La Maison au milieu de la Mer céruléenne, de TJ Klune (2020)

La Maison au milieu de la mer céruléenne 1Une île au milieu d’une mer céruléenne. Un orphelinat étrange et ses habitants atypiques. Des secrets. Et pour s’assurer du bien-être des pensionnaires, Linus Baker, un agent du Ministère de la Jeunesse magique, un employé modèle et solitaire au quotidien bien réglé entre son chat acariâtre et ses quelques tournesols, qui va voir ses certitudes s’effondrer et son cœur se réveiller.

Attention chronique sans aucun recul ! Je l’écris à chaud même si elle ne sera pas publiée tout de suite. Si vous voulez de l’analytique, du rationnel, ce n’est pas le bon article car j’ai envie de vous raconter comment ce livre a suscité la totale adhésion de mon cœur et de mon esprit.

Je l’avoue, j’ai les tripes nouées, le cœur déchiré et la gorge serrée de cette dernière page tournée. Ce livre était juste beaucoup trop attendrissant.
Page après page, on découvre, on vit avec et on apprend à connaître et surtout à aimer (bon, en vrai, je les ai probablement tous aimés dès leur première apparition) une petite bande haute en couleurs. Linus et Arthur. Talia, Phee, Chauncey, Théodore, Sal, Lucy. Zoe. Ce qu’ils sont est d’abord très réjouissant à lire. Qui ils sont est bouleversant à découvrir.

C’est un livre qui fait chaud au cœur. J’ai lu et relu certains passages pour les vivre encore et encore avec une émotion intacte, voire grandissante. Le pouvoir de mots simples mais agencés avec une telle justesse qu’ils en deviennent magiques. On s’amuse souvent avec les personnages, on sourit. Parfois, on est révoltée, écœurée, encolérée. Il arrive aussi que la tristesse se fasse submersive.
Incroyables, les émotions nées de cette histoire. On a envie d’y croire, de croire que la vie peut être belle, colorée et généreuse. Que peut-être on trouvera sa place. Ça parle de différence, de résilience, de famille (celles que l’on se crée surtout), de confiance, de beauté, de petits riens qui font tout.

Peut-être que c’est un peu trop beau. Peut-être que si j’étais plus objective, je trouverais ça un peu trop plein de bons sentiments pour y adhérer. Peut-être que cette histoire est juste tombée pile poil au moment où j’avais besoin d’une bulle de douceur. Peut-être qu’à un autre moment, j’aurais pu trouver ça un peu trop gentil.
Mais aujourd’hui, je n’en ai pas envie. Pas envie d’être cynique. Pas envie d’être critique. Je me suis laissée emportée par une vague céruléenne et c’était tellement agréable. Parce que les belles histoires font du bien parfois. Qu’il est bon de se retrouver si tourneboulée de temps en temps, même si la contrepartie est de se sentir orpheline quand arrive le moment de laisser ces personnages derrière nous.

Et puis, je pourrais vous parler d’un univers fascinant, malgré son triste et juste regard sur l’humanité avec ses craintes et ses haines. De personnages si vivants qu’on ne peut les croire uniquement de papier. D’histoires d’amour LGBT+ qui ne constituent jamais un problème ou une source de rejet ou de souffrance, qui sont juste tendres et sincères et évidentes. D’un rythme enlevé et d’une écriture très visuelle. Peut-être pourrions-nous analyser plus précisément ce qui constitue la réussite de ce roman.
Ou alors, comme une amie l’a fait pour moi en me collant dans les mains ce roman dont j’ignorais tout, je pourrais simplement vous inviter à partir sur une île étonnante sans rien savoir de plus. C’est peut-être la meilleure façon de faire un voyage renversant. Tout simplement magique.

(Et puis, cette couverture – celle de l’édition américaine – cachée sous le rabat papier est juste sublime, non ?)

