Croc-Blanc, de Jack London (1906)

Croc-Blanc (couverture)Tout le monde connaît (ou croit connaître, comme s’était mon cas) cette histoire dans laquelle Croc-Blanc, un chien-loup né à l’état sauvage, se confronte à la nature et au monde des humains.

La première chose qui m’a enthousiasmée dans cette lecture, c’est la facilité avec laquelle elle m’a happée. Tout de suite dans l’action, tout de suite plongée dans les étendues glacées du Grand Nord. On ressent immédiatement le souffle puissant d’une lecture formidable – mais pourquoi ne l’ai-je pas lu plus tôt ? – et cela s’est confirmé au fil des pages : jusqu’à la fin, je n’ai pas pu le lâcher et je m’y replongeais avec délectation.
D’une chasse à l’homme haletante par une meute affamée à une louve fière et courtisée, nous voilà à la naissance de ce louveteau gris que l’on appellera Croc-Blanc. Dès le début, le ton est immersif, vivant, palpitant tandis que le frisson de l’aventure vibre d’une manière dévorante. Jack London nous offre une de ces expériences que seule la littérature permet : vivre dans la fourrure d’un loup, voir le monde par ses yeux.
Car c’est l’un des points forts de ce roman : à compter de sa naissance, tout est raconté du point de vue de Croc-Blanc. C’est par ses yeux que l’on découvre la nature sauvage et la civilisation humaine, par son corps que l’on expérimente la famine et l’exaltation de la chasse. Sans parler que l’empathie pour ce protagoniste hors du commun est immédiat et indéfectible, nonobstant le nombre de chiens (ou autres) égorgés qu’il laissera dans son sillage. Bref, un coup de génie pour passionner les lecteur·rices et faire entendre la voix de son héros.

Dès le début, le roman est placé sous le signe d’une vie âpre, d’une vie de combat pour manger et survivre. La vie sauvage est impitoyable et il faut lutter pour ne pas se retrouver en position de proie. La vision donnée de la vie dans la nature n’est pas idéalisée en dépit d’un esprit de liberté bien présent. Rapidement, Croc-Blanc rencontre les humains qui lui apportent la chaleur, la nourriture et une relative protection. Relative car, comme il en fera l’expérience, les humains ne sont pas avares en rudesse, voire en cruauté. C’est là que, tout en restant prenant, le roman est devenu vraiment terrible pour moi. Car Croc-Blanc devra attendre longtemps avant de connaître la douceur d’une main, d’une voix, d’un regard. Ses maîtres sont tout d’abord durs, sévères, violents, voire cruels. Certes, l’éducation bienveillante des chiens est une notion assez récente, mais cette violence conjuguée à la soumission de Croc-Blanc envers les « dieux » m’a révoltée. Car je me suis immédiatement attachée à cette créature exceptionnelle aux yeux de tous et terriblement émouvante pour nous qui partageons son cerveau et son cœur.

L’écriture est riche, visuelle et détaillée, que ce soit pour les descriptions de la nature ou la psychologie des protagonistes. Petite merveille, elle séduit mon goût des détails avec mon besoin actuel d’efficacité. J’ai été fascinée d’un bout à l’autre par Croc-Blanc, par ses comportements instinctifs, par ses expériences et les leçons qui en sont tirées, par ses relations avec les chiens depuis longtemps domestiques, par son regard sur les hommes, par la force de ses attachements ou de ses répulsions, par sa puissance et ses impuissances, par ses évolutions étonnantes et fascinantes. C’est le roman d’une évolution, de plusieurs évolutions, un roman darwiniste sur les influences du milieu, la mémoire d’une race et les apprentissages d’un individu. London nous donne à voir aussi bien la société des chercheurs d’or et des Indiens que le comportement – certes de manière romancée – d’un chien-loup.
Je m’attendais à une fin différente et, si une part de moi ne peut s’empêcher de ressentir une légère déception, j’ai été ravie de la douceur qu’elle annonce et qu’on espère pour Croc-Blanc.

