Frangine, de Marion Brunet (2013)

Frangine (couverture)Après le coup de cœur Dans le désordre et l’impressionnant Gueule du loup, Marion Brunet a encore frappé ! Je reviens aujourd’hui avec Frangine, un nouveau coup de cœur.
Frangine, c’est l’histoire d’une famille. Celle de Pauline et Joachim, le narrateur, et de leurs deux mères, Maman (alias Julie) et Maline (alias Maryline). C’est l’histoire de la bêtise, de l’intolérance et de la cruauté du monde. Mais heureusement, c’est aussi celle de l’amour, de la famille, de l’amitié et de la solidarité.
En rentrant au lycée, deux ans plus tôt, Joachim n’avait pas eu de problèmes : sa stature et son assurance suffisaient à faire taire tous les moqueurs. Ce n’est pas le cas de Pauline qui devient rapidement la souffre-douleur de certains élèves.

« Il faut que je vous dise…

 Raconter ma sœur ne suffit pas.
Me raconter non plus.
J’aimerais vous annoncer que je suis le héros de cette histoire, mais ce serait faux.
Je ne suis qu’un morceau du gâteau, même pas la cerise. Je suis un bout du tout, un quart de ma famille. Laquelle est mon nid, mon univers depuis l’enfance, et mes racines, même coupées.
Je ne suis pas le héros de cette histoire – parce que nous sommes quatre.
Étroitement mêlés, même quand on l’ignore, même quand on s’ignore.

 J’imagine que c’est pareil pour tout le monde : que c’est ça, une famille. »

L’homophobie, l’intolérance, la bêtise, l’ignorance. Tout ça me rend malade. Ce livre m’a rendue glacée. Glacée face à la cruauté des adolescents, face à la stupidité du monde, face à l’homophobie qui est toujours là, stagnante. Les préjugés idiots (du style «  qui c’est qui fait l’homme, qui c’est qui fait la femme ? »). Les injures et les humiliations liées au sexe et à la féminité, toujours considérée comme une faiblesse, un rabaissement. Je ne comprends pas comment on peut en être encore là.
C’est un roman dur et beau à la fois. Le harcèlement psychologique et les agressions verbales que vit Pauline me touchent profondément. Finalement, Pauline trouve elle-même la solution à ses difficultés (et comme l’avait répété Blandine, la copine de Joachim, c’est ce qu’elle avait de mieux à faire). Assumer ses différences et celles de sa famille, prendre confiance et ne plus craindre les autres pour être prête à affronter l’avenir.

Certes, le roman met en place une famille homoparentale, mais l’homosexualité de leurs mères n’est pas le centre du roman, même si elle est le point de départ de tout. Frangine met l’accent sur la famille, quelle qu’elle soit, et surtout sur la paire Joachim/Pauline. Le frère et la sœur sont très différents – lui est plus impulsif tandis qu’elle a besoin de temps pour réfléchir et mettre les choses à plat – mais ils restent inséparables, même quand ils s’ignorent, ils sont toujours là pour l’autre, prêts à s’épauler. C’est un duo touchant de solidarité et la famille forme un quatuor aimant et complice.

L’écriture est toujours aussi incroyable. Marion Brunet a le don de m’enlever, de m’emporter dans ses histoires et de me lier aux personnages de telle sorte que les quitter est à chaque fois un déchirement. La voix de Joachim, témoin révolté de l’enfer vécu par sa frangine, nous immerge dans le roman. Joachim n’est pas pour autant un super héros, il reste un adolescent dépassé qui, parfois, préfère fuir et ignorer les problèmes qu’il ne peut véritablement résoudre (« Je n’entendais rien des cris muets de ma sœur. »). Grâce à ce point de vue adolescent, des intermèdes plus légers viennent relâcher un peu la tension générale (à l’image de celle qui crispe Pauline jour après jour). C’est juste, c’est profond, c’est formidable. (J’ai l’impression de me répéter à chaque chronique concernant Marion Brunet, mais vraiment, ses livres sont des pépites.)

Je trouve qu’on a souvent des livres sur l’homosexualité, sur l’homoparentalité, mais Marion a su dépasser cela pour écrire un livre sur une famille et sur la relation entre un frère et sa sœur avec une grande justesse et beaucoup de sensibilité. Un nouveau coup de cœur à mettre au crédit de cette formidable autrice.

« J’ai lu dans son regard qu’elle était perdue. Que pour elle, rien n’avait été progressif. Et qu’elle était brutalement passée du pays enchanté aux terres menaçantes du Mordor – elle tombait de haut. »

« – Tu as l’âge de louper… et de réussir. Tu as le temps de tout, encore. Arrête de t’enferrer toi-même dans tes propres angoisses. On t’a toujours fait confiance, ta mère et moi. Julie te fait confiance. Tu ne vas pas renoncer et être malheureuse à ton âge !
(…)
–  De toute façon ma grande, il n’y a pas d’âge pour être bien, faire les bons choix. Faire des choix, tout court. Même vieux, on ne subit pas une situation douloureuse sans réagir. Si t’as plus envie, t’as plus envie. Faut pas oublier un truc, c’est que dans le boulot, personne n’est indispensable. »

Frangine, Marion Brunet. Sarbacane, coll. Exprim’, 2013. 262 pages.

