Mini-critiques : un recueil de nouvelles, un album et une BD

Je vous propose trois petites chroniques sur mes dernières lectures un peu miton-mitaine de 2022 : certaines m’ont davantage plu que d’autres, mais aucune n’est exempt de points négatifs alors qu’il y a une autrice et un scénariste que j’affectionne tout particulièrement (personne n’est infaillible !). C’est parti pour le tour des qualités et des défauts de 600 jours d’Apocalypse, Tout un monde d’animaux et Mauvais sang.

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600 jours d’Apocalypse,
de Rozenn Illiano
(Oniro Prods, auto-édition, 2019)

600 jours d'Apocalypse (couverture)Une nouvelle lecture du Grand Projet dans ma besace avec ce recueil de nouvelles qui complètent la série Town et le roman Onirophrénie également lus en 2022. Un livre compagnon qui nous fait retrouver Élias, Oxyde, Francesca, Saraï (personnage d’Elisabeta), Ana, Chester et Lili et Lucifer.

C’est un livre sympathique car il est toujours agréable de côtoyer un peu plus longtemps des personnages que l’on affectionne ; ce petit tour des différents protagonistes permet de mieux ressentir leur vécu de cette catastrophe, de les fréquenter le temps d’un instant, un épisode de vie pendant ces six cents jours dévastés. Cependant, je pourrais le qualifier de dispensable malgré tout, Town se suffisant à elle-même. Ce n’est à mon avis pas un livre pour découvrir l’univers de Rozenn Illiano à mon goût et plaira plutôt aux lecteurs et lectrices de Town (au minimum).
Je ne suis pas friande de nouvelles : pour réellement me plaire, elles doivent être particulièrement impactantes et rares sont les auteurs et autrices à parvenir à me convaincre inconditionnellement (même si j’aime leurs œuvres à côté de ça). Ici, les premières ne me marqueront guère, et j’ai noté une certaine redondance dans les descriptions des paysages apocalyptiques qui a légèrement gâché mon plaisir.

Je retiendrai néanmoins deux textes que j’ai vraiment appréciés.
Tout d’abord, la nouvelle « Au bout de la route » avec Lili et Chester. Un moment d’apaisement et de relâchement, de plaisanterie et de confiance, sans nier la terreur alors que la fin du monde approche à grands pas. Une connivence inattendue, un lien qui se tisse même s’il semble dérisoire face au néant qui se profile à l’horizon.
Ensuite, la novella « Mille chutes » qui donne la parole à un personnage aussi mystérieux que fascinant, Lucifer. Un personnage qui reste lointain dans Town, avec des motivations aussi insaisissables que sa personne, un discours dont on ne sait le vrai du faux. Alors, certes, cette novella brise un peu ce mystère, le rendant plus accessible, plus faillible, plus humain, mais elle permet également de mieux le connaître, de mieux comprendre l’histoire millénaire qui a conduit à cette fin du monde, les intrications des personnages, les plans célestes et les luttes terrestres pour les contrer, ainsi que l’histoire de Chester.

Un ouvrage plaisant, bien que facultatif : un bonus pour prolonger un peu la route.

« Maintenant, je pense que l’amitié est une chimère. L’amour aussi, sans doute. Étrangement, ce sont les amitiés perdues qui m’ont été plus douloureuses. J’aurais voulu avoir un ami d’enfance, comme dans les histoires ou dans les films. L’ami que tu connais depuis toujours, celui avec qui tu grandis et que tu considères comme ton frère… puis au fil des années, tu ne sais plus ce que tu éprouves pour lui, tu mélanges tout, l’amitié, l’amour, le désir, mais ce n’est pas grave parce que tu sais que quoi qu’il arrive, il sera là pour t’aider à déplacer un cadavre en pleine nuit, pour te faire passer un barrage de police à la frontière ou pour t’empêcher de sauter par la fenêtre. Je regrette de ne pas avoir eu cette chance. »
(Au bout de la route)

« J’avais là une unique occasion de retrouver l’un des miens. Car j’étais seul, te souviens-tu ? Durant des siècles, j’étais seul. Je ne pouvais partager avec personne les sentiments ambivalents qui étaient les miens, la joie d’arpenter ce monde et la peine de ne pas en faire partie, l’émerveillement devant tout ce que l’humanité avait à offrir face à la douleur perpétuelle de me savoir loin du Ciel. La Matière était à la fois une bénédiction et une malédiction propres à faire perdre la tête à n’importe qui ; comment s’habituer à ces émotions qui ne cessaient jamais, alors que l’on est né sans ? Comment supporter le battement constant du cœur dans notre poitrine, et le souffle qui va et vient sans fin ? »
(Mille chutes)

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Tout un monde d’animaux : un livre-jeu Deyrolle
(Gründ, coll. Green Gründ, 2022)

Tout un monde d'animaux (couverture)Deyrolle est un cabinet de curiosité parisien (dont j’ignorais l’existence en dépit du fait que je suis passée moult fois dans la rue du Bac qui l’abrite…) et les illustrations de ce livre sont tirées de ses collections pédagogiques. Cet album présente ainsi douze planches colorées célébrant la beauté et la diversité animalières à travers différents milieux : la ferme, l’océan, le jardin, l’Afrique, etc.