La Maison au milieu de la mer céruléenne (couverture américaine)

« Je suis du papier. Fin et fragile. Si l’on me brandit vers le soleil, il brille à travers moi. Si l’on écrit sur moi, je deviens inutilisable. Ces marques ont une histoire. Elles forment une histoire, racontent des choses que les autres lisent, mais ils ne voient que les mots et pas ce sur quoi ils sont écrits. Je suis du papier et même si j’ai de nombreux semblables, aucun n’est exactement comme moi. Je suis un parchemin parcheminé. J’ai des lignes. Des trous. Si tu me mouilles, je fonds. Si tu m’enflammes, je brûle. Si tu me tiens dans des mains trop dures, je tombe en morceaux. Je me déchire. Je suis du papier. Fin et fragile. »

La Maison au milieu de la Mer céruléenne, TJ Klune. Éditions De Saxus, 2021 (2020 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cécile Tasson. 473 pages.

Anansi Boys, de Neil Gaiman (2005)

Anansi Boys (couverture)

Anansi Boys se déroule dans le même univers rempli de dieux qu’American Gods. Nous rencontrons ici Gros Charlie qui, à la mort de son père – Anansi donc – apprend que ce dernier était un dieu et qu’il a un frère appelé Mygal qui a hérité des pouvoirs paternels. Il découvre également à ses dépens que le frangin peut se révéler très très envahissant.

Je dois avouer – même si ça me fait un peu mal car j’adore habituellement le travail de Neil Gaiman – que je n’ai pas été tout à fait convaincue par cette histoire. Le ton de ce roman est plus humoristique que celui d’American Gods avec un Gros Charlie qui en voit de toutes les couleurs tandis que son frère tout en nonchalance s’incruste dans sa vie. Certaines touches d’humour, certaines répliques et réflexions parfois pince-sans-rire, ont su m’amuser, me faire rigoler en dedans : cependant, je n’ai pas accroché à cette succession de déboires. L’intrigue n’a pas su me passionner, m’embarquer dans ce périple mouvementé.
Du côté de la mythologie, je suis également restée sur ma faim. J’ai adoré les passages mettant en scène les mythes africains, les divinités qui parcourent encore la Terre du XXIe siècle, mais j’aurais bien aimé qu’il y en ait un peu plus.
Ce roman-ci n’a pas la richesse et la profondeur de son grand frère et c’est ce qui m’a frustrée car j’en attendais définitivement davantage.

Anansi Boys ce sont toutefois des personnages bien campés et intéressants quoique pas toujours sympathiques. Une belle-mère diabolique, un patron véreux, une flic surprenante et décidée, des sorcières floridiennes aux rituels un peu moins bien rodés qu’autrefois, une famille unique… et Gros Charlie bien sûr.
Car Anansi Boys c’est aussi une quête identitaire, celle d’un homme – un adulte pour une fois – qui va explorer son passé et, au fil d’épreuves dont il se serait peut-être bien passé, découvrir qui il est et prendre confiance en ses capacités. Gaiman explore la thématique du double avec Mygal, ce frère, cet alter ego, ce lui-même plus assuré, plus charmeur, plus admiré qui va finalement le faire trouver sa voie/voix. C’est d’ailleurs un aspect du récit qui m’a davantage convaincue.

Je suis une nouvelle fois ravie d’avoir découvert un livre de Gaiman avec les illustrations de Daniel Égnéus que je trouve fascinantes et inquiétantes, évocatrices et mystérieuses. Elles soulignent un autre aspect du roman, un peu caché à la lecture du fait de sa facette comique, à savoir qu’il s’agit quand même d’un monde dangereux avec vengeance, meurtre, intrigue, sorcellerie et sang à la clé. Je regrette simplement qu’elles ne soient pas plus nombreuses : encore une fois, un goût de trop peu…

Une lecture sympathique sans être le « signé Gaiman » le plus marquant qu’il soit. Un roman un peu trop rocambolesque à mon goût, un mélange indéfini de roman policier, de conte et de fantastique, le tout intriqué de burlesque.

