Les Misérables, de Victor Hugo (1862)

Les Misérables (couverture)Ecrire un résumé des Misérables ? Je ne crois pas que ça va être possible. Est-ce vraiment nécessaire ?
Dans le doute, je pique celui de Babelio : « Dans la France chaotique du XIXe siècle, Jean Valjean sort de prison. Personne ne tend la main à cet ancien détenu hormis un homme d’église, qui le guide sur la voie de la bonté. Valjean décide alors de vouer sa vie à la défense des miséreux. Son destin va croiser le chemin de Fantine, une mère célibataire prête à tout pour le bonheur de sa fille. Celui des Thénardier, famille cruelle et assoiffée d’argent. Et celui de Javert, inspecteur de police dont l’obsession est de le renvoyer en prison… »

J’ai dû taper cinquante débuts de phrase avant de les effacer de plus en plus rageusement. Conclusion : je ne sais vraiment pas comment commencer cette chronique. Premièrement, parce que je ne doute qu’elle soit bien utile – on parle des Misérables quand même, pas d’un obscur petit bouquin… – et, deuxièmement, parce que je doute de pouvoir vous dire à quel point cette lecture a été une gigantesque claque, un pur bonheur de lecture, un émerveillement à chaque ligne ou presque. Bref, un « coup de cœur », mais cette formule semble bien trop faible, fade et éculée pour être utilisée ici.

J’ai lu Notre-Dame de Paris il y a dix ans et, pour être honnête, je ne m’en souviens pas parfaitement. Je me souviens avoir été fascinée par cette lecture, mais je ne pourrais plus en parler bien précisément (sentez-vous venir la relecture ?). Les Misérables, quant à eux, sont dans ma PAL depuis si longtemps que je ne me souviens plus où j’ai récupéré cette étrange édition. J’avoue que la longueur de l’œuvre, non pas qu’elle m’effrayait, m’a longtemps poussée à remettre à plus tard cette lecture. Enfin décidée, ça a été un choc dès les premières pages.

Pourtant, ces premières pages ne sont pas forcément les plus fascinantes qui soient. Lorsque l’on attend ces personnages que l’on connaît tous – Jean Valjean, Fantine, Cosette… –, voilà qu’il faut commencer par quatre-vingt-dix pages sur la vie, les pensées, les actions, le budget, les repas, la famille, les petites habitudes de l’évêque Monseigneur Bienvenue. Je peux vous dire que je le connais bien mieux que je ne connais ma petite sœur à présent ! Parlons tout de suite du sujet qui fâche : y a-t-il des longueurs dans Les Misérables ? Oui, mais peu importe. L’ami Victor aime causer de toute évidence. Et quand il a envie de s’étendre sur un sujet, il ne s’en prive pas. Et bam !, dans les dents les soixante-dix pages sur Waterloo (pour arriver à la minuscule et peu recommandable implication de Thénardier dans cette bataille). Et tiens, voilà des rédactions sur le couvent des bernardines-bénédictines de l’obédience de Martin Vega, sur les égouts de Paris dont tu connaîtras bientôt la moindre pierre, sur l’argot, sur ci, sur ça. Et pourtant. Si une partie de moi, je l’avoue, avait souvent bien envie de retourner à l’intrigue principale – parce que je les ai bien aimés, ces personnages –, j’étais également bien captivée. Les enthousiastes peuvent bien parler de ce qui leur chante, leur ferveur leur confère toujours une éloquence assez irrésistible. Hugo est de cette trempe-là. C’est pourquoi, même lors des dissertations les moins attirantes, je n’ai jamais réussi à m’ennuyer. Mon amour des descriptions, des tours et détours, a été comblé. Même si, quand il a la bonté de te dire qu’il va « indiquer brièvement [note de moi-même : non] un fait réel et incontestable, qui d’ailleurs n’a en lui-même aucun rapport et ne tient par aucun fil à l’histoire que nous racontons », tu as envie de lui de demander « Victor, est-ce bien nécessaire ? ».
(Il y a aussi un petit côté « Révise ta culture générale avec Victor Hugo » car le monsieur aime bien mettre des références ici et là, évoquer la figure de tel personnage historique, mythologique, biblique ou autres. J’avoue que, j’ai fini par abandonner l’idée de me renseigner sur ceux que je ne connaissais pas quand les noms commençaient à avoir tendance à s’accumuler…)
D’un bout à l’autre, je n’ai été que fascination pour la verve de Victor Hugo. Ce livre est bavard, foisonnant, intarissable. C’est d’une telle richesse, une telle réussite littéraire que je n’ai pas de mots pour décrire le plaisir que j’ai pris à le lire. Mon cerveau était en admiration permanente, s’émerveillant des tournures, des portraits, de l’ironie qui se glisse ici et là, des descriptions, des échanges. Il a le sens du grandiose, du saisissant. Qu’il parle du pauvre ou de Napoléon, de la misère ou de la révolution, ses mots font naître des images qui restent en tête comme gravée au fer rouge. C’est tellement bien écrit qu’il n’y a rien à dire, juste à savourer chaque ligne.

