La longue marche des dindes, de Kathleen Karr (1998)

La longue marche des dindes (couverture)Après Les Misérables, après le drame, après les 1800 pages, après la plume dantesque de Victor Hugo, après ce coup de cœur annoncé… après tout ça, j’avais besoin de quelque chose d’un peu plus léger, d’un peu plus court, d’un peu moins attendu. Je me suis donc tournée vers La longue marche des dindes, un livre dont je n’avais jamais entendu parler avant qu’Arcanes ouvertes ne donne son avis dessus. Ce qu’elle en disait m’avait bien emballée et je l’avais rapidement repéré à la bibliothèque.
Et quelle jolie surprise ce fut !

Derrière ce titre intrigant se cache une aventure pas moins rocambolesque. 1860, États-Unis. Simon Green n’est pas fait pour l’école, c’est le moins qu’on puisse dire après un quatrième CE1… à quinze ans. Mais il n’est pas idiot pour autant et il a quand même appris les multiplications. Alors quand on lui dit que les dindes vendues ici vingt-cinq cents valent cinq dollars à Denver, il fait rapidement le calcul… et ce sont pas les mille kilomètres entre Union, Missouri, et Denver, Colorado, qui l’empêcheront de déployer ses ailes et de lancer sa petite affaire !

Simon m’a été d’emblée sympathique. Certes, ses talents ne sont pas scolaires, mais sa gentillesse, sa générosité et son sens pratique sont fédérateurs. Belles ou mauvaises rencontres le feront grandir au fil de ce récit initiatique. Si certains chercheront à abuser de ses qualités, d’autres feront tout pour l’aider à trouver sa place dans ce monde. Alors certes, le récit est gentil et positif, et certains retournements de situation peuvent parfois sembler un peu faciles, mais j’avoue que j’ai trouvé ça agréable pour une fois et j’ai suivi leurs péripéties avec plaisir.
J’ai adoré toute la clique qui entoure Simon, cet ingénu aux éclairs de génie. Miss Rogers, son institutrice qui croit en lui d’une bien belle façon ; Bidwell Peece, l’amoureux des bêtes que Simon extirpe de la boisson ; Emmett, le brave petit chien du précédent ; Jabeth, l’esclave en fuite ; Lizzie, la jeune fille explosive qui refuse d’être traitée comme une poupée. Ne pas se fier aux apparences et croire aux talents de chacun·e, voilà une leçon à retenir !

 C’est également un beau voyage à travers les États-Unis. Un pays où tout n’est pas rose, loin de là. Certes, le petit peut y devenir grand – à condition de ne pas être réduit à néant par la méchanceté et la cupidité d’autrui –, mais c’est aussi un pays divisé par l’esclavage, un pays qui martyrise les Indiens, qui massacre inutilement les bisons.

Solidarité, amitié, honnêteté… et c’est parti pour un voyage lumineux qui ne cessera de faire grandir notre tendresse pour ces protagonistes hauts en couleurs.

« – Simon, elle a répété. Simon.
J’ai souri de toutes mes dents.
– Y a pas : vous avez mon nom sur le bout de la langue, Miss Rogers.
– C’est exact, elle a soupiré. Cela n’a rien de surprenant.
Sa bouche s’est plissée comme pour une moue. Elle jouait avec une boucle de ses cheveux d’or.
– Simon, elle a repris, il m’est très pénible de te le dire, mais tu te rends bien compte…
– Oui, m’dame ?
– Tu te rends bien compte que tu viens d’achever ton CE1. Pour la quatrième fois.
– Oui, m’dame. Ç’a été encore plus plaisant que d’habitude.
Elle a froncé les sourcils.
– Quoi qu’il en soit… (Elle s’est tue, puis elle a inspiré profondément et elle a lâché, dans un souffle : ) Je crois que tu as exploré jusqu’au tréfonds les arcanes du CE1, Simon. Je crois qu’il est temps pour toi de le quitter.
J’ai sauté de joie.
– Ça veut dire que je vais enfin passer en CE2 ?
– Hélas non. Tu es déjà le plus âgé de mes élèves, Simon Green. Si fort que j’ai pu apprécier ta compagnie, il est temps pour toi d’affronter le monde. De déployer tes ailes. »

« – Le territoire indien ? Je n’ai jamais vu d’Indiens de toute ma vie !
– Pas étonnant, Simon pas étonnant, vu que notre Etat éclairé du Missouri les a tous fichus dehors y a que’ques années. Les a expédiés un peu plus loin à l’ouest, quoi. Le gouvern’ment leur a raconté qu’il y avait là-bas plein de bonnes terres où ils pourraient s’établir pour toujours.
– Et alors ? j’ai demandé.
Peece a soupiré.
– Eh ben alors, « pour toujours » dans l’esprit des Indiens et « pour toujours » dans l’esprit des Blancs m’ont tout l’air d’être deux notions bien différentes, Simon. »

La longue marche des dindes, Kathleen Karr. L’École des loisirs, coll. Neuf, 1999 (1998 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Misserly. 249 pages.

La parenthèse 9ème art – Spécial Loïc Clément : Chaque jour Dracula, Les jours sucrés et Le Temps des Mitaines

Trois critiques pour quatre bandes dessinées signées Loïc Clément pour le scénario. Si la première ne m’a pas entièrement convaincue, j’ai beaucoup aimé – voire adoré – les suivantes pour lesquelles le scénariste retrouve cette magicienne de l’aquarelle qu’est Anne Montel.

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Chaque jour Dracula,
de Loïc Clément (scénario) et Clément Lefèvre (dessin)
(2018)

Chaque jour Dracula (couverture)J’ai découvert le travail de Clément Lefèvre avec L’épouvantable peur d’Epiphanie Frayeur et de Loïc Clément avec Chaussette. Quand, à la bibliothèque, je suis tombée sur cette courte BD jeunesse, je n’ai pu résister à l’illustrateur et à la mention de Dracula. Mais je n’en savais pas plus.

Et j’ai été très surprise. On découvre rapidement que l’histoire – qui met en scène un jeune Dracula encore écolier – va parler de harcèlement scolaire. Une thématique réaliste que je ne m’attendais pas à trouver dans cet ouvrage basé sur une créature imaginaire et quasiment toute-puissante. Si le but était d’amener le lecteur ou la lectrice sur un terrain inattendu, l’effet est réussi.