 

Le Pensionnat de Mlle Géraldine (4 tomes), de Gail Carriger (2013-2015)

Le Pensionnat de Mlle Géraldine est une série dans laquelle j’ai eu un peu de mal à m’impliquer. Cependant, je suis têtue et, comme j’avais emprunté les quatre tomes d’un coup à la bibliothèque, j’étais bien décidée à tous les lire en dépit d’un premier tome qui ne m’avait pas du tout convaincue.
Je vous propose un récapitulatif des points positifs et négatifs de cette saga avant de revenir sur chaque tome.

Les + :

  • Le mélange steampunk, surnaturel et enquêtes policières ;
  • L’humour et les petites piques qui se glissent ici et là ;
  • Les personnages (quand on a appris à les connaître, ce qui m’a demandé d’attendre le troisième tome), notamment les filles avec leurs caractères très différents ;
  • Les enjeux sociétaux et technologiques développés au fil de la série.

Les – :

  • Un triangle amoureux qui dure bien trop longtemps à mon goût ;
  • Une intrigue parfois un peu faible ;
  • Le premier tome (c’est le plus mauvais, ce qui est plutôt dommage) ;
  • Une héroïne un peu trop parfaite.

Résultat : une série distrayante, mais pas particulièrement excitante. Malgré un univers et une héroïne sympathiques, elle ne me laissera sans doute pas un souvenir marquant.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine est apparemment très lié avec la série précédente de Gail Carriger, Le Protectorat de l’ombrelle, qui serait également plus adulte. D’une part, je ne suis pas vraiment poussée vers Le Protectorat du fait de mon avis mitigé sur Le Pensionnat, mais, d’autre part… je suis curieuse. Donc je garde l’idée sous le coude et on verra ce que l’avenir me réservera !

  • Tome 1 : Etiquette & Espionnage

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T1 (couverture)Angleterre, début du XIXe siècle. Sophronia, 14 ans, est un défi permanent pour sa pauvre mère : elle préfère démonter les horloges et grimper aux arbres qu’apprendre les bonnes manières ! Mme Temminnick désespère que sa fille devienne jamais une parfaite lady, aussi inscrit-elle Sophronia au Pensionnat de Mlle Géraldine pour le perfectionnement des jeunes dames de qualité.
Mais Sophronia comprend très vite que cette école n’est peut-être pas exactement ce que sa mère avait en tête. Certes, les jeunes filles y apprennent l’art de la danse, celui de se vêtir et l’étiquette ; mais elles apprennent aussi à donner la mort, l’art de la diversion, et l’espionnage – le tout de la manière la plus civilisée possible, bien sûr.
Cette première année au pensionnat s’annonce tout simplement passionnante.

(Désolée, j’ai été flemmarde, je vous donne les résumés de l’éditeur.)

Que ce premier tome peine à démarrer ! On découvre l’école et l’univers, mais pourtant, pendant une bonne partie du roman, j’ai eu du mal à voir où l’autrice m’emmenait.
Nous sommes au milieu du XIXe dans un univers qui mélange steampunk (avec des machines volantes et des domestiques mécaniques) et surnaturel (avec des loups-garous et des vampires) pour un résultat hétéroclite qui donne envie d’être exploré.

Comme l’indique chaque titre de volume, le pensionnat de Mlle Géraldine dispense deux formations. D’une part, elle prépare les filles à être de parfaites ladys et, d’autre part, à être de parfaites espionnes. Si j’ai beaucoup apprécié tout ce qui relevait de l’espionnage (dissimulation, combat, poisons, etc.), j’ai parfois été agacée par la frivolité des élèves. (J’ai beau savoir que ce sont les mœurs, l’époque et la société qui veulent cela et que c’est le but du roman, ça m’a tout de même irritée.)
Je n’ai pas pu m’empêcher de comparer à Harry Potter pour le côté « école » et je trouve le résultat moins satisfaisant. Dans Harry Potter, dès le premier tome, j’avais une idée précise des cours et des professeurs (un premier aperçu qui n’a évidemment fait que s’étoffer au fil de la saga). Le résultat est bien moins efficace dans ce premier tome où j’ai trouvé que les cours et les professeurs étaient simplement survolés, ce qui ne m’a pas permis de me faire une idée précise du contenu de la formation.