Une lecture saisissante, d’une immense efficacité que ce soit dans l’effroi, dans la violence, dans l’injustice ou l’hostilité de la vie, mais aussi dans la douceur, l’espoir et la beauté. Une formidable découverte qui dormait à portée de main depuis des années.

Me voilà à présent boostée pour la relecture d’un livre de mon enfance dont j’ai tout oublié (mais dont je ne doute plus qu’il me plaira à nouveau), L’appel de la forêt du même auteur, qui raconte, cette fois, l’histoire inverse d’un chien domestique qui retourne à l’état sauvage.

« Car le Grand Nord est hostile à toute forme de vie, le moindre mouvement lui fait injure : il lui faut donc l’éliminer. Il gèle les eaux pour les empêcher d’atteindre la mer. Il fige la sève des arbres jusqu’à ce qu’ils en crèvent. Mais c’est à l’homme qu’il s’en prend avec le plus d’acharnement et de férocité afin de le réduire à sa merci. Parce que l’homme est un être infatigable, en perpétuelle révolte à la seule idée que tout mouvement puisse être inexorablement condamné. »

« L’eau n’était pas vivante. Pourtant, elle bougeait. De plus, si elle avait l’air solide comme la terre, elle était dépourvue de consistance réelle. Il en conclut que les choses n’étaient pas toujours ce qu’elles paraissaient être. Sa crainte de l’inconnu découlait d’une expérience congénitale qui se trouvait maintenant renforcée par l’expérience acquise… Désormais, il aurait un doute permanent sur l’exacte nature des choses quelle que fût leur apparence. Il devrait en déterminer par lui-même la véritable réalité avant de pouvoir s’y fier. »

« Partout on entendait parler du « Loup de combat », comme on l’appelait, et sur le pont du bateau, la cage où on l’avait enfermé attira de nombreux curieux. Il grondait furieusement à l’adresse de ces visiteurs, ou restait couché  à les observer froidement, d’un regard chargé de haine. Car qu’eût-il pu éprouver d’autre à leur égard ? Il ne se posait jamais la question. Il ne connaissait plus que la haine et s’y livrait avec passion. La vie était devenue pour lui un enfer. Il n’était pas fait pour cette étroite réclusion que les hommes font subir aux bêtes fauves. Pourtant, c’était exactement de cette façon qu’on le traitait. Les passagers le regardaient, pointaient des bâtons entre les barreaux pour le faire grogner, et se moquaient de lui.
Ces hommes-là représentaient tout son environnement. Et à cause d’eux, sa férocité naturelle s’accrut encore davantage. Heureusement toutefois que la nature l’avait également doté d’une grande faculté d’adaptation. Là où beaucoup d’autres animaux auraient perdu la vie ou la raison, lui était capable de s’accommoder à de nouvelles conditions et de survivre sans que son équilibre mental eût à en souffrir. »

Croc-Blanc, Jack London. Le Livre de Poche, 1985 (1906 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Daniel Alibert-Kouraguine. 312 pages.

TAG Tu es un sorcier, Harry !

Petit tag, créé par Signé C., que j’ai pu voir à droite à gauche ces derniers temps et que je reprends avec plaisir parce que ça fait bien longtemps qu’il n’y avait pas eu de tag dans le coin. Onze sorts, onze questions, onze réponses, c’est parti !

1 – ACCIO ! Quel livre aimeriez-vous avoir entre les mains actuellement ?

Sans doute Night Travelers de Rozenn Illiano. Midnight City m’avait envoûtée l’année dernière et je traîne – à mon habitude – pour découvrir la suite. Je pense toutefois me l’offrir ce mois-ci parce qu’il faut savoir se faire de petits cadeaux de temps à autre…

Night Travelers (couverture)2 – STUPÉFIX ! Avez-vous abandonné une lecture ? Si oui, pourquoi ?

Fini le temps où je m’échinais à terminer un livre coûte que coûte ! A présent, je veux bien persévérer un peu, mais si ça ne passe pas (parce que je n’aime pas du tout ou parce que je m’ennuie trop), tant pis : il y a trop de livres appétissants pour se forcer à terminer ceux qui ne m’intéressent finalement pas.
Le dernier en date : Fight Club, de Chuck Palahniuk. Je n’ai pas accroché du tout à ce livre (dont je connaissais déjà le film), mon ennui était terrible. La lecture était facile et j’aurais pu continuer sans trop peiner, mais ça ne m’intéressait vraiment pas…

Fight Club (couverture)

3 – RICTUSEMPRA ! Quel livre vous a fait rire dernièrement ?