Le choix de Dracula comme tête de Turc est assez malin. Cela permet de jouer sur deux tableaux : à la fois le personnage souvent stigmatisé et repoussé aux abords de la civilisation et aussi la créature d’une grande force. Une ode à la différence qui montre que même les plus puissants peuvent avoir été maltraités un jour et avoir eu besoin de l’aide de personnes extérieures.

Cependant, j’avoue avoir été un chouïa déçue : les auteurs en ont peut-être un peu trop fait. Le sujet du harcèlement à l’école – sujet important certes – est martelé et j’ai trouvé que la façon de passer le message manquait d’un peu de subtilité. Quant à la conclusion, elle est pleine d’espoir, mais très rapide, minimisant peut-être la difficulté de se sortir de ce genre de situation. Toutefois, je n’oublie pas que je ne suis pas le premier public de cette histoire, que le but n’est pas de traumatiser les jeunes lecteurs et lectrices et je pense qu’elle peut être très efficace avec eux, les sensibilisant et leur parlant peut-être plus qu’à moi.

Chaque jour Dracula n’en reste pas moins une BD mignonne et intelligente dans laquelle les plus grand·es s’amuseront des clins d’œil à la littérature vampirique et où chacun·e appréciera les illustrations pleines de douceur de Clément Lefèvre.

Chaque jour Dracula, Loïc Clément (scénario) et Clément Lefèvre (dessin). Delcourt jeunesse, 2018. 40 pages.

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Les jours sucrés,
de Loïc Clément (scénario) et Anne Montel (dessin)
(2016)

Les jours sucrés (couverture)Eglantine, 28 ans, mène une vie dynamique de graphiste à Paris lorsqu’un notaire breton lui apprend le décès de son père. Guère émue à l’idée de retourner dans son village natal synonyme de mauvais souvenirs, elle part avec l’idée de clore la succession et de tourner la page une bonne fois pour toute. Sauf que les souvenirs vont resurgir, des secrets vont être dévoilés… et la vie d’Eglantine va prendre un tour tout à fait inattendu.

Je retrouve avec plaisir ce duo découvert avec Chaussette. Déjà, visuellement, c’est le même régal. J’adore la délicatesse des aquarelles d’Anne Montel. Couleurs lumineuses (seules quelques images sépia ponctuent le récit le temps d’un souvenir), traits fins, petits détails… Elle donne vie à cette histoire, ses personnages sont humains, ses décors chaleureux. Elle m’a transportée dans ce petit village de Bretagne, elle m’a affamée avec ses dessins de pâtisserie, elle m’a amusée avec ses chats, bref, une immersion fantastique.

Il faut dire que Les jours sucrés, c’est le genre de cocon que l’on ne veut pas quitter. On s’attache aux personnages, on se sent confortablement installée au milieu de cette jolie petite bande, on déguste un petit gâteau en caressant un chat…
Certes, l’histoire est un tantinet prévisible et les personnages ne font pas grand-chose pour éviter les quiproquos qui permettent à l’histoire de se dérouler. Mais qu’importe. On prend tant de plaisir à côtoyer cette vieille ronchon de Marronde, à saluer l’optimisme de Gaël, à sourire devant les ruses félines, à saliver devant chaque titre de chapitre (tous des pâtisseries !) que l’on ne s’attarde pas sur quelques facilités.

Réconciliation avec son passé, changement de vie, découverte de soi… Amitié, famille, amour, pardon, compréhension… Les jours sucrés est une bande dessinée toute mignonne, tendre et réconfortante. J’espère que le parcours d’Eglantine sera le mien un jour et que je trouverai un endroit où je serai enfin bien !
A lire sous son plaid avec une tasse de thé ou de chocolat !

Les jours sucrés, Loïc Clément (scénario) et Anne Montel (dessin). Dargaud, 2016. 145 pages.

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Le Temps des Mitaines (2 tomes),
de Loïc Clément (scénario) et Anne Montel (dessin)
(2014-2016)

Le Temps des Mitaines T1 (couverture)Dans ce monde imaginaire, les animaux qui le peuplent sont dotés de pouvoirs divers et variés, utiles… ou pas vraiment. Arthur, nouveau dans le village, était loin de se douter que son premier jour de classe signerait le début d’une enquête sur des disparitions d’enfants avec une toute nouvelle bande d’amis.

J’ai entendu parler du Temps des Mitaines pour la première fois il y a plusieurs années grâce à ma copine Victoria. Seulement voilà, je suis souvent très lente pour découvrir les œuvres dont on me parle même si – et ces BD en sont la preuve – cela finit par arriver.

J’ai beaucoup aimé suivre ces jeunes héros et héroïnes. Le premier tome met en place un récit choral dans lequel les premiers chapitres suivent un des personnages en particulier. L’occasion de découvrir ces personnalités aussi diverses qu’attachantes. Arthur, naïf et généreux ; Pélagie, une grande mélangeuse de mots qui n’est pas sans rappeler un certain Perceval (chez elle, « Vous bridez ma créativité » devient sans peine « Vous braconnez ma chasteté » par exemple…) ; Kitsu, mystérieuse et indépendante ; Gonzague, intelligent et cultivé ; Willo, fidèle et peureux mais n’hésitant pas à braver les dangers pour ses amis.
C’est l’heure de l’amitié, des premiers amours, des premières responsabilités. Le tout dans une ambiance de mystère et de dangers. Tous leurs talents, joliment complémentaires, seront nécessaires pour démasquer le terrible kidnappeur. Si le côté « enquête » amène des éléments assez classiques dans ses rebondissements, le charme de l’ouvrage se trouve surtout dans la relation des cinq enfants et les savoureux dialogues.

Le Temps des Mitaines T2 (couverture)Bien plus court, le second tome est plus engagé et très actuel. Au programme : des petits producteurs dont le travail est menacé, le poids des banques et des grandes surfaces, nature, économie, consommation, délocalisation… Au cours de stages en milieu professionnel, nos jeunes amis vont pouvoir démontrer une fois de plus le pouvoir de l’amitié et de la générosité, un pouvoir plus puissant que n’importe quelle magie (même si celle-ci aidera bien également).

Encore une fois, le dessin d’Anne Montal m’a totalement charmée. Ses aquarelles colorées sont comme toujours d’une belle finesse et d’une richesse époustouflante. J’ai adoré m’attarder sur les planches de ces BD pour en admirer tous les détails. Un régal pour les yeux !