Ma connaissance des Misérables était, je dois dire, assez parcellaire. J’en connaissais les grandes lignes grâce à une version abrégée peut-être lue intégralement (sans certitude) et un très vieux visionnage d’une des adaptations cinématographiques. Et j’en connaissais les principaux protagonistes évidemment. Jean Valjean, Cosette, Gavroche, Eponine, Javert, les Thénardiers… des noms propres passés dans le langage courant. « Fais pas ta Cosette, hein ! » « Pff, pire que des Thénardier… ».
Et franchement, j’ai adoré ces personnages – bon, moins en ce qui concerne Cosette et Marius une fois que ces deux-là se rencontrent (et évidemment, qui survit à la fin ?) – auxquels se sont ajoutés d’autres que je ne connaissais pas comme Grantaire ou Enjolras. Au milieu de tout cet amour pour ces êtres, j’ai eu deux immenses coups de foudre : le premier pour Gavroche qui illumine le récit à chacune de ses apparitions, le second pour Eponine dont j’ai totalement découvert la destinée triste et tragique. Et il m’a semblé que tous ces personnages présentaient différentes facettes d’un autre protagoniste : le peuple. Celui de Paris notamment. Car Les Misérables est aussi et surtout un roman social dans lequel Hugo prend la défense des pauvres, des petits, de ceux qu’on maltraite et exploite. Le peuple est là, dans toute sa misère, sa grandeur, sa médiocrité, son courage, ses bassesses, ses générosités, sa libertés, ses enfermements, ses peurs, ses espoirs, ses révolutions…
Certes, ils manquent parfois de nuances, chose qui serait agaçante dans n’importe quel autre roman, et certains événements auraient pu être évités si les gens se parlaient un peu – oui, Jean, je te parle – mais là… comment ne pas être emportée par leur enthousiasme, leur conscience, leur bonté, leur sévérité, leur innocence, leur fourberie (je vous laisse relier protagonistes et traits de caractère) ? Comment ne pas ressentir de compassion pour Jean Valjean ? J’avoue avoir ressenti un petit frisson de plaisir – je commence à me dire qu’il y avait quelque chose d’inhabituellement sensuel pendant cette lecture, serait-ce parce que je passe rarement autant de temps avec le même bouquin ? – à chaque fois que deux d’entre eux se rencontraient. J’ai été chavirée par ces scènes où Fantine fait tout pour payer les Thénardier (je n’en dis pas plus, mais les sacrifices auxquels elle consent, et la façon dont ils sont narrés, m’ont vraiment noué les entrailles. Et les formidables apparitions d’un Javert plus sévère que la Justice dont les doutes me stupéfieront. Et la cupidité insondable des Thénardier. Et l’impertinence espiègle et enjouée de Gavroche. Et… je pourrais continuer comme ça pendant longtemps, juste pour le plaisir égoïste de revivre ma lecture.