Avec, en outre, des personnages classiques et pas spécialement attachants (mais je compte sur les tomes suivants pour remédier à cela) et une écriture agréable mais sans charme particulier, on ne peut pas dire que ce premier tome ait réussi à me séduire. Il m’a fait l’impression d’un long préambule un peu vide que ce soit en terme d’action ou de personnages. Toutefois, j’ai bravement continué ma lecture pour laisser une chance à cette série.

« Comment ai-je fait pour ne pas remarquer qu’il suffisait de la complimenter pour qu’elle me trouve acceptable ? se demanda Sophronia, sans vraiment se rendre compte que cela était aussi une conséquence de sa nouvelle éducation. Nombreuses sont les dames qui ne font confiance au jugement des autres que si elles ont été jugées favorablement elles-mêmes. »

  • Tome 2 : Corsets & Complots

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T2 (couverture)Certaines choses ne changent pas au pensionnat de Mlle Géraldine : Monique est toujours aussi pimbêche, les cours toujours aussi mortels et les vampires, les loups-garous et les humains brûlent de s’entretuer. Cette deuxième année s’annonce donc bien remplie pour Sophronia : alors que son école volante se dirige vers Londres pour un mystérieux voyage scolaire, elle doit réussir ses examens, remplir son carnet de bal, perfectionner son art de l’espionnage et découvrir qui se cache derrière un dangereux complot visant à contrôler le fameux prototype susceptible de révolutionner le transport aérien surnaturel. Et voilà que les professeurs du pensionnat commettent l’impensable : ils laissent monter à bord rien moins que des garçons !
Mais Sophronia est douée dans sa partie et ne se laissera pas distraire de sa mission dans ce deuxième volet piquant et délicieusement écrit du Pensionnat de Mlle Géraldine.

Dans ce second tome, Sophronia est plus à l’aise dans son nouvel environnement et on devine clairement qu’elle est destinée à devenir la meilleure élève du pensionnat (ce qui est une véritable surprise, reconnaissons-le). Moi aussi, j’ai été plus à l’aise avec cet opus légèrement plus dynamique que le précédent. L’intrigue, totalement dans le prolongement du premier tome, se déroule avec davantage de fluidité (mais peut-être me étais-je tout simplement habituée à l’écriture, à l’histoire, à l’univers, etc., car finalement l’histoire reste globalement semblable à celle du premier tome).

J’ai été ravie d’en apprendre un peu plus sur les vampires, leur mode de vie, leur société ou leurs capacités. Côté personnages, je reconnais commencer à m’attacher à certains d’entre eux et à être curieuse de leur destinée, mais, à part Sophronia, ils n’évoluent pas énormément, ce qui est regrettable (mais pas irrattrapable puisqu’il reste deux tomes).

Un second tome qui, sans être transcendant, s’est révélé meilleur que le premier et ne m’a pas fait regretter ma persévérance.

« Beaucoup de messieurs étaient incapables d’affronter les pipelettes, ce qui était la raison pour laquelle ils les épousaient souvent. »

  • Tome 3 : Jupons & Poisons

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T3 (couverture)Toujours élégante, Sophronia continue sa deuxième année au pensionnat – avec un éventail à lames d’acier dissimulé dans les plis de sa robe de bal, bien évidemment. Une arme tendance et fort à propos, puisque la jeune espionne, sa meilleure amie Dimity, l’adorable soutier Savon et le charmant Lord Felix Mersey montent clandestinement dans un train en direction de l’Écosse pour ramener leur camarade de classe Sidheag à sa meute de loups-garous. Personne ne se doute de ce qu’ils vont trouver – ou qui – à bord de ce train étrangement vide. Alors que Sophronia met à jour un complot susceptible de plonger Londres tout entière dans le chaos, elle va aussi devoir décider une bonne fois pour toutes vers qui va sa loyauté.
Rassemblez vos poisons, affûtez vos plumes d’oie et rejoignez les jeunes et gracieuses machines à tuer du pensionnat de Mlle Géraldine dans ce troisième volume passionnant offert par l’auteur steampunk à succès Gail Carriger.

A la lecture de ce troisième tome, il devient clair que les quatre intrigues sont étroitement liées par le prototype convoité de tous dans le premier volume. Deux énigmes se mêlent dans ce tome : l’une liée aux loups-garous et l’autre au prototype. Comme j’avais aimé découvrir les vampires, j’ai apprécié la rencontre avec les loups-garous qui permet d’approfondir notre connaissance de ce monde atypique. Il n’y a plus de temps mort comme dans les deux premiers volumes grâce à l’escapade rocambolesque des cinq jeunes gens et ce troisième tome a, en plus, le bon goût d’amorcer quelques changements agréables au niveau des personnages. Et j’avoue que je commence à apprécier le sens de la répartie des jeunes filles et l’humour distillé ici et là par l’autrice.

En revanche, je dis NON au triangle amoureux Sophronia-Savon-Félix ! C’est d’un classique horripilant et j’espère que l’on passera à autre chose dans le dernier tome (comme la fin de celui-là le laisse entendre). Il est également terriblement lassant de lire encore et encore que Félix est « terriblement séduisant », que son air d’ennui blablabla, que ses yeux bleus blablabla… Aaargh ! Stop !

