Rouge, de Pascaline Nolot (2020)

Rouge (couverture)Après le quatrième tome de La Passe-miroir, je sors enfin un autre livre dégoté à Montreuil : Rouge, de Pascaline Nolot qui sort dans deux mois ! (Le 16 avril précisément.) Quelques mots du vendeur (l’éditeur ?) du stand de Gulf Steam ont suffi à nous emballer, mon amie et moi, à l’idée de découvrir ce texte.

Bienvenue à Malombre, un sinistre hameau situé sur le mont Gris et cerné par Bois-Sombre (ça place tout de suite sa petite ambiance…). Venez rencontrer Rouge, une jeune fille haïe par la bourgade toute entière – à l’exception de son ami Liénor. Exécrée pour la rougeur qui colore une partie de son visage, abhorrée pour la boule de chair qui déforme son sourcil, maudite pour les actes de sa mère, la folle qui aurait frayé avec le Mal absolu pour lui donner naissance, amenant sur le village une véritable malédiction. En effet, chaque fille de Malombre est condamnée à rejoindre, à son premier sang, la terrifiante Grand-Mère qui vit au cœur du bois. Seule joie des habitants, Rouge est vouée au même sort…

Nous sommes ici sur une libre réécriture du Petit Chaperon Rouge dont les différents éléments feront leur apparition au fil du récit : la forêt, la Grand-Mère, le panier et la galette que les jeunes filles doivent lui apporter, le loup, Chasseur. Et Rouge évidemment, même si ce n’est pas sa grande capuche noire mais sa peau qui est d’écarlate. Une psyché enchantée complète le décor de conte.
En revanche, ce n’est pas une réécriture particulièrement légère.

Le roman s’ouvre sur un exergue signé Charles Perrault : « Rien au monde, après l’espérance, n’est plus trompeur que l’apparence. » Voilà qui résume à merveille ce récit. Rencontre après rencontre, Rouge découvrira que l’apparence n’est pas un indice de ce qui se cache derrière. Une thématique typique des contes : une figure avenante n’est pas forcément synonyme de bien, une physionomie repoussante n’est pas forcément synonyme de mal. Rouge en est l’incarnation même, mais, en dépit de cela, elle se laissera berner à plusieurs reprises. « Ne pas se fier aux apparences » pourrait être la morale de cette histoire et le dernier chapitre – qui m’a bien eue – est là pour enfoncer le clou.
« Rouge » est le qualificatif parfait pour ce roman de meurtres, viols, traîtrise et incendie. Les personnages sont globalement laids : violents, haineux, fourbes, menteurs, superficiels, avides. Et dangereux. A commencer par les hommes qui s’érigent en juges et prennent leur plaisir comme bon leur semble, aveugles à la souffrance qu’ils causent. Les thématiques sont d’actualité : le viol et le consentement, le harcèlement, la pédophilie… La Grand-Mère évoque même la faune qui change à l’instar du climat !

« On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Entraînent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles
Mais hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux,
De tous les loups sont les plus dangereux. »

Charles Perrault, morale du Petit Chaperon Rouge

Rouge – la cramoisie, l’écarlate, la rougeaude, l’empourprée… – est victime de la superstition et de l’esprit étroit des paysans (mais l’histoire de la Grand-Mère nous montrera que la situation aurait été de même à la ville). On la croit fille d’un démon, capable d’actes sataniques, et, sans le pacte, voilà longtemps que son corps – à ne toucher sous aucun prétexte – aurait été brûlé ou lapidé. Mauvais coups, injures et humiliations font partie de son quotidien. Elle m’a beaucoup touchée par son courage, son désir d’obtenir coûte que coûte des réponses, son lien avec sa mère jamais connue. Elle qui a longtemps subi, elle s’est malgré tout donné les moyens de survivre en apprenant à lire et à subsister seule. Je ne peux rien en dire évidemment, mais j’ai trouvé son évolution très réussie tout comme l’évocation des sentiments qui l’agitent.

Alternant passé et présent, l’histoire se déroule en moult péripéties et révélations. Les interrogations affluent tant dans l’esprit de Rouge que dans le nôtre, attisées par les indices conférés par les flash-backs. L’on s’inquiète pour elle, ce qu’elle pourrait devenir aussi face aux épreuves qui s’enchaînent. Une seule chose m’a légèrement déçue cependant, un détail que je ne veux pas dévoiler, mais qui concerne la Grand-Mère : disons que je m’attendais à quelque chose d’un peu plus… profond, dirais-je.
L’écriture est magnifiquement soignée, évoquant un texte un peu daté. Le vocabulaire est choisi, peu usuel. La sylve plutôt que la forêt, la chaumine plutôt que la chaumière, la vénusté plutôt que la beauté… Les mots sont des perles délicatement, minutieusement agencées. Je me suis surprise à relire plusieurs passages à haute voix pour en savourer la poésie, la musicalité. En effet, les phrases recèlent fréquemment un rythme et des rimes très agréables à lire et à entendre.

Un texte puissant, aux sujets cruels et actuels. Une belle héroïne. Une langue qui apporte un peu de beauté dans le maelstrom de laideur formé par les événements narrés.

« La personne en elle était morte.
Celle qui pouvait rire, rêver, parler…
L’habitude, l’instinct de l’animal blessé l’avaient poussée jusqu’ici, devant chez cette femme familière, dont sa conscience fracassée ne conservait déjà plus qu’une vague souvenance de l’amitié.
Lisiane n’était plus.
Autre chose.
Elle était cette autre chose qui l’avait remplacée dans sa tête.
Une fêlure faite de répugnance et de souffrance mêlées.
Un terreau idéal pour le Mal. »

« – Dès qu’ils t’ont regardée, les gens ont eu peur de ta différence. Avant cela, pour le même motif, ils avaient tremblé devant ta mère devenue aliénée. Aucune de vous deux ne correspondait aux critères de cette chose contraignante que l’on nomme normalité… Alors ils ont inventé toutes ces histoires à faire peur, ces boniments à propos d’œuvre de Satan et de contagion de couleur, afin de se donner bonne conscience et d’excuser leur haine. Mais rien de tout cela n’est vrai ! Tu as beau renâcler, je suis sûre que dans tes tripes, tu le ressens. Tu le sais ! Et si cela te semble difficile à avaler, rappelle-toi mon histoire. S’il y a bien une chose qu’elle m’a enseignée, c’est que la destinée est une garce patentée… Néanmoins, tu peux te consoler : même sans ta teinte hideuse, les villageois auraient sans doute usé d’une autre allégation pour te rejeter. « La fille de la folle », je parie que c’est un mobile de détestation dont ils se seraient contentés, toute pimpante et diaphane aurais-tu été ! »

« Impossible.
Rouge s’éveilla avec ces mots à la bouche et au cœur. S’était-elle évanouie ? Était-elle tombée dans un sommeil de ténèbres, épuisée par l’horreur et par ses pleurs ? Elle aurait voulu ne jamais émerger de son assoupissement, retourner se blottir entre les bras immatériels d’un Morphée amnésique. Maintenant qu’elle reprenait conscience, elle ne pouvait plus rien occulter. La réalité lui revenait en pleine face, et la nausée au bord des lèvres. »

Rouge, Pascaline Nolot. Editions Gulf Stream, coll. Électrogène, 2020. 311 pages.