C’est une œuvre totalement intemporelle. Certes, elle se déroule dans une période historique bien précise – malheureusement pas celle que je maîtrise le mieux, merci aux cours d’histoire qui résumaient beaucoup le XIXe siècle –, mais elle ne semble jamais datée.
Sauf peut-être sur deux points. (Je m’excuse par avance si cela dénote une méconnaissance de l’homme qu’était Hugo ou une mauvaise interprétation de l’œuvre, j’avoue que je ne suis pas allée lire mille essais à son sujet sur à ma lecture.)
Le premier touche à une chose que j’ai eu du mal à ressentir comme les personnages : le rapport avec les forçats. J’ignore s’il s’agissait d’une réalité ou d’une petite exagération dramatique de la part de l’auteur pour dénoncer cela justement, mais la révulsion des gens envers les forçats m’a semblé totalement déraisonnée. Ce ne sont pas des êtres humains, ils sont plus bas que des rats. On les chasse, on les méprise, on les craint, Cosette dit qu’elle mourrait de croiser un tel homme… Relativiser n’est pas dans leur vocabulaire. Surtout que Jean Valjean est allé aux galères pour avoir volé un pain. Certes, le vol, c’est mal, mais quand même, ce n’est pas si dramatique que ça. C’est le seul moment où je me sentais un peu déphasée par rapport à l’humeur des protagonistes.
Le second, sans surprise, c’est la place des femmes. A part Eponine qui se démarque un peu – bien que ses actions soient principalement guidées par l’amour de Marius –, les femmes sont surtout obéissance et faiblesse (ce qui n’empêche pas les élans élogieux de l’auteur). La brave petite Cosette devient une jeune fille avec toute la délicatesse qui s’impose. Même la Thénardier est totalement sous la coupe de son mari et sa stature, sa force, ne lui valent que d’être qualifiée d’« hommasse ». Je m’y attendais un peu, j’y étais d’avance résignée – même si j’aurais accepté avec joie une bonne surprise – mais certaines réflexions sont quand même bien périmées (du moins, je l’espère…). Exemple : « Une petite fille sans poupée est à peu près aussi malheureuse et tout à fait aussi impossible qu’une femme sans enfants. » (Cependant, le paragraphe précédent est un bel exemple du rôle des jouets dans la détermination sexiste des rôles : « La poupée est un des plus impérieux besoins et en même temps un des plus charmants de l’enfance féminine. Soigner, vêtir, parer, habiller, déshabiller, rhabiller, enseigner, un peu gronder, bercer, dorloter, endormir, se figurer que quelque chose est quelqu’un, tout l’avenir de la femme est là. tout en rêvant et tout en jasant, tout en faisant de petits trousseaux et de petites layettes, tout en cousant de petites robes, de petits corsages et de petites brassières, l’enfant devient jeune fille, la jeune fille devient grande fille, la grande fille devient femme. Le premier enfant continue la dernière poupée. »)
J’avoue que j’ai parfois grincé des dents et que mon admiration se teintait alors d’exaspération. Heureusement, dans une œuvre de plus de mille huit cents pages, ces moments se font rares. Je le souligne parce que c’est un désaccord que j’ai avec le roman, avec l’auteur, mais c’était le seul et j’espère que ça ne vous découragera pas ! Il ne pouvait pas être parfait, tout de même…

Ma critique est déjà bien trop longue, je m’arrête ici, il est de toute manière impossible de faire le tour de ce roman en une seule lecture et en un seul article.

Vous l’aurez compris, j’ai été complètement tourneboulée par cette lecture. J’étais à fond dedans, j’y songeais quand je ne lisais pas, j’en ai parlé sans cesse pendant des semaines, je me rongeais les sangs pour les personnages, j’avais hâte de retrouver ceux que je venais de quitter, j’étais complètement révoltée par les injustices qu’ils subissent régulièrement. C’est une expérience inoubliable et je ne m’en remets toujours pas.

Une chose est sûre, je ne laisserai plus dix ans s’écouler avant ma prochaine lecture hugolienne. Je suis tout à fait nulle pour établir des programmes de lecture, mais je suis bien décidée à relire Notre-Dame de Paris l’an prochain. Ensuite, ce sera au tour de L’homme qui rit. Et après… on verra bien !

 « Libération n’est pas délivrance. On sort du bagne, mais non de la condamnation. »

« Fantine était un de ces êtres comme il en éclot, pour ainsi dire, au fond du peuple. Sortie des plus insondables épaisseurs de l’ombre sociale, elle avait au front e signe de l’anonyme et de l’inconnu. Elle était née à Montreuil-sur-Mer. De quels parents ? Qui pourrait le dire ? On ne lui avait jamais connu ni père ni mère. Elle se nommait Fantine. Pourquoi Fantine ? On ne lui avait jamais connu d’autre nom. A l’époque de sa naissance, le Directoire existait encore. Point de nom de famille, elle n’avait pas de famille ; point de nom de baptême, l’église n’était plus là. Elle s’appela comme il plut au premier passant qui la rencontra toute petite, allant pieds nus dans la rue. Elle reçut un nom comme elle recevait l’eau des nuées sur son front quand il pleuvait. On l’appela la petite Fantine. Personne n’en savait davantage. Cette créature humaine était venue dans la vie comme cela. A dix ans, Fantine quitta la ville et s’alla mettre en service chez des fermiers des environs. A quinze ans, elle vint à Paris « chercher fortune ». Fantine était belle et resta pure le plus longtemps qu’elle put. C’était une jolie blonde avec de belles dents. Elle avait de l’or et des perles pour dot, mais son or était sur sa tête et ses perles étaient dans sa bouche.
Elle travailla pour vivre ; puis, toujours pour vivre, car le cœur a sa faim aussi, elle aima. »

