Sarah Crossan, encore et toujours : The Weight of Water (2012)/Swimming Pool (2018) et We Come Apart (2017)

 

 

Ma lecture d’Inséparables m’avait donné envie de le lire en anglais, j’ai donc découvert One, puis Moonrise est sorti et ce fut un nouveau coup de cœur. J’ai alors décidé de lire tous les romans de cette autrice irlandaise. Si Apple and Rain m’attend encore dans ma PAL, je ne résiste pas à l’envie de vous parler immédiatement de deux romans supplémentaires.

The Weight of Water, de Sarah Crossan (2012)
traduit par Clémentine Beauvais sous le titre Swimming Pool (2018)

C’est avec presque rien que Kasienka et sa mère quittent la Pologne pour l’Angleterre dans l’espoir de retrouver leur père et mari. Leur seul indice : un cachet de poste.

J’ai lu The Weight of Water en janvier et mon article attendait depuis que je me décide à lire We Come Apart pour une double chronique. Ce mois-ci, j’ai eu la chance de recevoir grâce à Babelio la traduction du premier par Clémentine Beauvais. Ma critique est donc basée à la fois sur la VO, The Weight of Water, et sa traduction, Swimming Pool.

 

 

Les thèmes abordés sont durs. Au programme : fuite d’un père, immigration, intégration et harcèlement scolaire. On ne peut pas reprocher à Sarah Crossan d’embellir la réalité.

Leur immeuble est pourri. Sa mère est complètement en vrac, leur cœur brisé par la fuite de son mari. Elle passe ses jours à faire des ménages et ses soirées à frapper à toutes les portes dans sa quête vaine. A l’école, placée dans une classe d’élèves plus jeunes à cause de son mauvais anglais, Kasienka devient le souffre-douleur d’une bande de filles populaires. En butte aux moqueries de ses camarades (ou à la pitié de celles qui restent à l’écart sans pour autant la soutenir), elle expérimente la solitude et l’incompréhension. Sarah Crossan en profite pour nous faire découvrir la cruauté qui règne dans les collèges anglais, l’esprit de compétition et la persécution vécue par certain.es élèves. Kasienka comprend vite que ses efforts pour leur ressembler sont inutiles et la piscine devient son refuge et elle y trouvera un ami, et peut-être même un peu plus, ainsi qu’un but et une force.

Malgré les épreuves qu’elle doit affronter, Kasienka est une héroïne forte et volontaire. Elle n’a que douze ans, mais elle fait rapidement preuve de la maturité de ceux à qui la vie ne sourit pas. Elle ne baisse pas la tête et affronte la vie par elle-même sans se reposer sur quelqu’un d’autre, sans attendre une défense de la part d’un tiers.

 

 

Les poèmes sont courts (une page ou deux, rarement davantage) et, grâce à ses vers libres, les pages tournent toutes seules. On plonge dans l’histoire comme dans une piscine et on tourne la dernière page, le souffle coupé, un peu surpris d’arriver si vite de l’autre côté.
Ce n’est pas une littérature descriptive : les lieux et les physiques importent peu, c’est à nous de les imaginer. C’est une littérature d’émotions. Un poème, un moment, des sensations. Et peu à peu se dessinent les portraits des personnages. Je crois que c’est ce qui donne cette voix, ce souffle unique aux livres de Sarah Crossan.

Je ne vais pas prétendre faire une analyse comparative (cinq mois séparant mes lectures en VO et VF), mais la traduction de Clémentine Beauvais a touché aussi juste que la version originale. Derrière cette couverture veloutée, on retrouve le rythme tout aussi efficace et les mots lumineux, puissants, entraînants, évocateurs.

 

 

Juste et touchante, c’est une nouvelle lecture pleine de tolérance et d’espoir à travers laquelle chacun.e revivra son adolescence.

 The Weight of Water, Sarah Crossan. Bloomsbury, 2012. En anglais. 227 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – La disparition de Lady Frances Carfax :
lire un livre traitant de la disparition d’une personne

 Challenge Les 4 éléments – L’eau :
un livre à la couverture bleu océan

 Challenge Voix d’autrices : un livre dont le personnage principal est une femme

Swimming Pool, Sarah Crossan. Rageot, 2018 (2012 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Clémentine Beauvais. 251 pages.