« Les histoires sont comme les araignées, avec leurs longues pattes, et les histoires sont aussi comme les toiles d’araignées dans lesquelles l’homme s’englue mais qui ont l’air si jolies quand on les voit sous une feuille, dans la rosée du matin, élégamment reliées les unes aux autres, chacune à sa voisine. »

« Bien entendu, tous les parents font honte à leurs enfants. C’est inhérent à la fonction. La nature des parents est de faire honte à leurs enfants par le simple fait d’exister, tout comme la nature des enfants d’un certain âge est de frémir de honte, de gêne et de mortification si leurs parents leur adressent seulement la parole dans la rue. »

Anansi Boys, Neil Gaiman, illustré par Daniel Égnéus. Au Diable Vauvert, 2019 (2005 pour l’édition originale. 2006 pour la traduction française). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel. 412 pages.

Trois petites chroniques : Le livre des martyrs, Le discours et Les sœurs Carmines

J’ai un peu de mal en ce moment à écrire les longues chroniques dont j’étais coutumière. J’ai toujours envie de partager mes avis, mais sans avoir le courage ou la matière pour écrire davantage. Donc encore une fois, un trio un peu foutraque…

***

 Le livre des martyrs, T1, Les jardins de la lune, de Steven Erikson (1999)

Le livre des martyrs T1 (couverture)Vous cherchez une lecture légère et sans prise de tête ? Un livre à lire entre deux stations de métro ? Un premier pas dans la fantasy ? Alors Les jardins de la lune ne sont pas pour vous !

Avant de commencer ma lecture, tous les avis que j’avais pu croiser – et la préface de l’auteur en rajoute une couche – soulignaient le fait que rentrer dedans pouvait être compliqué, que l’auteur ne donnait pas toutes les clés dans les deux premiers chapitres et que, en gros, soit on adorait, soit on abandonnait au premier tiers. Comme j’ai déjà les trois premiers tomes, j’ai donc commencé ma lecture aussi excitée qu’anxieuse à l’idée de ne pas accrocher et d’être perdue.
En fait, ça va. Certes, c’est une lecture qui nécessite de la concentration ; certes, il ne faut pas s’attendre à trouver une explication dès la première apparition d’un terme créé pour l’univers ; certes, il faut dépatouiller ça seul·e au fil des pages. Mais ce n’est pas un traité de physique quantique non plus. Pour être honnête, à présent, j’appréhende davantage la reprise d’un tome à l’autre selon le temps écoulé entre deux lectures et le niveau de détails qu’il me restera du tome précédent…

Quoi qu’il en soit, j’ai adoré cette intrigue. Un Empire qui cherche à s’étendre, des soldats désabusés, des dieux qui truquent la partie, une histoire passée qui irrigue le présent… Les personnages sont en effet nombreux, mais on ne s’emmêle pas les pinceaux tant ils sont intéressants, avec un caractère, une histoire et des intérêts propres, sans tomber dans des clichés. Et certains sont tellement captivants que c’est un vrai plaisir de les rencontrer et de passer du temps avec eux.
De nombreux peuples se côtoient et j’ai trouvé très agréable de sortir des habituels elfes, nains et orcs pour faire la rencontre de communautés originales. L’histoire est riche en intrigues, en rebondissements et en ambiguïtés, s’inscrivant dans un univers tellement vaste que je comprends comment l’auteur a pu écrire une saga de dix tomes. Le ton est épique, souvent grave, mais l’humour n’en est pas absent, ce qui est toujours agréable quand bien amené. C’est de plus très visuel et, voyageant avec les protagonistes, j’ai adoré traverser les paysages, les villes et autres lieux magiques.

Bref, pour moi, tout est réussi dans ce premier tome, absolument fascinant et d’une richesse ahurissante, et j’ai hâte de lire la suite ! Amateurs et amatrices de fantasy, je pense que Le livre des martyrs est une aventure à tenter !