« Rien ne ressemblait plus, il y a un demi-siècle, à la première porte cochère venue que la porte cochère du numéro 62 de la petite rue Picpus. Cette porte, habituellement entrouverte de la façon la plus engageante, laissait voir deux choses qui n’ont rien de très funèbre, une cour entourée de murs tapissés de vigne et la face d’un portier qui flâne. Au-dessus du mur du fond on apercevait de grands arbres. Quand un rayon de soleil égayait la cour, quand un verre de vin égayait le portier, il était difficile de passer devant le numéro 62 de la petite rue Picpus sans en emporter une idée riante. C’était pourtant un lieu sombre que l’on avait entrevu.
Le seuil souriait ; la maison priait et pleurait. »

« Ce n’est rien de mourir, c’est affreux de ne pas vivre. »

Les Misérables (2 tomes), Victor Hugo. Le Figaro, coll. La bibliothèque de Jean d’Ormesson, 2009 (1862 pour la première édition). 898 pages et 897 pages.

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25 réflexions au sujet de « Les Misérables, de Victor Hugo (1862) »

  1. Je n’ai jamais lu de Victor Hugo en dehors des extraits qu’on pouvait donner en classe. Mais la longueur des Misérables me repousse pour le moment. Qui sait ? Ce retour est intéressant, assez pour que je me penche sur la question.

    • Je te comprends totalement, si tu savais le temps que je l’ai laissé traîné dans ma PAL, inquiète face à ce pavé dont je redoutais les longueurs… Après, si tu veux te lancer dans quelque chose d’un peu plus court, Notre-Dame de Paris est moins long et tout aussi génial ! Quoi qu’il en soit, je suis convaincue qu’il faut attendre d’en avoir vraiment envie, ne pas se forcer à le lire. Pour un tel monstre, ce serait probablement la meilleure technique pour s’en dégoûter !

  2. J’adorerais le lire mais je pense que tu t’en doutes. Il paraît que c’est la honte de ne pas avoir vu le film, mais vu ce que tu racontes du livre, ce ne sera jamais mieux… Alors je préfère atteler mon temps au roman, héhé. En tout cas, tu as très bien exprimé l’émotion qu’il t’avait procuré ! Ca donne envie.

    • Franchement, si quelqu’un n’a pas à avoir honte de ce qu’elle a lu ou pas lu, c’est bien toi ! Tu as dix mille lectures que d’autres n’ont pas. Et de toute façon, on ne peut pas tout lire, ni avoir lu tous les classiques « à lire » dans nos dix ou vingt premières années de lectrices même acharnées.
      Par contre, avoir envie de le lire est une très bonne raison pour se pencher dessus !
      Comme je le dis, je n’ai pas assez de souvenirs du film pour pouvoir établir des comparaisons, mais je ne vois pas comment un film peut rendre le grandiose de ce roman. Même si c’est très bien joué, tout ce que tu veux, il manque de toute manière la plume d’Hugo, ce qui est une tare majeure à mes yeux. ^^

      • Que t’es gentille, merci ! Et d’ailleurs, on n’a pas forcément envie de lire tous les classiques… /tousse/
        Oui, je pense aussi, juste pour en avoir entendu parler, que le film ne peut pas arriver à la cheville du livre, impossible.