Challenge Voix d’autrices : une traduction

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We Come Apart, de Sarah Crossan et Brian Conaghan (2017)

Nicu et Jess se rencontrent lors de journées de travaux d’intérêt général. Tous deux ont été surpris en train de voler. Elle est Anglaise, il est Roumain. Elle est entourée de copines, il est toujours seul. Ils n’auraient pas dû se trouver, et pourtant…

We Come Apart (couverture)

Ce récit écrit à quatre mains est une vraie réussite. J’aime la manière dont Sarah Crossan (et Brian Conaghan ici) aborde des sujets graves. Comme dans The Weight of Water, on retrouve la thématique de l’immigration : Nicu, comme Kasienka, peine à s’intégrer dans cette société qui regarde de travers la couleur de sa peau et grimace en entendant son mauvais anglais.

Ce livre aurait pu faire partie de mon article sur les familles dysfonctionnelles tant il présente des situations familiales compliquées et conflictuelles. Pour Jess, un beau-père violent envers sa mère qui est complètement passive et bloquée dans cette relation ; pour Nicu, une union imposé dont il ne veut pas. Appréhender le mariage forcé depuis les yeux d’un garçon est une nouveauté pour moi : la situation lui est extrêmement désagréable car, en dépit du racisme qu’il subit à l’école, l’Angleterre devient rapidement l’endroit qu’il qualifierait de « chez-lui ». Mais il n’a absolument pas son mot à dire.

 

 

Les courts chapitres alternent les points de vue des deux protagonistes, ce qui nous offre l’opportunité de les connaître aussi bien l’un que l’autre. Si Nicu est tout de suite éminemment sympathique, Jess est un personnage plus complexe : au début quelque peu prétentieuse et quelque peu suiveuse, elle permet également de découvrir l’ambiance au lycée, une atmosphère de mépris, de vantardise et de méchanceté. Son caractère piquant et parfois désabusé devient aussi accrocheur que le grand cœur de Nicu.
Nicu et elle réussissent néanmoins à s’apprivoiser et apparaît alors une très belle histoire d’amour. Alors que celle de The Weight of Water est plus secondaire, celle-ci n’a cessé de m’émouvoir et de me surprendre. Les situations respectives sont tellement gangrenées que l’on doute de la possibilité d’une fin heureuse, mais on a envie d’y croire avec eux, d’y croire pour eux. Le récit captive jusqu’à cette fin absolument superbe et inattendue.

 

 

Quant aux vers libres, c’est décidément une écriture qui me plaît énormément. Je ne sais pas comment ça fonctionne, je n’analyse pas l’agencement des phrases. Je me laisse tout simplement porter et, à chaque fois, la magie opère. La langue anglaise coule toute seule, c’est un délice, je savoure les mots et j’absorbe mille émotions.

 Histoires de famille, histoires d’adolescence, histoire d’amour, We Come Apart est un récit doux-amer terriblement prenant et absolument bouleversant. L’amour et l’espoir peuvent-ils être plus forts que le racisme, les préjugés et la violence ?

We Come Apart, Sarah Crossan et Brian Conaghan. Bloomsbury, 2017. En anglais. 325 pages.

Challenge Voix d’autrices : une autrice que j’aurais aimé découvrir à l’école

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Moonrise, de Sarah Crossan (2017)

J’avais lu Inséparables cet été et, ce mois-ci, je l’ai découvert dans sa version originale. One est aussi addictif en anglais qu’en français. Et tout aussi poignant. Je ne serai toutefois pas capable de vous faire une analyse de la traduction de Clémentine Beauvais ou une étude comparée des textes en anglais et en français, mais le travail de cette dernière me semble très fidèle à celui de Sarah Crossan et elle a su trouver les mots justes pour raconter en français cette fabuleuse histoire.

