La parenthèse 7ème art – Décembre 2017 + Bilan de l’année 2017

Contrairement à ce que j’espérais, décembre n’a pas été beaucoup plus prolifique que novembre en terme de films vus en salle. Entre le travail et les séjours dans nos familles respectives, nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour y aller. Tant pis, ce n’est que partie remise !
Comme cet article est assez court, je lui joins mon bilan cinématographique de l’année 2017 !

  1. Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina

Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz. Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révélera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel… (Allociné)

Coco (affiche)

J’ai beaucoup aimé ce nouveau Disney-Pixar. Si l’histoire est parfois cousue de fil blanc et un peu facile parfois, elle reste cependant très touchante. Et surtout, il est visuellement magnifique. L’intrigue prend place El Día de Los Muertos, le jour des morts, où la frontière entre vivants et défunts se fait plus mince que jamais et le héros, Miguel, va la franchir et se retrouver dans la ville des morts. Tout au long du film, j’ai été submergée par la beauté des couleurs, notamment chez les morts. Leur cité est si riche en détails que j’ai hâte de le revoir pour en saisir toutes les subtilités. La mort n’est absolument pas quelque chose de sombre et les familles tracent de lumineux chemins fleuris pour permettre aux ancêtres de retrouver leur chemin jusqu’aux offrendas. La mort n’est pas montrée comme absolument négative et, tant que les vivants se souviennent des morts, c’est davantage une seconde vie qui commence. Les musiques ne se valent pas toutes, mais donnent un beau rythme et une ambiance festive au film. Bref, une belle histoire sur la famille, l’oubli (un personnage atteint de la maladie d’Alzheimer, voilà qui est nouveau !), les rêves, et surtout la vie et la mort, et un beau Pixar comme je n’en avais pas vu depuis Vice-Versa.
Pour retrouver le même genre d’univers, je vous conseille également La légende de Manolo, sorti en 2014.

La légende de Manolo (affiche)

  1. Seule la terre (VO : God’s Own Country), de Francis Lee

Johnny travaille du matin au soir dans la ferme de ses parents, perdue dans le brouillard du Yorkshire. Il essaie d’oublier la frustration de son quotidien en se saoulant toutes les nuits au pub du village et en s’adonnant à des aventures sexuelles sans lendemain. Quand un saisonnier vient travailler pour quelques semaines dans la ferme familiale, Johnny est traversé par des émotions qu’il n’avait jamais ressenties. Une relation intense naît entre les deux hommes, une relation qui pourrait changer la vie de Johnny à jamais. (Allociné)

Seule la terre (affiche)

Si je ne suis jamais allée dans le Yorshire, ces grandes étendues isolées et froides inondées de brouillard, sublimées par un rayon de soleil, n’ont pas été sans me rappeler l’Ecosse. Tout comme le parler rugueux de ses habitants. J’ai dès les premières minutes été plongée dans un monde qui me fascine et m’attire énormément.
Comme pour Petit paysan, le superbe film français dont j’ai parlé dans la parenthèse ciné du mois d’août, il s’agit d’un premier long-métrage pour le réalisateur, un premier film qui prend place dans la ferme parentale. Le monde agricole sonne donc totalement véridique (le quotidien, l’agnelage, le travail prenant, parfois abrutissant…) et on sent tout autant que le réalisateur a mis dans son film tout ce qu’il aimait à la campagne (le rapport aux animaux, la nature…).
Si Johnny n’est pas immédiatement sympathique, à la différence de Gheorghe, on apprend peu à peu le connaître et son comportement s’explique et s’excuse rapidement par une vie difficile, uniquement dédiée au travail à l’exception de ses escapades nocturnes, à porter la ferme de son père affaibli par un AVC, simplement aidé par sa grand-mère. Et lorsque des sourires éclairent son visage, il devient beaucoup plus facile à approcher, à apprécier et à aimer. On assiste à la naissance de leur relation et, si celle-ci est d’abord assez rude, elle se teinte bientôt d’une immense complicité qui ne peut que toucher.
Ian Hart et Gemma Jones (alias Quirrell et Madame Pomfresh pour celles et ceux qui, comme moi, ont découvert les acteurs et actrices britanniques dans Harry Potter) sont parfaits dans les rôles de Martin, le père, et de Deidre, la grand-mère. Une famille dans laquelle on parle peu, une famille pour laquelle la ferme est tout, une famille dans laquelle il est difficile de se trouver personnellement. Mais une famille dans laquelle, à la fin, le soutien et l’amour sont bien là.
Un film sensible et sincère. Peu de mots, mais des émotions brutes, à fleur de peau. L’économie de dialogues et autres discours n’empêchent pas un instant la complexité des sentiments et la profondeur des caractères. Seule la terre raconte une existence dure, voire violente, mais l’espoir et le bonheur qui souffle sur le film n’en est que plus réconfortante.