Bien que je sois quelqu’un d’assez bon public en manière général, les livres humoristiques ne sont pas ceux vers lesquels je me tourne le plus. Cela dit, je trouve de l’humour dans d’autres genres : par exemple, il n’est pas rare que Jane Austen me fasse rire. En tout cas, comme ça, je ne retrouve pas de livres récents m’ayant fait rire…

4 – OUBLIETTE ! Quel livre souhaiteriez-vous oublier pour redécouvrir ?

Le Cirque des rêves d’Erin Morgenstein. Un roman à l’atmosphère absolument magique que j’avais découvert en en sachant vraiment très peu, une lecture merveilleuse. C’est une relecture que je projette depuis longtemps, mais que je repousse sans cesse. Je finirai bien par me laisser aspirer une nouvelle fois par cet univers onirique.

Le Cirque des rêves (couverture)5 – EVANESCO ! Quel livre vous a déçu au point de vouloir le faire disparaître ?

Rayer un livre de la Terre simplement parce qu’il n’a pas eu l’heur de me plaire me semble un tantinet prétentieux, mais dans le genre immense déception, Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson tient le haut du podium depuis deux ans. Une retraite au bord du lac Baïkal, ça semblait pourtant un si bon début pour me plaire…

Dans les forêts de Sibérie (couverture)6 – GEMINO ! Quel livre avez-vous envie de conseiller à vos amis ?

L’homme qui savait la langue des serpents d’Andus Kivirähk. Œuvre unique, surprenante, fascinante, en provenance directe d’un pays rarement croisé sur les rayonnages – l’Estonie -, ce livre est un titre que j’aimerais beaucoup faire découvrir bien que je doute qu’il plaise à tout le monde.

L'homme qui savait la langue des serpents (couverture)7 – PETRIFICUS TOTALUS ! Quel livre vous a glacé le sang ?

J’ai rarement l’occasion de lire de l’horreur et je crains n’avoir encore jamais éprouvé si forte sensation face à un roman. J’aimerais bien pourtant. King m’a offert quelques instants de tension, mais pas de terreur.

8 – PRIOR INCANTO ! Quelle est votre toute dernière lecture ?

Croc-Blanc de Jack London. Un classique qui traînait dans ma PAL depuis moult années et qui m’a happée de la première à la dernière ligne.

Croc-Blanc

Questions bonus spéciales Sortillèges impardonnables…

9 – IMPERIUM ! Quel auteur aimeriez-vous pouvoir contrôler afin de le contraindre à changer un passage de son œuvre ?

Question difficile… Il faudrait déjà que je me rappelle d’un livre que j’ai assez aimé pour vouloir le relire, mais dont un ou des passages m’ont déplu. Sans compter qu’il est un peu présomptueux de se dire que l’on fera mieux que l’auteur·rice. Mais jouons le jeu avec Christelle Dabos, histoire d’offrir une autre ampleur et une autre fin, un peu plus attentive, à tous ses superbes personnages secondaires, délaissés dans les troisième et quatrième tomes de La Passe-Miroir !

10 – ENDOLORIS ! Quel roman a été un supplice à lire ?

A présent, plus de supplices puisque livre-supplice équivaut à livre abandonné. Mais si je remonte un peu dans le passé, Salammbô de Gustave Flaubert avait été bien laborieux. J’ai vraiment du mal avec cet auteur et je n’avais d’ailleurs pas terminé Madame Bovary lorsque je m’y étais frottée il y a une dizaine d’années.

Salammbo11 – AVADA KEDAVRA ! Quelle mort d’un personnage vous a affecté ?

 Attentions aux spoilers !

