Les fausses bonnes questions, tome 1 : Mais qui cela peut-il être à cette heure ?, de Lemony Snicket (2012)

Les fausses bonnes questions (couverture)A Salencres-sur-Mer, le jeune Lemony Snicket se trouve confronté à : une mentor totalement incapable de mener une enquête, un vol qui n’en était peut-être pas un, une voix au téléphone, une ville déserte, une statuette représentant une créature légendaire locale, et à quelques personnages insolites. C’est parmi cet embrouillamini qu’il va portant devoir trouver des réponses à ses trop nombreuses – et pas toujours pertinentes – interrogations.

Moi qui espérais trouver des réponses à mes propres questions suite à ma relecture des Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire (qu’on abrègera DAOB), me voilà le bec dans l’eau. Déjà l’histoire est une préquelle et, surtout, ce premier tome des Fausses bonnes questions prend clairement la même direction. A savoir, une direction fort nébuleuse.

La fin des DAOB avait divisé les lecteurs entre ceux qui la trouvaient dans le ton de la série – côté duquel je me place – et les frustrés de ne pas avoir de réponses – côté duquel j’ai quand même un ou deux orteils – et ce livre ne change pas décidé à changer cela. La fin… n’en est pas vraiment une. On n’en sait pas beaucoup plus qu’à la première page. Les douze chapitres précédents nous auront surtout fait courir à travers la ville. Quant à la mystérieuse organisation qui avait tant intrigué les lecteurs et lectrices des DAOB, VDC, elle est mentionnée, évoquée, murmurée, mais je n’ai pas l’impression que l’on en saura davantage au fil de la série.
L’absence d’informations n’est pas le seul point commun avec les DAOB. On retrouve sans doute aucun le ton décalé et absurde de Lemony Snicket avec le même amour des mots et des traits d’esprit. Caricaturant notre société, les personnages sont toujours aussi loufoques. De même, les lieux ont toujours ce petit quelque chose hors du commun (comme une ville de bord de mer qui n’est plus au bord de la mer, une mer d’algues survivant sur une terre asséchée, des puits d’encre, etc.).

Et pourtant… déception. L’histoire, totalement absconse, n’a pas réussi à me passionner, j’ai suivi Lemony un peu mollement. Les nouveaux personnages n’arrivent pas à la cheville de Violette, Klaus, Prunille, Olaf, Duncan, Isadora et tous les autres. Je n’ai pas retrouvé l’humour des DAOB, ni la jubilation littéraire qu’avait su faire naître précédemment la plume de Lemony Snicket (dont les apartés m’amusent bien plus lorsqu’ils viennent du Lemony adulte). N’étant donc pas convaincue par le cœur du récit, je me suis sentie dépitée face à ce néant final.

La plupart des ingrédients qui m’avaient réjouie dans les DAOB étaient pourtant présents, mais ce premier tome a totalement échoué à me séduire. Intrigue, protagonistes, écriture… rien n’égale les Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. Sans doute lirai-je un jour la suite, poussée par la curiosité, mais ce ne sera pas dans mes priorités.

« Dans toute bibliothèque, à ce qu’on dit, il y a quelque part un livre prêt à répondre à la question qui brûle comme un feu en chacun de nous. »

Les fausses bonnes questions, tome 1 : Mais qui cela peut-il être à cette heure ?, Lemony Snicket, illustré par Seth. Nathan, 2014 (2012 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Rose-Marie Vassallo. 249 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Rituel des Musgrave : 
lire un livre comportant une chasse au trésor/une énigme à résoudre

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Miss Charity, de Marie-Aude Murail (2008)

Miss Charity (couverture)Miss Charity Tiddler est née dans une bonne famille de haute société anglaise. Cela implique de bien se tenir, de bien présenter, d’être sage et surtout de ne pas vouloir travailler pour vivre. Une vie bien ennuyeuse entre des parents qui l’ignorent et Charity passe la majeure partie de son temps avec sa bonne, Tabitha et se consacre à ce qu’elle aime : les lapins, les crapauds, les souris, les oiseaux, qu’elle recueille dans une étrange ménagerie. Elle aime aussi réciter Shakespeare, courir dans les champs, arpenter la campagne du Kent et inventer des petites histoires au sujet de ses protégés.

Marie-Aude Murail s’inspire de la jeunesse de Beatrix Potter pour donner vie à la dynamique Charity. D’où un contexte historique parfaitement documenté. Les us et coutumes de la bourgeoisie, la place des femmes, les théâtres qui présentaient alors les pièces de Wilde et de Shaw, la campagne anglaise… Nous sommes immergés dans une Angleterre du XIXe siècle plus vraie que nature.

Beatrix Potter

C’est toutefois très romancé et Charity n’est pas tout à fait Beatrix. D’une fillette attachante et maladroite, elle deviendra une jeune femme bien déterminée à suivre ses désirs – dans sa vie personnelle, dans son art, dans ses affaires professionnelle – et à faire reconnaître son intelligence dans un monde d’hommes. Elle est entourée de personnages inoubliables, fantasques, encourageants, loyaux que sont sa gouvernante française, sa bonne écossaise, le précepteur allemand de son cousin, un comédien un peu voyou et bien d’autres.
Voilà pourquoi, même si l’on devine assez vite la fin de l’histoire, tous les éléments précédents et le fait de les suivre sur de longues années contribuent à la pointe de regret au moment de fermer le livre. C’est drôle, c’est un peu triste parfois, c’est excellent.