  1. Diane a les épaules, de Fabien Gorgeart

Sans hésiter, Diane a accepté de porter l’enfant de Thomas et Jacques, ses meilleurs amis. C’est dans ces circonstances, pas vraiment idéales, qu’elle tombe amoureuse de Fabrizio. (Allociné)

Diane a les épaules (affiche)

Diane a les épaules est tout à fait le genre de film qui a des chances de me plaire. Un petit film proche des personnages, une histoire humaine, avec quelques dilemmes affectifs que l’on voit venir. Clotilde Hesme est fabuleuse et irradie le film de sa présence.
Sauf que ce film a quand même un point noir : Fabrizio. Le nouveau copain de Diane est peut-être sympathique au départ, mais il m’a rapidement insupportée. Certes, son arrivée dans la vie de Diane constitue un point de bascule dans le déroulement de la grossesse de celle-ci (et sans lui, pas d’histoire), mais je l’ai trouvé possessif et irrespectueux au possible. Il tente peu à peu de s’approprier son corps et ce qu’il contient comme si elle, pauvre femme irresponsable, ne pouvait faire des choix convenables. Il va jusqu’à s’imposer dans la salle d’accouchement, refusant de prévenir les futurs pères (Diane, les pieds dans les étriers, étant plutôt dans l’impossibilité de le faire par elle-même) et se comportant comme s’il était le géniteur de l’enfant. Bref, à mes yeux, il est imbuvable et tout simplement macho, et la fin ouverte, suggérant la possibilité qu’il revienne dans la vie de Diane, m’a fait quitter la salle plutôt remontée.
Je vis peut-être un peu trop le film, mais, si l’on oublie ce personnage exaspérant, c’est un bon moment à passer même s’il ne me marquera sans doute pas plus que ça sur la durée.

  1. Les Gardiennes, de Xavier Beauvois

1915, à la ferme du Paridier, les femmes ont pris la relève des hommes partis au front. Travaillant sans relâche, leur vie est rythmée entre le dur labeur et le retour des hommes en permission. Hortense, la doyenne, engage une jeune fille de l’assistance publique pour les seconder. Francine croit avoir enfin trouvé une famille. (Allociné)

Les Gardiennes (affiche)

J’écris cette critique deux semaines après avoir vu le film et je bloque un peu. C’est un beau film qui dessine des portraits de femmes sensibles, notamment avec une Iris Bry formidable dans le rôle de Francine qui s’émancipe peu à peu. Les hommes sont au second plan et, si certains passent quelques permissions à la ferme, ils sont davantage des fantômes ou de simples souvenirs. Même si je lui ai trouvé quelques longueurs, j’ai aimé la façon dont Xavier Beauvois a filmé les saisons, le temps qui coule lentement et les travaux des champs. Cette lenteur sert le film et retransmet avec justesse le quotidien de ces femmes. Je garderai le souvenir de tableaux, délicatement illuminés par une lumière naturelle, parsemés ici et là de touches bleutées (le bleu des étoffes, le bleu des volets…). Une belle histoire familiale, finement ciselée, joliment filmée.

En avez-vous vu certains ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres recommandations à me faire ?

***

Top 10 de l’année 2017 !

Top 10… quelle idée. C’est tellement difficile de trancher, il y a tellement de films que j’aimerais citer ! J’ai vu 93 films au cinéma cette année (j’aurais aimé atteindre le palier de 100 films, mais tant pis) et il y en a quelques-uns qui se sont révélés très bons… Et d’autres très mauvais, mais on en reparle à la fin de ce top. (Et d’autres dont je n’ai déjà plus aucun souvenir, c’est dire s’ils m’ont marquée…)
Je me suis limitée aux films récents, sans compter les vieux films qui sont repassés dans les salles obscures pour mon plus grand plaisir. La première sélection comportant déjà vingt films, n’ajoutons pas en plus Mulholland Drive (David Lynch), Hair (Milos Forman) ou Trainspotting (Danny Boyle) qui viendraient gaiement piquer la place de leurs nouveaux compagnons.

Top 10, c’est parti !