Je vais dire les morts qui surviennent dans Les Misérables de Victor Hugo. Celle de Javert car elle survient dans un passage grandiose, celle de Jean Valjean qui donne envie de gueuler de frustration, celle de Gavroche qui touche forcément, celle d’Enjolras et Grantaire parce qu’elle clôt un autre passage sublime, celle d’Eponine parce que ce personnage est d’une tragédie terrible. Ah, ce livre…

Les Misérables (couverture)

Voilà mes réponses !
N’hésitez pas à le reprendre ou à me dire en commentaire ce que vous auriez répondu !

Upside Down, de Richard Canal (2020)

Upside DownL’humanité est divisée en deux. D’un part, la masse – les travailleurs exploités, drogués de loisirs illusoires – survit sur une Terre asphyxiée où l’air brûle et où les océans sont invisibles sous une couche impénétrable de déchets. D’autre part,  les élus, les riches, les héritiers, qui vivent une vie de confort et de loisirs sur des atolls en orbite basse. Si tous ceux du bas rêvent de monter, rares sont les personnes à vouloir descendre. C’est pourtant le cas d’une jeune femme, une clone, qui sera l’étincelle qui allumera le feu du changement.

C’est dans une période assez peu propice à la lecture, mâtinée d’angoisses et de pensées dispersées, que j’ai reçu ce livre grâce à Babelio. Ma lecture, hachurée, distraite, dans les transports en commun ou lors de ma pause méridienne, une partie de mon esprit gardant un œil sur les arrêts ou l’heure, a sans nul doute influencé ma réception de ce roman.
Cela a joué sur mes difficultés à rentrer dans l’histoire. Je ressentais une distance avec les personnages, un certain désintérêt pour ce qui m’était raconté. Il faut signaler toutefois une légère confusion due au fait que l’auteur nous laisse découvrir son monde, et le comprendre, par nous-mêmes. Assez peu d’explications fournies, à nous de comprendre qui sont les keïnos ou les C-losers. Comme si ce monde de papier était déjà le nôtre et qu’il n’était pas nécessaire de le présenter. Heureusement, notre Terre n’est encore dans un état si catastrophique (pas encore…).
En outre, j’étais un peu rebutée par l’utilisation de noms de personnalités réelles (présentes ici sous forme de clones), comme Bill Gates, Elizabeth Taylor ou Maggie Cheung.

J’ai tout de même fini par me prendre au jeu et à lire sans déplaisir. Dès lors, ces clones me sont apparus comme inscrivant cet univers dans la continuité du nôtre et je les ai alors détachés de leurs illustres originaux pour les voir comme des personnages à part entière.
Les personnages de ce roman choral sont intéressants bien qu’un peu lisses. Ils ne m’ont finalement réservé aucune surprise, ce que je déplore vivement. Je me suis attachée à Maggie ou à Stany, le keïnochien, mais je ne peux pas dire qu’ils m’aient étonnée ou amenée sur des chemins inattendus. Le portrait de Bill Gates qui connaît une esquisse de nuancement dans la dernière partie qui lui est consacrée est aussitôt noirci à nouveau par une « révélation » venant de Maggie dans le chapitre suivant. Les protagonistes semblent parfois davantage les symboles, les représentants des différentes classes, se faisant les porte-paroles d’une espèce, d’un statut social. Lui les keïnos, lui les Flottants, elle les clones, lui les maîtres des Domaines…

Cependant, l’auteur développe un discours plutôt réjouissant de révolte, de reprise en main de son destin, de têtes qui se relèvent, d’yeux qui s’ouvrent, de combats sociaux contre la domination des quelques-uns dont la fortune autoriserait la destruction de la planète. Ceci vient compléter la prise de conscience que la Terre est tout ce que nous avons, que déménager sur une autre planète est fort loin de nos capacités et qu’il vaudrait mieux prendre soin de ce que l’on a plutôt que de rêver de détruire recommencer ailleurs. Des propos intelligemment menés qui semblent s’adresser aussi bien aux protagonistes qu’aux lecteur·rices du roman.
Heureusement des bulles d’espoir persistent tant pour la planète que pour la société. Alors que les privilégiés d’Up Above paraissent enfermés dans le passé avec leurs clones, leurs remakes de films et autres œuvres d’art des siècles précédents, les rêves et les espérances, ainsi que les moyens de les concrétiser, continuent de vibrer, notamment avec quelques artistes de Down Below, capables d’inventer de nouvelles formes d’art, utilisant des dons nouveaux et des technologies innovantes, et de faire vivre un univers qui leur est propre. De véritables bouffées d’air frais, dans une société qui se sclérose dans le déjà-fait (Up Above) ou s’abrutit dans le travail (Down Below).