Les aquarelles dans Miss Charity

Malgré sa taille, le roman se dévore. Merci à l’écriture vivante et entraînante de Marie-Aude Murail et à la plongée dans la tête de Charity grâce au récit à la première personne. Petite surprise : les dialogues présentés comme dans une pièce de théâtre avec le nom du personnage inscrit avant son texte (il y a d’ailleurs parfois de petites didascalies). Etonnant, mais en rien perturbant.
Les aquarelles de Philippe Dumas contribuent également à donner de la légèreté au roman et font souvent des clins d’œil à celles de Beatrix Potter. Sans dire que je les trouve magnifiques, elles sont toutes simples et illustrent à merveille l’histoire en capturant un paysage, un animal, une situation.

Le croirez-vous, il me semble bien que Miss Charity est mon premier roman de Marie-Aude Murail ! En tout cas, c’est une magnifique rencontre tant avec l’autrice qu’avec ses personnages menée par une héroïne moderne pour son temps, une amoureuse de la nature indépendante et pleine d’imagination.

Les illustrations de Beatrix Potter

« Lydia
C’est Charity Tiddler qui aurait bien besoin de consulter un médecin.
Philip
Qu’est-ce qu’elle a? Est-elle malade?
Lydia
Elle est folle. Elle récite du Shakespeare au milieu de tout un ramassis de bestioles
J’ignore d’où elle tenait son information, mais je dus reconnaître que que c’était un assez bon résumé de ma vie. 
»

« Mademoiselle
Croyez-vous, Cherry, qu’un jour quelqu’un pourra faire oublier à Herr Schmal la perte de sa femme et de ses enfants ?
Moi
J’ai eu beaucoup de chagrin à la disparition de Daring Number One. Vous ne l’avez pas connu, mais c’était un crapaud remarquable. Je n’ai pas pu l’oublier. Mais je me suis attachée à Darling Number Two d’une façon tout à fait satisfaisante, aussi bien pour lui que pour moi.
Mademoiselle, l’air désespéré

En effet, c’est encourageant. »

« Juliette Capulet avait quatorze ans et il me semblait que, si on lui avait offert à son anniversaire « Le Livre des Nouvelles Merveilles », elle eût mieux employé son temps. Elle aurait pu apprendre comme moi-même que les sporophytes sont des plantes asexuées d’un commerce plus reposant que les Montaigu. »

Miss Charity, Marie-Aude Murail, illustré par Philippe Dumas. L’Ecole des Loisirs, 2008. 562 pages.

The Imaginary (VF : Amanda et les amis imaginaires), d’A.F. Harrold, illustré par Emily Gravett (2014)

The Imaginary (couverture)Amanda et Rudger sont les meilleurs amis du monde. Ensemble, ils vivent chaque jour de nouvelles aventures : grimper des montagnes, explorer des grottes, découvrir des planètes lointaines… Tout cela vient de l’imagination d’Amanda… et Rudger aussi. Personne d’autre que la fillette ne voit Rudger, jusqu’au jour où arrive Mr Bunting. Mr Bunting qui, selon les rumeurs, mange les amis imaginaires.

Avec ce livre, je renoue avec la lecture en anglais et j’y ai pris un immense plaisir, ce qui me poussera peut-être à aller piocher un peu plus souvent dans ma pile de livres en anglais. Il se lit très facilement et j’ai beaucoup apprécié. Je regrette un peu d’avoir laissé ce livre de côté depuis si longtemps (je l’ai depuis avant sa parution en français) simplement parce que je n’étais pas sûre d’être encore capable de lire en anglais.

Première réflexion qui m’a suivie pendant toute ma lecture : il y a du Neil Gaiman dans The Imaginary. Comme dans L’océan au bout du chemin ou Coraline, seuls les enfants peuvent voir les choses cachées du monde comme les imaginaires ou à sentir la malfaisance d’un personnage. Le sinistre Mr Bunting semble parfaitement humain (avec des goûts vestimentaux douteux certes), mais cette apparence humaine cache un monstre et Amanda et Rudger sont les seuls à se méfier instinctivement de lui et de son étrange compagne. Comme dans Coraline, deux mondes se superposent, cohabitant généralement sans trop d’interactions.

The Imaginary est un très beau roman sur l’imagination, l’amitié et les souvenirs, mais aussi sur la perte et l’oubli. Tout bascule pour Rudger lorsqu’Amanda est blessée. Peut-il vivre si personne ne pense à lui, ne croit en lui ? La réponse est non et Rudger, recueilli par une bande d’amis imaginaires, découvre, dans une drôle de scène, une sorte de Pôle Emploi des imaginaires. Si The Imaginary parle souvent de ces souvenirs qui s’effacent petit à petit, cet oubli contre lequel il est difficile de lutter lorsque l’on devient adulte, c’est également une ode à l’amitié indéfectible partagée par Amanda et Rudger. Cette amitié, leur force à tous les deux, est très touchante et apporte un souffle joyeux et tendre à ce roman.