Encore une fois une belle réussite pour le duo Clément/Montel qui trouve toujours l’inspiration pour des histoires positives et inspirantes. Des intrigues intelligentes, drôles et tendres, magnifiquement mises en valeur par des illustrations aussi sensibles que sublimes.

Le Temps des Mitaines, Loïc Clément (scénario) et Anne Montel (dessin). Didier jeunesse.
– Tome 1, 2014, 155 pages ;
– Tome 2, Cœur de Renard, 2016, 62 pages.

Une critique (L’île au manoir) et un tag : un article n’importe nawak

L’île au manoir, d’Estelle Faye (2018)

L'île au manoir (couverture)

Si la couverture vous rappelle quelque chose, c’est peut-être le coup de crayon de Xavier Collette dont j’ai parlé la semaine dernière !

(Cette chronique traîne depuis des mois – je l’ai lu en mai – et j’attendais de pouvoir la coupler avec une autre du fait de sa petite taille. Aucune petite critique ne se décide à montrer le bout de son nez, donc je m’en débarrasse allègrement ici avec un petit tag !)

Lorsqu’il aperçoit une fille seule sur la plage et cherche à l’aider, Adam ne se doute pas qu’il va être entraîné, et ses amis Adélis et Gaël avec lui, dans une aventure entre passé et présent, entre rêve et réalité.

En explorant un peu le contenu des rayons jeunesse de la bibliothèque, je suis tombée sur ce titre d’Estelle Faye. Certes, ce n’était pas avec celui-là que je pensais découvrir cette autrice dont les romans me font de l’œil depuis quelques mois, mais pourquoi se priver quand le hasard vous tend les bras ?

L’île au manoir est donc un roman destiné à la jeunesse : sans surprise, il se lit donc très vite. Si, de mon point de vue de grande personne (la blague !), je suis restée un peu sur ma faim (c’est trop rapide, trop facile !), je ne peux pas nier que l’intrigue doit être très prenante pour les plus jeunes.

Personnellement, l’écriture d’Estelle Faye m’a beaucoup plu, elle a une plume très visuelle et des images s’invitent si spontanément et si précisément au fil de la lecture que j’aurais pu avoir l’impression d’être devant un film. Certains passages m’ont aussi remis en mémoire le troisième tome de Ninn, les deux histoires présentant quelques similitudes.
Sans abuser des descriptions qui pourraient rebuter de jeunes lecteurs et lectrices, Estelle Faye nous emmène en un clin d’œil sur cette île menacée par l’océan et pose en quelques mots une ambiance entre fascination pour l’élément liquide, beauté sauvage et dangerosité de la nature.

Ensuite, le reste de l’histoire est un classique mais efficace mélange de surnaturel, d’action et d’amitié. Une île que nos jeunes héros sont les seuls à pouvoir sauver, une fille d’un autre temps à délivrer, un mystère à éclaircir, une petite enquête à mener, des adultes qui ne servent à rien : la recette est connue, mais le résultat n’en reste pas moins une lecture agréable et dynamique qui pourra enchanter son jeune public.

Un sympathique roman d’aventure porté par une plume énergique.

«  – Une dernière question, dit-il très vite. Pourquoi m’as-tu choisi, moi, pour t’aider ? Je veux dire, je ne suis pas très efficace, avec…
D’un geste, il désigna sa béquille. Les yeux de Sélène brillèrent dans son visage à peine visible.
– Je t’ai choisi parce que tu n’as pas peur des tempêtes. Je t’observais depuis le monde des rêves, et j’espérais que nous pourrions devenir amis. »

L’île au manoir, Estelle Faye. ScriNéo, coll. Les coups de cœur de Cassandra O’Donnell, 2018. 126 pages.

Challenge Voix d’autrice : une autrice francophone

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Liebster Award de Kin et Kara du drôlissime blog Plumes de Lune !

A l’instar de moult blogueuses, j’ai été taguée par Kin et Kara pour répondre à quelques questions. Étonnement, j’ai mis moins d’un mois pour y répondre, ce qui doit constituer un record personnel.

  1. Quel est ton pirate préféré ?

Pas facile, cette question ! J’adore les histoires de pirates, c’est un univers qui d’emblée me fascine (sans doute parce que je l’idéalise aussi un peu), mais finalement, je ne le croise pas si souvent que ça. Du coup… relativement récemment, j’ai eu un gros coup de cœur pour Bengale dans Mers mortes d’Aurélie Wellenstein (et pour le bouquin aussi d’ailleurs).Mers mortes (couverture)Si je devais remonter à dix-quinze ans en arrière, il me serait impossible de ne pas citer Jack Sparrow, mais j’ai tellement vu et revu les films à cette époque (les premiers en tout cas, j’ai décroché au bout d’un moment et je n’ai jamais vu le quatrième et les autres si suite il y a eu) que j’en ai fait une sorte d’overdose et que je ne pourrais plus le citer maintenant comme étant mon préféré (du coup, j’ai un genre de sentiment bizarre en gros « je t’aime beaucoup beaucoup, mais je ne peux plus te voir »).jack sparrowSinon, j’ai toujours été fascinée par Mary Read et Anne Bonny (même si je n’ai jamais vraiment rien lu sur elles).Mary Read et Anne Bonny(Voilà, débrouillez-vous avec ça.)

  1. As-tu d’autres activités / passions que celle de ton blog ?

Je dois avouer que la lecture est clairement mon activité principale bien que « promener la chienne » soit une sérieuse concurrente. Sinon, j’aime beaucoup manger (et faire à manger moi-même, bien que ce soit plus périodique comme passion), marcher (même si ça devient rare vu que ma chienne – toujours elle – n’est vraiment pas facile en balade, ce qui fait qu’une promenade de deux heures avec elle équivaut à une rando de quatre heures sans elle), regarder des films (anciennement aller des sous quand ça ne me coûtait pas un bras à chaque fois et que j’avais un choix quasi illimité), dessiner et peindre à l’aquarelle (même si je suis nulle et que je n’ai plus de papier approprié, ce qui a stoppé  mes velléités artistiques jusqu’à ce que j’ai l’idée ET le courage – en même temps –d’aller en racheter), jouer à des jeux de société, me promener en forêt (ou dans n’importe quel endroit doté d’un beau paysage et dépourvu d’êtres humains)…

  1. T’as fait quoi de beau cet été ?

Si je vous renvoie à mon « C’est le 1er, je balance tout » de juillet-août, ça fait trop flemmard ?
Bon, je n’ai rien fait d’extraordinaire en réalité. J’ai passé du temps chez mes parents dans le Jura et c’était vraiment trop chouette d’aller se baigner dans les lacs (mais chut, faut pas le dire, il y a déjà suffisamment de monde comme ça !). Je me suis aussi baignée dans la Manche pour la première fois et je regrette de ne pas y être allée plus tôt tellement c’était génial (sauf que je suis du genre à boire souvent la tasse et c’est quand même drôlement salé !). Et puis, j’ai fait des heures supplémentaires, histoire de pouvoir profiter de mes vraies vacances… en octobre.