Malgré un côté un peu fleur-bleue qui conviendra peut-être davantage à des lectrices plus jeunes que moi, ce roman remonte la série dans mon estime. J’attends du quatrième et dernier tome qu’il continue sur cette lancée.

 « Sophronia, l’espace d’une pensée hystérique, se dit que Félix ressemblait peut-être au pudding aux figues. Il était riche et délicieux mais il valait mieux le consommer avec modération. »

  • Tome 4 : Artifices & Arbalètes

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T4 (couverture)Apprendre l’art de l’espionnage au sein de l’école volante de Mlle Géraldine est devenu fastidieux pour Sophronia, privée de la présence de Savon à ses côtés. Elle préférerait utiliser ses talents pour contrarier les plans des Vinaigriers, mais ses maints avertissements au sujet des viles intentions de ces derniers sont encore et toujours ignorés. Sophronia ne sait plus à qui se er. Quelles informations détient le bourru dewan de Sa Majesté ? Dans quel camp se place l’élégant vampire lord Akeldama ?
Une seule chose est certaine : un complot d’envergure se trame, et Sophronia doit se préparer à sauver ses amis, son école et Londres tout entier du désastre à venir – sans jamais se départir de son spectaculaire raffinement, bien évidemment.
Découvrez le destin de notre jeune héroïne alors qu’elle met enfin en pratique ses années d’entraînement, dans ce quatrième et dernier volume du Pensionnat de Mlle Géraldine.

 Voilà la fin de cette série ! Je n’irai pas jusqu’à dire que j’en suis soulagée, mais je ne suis pas particulièrement triste de voir le point final arriver.
Pourtant, ce dernier tome s’est révélé vif et agréable à lire. Le défi auquel Sophronia est confronté est plus dangereux et complexe que ceux des tomes précédents (on pourra regretter la facilité avec laquelle l’héroïne se défie des obstacles, mais, arrivée au quatrième tome, je n’en suis plus surprise). Si Savon, peu présent, m’a manqué, la maturité des filles (Sophronia la première), la réapparition de certains protagonistes des tomes précédents (comme Pétunia ou Lord Akeldama) ainsi que quelques révélations sur d’autres personnages m’ont vraiment fait plaisir.

Je laisse ce dernier tome sur un sentiment positif. Cette série vaut ce qu’elle vaut, elle n’est pas exempte de défauts (loin de là), mais la lecture est légère et distrayante, ce qui ne fait pas de mal de temps à autre.

« « Une jeune fille, qui portait un poulet en osier et jouait de la harpe, m’a assommé avec un livre sur les beignets puis m’a fourré sous un piano. » Ça ressemblait à un rêve bizarre. »

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 1 : Etiquette & Espionnage (VO : Finishing School – Etiquette & Espionage), Gail Carriger. Orbit, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 353 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 2 : Corsets & Complots (VO : Finishing School – Curtsies & Conspiracies), Gail Carriger. Orbit, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 354 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 3 : Jupons & Poisons (VO : Finishing School – Waistcoats & Weaponry), Gail Carriger. Orbit, 2015 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 359 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 4 : Artifices & Arbalètes (VO : Finishing School – Manners & Mutiny), Gail Carriger. Orbit, 2016 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 374 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – L’Ecole du Prieuré :
lire un livre se déroulant dans un pensionnat

Je suis une fille de l’hiver, de Laurie Halse Anderson (2009)

Je suis une fille de l'hiverLes filles de l’hiver, ce sont Lia et Cassie lancées dans une quête morbide de minceur. Mais les deux amies se sont éloignées et lorsque, une nuit, Cassie tente à trente-trois reprises d’appeler Lia, celle-ci ne répond pas, ignorant qu’il s’agit de la dernière nuit de son ancienne amie.

Les éditions La belle colère ne m’ayant que rarement déçue (une seule fois, c’est raisonnable) et ayant été très touchée par Vous parler de ça de la même autrice, c’est confiante que je me suis lancée dans ce roman. Je ne ferai pas monter le suspense, Je suis une fille de l’hiver est un terrible et magnifique roman.

Une histoire terrible.
Je ne suis pas Lia, mais deux amies ont connu l’anorexie, je les ai soutenues comme j’ai pu, mais être plongée dans la tête de Lia m’a profondément remuée. Ce combat perpétuel qu’elle mène contre son envie de manger, contre son corps, contre elle-même, ce manque d’envie de guérir, cette quête malsaine de réduire sans cesse son poids… C’est particulièrement dérangeant. De plus, Lia est hantée par Cassie, écrasée par la culpabilité. De son point de vue, elle doit se punir, elle doit souffrir. On a envie de l’aider, de lui montrer comment on la voit, de la prendre dans nos bras ou de la secouer, mais en même temps, elle ne semble pas avoir réellement envie de s’en sortir.
Telle est l’une des causes du désespoir de ses parents. Son père qui, totalement dépassé, tente de  fermer les yeux sur sa rechute. Sa mère, cardiologue, qui ne lui parle que comme un docteur et non comme une mère. Sa belle-mère qui tente de la soutenir tout en protégeant la demi-sœur de Lia. Pour l’avoir éprouvé, je comprends totalement leur accablement et le sentiment d’impuissance qui les traverse.

