinquante ans passés sur la terre ne restait-il que cette cendre d’espérances ? »
(Tome 6, Le Lis et le Lion)

Les Rois maudits, Maurice Druon. Editions Le Livre de Poche, 1955-1977 :
– Tome 1, Le Roi de fer, 249 pages
– Tome 2, La Reine étranglée, 317 pages
– Tome 3, Les Poisons de la Couronne, 318 pages
– Tome 4, La Loi des mâles, 315 pages
– Tome 5, La Louve de France, 478 pages
– Tome 6, Le Lis et le Lion, 446 pages
– Tome 7, Quand un roi perd la France, 350 pages

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Les Six Napoléon :
lire un livre du genre « Historique »

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Les Cinq Pépins d’Orange :
lire le cinquième tome d’une saga