The Imaginary (image)

Avec des personnages sont forts et intéressants psychologiquement et une intrigue bien bâtie, The Imaginary est pas seulement un livre qui fait réfléchir, c’est aussi un roman plein de suspense et d’aventures. Il y a beaucoup de tension dans certaines scènes, comme celle où des coupures d’électricité interrompent une partie de cache-cache avec la babysitter. Comme autrefois face à la fausse mère (Coraline) ou Ursula Monkton (L’océan au bout du chemin), j’ai été totalement prise par l’histoire, impatiente de connaître la suite et la fin et de savoir comment ils se débarrasseraient de l’affreux Mr Bunting.

Les illustrations d’Emily Gravett sont magnifiques et en parfaite harmonie avec le texte. Combinant noir et blanc et couleurs, réel et imaginaire, elles sont très douces et nous embarquent en un clin d’œil dans son univers. Avec son crayon, l’illustratrice nous monde la gentillesse de Rudger, la vivacité d’Amanda, le côté angoissant de l’acolyte de Mr Bunting, l’horreur de la bouche de celui-ci… L’objet est très beau avec sa couverture rigide et c’est un plaisir de s’immerger dans cette histoire.

The Imaginary (image)Un roman à la fois beau et étrange, merveilleux et effrayant, rempli de poésie et d’aventures. Un univers entre le rêve et le cauchemar et un lugubre personnage qui font fortement écho à Neil Gaiman. Quant à moi, j’ai tenté de faire revenir mon ancien ami imaginaire, mais de toute évidence, je fais trop partie des grands et je ne me souviens plus de son apparence, ni de nos aventures, seul son nom me reste (mais je ne sais pas l’écrire !).

The Imaginary (image)

« Rudger is Amanda’s best friend. He doesn’t exist, but nobody’s perfect. »

« Imagination is slippery, Rudger knew that well enough. Memory doesn’t hold it tight, it has trouble enough holding on to the real, remembering the real people who are lost. »

« L’imagination est fuyante, Rudger ne l’ignorait pas. La mémoire peine à la retenir, elle a assez de mal comme ça à s’accrocher au réel, à se souvenir des personnes réelles qui ont disparus. »

The Imaginary (VF : Amanda et les amis imaginaires), A.F. Harrold (textes) et Emily Gravett (illustrations). Bloomsbury, 2014. 220 pages.

Nuage, écrit par Alice Brière-Haquet et illustré par Monica Barengo (2016)

Nuage (couverture)Il y a des jours où le moral est en berne, où la mélancolie est de sortie, où l’on manque d’envie… C’est ce dont parle cet album en invoquant la jolie métaphore d’un nuage enveloppant et encombrant.

C’est un album plein de poésie et de finesse. Il parle des sentiments avec pudeur et justesse. Bien qu’empli d’un spleen tout à fait baudelairien, cet album n’oublie pas de nous insuffler une note d’espoir. Car les nuages toujours finissent par s’estomper, par s’éloigner, et la joie, le plaisir de vivre, le bonheur peuvent enfin refaire leur entrée dans nos vies.

Toutefois, je reconnais que je n’ai pas été aussi touchée que d’autres lecteurs ou lectrices. Je pense notamment à Moka d’Au milieu des livres qui a rédigé une magnifique chronique que je vous invite à découvrir instamment.

Un album doux et sensible qui parlera sans doute davantage aux adultes qu’aux enfants de par sa thématique bien qu’il puisse être lu par petits et grands. N’oublions pas les illustrations sépia de Monica Barengo qui sont, elles aussi, pleines de délicatesse.

« Il y a des matins comme ça
où ça ne va pas,
on ne sait pas pourquoi.

Dès le réveil,
un nuage dans la tête
nous cache le soleil.

On voudrait l’ignorer,
se contenter de passer…

Mais son ombre se pose
même sur les jolies choses. »

Nuage, Alice Brière-Haquet (autrice) et Monica Barengo (illustratrice). Editions PassePartout, 2016. 32 pages.

J’ai relu… Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, par Lemony Snicket (1999-2006) (et j’ai vu la série Netflix)

Et aujourd’hui, je vous propose une longue critique sur l’ensemble de cette saga que j’ai voulu relire avant de découvrir la nouvelle adaptation en série. J’ai voulu cette chronique sans spoiler, donc normalement, il n’y en a pas. Je parle des treize tomes, mais je ne révèle rien du dénouement des différentes intrigues, ni de la fin des divers personnages. J’espère que je n’ai rien laissé passer.