  1. Quelle est ta chanson préférée du moment ?

Ah, je ne vais pas pouvoir répondre à cette question parce que, contrairement au reste du monde semble-t-il, je n’écoute presque jamais de musique ! Ça arrive, mais c’est de moins en moins fréquent et ça doit faire plusieurs semaines que je n’ai pas mis une chanson de mon plein gré…
Les dernières chansons écoutées devaient être celle de l’album Cure d’Eddy de Pretto, mais je ne peux pas qualifier ça de « chanson du moment » vu que je ne me rappelle même plus quand c’était.

  1. C’est quoi tes prochaines vacances ?

Vu qu’un déménagement se profile peut-être à l’horizon, mes prochaines vacances consisteront à visiter la Bretagne tant que j’y suis. Pas de voyages à l’étranger cette année, je me contenterai d’une semaine dans le Finistère en octobre (et de petites excursions à droite à gauche) !
Après, si on devait parler de mes vacances idéales – comprenez « si j’avais les sous pour » – ce serait l’Ecosse, ou Londres, ou un truc en Grande-Bretagne (ou l’Irlande). Bref, par là-bas quoi.

  1. Est-ce-que t’as le mal de mer ? (c’est le moment de nous raconter une anecdote marrante)

Non. Enfin, quand j’étais petite, une traversée pour aller en Corse s’est apparemment déroulée dans des conditions apocalyptiques pour mes parents (car ma sœur aussi était malade), mais depuis, je n’ai jamais eu de problèmes sur un bateau, les rares fois où je suis montée à bord. Je confesse cependant n’avoir jamais eu l’occasion de naviguer sur une mer démontée, ça changerait peut-être la donne…

 Voilà, c’est fini ! (Qui a dit « ouf ! » ?) J’ai d’autres tags en réserve, mais je ne peux pas dire quand ils sortiront (ni quand je les écrirai d’ailleurs…).
A bientôt !

Spécial Albums – Top Car, Mister Black et Jusqu’en haut

Les albums ne sont clairement pas ma spécialité et sont très rares par ici. J’ai néanmoins fait de très chouettes découvertes cet été et j’ai eu envie de les partager avec vous dans ces courtes chroniques. Aujourd’hui (ce qui laisse entendre que d’autres articles dédiés aux albums devraient pointer le bout de leur nez si je ne procrastine pas trop), je vous parle de trois albums aux thématiques très contemporaines.

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Top Car, de Davide Cali (texte) et Sébastien Mourrain (illustrations) (2018)

Top Car (couverture)Un petit album qui raconte l’histoire d’un homme dévoré par le désir d’acheter la nouvelle voiture à la mode, plus belle, plus rapide, plus parfaite. Pourtant, il a déjà une voiture. Elle n’est pas aussi tendance, elle n’est pas aussi spacieuse, mais elle roule bien et, avec son petit gabarit, pas de problème de parking. Mais cette voiture l’obsède, il lui faut trouver un moyen de l’acheter.

C’était là un album qui ne pouvait que m’interpeller. Derrière un trait fin et épuré, Top Car dénonce la société de consommation. Ce pouvoir des publicités qui passe la barrière de la raison et touche aux sentiments pour faire naître des besoins inexistants. Travailler jusqu’à l’abrutissement pour s’offrir un petit plaisir passager qui sera caduque dès que le nouveau modèle encore plus attractif sortira. La fin, au choix, fait sourire ou désespère tant cet album raconte notre société.

Un album malin et bien construit qui peut-être fera écho dans quelques consciences.

Top Car, Davide Cali (texte) et Sébastien Mourrain (illustrations). Editions des éléphants, 2018. 40 pages.

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Mister Black, de Catalina Gonzalez Vilar (texte) et Miguel Pang (illustrations) (2018)

Mister Black (couverture)Mister Black est un vampire qui vit sur une île de monstres. Autant dire qu’il a une image à tenir. Un vampire, c’est effrayant, ce n’est pas joyeux et ça s’habille en noir. Sauf que Mister Black aime passionnément… la couleur rose.

Encore un album très actuel avec cette ode à la différence. L’histoire de Mister Black nous invite à dépasser nos préjugés et à s’ouvrir à des personnalités riches, surprenantes et uniques. Elle nous raconte aussi la difficulté à vivre sous le regard de nos pairs, ce regard si pesant car parfois terriblement jugeant. Comment s’épanouir lorsque l’on nous dit que nos goûts et nos envies ne sont pas acceptables, qu’il faut les enfermer dans un coffre et balancer le coffre à la mer ?
L’histoire, si vous me permettez le jeu de mots, ne sera pas rose tous les jours : elle menace même de prendre une tournure très noire et désespérée, heureusement redressée par une fin qui souligne l’hypocrisie de la société. La méchanceté, la monstruosité, se cache décidément sous tous les corps.
J’ai moins adhéré aux dessins, je dois l’avouer. Cependant, les couleurs très franches ont le mérite de faire ressortir ce rose éclatant et détonnant dans un monde de monstres ou, au contraire, de faire ressortir la tristesse d’un monde en noir, gris et autres marrons ternes, bref, de souligner les (très) différentes facettes de ce vampire atypique.

Un second album tout aussi actuel qui tord le cou à quelques stéréotypes en appelant à un peu plus de bienveillance.

Mister Black, Catalina Gonzalez Vilar (texte) et Miguel Pang (illustrations). Editions Les Fourmis rouges, 2018. 36 pages.