Peter Pan sous diverses formes

Il est temps de publier cet article entamé il y a plusieurs mois sur les différents supports qui m’ont permis de croiser le personnage de Peter Pan au cours de l’année 2019 !

Au programme, deux livres et deux films (pas de jaloux) :

  • le film Neverland de Marc Forster ;
  • le roman Peter Pan de J.M. Barrie ;
  • le film Hook ou la revanche du Capitaine Crochet de Steven Spielberg ;
  • et le texte dans sa version illustrée par Quentin Gréban.

Bon voyage au Pays imaginaire !

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Neverland, film de Marc Forster (2004)

Londres, début du XXe siècle. L’écrivain James M. Barrie est en quête d’un nouvel élan dans sa vie comme dans son œuvre : son mariage avec la comédienne Mary Ansell est dans l’impasse et le public londonien boude sa dernière pièce. Au cours d’une promenade, il fait la connaissance de Mrs Llewelyn Davies et ses quatre fils. De la complicité grandissante entre l’écrivain et les enfants naît une précieuse source d’inspiration. Ensemble, ils commencent à tisser la trame fantastique et visionnaire de Peter Pan. (Résumé présent sur le DVD)

Neverland (affiche)J’avais vu ce film il y a plusieurs années et je n’en avais gardé qu’un souvenir flou. J’ai eu envie de le revoir et, à mon plus grand plaisir, j’ai été enchantée par cette histoire, entre drame et humour. Ce James Barrie me rappelle le Edward Bloom de Big Fish, un homme débordant d’imagination qui transforme le quotidien en aventures extraordinaires. Sa vision du monde et ses jeux avec les enfants injectent une pincée de magie et de fabuleux dans une vie autrement banale. Mondes réel et imaginaire s’entremêlent au fil des histoires initiées par Barrie et ses jeunes compagnons de jeu. C’est fantasque, onirique et parfaitement réjouissant.

Tout n’est pas exact dans ce film qui prend, comme souvent, quelques libertés avec la réalité : Mrs Lleweyn Davies n’était pas veuve par exemple et il n’y avait alors que trois enfants. Mais peu importe – à mes yeux en tout cas – car il reste un très joli film qui montre que responsabilités et complications de l’âge adulte ne sont pas incompatibles avec l’émerveillement et le plaisir d’inventer des histoires même s’il devient de plus en plus dur de croire aux fées lorsqu’on grandit.
De plus, il est amusant de repérer au fil du film les premiers éléments que l’on retrouvera dans Peter Pan. J’ai également été très intéressé par les pistes qu’il offre pour comprendre l’œuvre originale, c’est-à-dire tout ce qui touche à l’enfance de Barrie. Une enfance trop vite perdue suite à la mort d’un frère – qui, par conséquent, ne grandira jamais – avec une mère qui ne s’en est jamais remise.

Il est parfois difficile de lutter contre le désenchantement et contre les cruautés de la vie, mais il ne fait pas de mal d’égayer tout ça, quand on le peut, d’une touche d’imagination et de magie.

Neverland (VO : Finding Neverland), réalisé par Marc Forster, avec Johnny Depp, Kate Winslet, Freddie Highmore… Film britannique, 2004. 1h40.

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Peter Pan, de J.M. Barrie (1911)

Peter Pan (couverture)Je me suis ensuite penchée sur le roman de l’écrivain écossais. Je l’avais acheté en Ecosse (cohérence oblige) en me disant que, s’agissant d’un livre destiné aux enfants, la lecture ne devrait pas en être trop ardue. Oups, erreur. J’ai été étonnée du niveau de langage du roman. Je mets cela sur le compte de l’âge du récit, mais il m’a posé beaucoup plus de difficultés qu’un roman contemporain. Du coup, je l’ai lu bien plus lentement que prévu, mais j’en suis finalement venue à bout ! (Et je suis assez fière d’avoir pris le temps d’ouvrir à nouveau un roman en anglais.)

A présent, partons pour Neverland. Et comment dire… si vous avez en tête une mignonne histoire enfantine, je vais peut-être briser quelques illusions.

Avant de passer au cœur de l’histoire, quand les enfants s’envolent par la fenêtre, je me permets de faire un aparté sur un personnage qui m’a sidérée par son comportement. Mr Darling. Le père. Une scène m’a fait tomber des nues – à tel point que je craignais d’avoir mal compris le texte anglais – car il agit alors comme un enfant pourri gâté qui fait une crise. Voilà un adulte qui n’a pas conservé le meilleur côté de son âme d’enfant ! C’est une scène tout à fait puérile – qui permettra d’ailleurs la rencontre et la fuite des enfants avec Peter Pan – dont le ridicule m’a laissée absolument bouche bée. Voilà, fin de l’aparté, mais je voulais signaler ce personnage d’adulte d’une immaturité rarement rencontrée.