  3. Ouuiiiii, la chronique ! Je suis toute joie de pouvoir lire ton avis sur cette bête !
    Je comprends que la taille de l’histoire t’ait retardée, il faut avoir le temps pour lire plus de mille et quelques pages.
    Hahaha la remarque sur Monseigneur Bienvenue que tu connais mieux que ta petite soeur, je trouve la comparaison géniale ! Et en un sens, je la comprends bien, Hugo creuse tellement dans la fiche d’identité de ses perso que tu connais tout, en long et en large. Je t’admets que la première partie sur ce personnage m’avait un peu laissée de marbre personnellement, elle avait sa beauté pourtant mais peut-être que quand je l’ai lu ( j’étais relativement jeune en fait, 17 ou 18 ans ) je voulais surtout arriver au coeur de l’intrigue.
    Je ne me souviens même plus de l’intervention de Thénardier tellement c’était minime ! Côté longueur ce que je ne pourrais jamais oubliée, c’est le chapitre technique sur le fonctionnement et le descriptif des égoûts. J’étais autant fascinée que blasée, un peu en mode « Sérieusement Victor ? »
    J’avais trouvé le chapitre sur l’argot passionant mine de rien ! Donc je ne peux qu’approuver face à cette éloquence irrésistible dont tu parles ! C’est presque de l’ordre de l’hypnose tellement tu sens l’investissement.
    Je te rassure pour l’abandon « recherche », j’ai fais pareille avec toutes les oeuvres que j’ai lu du m’sieur. Quatrevingt treize dans son genre est pas mal, encore que si tu t’y connais bien en histoire ( pas mon cas, je déteste ça) comme c’est sur la révolution française, bon, ça peut passer. Mais L’homme qui rit, qui reste mon préféré de tous les temps, aristocratie anglaise du 6e ou 17e vous dites ? Ah bah non je n’irais pas me renseigner, là c’est trop, parce que faut TOUT chercher sinon. ^^’
    Tu vois, après avoir lu les Mis, je n’ai jamais compris cette expression de « faire sa Cosette ». La pauvre, elle subit en silence quand elle est enfant et elle continue de prendre cher avec une expression française…
    ALORS JE SUIS JOIE, tu as laissé une place à Grantaire et Enjolras, mon coeur est conquis, merci. ♥ Leur lien est tellement beau bon dieu ! Et toi aussi tu as pris le parti d’Eponine ! Si tu n’as pas vu l’adaptation comédie musicale des Mis, je te la recommande. Eponine y est bien représentée, et la chanson « On My own » (au pire, écoute juste celle-là si tu ne veux pas voir l’adaptation) m’arrache les larmes à chaque fois, elle est vibrante. Tu savais que c’était le personnage préféré d’Hugo lui-même ? Tellement dommage que dans les versions abrégées, tu aies limite l’impression que c’est une garce. Elle est tellement touchante.
    Et il t’a semblé très juste ! C’est le roman du peuple, Les Mis. Toute manière, les oeuvres d’Hugo sont principalement à ce sujet, c’est le porte parole de ce thème à mon sens, bien mieux que Zola par exemple qui le fait davantage par la description. Ici, avec Hugo, c’est plus actif.
    J’ai l’impression que chez Hugo, le « manque de nuance » des personnages n’est pas tellement gênant parce qu’ils foisonnent et se complètent. C’est vrai que chez cet auteur, on a souvent des personnage archétype d’une valeur, et même s’ils peuvent fondamentalement changer, dans leurs choix et caractères ils restent souvent rigides. Mais y’a tellement de personnage que tu n’y fais plus trop attention. ( Javert a mis du temps, mais, ah, amour pour lui aussi. ♥ )
    Franchement, j’ai souris quand tu parlais de sensualité et des rencontres des personnages. C’est qu’ils sont tellement forts individuellement que quand tu les regroupes, tu t’attends à ce que ce soit encore plus intense.
    C’est d’une tristesse, mais je suis pleinement d’accord avec toi, les Mis est intemporel. Bien la preuve que notre comportement n’évolue pas plus que cela et qu’on reste majoritairement bas…
    Pour ce qui est des forçats je ne peux te renseigner, je pense qu’il y a une bonne part de l’exagération romantique, pas de demi-mesure dans ce mouvement. Mais je n’ai pas fais de recherches pour savoir s’ils étaient à ce point intolérés. ( pas très français ça… ) Pour la place des femmes, on m’a dit plusieurs fois qu’il était misogyne. Mais je n’ai jamais creusé plus que ça, mais je t’avoue que les femmes dans les Mis, voilà… Après, il ne faut pas non plus oublié l’époque. Ca n’excuse pas tout ( oui parce que bon à la même époque y’avait bien des féministes quand même ), mais je n’avais pas d’attentes à ce sujet…

    Mon commentaire est une brique, je suis désolée, mais l’enthousiasme était de sorti ! (ça fait un bien fou, je bloque depuis trois semaines sur ma lecture actuelle… ) Ta chronique était d’une beauté, vraiment, autant les émotions que le lexique employée. Tu as peut-être effacée des phrases rageusement mais le résultat final est un bonheur à parcourir.