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, ce sont avant tout treize romans :

  • Tome 1 : Tout commence mal;
  • Tome 2 : Le Laboratoire aux serpents;
  • Tome 3 : Ouragan sur le lac;
  • Tome 4 : Cauchemar à la scierie;
  • Tome 5 : Piège au collège;
  • Tome 6 : Ascenseur pour la peur;
  • Tome 7 : L’Arbre aux corbeaux;
  • Tome 8 : Panique à la clinique;
  • Tome 9 : La Bête Féroce;
  • Tome 10 : La Pente glissante;
  • Tome 11 : La Grotte Gorgone;
  • Tome 12 : Le Pénultième Péril;
  • Tome 13 : La Fin.

A travers 13 livres comprenant chacun 13 chapitres (plus un quatorzième à la fin de La Fin), nous suivons les mésaventures des orphelins Baudelaire – Violette, 14 ans, grande inventrice, Klaus, 12 ans, grand lecteur, et Prunille, moins de trente-six mois, grande mordeuse – qui ont vu leur vie basculer le jour où un incendie les a privé de leur maison et de leurs parents. Placés chez un nouveau tuteur, le comte Olaf, ils découvrent rapidement que celui-ci n’a qu’un seul objectif : s’accaparer l’immense fortune familiale.

D’innombrables mystères entourent les enfants Baudelaire : des centaines de questions sans réponse les assaillent chaque nuit lorsqu’ils tentent désespérément de trouver le sommeil et, au moment où ils touchent du doigt un élément de réponse, de nouvelles questions surgissent. Et nous lecteurs ne devons pas espérer avoir rapidement la clé des énigmes qui nous taraudent. En effet, l’intrigue est extrêmement étalée. Si, dans chaque chapitre, l’action ne manque pas car le trio a fort à faire pour se débarrasser d’Olaf et de ses complices, il faut du temps avant de démêler un peu l’intrigue globale. En effet, les nouveaux personnages sont sans cesse interrompus lorsqu’ils s’apprêtent à révéler quelque chose d’essentiel aux orphelins (c’est le cas des Beauxdraps dans le tome 5 ou de Jacques Snicket dans le tome 7), les enfants ne découvrent que des fragments de papier, bref, on avance à pas de fourmi. Ça change – et c’est agréable – des romans où il y a pléthore de révélations tous les trois chapitres.
Une énigme supplémentaire ne tarde pas à se glisser parmi les autres : celle liée à la mystérieuse Beatrice à qui sont dédiés les treize tomes. Quel est son lien avec Lemony Snicket, Olaf et les Baudelaire ? Des bribes échappées ici ou là ont souvent titillé ma curiosité vis-à-vis de ce mystère qui ne sera éclairci qu’à la dernière ligne du dernier chapitre du dernier livre.

Ce que je redoutais le plus avec cette relecture, c’est l’effet de répétition. Il y a un schéma qui se reproduit dans plus de la moitié des romans. Après, la trame change. Un peu. Le scénario est le suivant :

  • Les orphelins arrivent chez un nouveau tuteur ou dans un nouveau lieu ;
  • Ils espèrent que tout s’arrangera et qu’Olaf ne les retrouvera peut-être pas ;
  • Olaf, ridiculement déguisé, les retrouve ;
  • Le tuteur est complice et/ou ne fait rien et/ou ne croit pas les Baudelaire et/ou disparaît ;
  • Les enfants fuient grâce aux inventions de Violette, aux lectures de Klaus et aux dents de Prunille ;
  • Olaf est démasqué, Mr Poe (le banquier responsable de la fortune Baudelaire et de ses héritiers) crie « Au nom de la loi, je vous arrête !» (il est seulement banquier, mais pourquoi pas après tout).
  • Olaf s’échappe et les orphelins n’ont plus qu’à tenter de trouver un nouveau foyer.

Je craignais que cela soit potentiellement lassant au fil des tomes et je me suis d’ailleurs demandée : les aurais-je lus si je ne les avais pas justement déjà lus il y a plus de dix ans ? Là, il y avait ce petit côté nostalgique de la relecture – ça me rappelle des souvenirs, des lieux, etc. – qui joue en leur faveur.
Mais finalement, ça ne m’a pas dérangée tant que ça. C’est un parti pris volontaire de l’auteur, Lemony Snicket s’en amuse d’ailleurs dans l’un des derniers tomes. Du coup, je ne me suis pas ennuyée du tout. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié cette utilisation d’un narrateur qui serait le véritable auteur de ces romans qui raconteraient une véritable histoire (auteur qui est d’ailleurs de plus en plus souvent évoqué dans l’histoire). Ce narrateur joue avec le lecteur en anticipant, en digressant, en lui conseillant de reposer le livre (bon ça, ça m’a un peu saoulée au bout d’un moment)… Et il y tout de même un humour plutôt noir assez plaisant. Je me souvenais également d’une fin qui m’avait un peu laissé sur ma faim, mais finalement, je l’ai trouvée tout à fait satisfaisante et surtout dans l’esprit de toute la série. Sauf que – et c’est le seul reproche que je lui ferais – on nous a bassiné avec un certain objet pendant la moitié de la saga et on ne saura jamais – JAMAIS ! – pourquoi. Ça, c’est frustrant. Mais elle est parfaite, cette fin.