Parlons maintenant de Peter Pan. Vous imaginez un enfant malicieux qui incarne l’innocence et la beauté de l’enfance ? Erreur. Peter est un véritable tyran qui  se révèle franchement inquiétant au fil du roman. Parlerons-nous de ses pertes de mémoire quasiment instantanées qui lui font oublier Wendy et ses frères maintes et maintes fois juste le temps du vol jusqu’au Pays Imaginaire ? De la façon dont il impose sa loi aux autres enfants perdus, de leur interdire de savoir quelque chose qu’il ignore (par exemple, être capable de distinguer les jumeaux alors lui n’y parvient pas), de proscrire tout bavardage sur les parents ? De son imitation angoissante d’un Captain Hook fraîchement dévoré ? De son arrogance ? Quel monstre de vanité ! Imbu de lui-même jusqu’à l’exaspération (la mienne, je veux dire), il ne cesse de se jeter des fleurs – combien de fois il nous apprendra qu’il est le garçon le plus génial du monde ? – et de s’attribuer les mérites des autres. Tout ce qu’il fait n’a qu’un but : le mettre en valeur et tant pis s’il doit mettre d’autres enfants en danger. Dépourvu de la moindre empathie, Peter n’a qu’un seul centre d’intérêt : lui-même. Une conversation avec Wendy, des années après leurs aventures communes, le montre particulièrement bien : il a purement et simplement oublié celles et ceux qui en étaient les autres protagonistes, à savoir Captain Hook et Tinker Bell.
Mais surtout, Peter Pan a des pulsions qui sont loin d’être celles que l’on aimerait trouver chez un enfant. Un extrait (qui se situe lors du voyage aller vers Neverland) vous éclairera peut-être :
« His courage was almost appalling. ‘Do you want an adventure now’, he said casually to John, ‘or would you like to have your tea first?’
Wendy said ‘tea first’ quickly, and Michael pressed her hand in gratitude, but the braver John hesitated.
‘What kind of adventure?’ he asked cautiously.
‘There’s a pirate asleep in the pampas just beneath us’, Peter told him. ‘If you like, we’ll go down and kill him.’ »
Tranquillou. Le garçon assassine des pirates. Des vrais, pas des Playmobils. En effet, malgré quelques scènes au comique détonnant digne d’un dessin animé (par exemple, quand l’auteur explique que les enfants perdus, les pirates, les Indiens, les bêtes sauvages et le crocodile, se poursuivent sans fin car ils tournent dans le même sens, faisant inlassablement le tour de l’île), c’est un lieu de tous les dangers où la mort rôde. Tandis que les indiens scalpent tout ce qui bouge – jusqu’au sauvetage de Tiger Lily –, des enfants tuent et se font parfois tuer et les pirates se feront correctement massacrer à la fin de l’histoire.
Concernant les enfants, il y a aussi un passage un peu flou : « The boys on the island vary, of course, in numbers, according as they get killed and so on ; and when the seem to be growing up, which is against the rules, Peter thins them out; but at this time there were six of them, counting the Twins as two. » Qu’est-ce que cela signifie? Est-ce qu’il les tue, purement et simplement ? Est-ce qu’il les pousse à quitter la bande des enfants perdus (pour rejoindre les pirates ou autres) ou à abandonner l’île pour vivre leur vie d’adulte parmi leurs semblables ? Certaines traductions françaises semblent avoir adopté le choix de l’assassinat, mais pour avoir cherché un peu, il semble que la formulation anglaise prête davantage au débat et à l’indécision.
Voilà, un petit aperçu de qui est Peter Pan. Un garçon insupportable et cruel, coincé dans son corps d’enfants et dans sa haine des adultes. Haine née d’avoir été abandonné et remplacé par un autre enfant dans le cœur de sa propre mère. Cette mère qu’il cherchera sans cesse en Tinker Bell, en Wendy, en la fille de Wendy, etc., sans jamais voir, sans jamais comprendre, sans jamais imaginer que l’amour qu’elles tentent de lui offrir n’est pas celui d’une mère. C’est donc un antihéros très sombre et torturé.

Wendy, quant à elle, m’a posé problème à cause de son rôle. Elle n’est pas fillette, elle est une maman. C’est d’ailleurs pour cela que Peter Pan l’a invitée à rejoindre Neverland : pour être la maman des enfants perdus. En quoi ça consiste ? Raconter des histoires certes, mais surtout repasser, recoudre, faire le ménage (elle détestera le navire des pirates – il était apparemment inimaginable qu’une fille soit attirée par l’aventure pirate – car il est décidément bien trop sale), faire à manger (faire semblant de faire à manger plutôt) et surveiller l’heure du coucher. Ah, et appeler Peter « father ». Jouer au papa et à la maman, c’est une chose que tout le monde ou presque aura fait, mais là, c’était trop. C’était presque dérangeant. Cela sonnait vraiment « conditionnement à ton futur rôle de femme au foyer et de mère » (ce que Wendy deviendra quelques années après son retour dans le monde réel). Certes, l’œuvre a plus d’un siècle, il faut recontextualiser, tout ça tout ça, mais ça fait quand même grincer des dents. (Petite anecdote : le titre du roman était à l’origine Peter and Wendy, mais celle-ci a fini par disparaître des couvertures bien que l’histoire suive bien davantage son parcours que celui de Peter Pan.)

Ce fut donc un étrange moment de lecture. Déstabilisant car je ne m’attendais pas à ressentir si peu d’attachement vis-à-vis des personnages, mais j’ai adoré découvrir ce conte bien plus glauque et malsain et déprimant que l’image que j’en avais auparavant.

Peter Pan, James Matthew Barrie. Puffin Books, coll. Puffin Chalk, 2013 (1911 pour l’édition originale). 206 pages. En anglais.

Pour prolonger la découverte de Peter Pan, je vous invite à vous rendre sur le blog Histoire naturelle de bibliophiles pour son très bon article joyeusement intitulé « Maman ou putain, les femmes dans Peter Pan ». Le ton est donné…

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Hook ou la revanche du Capitaine Crochet, film de Steven Spielberg (1991)

« Peter Banning alias Peter Pan est devenu un brillant avocat d’affaires qui a tout oublié de ses merveilleuses aventures. Mais le terrible capitaine Crochet, lui, n’a pas oublié. Pour enfin, régler leur compte, il enlève une nuit Jack et Maggie, les enfants de Peter. C’est en compagnie de Tinkerbell que Peter s’envole à nouveau pour le pays de Nulle Part. » (Allociné)

Hook (affiche)Je n’avais jamais vu ce film, mais la présence de Robin Williams et Maggie Smith ont suffi à me convaincre à lui laisser sa chance. Ce fut pour moi un bon divertissement pour un jour pluvieux. J’ai passé un bon moment et je me suis laissée porter par les aventures de Peter Banning bien que l’intrigue soit cousue de fil blanc. Pas de réelle surprise ni sur les péripéties, ni sur l’humour, ni sur les petits messages sur la famille.
Les deux acteurs principaux sont excellents dans leur rôle respectif : si je ne doutais pas de Robin Williams, j’ai été bluffée par Dustin Hoffman que je n’ai absolument pas reconnu (bien que sachant que c’était lui) et qui joue un Capitaine Crochet absolument parfait. Le reste du casting est à l’avenant, c’est-à-dire excellents dans leurs rôles respectifs. (Et puis, il y a Maggie Smith. Oui, je l’ai déjà dit, mais ça me fait toujours plaisir.)

Cependant, je n’ai absolument pas retrouvé l’ambiance du roman. Le film est bon enfant tout comme l’ambiance à Neverland. Comme je me l’imaginais avant de lire le livre. Peter Banning retrouve son âme d’enfant et l’avocat trop sérieux redécouvre le plaisir du jeu et du rire. On se bat sans se tuer (adieu, le massacre final du roman) et chacun retrouve une part d’innocence. Pourtant, à mon goût, Peter Banning n’a jamais été si proche du caractère du Peter Pan de papier lorsqu’il était cet adulte égoïste et aveugle à la peine de sa famille.
Ce n’est pas nécessairement un mal car Spielberg s’est approprié l’histoire pour créer son Peter Pan, sa suite, mais j’avoue que je serais curieuse de voir un film avec un Peter aussi sombre et dangereux que dans le livre. Savez-vous si de telles adaptations existent ?

Conclusion ? Un film très agréable, pas du genre à révolutionner le septième art, mais à nous faire passer un très bon moment.

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet (VO : Hook), réalisé par Steven Spielberg, avec Robin Williams, Dustin Hoffman, Maggie Smith, Julia Roberts… Film américain, 1991, 2h15.

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(C’est bientôt la fin.)

Je pensais vous parler d’autres versions de Peter Pan, notamment en films – Netflix proposant notamment dans son catalogue Pan de Joe Wright (2015) et le Peter Pan de P.J. Hogan (2004) – mais je me suis aperçue que ces versions ne m’intéressaient pas vraiment (et que je n’avais pas vraiment envie de regarder le Disney), donc je vais m’arrêter là côté septième art. Je vous invite simplement à découvrir la petite vidéo de Math se fait des films sur le dessin animé Disney : je me dis que mes souvenirs sont peut-être erronés car les mauvais sentiments n’ont pas l’air loin à voir ces extraits.