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Jusqu’en haut, d’Emilie Vast (2019)

Jusqu'en haut (couverture)Semblable aux contes de randonnée, cet album nous emmène toujours plus haut dans un arbre de la forêt amazonienne. Pourquoi Ocelot est-il tombé sur le dos de Coati ? Pour cela, il faut découvrir la réaction en chaîne qui a conduit à cet événement. Intrigant… Qui a bien pu déclencher tout ce remue-ménage ? De maillon en maillon, du sol vers la canopée, le mystère s’éclaircit jusqu’à cette fin qui pourrait illustrer l’effet papillon : un petit quelque chose anodin qui bouscule la jungle.
Au fil de cet album tout en verticalité, une petite dizaine d’animaux exotiques se dévoile : Tamandua, Toucan, Paresseux, Singe hurleur… Tous ces êtres plus ou moins connus, plus ou moins étonnants, sont mis en valeur par leurs couleurs qui contrastent sur les feuilles noires de la végétation. Le dessin est tout en finesse, avec une petite touche géométrique, tandis que le texte sur la page de gauche s’élève avec nous, montant d’un degré à chaque étape de notre accession.
(La thématique contemporaine et dénonciatrice est moins marquée dans ce troisième album qui possède toutefois une certaine dimension écologique.)

Un très bel album à la découverte du poumon vert de la Terre et des espèces menacées qui le peuplent.

Jusqu’en haut, Emilie Vast. Editions Memo, 2019. 48 pages.

Trois petits livres signés par trois auteurs que j’apprécie beaucoup : Gaiman, de Fombelle et Bottero

Un peu par hasard, je me suis retrouvée avec trois livres de trois auteurs que j’aime beaucoup : Neil Gaiman, Timothée de Fombelle et Pierre Bottero. Odd et les géants de glace, Céleste, ma planète et Tour B2 mon amour sont trois courts romans jeunesse que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.

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Odd et les géants de glace, de Neil Gaiman (2009)

Odd et les géants de glaceOdd, globalement, n’a pas beaucoup de chance. Plus de père, une mère réinstallée avec un gros bonhomme qui n’aime guère son beau-fils, une jambe en miette suite à un accident de bûcheronnage et voilà que l’hiver s’éternise, s’éternise, s’éternise… Il décide de partir du village sans se douter que son périple le fera côtoyer dieux et géants.

Avant son livre La mythologie Viking (que je n’ai pas encore lu), Gaiman avait déjà exploré ces contrées à travers une petite histoire. Un conte dans lequel un enfant vient en aide à Odin, Thor et Loki chassés d’Asgard par un géant de glace.
Ce n’est pas un Gaiman qui me restera en tête très longtemps. Ce serait même plutôt l’inverse. Attention, c’est une lecture très agréable, le décor prend vite forme – même s’il fait chaud dehors, on s’imagine aisément projeté au cœur de l’hiver –, les personnages sont sympathiques – même si je n’ai pas eu le temps de m’attacher à qui que ce soit – et l’on suit les péripéties sans déplaisir. Mais, contrairement à Timothée de Fombelle qui parvient en moins de pages encore à donner naissance à un récit puissant, Odd et les géants de glace se déroule trop facilement. Odd ne rencontre aucune difficulté et son aventure se déroule comme notre lecture, sans anicroche et bien trop rapidement. Le déroulé du récit est très classique et linéaire. J’aurais sans doute bien davantage accroché à cette histoire enfant, notamment pour l’aspect mythologique et la rencontre avec Loki, Freya et les autres.

Si j’aurais aimé une histoire plus approfondie, Odd et les géants de glace n’en reste pas moins un conte agréable que je conseillerais toutefois davantage aux enfants qu’aux adultes.

« Il était une fois un garçon nommé Odd, ce qui n’avait rien d’étrange ni d’inhabituel en ce temps et dans cette contrée-là. « Odd » signifiait « la pointe d’une lame », c’était un nom porte-bonheur.
Le garçon, en revanche, était un peu bizarre. C’était du moins l’avis des autres villageois. Bizarre, il l’était sans doute ; mais chanceux, certainement pas. »

« De l’écarlate retomba doucement autour d’eux, et tout fut souligné de vert et de bleu, et le monde fut couleur framboise, et couleur de feuille, et couleur d’or, et couleur de feu, et couleur de myrtille, et couleur de vin. »

Odd et les géants de glace, Neil Gaiman, illustré par Brett Helquist. Albin Michel, coll. Wiz, 2010 (2009 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec. 141 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Problème du Pont de Thor : 
lire un livre en rapport avec la mythologie nordique

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Céleste, ma planète, de Timothée de Fombelle (2007)

Céleste ma planèteJe préviens, je vais spoiler pour cette chronique !

Dans un monde ultra modernisé, avec des complexes commerciaux titanesques, des tours dans lesquelles les voitures sont garées à la verticale, des humains qui ne mettent plus le nez dehors et une planète en souffrance, notre héros va faire une découverte incroyable qui va tout changer. Il tombe amoureux de Céleste, une jeune fille très malade… qui souffre des maux infligés à la planète.

On retrouve immédiatement la patte « de Fombelle » dans ce très court récit vite avalé. Poésie est un mot qui revient très souvent pour parler des œuvres de Timothée de Fombelle et ce texte ne fait exception. Cette histoire d’amour cache en réalité un fort engagement écologique et nous interpelle sur les ravages causés à la Terre et à la nature. Une manière originale et onirique pour parler de pollution. Un petit roman très actuel qui fait passer un message fort par le biais d’une histoire efficace et immédiatement prenante.

« Chaque coup porté à notre Terre était reçu par Céleste.
Céleste ne souffrait de rien d’autre que de la maladie de notre planète.
Elle allait mourir à petit feu.
Son sang devait être pollué comme les mers et les rivières, et ses poumons comme le plafond de fumée de nos villes. »

Céleste, ma planète, Timothée de Fombelle, illustré par Julie Ricossé. Gallimard, coll. Folio junior, 2016 (2007 pour la première publication). 91 pages.

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Tour B2 mon amour, de Pierre Bottero (2004)

Tour B2 mon amour (couverture)De Bottero, je n’ai lu que ses trilogies – La quête et Les mondes d’Ewilan, Le pacte des Marchombres et L’Autre – ainsi que Les âmes croisées, premier tome qui, tristesse infinie, restera sans suite. Ses one-shots me restent donc à découvrir et je suis tombée sur Tour B2 mon amour totalement par hasard.