En relisant cette saga avec mes yeux d’« adulte » (même si, en vrai, je n’ai que l’âge et la nécessité d’avoir un travail en commun avec les adultes), j’ai découvert une série véritablement initiatique doublée d’une critique sur le monde qui nous entoure. Les enfants Baudelaire, un peu naïfs au début, sont livrés à eux-mêmes à cause de l’incompétence des adultes qui font preuve soit d’une incroyable bêtise, soit d’une malveillance sans fond. Face au deuil, à la maltraitance et à la peur, ils se prennent en main, se soutiennent les uns et les autres. Et en grandissant, leur regard sur le monde évolue. Et leur regard sur leurs parents également. Si, pendant une bonne partie de la saga, ils se souviennent de leur intelligence, de leur humour et des bons moments passés en famille, ils découvrent peu à peu des aspects moins lumineux de leur vie, ils se rappellent des disputes : le mythe s’effondre un peu et les enfants s’affranchissent, passant à l’âge adulte. (Espérons pour Prunille, qui n’est encore pas plus grosse qu’une aubergine à la fin, qu’elle aura encore un peu d’enfance, même si ça semble mal barré).
C’est aussi une critique du monde des adultes avec tous ses défauts : l’avidité, la méchanceté, la paresse, l’indifférence aux autres, la passivité parce que c’est plus facile comme ça. Certes, les personnages sont poussés à l’extrême et sont parfois clichés, mais quand même, il y a une part de vérité (et « la triste vérité est que la vérité est triste »). Le caractère répétitif des épisodes nous dit aussi que rien ne changera.
Je disais que les Baudelaire se soutenaient et il y a vraiment un beau message délivré au fil de la saga sur l’amour entre frères et sœurs, entre amis. On pense aux Beauxdraps évidemment, mais aussi à tous ceux qui les ont aidés un jour ou l’autre, qui n’étaient pas obligés mais qui ont aidé parce que c’est ce qu’ils voulaient, et tant pis pour le danger. On se serre les coudes, on s’entraide pour tenter de rendre le monde un peu plus beau. L’histoire est sombre et tout va de mal en pis pour les Baudelaire, mais heureusement, il y a quelques moments où on se dit que tout n’est pas perdu.

Les enfants sont sympathiques, chacun ayant leur domaine de prédilection. On notera toutefois le comportement tout à fait extraordinaire de Prunille, notamment dans Ascenseur pour la peur où elle commence par descendre une cage d’ascenseur en rappel, dans le noir, avec une corde faite de rallonges électriques, de cordes à rideaux et de cravates… en tenant un tisonnier chauffé à blanc avant de remonter en plantant ses dents dans la paroi en métal. Flippant… Je suis curieuse de découvrir comment ils adapteront ce passage dans la série.
Un point que j’ai beaucoup apprécié au sujet d’Olaf, c’est sa transformation dans les derniers livres, et notamment dans l’ultime épisode où, isolé, affaibli, il perd de sa superbe. Cela nous permet d’apprendre deux-trois détails sur son passé et même de le rendre plus humain. Pas moins nuisible toutefois.
Mr Poe, en revanche, reste l’un des personnages le plus frustrant jamais rencontré : aveugle, sourd, borné, on a envie de le claquer. Mais c’est le cas de beaucoup d’adultes dans la saga.

Toutefois, ce dont je me souvenais comme l’un des points forts de ces romans, c’était le vocabulaire. Petite, j’y avais appris de nombreux mots comme pénultième par exemple. Et je n’ai pas été déçue. La langue est riche et ni Lemony Snicket, ni Klaus Baudelaire ne se privent de nous donner des définitions, des synonymes, etc. Précisons que les explications du narrateur sont parfois insolites, assez humoristiques et souvent toutes personnelles. Dans ces livres, les souliers ne sont pas usés, mais éculés. Olaf est « une espèce d’arsouille sinistre et féroce » tandis que ses associés sont madrés. Les enfants se rappellent d’un pique-nique comme « un véritable délice de Capoue », expression que je ne connaissais toujours pas. Car j’ai, encore aujourd’hui, appris des mots : par exemple, j’ai découvert que le pluriel de leitmotiv était leitmotive. Je trouve cela à la fois enrichissant et agréable à lire, notamment dans des romans pour la jeunesse auxquels on peut parfois reprocher un vocabulaire un peu simple. Lemony Snicket prend ses lecteurs au sérieux et ça fait bien plaisir !
Le langage de Prunille est également passionnant. Si, à première vue, ce ne sont que des babillages que ses aînés ou le narrateur doivent expliquer, les mots qu’elle utilise sont généralement suffisamment bien choisis pour traduire son idée. Seulement, il faut un peu d’imagination pour interpréter ce qu’elle veut dire : elle peut procéder par image (« Promété » veut par exemple dire qu’elle a besoin de feu), ou emprunter des mots aux langues étrangères (« denada », « arigato »…).
Pour quelqu’un qui maîtrise bien l’anglais, il doit être encore plus intéressant de les lire dans cette langue. Rien que les titres donnent le ton (et donnent envie) : The Bad Beginning, The Reptile Room, The Wide Window, The Miserable Mill, The Austere Academy, The Ersatz Elevator, The Vile Village, The Hostile Hospital, The Carnivorous Carnival, The Slippery Slope, The Grim Grotto, The Penultimate Peril, The End. La traductrice a d’ailleurs tenté de conserver cette idée d’allitération, d’assonance et de rimes dans une bonne partie des titres. Il paraît également que la version française a été un peu édulcorée et assagie, ce que je trouve particulièrement rageant. Ce qui me retient avec l’anglais, c’est la peur de manquer un peu de vocabulaire. Toutefois, cette relecture m’a donné envie de découvrir les autres livres parus autour de la série et je crois que certains n’ont pas été traduits, ce sera donc l’occasion de mettre mon anglais à l’épreuve.