(L’ordre est très subjectif – la sélection aussi d’ailleurs : redemandez-moi de la refaire dans six mois, elle aura sans doute changé – et certains films ne peuvent pas vraiment être comparés avec leurs voisins.)

  1. 120 battements par minute, de Robin Campillo

Le coup de cœur annoncé, le film que j’attendais. Le public et le privé, le quotidien au sein d’Act Up et l’amour, la maladie et la passion, la vie qui flirte avec la mort. La révélation Nahuel Perez Biscayart entourée d’acteurs éblouissants. Un film puissant et vivant.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art de septembre.

  1. Djam, de Tony Gatlif

Daphné Patakia, une actrice flamboyante. Une bande-son entraînante longtemps écoutée. Des sujets graves, mais un film lumineux. Incroyablement beau et touchant.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’août.

  1. La La Land, de Damien Chazelle

Le film qui a marqué ce début d’année. Un plaisir pour les yeux et les oreilles. Des couleurs chatoyantes, des robes tournoyantes pour les premiers. Des chansons entêtantes pour les secondes (et une nouvelle fois, une BO qui résonne encore parfois dans mon appartement). Une Emma Stone époustouflante et un Ryan Gosling pas moins fantastique. Un film poétique et envoûtant.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art de février.

  1. Petit paysan, d’Hubert Charuel

Une tranche de vie pleine de justesse inspirée des souvenirs d’Hubert Charuel, un acteur incroyable (Swann Arlaud, époustouflant), des vaches magnifiques qu’on finit par aimer autant que le personnage et le réalisateur, une maladie visuelle, une économie de mots servie par des images soignées. Un premier film touchant et très réussi.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’août.

  1. Brimstone, de Martin Koolhoven

Un film que j’ai adoré mais que je ne suis pas prête de revoir dans l’immédiat. Une ambiance pesante et malsaine. Une héroïne obligée de devenir une guerrière dans un monde sexiste qui méprise et utilise les femmes, un Guy Pearce haïssable à la présence incroyablement crispante. Un film soigné visuellement avec des images sublimes, une construction à rebours qui nous fait remonter le temps. Un film perturbant et psychologiquement violent (physiquement aussi d’ailleurs…).
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’avril.

  1. Ouvrir la voix, d’Amandine Gay

Un documentaire passionnant qui donne la parole à des femmes noires. Racisme, sexisme et parfois homophobie, c’est un témoignage essentiel que constituent ces faces caméra.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’octobre.

  1. Noces, de Stephan Streker

Une histoire désespérante sur un mariage forcé. A la base, un fait divers ; au final, la dénonciation d’un phénomène terrible mais encore banal dans certains pays. Des acteurs et actrices justes et surtout une héroïne merveilleusement interprétée par Lina El Arabi.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art de mars.

  1. La Passion Van Gogh, de Dorota Kobiela et Hugh Welchman

Tout simplement parce qu’il est esthétiquement magnifique. Un film entièrement peints à la main. Un bel hommage à Van Gogh qui nous immerge dans ses toiles. En plus, une intrigue prenante sur les derniers jours du célèbre peintre. Le film d’animation de l’année.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’octobre.

  1. Le vénérable W., de Barbet Schroeder

Second documentaire de la sélection. Un choc terrifiant, cette découverte de l’autre visage du bouddhisme. Des paroles de haine posément déclarées avec un sourire jovial, des rassemblements glaçants. Une claque sur le sort des Rohingyas et sur la cruauté qui, décidément, se loge dans toutes les religions.
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art de juillet.

… et le dernier !

Les Mauvaises Herbes (affiche)

  1. Les Mauvaises Herbes, de Louis Bélanger

Un film inattendu dans ce top, un film original d’un bout à l’autre, drôle et toujours fin, tendre mais jamais niais, une touche d’amoralité et d’accent québécois, et on obtient un coup de cœur !
Chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’avril.

***

Bonus 1 :
Les  cinq repêchés
(ceux qui ont failli être dans le top 10, mais en fait, non…)

  1. Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel : fidélité au roman, magnificence des images et des masques, formidable Nahuel Perez Biscayart, une vraie réussite qui a su effacer toutes mes appréhension (chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’octobre) ;
  2. Une femme fantastique, de Sebastián Lelio : un film sensible et délicat, une actrice juste, de l’authenticité du début à la fin, de l’émotion mais pas de pathos inutile (chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’août) ;
  3. Logan, de James Mangold : un film de super-héros qui sort clairement du lot avec son ambiance sombre et poussiéreuse, ses personnages sur le déclin (sauf pour la petite nouvelle jouée par Dafne Keen, une boule d’énergie qui concentre sur elle tous les regards et qui a du potentiel), ça sent la fin (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de mars) ;
  4. Glory, de Kristina Grozeva et Petar Valchanov : une fable bulgare plutôt absurde mais non pas dénuée de réalisme, intelligente bien que parfois ubuesque, une excellente découverte (chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’avril) ;
  5. Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina (chronique complète ci-dessus).