C’est l’histoire d’une rencontre. De la rencontre de deux mondes entre les tours bétonnées d’une cité. La rencontre entre Tristan qui y est né et y a toujours vécu et Clélia qui a dû y emménager par la force des choses. Alors que son décrochage scolaire, ses conflits avec sa mère et la pression des copains menacent de faire glisser le premier sur une bien mauvaise pente, la seconde débarque dans sa vie avec sa spontanéité, sa gentillesse et son amour des livres et des mots. Tout cela, ainsi que sa veste trop grande et son vocabulaire soutenu, font d’elle une extraterrestre, parfaitement ignorante des codes de la cité.

Je n’avais pas de grandes attentes pour ce livre, moins encore lorsque j’ai compris qu’il allait s’agir d’une histoire d’amour, mais la plume de Bottero a su me convaincre.
Certes, l’histoire en elle-même n’est ni inoubliable ni particulièrement originale. La relation des deux personnages est très mignonne et, peu à peu, on s’attache à eux, à leurs fragilités, à leurs rêves, à leurs différences. J’ai apprécié que les personnages restent des collégiens et que les drames de leur quotidien restent crédibles et réalistes. Bottero aborde des thématiques actuelles, mais sans rendre le récit trop pesant, sombre ou torturé.
Cependant, le point fort de ce roman reste cette magie, cette profondeur dans son écriture. Cette justesse des mots qui touchent à chaque fois au cœur. Cette façon de raconter les sentiments, les tempêtes qui agitent cœurs et esprits. Si Clélia est un personnage atypique et décalé que j’ai immédiatement adoré, Tristan m’a également touchée par les craintes et espoirs qui l’agitent : la peur du rejet, le poids du regard des autres, l’envie de se dépasser, le rêve d’un avenir plus radieux, les efforts pour s’améliorer, la sensibilité qu’il tente de cacher, les instants de liberté avec Clélia…

C’est un joli petit récit, empli de tendresse, d’espoir et de la violence des premières histoires d’amour.

« Et maintenant, il était paumé. Déchiré entre des pulsions contradictoires, il ne savait que penser. L’image de Clélia se superposant à celle de ses copains, les accents de sa voix, ses mots formant une cacophonie avec le langage de la cité, il ne savait qu’écouter. Son passé luttant contre un futur à peine esquissé, il ne savait que croire. »

Tour B2 mon amour, Pierre Bottero. Flammarion jeunesse, coll. Tribal, 2004. 150 pages.

Spécial Clémentine Beauvais : Brexit Romance et La Louve

 

(A la base, je voulais aussi ajouter à cette critique mon avis sur Songe à la douceur que je souhaite relire (et que je n’ai jamais chroniquer), mais je n’ai pas encore eu l’envie de m’y atteler, donc ce sera pour une autre fois.)

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Brexit Romance, de Clémentine Beauvais (2018)

Brexit Romance (couverture)Juillet 2017. Marguerite Fiorel, soprano de 17 ans, est à mille lieues de songer au Brexit quand elle se rend à Londres avec Pierre Kamenev, son professeur. Ce qui ne tardera pas à changer lorsque leur route croise celle de Justine Dodgson, organisatrice de mariages arrangés franco-britanniques. Le but : ouvrir les portes du Royaume-Uni aux premiers et obtenir le passeport européen pour les seconds.

Au risque de me faire lyncher, je dois avouer que je commence à me demander si je partage vraiment tout cet enthousiasme autour de Clémentine Beauvais. Si j’ai adoré Les petites reines que je recommande à tout le monde, qui est l’un de mes titres Exprim’ favoris, je n’ai pas été emballée par Comme des images malgré d’indéniables qualités et le si encensé Songe à la douceur fait partie de ses livres que je voudrais relire, histoire de déterminer si mon sentiment mitigé était dû au livre ou simplement à la cascade de critiques dithyrambiques qui pleuvaient alors sur la blogo. Bref, un bilan en demi-teinte pour l’instant et c’est alors qu’arrive Brexit Romance.

Encore une fois, c’est loin d’être un mauvais roman, je n’ai pas l’intention de l’enterrer sous mille critiques, mais le problème est que je l’ai refermé en me disant « c’est sympa, mais tout ça pour ça ? ». Autant dire que ce n’est guère enthousiasmant de fermer un livre avec cette terne impression. Du coup, j’ai vraiment hésité avant d’écrire une chronique, mais comme le blog me sert aussi d’aide-mémoire, j’aurai probablement bien besoin de lui pour me souvenir de ce roman.

Il y a un point que j’ai beaucoup aimé dans ce roman : il s’agit de tout ce qui tourne autour de la langue. Les anglicismes, les expressions intraduisibles dans une langue ou dans l’autre, les sous-entendus qu’un mot peut receler (sous-entendus peu perceptibles pour quelqu’un dont ce n’est pas la langue maternelle). Forcément, il y a de quoi créer des situations folkloriques. A cela s’ajoutent des portraits truculents qui jouent sur les traits de caractère locaux. Même s’ils sont parfois forcés au point d’en devenir clichés, ce n’en est pas moins amusant et c’est si bien écrit que ça passe comme une lettre à la poste.
J’avais souligné dans Les petites reines le côté féminisme du roman. Un aspect que l’on retrouve ici. Clémentine Beauvais utilise l’écriture inclusive (en utilisant le point médian notamment) et ses personnages dénoncent le slut-shaming, les expressions sexistes utilisées sans même s’en rendre compte, etc. Mais le féminisme n’est pas la seule thématique en filigrane, Brexit Romance parle aussi de politique, de choix, d’(in)égalité, de liberté, de relations humaines… Bref, de beaucoup de choses.