Une plume magnifique.
Le roman est porté par le long monologue fébrile de Lia. Une écriture vive et imagée qui nous entraîne dans son esprit tourmenté. Régulièrement reviennent les pensées qui obsèdent la jeune fille : les calories qui lui sautent aux yeux face à chaque aliment, des pensées barrées, comme censurées, l’annonce de la mort de Cassie, le nombre d’appels restés sans réponse et les insultes.

« ::stupide/moche/stupide/chienne/stupide/grosse
/stupide/bébé/stupide/ratée/stupide/perdue:: »

C’est un roman sur la vie telle qu’elle est, il ne se passe pas des événements extraordinaires tous les jours, pourtant j’ai à peine trouvé le temps de respirer. Laurie Halse Anderson traite ce sujet avec intelligence et pudeur. Comme je l’ai dit, je n’ai jamais connu ça moi-même, mais je n’ai pas eu l’impression qu’elle tombait dans des clichés.

Je suis une fille de l’hiver est un roman bien écrit, fort et intelligent. Il est extrêmement dur à lire et m’a fait réaliser bien des aspects pervers de cette maladie. Etonnamment peut-être, pour un roman si sombre, la fin est malgré tout porteuse d’espoir. Malgré cela, ce n’est pas une lecture qui m’a laissée tout à fait indemne.

« On se donnait la main pour traverser la forêt sur le sentier de pain d’épices, et le sang coulait de nos doigts. On a dansé avec des sorcières et embrassé des monstres. On s’est transformées en filles de l’hiver, et quand elle a tenté de s’enfuir, je l’ai ramenée de force dans la neige parce que j’avais peur d’être seule. »

Je suis une fille de l’hiver, Laurie Halse Anderson. La belle colère, 2016 (2009 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville. 315 pages.

Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville, d’Edward Carey (2015)

Les Ferrailleurs, T3, La Ville (couverture)Attention aux spoilers pour qui n’aurait pas lu les deux premiers tomes !

Le Faubourg a brûlé, le Château a sombré dans l’océan de détritus ; les Ferrayor se tournent donc vers Londres, rebaptisée Londremor. Ils plongent la capitale dans une nuit perpétuelle, se terrent dans une maison et, alors que de plus en plus de Londoniens se transforment en objets, préparent leur vengeance. Une vengeance dont Clod est l’élément-clé.

Changement par rapport aux deux tomes précédents : les Ferrayor ne sont plus des seigneurs tout-puissants. Ils envahissent Londres comme des rats et, comme des rats, ils sont traqués et tués s’ils montrent le bout de leur nez. Cette chasse les pousse aux dernières extrémités et nous découvrons de nouvelles facettes de leur personnalité. Ce dernier volume nous permet également d’en apprendre davantage sur certains Ferrayor comme Pinalippy, Rippit ou encore l’effrayante Scory.

Un roman bavard qui nous plonge comme dans un rêve étrange et sale, dans l’esprit torturé de ses personnages et dans l’imagination foisonnante de son auteur. Toutefois, en dépit de la frénésie verbale dont font preuve les narrateurs, l’histoire en elle-même avance lentement. Ce troisième tome est le plus long des trois et peut-être souffre-t-il un peu des répétitions et des fréquents changements de narrateurs. En effet, les points de vue sont multiples : Clod et Lucy évidemment, mais également Pinalippy, des garçons des rues, des membres de la famille Ferrayor…et même la reine Victoria.

Les Ferrailleurs, T3, La Ville (image)

Malgré tout, je n’ai pas été déçue par ce troisième tome qui conclut magistralement cette trilogie originale. La langue est toujours aussi addictive, riche et soignée tandis que les illustrations collent parfaitement avec le ton et l’atmosphère dérangeante du roman. Une trilogie qui m’a convaincue d’un bout à l’autre en me transportant dans son univers totalement décalé.