Mais j’aurais également pu citer Seule la terre, Ça (même si je suis un peu plus critique depuis que j’ai lu les romans), De sas en sas, La planète des singes, Tunnel, Après la tempête

***

Bonus 2 :
Le Top 5 des plus mauvais films de l’année
(ceux dont l’arrivée du générique de fin a été accompagnée d’un soupir de soulagement)

  1. Valérian et la cité des mille planètes, de Luc Besson : prévisible, sexiste, ridicule, vide, inutile (chronique complète dans la parenthèse 7ème art d’août) ;
  2. La Momie, d’Alex Kurtzman : une momie qui n’est là que pour marcher lentement et nous faire admirer sa plastique, aucun suspense, aucun sursaut, une romance stupide, un film dont je n’attendais rien et qui a réussi à me surprendre par sa nullité (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de juin) ;
  3. Les Gardiens de la Galaxie 2, de James Gunn : la déception après un premier volume bien sympathique, des longueurs, des personnages laids et peu crédibles, de l’humour pas drôle, des combats interminables, des discours pathétiques… (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de mai) ;
  4. Kong : Skull Island, de Jordan Vogt-Roberts : un gorille toujours plus grand, des créatures étranges à deux pattes, une surenchère d’effets spéciaux qui laisse de marbre, des humains stupides et clichés… (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de mars) ;
  5. Justice League, de Zack Snyder : longueurs, tentatives d’humour ratées, scénario et méchant identiques à tous les précédents blockbusters, héros insupportables… bref, profond ennui (chronique complète dans la parenthèse 7ème art de novembre).

Voilà ! Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un beau mois de janvier dans les salles de cinéma !

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La parenthèse 7ème art – Novembre 2017

Bon.
Novembre a été un mois misérable pour le cinéma. Seulement quatre films, ce qui est juste misérable. Promis, je me rattrape en décembre !

  1. Jalouse, de David et Stéphane Foenkinos

Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme. (Allociné)

Jalouse (affiche)

Le programme ciné ne m’inspirait guère en ce début novembre (malheureusement, de nombreux films me faisant très envie sont ensuite sortis sans que je ne trouve vraiment le temps (ou le courage) d’aller les voir), je me suis donc rabattue sur ce film sur lequel je ne projetais pas de grandes espérances. C’est une comédie parfaite pour se vider la tête. Karin Viard se révèle parfaitement insupportable par sa jalousie dévorante (même si certaines répliques acides sont assez amusantes). Elle n’a toutefois pas réussi à s’attirer beaucoup de mon affection. Si je peux comprendre son mal-être et l’impulsivité née du malheur qui nous fait dire des choses immédiatement regrettées, sa jalousie devient un peu trop malsaine et méchante. En outre, on tourne un peu en rond jusqu’au dernier quart d’heure. Avant cela, c’est parole vacharde sur allusion désagréable pour qu’on soit bien sûrs que personne n’est épargné, mais j’ai fini par me lasser et souhaiter que le film avance.
Les seconds rôles sont très convaincants. J’ai notamment relevé Anne Dorval et Marie-Julie Baup, la nouvelle compagne de son ex-mari, présenté tout d’abord comme une cruche, méprisée par l’universitaire qu’est Karin Viard, mais qui se révèle très humaine, amusante et intuitive lorsqu’on la découvre par les yeux de sa belle-fille.
Je n’ai pas énormément de choses à dire sur ce film dont je ne garderai pas longtemps un souvenir précis, la faute résidant sans doute principalement dans le fait que je n’ai pas été touchée par le personnage de Nathalie Pêcheux.