 

 

Mais aujourd’hui, je suis là pour vous parler du nouveau roman de l’autrice : Moonrise.
Joe Moon avait sept ans quand son grand frère a été arrêté et emprisonné pour meurtre. Dix ans plus tard, ils se revoient pour la première fois, pour la plus terrible des raisons : Ed va être exécuté.

Moonrise (couverture)

Encore une histoire joyeuse comme vous pouvez le voir.

Passé et présent s’entremêlent à merveille dans ce récit. Il y a ce dernier été, les retrouvailles, dans ce contexte si difficile, la prison et ses rituels, la redécouverte de l’inconnu que son frère est devenu, la vie de Joe dans cette ville paumée du Texas, la rencontre avec Nell. Et il y a les souvenirs de ce frère adoré, ce frère qui était comme un père et un ami pour le petit Joe, des flash-backs des errances de leur mère et de la froideur de leur tante.

Si Inséparables m’avait bouleversée, ce livre m’a noué les entrailles. Les préparatifs pour l’exécution m’ont presque rendue malade. Lorsque Joe retrouve son frère, un peu plus d’un mois avant la date fixée, il reste à Ed, qui clame son innocence, quelques recours : le passage devant la Cour Suprême des Etats-Unis, la grâce du gouverneur… Impossible de ne pas espérer pour lui et pour sa famille. J’ai été révoltée par la brutalité des policiers qui ont arraché une confession à Ed alors qu’il n’avait pas dix-huit ans, par l’injustice de ce système qui assassine un homme (potentiellement innocent qui plus est) et déchire une famille.

En dépit de toute cette noirceur, le livre parle aussi de garder espoir même lorsqu’il n’y en a plus, de continuer à aimer la vie lorsque la mort est si proche. Il s’interroge aussi sur comment dire au revoir. Il y a énormément de tendresse dans l’écriture de Sarah Crossan et j’ai juste adoré la relation entretenue par les deux frères. Leurs hésitations, les doutes de Joe qui surviennent après des années de certitudes. Leur enfance soudée. Et à présent, devoir dire au revoir, dire je t’aime, des mots parfois difficiles à prononcer.

Comme Inséparables, le roman se dévore, même si j’ai tenté de le faire durer le plus longtemps possible. Il faut dire que la forme se prête parfaitement au « Encore un chapitre… encore un… encore un… encore… » puisque les « chapitres » ne font en moyenne qu’une ou deux pages. L’anglais est accessible et je n’ai, globalement, pas eu de problème de compréhension. Quant à l’écriture en vers libres, elle fait son effet et apporte poésie, fluidité et légèreté (une légèreté pas vraiment présente dans le sujet même du livre). Les mots de Sarah Crossan prennent à la gorge, magnifiques et terribles dans leur simplicité.

 

 

Moonrise est un nouveau coup de cœur. Un roman dur et bouleversant sur la peine de mort, le pardon, les adieux, la famille, la vie et la mort. Comme Inséparables/One avant lui, ce roman en vers libres signé Sarah Crossan résonne fortement en moi et tous deux m’habitent encore, longtemps après avoir tourné la dernière page. Difficile d’en dire beaucoup plus, à part une chose : lisez-le.

Moonrise, Sarah Crossan. Bloomsbury, 2017. En anglais. 385 pages.

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The Broken Bridge, de Philip Pullman (1990)

The Broken Bridge (couverture)Ginny a seize ans, elle vit seule avec son père au bord de la mer, elle rêve de devenir une artiste comme sa mère haïtienne, son meilleur ami est revenu dans la région, bref, la vie est belle. Mais la découverte d’un demi-frère jamais vu jamais évoqué, va bousculer son royaume bien ordonné. Et ce n’est que le premier de toute une série de chamboulements.

Si vous ne l’avez pas encore compris, The Broken Bridge, apparemment non traduit en français, nous plonge dans une histoire de famille. Jusqu’à ses seize ans, Ginny n’a pas vraiment eu l’occasion de s’interroger sur son passé, malgré d’étranges souvenirs qui remontent parfois à la surface. Mais les secrets restent rarement enfouis pour toujours et c’est finalement ça, le cœur du roman. Plus qu’avec les secrets autour de son passé, c’est avec les mensonges, surtout ceux d’un père adoré, et les conséquences de ceux-ci que Ginny va devoir apprendre à vivre.