Porte-étendard de toutes ses réflexions qui rejoignent les miennes, Justine n’en est pas moins insupportable (à l’instar de ses amies dans la scène absolument aberrante de la soirée livre-vin-crochet). Sa façon de présenter ses idées se révèle agaçante, prétentieuse et totalement autocentrée. Cerise sur le gâteau, sa manie d’être scotchée à son téléphone – même lors d’une conversation avec une autre personne physiquement présente à côté d’elle, même au boulot – m’a donné envie de lui coller des baffes. Faute de pouvoir traverser le papier, je n’ai cessé d’admirer la patience surréaliste de ses interlocuteurs et de son patron. Son histoire avec Kamenev rappelle Orgueil et Préjugés sauf que la personne la plus jugeante, orgueilleuse et insultante est peut-être bien Justine, malgré le côté bourru, cynique et parfois trop franc de Kamenev.
En réalité, à part Kamenev justement (heureusement qu’il est là, lui !), je n’ai pas accroché à un seul personnage. Au mieux, ils et elles m’ont agacée (Justine et Cosmo en tête), au pire m’ont laissée indifférente (Marguerite par exemple). Pas terrible, tout ça…

C’est un roman très actuel. Peut-être trop actuel. Beaucoup de marques etd’applications (Instagram, Delivroo, WhatsApp, Uber…), le côté politisé du roman avec la présence de Marine Le Pen ou du parti politique UKIP, la problématique du Brexit…
(Je ne sais pas comment vieillira ce roman même si, après tout, on continue de lire des histoires se déroulant pendant la guerre contre la Prusse ou je ne sais quel évènement du passé, donc peut-être que dans cents ans, tout le monde aura oublié cette histoire de Brexit mais prendra encore son pied à lire des histoires là-dessus (s’il y a encore des humains pour lire à ce moment-là). Sauf que est-ce qu’à ce moment-là les lecteurs et lectrices potentiels sauront encore ce qu’est Snapchat ou WhatsApp (en ce qui me concerne, je ne le sais toujours pas…) ? Après, peut-être qu’on s’en fiche et que ce livre n’a pas vocation à être un classique qui traversera les décennies.)
Peut-être que c’est justement ce côté trop ancré dans notre présent qui m’a laissée un peu de marbre. Franchement, croiser Le Pen dans un bouquin n’est pas le genre de détail qui m’excite. Je soupe assez de ce genre de quotidien dans le monde réel pour le revivre dans un monde de papier. De même que la description de ce monde hyper connecté, des selfies, des likes… et tous ces trucs pour lesquels j’ai raté le train.

Conclusion ?
Les + : les jeux sur la langue, les personnages stéréotypés avec adresse et humour, le féminisme de ce roman, les dialogues et finalement tout ce qui touche à la plume de Clémentine Beauvais.
Les – : les personnages horripilants, les longueurs, la fin terriblement prévisible, ce monde qui tourne autour d’internet et de notre nombril – monde bien réel mais qui m’insupporte déjà assez dans la vie de tous les jours.

« Se rendant finalement compte du désarroi de ses interlocuteurs, Katherine s’arrêta entre un magasin Accessorize et un appareil de ressuscitation cardiaque, et redit, plus lentement :
We’ve got to take the Tube, I’m afraid.
‘Ah OK! C’est juste qu’on va devoir prendre le métro’, traduisit Marguerite. ‘Et elle a peur.’
‘Elle a peur ?’, répéta Kamenev.
‘Bah ouais, avec les terroristes et tout’, hypothétisa Marguerite.
Et elle se mit à frissonner, car si même les Anglais, avec leur flegme légendaire, avaient peur du métro, c’était qu’il devait être particulièrement dangereux. De fait, ils se virent entourés de nombreuses personnes en djellabas blanches, coiffées de voiles chatoyants ou de turbans bleu ciel, qui cachaient à grand-peine leur fanatisme religieux derrière de respectables attachés-cases en cuir ou d’innocents sacs plastique de chez Primark. »

Brexit Romance, Clémentine Beauvais. Sarbacane, coll. Exprim’, 2018. 456 pages.

Challenge Voix d’autrices : un roman young adult

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La Louve, de Clémentine Beauvais (texte) et Antoine Déprez (2015)

La Louve (couverture)Winter is coming. Et il est particulièrement rude cette année. Voilà pourquoi le père de Lucie a abattu un louveteau pour confectionner un manteau à sa fille. Sauf qu’il attire sur elle une malédiction de la Louve.

Deux mots simplement sur cet album qui m’a bien davantage emballée que le roman ci-dessus. Je ne connaissais pas l’histoire et le récit m’a surpris par son originalité. Je l’ai trouvé plein de poésie avec ces belles images du village sur sa falaise, de la sorcière-louve et de la colombe de glace. Je ne veux pas spoiler, donc je dirais simplement que le parcours de la narratrice m’a fascinée comme si cette histoire avait résonné avec mon cœur d’enfant.

Double pages, crayonnés, couleurs chaudes pour l’intérieur d’un foyer comme un abri contre les teintes froides du dehors… Antoine Déprez se fait plaisir et ses grandes pages illustrées nous emmènent plus profondément encore dans cette histoire. Les dessins sont tout en rondeur et apportent une douceur qui se marie très bien avec l’atmosphère ouatée du cœur de l’hiver.

Un très beau conte qui prouve que le nombre de mots ne fait pas la qualité.

 

La Louve, Clémentine Beauvais (texte) et Antoine Déprez. Editions Alice jeunesse, coll. Histoires comme ça, 2015. 40 pages.

Challenge de l’imaginaire
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Mini-critiques : Syngué sabour, Simple, Brainless

Aucun point commun entre ces trois romans – deux excellentes lectures pour une déception – mais c’est aussi le charme de ses articles plus condensés. (Peut-être.)

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Syngué sabour, pierre de patience, d’Atiq Rahimi (2008)

Syngué sabour, pierre de patience (couverture)« Quelque part en Afghanistan ou ailleurs ». Une femme veille son mari plongé dans le coma. Une femme qui parle d’elle, d’eux, de l’amour, de la guerre.

Pour la première fois de sa vie, elle se dévoile, elle ose prendre la parole sans fard. Face à cet homme mutique, immobile, sa parole se libère. Timide d’abord, puis de plus en plus véhémente. Récit des injustices, des humiliations, des solitudes qui n’existent que parce qu’elle est née fille. Monologue chaotique au fil des réminiscences, regard en arrière sur sa vie de petite fille, de jeune épouse et de mère, sur les hommes de sa vie, son père brutal et imposant, son fiancé absent, son beau-père qui devient une oasis de gentillesse dans sa nouvelle maison.
C’est un cri du cœur hypnotique, le rythme berce tandis que j’étais suspendue aux lèvres de cette femme, attendant la suite de ce récit plein de violence et de poésie. Même si elle est unique, cette femme n’a pas de nom – pas plus que son époux – car elle parle pour toutes celles qu’on a mariées sans qu’elles puissent donner leur avis, toutes celles sur lesquelles on a fait peser l’exigence d’une maternité, toutes celles dont le plaisir a été ignoré, foulé aux pieds, dédaigné, toutes celles qui ne sont que de la « viande » aux yeux des hommes.