    • Wah ! Merci pour ce commentaire aussi long que ma critique ! ^^ Ça m’a fait tellement plaisir de te lire ! J’avoue que je me sens terriblement flattée d’avoir été lue avec autant d’attention – j’attendais ton retour avec une pointe d’appréhension – et de recevoir autant de compliments, merci beaucoup !
      (Et désolée pour le temps de réponse, j’étais en vacances toute la semaine, d’où le délaissement des commentaires et des mails.)

      Au sujet de cette partie sur l’évêque, je me suis même demandée si je n’avais pas déjà tenté la lecture, il y a très longtemps, avant de l’abandonner parce que j’en avais marre de cette longue « introduction ». Je ne sais plus, mais ça me disait quelque chose. Mais cette fois, j’étais à fond dedans et j’ai pris mon mal en patience. Du coup, j’ai vraiment réussi à m’intéresser à lui et à l’apprécier en attendant de rencontrer enfin Jean Valjean. Mais je comprends totalement ta réaction !

      L’intervention de Thénardier, c’est de « sauver » le père de Marius en le sortant d’un tas de cadavres pour lui faire les poches. C’est de là que naît la reconnaissance de Pontmercy envers lui, qu’il transmet ensuite à son fils et qui lui causera bien des hésitations lorsqu’il rencontrera enfin Thénardier (qui n’est pas aussi honorable qu’il l’imaginait).
      Oui, il est tellement passionné par ce qu’il raconte que peu importe le sujet, c’est étrangement fascinant. Celui sur les égouts m’a un peu ralentie tout de même car j’avais déjà, je ne sais pas, environ 1500 pages derrière moi ? Mais ça reste assez dingue.
      Mais je suis prévenue pour les autres romans maintenant !

      Totalement d’accord pour l’expression concernant Cosette ! C’est vrai que ce n’est pas logique. Elle n’est pas du genre à se plaindre, elle est bien plus résistante qu’on veut le faire croire, surtout quand elle est petite. Je crois que la personne qui a lancé cette expression n’a pas bien lu le livre. ^^
      Oui, et puis, le chapitre où ils meurent tous les deux… j’ai tellement aimé, ce passage-là !
      J’ai écouté la chanson et effectivement, elle est touchante et elle exprime pas trop mal tout le désespoir qu’il y a dans la vie d’Eponine. Mais je ne suis pas sûre de voir la comédie musicale malgré tout. En fait, je n’ai envie de voir absolument aucune adaptation et de rester avec mes représentations des personnages et l’histoire que j’ai lue. J’ignorais que c’était le personnage préféré d’Hugo ! Oui, et de mes vagues souvenirs (sachant que globalement ils s’arrêtaient à Cosette petite emmenée par Jean Valjean), je ne me souvenais que de la peste qui martyrisait Cosette. C’est pour ça que ça a été une vraie découverte, elle est beaucoup plus complexe que ça. Et beaucoup plus bouleversante aussi.

      Ton explication concernant le manque de nuances non dérangeant est tout à fait pertinente, j’y adhère totalement ! (J’avoue que j’aime beaucoup Javert. Au début, parce que j’aime bien l’effet « ohoh, les ennuis sont là » que produit chacune de ses apparitions et, ensuite, parce qu’on apprend à le connaître.)

      Je n’oublie pas l’époque et c’est pour ça que je n’en fais pas un point rédhibitoire pour mon appréciation (adoration) de cette oeuvre. Mais je ne peux pas m’empêcher de le noter. Comme je l’avais fait pour Le Dit Du Gengi. Après, j’ai adoré ces deux lectures qui m’ont époustouflée et je ne les juge pas comme je jugerais un·e auteur·rice contemporain·e.

      Je te remercie encore pour cette conclusion que je ne suis pas sûre de mériter mais que je prends tout de même avec plaisir ! Je suis terriblement touchée, tu es trop gentille !
      (Qu’est-ce que tu lis qui te fait bloquer ?)