Juste un dernier mot sur la version illustrée par Quentin Gréban.

Peter Pan (Gréban) (couverture)Quentin Gréban est un illustrateur dont j’aime beaucoup les grandes aquarelles, j’ai encore cette année été conquise par Maman aux textes signés par Hélène Delforge et cet article était l’occasion rêvée de ressortir son Peter Pan de ma bibliothèque.

Je ne m’attarderai pas sur le texte : c’est une version abrégée et adaptée, ce qui n’est guère ma tasse de thé. Je préfère avoir le texte complet et avoir toutes les clefs en main. Ici, on rencontre tout de même le Peter dur du roman, mais des passages manquants ou ayant été raccourcis, sa violence et son égocentrisme ne se font pas autant ressentir.
Les illustrations sont en revanche sublimes. Si elles ne soulignent pas forcément la noirceur de cette  histoire – avec un Peter Pan plus malicieux et attendrissant que dans le roman –, elles présentent des personnages lumineux et expressifs. Le Pays Imaginaire sera laissé à l’imagination de celles et ceux qui liront ce livre, car ce sont bien ses habitants qui sont au cœur des aquarelles et crayonnés de Quentin Gréban. Chacun a droit à son ou ses portraits. La taille de l’ouvrage est l’occasion de pleines pages fascinantes.
Bref, un très bel ouvrage !

Peter Pan, James Matthew Barrie, illustré par Quentin Gréban, édition adaptée et abrégée par Xavier Deutsch, à partir de la traduction d’Yvette Métral (Flammarion, 1982). Editions Mijade, 2014. 92 pages.

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C’est la fin de cet article consacré à Peter Pan !
Connaissez-vous le roman (ou la pièce de théâtre) de J.M. Barrie ?
Avez-vous un film (ou autre) à me conseiller ?

Spécial BD et romans graphiques : trois nouveautés de l’année 2019 #3

On se retrouve pour le dernier article BD de l’année avec mes trois dernières lectures du genre en date !

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In Waves, d’AJ Dungo (2019)

In Waves (couverture)Un roman graphique qui a énormément fait parler de lui cette année. Une histoire autobiographique d’amour tragique sur fond de surf.
Après Saison des Roses qui m’a embarquée dans le monde du foot amateur, voici un autre sport dont je ne suis pas plus familière (je ne suis familière d’aucun sport) : le surf. Et pourtant, l’histoire simplifiée du surf qui ponctuelle l’histoire personnelle de l’auteur m’a vivement intéressée. Elle accompagne le drame qu’a vécu AJ, le surf ayant été leur passion, à Kristen et lui. Ces chapitres instructifs empêchent de tomber dans le mélo, proposent des pauses bienvenues, et cette histoire d’amour et de maladie se révèle donc pudique et émouvante sans être trop tire-larmes. Cependant, au risque de paraître insensible, je dois avouer que je m’attendais à être davantage bouleversée, retournée, tourneboulée. Ce n’est pas vraiment le cas, j’en ressors simplement un peu mélancolique face à ce qui aurait pu être et le regret de ne pas avoir côtoyé Kristen un peu plus longtemps.
Je ne savais que penser du graphisme en feuilletant l’ouvrage, mais une fois dedans, les lignes fluides m’ont embarquée comme une vague. Les lignes pures sont d’une grande efficacité, transmettant aisément les émotions et nous poussant à tourner les pages (il faut avouer que les 366 pages de ce roman graphique s’avalent à toute vitesse). Les pages monochromes – tantôt bleues pour son histoire, tantôt brunes pour celle du surf – m’ont séduites, c’est un choix que j’apprécie généralement, et apportent une jolie douceur à ses planches. Un graphisme léger et apaisant pour une intrigue qui aurait pu être pesante.

Si ce n’est pas l’incommensurable coup de cœur auquel je m’attendais, c’est néanmoins un très beau roman graphique dont la sensibilité émane à chaque page, que ce soit par le biais du dessin épuré ou du texte parfois rare mais toujours précis.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

In Waves, AJ Dungo. Casterman, 2019 (2019 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Basile Béguerie. 366 pages.

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Les Indes fourbes, d’Alain Ayroles (scénario) et Juanjo Guarnido (dessin) (2019)

Les Indes fourbes (couverture)Une autre bande dessinée très attendue cette année – mais pas vraiment par moi puisque je n’ai encore lu aucune autre œuvre de l’un ou autre auteur bien que Blacksad soit dans ma WL depuis des années – et qui relate les  aventures picaresques de don Pablos de Ségovie, fripouille, voleur, menteur, tricheur, dans cette Amérique qu’on appelait les Indes à la recherche de la mythique El Dorado.

Une bande dessinée extrêmement chouette, ma foi ! Pablos, malgré (ou grâce à) tous ses travers, est un personnage haut en couleurs éminemment sympathique. Pour atteindre les sommets dont il, gueux de tous méprisé et par tous maltraité, il fait confiance à son intelligence et sa roublardise épate, amuse et passionne au fil de ce récit en trois chapitres. Chacun éclairant le précédent d’une nouvelle lumière, racontant plusieurs histoires en une, ils laissent le mensonge, la manipulation et la duplicité jouer un rôle crucial. Bourrée de rebondissements et de surprises, l’histoire rocambolesque est extrêmement prenante et l’on ne s’ennuie pas une seconde au fil des pages qui forment une œuvre, mine de rien, d’une jolie densité. J’en profite pour saluer la plume d’Ayroles : c’est terriblement bien écrit et la verve de Pablos se révèle absolument réjouissante.
Derrière cette couverture sublime qui semble être un véritable tableau, les aquarelles de Guarnido sont très belles. Entre les décors soignés et l’expressivité tout simplement irrésistible des personnages, je me suis régalée d’un bout à l’autre.

C’est truculent, c’est riche, c’est fascinant, c’est humoristique, bref, voilà une bande dessinée qui tient toutes ses promesses tant sur le plan scénaristique que visuel.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Les Indes fourbes, Alain Ayroles (scénario) et Juanjo Guarnido (dessin). Delcourt, 2019. 160 pages.

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Le dieu vagabond, de Fabrizio Dori (2019)

Le dieu vagabond (couverture)Eustis n’est pas un vagabond ordinaire : il est un satyre déchu, errant sur Terre depuis des siècles, regrettant les fêtes de Dionysos. Aussi, lorsqu’Hécate lui propose une quête pour réparer ses torts et retrouver sa vie d’antan, il n’hésite pas une seconde et part sur les routes, accompagné d’un vieux professeur et d’un fantôme en manque de gloire.