Philip Pullman met en scène une héroïne noire et, comme je n’en rencontre pas tant que ça dans les romans, je tenais à le saluer, d’autant plus qu’il le fait admirablement bien. Car Ginny reste une ado comme les autres. Certes, le sujet de la couleur de sa peau est parfois abordé car il arrive qu’elle s’interroge à ce sujet, sur le fait d’être noire, d’avoir des racines à la fois au Pays de Galles et à Haïti, de se sentir différente de ses ami.es, de parfois être confrontée au racisme aussi. Mais ce n’est pas la question au centre du roman. D’ailleurs, elle n’en fait souvent pas cas car sa vie est semblable à celle des jeunes des environs. Finalement, Ginny s’interroge surtout car elle cherche sa place et sa voie, comme peut être amené à le faire n’importe qui.
Ginny est une héroïne à laquelle on s’identifie facilement. Elle est parfois agaçante, on aimerait qu’elle se plaigne un peu moins de temps en temps, mais elle n’en est pas moins attachante et parfaitement crédible. D’ailleurs Philip Pullman met en place d’autres personnages féminins intéressants comme la meilleure amie de Ginny ou la sœur de celle-ci.

Deux petits reproches toutefois. Premièrement, alors que des indices se dévoilaient petit à petit, la vérité arrive sous la forme de longues discussions, certes passionnantes car on a bien envie de connaître le mot de la fin, mais qui casse un peu le rythme. Deuxièmement, la touche de fantastique. Dans un livre parfaitement ancré dans la réalité, j’ai du mal. Même si je comprends le lien avec Haïti et le vaudou, j’ai quand même du mal. Ça me semble hors de propos. Mais bon, il est si bref que je peux passer outre.

Une héroïne réaliste, des descriptions vivantes du Pays de Galle, une histoire de famille intrigante et intéressante. Il m’a manqué le petit truc qui m’aurait vraiment enthousiasmée, mais The Broken Bridge est toutefois une bonne lecture.

Ginny knew what she felt now; she felt apprehensive. A sister living twenty miles away, a grown-up sister with a house and a job and worldly wisdom, was a piece of good fortune; but an unseen brother your own age who was going to invade your own home was a threat.

The Broken Bridge, Philip Pullman. Editions MacMillan, 2017 (1990 pour l’édition originale). En anglais. 294 pages.

The Case of Beasts (VF : La valise des créatures), de Mark Salisbury (2016)

Explorez la magie du film Les animaux fantastiques ! Rencontrez Newt, Tina, Queenie et Jacob. Découvrez le MACUSA, le Blind Pig et les rues de New York. Confrontez-vous aux Second Salemers qui tenteront d’exfiltrer la magie qui est en vous ! Et surtout apprenez à connaître toutes les créatures fantastiques qui se cachent dans la valise de Newt.

The case of beasts (couverture)

Je ne suis pas particulièrement sensible au marketing à outrance, certains livres publiés à l’occasion de la sortie des Animaux fantastiques ne m’intéressaient absolument pas. En revanche, je ne peux pas en dire autant des beaux-livres et des belles éditions. Et celui-ci était le premier sur ma liste même si j’ai un peu traîné avant de me l’offrir. Petite précision : je crois qu’il est aujourd’hui indisponible en français, il l’était en tout cas quand j’ai acheté le mien, voilà pourquoi je l’ai pris en anglais (et aussi parce que les trois quarts de mes livres sur Harry Potter sont en anglais) pour un prix extrêmement raisonnable pour le coup.

A l’instar des beaux-livres sur Harry Potter, celui-ci est magnifique. L’objet est tout simplement sublime. La couverture, la typographie, les images, le papier… Aucun doute, l’ouvrage est soigné. Un travail de qualité, signé MinaLima. C’est un plaisir de le lire petit à petit, de découvrir les artefacts (affiches « Wanted », tracts, formulaires du MACUSA…) qui se cachent entre ses pages, de scruter chaque détail des illustrations, croquis et autres photographies.