  1. Les conquérantes (VO : Die Göttliche Ordnung), de Petra Biondina Volpe

Woodstock, Flower Power, Révolution Sexuelle: trois ans se sont écoulés depuis mai 68 mais la vague de libération ne semble pas avoir atteint le petit village suisse d’Appenzell. En mère au foyer exemplaire, Nora ne conçoit d’ailleurs pas sa vie autrement. Pourtant, à l’approche d’un référendum sur le droit de vote des femmes, un doute l’assaille : et si elles s’affirmaient davantage face aux hommes ? A mesure que Nora propage ses drôles d’idées, un désir de changement s’empare du village, jusque chez les plus récalcitrantes…(Allociné)

Les conquérantes (affiche)

Les conquérantes m’a beaucoup fait penser au film Pride de Matthew Warchus (déjà juste pour voir une Ombrage (Imelda Staunton) et un Moriarty (Andrew Scott) doux et gentils comme des agneaux, il est chouette à voir !) qui raconte l’union entre des mineurs du pays de Galles et une association LGBT en 1984. Si le sujet est évidemment différent, les deux films racontent une lutte pour des droits et ils font du bien. On s’attache aux personnages, on les rejoint dans leur combat et on est bien heureux de voir leur amitié naître et se solidifier ainsi que de les voir triompher. (En tout cas, c’est l’effet que ça me fait…)

Pride (film)

Revenons à nos conquérantes. Nous sommes donc en Suisse en 1971 et les femmes n’ont toujours pas le droit de vote (en réalité, certains cantons l’accordaient déjà depuis 1959 (et celui d’Appenzell Rhodes-Intérieures attendra 1991 (!) pour l’accorder), mais ce n’était pas encore acté au niveau fédéral), mais un vote (masculin) devant décider de leur accorder ou non approche à grands pas. A première vue, Nora se fiche bien de voter ou pas, mais quelques événements venant bouleverser son quotidien de femme au foyer viennent également bousculer ses convictions (ou son absence de conviction). Elle réalise à quel point les femmes sont dépendantes des hommes et commence à froncer les sourcils. Avec deux autres femmes du village, Graziella (qui a en plus la malchance d’être immigrée italienne) et Vroni (qui clame fièrement qu’elle avait déjà voté « oui » en 1959), elles s’entraînent mutuellement dans une lutte qui vient bousculer « l’ordre divin » (le titre en VO du film).
Les conquérantes est vraiment un excellent film porté par un très bon scénario. Tout d’abord, il est très drôle. On rit beaucoup même si certaines situations ne sont pas amusantes pour un sou. Un parfait équilibre entre le drame et la comédie. Et en plus de cet humour, il est tout simplement passionnant. Parallèlement à cette lutte contre le patriarcat, nous suivons également les prises de conscience et le cheminement progressif de notre héroïne. J’ai été parfois abasourdie par cette époque pas si lointaine où les femmes étaient muselées et attachées au foyer (ce n’était pas une découverte, mais c’est à chaque fois un étourdissement).
Les actrices crèvent l’écran avec en tête Marie Leuenberger dans le rôle de Nora et Sibylle Brunner dans celui de Vroni. Si l’on peut sans doute trouver quelques situations prévisibles, je trouve que les personnages ne tombent pas trop dans la caricature (même si la réalisatrice a fait en sorte d’utiliser au mieux ses femmes pour nous présenter tout un échantillon : la femme contre le droit de vote, l’immigrée, etc.). Elles sont attachantes, parfois maladroites, elles bravent leur timidité et les pudeurs enseignées depuis des générations, et j’ai tout autant aimé la solidarité qui les unit peu à peu.
Film intelligent et plein d’humour, véritable feel good movie, ces Conquérantes sont décidément des femmes à rencontrer !

  1. Justice League, de Zack Snyder

Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique… (Allociné)

Justice League (affiche)

Ça y est, j’ai atteint l’écœurement des films de super-héros, que ce soit Marvel ou DC (et on peut même Star Wars dans la liste, ce sont des marques que je ne peux plus voir en peinture). Je me suis ennuyée d’un bout à l’autre du film et je n’ai pas pu retenir tous les soupirs que ce film m’a inspirés.
Je n’en peux plus de ces films où le scénario est tout le temps le même, où les dialogues ne changent pas. « Aaah, je vais tous vous écraser ! C’est la fin du monde ! » « Notre devoir est de sauver le monde.. » « On va tous mourir ! » « Ah ben non, personne n’est mort. » (Il y en a même certains qui ressuscitent, c’est plus pratique pour continuer à faire des milliers de films identiques sur eux.)
Les méchants sont plus ridicules les uns que les autres. Celui de Wonder Woman n’était déjà pas bien impressionnant, mais celui-là n’est pas crédible pour un sou. Il s’approche de celui du dernier X-men, le bonhomme violet censé amener l’apocalypse. Les scènes de combat n’en finissent pas, mais on connaît quand même bien la fin. Peu importe le nombre de fois que les héros auront été encastrés dans les murs.
Remarque, les héros ne sont pas vraiment plus convaincants. J’ai essayé, hein, mais je ne suis pas parvenue à voir autre chose que des hommes qui font des grandes phrases et qui se prennent beaucoup trop au sérieux. L’humour de Flash tombe à plat (désolée, Ezra, j’aurais tellement aimé apprécier ton rôle !) et j’ai franchement eu envie de claquer Diana. Son histoire d’amour avec le mec qui meurt dans Wonder Woman ne m’avait vraiment pas émue, mais qu’elle vienne me dire, CENT ANS APRES, qu’elle ne s’est pas remise de son crush de trois jours… c’est un peu too much. Et Batman qui se pleure dessus… Ah, ces âmes torturées… Dommage qu’ils ne soient absolument pas crédibles.
Bref. Vous avez compris, je me suis ennuyée et je suis en overdose totale.