Porté par une plume agréable et poétique, sachant rendre compte aussi bien des beautés des mondes d’en-haut et d’en-bas ou des paysages les plus apocalyptiques, Upside Down est un roman de SF intéressant, quoique principalement desservi par le manichéisme inébranlable des voix qui racontent cette histoire.

« La Terre se déréglait, Gaïa perdait la boule, et nous, du haut de notre inconscience, nous regardions le spectacle avec des mines d’enfants attardés, trop préoccupés par la quête infinie du bonheur pour sentir le vent tourner. Car il y a une beauté intolérable dans les désastres. »

« Une hirondelle épuisée s’est posée au pied d’une tour de refroidissement éventrée, de l’autre côté de la cour. De son bec, elle fouille les taches laissées par les pluies amères sur son plumage. Elle doit bien être la seule à ignorer qu’il n’y a plus de printemps, Down Below, plus de saisons, sinon un automne éternel, de suie et de rouille. »

Upside Down, Richard Canal. Editions Mnémos, 2020. 360 pages.

C’est le 1er, je balance tout ! # 46 – Octobre 2020

Rimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Romans

 Lectures graphiques

Côté Top… Ce mois-ci a été ouvert avec deux valeurs sûres : Harry Potter and the Chamber of Secrets de J.K. Rowling et le tome 2 de Sauveur & Fils de Marie-Aude Murail. Deux livres que je ne chroniquerai pas ici (cependant, je pense que je ferai un jour un article général sur la série Sauveur & Fils), mais qui sont toujours synonymes de douceur, de magie et bonheur livresque. (Et heureusement car, à part ça, le reste du mois n’a pas été folichon, même s’il s’est clôturé avec une très chouette relecture d’American Gods de Neil Gaiman.)
Question lectures graphiques, j’ai eu le plaisir de découvrir le manga onirique L’Enfant et le Maudit de Nagabe et de retrouver les garçons d’Heartstopper d’Alice Oseman (j’en parlerai aussi sûrement à l’occasion parce que ces bouquins sont tout simplement irrésistibles !).

Côté Flop… La pluie, avant qu’elle tombe de Jonathan Coe a malheureusement peiné à m’enthousiasmer comme je l’explique davantage ci-dessous.

Ces livres que je ne critiquerai pas davantage

Le prince et la couturière, de Jen Weng (2017)
Une chouette histoire d’amitié et d’identité au milieu des aristos et des jolies robes, portée par un trait très doux, qui s’est révélée très touchante et impossible à lâcher. Merci à l’amie Alberte de nous l’avoir fait découvrir au détour d’un bilan !

Le prince et la couturière (couverture)

A présent, passons aux lectures m’ayant laissé plutôt mitigée.

La pluie, avant qu’elle tombe, de Jonathan Coe (2007)
La pluie, avant qu'elle tombe (couverture)Une histoire de famille, plusieurs générations de femmes, des non-dits, des regrets, des désamours et des erreurs, le tout raconté à travers la description de vingt images – photographies, tableau, carte postale. La plume de Jonathan Coe est agréable, il y a de beaux passages (enfin, un… deux… je réalise en y repensant que peu d’entre eux m’ont marquée finalement), l’intrigue aurait pu être intéressante, et pourtant ce roman n’a pas su me toucher. Je suis restée à côté tout du long, je ne me suis pas attachée aux personnages, les descriptions détaillées ont fini par me lasser et j’étais contente de revenir aux digressions, aux histoires entourant l’image en question et qui en montraient parfois une tout autre facette. Et cette fin… promesse d’une surprise et d’émotions, que dire à part qu’elle est complètement tombée à plat. Après avoir passé des années dans ma PAL, ce livre ne va même pas rejoindre mes bibliothèques tant il m’a laissée indifférente (peut-être aurai-je dû suivre mon instinct et l’abandonner au bout de cent pages, mais bon, il était plutôt vite lu malgré tout).