Les différentes parties s’enchaînent avec logique, en suivant le film : Newt, ses trois compères, New York, MACUSA, New Salem Philanthropic Society, The Blind Pig, les dernières scènes du film et last but not least la valise de Newt et ses habitants. J’ai particulièrement aimé les quatre pages détaillant la création des animaux fantastiques, de travail d’imagination au rendu final.

 

Les textes sont passionnants, riches d’informations, on apprend de nombreux détails sur les différentes étapes de la de la réalisation du film. A travers ce livre, on constate une fois encore la minutie du travail des différentes équipes du film et du soin apporté à des détails invisibles à l’écran. Je suis à chaque fois époustouflée et abasourdie. Un exemple ? Dans les bureaux du journal de Shaw Sr., chaque bureau est décoré d’une manière différente en fonction de s’il appartient au chroniqueur sport, art, news, etc. Décoré en surface évidemment, mais aussi dans les tiroirs des bureaux. Tout ça pour un lieu qui apparaît dans une scène. C’est dingue… J’ai aussi découvert avec surprise qu’ils avaient reconstruit New York aux studios de Leavesden, leur plus grand décor à ce jour (une visite, une visite, une visite !).

Parce que quelques photos seront plus parlantes que des mots…

 

Particulièrement complet et agréable à lire, c’est un ouvrage magnifique. Une petite pépite que je vous recommande chaudement.

The Case of Beasts (VF : La valise des créatures), Mark Salisbury. Editions HarperCollins, 2016. 160 pages.

The Imaginary (VF : Amanda et les amis imaginaires), d’A.F. Harrold, illustré par Emily Gravett (2014)

The Imaginary (couverture)Amanda et Rudger sont les meilleurs amis du monde. Ensemble, ils vivent chaque jour de nouvelles aventures : grimper des montagnes, explorer des grottes, découvrir des planètes lointaines… Tout cela vient de l’imagination d’Amanda… et Rudger aussi. Personne d’autre que la fillette ne voit Rudger, jusqu’au jour où arrive Mr Bunting. Mr Bunting qui, selon les rumeurs, mange les amis imaginaires.

Avec ce livre, je renoue avec la lecture en anglais et j’y ai pris un immense plaisir, ce qui me poussera peut-être à aller piocher un peu plus souvent dans ma pile de livres en anglais. Il se lit très facilement et j’ai beaucoup apprécié. Je regrette un peu d’avoir laissé ce livre de côté depuis si longtemps (je l’ai depuis avant sa parution en français) simplement parce que je n’étais pas sûre d’être encore capable de lire en anglais.

Première réflexion qui m’a suivie pendant toute ma lecture : il y a du Neil Gaiman dans The Imaginary. Comme dans L’océan au bout du chemin ou Coraline, seuls les enfants peuvent voir les choses cachées du monde comme les imaginaires ou à sentir la malfaisance d’un personnage. Le sinistre Mr Bunting semble parfaitement humain (avec des goûts vestimentaux douteux certes), mais cette apparence humaine cache un monstre et Amanda et Rudger sont les seuls à se méfier instinctivement de lui et de son étrange compagne. Comme dans Coraline, deux mondes se superposent, cohabitant généralement sans trop d’interactions.

The Imaginary est un très beau roman sur l’imagination, l’amitié et les souvenirs, mais aussi sur la perte et l’oubli. Tout bascule pour Rudger lorsqu’Amanda est blessée. Peut-il vivre si personne ne pense à lui, ne croit en lui ? La réponse est non et Rudger, recueilli par une bande d’amis imaginaires, découvre, dans une drôle de scène, une sorte de Pôle Emploi des imaginaires. Si The Imaginary parle souvent de ces souvenirs qui s’effacent petit à petit, cet oubli contre lequel il est difficile de lutter lorsque l’on devient adulte, c’est également une ode à l’amitié indéfectible partagée par Amanda et Rudger. Cette amitié, leur force à tous les deux, est très touchante et apporte un souffle joyeux et tendre à ce roman.