Ma chronique est très succincte, mais si vous voulez davantage de détails, je vous conseille l’excellent article du Culte d’Apophis, beaucoup plus complète et convaincante que la mienne.

Le livre des martyrs, T1, Les jardins de la lune, Steven Erikson. Éditions Leha, 2018 (1999 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Canada) par Emmanuel Chastellière. 628 pages.

***

Le discours, de Fabrice Caro (2018)

Le discours (couverture)Le discours, c’est :

Un repas de famille, une rupture fraîche de trente-huit jours, la perspective d’un discours au mariage de sa sœur, un esprit qui cavale, imagine, part en vrille, anticipe, extrapole, panique sur deux cents pages.

Des retours sur le passé, des hypothèses pour l’avenir, de la lassitude pour l’instant présent.

De l’humour grâce au regard désabusé d’Adrien, des passages qui vous feront sourire, laisser échapper un éclat de rire, voire un peu plus parfois. Un regard critique sur la famille et les relations sociales, des gaffes et des pensées acérées (car Adrien est un observateur féroce de la faune humaine).

De la mélancolie aussi : les défis d’une vie à deux, les névroses et les angoisses de chacun·e, le temps qui passe, la difficulté de s’intégrer. Donc on sourit, oui, mais on est un peu triste aussi en entrant dans la tête de cet Adrien un chouïa déprimé.

Un roman doux-amer, cocasse, qui frôle l’absurde avec délicatesse et manie l’ironie avec brio. Ce n’est pas aussi constamment désopilant que Zaï Zaï Zaï Zaï, mais c’est touchant, immersif et fort sympathique.

Le film fraîchement sorti en salles est très réussi également. D’une grande fidélité, il m’a convaincue par le jeu de ses acteurs et actrices. Benjamin Lavernhe brise le quatrième mur pour nous entraîner dans ses questionnements, ses doutes, ses angoisses et ses échecs.

Le discours, Fabrice Caro. Folio, 2020 (2018 pour la première édition). 209 pages.

***

Les sœurs Carmines (3 tomes), d’Ariel Holzl (2017-2018)

J’ai enfin fini la trilogie des Sœurs Carmines ! Et c’était très chouette.

J’ai tout de suite adhéré à l’atmosphère gothique qui tourne au macabre des sujets quotidiens, à l’instar de l’éducation non pas sexuelle mais criminelle à base de pilule du non-lendemain et de protection des regards gênants des témoins. Grisaille, le théâtre des événements, semble nous plonger dans un univers digne de Tim Burton. Entre la rue Aigre et l’avenue Scolopendre, l’on peut croiser vampires, loups-garous, gorgones et fantômes tandis que les familles nobles se font la guerre pour le trône et que les pauvres meurent à tour de bras pour revenir en « rapiécés », de la main-d’œuvre bon marché.
Le tout est mâtiné d’un humour noir, parfois cinglant, qui joue avec la mort et la souffrance pour dresser le tableau d’un quotidien sanglant. L’écriture est vive, piquante, dynamique et entraînante.

Les trois sœurs sont très différentes, entre le bon cœur et la maladresse de Merryvère, le cynisme, le flegme et l’orgueil de Tristabelle, l’innocence futée et les amitiés spectrales de Dolorine. Cette dernière m’a un peu rappelé la petite Flora dans la mini-série The Haunting of Bly Manor. Mignonne et inquiétante à la fois, un combo irrésistible.

Petit « néanmoins », j’ai un peu moins aimé le troisième tome (même s’il reste une bonne lecture) qui nous éloigne un peu de Grisaille et passe un peu vite sur certaines choses comme les mystérieux Amécrins.

Une trilogie décalée et efficace dont je retiendrais avant tout l’univers sinistre particulièrement riche et enthousiasmant avec ses classes sociales, sa faune, ses coutumes, ses risques et périls.