Les compositions jouent sur la répétition et la symétrie et ces pages foisonnantes proposent ainsi des jeux de cherche et trouve, d’éléments à compter, d’intrus à repérer, etc., sans compter le temps simplement passé à tout regarder pour ne pas en oublier.
Certaines pages sont extrêmement harmonieuses et agréables à détailler – on les exposerait bien ! – tandis que d’autres sont, à mon goût, un peu moins heureuses en terme de présentation (celles sur les poils, plumes et écailles par exemple, alors que le principe de reconnaissance « à qui cela appartient-il ? » est particulièrement ludique et plaisant.
Sur la page de gauche, un texte rapide introduit la planche tandis que quelques approfondissements – diverses informations sur les animaux représentés – sont offerts en fin d’ouvrages avec les solutions.

Une jolie découverte, ne serait-ce que pour quelques pages particulièrement esthétiques.

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Mauvais sang,
de Loïc Clément (scénario) et Lionel Richerand (dessin)
(Delcourt jeunesse, 2022)

Mauvais sang (couverture)

Issue de la collection des Contes des cœurs perdus, cette bande-dessinée raconte l’histoire de Tristan Tenebrae, vampire coincé depuis mille ans dans un corps d’enfant en proie à d’incommensurables angoisses. Du moins jusqu’à sa rencontre avec la famille Lux… Seconde histoire de vampire de la collection après Chaque jour Dracula, je dois avouer que ni l’histoire ni les illustrations n’ont su me convaincre.

L’intrigue et la narration tout d’abord. Certes, les doutes, inquiétudes et autres terreurs de Tristan sont touchantes et bien rendues dans ce qu’elles ont d’oppressantes et d’abrutissantes. Certes, l’histoire est intelligente, racontant le stress, le confort des habitudes, la solitude, prônant la différence, les familles de cœur quand celles de sang sont défaillantes et la confiance en soi. Néanmoins, le déroulé de l’histoire est beaucoup trop facile, rapide et sans surprise, me faisant nettement ressentir que je ne suis pas forcément le premier public de cet ouvrage (j’avais eu le même sentiment avec Chaque jour Dracula d’ailleurs). De même, la morale finale m’a parue lourde, assénée d’un bon coup de marteau au cas-où elle nous aurait échappé. (De plus, j’étais lassée presque avant de la rencontre de cette énième famille fantasque.)
Quant aux illustrations, je leur reconnais des qualités également : elles sont riches en détails et en clins d’œil, incitant à prendre son temps pour les détailler. Cependant, le trait de Lionel Richerand que je découvre ici n’est tout simplement pas à mon goût, notamment au niveau des couleurs trop ternes et des visages, ce qui m’a plus d’une fois interpellée et sortie de ma lecture (la couverture ne mentait pas à ce niveau-là…).

Ce n’est donc pas le meilleur opus de la série : si je lui reconnais diverses qualités, les défauts ont davantage imprégné mon ressenti vis-à-vis de cette lecture.

La mélancolie du monde sauvage, de Katrina Kalda (2021)

La mélancolie du monde sauvage (couverture)Présent bien inspiré d’une chouette amie, La mélancolie du monde sauvage a été une vraie bonne surprise. J’étais curieuse sans savoir à quoi m’attendre (puisqu’on me l’avait offert, je ne voyais pas l’utilité de lire le résumé puisque j’étais sûre de le lire), or ce livre m’a énormément parlé.

On y suit Sabrina sur quelques décennies. Issue d’un milieu social défavorisé, l’art est une révélation qui la pousse à s’extraire d’un futur apparemment tout tracé. Ses études, ses projets, ses amitiés et ses amours accompagnent ses réflexions tandis qu’en toile de fond se dessine le récit d’une humanité qui court à sa perte.

L’autrice nous embarque sur le fleuve de son existence avec ses soubresauts, ses exaltations, ses interrogations, ses temps de paix, de joie ou de mal-être et d’incertitude. Bien des ellipses sont nécessaires pour faire rentrer tout cela dans un roman de moins de trois cents pages et pourtant il n’en ressort aucun sentiment de frustration, de pas assez, de trop rapide ; ce suivi sur du long terme m’a donné l’impression de connaître intimement Sabrina, et de la comprendre.