Les Ferrailleurs, T3, La Ville 4

« Imaginez ceci : il y a une rue dans Londres, Londres la plus grande ville du monde, cette métropole foisonnante, qui abrite plus d’âmes que n’importe quelle ville sur la planète, où tout le monde se pousse et se bouscule. Eh bien, dans cette ville surpeuplée il existe une rue vide, une rue morte, une rue déserte.
Comme si l’humanité s’achevait là.
Comme si Londres était devenu un musée, et qu’il n’y avait plus personne pour le visiter. »

Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville, Edward Carey, illustré par l’auteur. Grasset, 2017 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Alice Seelow. 569 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Dernier Problème 
lire un livre qui est le dernier tome d’une saga

Génération K, tomes 1 et 2, de Marine Carteron (2016-2017)

  • Tome 1

Génération K, tome 1 (couverture)Kassandre, Mina, Georges. Une fille d’aristocrates, une fille de domestique et un fils d’on-ne-sait-trop-qui. Apparemment, ils n’ont pas grand-chose en commun, pourtant leur sang est unique. Tout comme leurs pouvoirs qui attisent bien des convoitises.

En commençant ma lecture, j’ai eu la surprise de découvrir que Marine Carteron allait apparemment revisiter un mythe bien connu. En effet, la Roumanie, le retour d’un Maître vieux de plusieurs millénaires, le nom de famille de Kassandre (Elisabeth Báthory, accusée d’avoir assassinée plusieurs jeunes femmes, était surnommée la « comtesse Dracula »), tout cela s’est rapidement assemblé pour faire clignoter le mot « VAMPIRE » sous mon crâne. N’ayant rien lu sur la trilogie et bien que je me sois posée la question en découvrant la couverture du volume 2, j’ai été surprise mais curieuse de découvrir la suite.

Ce premier tome, qui assure la mise en place de l’histoire, est riche en découvertes et en révélations pour ces trois héros. Leur vie est bouleversée, mais ce ne sera que dans le second tome que l’on découvrira à quel point. Entre manipulations génétiques, course poursuite entre la Suisse et l’Italie (on fait aussi un tour dans le Jura, vers chez moi !) et pouvoirs mortels, cette nouvelle trilogie s’annonce bien plus sombre que la précédente. L’écriture de Marine Carteron est en rouge et noir. On ressent une pulsation, une musique de vie et, en même temps, une noirceur hypnotisante. La vie, la mort, le sang, tout se mêle.

Trois personnages, trois voix, trois points de vue sur les événements. Le fait de passer d’un personnage à l’autre ne fait qu’amplifier le côté page-turner du roman. On veut sans cesse avoir la suite de ses aventures, de ses découvertes, de ses réflexions. Aux pensées de Ka et Georges et au cahier de Mina s’ajoute une quatrième voix. Celle d’un cauchemar qui n’en est peut-être pas vraiment un…
Si je n’ai pas encore eu de coup de cœur pour l’un des personnages (comme j’ai pu en ressentir un à l’égard de Césarine dans Les Autodafeurs), j’apprécie énormément leur côté anti-héros. Ka a un caractère rock’n’roll qui envoie du lourd (surtout au milieu de sa famille d’aristo), mais elle est aussi exaspérante parfois avec ses caprices, Mina semble toute douce et toute fragile, mais je ne doute pas qu’elle cache bien son jeu, et la puissance rassurante de Georges est contrebalancée par son inquiétant pouvoir.
D’ailleurs, ces pouvoirs… Dangereux, mais tellement fascinants. S’agit-il un don ou une malédiction ? Ce dragon que Georges appelle « ma bête noire » ou « ma sombre amie », est-il un ami ou un ennemi ? Leurs pouvoirs grandissent rapidement, mais je pressens qu’ils n’en sont qu’à leurs balbutiements et j’ai hâte de découvrir leurs véritables capacités.

Humanité menacée, manipulations génétiques illégales, réveil d’un Maître en colère… Sans aucun doute, la trilogie Génération K s’annonce très différente de celle des Autodafeurs, mais tout aussi haletante et addictive.

 « La terre souffre, elle hurle sa douleur, sa rage et son malheur.
La terre se meurt, la terre étouffe et sa rage nourrit ma colère.
Hommes impudents, larves immondes, qu’avez-vous fait ?
Cette planète que vous deviez fouler avec respect, caresser avec douceur, aimer comme une mère nourricière, que lui faites-vous subir ?
Hommes, enfants stupides, que faites-vous ?
Vous étiez là pour glorifier la vie et vous ne faites que la détruire.
Immonde humanité, capricieuse, avide, égoïste.
Qu’ai-je fait en vous donnant la vie ? » 

  • Tome 2 (attention, risque de SPOILERS si vous n’avez pas lu le premier tome !)

Génération K, tome 2 (couverture)Kassandre, Mina et Georges sont enfin réunis… sur les flancs d’un Vésuve apparemment en colère. Ils savent à présent qu’ils doivent rejoindre le quatrième Génophore, porteur comme eux de six chromosomes K, mais leurs ennemis ne sont pas loin. Et quelle est cette voix qui leur parle et les appelle dès qu’ils ferment les yeux ? Quelles sont ces étranges visions vieilles de plusieurs milliers d’années qui remontent à la surface ?