The Imaginary (image)

Avec des personnages sont forts et intéressants psychologiquement et une intrigue bien bâtie, The Imaginary est pas seulement un livre qui fait réfléchir, c’est aussi un roman plein de suspense et d’aventures. Il y a beaucoup de tension dans certaines scènes, comme celle où des coupures d’électricité interrompent une partie de cache-cache avec la babysitter. Comme autrefois face à la fausse mère (Coraline) ou Ursula Monkton (L’océan au bout du chemin), j’ai été totalement prise par l’histoire, impatiente de connaître la suite et la fin et de savoir comment ils se débarrasseraient de l’affreux Mr Bunting.

Les illustrations d’Emily Gravett sont magnifiques et en parfaite harmonie avec le texte. Combinant noir et blanc et couleurs, réel et imaginaire, elles sont très douces et nous embarquent en un clin d’œil dans son univers. Avec son crayon, l’illustratrice nous monde la gentillesse de Rudger, la vivacité d’Amanda, le côté angoissant de l’acolyte de Mr Bunting, l’horreur de la bouche de celui-ci… L’objet est très beau avec sa couverture rigide et c’est un plaisir de s’immerger dans cette histoire.

The Imaginary (image)Un roman à la fois beau et étrange, merveilleux et effrayant, rempli de poésie et d’aventures. Un univers entre le rêve et le cauchemar et un lugubre personnage qui font fortement écho à Neil Gaiman. Quant à moi, j’ai tenté de faire revenir mon ancien ami imaginaire, mais de toute évidence, je fais trop partie des grands et je ne me souviens plus de son apparence, ni de nos aventures, seul son nom me reste (mais je ne sais pas l’écrire !).

The Imaginary (image)

« Rudger is Amanda’s best friend. He doesn’t exist, but nobody’s perfect. »

« Imagination is slippery, Rudger knew that well enough. Memory doesn’t hold it tight, it has trouble enough holding on to the real, remembering the real people who are lost. »

« L’imagination est fuyante, Rudger ne l’ignorait pas. La mémoire peine à la retenir, elle a assez de mal comme ça à s’accrocher au réel, à se souvenir des personnes réelles qui ont disparus. »

The Imaginary (VF : Amanda et les amis imaginaires), A.F. Harrold (textes) et Emily Gravett (illustrations). Bloomsbury, 2014. 220 pages.

Harry Potter and the Cursed Child (VF : Harry Potter et l’enfant maudit), de J.K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne (2016)

Harry Potter and the Cursed Child (couverture)Dix-neuf ans plus tard… Albus Severus Potter, le cadet de Harry et Ginny, entre à Poudlard avec, sur ses épaules, la pesante célébrité de son père. Pas facile de gérer les attentes que l’on place sur lui. La tension entre le père et le fils grandit, mais un plus grand danger s’approche : le retour des ténèbres.

Commençons par le positif, ce ne devrait pas être très long.

Je dois reconnaître que, en ouvrant le livre, j’ai éprouvé une certaine excitation à l’idée de retrouver ce monde. Ce qui était relativement inattendu dans le sens où je n’attendais pas de « suite » (pour moi, la fin, c’était l’épilogue des Reliques de la Mort). Dans cette idée, il était plutôt sympathique de découvrir St Oswald’s Home for Old Witches and Wizards (un nouveau lieu plein de magie, même si, évidemment, on peut regretter ici la forme script qui réduit considérablement les descriptions) ou the Trolley Witch qui révèle ses secrets (de manière mal exploitée, je trouve, mais il y avait l’idée).

Ensuite, j’ai trouvé que le duo Albus/Scorpius était très sympathique. Leur caractère, leur relation… je peux dire que je me suis attachée à eux. Quant aux aspects psychologiques liés soit à la relation conflictuelle entre Harry et Albus, soit à l’héritage familial (celui des Potter comme celui des Malefoy), je les ai trouvé intéressants et plausibles, quoique un peu sous-exploités (mais le fait qu’il s’agisse d’une pièce de théâtre oblige à des raccourcis).

Le fait que ce soit le script d’une pièce de théâtre ne m’a pas dérangée. Le livre est ainsi essentiellement composé de dialogues, ce qui fait qu’il se lit vite et que l’anglais utilisé est très abordable.