« Elle devrait se laisser aller davantage. La vie était courte à Grisaille ; on tuait les semaines en attendant qu’elles ne vous tuent. »
Tome 1, Le complot des corbeaux

Les sœurs Carmines (3 tomes), Ariel Holzl. Éditions Naos :
– Tome 1, Le complot des corbeaux, 2017, 269 pages ;
– Tome 2, Belle de gris, 2017, 270 pages ;
– Tome 3, Dolorine à l’école, 2018, 271 pages.

Chroniques d’Espérance, de Lobo Grant (2018)

Chroniques d'EspéranceUn continent déchiré par une guerre entre le Nord et le Sud. Une légende, celle d’une île, Espérance, qui pourrait mettre un terme à des centaines d’années de souffrances. Un jeune homme, Glad, sur la piste de ce mythe et sur le point de se découvrir un incroyable pouvoir.

C’est un peu à reculons que je me lance dans cette chronique pourtant nécessaire puisque ce livre m’a été offert suite à une opération Masse Critique sur Babelio. Or, je n’ai pas du tout apprécié cette lecture. Pour être honnête, je me demande même pourquoi je l’avais sélectionné aux côtés d’autres titres qui me faisaient beaucoup plus envie…

En le découvrant, j’ai pensé que l’écrin n’était guère prometteur mais qu’il ne fallait pas juger un livre à sa couverture. Après tout, des livres moches mais géniaux, j’en ai rencontrés. Ici, la couverture ne correspond pas du tout à mes goûts. Ajoutez à cela un résumé proprement illisible, des marges rongées au maximum et une carte floue (le détail qui me tue toujours, les romans de fantasy avec une carte floue, comme une petite image trop agrandie, sur laquelle la moitié des noms est illisible : il n’y a pas des épreuves pour ajuster ce genre de choses ?), la lecture ne débutait pas sous les meilleurs hospices, mais finalement, tout cela relevait de détails peu importants comparés à l’histoire elle-même.

Sauf que ça a coincé aussi. Pas longtemps heureusement car je l’ai lu en deux jours (pour ne pas m’attarder dessus trop longtemps, je l’avoue). Ma lecture a peut-être pâti de celle, toute fraîche, du premier tome du Livre des Martyrs. Sortir d’une mythologie très dense et originale pour retrouver des elfes, des nains, des orcs, un élu, des gentils des méchants… le contraste a dû être trop violent.
Tout d’abord, tout était trop facile. L’intrigue commence par un choix totalement illogique à mon avis : quatre-vingts soldats tombent dans une embuscade de morts-vivants, cinq s’en sortent vivants (dont Glad qui est censé être moyennement doué à l’épée et un mage novice, ça doit donner le niveau de ceux qui ont été éliminés…), vont-ils prévenir leur hiérarchie que les ennemis ressuscitent les morts sur leurs terres et préparent un gros coup ? mais non, voyons ! c’est beaucoup plus simple d’aller, à cinq zozos, zigouiller le mage nécromancien super puissant, ça évite la paperasserie, ça venge les copains (rencontrés deux jours avant) et on n’est jamais mieux servi que par soi-même, non ?
Et l’avenir montrera qu’ils ont bien eu raison parce que, finalement, ça va être très facile du début à la fin de l’histoire. Les chapitres de deux ou trois pages constituent chacun une étape de l’aventure, mais ils s’en sortent toujours aisément. Je n’y ai donc pas du tout adhéré. Même quand quelqu’un meurt, outre le fait que je m’en fichais puisque mon affection pour eux était inexistante, ça semble quand même bidon vu que la moitié de l’équipe devrait être crevée depuis des jours.
(En bonus, une autre décision aberrante : ils campent, ils font des tours de garde pendant la nuit – ce qui m’a étonné de leur part tant ça semble sensé – sauf que le mec de garde file son épée pour que le magicien aille travailler à la rendre magique pendant la nuit. Pratique, en cas de pépin. C’est un détail, mais trop de détails similaires tuent l’histoire.)