  4. Je me suis lancée dedans ! Bon je suis toujours au curée dont tout le monde s’en fout et qui ne fait pas partie de l’intrigue principale XD Pour les femmes cela ne m’étonne pas ce que tu racontes, le XIXème siècle est le pire siècle qui soit pour les femmes ! On est dans un retour en arrière assez terrible avec le code Napoléon notamment… Au Moyen-Age les femmes avaient plus de droits c’est pour dire ! Un super article ♥

    • Je suppose qu’à présent tu as passé l’étape « Monseigneur Bienvenue » (désolée, j’étais en vacances). Tu as réussi à t’accrocher pour rencontrer Jean Valjean ?
      Oui, je ne suis pas très calée sur le sujet, mais j’ai déjà lu des choses dessus et ça a été assez violent. Surtout quand on compare à une époque dont on peut avoir une image bien plus barbare comme le Moyen-âge.
      Merci pour ton commentaire !

  5. Les pages de Waterloo, je m’en souviendrai toujours XD C’est vrai qu’il aimait quand même écrire sur bien des sujets, somme toute trop indirectement reliés aux intrigues principales.. mais on lui pardonne, c’est son charme.
    Et je te rejoins totalement, je suis toujours fascinée par l’écriture de Hugo, sa poésie, ses tournures, ses dialogues aussi. Tu verras (quand tu y seras) que l’Homme qui rit recèle de ces mêmes merveilles de l’écriture. J’en ai encore le coeur ému en y pensant.

    Je fais aussi partie de ceux qui ont du mal avec Marius et Cosette, tu n’es pas seule ! Même si Cosette a un aspect bien plus intéressant, enfant. Tout comme Gavroche… je ne me souviens plus assez d’Eponine dans le livre, mais évidemment, je rejoins ton adoration pour Valjean et Javert. Valjean est la rédemption même, un parcours complètement fou pour se sortir de l’enfer et devenir un homme de bien, il est marquant à tant d’égards, sans pour autant devenir insensible à force d’être bon, en gardant même ces aspects plus humains, comme la méfiance/jalousie envers Marius. Quant à Javert, il est bien loin d’être la seule statue de justice qu’on pourrait croire, tant son bouleversement intérieur est un vrai séisme pour lui, une complète obligation à se remettre en question, à devoir affronter la vie, choses qu’il ne peut pas supporter. Ce sont des personnages qui incarnent des valeurs, des archétypes, mais Hugo parvient quand même à leur donner plusieurs nuances. Mais tu parles tellement bien de tous ces personnages ! Pour les femmes, Hugo a un peu tendance à ne pas en faire de personnages très « puissants », ou alors elles le sont de façon maternelle, comme Fantine. Bon, c’est l’époque, et puis dans l’Homme qui rit il y a Josiane qui est carrément à l’opposé par exemple. Quant aux forçats, je ne suis pas forcément surprise de cette façon de les rejeter..je me dis que quelque part, il y a des gens qui peuvent agir de même façon aux anciens prisonniers en réinsertion, de nos jours.

    En tout cas, je suis simplement très contente de voir que cette lecture t’a autant transportée, bouleversée, émue, par ses personnages autant que ses intrigues ! On ressort pas indemne des Misérables, qui reste hélas terriblement actuel… et je ne peux que t’encourager pour Notre-Dame de Paris, qui est mon roman favori tout court (grâce notamment à Frollo, personnage favori de tous les temps) et l’Homme qui rit est magnifique aussi, tout simplement. Mais pour l’instant, félicite-toi juste d’être allée au bout d’un pavé de plus de 1000 pages, et qui marque profondément !

    • Le pire, je crois que ça reste le passage sur les égouts. Je dois dire que celui-là m’a un peu tuée. C’est tellement détaillé (surtout qu’il te parle de comment c’était avant, comment c’est maintenant…) et j’avais tellement envie de retrouver Jean Valjean et compagnie, ça coupe tellement l’action que j’ai presque failli lui en vouloir ! ^^
      Génial, j’ai hâte de le lire alors ! Je me régale d’avance à l’idée de tous les délices qui m’attendent !