Salem, de Stephen King (1975)
Salem (couverture)Cette fois, c’est La Geekosophe qui m’a poussée à sortir ce titre de ma PAL. Ici, aucun rapport avec les fameuses sorcières comme je le pensais, mais une reprise du mythe du vampire au cœur d’une petite ville du Maine, Jerusalem’s Lot, aka Salem.
J’ai adoré tous ces moments où la tension monte tranquillement, ces passages où il ne se passe encore rien, mais où l’ambiance s’alourdit, où l’on a envie de dire aux protagonistes de rentrer chez eux et où l’on se crispe peu à peu. Avec cette atmosphère lourde et froide, cette maison à l’aura maléfique qui trône sur sa colline, cette multitude de points de vue, ça a été un très bon moment de lecture.
Cependant, je ne peux m’empêcher d’être un petit peu désappointée quant à l’appropriation de ce mythe fort sanglant. Je m’attendais à ce que King en fasse quelque chose de différent, le transforme un peu pour nous offrir une version personnalisée du vampire. Or on retrouve tous les poncifs de la légende et les personnages font bien de se référer au Dracula de Bram Stocker vu que « leur » vampire pourrait être son frère. Ça reste très classique et prévisible, ce qui est plutôt décevant.
Une lecture en demi-teinte, agréable mais pas inoubliable.

Alarga !, d’Hélène Tayon (2009)
Alarga ! (couverture)Encore une antiquité de ma PAL ! L’histoire d’un jeune Turc qui plaque sa famille, son héritage et sa vie tranquille pour découvrir l’Europe, l’histoire de sa famille, l’histoire de quelques décennies. Ça a été une lecture très fluide – dévorée en deux jours – et plutôt agréable. Les portraits tracés au fil du roman sont parfois truculents et hauts en couleurs, certains m’ont amusée ou attendrie (comme par exemple, les magouilles d’un coiffeur de village pour s’incruster chez « celui qui a réussi à Paris »), mais racontent aussi les différentes générations, les évolutions de la Turquie au cours du XXe siècle (de manière succincte, ça reste un roman assez dynamique). Il y avait donc un côté dépaysant plutôt sympathique.
Toutefois, il y a eu un point négatif à mes yeux : la succession de scènes de sexe tout au long du roman. Je comprends bien que l’autrice raconte les appétits de vivre, de tout connaître, de tout ressentir, mais ça a fini par me lasser, d’autant que j’ai trouvé la narration assez répétitive dans ces scènes.
Un livre que j’ai lu sans déplaisir, mais qui ne me marquera pas.

Côté challenges…

  • Les Irréguliers de Baker Street : + 1, soit 51/60 ;
  • Les 4 éléments : + 1, soit 19/20 ;
  • PAL : 79 + 1 – 5, soit 75.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Oups, je m’aperçois que je n’ai presque rien mis de côté dans mes favoris « trucs dont je veux parler lors du C’est le 1er », si ce n’est une chronique de Tata Alberte ! Qui, avec sa verve habituelle et en dépit d’une couverture kitchissime, m’a bien donné envie de découvrir Les Robots d’Isaac Asimov, classique de la SF dont j’ignorais totalement le statut de nouvelles. Je me suis couchée moins bête ce soir-là, alors merci Alberte !

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Je n’ai pas de lien, mais je vais vous parler de ma meilleure découverte du mois pour laquelle je dois remercier chaleureusement la Récolteuse. Je parle évidemment de la série Crazy Ex-Girlfriend.

CEGF1

Ça chante, ça danse, ça parle de maladies mentales (dépression, angoisse, alcoolisme et autres joyeusetés), de combien le quotidien peut être épuisant, du fait d’avoir besoin d’aide, d’intensité, de femmes (de sexualité féminine, de santé féminine, avec des sujets qu’on ne voit pas tous les jours, de la cystite à l’avortement), les personnages sont fabuleux, leurs acteur·rices brillant·es, Rachel Bloom aka Rebecca Bunch est magistrale, c’est addictif, c’est drôle, c’est dramatique, c’est intelligent, c’est fort, bref, c’est brillant, un point c’est tout.