Car sans être l’artiste touche-à-touche qu’est Sabrina, je me suis retrouvée dans ses questionnements, dans son cheminement intérieur, dans sa vision du monde et de l’humanité. Sans donner trop de détails pour ne pas tout révéler du récit, je suis passée par des étapes similaires, des désirs comparables, des besoins analogues pour remplir ma vie, et ce roman semble être arrivé dans ma vie, pile au bon moment, celui où il pouvait rentrer en résonnance avec mes réflexions présentes et une vie à la fois souhaitée et possible enfin.
Son éco-anxiété, cette culpabilité face à chacun de nos gestes « coupables envers le vivant », angoisse fortement éprouvée pendant une période de ma vie. Ses interrogations sur l’utilité de l’art dans un monde qui s’effondre, de l’apparemment inutile dans un monde en crise. Ses questionnements sur nos actions : comment trouver du sens ? comment vivre quand tout semble vain ? comment concilier conscience écologique, besoin de sens et joies en dépit de tout ? Ses besoins de simplicité et d’éloignement d’un monde qui court en tous sens.
Je n’ai pas grand-chose à développer car, en réalité, c’est surtout un roman qui a merveilleusement accompagné des idées personnelles, écho fascinant de la « vraie vie ».

J’ai plongé dans ce livre et les mots justes et précis de Katrina Kalda m’ont entraînée sur des chemins réflexifs qui m’ont habité des jours après être parvenue, trop rapidement, à la dernière page. Un roman intelligent et marquant, le récit poignant et captivant d’une femme courageuse et déterminée, en dépit des épreuves de sa vie et de l’effondrement en marche. Une histoire à petite échelle qui dessine notre triste futur sans promettre une solution miracle.

« Humain a toujours signifié dans l’ordre du langage doué d’empathie, capable de faire preuve de compassion. Dans l’ordre de l’action, il est plutôt synonyme de destruction, de prédation et de cruauté. Maintenant que la plupart des grands mammifères ont disparu, et même si les imagiers de nos enfants restent peuplés d’éléphants, de titres et de baleine, désormais aussi imaginaires que des licornes, on peut conclure que la peinture de l’espèce humaine en gardienne et conscience de l’univers a été la plus grande mystification du dernier millénaire. »

« Partout des statues de bronze m’interpellaient. Elles buvaient la lumière, la faisant converger vers elles. Il existait donc une force capable de matérialiser l’esprit, de ramener en plein jour l’obscurité qui habitait chacun de nous, de nous placer devant la réalité de ce qu’est le fait d’être humain. Une force qui agissait de telle sorte que tous les tourments inutiles, toutes les injustices, étaient transcendés et retrouvaient un sens par l’intercession de la beauté. »

« D’ailleurs rien autour de nous n’invitait à la quiétude. Toute notre société était anxieuse, anxieuse et insouciante à la fois, un Janus regardant dans deux directions contraires, un œil hypnotisé par la perspective de la catastrophe, l’autre rivé sur le monde d’hier et l’expansion infinie du confort qu’il promettait. »

« L’alternance de la répétition et du changement, voilà quel était le noyau de la vie humaine. Nous pensions aspirer au changement, mais en réalité nous chérissions la routine. De temps en temps seulement, nous devenions assoiffés de nouveauté. Alors nous partions en vacances, changions de travail, divorcions ou décidions d’aller vivre à l’autre bout du monde, où nous reconstruisions patiemment le cocon protecteur des habitudes. »

« Chaque jour j’apprends les vertus du temps. Je regarde les fossiles incrustés dans la craie, ceux qui remontent quand je retourne un lopin de terre : la moindre chose dans la nature a besoin de temps. Et nous, les artistes, nous les humains, nous voulions que nos entreprises aillent vite. Nous voulions produire, sans nous soucier du fait que rien de vrai ne peut naître d’un substrat mal digéré. J’ai appris à être humble. J’ai appris la joie. J’ai appris qu’elle n’est rien d’autre que le sentiment inconditionnel de la vie qui persiste une fois réduits au silence les bruits qui la rendaient inaudible. La joie est le bruit de la rivière quand les grillons se sont tus et que l’on perçoit à nouveau l’aigu du clapotis, la médiane du courant et les basses du flot sur les grosses pierres. J’ai appris à connaître toutes les pierres de la rivière. J’ai compris que ces pierres n’ont pas besoin d’apprendre à me connaître ; que la nature n’a pas besoin de moi. Que moi seule ai besoin d’elle. »

La mélancolie du monde sauvage, Katrina Kalda. Gallimard, 2021. 274 pages.

Mini-chroniques : René·e aux bois dormants, Le mari de mon frère et L’autre moitié du soleil

Je vous propose trois petites chroniques d’ouvrages ayant accompagné mon automne bien occupé par le déménagement et le nouveau travail. Je n’ai pas eu le temps ou le courage de détailler davantage, mais je souhaitais quand même vous toucher un mot de ces excellentes lectures.