      J’aime bien Cosette enfant. Sa rencontre avec Jean Valjean… j’étais tellement ravie de lire ce passage-là. Mais après, quand elle grandit… je me suis un peu moins passionnée pour elle.
      Eponine est tellement fantastique, son rôle est, je trouve, beaucoup plus fort que celui de Cosette. Son destin est l’inverse de celui de la protégée de Jean Valjean et sa vie est finalement d’un désespoir absolument poignant.

      Tu parles tellement bien de Valjean et Javert, je suis jalouse ! ^^ Jean Valjean m’a fascinée (même si j’avoue que j’ai eu parfois envie de lui secouer les puces : tu sais, quand il va s’accuser de tous les maux sans dire les bons côtés ou les justifications de ses actes. Il m’a agacée des fois ! (D’ailleurs, j’ai revu la saison 1 de Downton Abbey et je trouve que Bates a un côté Jean Valjean : il s’accuse de vol, mais refuse de se défendre. Impossible de ne pas les comparer. ^^)).
      Le chapitre où Javert se retrouve tout retourné, désemparé, tiraillé, m’a passionnée d’un bout à l’autre. Voir enfin l’homme, les doutes, les remises en question, c’était tellement fort. Surtout après tous ces passages où il se pointait comme un oiseau de mauvaise augure.
      Ah, je les ai tellement aimés, ces personnages ! Ils me manquent un peu en fait.

      Je suis tellement impatiente de relire Notre-Dame de Paris. Je pourrais me jeter dessus tout de suite, mais quand j’ai trop envie de lire un livre, j’ai tendance à faire durer le plaisir et à repousser le plaisir. Juste de savoir qu’il est là et que je vais le lire bientôt suffit à m’enchanter, l’excitation joue le rôle de mise en bouche ! Et puis, j’ai aussi envie de garder Les Misérables avec moi encore un peu.

  6. Quelle chronique ! J’ai adoré te lire, vraiment très chouette 🙂
    Ma lecture remonte à vraiment, vraiment, VRAIMENT, longtemps puisque je crois que je devais avoir genre 12 ans, mais c’est vraiment une des premières lectures qui m’a durablement marquée. Tu m’as donné envie de m’y replonger – à l’occasion bien sûr (tu me connais^^) – bravo pour cette chronique géniale !

  7. Héhé ! On hésite toujours un moment avant de s’y plonger mais qu’est-ce qu’il fait bon de le lire, ce vieux chef-d’oeuvre ! Je suis rassurée de ne pas être la seule à trouver le couple Cosette-Marius insupportable au possible et ne peux te dire à quel point j’ai pris mon pied à écrire mon Mémoire de fin d’études sur Gavroche ! ^^
    Si tu as aimé les intrigues de personnages pas gâtés par la vie et les descriptions envolées, tu devrais t’éclater aussi avec L’Homme qui rit 😉

    • Oui, c’était tellement agréable, une fois dedans. Je ne voulais pas le quitter ! Et là, d’en reparler, je m’aperçois qu’il me manque un peu, c’est terrible !
      Un mémoire sur Gavroche ?! Trop bien, tu étais en quoi pour pouvoir avoir un sujet aussi chouette ! Tu l’abordais sous un angle spécial ou en général ?
      Ahah, bienvenue au club de celles qui n’apprécient guère Cosette et Marius. J’aurais bien voulu moins d’eux et plus de Gavroche et Eponine !
      Tant mieux ! Je sais que je me régalerai le moment venu !

      • J’étais en lettres, tout simplement, et j’ai choisi un axe en littérature comparée : La figure des gamins des rues au XIXe siècle, entre Gavroche et Oliver Twist^^ Je m’étais éclatée à le rédiger, même si on finit quand même par un petit écœurement à plancher si longtemps dessus !

  8. Quelle belle chronique ! Ça fait des années que j’ai envie de découvrir Hugo (je n’ai lu de lui que le dernier jour d’un condamné et des poèmes, mais tout ça remonte au lycée), et j’avais très envie de me laisser tenter par les Misérables ! Tu me donnes envie de foncer découvrir cette histoire, je veux ton enthousiasme, je veux ta passion !
    Encore merci pour ce super article, je trouve que tu t’en es formidablement bien sortie ! =)

    • Merci à toi pour ton passage et ton gentil mot ! Je ne peux que t’encourager à le lire, tu l’auras bien compris, et te souhaiter de te régaler autant que moi ! Si tu en as vraiment envie et que tu es enthousiaste avant même de commencer, je ne vois pas comment ça pourrait mal se passer ! ^^

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