Le dieu vagabond est un roman graphique absolument sublime. En plus de styles graphiques détonants et de couleurs explosives, il est traversé par mille références artistiques : Hokusai, Van Gogh, Otto Dix, clins d’œil aux vases antiques ou à l’Art Nouveau, Lune éborgnée de Méliès, etc. Je suis sûre de ne pas avoir repéré la moitié des inspirations de Dori, mais en tout cas, je me suis régalée visuellement parlant.
Pour l’ancienne passionnée de mythologie que je suis, l’histoire est tout aussi séduisante avec ce côtoiement du divin et de l’humain, avec ces dieux et autres protagonistes de la mythologie grecque revisités : Arès en vieux soldat paranoïaque, Chiron en psychothérapeute des dieux spécialiste dans les troubles de l’adaptation… Si ce n’est pas le coup de cœur attendu – peut-être à cause d’un côté un chouïa décousu –, j’ai adoré suivre Eustis et ses acolytes dans leur épopée onirique et déroutante. J’ai adoré partir sous la Lune et les étoiles à la rencontre des paumés, des errants, des voyageurs, des « en quête de… ».

J’aurais du mal à vous parler de cette BD plus longtemps, c’est un voyage assez étrange mais toujours fascinant. Ne refusez pas à vos yeux le plaisir de contempler cet ouvrage résolument magnifique, légèrement philosophique et totalement insolite.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Le dieu vagabond, Fabrizio Dori. Sarbacane, 2019. 156 pages.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

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Cette fois, c’est fini, promis !

Avez-vous fait de belles découvertes en BD ou romans graphiques cette année ?
Lesquelles ?

Bonnes lectures !

Docteur Sleep, de Stephen King (2013)

Docteur Sleep (couverture)Danny Torrance a grandi. Et ses démons aussi. Des démons dont il ne pensait pas hériter. Retrouvant une certaine sérénité dans un hospice du New Hampshire, sa vie est à nouveau bouleversée lorsqu’il rencontre Abra Stone, une jeune fille dont le Don phénoménal est convoité par des individus plus que louches.

Il y a quelques mois, je lisais Shining et c’était un gros coup de cœur. Loin de me donner envie de me jeter sur Docteur Sleep, cela me faisait redouter la lecture de cette suite. Serait-elle à la hauteur ? Était-elle vraiment nécessaire ?

En ce qui concerne la première question, la réponse est malheureusement… pas vraiment. Ce qui ne veut pas dire que cela fut une mauvaise lecture, loin s’en faut. Il faut dire que la barre était haute. Docteur Sleep n’a pas réussi à distiller cette atmosphère inquiétante, pesante, que fournissait l’Overlook. Je n’ai jamais ressenti de tension, ni eu peur pour les personnages. C’est un récit très différent dans son ambiance. Néanmoins, moi qui n’étais pas convaincue par l’idée de retrouver un Danny adulte, j’ai été totalement convaincue et emballée par le personnage que nous propose King. Danny a suivi les traces de son père et la bouteille est devenue sa compagne alors qu’il erre à travers les États-Unis. Apportant avec elle déchéance, gueules de bois à répétition et mauvaises actions. Toutefois, contrairement à Jack Torrance, Danny va croiser les bonnes personnes et les Alcooliques Anonymes. Comme dans Shining, Stephen King est excellent quand il parle d’alcoolisme : je ne peux pas parler en connaissance de cause, mais on sent que lui parle en connaissance de cause. La lutte que Danny mène contre ce démon-là m’a semblé bien plus forte et ardue que celle contre les autres démons que l’on croise dans le bouquin.

La Tribu du Nœud Vrai, menée par Rose Claque, m’a rappelé Ça. Ces « démons vides » (un groupe de mots qui m’évoque les mêmes sensations que les « lumières mortes ») sont des créatures antiques errant sur la Terre depuis des centaines, des milliers d’années, tout comme Ça se terrait sous Derry depuis une éternité. Et à l’instar de Ça, leur survie dépend de leur nourriture : les enfants. En ce qui les concerne, leurs besoins sont moins physiques que psychiques et il ne se contente pas du premier gosse venu, mais la ressemblance est là. Cela enrichit une certaine mythologie d’êtres surnaturels, des vampires modernes, se mêlant aux humains, aux « pecnos », se nourrissant d’eux.

Si ce roman n’a pas réussi à me faire ressentir de la tension, il m’a absolument convaincue par les descriptions de personnages – réalistes, émouvants, sincères, humains – et les relations entre les différents protagonistes. Abra et Dan évidemment, mais aussi Abra et sa Momo (son arrière-grand-mère), Dan et Billy Freeman et Casey K. qui sont les deux personnes qui l’aident à sortir de la boue, ainsi que les relations entre les membres du Nœud Vrai. Celles-ci leur confèrent une véritable humanité et permet de nuancer ce portrait de chasseurs sans pitié : même si ce n’est qu’entre eux, ils forment une véritable famille dont les membres sont unis par des sentiments sincères.

Conclusion ? Si vous avez aimé Shining, ne vous privez pas du plaisir de découvrir Docteur Sleep, mais ne vous attendez pas à un copié-collé ou à ressentir les mêmes sensations. Si Docteur Sleep vous intéresse, lisez quand même Shining avant. Des personnages travaillés et touchants, si faillibles et si proches de nous, des relations puissantes et joliment racontées, un héros en souffrance qui trouve le moyen d’aider les autres, des scènes fortes qui restent en tête, voilà ce que j’ai aimé dans Docteur Sleep.

(Ce qui m’amuse, c’est que Docteur Sleep ne m’a jamais fait peur, mais mon cerveau y a pioché plein d’idées pour alimenter mes cauchemars depuis quelques semaines…)

« L’esprit est un tableau noir. L’alcool, la brosse à effacer. »

« Elle se disait que les choses ne pouvaient pas être pires mais elles peuvent toujours le devenir et bien souvent, elles ne s’en privent pas. »

« La vie est une roue, son seul boulot c’est de tourner, et elle revient toujours à son point de départ. »

« Laissez-moi terminer par une petite mise en garde : quand vous circulerez sur les autoroutes et routes d’Amérique, méfiez-vous de ces Winnebago et Bounder. On ne sait jamais qui peut se trouver à l’intérieur. Ni quoi. »

Docteur Sleep, Stephen King. Albin Michel, 2013 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nadine Gassie. 586 pages.

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Billy Brouillard (3 tomes), de Guillaume Bianco (2008-2012)

Billy Brouillard est un petit garçon à l’imagination débordante. Son don de « trouble-vue » lui permet de déceler une réalité invisible pour la plupart des gens. Une racine devient un serpentaire, un vieil épouvantail un esprit resté sur terre, une simple flaque le royaume d’une princesse solitaire.
Dans le premier tome – Le don de trouble vue –, Billy découvre son chat Tarzan, compagnon pas toujours volontaire de ses jeux, mort dans les bois. Résoudre le mystère de la mort devient donc sa mission afin de ramener Tarzan dans le monde des vivants. Dans le second tome – Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël –, il remet en doute l’existence de ce singulier personnage. Non seulement celui-ci a échoué à lui ramener Tarzan, mais voilà qu’il découvre un costume dans la chambre de ses parents. Dans le troisième tome – Le chant des sirènes –, convaincu d’avoir perdu son don de « trouble-vue », Billy Brouillard se résigne à appréhender le monde dans toute sa triste réalité, avec ses humains mangeurs de cadavres et ses océans bientôt vides. Jusqu’à ce qu’une mésaventure l’entraîne au fin fond des enfers pour y délivrer l’âme d’une étrange sirène prénommée Prune.