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René·e aux bois dormants, d’Elene Usdin (Sarbacane, 2021)

René·e aux bois dormants (couverture)Un roman graphique étonnant. Tout d’abord, un peu dubitative quand j’ai entamé ses presque 370 pages face à cette débauche de couleurs, cette diversité de techniques de dessin, ces personnages étranges, ses transitions hallucinées… bref, face à ce rendu un peu psychédélique. Puis, je me suis prise au jeu, j’ai accepté le voyage, j’ai accepté de ne pas tout suivre.
Je me suis laissée portée par cet univers fluctuant, où rien – ni l’époque, ni le lieu, ni le genre – n’est acquis ; j’ai apprécié les rencontres surprenantes, les histoires un peu macabres et cruelles, les mythologies inconnues. Enfin, j’ai été touchée par cette histoire identitaire, par ce pan de l’Histoire canadienne, par le parcours tragique de ce petit garçon et de tant d’autres.
Une histoire non linéaire, onirique, colorée et bouleversante. Un roman graphique déroutant certes, mais véritablement atypique, tant dans ses illustrations que dans la construction narrative. Je n’étais pas sûre d’aimer, j’ai été hypnotisée.

Merci Alberte pour cette découverte !

(Quelques planches sur le site des éditions Sarbacane.)

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Le mari de mon frère, de Gengoroh Tagame (4 tomes) (Akata, 2016-2017)

Un manga en quatre tomes qui m’a vraiment attendrie.
Yaichi, père célibataire, voit sa vie bousculée par l’arrivée de Mike, le mari, le veuf de son frère jumeau expatrié depuis des années au Canada. Dans une société japonaise qui ne parle pas de l’homosexualité, Yaichi se voit confronté à ses préjugés, mais Kana, sa fille, est quant à elle plus qu’enchantée de cet « oncle du Canada ».
Je ne peux pas parler de la situation des LGBTQI+ au Japon, je ne suis pas du tout calée sur le sujet, je ne traiterai donc pas de la justesse du manga à ce niveau-là. Cependant, comme je le disais, j’ai été vraiment émue par les interactions entre ces trois personnages : elles constituent la grande force de ce manga. Kana est une fillette spontanée et totalement attachante ; vierge de tout préjugé, elle va sans le savoir aider son père à passer outre son éducation et à voir ce qui est vraiment important. Mike est ouvert et parfait dans son rôle de tonton tandis que Yaichi – personnage masculin sortant des clous également ! – tient le rôle le plus étoffé, celui qui connaît une véritable évolution (même si je précise qu’il n’était pas franchement homophobe, plutôt… ignorant et pudique). La compréhension de l’autre et la connaissance de la personne qu’est Mike au-delà d’une étiquette vont lui permettre de faire son deuil et tout ce cheminement intérieur est magnifiquement mené tout au long de ces quatre tomes.
Malgré cette dernière phrase qui pourrait laisser suggérer une lecture un peu pesante, ce n’est pas le cas du tout : la tonalité est plutôt légère et bienveillante. On ne tombe pas dans des schémas un peu classiques et le regard innocent de Kana est vraiment un angle d’attaque très doux et plaisant sans pour autant rendre le tout niais.
Je l’ai lu à une période où j’avais peu de temps à consacrer à la lecture, mais ça a été un plaisir de passer un peu de temps avec eux le temps de quelques soirées. C’est très intelligent, globalement attendrissant, parfois amusant, et la fin était totalement bouleversante, je dois bien l’avouer.

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L’autre moitié du soleil, de Chimamanda Ngozi Adichie (Folio, 2016. 2006 pour l’édition originale)

L'autre moitié du soleil (couverture)

Après mon excellente lecture d’Americanah il y a presque trois ans, il était temps que je lise cet autre roman de la célèbre autrice nigériane qui raconte la guerre du Biafra et les années qui l’ont précédée, à travers le quotidien d’Olanna et Kainene, deux sœurs fraîchement rentrées d’Angleterre où elles avaient suivi leur cursus universitaire, d’Odenigbo, universitaire engagé, d’Ugwu, jeune boy de treize ans, de Richard, Anglais tombé fou amoureux de ce pays, de son histoire et de ses arts.

Encore une fois, une excellente lecture pour laquelle je pourrais reprendre les mots de ma chronique d’Americanah bien que ces romans soient bien différents (ce qui serait plus simple car, le livre quelque part dans un carton et mes notes égarées dans le déménagement, j’avoue avoir du mal à poser des mots sur cette lecture vieille de plus de deux mois …).
Chimamanda Ngozi Adichie nous immerge dans le Nigeria des années 1960 et 1970 et m’a permis d’en savoir plus sur cette guerre dont je ne savais pas grand-chose, je l’avoue (à part la famine liée à ce conflit). En l’abordant par le prisme de l’intime – des histoires individuelles bouleversées par la guerre civile –, elle facilite l’entrée dans ce pan de l’Histoire nigériane (en tout cas, elle m’a immédiatement captivée) et le résultat est bouleversant grâce à ces personnages vivants et touchants, contradictoires, faillibles, humains, vrais. L’immersion dans la sauvagerie de la guerre – la brutalité, la famine, la peur et l’espoir qui se mêlent sans cesse, la perte, les inévitables exactions… – est intense et terrible.
La diversité d’âge, de situation, de nationalité, permet de tracer un riche portrait des interactions sociales : privilèges de classe, colonialisme, discrimination, préjugés et tensions entre ethnies, la lutte entre éducation et superstitions…  Avec les deux couples – non conventionnels – qui constituent le noyau des personnages, c’est également un récit sur le couple, ce qui le porte, ce qui le construit, ce qui le renforce ou le détruit. C’est enfin un roman sensoriel, porté par les bonnes odeurs des plats d’Ugwu, chauffé par la lumière brûlante du soleil dans laquelle flotte la poussière des chemins…
L’écriture de Chimamanda Ngozi Adichie est une nouvelle fois d’une grande efficacité : fluide, vibrante, précise, marquante. Grâce à elle et à ces personnages, plus qu’instructif, ce roman s’est révélé puissant, éloquent et déchirant.