Crazy Ex-Girlfriend

(La dernière fois qu’une série m’avait fait cet effet de « c’est tellement bien écrit, ça me parle tellement », c’était avec la fabuleuse merveilleuse inattendue trop courte série Fleabag.)

Fleabag

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

Dans le monde des choses socialement valorisées, je devrais parler du fait que j’ai retrouvé du boulot pour quelques mois, mais ce que je retiens plutôt de ce mois d’octobre, ce sont :

  • Une gigantesque fournée de cookies qui, sans vouloir me vanter, étaient vraiment divins et tellement réconfortants (justement pendant ma semaine de reprise) ;
  • Un butternut farci délicieux (oui, je me jette des fleurs, mais c’est l’endroit pour, non ?) ;
  • Une randonnée dans le Cézallier, un endroit magique de grandes étendues herbeuses, de petits lacs et de vaches aux grands yeux si doux ;
  • Les couleurs de l’automne, dont on ne profitera pas en novembre faute de sorties ;
  • Une soirée jeux chez une amie ;
  • Un week-end dans la nouvelle maison de mes parents, perdue dans la pampa auvergnate ;
  • Approcher de la fin du challenge Les 4 éléments (qui stagnait depuis des mois et des mois) ;
  • Avoir réussi à boucler ce petit bilan pour le jour J.

Petite question pour vous si vous êtes lecteur·rice de Stephen King :
Lequel me conseillez-vous pour ma prochaine lecture (qui sera peut-être dans plusieurs mois, soyons claire) ?
Lequel (ou lesquels) préférez-vous ?
(Pour info, j’ai déjà lu Ça, Shining, Docteur Sleep, Misery et Salem. Ah, et Cujo que j’avais détesté.)

Je vous souhaite un aussi bon mois de novembre que possible,
en dépit de la situation !

Parenthèse 9e art spécial manga : L’atelier des sorciers & L’Enfant et le Maudit

Que ce soit dit, je ne suis pas une grande lectrice de mangas, j’en ai lu quelques-uns enfant, mais, lassée d’attendre pour chaque tome à la bibliothèque, j’ai laissé tomber. Je suis toutefois bien décidée à remédier à ça et à découvrir ce pan de la littérature (notamment grâce à une copine qui se reconnaîtra si elle passe par là et que je remercie très fort !). Ne vous attendez donc pas à des critiques profondes, à des comparaisons sur les styles graphiques, à une analyse du genre, etc. Ici, ce sera un avis de pure néophyte !

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L’atelier des sorciers (tomes 1 à 6),
de Kamome Shirahama
(en cours, 2016-…)

Coco est fascinée par la magie, mais seul·es quelques élu·es peuvent pratiquer cet art. Le jour où Kieffrey arrive dans son village, Coco ne peut réprimer l’envie de l’espionner pour voir davantage de magie. Elle comprend alors le secret de la magie et, utilisant un vieux livre donné par un inconnu des années auparavant, elle lance son premier sort. Un sort aux conséquences tragiques. Pour réparer son erreur, elle devient la disciple de Kieffrey et entre dans le monde de la magie.

La néophyte que je suis est tout d’abord à la recherche d’une bonne histoire, ce qui est clairement le cas avec L’atelier des sorciers. Il y a indubitablement un air d’Harry Potter avec cette « ignorante » qui entre dans un nouvel univers, cette novice qui est le centre de beaucoup d’attentions, notamment de la part de sorciers mystérieux pratiquant une magie interdite, et qui semble promise à de grandes choses. Cependant – et heureusement – le monde de Coco est aussi très différent, à commencer par la manière dont la magie se pratique ! Une manière particulièrement esthétique et originale qui m’a immédiatement séduite.