Passons aux points négatifs à présent.

J’ai envie de dire… Mais qu’est-ce que c’est que ce délire ?! Je n’ai pas assez de doigts pour compter les incohérences totalement aberrantes qui ponctuent ce livre. Sans parler des Deus Ex Machina beaucoup trop faciles. Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais je ne comprends pas. J.K. Rowling y a participé, elle a approuvé le texte, et elle accepte ça ? On dirait une mauvaise fanfiction ! (A ce sujet, je vous renvoie à cet article de La Gazette du Sorcier : « Pourquoi Harry Potter & the Cursed Child ressemble à une fanfiction »). Quelle déception…

Et heureusement que les deux petits nouveaux étaient là pour relever un peu le niveau parce que je n’ai pas d’éloge à faire pour les autres personnages. Où sont mes vieux amis ? Ron est tourné en ridicule, Ginny a perdu de sa fougue (à croire qu’ils se sont basés sur la Ginny des films pour imaginer celle de la pièce), Hermione est méconnaissable et totalement effacée.

Enfin, il m’a manqué l’humour comme dans les « vrais » Harry Potter. Car si Ron me faisait rire dans la saga, je ne considère pas comme drôles ses quelques pathétiques répliques.

Peut-être est-ce plus intéressant sur scène (dernier espoir…). J’aimerais voir le jeu des comédiens et je m’interroge sur la façon dont ils matérialisent la magie sur scène. Certaines scènes en sont totalement remplies. Je pense notamment à la bibliothèque ensorcelée d’Hermione, aux scènes aquatiques ou encore à Bane !

Finalement, mon avis est celui que je m’attendais à avoir. Pas de surprise : une immense déception mâtinée d’un peu de plaisir – qui tend à s’effacer peu à peu – pour une appréciation globale plus que mitigée. Je suis triste d’avoir été aussi déçue.

« Bane: I’ve seen your son, Harry Potter. Seen him in the movements of the stars.

Harry: You’ve seen him in the stars?

Bane: I can’t tell you where he is. I can’t tell you how you’ll find him.

Harry: But you’ve seen something? You’ve divined something?

Bane: There is a black cloud around your son, a dangerous black cloud.

Harry: Around Albus?

Bane: A black cloud that may endanger us all. You’ll find your son again, Harry Potter. But then you could lose him forever.  »

Harry Potter and the Cursed Child : parts one and two (VF : Harry Potter et l’enfant maudit), J.K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne. Little, Brown and Company, 2016. 343 pages.

Publication en français, traduit par Jean-François Ménard comme tous les autres Harry Potter, chez Gallimard Jeunesse le 14 octobre 2016.

Harry Potter : The Creature Vault (VF : Le grand livre des créatures), de Jody Revenson (2014)

The Creature Vault (couverture)Ou Le Grand Livre des Créatures en version française.

Faire revivre la magie des Harry Potter, la saga qui a accompagné la moitié de la planète, se dire que non, tout n’est pas fini, voilà pourquoi se plonger dans des ouvrages comme celui-ci est un plaisir immense.

The Creature Vault 2 Merpeople

Les Êtres de l’Eau (« merpeople »)

Après Harry Potter : Page to Screen qui présentait l’histoire des films, les personnages, les lieux et les créatures, The Creature Vault se concentre sur le monde animal dans Harry Potter. Elle associe à ce bestiaire les plantes qui, sans forcément être douées d’une conscience, bougent, réagissent à leur environnement plus violemment que des végétaux non magiques et tuent parfois.

The Creature Vault Greyback

Fenrir Greyback

Les concept art sont toujours fascinants à mes yeux. Ils montrent l’imagination débordante de ceux qui ont porté ces fabuleux romans à l’écran ainsi que les étapes successives de cette imagination. Comment, à partir d’une première idée, d’autres personnes vont suggérer des versions différentes d’une créature jusqu’à celle qui sera présentée dans le film ?