« La famine était une arme de guerre nigériane. La famine a brisé le Biafra, a rendu le Biafra célèbre, a permis au Biafra de tenir si longtemps. La famine a attiré l’attention des gens dans le monde et suscité des protestations et des manifestations à Londres, à Moscou et en Tchécoslovaquie. La famine a poussé la Zambie, la Tanzanie, la Côte d’Ivoire et le Gabon à reconnaître le Biafra, la famine a introduit l’Afrique dans la campagne américaine de Nixon et fait dire à tous les parents du monde qu’il fallait finir son assiette. »

« C’était comme s’il saupoudrait du piment sur sa plaie : des milliers de Biafrais étaient morts et cet homme voulait savoir s’il y avait du nouveau sur la mort d’un Blanc. Richard écrirait là-dessus, sur cette règle du journalisme occidental : cent Noirs morts égalent un Blanc mort. »

Prochaine lecture (dans deux-trois ans probablement…) : L’hibiscus pourpre !

Les Rougon-Macquart, tome 5, La Faute de l’abbé Mouret, d’Emile Zola (1875)

Lu dans le cadre du meilleur des rendez-vous aka Les Classiques, c’est fantastique. (Oui, l’image indique un prénom dans le titre, mais le bilan d’octobre stipulait un nom et/ou un prénom !) (Je voulais lire aussi un titre-prénom, mais je n’ai pas eu le temps…)

Les classiques c'est fantastique - Titre prénom

Ce tome fait directement suite au précédent et met en scène le jeune fils de couple Mouret, Serge, abbé fraîchement installé aux Artauds – hameau nommé d’après ses habitants, une seule et même grande famille. Farouchement dévot, il enchaîne rites dans une église déserte et visites à des incroyants invétérés jusqu’à ce qu’une fièvre le terrasse. Or, au cœur de ce pays aride – tant par le climat que par le tempérament de ses ouailles –, s’étend un jardin d’Eden, parc abandonné d’un manoir délaissé où il sera soigné par une jeune fille, Albine.

La Faute de l'abbé MouretZola n’est pas tendre envers le catholicisme qui est au cœur de cet opus avec son cortège d’interdits abscons, de morales rigoristes, d’adoration aveugle. Aux côtés d’un Frère Archangias au prénom évocateur, homme obtus, misogyne et violent, franchement détestable du début à la fin, l’abbé Mouret apparaît ridicule dans sa pudibonderie, son refus d’approcher la vie, les animaux, dans cette manie religieuse de voir l’impur dans la nature, dans ses défaillances physiques et dans sa passion mystique pour la Vierge. Puis, les souffrances psychiques, la mortification que s’impose l’abbé Mouret, en refusant l’amour, en reniant ses sentiments, en favorisant la dévotion à une entité fictive, apparaîtront tout aussi incompréhensibles à l’athée que je suis – et que sont bon nombre de personnages autour de lui !

Pour son plus grand malheur, le voilà entourée de deux jeunes filles pleines de vie : sa sœur Désirée, une « innocente » qui habite avec lui, et Albine, la nièce de l’intendant du Paradou. L’une amoureuse des bêtes, l’autre de la verdure du Paradou ; l’une s’occupant de sa basse-cour, l’autre courant les bois et les prés ; l’une sans crainte du fumier, l’autre des ronces et des chardons ; toutes deux se régalant de la fécondité de la nature et s’y épanouissant de plus belle. Aussi fortes, roses, résistantes, qu’il est frêle, pâle et timoré.