Ensuite, c’est plein de bons sentiments. C’est bien, les bons sentiments, mais c’est quand même un peu niais parfois. Quand je dis les bons sentiments, il y en a un surtout dans ce roman : la confiance. J’ai confiance en toi, aie confiance en moi, notre groupe est basé sur la confiance… Extrait choisi : « « (…) Ramèneras-tu l’équilibre ? Nous, puissant esprit lunaire, nous l’espérons. Nous faisons confiance à ton instinct, à ton cœur. Tu as su triompher des épreuves pour venir jusqu’ici, c’est donc que tu mérites toute notre confiance. Sache qu’il y a différentes façons de vaincre. Nous te laissons le choix… »
La voix s’estompa. Glad savait que ceci était un gage de confiance, comme un avertissement. »
Et c’était ainsi avant l’extrait et ça continue après. Au bout d’un moment, j’avais envie de hurler à chaque fois que je lisais le mot « confiance ». C’est bien, la confiance, mais il ne va pas falloir m’en parler pendant quelques jours, j’ai fait une overdose.

Et sinon, on en parle des femmes ? Je vais me contenter d’une seule (c’est qu’il y en a tellement… Deux. Trois en comptant la femme d’un des personnages qui doit avoir deux lignes de dialogues à tout casser.). Onuca. Combinaison moulante qui sera déchirée pour révéler un tatouage sur la poitrine, généreuse bien sûr et qui ne manquera pas d’être inopinément pressée contre le héros. Appelée uniformément « jolie guerrière » ou « jolie princesse ». Je pense que vous voyez le tableau. Personnellement, quelques soupirs m’ont échappé.

Cependant, je dois dire que pendant longtemps je me suis dit que c’était un roman qui pouvait trouver son public. C’est rythmé, sans temps mort, l’immersion est facile avec un univers familier et des explications à chaque notion nouvelle (c’est sûr que ce n’était pas Le livre des martyrs…). C’est de la fantasy classique, mais pourquoi pas pour un premier pas dans cette littérature.
Je suis très nulle pour évaluer à partir de quel âge tel ou tel livre peut être conseillé car j’ai lu très jeune de la littérature adulte (ah, raconter les scènes de torture des Rois maudits à la récré…), mais je me disais que pour des 10-11 ans, ça pouvait le faire. Du moins jusqu’à la scène de cul du roman qui m’a semblée bien explicite. Mais encore une fois, je ne sais pas juger ce genre de chose vu qu’il devait bien avoir du sexe dans Les Rois maudits et mes autres lectures de jeunesse.

Parlons de l’écriture à présent. On pourrait dire que ce qui m’a déplu relève d’une écriture très orientée jeunesse. Peut-être. Peut-être que ce n’est qu’une question d’appréciation, mais ça sonnait faux. Je suis désolée de le dire, mais je n’ai pas trouvé ça bien écrit. C’est très exagéré à la fois dans le drama (avec notamment des « NON ! » déchirants à tout-va) et dans la légèreté (le gars qui, une fois dans le château du fameux nécromancien, avec un des leurs immobilisé en prime, te sort « En route, l’ennemi nous attend. », je suis désolée mais ça me sort de l’histoire : tu es dans une cour de récré ou tu vas tuer un mec cent fois plus fort que toi ?).
Je pourrais parler de la typographie, de l’abus des points de suspension, des alinéas aléatoires, mais encore une fois… détails.

Ce n’est pas souvent que j’écris une chronique aussi négative et je m’en sens presque désolée pour ce petit roman. Cependant, je ne peux pas m’inventer des sentiments différents et ce roman n’a pas su me convaincre. Sur aucun point, ce qui tend à en faire une lecture exceptionnelle tant c’est rare.
Evidemment, aussi négatif soit-il, ce n’est que mon avis. D’autres personnes ont apparemment adoré ce roman, certains trouvent la couverture belle, comme quoi, tout est subjectif et peut-être que je suis totalement passée à côté d’un bon roman.