Après avoir visualisé sur papier comment doit être la bête, il faut lui donner vie. Et ce qui m’a toujours impressionnée, c’est que la conception intégrale par ordinateur est plutôt rare. Bien que les images de synthèse (CGI : Computer-generated imagery) apparaissent parfois comme la solution la plus simple et que l’animation se fasse ensuite par ordinateur, l’équipe d’Harry Potter a toujours privilégié la construction réelle des créatures. Moi qui suis fan des vieux films – notamment ceux dits d’épouvante – où les effets spéciaux étaient des vrais « trucs » et qui regarde avec tristesse les photos de tournage où les acteurs évoluent devant un écran vert, je ne peux qu’être comblée par la naissance de ces hippogriffes, Acromentules et autre Basilics.

Il y a quelques redites avec Page to Screen dans les explications et certains dessins présentés, mais ce n’est pas très grave.

The Creature Vault Arnold

Arnold, le Boursouflet (« Pygmy Puff »)

Malgré les défauts que l’on peut trouver à ces huit films, je suis profondément admirative du travail effectué et de la manière dont ils l’ont réalisé. La richesse des détails quasiment invisible à l’écran m’a toujours sidérée. Concernant les créatures, ils ont réellement renouvelé la vision que l’on pouvait avoir de celles vues et revues dans la littérature, au cinéma ou dans la mythologie comme les sirènes, les centaures ou encore les loups-garous. Ils ont choisi de mélanger les caractéristiques humaines et animales sans distinctions marquées. Que ce soit une créature qui passe d’un état à l’autre comme le loup-garou ou une créature mi-humaine mi-animale (Êtres de l’eau, centaures…), on voit toujours l’homme dans la bête et la bête dans l’homme. Et c’est une idée que je trouve très intéressante.

The Creature Vault Magyar

Le Magyar à Pointes (« Hungarian Horntail »)

Pour la forme, il s’agit d’un très beau livre dont la couverture annonce déjà les merveilles contenues à l’intérieur. Le papier est de qualité et les illustrations sont soignées, tant dans leur choix et leur disposition que dans leur impression. Pas de dessins minuscules en bas de page, ici, tout est à la taille qu’il faut pour que l’on puisse en apprécier les détails.

J’aurais certes préféré que le poster présente tout le bestiaire magique au lieu de cette sélection de seize créatures et que le livret d’Eeylops Owl Emporium donne des détails sur les spécificités de ces oiseaux (caractéristique, type de mission postale appropriée, etc.), mais ces deux bonus sont tout de même sympathiques.

 

The Creature Vault Strangulot

Un Strangulot (« Grindylow »)

Un trésor potterien à conserver précieusement aussi riche dans sa forme que dans son contenu, un régal pour les yeux. Ce magnifique livre annonce la trilogie Fantastic Beasts, réalisé par David Yates sur un scénario de J.K. Rowling, dans laquelle les créatures devraient proliférer avec un rôle plus marqué encore.

The Creature Vault Détraqueur

Un Détraqueur (« Dementor »)

Réparties dans neuf chapitres, les créatures présentées sont les suivantes :

  1. « Forest Dwellers » : centaure, licorne, Acromentule, hippogriffe, Sombral ;
  2. « Lake Dwellers » : Être de l’Eau, Strangulot ;
  3. « Sky Dwellers » : dragon, lutin de Cornouailles ;
  4. « Trespassers » (ou les intrus) : troll, géant, gnome ;
  5. « Shape-Shifters » (ou les changeurs de formes) : Animagus, Épouvantard, loup-garou ;
  6. « The Working World » : hiboux postaux, elfe de maison, gobelin, Touffu ;
  7. « Dark Forces » : Basilic, Détraqueur, Inferius ;
  8. « Companions » : Hedwige, Errol, Coquecigrue, Croûtard, Pattenrond, Miss Teigne, Crockdur, Trevor, Arnold, Fumseck, Nagini ;
  9. « The Greenhouse » (ou la serre) : Filet du Diable, Mandragore, Saule Cogneur, Mimbulus Mimbletonia, Tentacula vénéneuse, Prune dirigeable.
The Creature Vault Basilic

Le Basilic (« Basilisk »)

Harry Potter : The Creature Vault (VF : Le grand livre des créatures), Jody Revenson. Harper Design, 2014. 206 pages.