Ça y est, le Maître est prêt à revenir, mais sa colère est immense. Marine Carteron revisite le mythe du vampire en le dépoussiérant un peu. Nous ne sommes pas dans un roman gothique et l’autrice se paie même le luxe d’ironiser sur l’œuvre de Bram Stocker :
« Au fil des siècles, nombreuses furent les légendes tissées autour de l’existence du Maître, mais aucune n’est aussi ridicule que celle écrite par Bram Stocker.
Le soi-disant roi des vampires… Si les amateurs de Dracula pouvaient voir la couverture made in China qui le recouvre et les petits rideaux en mauvaise dentelle accrochés au hublot de la cabine dans laquelle il est allongé, je pense que ça les décevrait beaucoup… certainement autant que son aspect qui est encore celui d’un vieillard repoussant. »

Elle nous ramène également aux origines de l’humanité et nous fait voyager à travers l’Histoire. J’ai été captivée par les quatre Génophores. On découvre peu à peu leur passé, leur rencontre avec le Maître. Cette idée de réincarnation et de mémoires millénaires m’a fascinée (alors qu’autrement, je n’y crois pas du tout). Les noms donnés aux différents personnages nous ramène à leur passé primitif avec poésie : le Chasseur de dragons et la Danseuse de taureaux, Celle qui écoute et Celui devant lequel tous se courbent… Comme dans Les Autodafeurs, Marine Carteron crée sa propre mythologie et réécrit l’Histoire sous un angle nouveau.
Alors que leurs vies passées se réveillent en même temps que le Maître, les quatre Génophores grandissent, mûrissent et s’acceptent (je ne dirai pas de quelle façon pour ne spoiler personne). Confrontés à des dangers toujours plus grands, ils deviennent de plus en plus intéressants en tentant de s’opposer à une destinée qui semble écrite par avance

La plume de Marine Carteron est toujours aussi diaboliquement efficace et nous plonge dans un thriller fantastique qui confronte science et croyance sur fond de pandémie et d’eugénisme. Ce second tome est encore plus prenant que le premier, alors la suite, vite !

« Peu importe, de même que mon pouvoir a augmenté au point de me permettre d’influer sur les rythmes cardiaques, et de lire les émotions des personnes qui m’entourent, je suis certaine d’être capable de recréer à loisir ma musique intérieure. C’est assez logique : après tout, quelle différence y a-t-il entre la vie et la musique ?
Aucune.
Nous ne sommes que pulsations, battements de cœur, pouls, respirations, modulations, souffles et influx électriques.
Notre corps est un instrument, son fonctionnement une harmonie et moi j’en suis le chef d’orchestre. »

Génération K, tome 1, Marine Carteron. Rouergue, coll. Epik, 2016. 302 pages.
Génération K, tome 2, Marine Carteron. Rouergue, coll. Epik, 2017. 377 pages.

Tome 1
Challenge Les Irréguliers de Baker Street – 
Une Etude en Rouge 

lire un livre dont la couverture est à dominante rouge

Miss Dumplin, de Julie Murphy (2015)

Miss Dumplin (couverture)Willowdean est ronde (« Dumplin » signifie « Boulette » et c’est le surnom que lui donne sa mère, why not ?), mais elle n’a jamais eu de problème avec son poids… jusqu’à ce que Bo pose les yeux (et les mains) sur elle. C’est le début des premiers doutes : est-ce qu’une fille comme elle peut vraiment être avec un mec comme lui ? Pour retrouver confiance en elle, elle se lance dans un projet fou : participer au concours de beauté que sa mère, ex-Miss, organise tous les ans.

A l’issue de ma lecture, je me disais que Miss Dumplin était un roman plutôt réussi même si l’histoire en elle-même n’est pas forcément d’une grande originalité et malgré quelques clichés. Toutefois, en y réfléchissant pour ma critique, je m’aperçois que j’ai quand même plusieurs reproches à lui faire.
Premièrement, les clichés : la blondasse-pétasse qui se met entre Willowdean et Ellen, la dispute entre les deux amies, les relations compliquées entre Will et sa mère ou encore le triangle amoureux. Deuxièmement, à propos de triangle amoureux, est-ce que toutes les filles qui se considèrent comme indignes d’intérêt sont courtisées par deux garçons à la fois ? Troisièmement, ça me dérange un peu – même si je pense que ça peut être crédible – que Willowdean commence à perdre son assurance pour le regard d’un homme.
Cependant, Miss Dumplin reste un roman frais et léger qui parle du fait d’être grosse sans en faire des tonnes, ce qui est appréciable, et dénonce la superficialité de la société actuelle.

Par contre, Willowdean est incroyable. Joyeuse, dynamique et intelligente. Et elle a confiance en elle. Les filles comme elle (c’est-à-dire qui ont confiance en elles, qu’elles soient maigres ou grosses) m’impressionnent toujours. Elle se fiche totalement de l’opinion des autres et elle ne se laisse pas faire. Bref, elle m’a été tout de suite sympathique et j’aurais adoré l’avoir comme amie au lycée. Et elle a éclipsé tous les autres personnages qui manquent un peu d’épaisseur à mon goût (à l’exception peut-être de Mitch).