« – Et maintenant, que devons-nous faire ? demanda Glad.
– Crois en ton instinct comme je crois en toi…
– Cloïd… je suis ravi de partager ce moment avec toi. Et je voudrais en partager encore beaucoup d’…
– Je serai toujours à tes côtés, petit frère. Quoiqu’il arrive, tu ne dois penser qu’à une seule chose pour l’instant.
– Arrêter la guerre… répondit Glad, d’un air détaché en baissant la tête.
– Non…, dit Cloïd en posant la main sur l’épaule de son frère.
Glad releva la tête pour voir les yeux de son aîné remplis d’une détermination sans faille. Cloïd prouvait par ce regard qu’il avait une entière confiance en Glad. Il finit sa phrase, ne quittant pas son frère des yeux.
– Faire ce qui te semble juste…
 »
Ce passage… Je ne sais pas si c’est moi, la nervosité d’arriver à la fin, l’exténuation mentale, mais je suis incapable de le lire sérieusement, il fait naître en moi une irrépressible envie de faire la nouille.

Chroniques d’Espérance, Lobo Grant. H.Tag/Faralonn éditions, 2018. 283 pages.

Mini-chroniques : la fournée du mois de mai

Deux mots sur quelques lectures du mois passé : des romans, une bande-dessinée et un documentaire…

***

 La nuit des lucioles, de Julia Glass (2014)

La nuit des lucioles (couverture)

Kit, sans emploi, est englué dans une inertie qui l’empêche d’avancer. Sa femme le pousse alors à entreprendre la quête de ses origines, lui qui n’a jamais connu son père. C’est le début d’une quête familiale. Une quête qui m’a passionnée, je l’avoue. J’ai lu certains commentaires reprochant à ce livre des longueurs, mais, en ce qui me concerne, ça ne m’a pas freinée une seconde. J’ai adoré suivre ces personnages – le point de vue changeant au fil des parties – et l’autrice prend le temps d’explorer leur psychologie, leur passé, leurs regrets, leurs doutes, leurs espoirs. Effectivement, il ne faut pas rechercher des rebondissements éclatants ou des révélations tonitruantes. On sait dès l’incipit, avant même de rencontrer Kit, qui était son père.
Mais ce qui m’a entraînée, ce sont ces rencontres, ce ballet humain qui s’étale sur quatre générations ; ces paysages, de la montagne à la mer en passant par la campagne ; ces personnalités, ces âmes en quête de réponses. Ça parle de la famille, de la vieillesse, des questions lancinantes, de l’amour, de la paternité, du couple, des rencontres qui changent la vie, du temps qui passe.
J’ai adoré me laisser bercer par l’écriture agréable de Julia Glass, passer du temps avec les personnages et apprendre à les connaître. Une très bonne lecture qui dormait dans ma PAL depuis sept ans…

La nuit des lucioles, Julia Glass. Éditions des Deux Terres, 2015 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Damour. 571 pages.

***

Peau d’Homme, d’Hubert (scénario) et Zanzim (dessin) (2020)

Peau d'homme (couverture)

Difficile d’être passée à côté de cette BD depuis sa sortie tant elle est encensée de tous côtés. Et je dois, à mon tour, confirmer que c’est bien mérité. Cette histoire de fille qui enfile une peau d’homme – un héritage familial un peu particulier, il faut l’avouer – et va ainsi s’éveiller et apprendre à penser par elle-même est tout d’abord très intelligente. Ça parle donc, avec beaucoup de subtilité, du couple, de genre, du respect mutuel, de la religion et ses excès, des relations amoureuses, de liberté et d’égalité.
Mais c’est également une excellente histoire, bien écrite et non dénuée d’humour, d’où naissent un attachement fort aux protagonistes et une irrésistible envie de connaître la suite et fin. La plongée dans la Renaissance italienne constitue un décor fascinant et original, monde de liberté et de création artistique mais encore soumis au poids de la religion.
Alors que je craignais la simplicité des illustrations, j’ai été séduite par le dessin très coloré de Zanzim. De plus, ses traits quelque peu sinueux apportent une grâce indéniable à ses personnages.
Bref, un vrai coup de cœur !