Le premier livre raconte la dévotion et la religion rigoriste, le second la convalescence qui se développe en une réécriture de la Genèse. (Le troisième et dernier livre parle quant à lui du dilemme et du déchirement de Serge/l’abbé Mouret entre son amour pour Albine et sa foi.) Or, la transition entre ces deux premiers livres est un peu déstabilisante et surprenante car le revirement est profond, total même, et donc déconcertant. Je l’avoue, au début, je me suis parfois demandée où étaient passés les autres protagonistes, la foi dévorante de l’abbé Mouret… et où Zola était en train de m’emmener.
Car, avec un petit saut dans le temps, voici l’abbé Mouret redevenu Serge. Avec la maladie de Serge soigné par Albine, nous passons de l’aridité de la religion à la douceur généreuse de la nature. Leur amour innocent (du moins, au début, la nature de la faute n’étant pas une surprise) m’a rappelé celui de Miette et Silvère dans La Fortune des Rougon.
Deux « enfants » (de 16 et 26 ans…) naïfs, un peu fatigants avec leurs jeux et leurs cris, d’une innocence poussée à l’extrême. Pureté et chasteté découvrant les sentiments amoureux et le désir dans un Paradis, isolé de tout et de tous, seulement peuplé de mille plantes et bêtes paisibles. Je regrette d’avoir parfois eu du mal à y croire, à croire à leur innocence pleine et entière qui m’a quand même paru bien mièvre par moments. J’ai ressenti une certaine platitude et quelques longueurs dans cette seconde partie.

Écho démultiplié de la serre de La Curée, la nature, derrière le mur du Paradou, est un lieu sensuel, vivant, vibrant de vie et de sensations. Un lieu protecteur par son isolement et tentateur par ses musiques, ses senteurs, ses frôlements, le sucre de ses fruits… Un endroit qui ne peut être qu’inquiétant pour ce jeune abbé fragile, désireux d’être tout à son âme et loin de son corps. Opulence, moiteur, ombres, quand il recherche une vie rude, spartiate, dans la sécheresse caillouteuse des Artauds.
Après avoir décrit avec précision les rituels religieux – costumes, accessoires, gestes, texte… –, ce roman parle de mille façons de la nature, de la végétation, du paysage, de l’eau et du soleil que Zola sublime parfois, anthropomorphise souvent, y voyant des allures de femmes, des soupirs, des amours, des invitations charnelles… Et puis, Zola étant Zola, ce sont aussi d’interminables énumérations botaniques à travers les différentes atmosphères du parc. Découvrant avec les deux jeunes gens le parterre, le verger, les prairies, la forêt, les sources, nous croisons la route de dizaines d’espèces d’arbres fruitiers, de fleurs des champs, de résineux ou de feuillus, de plantes grasses ou aromatiques… En dépit d’un côté un peu « catalogue » par moments, il y a tout de même de très beaux moments contemplatifs.

Ce roman confronte la religion et la nature, la mort et la vie, la frugalité d’une vie dédiée à Dieu et les sentiments dans un drame qui n’est pas dénué de lyrisme. Sans avoir été une entière déception, je suis un peu déçue de cette lecture. Sans être dépourvue d’empathie à son égard, je dois avouer que le personnage principal, qu’il soit Serge ou l’abbé Mouret, m’aura fait soupirer d’ennui et/ou d’exaspération à plusieurs reprises (je lui ai préféré des personnages secondaires comme Albine, Désirée, la Teuse (la bonne du curé ♪), ou le docteur Pascal). C’est là le point noir de ce roman qui transforme ce dilemme en histoire parfois un peu fade.

« Ils naissaient, ils mouraient, attachés à ce coin de terre, pullulant sur leur fumier, lentement, avec une simplicité d’arbres qui repoussaient de leur semence, sans avoir une idée nette du vaste monde, au-delà de ces roches jaunes, entre lesquelles ils végétaient. Et pourtant déjà, parmi eux, se trouvaient des pauvres, des riches ; des poules ayant disparu, les poulaillers, la nuit, étaient fermés par de gros cadenas ; un Artaud avait tué un Artaud, un soir, derrière le moulin. C’était, au fond de cette ceinture désolée de collines, un peuple à part, une race née du sol, une humanité de trois cents têtes qui recommençait les temps. »

« Cependant, le cabriolet suivait de nouveau le chemin creux, le long de l’interminable mur du Paradou. L’abbé Mouret, silencieux, levait les yeux, regardait les grosses branches qui se tendaient par-dessus ce mur, comme des bras de géants cachés. Des bruits venaient du parc, des frôlements d’ailes, des frissons de feuilles, des bons furtifs cassant les branches, de grands soupirs ployant les jeunes pousses, toute une haleine de vie roulant sur les cimes d’un peuple d’arbres. Et, parfois, à certain cri d’oiseau qui ressemblait à un rire humain, le prêtre tournait la tête avec une sorte d’inquiétude. »

« L’abbé Mouret ne put tenir davantage, dans la chaleur qui montait des portées. La vie, grouillant sous ce poil arraché du ventre des mères, avait un souffle fort, dont il sentait le trouble à ses tempes. Désirée, comme grisée peu à peu, s’égayait davantage, plus rose, plus carrée dans sa chair. »

« – C’est étrange ; avant d’être né, on rêve de naître… J’étais enterré quelque part. J’avais froid. J’entendais s’agiter au-dessus de moi la vie du dehors. Mais je me bouchais les oreilles, désespéré, habitué à mon trou de ténèbres, y goûtant des joies terribles, ne cherchant même plus à me dégager du tas de terre qui pesait sur ma poitrine… Où étais-je donc ? qui donc m’a mis enfin à la lumière ?
Il faisait des efforts de mémoire, tandis qu’Albine, anxieuse, redoutait maintenant qu’il ne se souvînt. »

« Et, cependant, ils ne trouvaient dans le parc qu’une familiation affectueuse. Chaque herbe, chaque bestiole, leur devenaient des amies. Le Paradou était une grande caresse. Avant leur venue, pendant plus de cent ans, le soleil seul avait régné là, en maître libre, accrochant sa splendeur à chaque branche. Le jardin, alors, ne connaissait que lui. »

Les Rougon-Macquart, tome 5, La Faute de l’abbé Mouret, Emile Zola. Typographie François Bernouard, 1927 (1875 pour la première édition). 446 pages.