Les romans graphiques Billy Brouillard m’attiraient depuis longtemps sans avoir pour autant l’occasion de les découvrir. Ils faisaient partie de ces livres desquels, lorsque je les voyais en librairie, je me disais « oh, j’ai trop envie de les lire, ceux-là, il faut que je me les offre une prochaine fois ! », sauf que de prochaine fois en prochaine fois… je ne les lisais toujours pas. Du coup, je me suis résigné à simplement l’emprunter à la bibliothèque.
J’ai commencé par Le chant des sirènes, découvrant après coup qu’il s’agissait du troisième volume, mais cela n’a été d’aucune importance dans la compréhension de l’histoire et du personnage. (J’ai sans doute raté des références aux volumes précédents en revanche.)
Et je me suis régalée.
Et je me suis ensuite procurée les deux premiers tomes évidemment.

Ouvrages quelque peu hybrides, ces bandes dessinées entremêlent à l’histoire principale des poèmes et comptines, du récit en prose, des bestiaires surprenants, des extraits de la « Gazette du bizarre », des anecdotes sur les talismans ou les superstitions, les cauchemars ou les esprits, des récits sur des personnages aux destins tragiques – la fille aux chats, la petite sirène qui ne voulait plus en être une, la fille aux couteaux… –, des recettes de philtres magiques, etc. Quelques bizarreries se glissent ici et là, comme ce premier tome dont la pagination reste bloquée jusqu’à la fin au chiffre 13. Le tout dégage une atmosphère quelque peu désuète. Comme un grimoire que l’on aurait déniché au fond du grenier.

Ces bandes dessinées se démarquent réellement par leur esthétique gothique et leur atmosphère macabre. J’y ai retrouvé un petit côté Tim Burton, le Tim Burton des poèmes du Petit enfant huître, de Beetlejuice ou encore du court-métrage Vincent. Difficile de ne pas faire de rapprochement entre ces deux enfants très imaginatifs, curieux et avides d’expériences morbides – même si l’un utilise son chien et l’autre son chat (voire sa petite sœur). Ces pages sont remplies de choses mortes et visqueuses, de créatures rampantes et sifflantes, de morts et de mutilations… le tout raconté avec cette légèreté et ce détachement qu’on peut trouver dans des contes affreux.

Trois BD sur l’enfance et tout ce qu’elle recèle de trésors, d’émerveillement, d’angoisses, de chagrins et de désillusions. Billy vit sa vie comme une aventure perpétuelle, peuplée de créatures fabuleuses et de monstres sanguinaires, mais il croise sur son chemin la mort, l’amour, l’amitié. C’est drôle, sinistre, dense, poétique, fantastique, morbide, farfelu, cruel, touchant. Au-delà des péripéties haletantes et de toutes les bizarreries qui les parcourt, ce sont aussi et surtout des odes sublimes à l’imagination dissimulées sous de magnifiques objets.

Billy Brouillard (3 tomes), Guillaume Bianco. Soleil, coll. Métamorphose.
– Tome 1, Le don de trouble vue, 2008, 143 pages ;
– Tome 2, Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël, 2010, 103 pages ;
– Tome 3, Le chant des sirènes, 2012, 141 pages.

 

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Une critique (L’île au manoir) et un tag : un article n’importe nawak

L’île au manoir, d’Estelle Faye (2018)

L'île au manoir (couverture)

Si la couverture vous rappelle quelque chose, c’est peut-être le coup de crayon de Xavier Collette dont j’ai parlé la semaine dernière !

(Cette chronique traîne depuis des mois – je l’ai lu en mai – et j’attendais de pouvoir la coupler avec une autre du fait de sa petite taille. Aucune petite critique ne se décide à montrer le bout de son nez, donc je m’en débarrasse allègrement ici avec un petit tag !)

Lorsqu’il aperçoit une fille seule sur la plage et cherche à l’aider, Adam ne se doute pas qu’il va être entraîné, et ses amis Adélis et Gaël avec lui, dans une aventure entre passé et présent, entre rêve et réalité.

En explorant un peu le contenu des rayons jeunesse de la bibliothèque, je suis tombée sur ce titre d’Estelle Faye. Certes, ce n’était pas avec celui-là que je pensais découvrir cette autrice dont les romans me font de l’œil depuis quelques mois, mais pourquoi se priver quand le hasard vous tend les bras ?

L’île au manoir est donc un roman destiné à la jeunesse : sans surprise, il se lit donc très vite. Si, de mon point de vue de grande personne (la blague !), je suis restée un peu sur ma faim (c’est trop rapide, trop facile !), je ne peux pas nier que l’intrigue doit être très prenante pour les plus jeunes.

Personnellement, l’écriture d’Estelle Faye m’a beaucoup plu, elle a une plume très visuelle et des images s’invitent si spontanément et si précisément au fil de la lecture que j’aurais pu avoir l’impression d’être devant un film. Certains passages m’ont aussi remis en mémoire le troisième tome de Ninn, les deux histoires présentant quelques similitudes.
Sans abuser des descriptions qui pourraient rebuter de jeunes lecteurs et lectrices, Estelle Faye nous emmène en un clin d’œil sur cette île menacée par l’océan et pose en quelques mots une ambiance entre fascination pour l’élément liquide, beauté sauvage et dangerosité de la nature.

Ensuite, le reste de l’histoire est un classique mais efficace mélange de surnaturel, d’action et d’amitié. Une île que nos jeunes héros sont les seuls à pouvoir sauver, une fille d’un autre temps à délivrer, un mystère à éclaircir, une petite enquête à mener, des adultes qui ne servent à rien : la recette est connue, mais le résultat n’en reste pas moins une lecture agréable et dynamique qui pourra enchanter son jeune public.

Un sympathique roman d’aventure porté par une plume énergique.

«  – Une dernière question, dit-il très vite. Pourquoi m’as-tu choisi, moi, pour t’aider ? Je veux dire, je ne suis pas très efficace, avec…
D’un geste, il désigna sa béquille. Les yeux de Sélène brillèrent dans son visage à peine visible.
– Je t’ai choisi parce que tu n’as pas peur des tempêtes. Je t’observais depuis le monde des rêves, et j’espérais que nous pourrions devenir amis. »

L’île au manoir, Estelle Faye. ScriNéo, coll. Les coups de cœur de Cassandra O’Donnell, 2018. 126 pages.

Challenge Voix d’autrice : une autrice francophone

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Liebster Award de Kin et Kara du drôlissime blog Plumes de Lune !

A l’instar de moult blogueuses, j’ai été taguée par Kin et Kara pour répondre à quelques questions. Étonnement, j’ai mis moins d’un mois pour y répondre, ce qui doit constituer un record personnel.