Un roman divertissant porté par une héroïne forte avec un beau message sur l’acceptation de soi. Dommage qu’il y ait tant de clichés. Une lecture sympathique, mais qui ne me marquera sans doute pas.

« Le mot « grosse » met les gens mal à l’aise. Mais quand vous me voyez, la première chose que vous remarquez, c’est le volume de mon corps, de la même façon que la première chose que je remarque chez certaines filles c’est qu’elles ont de gros seins, des cheveux brillants ou des genoux cagneux. Et tous ces trucs-là, on peut les dire. Mais « grosse », le mot qui me désigne le mieux, fait grimacer les gens et les fait pâlir.
Pourtant, c’est ce que je suis : grosse. Ce n’est pas un mot vulgaire, et encore moins une insulte. Du moins, pas quand c’est moi qui le dis. Alors, tant qu’à faire, pourquoi ne pas commencer par là, histoire de pouvoir passer rapidement à autre chose ? »

Miss Dumplin, Julie Murphy. Michel Lafon, 2016 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Troin. 378 pages.

Le secret de Grayson, d’Ami Polonsky (2014)

Le secret de Grayson (couverture)Depuis des années, Grayson se donne l’apparence de ce que les autres veulent qu’il soit. Mais lors de sa sixième, lors que Finn, le professeur de littérature, monte une pièce de théâtre, il se lance… et décroche le rôle principal : il sera la déesse grecque Perséphone. C’est le premier pas qui lui permettra de devenir qui il est vraiment depuis toujours.

En ce moment, c’est George (d’Alex Gino, à l’Ecole des Loisirs) qui est partout. Mais comme la récente chronique de Lupiot ne m’a pas du tout donné envie de le lire, je me suis tournée vers Grayson…

 … qui m’a convaincue. J’ai trouvé là un roman sensible et juste (sachant que je ne sais pas réellement ce que peuvent ressentir les Grayson du monde entier). Je me suis attachée à cet adolescent torturé et indécis et il m’a touchée tout au long de son parcours qui, petit pas par petit pas, lui permet de s’affranchir des normes sociales et familiales. De toute manière, je ne vois pas comment on peut lui rester indifférent.e.

J’ai trouvé vraiment belles et sincères certaines relations qu’il a su nouer avec les autres filles de la pièce, avec son prof de littérature ou avec son oncle. Finalement, ce bouleversement intérieur lui permet de s’accepter et de s’ouvrir aux autres. Et lui qui était jusqu’alors solitaire et renfermé parvient enfin à trouver des gens qui l’aiment comme il est. Il a eu le courage de se révéler – or il est terrifiant de sortir de la carapace protectrice que l’on s’est créée – mais ce dépassement de soi lui a apporté plus de bien-être que de souffrance.

Cependant, rien n’est facile, personne n’irait prétendre cela, car sa prise de conscience implique de nombreuses conséquences pour lui, mais aussi pour ceux qui l’entourent. Et les réactions ne seront pas toujours ouvertes et sympathiques. Il y aura toujours des gens bornés, moqueurs, arriérés qui n’accepteront pas la différence, qui rejeteront ce/ceux qu’ils ne comprennent pas.

Toutefois, je garde de ce roman un souvenir plutôt positif et optimiste et j’apprécie beaucoup que ce soit cette tonalité qui ressorte. J’avais peur que la méchanceté du monde s’exprime avec plus de violence encore. Cela dit, je ne peux pas passer la réaction de la tante Sally qui est des plus odieuses et totalement écœurante d’égoïsme car, quoi qu’elle dise, elle craint davantage le qu’en-dira-t-on que les conséquences pour son neveu. Bref, elle est détestable à mes yeux. Et vive l’oncle Evan.

Un roman bien écrit (mention spéciale au chapitre sur le soir de la représentation : c’est original et particulièrement intelligent), émouvant et plein de douceur qui aborde de manière réussie la question du genre. J’ai ressenti un vrai bonheur à voir Grayson retrouver confiance en lui et gagner l’amitié des autres en étant lui-même (même si ce n’est qu’un personnage de roman, oui, je suis contente pour lui !). Et comme dirait le petit Brett, le jeune cousin de Grayson, qu’est-ce que cela peut bien faire si Grayson préfère porter une jupe qu’un pantalon ?

« Eh bien, je pense que pour faire preuve de courage, il faut avoir peur. Le courage, c’est quand on a quelque chose d’important à faire, et qu’on a peur, mais qu’on le fait quand même. »

Le secret de Grayson, Ami Polonsky. Albin Michel jeunesse, coll. Litt’, 2016 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec. 333 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Les Hommes Dansants :
lire un livre appartenant au genre « Jeunesse »