Outre un vocabulaire soigné et varié, je me suis beaucoup amusée à rechercher les nombreux clins d’œil littéraires et culturels. Outre les Baudelaire et Mr Poe (références évidentes), on trouve une ophtalmologiste et hypnotiseuse dans Cauchemar à la scierie nommée Georgina Orwell, un monstre bossu du nom de Féval (Le Bossu, Paul Féval) dans La Bête Féroce et deux des triplés Beauxdraps sont nommés en référence à Isadora Duncan. Dans Panique à la clinique, les patients s’appellent Jonah Mapple (référence à un sermon du Père Mapple à propos de Jonah dans Moby Dick, Herman Melville), Clarissa Dalloway (Mrs Dalloway, Virginia Woolf), Bernard Rieux (La Peste, Albert Camus) ou Emma Bovary (Madame Bovary, Flaubert). Les îliens dans La Fin sont, entre autres, Ishmael (narrateur de Moby Dick, Herman Melville), Vendredi (Robinson Crusoe, Daniel Defoe), Mrs Caliban (La Tempête, William Shakespeare). Esmé et Jérôme d’Eschemizerre font référence à une nouvelle de Jerome David Salinger, « Pour Esmé, avec amour et abjection ». Et ce n’est qu’un échantillon. C’est un petit jeu assez plaisant, je pense, pour tous lecteurs et lectrices.

Soulignons, pour terminer, que les illustrations sont jolies et donnent parfois des indices sur la suite des événements.

Conclusion ? Passez outre la construction répétitive des treize tomes qui, effectivement, peut sans doute lasser. Littérairement parlant, Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire sont insolites, riches et très bien écrites. A déguster pour : une plume et une narration vraiment originales, une grande richesse lexicale et culturelle et une connivence particulière établie entre le narrateur et le lecteur. Bref, malgré quelques défauts, j’ai éprouvé un immense plaisir à relire ces Désastreuses aventures.

« Si vous aimez les histoires qui finissent bien, vous feriez beaucoup mieux de choisir un autre livre. Car non seulement celui-ci finit mal, mais encore il commence mal, et tout y va mal d’un bout à l’autre, ou peu s’en faut. C’est que, dans la vie des enfants Baudelaire, les choses avaient une nette tendance à aller toujours de travers. Violette, Klaus et Prunille Baudelaire étaient pourtant des enfants charmants, des enfants intelligents, pleins de ressources et loin d’être laids. Mais le sort les avait pourvus d’une malchance inimaginable, et presque tout ce qui leur arrivait était placé sous le signe de la guigne, de la déveine et de l’infortune. »

ET LA SÉRIE ALORS ?

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (série)Ma relecture des treize tomes des Orphelins Baudelaire a été motivée par mon envie de découvrir la nouvelle série Netflix portée par Neil Patrick Harris dans le rôle du comte Olaf. La première saison, diffusée en janvier 2017, couvre les quatre premiers livres à raison de deux épisodes par livre.

Pour mon plus grand plaisir, la série est très fidèle aux livres. Pas seulement à l’histoire elle-même, mais également au ton décalé des romans de Lemony Snicket. Elle conserve le côté très narratif avec de fréquentes interruptions de l’auteur/narrateur. De plus, l’absurdité de certaines situations ou du comportement de certains adultes est parfaitement retranscrite… notamment grâce à un Mr Poe totalement inutile et irritant. Le ridicule des déguisements d’Olaf est parfait. Je pense surtout à Stephano qui m’a beaucoup fait rire tellement il est risible. J’ai vu quelques critiques négatives de personnes qui s’attendaient à une série plus noire (en la comparant souvent au film de 2004 qui jouait sur une atmosphère plus sombre), pourtant les livres ne sont absolument pas sombres. Au contraire. Même dans des moments graves, l’absurdité et l’humour sont présents.
Le fait d’avoir deux épisodes pour chaque livre permet de respecter les romans (contrairement au film qui mixait les trois premiers tomes). Evidemment, comme dans toutes adaptations, il y a quelques ajouts, quelques modifications, mais rien qui ne m’ait dérangée. J’ai apprécié d’ailleurs qu’ils développent davantage le côté société secrète, codes, mystères, tout ce que les orphelins découvrent plus tardivement dans les livres. L’ajout de nouveaux personnages est également très intéressant et peut laisser penser que la série ira plus loin que les livres. A voir…

Un générique qui reste en tête, un très bon casting – Neil Patrick Harris est excellent : certes, il n’en fait pas autant que Jim Carrey, mais je trouve qu’il incarne parfaitement cet acteur raté en mal de succès qu’est Olaf –, une esthétique soignée et magnifique qui évoque, à mes yeux, les films de Wes Anderson, colorés et absurdes, une grande fidélité aux romans, j’ai été tout à fait convaincue et séduite par cette première saison et j’ai hâte de découvrir la suite.