  1. Quel est ton pirate préféré ?

Pas facile, cette question ! J’adore les histoires de pirates, c’est un univers qui d’emblée me fascine (sans doute parce que je l’idéalise aussi un peu), mais finalement, je ne le croise pas si souvent que ça. Du coup… relativement récemment, j’ai eu un gros coup de cœur pour Bengale dans Mers mortes d’Aurélie Wellenstein (et pour le bouquin aussi d’ailleurs).Mers mortes (couverture)Si je devais remonter à dix-quinze ans en arrière, il me serait impossible de ne pas citer Jack Sparrow, mais j’ai tellement vu et revu les films à cette époque (les premiers en tout cas, j’ai décroché au bout d’un moment et je n’ai jamais vu le quatrième et les autres si suite il y a eu) que j’en ai fait une sorte d’overdose et que je ne pourrais plus le citer maintenant comme étant mon préféré (du coup, j’ai un genre de sentiment bizarre en gros « je t’aime beaucoup beaucoup, mais je ne peux plus te voir »).jack sparrowSinon, j’ai toujours été fascinée par Mary Read et Anne Bonny (même si je n’ai jamais vraiment rien lu sur elles).Mary Read et Anne Bonny(Voilà, débrouillez-vous avec ça.)

  1. As-tu d’autres activités / passions que celle de ton blog ?

Je dois avouer que la lecture est clairement mon activité principale bien que « promener la chienne » soit une sérieuse concurrente. Sinon, j’aime beaucoup manger (et faire à manger moi-même, bien que ce soit plus périodique comme passion), marcher (même si ça devient rare vu que ma chienne – toujours elle – n’est vraiment pas facile en balade, ce qui fait qu’une promenade de deux heures avec elle équivaut à une rando de quatre heures sans elle), regarder des films (anciennement aller des sous quand ça ne me coûtait pas un bras à chaque fois et que j’avais un choix quasi illimité), dessiner et peindre à l’aquarelle (même si je suis nulle et que je n’ai plus de papier approprié, ce qui a stoppé  mes velléités artistiques jusqu’à ce que j’ai l’idée ET le courage – en même temps –d’aller en racheter), jouer à des jeux de société, me promener en forêt (ou dans n’importe quel endroit doté d’un beau paysage et dépourvu d’êtres humains)…

  1. T’as fait quoi de beau cet été ?

Si je vous renvoie à mon « C’est le 1er, je balance tout » de juillet-août, ça fait trop flemmard ?
Bon, je n’ai rien fait d’extraordinaire en réalité. J’ai passé du temps chez mes parents dans le Jura et c’était vraiment trop chouette d’aller se baigner dans les lacs (mais chut, faut pas le dire, il y a déjà suffisamment de monde comme ça !). Je me suis aussi baignée dans la Manche pour la première fois et je regrette de ne pas y être allée plus tôt tellement c’était génial (sauf que je suis du genre à boire souvent la tasse et c’est quand même drôlement salé !). Et puis, j’ai fait des heures supplémentaires, histoire de pouvoir profiter de mes vraies vacances… en octobre.

  1. Quelle est ta chanson préférée du moment ?

Ah, je ne vais pas pouvoir répondre à cette question parce que, contrairement au reste du monde semble-t-il, je n’écoute presque jamais de musique ! Ça arrive, mais c’est de moins en moins fréquent et ça doit faire plusieurs semaines que je n’ai pas mis une chanson de mon plein gré…
Les dernières chansons écoutées devaient être celle de l’album Cure d’Eddy de Pretto, mais je ne peux pas qualifier ça de « chanson du moment » vu que je ne me rappelle même plus quand c’était.

  1. C’est quoi tes prochaines vacances ?

Vu qu’un déménagement se profile peut-être à l’horizon, mes prochaines vacances consisteront à visiter la Bretagne tant que j’y suis. Pas de voyages à l’étranger cette année, je me contenterai d’une semaine dans le Finistère en octobre (et de petites excursions à droite à gauche) !
Après, si on devait parler de mes vacances idéales – comprenez « si j’avais les sous pour » – ce serait l’Ecosse, ou Londres, ou un truc en Grande-Bretagne (ou l’Irlande). Bref, par là-bas quoi.

  1. Est-ce-que t’as le mal de mer ? (c’est le moment de nous raconter une anecdote marrante)

Non. Enfin, quand j’étais petite, une traversée pour aller en Corse s’est apparemment déroulée dans des conditions apocalyptiques pour mes parents (car ma sœur aussi était malade), mais depuis, je n’ai jamais eu de problèmes sur un bateau, les rares fois où je suis montée à bord. Je confesse cependant n’avoir jamais eu l’occasion de naviguer sur une mer démontée, ça changerait peut-être la donne…

 Voilà, c’est fini ! (Qui a dit « ouf ! » ?) J’ai d’autres tags en réserve, mais je ne peux pas dire quand ils sortiront (ni quand je les écrirai d’ailleurs…).
A bientôt !

Spécial Benjamin Lacombe : Les Contes macabres, volume II, et Carmen

Et encore des déceptions. Il faut croire que les auteurs et autrices médiatisé·es peinent à me convaincre en ce moment.

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Les Contes macabres, volume II,
d’Edgar Allan Poe, illustrés par Benjamin Lacombe (2018)

Les contes macabres T2J’ai parlé il y a fort fort longtemps dans l’un de mes premières chroniques – pas très développée, d’ailleurs, la chronique – du premier volume de ces Contes macabres. Un ouvrage sublime que j’avais adoré tant pour ses illustrations que pour ses textes (même si j’avais surtout parlé de la forme et du travail de Benjamin Lacombe). Il était donc tout naturel que je me tourne vers le second tome lorsque j’ai eu la surprise de le voir paraître (rien n’annonçait une « suite »).
Six histoires (contre huit dans le premier opus) constituent ce recueil : Metzengerstein, Éléonora, Le joueur d’échecs de Maelzel, Le Roi Peste, Petite discussion avec une momie et Manuscrit trouvé dans une bouteille. Elles sont suivies d’un texte de Baudelaire intitulé « Notes nouvelles sur E. A. Poe ».