Peau d’Homme, Hubert (scénario) et Zanzim (dessin). Glénat, coll. 1000 feuilles, 2020. 160 pages.

***

Sorcière : de Circé aux sorcières de Salem, d’Alix Paré (2020)

Sorcière (couverture)

Un petit documentaire que j’avais repéré en librairie avant d’avoir la chance de le recevoir grâce à une Masse Critique Babelio (merci aux organisateurs et aux éditions du Chêne !) et que j’ai vraiment aimé picorer.
Quarante œuvres d’art (majoritairement des tableaux mais pas seulement) autour de la figure de la sorcière sont ici présentées et accompagnées d’une notice sur une page. Celle-ci évoque aussi bien l’œuvre, expliquant les symboles, attirant notre attention sur des détails, que l’évolution de la représentation des sorcières au fil des siècles, avec le bestiaire, les anecdotes et les histoires qui ont inspirées les artistes.
Ça reste assez succinct, donc si vous cherchez tout un essai, passez votre chemin, mais en ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié partir à la (re)découverte de tableaux plus ou moins célèbres. La diversité des œuvres et des styles permettront sans doute à chacun·e d’y trouver ses favoris, ceux qui nous toucheront plus que les autres.
Aborder l’art au travers d’une thématique évidemment fascinante, parler de ces femmes tantôt détestées tantôt admirées sous le prisme de leur représentation graphique : me voilà séduite par cet ouvrage d’art sans prétention !

Sorcière : de Circé aux sorcières de Salem, Alix Paré. Éditions du Chêne, 2020. 107 pages.

***

Le Livre des mots (3 tomes), de J.V. Jones (1995-1996)

Mai a été l’occasion de finir ma lecture de cette trilogie de fantasy. Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas LA trilogie à lire même si ce n’est pas désagréable.
L’intrigue reste somme toute très classique : une lutte pour le pouvoir, des complots, un élu avec sa prophétie, de la magie… De même, les personnages sont plutôt manichéens, même si quelques nuances se glissent heureusement ici ou là, venant un peu tempérer leur côté tout gentil ou tout méchant. Cependant, j’ai pris plaisir à les côtoyer et à observer leurs évolutions, parfois bienvenues. Je pense notamment à Melli dont le côté naïf du premier tome ne manquait pas de me faire lever les yeux au ciel mais qui devient plus forte et déterminée dans les deux autres volumes tout en cessant de se laisser berner à chaque rebondissement. C’était ainsi plaisant, dans la seconde moitié du dernier tome, de se rendre compte du chemin parcouru (même si la fin est assez peu surprenante…).
Ainsi, en dépit de ces quelques facilités scénaristiques, j’admets que je n’ai pas boudé mon plaisir à cette lecture divertissante et dynamique. Les changements de points de vue attisent la curiosité en faisant avancer l’action à plusieurs niveaux. J’ai toujours eu envie de connaître la suite et c’est une lecture qui m’a bien changé les idées (ce qui correspondait tout à fait à mes envies quand j’ai entamé ma lecture).
Ce n’est pas la trilogie du siècle, elle ne renouvelle rien (peut-être était-elle plus originale à sa sortie), mais ça reste agréable à lire !

Le Livre des mots, J.V. Jones. Le Livre de poche, 2007-2008 (1995-1996 pour l’édition originale. 2005-2007 pour la traduction française. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Guillaume Fournier.
– Tome 1, L’enfant de la prophétie, 762 pages ;
– Tome 2, Le temps des trahisons, 851 pages ;
– Tome 3, Frères d’ombre et de lumière, 882 pages.