Et vous, l’avez-vous vue ? qu’en avez-vous pensé ?

Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, Lemony Snicket, illustré par Brett Helquist. Nathan. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Rose-Marie Vassallo.
– Tome 1 : Tout commence mal. 2002 (1999 pour l’édition originale). 187 pages.
– Tome 2 : Le Laboratoire aux serpents. 2002 (1999 pour l’édition originale). 179 pages.
– Tome 3 : Ouragan sur le lac. 2002 (2000 pour l’édition originale). 201 pages.
– Tome 4 : Cauchemar à la scierie. 2003 (2000 pour l’édition originale). 185 pages.
– Tome 5 : Piège au collège. 2003 (2000 pour l’édition originale). 222 pages.
– Tome 6 : Ascenseur pour la peur. 2003 (2001 pour l’édition originale). 246 pages.
– Tome 7 : L’Arbre aux corbeaux. 2004 (2001 pour l’édition originale). 254 pages.
– Tome 8 : Panique à la clinique. 2004 (2001 pour l’édition originale). 252 pages.
– Tome 9 : La Bête Féroce. 2004 (2002 pour l’édition originale). 253 pages.
– Tome 10 : La Pente glissante. 2005 (2002 pour l’édition originale). 254 pages.
– Tome 11 : La Grotte Gorgone. 2006 (2004 pour l’édition originale). 253 pages.
– Tome 12 : Le Pénultième Péril. 2006 (2005 pour l’édition originale). 247 pages.
– Tome 13 : La Fin. 2007 (2006 pour l’édition originale). 253 pages.

(Désolée d’avoir été si longue…)

Découverte de la collection Petite Poche chez Thierry Magnier : une claque

Thierry MagnierGrâce à Dans ta page et à sa super critique, j’ai découvert la collection Petite Poche chez Thierry Magnier. J’en ai acheté deux et je suis tombée juste après sur un autre titre à la bibliothèque. Ça a été un coup de foudre.
C’est pourquoi je vais vous parler de trois livres dans cette critique : Lettres d’un mauvais élève, de Gaia Guasti, Je suis le fruit de leur amour, de Charlotte Moundlic et L’auteur de mes jours, de Jo Hoestlandt.

  • Lettres d’un mauvais élève, de Gaia Guasti

Lettres d'un mauvais élève (couverture)

Ce court roman épistolaire est constitué de sept lettres qu’un mauvais élève écrit à ses parents, sa déléguée de classe qui l’a humilié, un professeur, la Ministre de l’éducation, une inconnue enceinte dans le bus, sa petite sœur et son ancienne institutrice qui l’a toujours soutenu. Alors, nous parlons de cancre, mais attention, rien avec un Ducobu ou un Titeuf. Il n’a rien de comique. Au contraire, c’est particulièrement dur. Ce qui l’envahit n’est pas de l’indifférence même s’il fait comme si. Il est empli d’un sentiment de nullité, d’une déprime noire. On le sent comme pris dans un cercle vicieux : comment s’en sortir à présent que tout le monde a baissé les bras, que tout le monde s’est habitué, que personne n’attend plus rien de lui ? C’est sombre et triste et pourtant c’est la réalité. Ces lettres, toutes remâchées dans sa tête (sauf la dernière qu’il osera écrire), sont un véritable cri du cœur.

« Moi, en revanche, je ne m’habitue pas. Jamais. Bien sûr, je fais semblant de m’en moquer. Mais à chaque fois, lorsque je sors ce foutu bulletin et que je le pose sur la table, c’est la même histoire, la même boule au ventre qui me reprend, la même envie de tout balancer par la fenêtre. »

« Mais est-ce que vous savez ce que ça fait lorsque pendant des années, huit heures par jour, vous vous sentez un crétin fini ? »

  • Je suis le fruit de leur amour, de Charlotte Moundlic

Je suis le fruit de leur amour (couverture)

Elle est née de l’amour passionnel de ses parents. Ses parents si beaux, si intelligents, si aimés, si amoureux. Elle les adore, les adule, même si elle ne les voit que de loin en loin, même si c’est sa tante qui l’élève. Avec notre regard extérieur, on se rend vite compte que, si le couple est peut-être parfait, la famille ne l’est pas car leur amour à deux est exclusif et fermé au reste du monde. Mais elle, elle nous raconte toutes ses incompréhensions, tous ses espoirs de fillette, tout son désir de plaire, d’être vue et aimée de ces parents si exceptionnels. D’être à leur hauteur. C’est terrible, cette terreur de ne pas être assez bien et de ne pas être aimée, et pourtant, ce sont des peurs compréhensibles que bon nombre d’entre nous auront ressentis un jour. Et Charlotte Moundlic choisit des mots justes, qui touchent la corde sensible sans pourtant en faire trop. 48 pages, et on ressort chamboulée.