Je n’étais pas particulièrement prédisposée à en écrire la chronique et je ne l’aurais sans doute pas fait si je n’avais été si déçue. Comme je le disais, les histoires de Poe sur la mort, la culpabilité, la peur, les femmes, l’amour perdu m’avaient fascinée et les illustrations de Lacombe constituaient pour elles un écrin luxueux. Mais cette fois, l’immersion fut toute différente.
La première histoire, Metzengerstein, m’a laissée de marbre, la fin rapide me laissant très dubitative. La seconde histoire, Éléonora, m’a séduite par sa poésie avant de tout gâcher avec une fin en eau de boudin.
Passons à la troisième histoire, Le joueur d’échecs de Maelzel. Texte de non fiction, Poe écrit ici sur le célèbre Turc mécanique, un prétendu automate qui a fasciné les foules au XVIIIe siècle : il présente le déroulé de chaque démonstration publique, revient sur diverses hypothèses proposées alors et explique le fonctionnement de la supercherie selon lui. J’ai alors atteint des sommets d’ennui. Si le livre n’avait été si agréable à feuilleté, si j’avais lu cette histoire dans un vieux poche un peu pouilleux, nul doute que le bouquin en question se serait retrouvé dans une boîte à livres plus rapidement qu’il n’en faut pour le dire. Qu’est-ce que c’était barbant ! Le style ampoulé de Baudelaire, dont je fais habituellement abstraction, m’a fait piquer du nez quelques fois et j’ai allègrement sauté quelques phrases. En quoi est-ce un conte ? En quoi est-ce macabre ? En gros, que fait-il là ?
Après cette lecture extrêmement laborieuse, la suite ne pouvait que s’améliorer et, en effet, les textes suivants se sont avérés un peu plus conformes à mes attentes. Toutefois, Petite discussion avec une momie et Manuscrit trouvé dans une bouteille m’ont malgré tout semblé ici et là emprunts d’une lourdeur assez désagréable, et seul Le Roi Peste m’a vraiment convaincue, me permettant de retrouver un délicieux mélange de macabre et d’humour (mais ce n’est pas pour autant la nouvelle de Poe que je recommanderais pour découvrir l’oeuvre du monsieur).

L’objet-livre est toujours aussi soigné et agréable. Le rouge du premier tome cède la place au bleu et la couverture est une invitation plus que convaincante à se glisser entre les pages noires et blanches de l’ouvrage. Pourtant, Poe n’a pas été le seul à me décevoir. J’ai trouvé les illustrations de Lacombe trop rares à mon goût, plus rares que dans le premier volume. Une remarque que j’avais déjà soulignée suite à ma lecture du Musée des monstresElles sont comme toujours très réussies, conférant parfois aux nouvelles une ambiance que les mots peinent à instaurer, mais leur rareté est dommageable.

Conclusion : je vous recommande vivement le premier tome de ces Contes macabres ! En revanche, ce second volume très en-deçà de son prédécesseur et de mes attentes me laisse un goût bien amer dans la bouche.

« Tout à coup les marins trébuchèrent contre l’entrée d’un vaste bâtiment d’apparence sinistre ; un cri plus aigu que de coutume jaillit du gosier de l’exaspéré Legs, et il y fut répondu de l’intérieur par une explosion rapide, successive, de cris sauvages, démoniques, presque des éclats de rire. Sans s’effrayer de ces sons, qui, par leur nature, dans un pareil lieu, dans un pareil moment, auraient figé le sang dans des poitrines moins irréparablement incendiées, nos deux ivrognes piquèrent tête baissée dans la porte, l’enfoncèrent, et s’abattirent au milieu des choses avec une volée d’imprécations. »

Les Contes macabres, volume II, Edgar Allan Poe (textes) et Benjamin Lacombe (illustrations). Soleil, coll. Métamorphose, 2018. Traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Baudelaire. 203 pages.

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Carmen, de Prosper Mérimée, illustré par Benjamin Lacombe (2017)

Carmen (couverture)Je retente ma chance avec un autre titre de la collection Métamorphose qui dormait dans ma PAL depuis Noël 2017. Découverte pour moi d’un texte classique de Prosper Mérimée, un auteur que je n’avais jamais lu (bien que La Vénus d’Ille soit aussi dans ma PAL).

Je vous le dis, je vais spoiler. Donc si vous ne connaissez pas la fin de l’histoire comme c’était mon cas (ma connaissance de Carmen s’arrêtait à Bizet et à deux-trois passages – « L’amour est enfant de bohême… », vieux souvenir de cours de musique au collège, la corrida… – mais pas la fin), arrêtez de lire si vous ne voulez pas tout savoir de cette histoire !

Je n’ai pas ressenti un enthousiasme fou pour cette histoire. La plume de Mérimée ? Les trop fréquentes interruptions pour consulter les notes en fin d’ouvrage ? Les personnages ? L’histoire classique ? Peut-être bien un peu de tout ça.

En tout cas, nous sommes là sur une histoire qui ne jure pas à notre époque : un gars qui tue une femme parce qu’elle avait décidé de le quitter, c’est fou comme ça sonne actuel. Peu importe que cela se passe ici dans un univers de brigands et de bohémiens andalous.
Par contre, si le but était de dépeindre Carmen comme machiavélique, satanique ou je ne sais quoi, c’est un peu raté à mes yeux : elle n’est pas un ange certes, elle n’est pas des plus fidèles, ni des plus sympathiques, mais ce n’est en rien une justification à l’acte final de Don José. Elle vit sa vie comme elle l’entend, séduisant qui ça lui chante, elle cause des ravages dans le cœur des hommes : elle est l’archétype de la femme fatale dont on pressent la chute. Mais son meurtre reste un meurtre et je n’ai aucune compassion pour le coupable.

Enfin, quand je dis « acte final », ce n’est pas tout à fait exact. Après le récit enchâssé de Don José qui constitue finalement le vrai cœur du texte – son amour pour Carmen, son ascension auprès d’elle, puis la déchéance, la jalousie, la folie, bref, tous les ingrédients d’une passion amoureuse – malgré les longues circonvolutions qui nous y amènent, se trouve un chapitre pseudo-scientifique inattendu qui fait totalement retomber le soufflé. Mérimée se lance dans des explications, des considérations, des discussions sur les Gitans, leur apparence physique et leur langue – avec quelques réflexions qui apparaissent comme un tantinet racistes deux siècles plus tard. J’ai vraiment question l’intérêt de ce chapitre au sein de ce court roman, c’est plat et ça n’a strictement rien de romanesque. J’ignore comment il était reçu lors de la parution en 1847, mais ce chapitre me semble aujourd’hui totalement inapproprié.

Quant aux illustrations de Benjamin Lacombe, j’ai apprécié l’ambiance sombre qu’elles dépeignaient avec cette image omniprésente de l’araignée qui tisse sa toile, Carmen usant de sa mantille comme d’un filet. Il s’en dégage l’impression que la fin est inéluctable. Couleurs chaudes de l’Andalousie et noirceur pour une entité plus diabolique dans les dessins que dans le texte.

Un beau livre qui me laisse cette fois un sentiment mitigé. L’histoire a pris son temps pour m’attraper dans sa toile avant de me perdre totalement au fameux et ultime chapitre IV et j’ai l’impression d’être passée à côté des sentiments que les personnages tentaient de m’inspirer : j’ai la sensation que j’aurais dû blâmer Carmen et compatir pour l’infortuné Don José, mais je n’y parviens pas. Suis-je passée à côté de ce classique de la littérature française ? Il semblerait.

« Puis, s’approchant comme pour me parler à l’oreille, elle m’embrassa, presque malgré moi, deux ou trois fois.
– Tu es le diable, lui disais-je.
– Oui, me répondait-elle.
 »

Carmen, Prosper Mérimée, illustré par Benjamin Lacombe. Editions Soleil, coll. Métamorphose, 2017 (1847 pour le texte de Mérimée). 171 pages.