L’intrigue prend son temps pour poser un univers fouillé et approfondi. C’est totalement prenant grâce à des péripéties passionnantes, mais celles-ci permettent également de découvrir le monde dans lequel évoluent sorciers et sorcières, de voyager entre l’atelier, Carn une ville pleine de magie, l’Académie de sorcellerie ou encore différents lieux magiques.
Les ambiances s’enchaînent : humoristiques, haletantes, sombres, légères… Un mélange subtil qui m’a happée à chaque épisode.

C’est aussi très mignon, notamment grâce à l’innocence et l’enthousiasme contagieux d’une Coco perpétuellement admirative face à chaque démonstration magique. Malgré le drame qui l’a frappée, malgré son sérieux dans ses études, elle reste une enfant dont la gentillesse et le ravissement face à la magie illuminent les pages.
Les personnages sont attachants, intrigants, séduisants, et font l’objet au fil des tomes de portraits toujours plus affinés. J’ai beaucoup aimé le fait que certains volumes prennent le temps de s’attarder sur des protagonistes tels qu’Agathe ou Trice, également disciples de Kieffrey. La fin du sixième tome soulève d’autres questions qui laissent imaginer des précisions sur le maître lui-même.

Les dessins sont superbes. Des personnages aux détails qui ornent certaines planches, j’ai été émerveillée et fascinée par le graphisme de cette saga. C’est vivant, c’est expressif, c’est beau.

Une superbe découverte ! Rien à redire, que ce soit sur l’univers, les personnages, la magie, l’intrigue, le rythme ou le dessin : je suis enchantée !

L’atelier des sorciers (tomes 1 à 6), Kamome Shirahama. Editions Pika, coll. Seinen, 2018-… (2016-… en version originale). Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. 192 pages.

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L’Enfant et le Maudit (tomes 1 à 7),
de Nagabe
(en cours, 2016-…)

Un monde coupé en deux : « l’intérieur » où vivent les humains et « l’extérieur » peuplé de créatures monstrueuses. Quiconque est touché par elles subira la malédiction et se transformera à son tour. Pourtant, à « l’extérieur », Sheeva et le Professeur cohabitent et, au mépris de toutes les croyances, dessinent leur histoire.

Dès le début, j’ai été happée par cet univers plutôt sombre. Dans un décor d’arbres dénudés et de maisons abandonnées, cette intrigue de malédiction, de camps qui s’opposent, entre ombre et lumière, m’a totalement séduite.
Il y a une bonne part de mystères, et je ne sais à qui me fier tant cette histoire semble biaisée qu’elle soit vue par les humains ou les enfants noirs. Je suis impatiente de connaître la suite, de lever le voile sur tous ces secrets. Comment est apparue la malédiction ? Quel est le rôle de Sheeva ? Qui est le Professeur ?
Les questions s’enchaînent au fil des tomes puisque le moindre indice en fait naître une nouvelle fournée. Si j’aime le rythme tranquille et quelque peu contemplatif de cette histoire (quoique les derniers tomes offrent davantage d’action), j’espère que des réponses nous seront offertes et que l’intrigue ne sera pas étirée de manière superficielle.

La seule chose qui semble vraie et certaine dans cette histoire, c’est le duo formé par le Professeur et Sheeva. S’ils semblent à première vue mal assortis, avec cette fillette aussi lumineuse que le Professeur est sombre, leur relation se révèle tout de suite bouleversante. Leur affection réciproque, dépourvue de tout a priori, m’a touchée à plusieurs reprises. L’auteur dose savamment gravité et innocence, gaucherie et mélancolie, obstacles et joies simples. Si l’atmosphère s’assombrit au fil des tomes, j’ai adoré les scènes de vie quotidienne, les petits riens avec lesquels tous deux sculptent leur improbable famille.

Une ambiance sombre et poétique, qui interroge sur l’humanité qui se cache parfois dans le noir. Un superbe duo qui raconte aussi bien la joie que la tristesse, le doute que la jalousie, mais surtout l’amour et la confiance. Des dessins simples mais expressifs qui véhiculent beaucoup d’émotion. Une très jolie lecture, très prenante en dépit de son allure plutôt tranquille.

(Source des images : BD Gest’)

L’Enfant et le Maudit (tomes 1 à 7), Nagabe. Editions Komikku, 2017-… (2016-… en version originale). Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. 174 pages.