« Je suis leur fille mais c’est drôle, je ne suis pas pareille. Je me demande comment deux personnes aussi parfaites ont pu donner naissance à quelqu’un comme moi. »

« Je suis un peu triste qu’ils ne soient jamais avec moi mais ce n’est pas grave puisque forcément ils m’aiment à la folie, je suis le fruit de leur si bel amour. »

  • L’auteur de mes jours, de Jo Hoestlandt

L'auteur de mes jours (couverture)

Quand il s’aperçoit que son père, auteur pour la jeunesse, reprend ses péripéties quotidiennes pour raconter des histoires, le fils entre dans une grande colère. Il n’en peut plus d’être observé à chaque instant. Il décide de se libérer du regard paternel. Mais finalement, n’a-t-il pas lui aussi besoin de tout cet amour et de toutes ses attentions ?
Le personnage ressent des émotions contradictoires comme on en ressent souvent. Il voudrait d’une part plus de liberté, mais il est également secrètement ravi de cette forme de connivence entre son père et lui-même. J’ai moins aimé ce roman-ci que j’ai trouvé un peu en-deçà des deux autres. Sans doute parce qu’il est plus léger et que je n’ai pas reçu d’électrochoc comme à la lecture des deux premiers. Toutefois, il n’en est pas moins intelligent et se penche sur une relation père-fils compliquée, mais réaliste.

« Et puis, tout d’un coup, plus de grenouille, plus d’araignée, plus de petit éléphant, le héros de papa était devenu un enfant, qui cachait ses livres sous son lit ! Exactement comme moi ! C’est là que j’ai compris que mon père, pour écrire ses histoires, me volait ma vie, par petits morceaux bien choisis. »

La collection Petite Poche semble donner la parole à ceux qui l’ont rarement. A ceux qui se font discrets, ceux qui souffrent intérieurement, silencieusement. J’ai reçu une énorme baffe en découvrant les enfances ignorées, malheureuses, gâchées des deux premiers romans. Une claque qui fait du bien et qui m’a donné l’envie de découvrir d’autres titres de cette petite mais puissante collection. Une littérature de jeunesse qui bouscule, qui fait réfléchir et qui ne prend pas les enfants pour des idiots, voilà qui me touche énormément.

Lettres d’un mauvais élève, Gaia Guasti. Editions Thierry Magnier, coll. Petite Poche, 2016. 48 pages.

Je suis le fruit de leur amour, Charlotte Moundlic. Editions Thierry Magnier, coll. Petite Poche, 2015. 48 pages.

L’auteur de mes jours, Jo Hoestlandt. Editions Thierry Magnier, coll. Petite Poche, 2006. 48 pages.

Le Bois dormait, de Rébecca Dautremer (2016)

Deux personnages se promènent en bavardant et pénètrent dans une ville. Ils croisent un lièvre, un cavalier, des boxeurs… endormis. Pas de doute,  nous sommes dans le royaume ensorcelé de la Belle au bois dormant.

Le Bois dormait (couverture

Dans ce nouvel album, Rébecca Dautremer revisite le célèbre conte sans le raconter. Tout le monde connaît l’histoire après tout. On rentre dans cet univers grâce aux discussions des deux personnages, ou plutôt grâce au monologue du plus âgé des deux car il n’obtient guère de réponse de son jeune compagnon. J’ai beaucoup apprécié l’humour des commentaires pragmatiques du personnage qui interroge (ça ne fait pas un peu long, cent ans ?), doute (et s’ils faisaient tous exprès ?), ronchonne un peu (« Entre nous, si on invoque un sort à chaque fois qu’on a envie de faire un petit somme… »). Mais son ami partage-t-il son point de vue ? La fin semble nous dire que non…

Le Bois dormait 2

Tous deux sont en noir et blanc, à peine esquissés sur la grande feuille blanche, et, par contraste, attention, les pages qui leur font face sont tout simplement extraordinaires ! Les images en couleur sont grandioses comme Rébecca Dautremer sait le faire. Elle transforme le château entouré de ronces en ville contemporaine bien que les vêtements des habitants évoquent aussi bien le Moyen-Âge que les années folles. Explosions de couleurs et de détails. Courbes arrondies, grâce des corps, douceur des visages. Finesse et délicatesse du trait. Vie malgré l’immobilité des sujets.

Le Bois dormait

Tout ce qu’on a à faire, c’est se laisser immerger lentement dans cet univers fait de poésie, de magie, de calme et de couleurs chatoyantes. Parce que cet album est juste sublime et qu’il faut prendre son temps pour en savourer tous les détails.

« C’est bien tranquille, évidemment.
Et c’est beau, c’est vrai.
Mais ça manque peut-être un peu… un peu de…
Tu vois ce que je veux dire ? »

Le Bois dormait, Rébecca Dautremer. Sarbacane, 2016. 64 pages.

Le Bois dormait