Les Rougon-Macquart déjà lus et chroniqués :
– Tome 1, La Fortune des Rougon ;
– Tome 2, La Curée ;
– Tome 3, Le Ventre de Paris ;
– Tome 4, La Conquête de Plassans.

Demain, le jour, de Salomon de Izarra (2022)

Demain, le jour (couverture)1936, un train déraille dans les Vosges. Trois survivants seulement. En quête de secours, ils parviennent dans un petit village isolé dans la forêt. Sauf que celui-ci semble la proie d’une malédiction et de deux créatures maléfiques. Pourquoi eux seuls ont survécu ? Pourquoi sont-ils piégés ainsi ?

Dès que j’eus tourné cette couverture sobre et mystérieuse, j’ai été frappée par une belle plume, avec son vocabulaire soigné et son attention à créer des voix distinctes, et une atmosphère immersive.

C’est un roman constitué de trois voix d’abord, celles des survivants. Le journal écrit de Paul Rudier, au ton gouailleur quoique cultivé, intelligent et rude, parfois cru. La prose soignée de la correspondance de Suzanne Garcin, fille de bonne famille. Les enregistrements phonographiques d’Armand Létoile, que l’on pourrait peut-être reprocher d’être trop bien écrit, de manquer d’une touche d’oralité. Puis s’ajoutent les pensées d’Armand Brémont, succession de réflexions, flux bondissant de mots, images et mots-valises.

Nous sommes en 1936. L’empreinte de la Grande Guerre est toujours là, tâchant les âmes et les souvenirs, quel qu’ait été le rôle de chacun dans cette boucherie absurde, tandis que le spectre d’Hitler et du conflit à venir – menace confuse niée par certains, redoutée ou attendue par d’autres – se profile à l’horizon.
L’ambiance est sombre, un peu poisseuse. Relents de boue, de mort et de comportements plus que douteux. Les personnages sont des survivants à plus d’un titre et leur passé est rempli de ces nuances qui fabriquent des psychologies riches et travaillées et, de là, attachantes, à commencer par Paul, l’amoureux de la littérature et pourtant salaud de première…
Même si l’on s’échappe souvent de l’histoire présente à travers les récits personnels, les passages dans le village sont oppressants comme tout bon huis-clos et les apparitions des créatures – dont l’auteur n’abuse pas – sont véritablement marquantes. Précisons que le résumé est un peu trompeur car le récit est finalement constitué de plus de flash-backs à travers les regards en arrière des personnages que de cette intrigue surnaturelle.

Cependant, deux-trois points m’ont malheureusement gênée au fil de ma lecture.

Dans un premier temps, j’ai été prise par ces histoires familiales compliquées, ces familles qui, pour certaines, cachaient sous un vernis lisse des relations parents-enfants conflictuelles, traumatisantes. Récit du poids des attentes familiales, du milieu social qui colle à la peau de certains comme la terre humide aux bottes, du mépris de classe, d’un enfermement intellectuel et des ruades furieuses pour s’en sortir, de l’identité et des rêves d’un avenir à sa mesure…
Sauf que tout vient surtout des mères : des désirs d’abandon, des humiliations, des pressions intolérables, des brimades… Tout est la faute de la mère apparemment (les pères ont beau être tout aussi défaillants, c’est uniquement à cause de leur lâcheté, leur faiblesse, leur soumission à leur femme, les pauvres…). Certes, cette belle unicité dans le passé des personnages a une raison d’être, mais j’ai fini par être agacée face aux portraits féminins en général. Car d’une manière plus générale, tout semble de la faute des femmes – mères, compagnes… – qui « ne semblent exister que pour mieux faire souffrir les hommes à grands coups d’excuses et de pitoyables justifications, dans le seul besoin d’occulter leurs propres travers. Une lâcheté effrayante qui nourrit leur perdition et leur égoïsme. »
De la même manière, Suzanne et l’amie à qui elle écrit ont subi « un abus ». Elle ne cesse d’y faire allusion à mots couverts dans sa lettre, le moment où elle en parle à Armand est comme éludé, survolé, comme si un voile de pudeur était jeté dessus alors que les hommes racontent leur vie dans les détails. J’ai surtout eu cette sensation d’un ajout « dans l’air du temps » que l’auteur ne savait pas vraiment comment traiter. D’ailleurs, je suis bien obligée de reconnaître que, parmi les quatre personnages principaux – trois hommes et une femme –, Suzanne est la seule qui m’a laissée assez indifférente car elle est, à mes yeux, moins bien campée que les hommes.