Une écriture dépouillée, un huis-clos dur et sensible, une femme qui, enfin, parle et s’affirme, s’émancipe, prononce des mots vulgaires et révèle des secrets qu’elle n’aurait jamais cru dire à quiconque.

(Merci au Joli pour la découverte !)

« Le soleil se couche.
Les armes se réveillent.
Ce soir encore on détruit.
Ce soir encore on tue.

Le matin.
Il pleut.
Il pleut sur la ville et ses ruines.
Il pleut sur les corps et leurs plaies.
 »

Syngué sabour, pierre de patience, Atiq Rahimi. Gallimard, coll. Folio, 2010 (P.O.L., 2008, pour la première édition). 137 pages.

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Simple, de Marie-Aude Murail (2004)

Simple (couverture)Simple et Kléber Maluri ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Enfin, sur Kléber surtout. Car, à 17 ans, le cadet est le responsable : c’est ainsi avec un frère qui a vingt-deux ans de corps, mais trois d’esprit. Simple dit les choses telles qu’elles sont et ne pense jamais à mal au désespoir de son frère qui essaie de vivre, à côté de cette exigeante relation fraternelle sa vie de lycéen et de découvrir l’amour d’un peu plus près.

Après Miss Charity et Oh, boy !, je poursuis ma délicieuse découverte des romans de Marie-Aude Murail avec Simple dont j’ai beaucoup entendu parler. La recette est similaire à celle de Oh, boy ! : une famille cabossée, des situations au réalisme un peu exagéré qui touche parfois à une douce loufoquerie, des personnages hors-normes que l’on se surprend à aimer très fort et une bonne dose de tendresse. Une ode à la jeunesse, à l’enthousiasme et à la tolérance.
Le talent de conteuse et d’écrivaine de Marie-Aude Murail n’est plus à prouver, donc je ne peux que vous encouragez à rencontrer Simple – un protagoniste qui vous fendra le cœur -, Monsieur Pinpin et l’admirable Kléber. Entre humour subtil et gravité, Simple est un roman terriblement humain qui se déguste à n’importe quel âge, alors ne vous laissez pas détourner de ce fabuleux petit récit à cause d’une bête étiquette « jeunesse » !

Je l’admets, je n’ai pas grand-chose à en dire, rien en tout cas qui ne sera pas redondant vis-à-vis de mes deux chroniques précédentes, mais je ne pouvais laisser filer cette enthousiasmante lecture sans vous en toucher un mot !

 « – C’est pas aussi simple que ça.
– C’est moi, Simple.
– Eh bien, moi, je suis Compliqué. »

« – C’est le plus beau jour de ma vie, déclara-t-il quand Kléber lui eut retrouvé le deuxième ski Playmobil sous un meuble.
Si, à ce moment-là, on avait proposé à Kléber d’échanger son frère contre quelqu’un de normal, il aurait refusé.
 »

Simple, Marie-Aude Murail. Ecole des Loisirs, coll. Médium, 2004. 205 pages.

Challenge Voix d’autrices : une autrice que j’aurais aimé découvrir à l’école

 Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Pensionnaire en Traitement :
lire un livre dans lequel les personnages vivent en colocation

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Brainless, de Jérôme Noirez (2015)

Brainless (couverture)Jason est un lycéen si médiocre que tout le monde le surnomme Brainless. Un jour, Brainless meurt… temporairement. Il fait partie des quelques centaines d’adolescents atteints du syndrome de coma homéostasique juvénile. En d’autres termes, il marche, il parle, il réfléchit (laborieusement), il va en cours, mais son cœur ne bat plus et il ne respire plus. De façon plus succincte, il est un zombie. Son existence est déjà bien particulière, mais elle s’apprête à basculer une seconde fois.

Je n’ai pas lu beaucoup d’histoires de zombies et l’occasion s’est présentée lorsque je suis tombée sur ce livre à la bibliothèque. Ici, les zombies ne sont pas des êtres primaires seulement assoiffés de sang – pas tous en tout cas – mais des adolescents presque comme les autres malgré une alimentation uniquement composée de viande crue et des injections obligatoires de formol pour ne pas pourrir. Brainless aurait pu être un personnage attachant, l’intrigue aurait pu être glaçante, la relation entre Brainless et Cathy aurait pu être touchante, il aurait pu y avoir de l’humour.

Aurait.

Car j’ai eu du mal avec l’écriture. Beaucoup de mal. Je me suis sentie trop détachée de l’histoire, comme si l’auteur racontait simplement des faits se déroulant sous ses yeux. Du genre : « Le portable posé sur la table de chevet se met à vibrer. Cathy a reçu un message. Après avoir rêvassé un moment, la jeune fille se décide à le consulter. » De plus, le roman se lit très rapidement et la trame se devine tout aussi vite. Je n’ai pas eu le temps d’être immergée par l’histoire que celle-ci s’achevait déjà.

Mise à distance des événements… et des personnages. Je n’ai pas réussi à les apprécier, ils sont passés sous mes yeux, silhouettes évanescentes et insipides qui pouvaient vivre ou mourir sans que cela ne m’émeuve. L’auteur souhaitait peut-être jouer avec des clichés, mais finalement, à l’exception du zombie gentil, les autres sont des classiques, attendus et prévisibles : la gothique, la bande des filles populaires qui surnomment elles-mêmes le « club des salopes », les pompom girls et l’équipe de football américain… tous et toutes m’ont laissée de marbre.

Brainless a tout de même l’intérêt de proposer une critique de la société américaine, de la malbouffe au port d’armes, mais je n’ai pas réussi à m’immerger dans cette histoire qui m’a globalement laissée froide.

« Ryan vient lui susurrer à l’oreille :
– Ça devient chaud, hein ?
Non, pauvre con, dans mon monde, rien n’est chaud. Mon monde est froid. Mon monde est une barquette de steaks en bas du frigo avec une date limite de consommation dépassée.
Moi, Brainless, je suis mort. Et vous, vous êtes vivants.
Mais n’oubliez jamais que c’est juste provisoire. »

Brainless, Jérôme Noirez. Editions Gulf Stream, coll. Electrogène, 2015. 249 pages.

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