De plus, l’histoire paranormale ne semble être qu’un prétexte, une toile de fond réunissant des personnages dont l’auteur avait apparemment très envie de raconter la vie, sans forcément savoir comment la présenter. Que le cadre soit un prétexte ne me dérange pas – c’est un peu le cas dans Dans la forêt que j’avais adoré –, mais dans celui-ci, j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose d’artificiel et d’un peu lourd dont la façon dont les personnages se racontent (quoique cela colle bien avec le protagoniste égocentrique qu’est Paul).
Certains passages détonnent vraiment, allant jusqu’à me sortir de ma lecture. Tout d’abord, Suzanne retranscrivant dans une lettre le récit de la vie d’Armand à la première personne et avec moult détails et dialogues comme si elle l’avait vécue. Ensuite, Suzanne toujours qui, ayant décidé de tenter sa chance à travers la forêt, écrit : « Toutefois, il [Paul] me laisse suffisamment tranquille pour que je finisse de t’écrire. Je doute de le refaire, il faudra que j’aie tous mes sens en éveil. », puis ligne suivante : « Je suis partie en silence (…) » alors qu’elle est dans la forêt, la fin de la lettre ne laissant pas de doute, elle y est toujours. Qui écrit une lettre dans la forêt alors qu’il y a potentiellement des monstres, des mystères et qu’elle ne sait pas pour combien de temps elle en a à sortir de là, si tant est qu’elle y arrive ?
Quant à cette fin, elle me laisse très partagée. Si je la trouve plutôt marquante visuellement parlant, elle me laisse un goût de « tout ça, tout ce suspense, tous ces mystères, pour ça » (tant au niveau du « pourquoi ? » que du « comment ? ») qu’il est difficile de préciser sans divulgâcher.

Ce roman reçoit d’excellentes critiques que je ne partage pas vraiment, même si je l’ai lu sans déplaisir et sans heurt (en dépit de cette petite voix soulignant  les bémols). Si je lui reconnais certaines qualités en termes d’écriture, de thématiques, de construction des personnages principaux (masculins) et de l’atmosphère, je n’ai pas été complètement emballée par l’histoire, également pénalisée par les personnages féminins et certaines lourdeurs.

Pour une critique beaucoup plus sévère que la mienne, je vous invite à vous rendre chez Alberte : on se retrouve sur plusieurs points, mais on a tout de même quelques divergences (que voulez-vous, je suis juste plus gentille, hein, tata Alberte ?!).

« J’avais toujours jalousé les riches, les friqués, ceux qui portent de jolis costumes et passent en vous ignorant car ils ne peuvent pas vous voir ; toute mon enfance et mon adolescence, j’avais senti ce gouffre entre eux et nous, eux qui font le monde et nous qui servions de décor et bras pour leurs jolies idées. »

« C’est là que je compris définitivement le pouvoir des mots ; au moment où ils bouleversèrent mes horizons. Comme ma rencontre avec Aurore, qui me fit réaliser à quel point ma vie passée était plus que jamais un pitoyable gâchis. Que sont l’ivresse et les putains, un territoire et du respect, lorsque l’on sait que tout cela est éphémère ? Tiens, rien que ce terme « éphémère », n’est-il pas grandiose ? avec sa prononciation, tout en « e » montants et glissants à mesure que les incisives frottent le long de la lèvres inférieure… ça en dit long sur le caractère tristement bref de ce qu’il désigne. C’est un souffle, l’existence même. Alors, quitte à vivre, autant vivre pleinement et d’autres vies que la sienne – par la lecture, les auteurs ! Bon Dieu, c’est si simple à comprendre, si facile à faire, si limpide à saisir… et il m’a fallu tant d’années pour le réaliser. »

« Lorsque je m’y installai, je ne songeai pas à l’emplacement du lit, de la table ou d’une armoire, non : je songeai à ma bibliothèque. Où la poser ? Quels ouvrages acheter, voler, posséder et, surtout, où les mettre ? Dans quel ordre ? Et très vite j’eus un mur couvert de livres. On ne réalise pas le plaisir à avoir en sa possession des ouvrages qui nous ressemblent. D’ailleurs, ne comprend-on pas une personne en ne considérant que ses lectures ? »

« Et quels génies se cachaient ici – et où ? Des amis des mots et de la couleur, des passeurs de savoirs et des transmetteurs d’idées de brillants professeurs et au-diable-le-reste ! mais non non non. Étudier d’abord et surtout pour l’A-V-E-N-I-R. Ces six lettres amicales qui une fois soudées deviennent leitmotiv-propagande de pèremère. »

Demain, le jour, Salomon de Izarra. Éditions Mnémos, label Mu, 2022. 263 pages.