  1. Battle of the Sexes, de Jonathan Dayton et Valerie Faris

1972, la championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple… (Allociné)

Battle of the sexes (affiche)

Heureusement que ce film est venu relever le niveau du précédent… J’ai trouvé ce second film féministe du mois très bon.
Je parlais de la crédibilité absente des acteurs dans Justice League, j’ai ici été bluffée par Emma Stone. Ses cheveux noirs et ses lunettes la rendent suffisamment méconnaissable pour que je me laisse totalement aller à suivre l’histoire de Billie Jean King. Et son jeu est tout simplement formidable.
Ce sont deux aventures, l’une professionnelle, l’autre personnelle, qui se mêlent dans cette histoire. 1972 a dû être l’une des années les plus importantes de sa vie. Dans sa vie publique, BJK se bat pour les femmes, pour une égalité de traitement et pour un véritable respect, tandis que, dans sa vie privée, elle découvre son homosexualité à une époque où celle-ci n’est pas très bien considérée et se retrouve déchirée entre son amante et son mari (compréhensif et attentif au possible).
Le bouffon phallocrate, Bobby Riggs, joué par Steve Carell, est tout aussi convaincant. Bien qu’il soit irritant au possible, il n’est pas aussi fort (ni aussi misogyne) qu’il tente de le faire croire. Comme Billie Jean, il a ses faiblesses et les deux réalisateurs ne se contentent pas de nous le présenter comme le macho à détester, nous montrant toutes les facettes du personnage, y compris les plus touchantes.
On se laisse prendre par le film. Peu à peu, j’ai été captivée par la volonté et le courage de Billie Jean King tout en découvrant le personnage progressivement créé par Bobby Riggs après sa mise à la retraite. Un peu de tension vers la fin jusqu’à l’apogée du film : le match qui les oppose et la victoire de Billie Jean, nouvelle marche dans la lutte féministe.
Cette plongée dans le monde du tennis des années 1970 m’a permis de découvrir une histoire vraie dont je n’avais jamais entendu parler. Ce n’est pas seulement un épisode de l’histoire du sport, c’est surtout un épisode de l’histoire de l’égalité entre les femmes et les hommes.

En avez-vous vu certains ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres recommandations à me faire ?
Je vous souhaite un beau mois de décembre dans les salles de cinéma !

La parenthèse 7ème art – Octobre 2017

Un mois d’octobre qui a fait la part belle au cinéma français !

  1. Demain et tous les autres jours, de Noémie Lvovsky

Mathilde a 9 ans. Ses parents sont séparés. Elle vit seule avec sa mère, une personne fragile à la frontière de la folie. C’est l’histoire d’un amour unique entre une fille et sa mère que le film nous raconte. (Allociné)

Demain et tous les autres jours (affiche)

Le mois d’octobre commence mal… Je n’ai pas du tout accroché à ce film. Ça ne partait pourtant pas trop mal avec ce duo mère/fille, la folie de la mère qui se dessine peu à peu, les responsabilités assumées par la fillette… Un ton au départ quelque peu burlesque qui s’assombrit rapidement, un petit côté En attendant Bojangles en moins réussi… La touche de fantastique avec cette chouette parlante ne m’a pas convaincue et des longueurs s’installent. Ce n’est pas un film qui me laissera un souvenir pérenne, en dépit de certains moments très réussis. Des passages dans lesquels on sent l’amour de Mathilde pour sa mère, mais aussi son désir douloureux d’avoir une vraie mère, une mère qui protège, qui ordonne parfois, une mère forte, une mère présente.

  1. Nos années folles, d’André Téchiné

La véritable histoire de Paul qui, après deux années au front, se mutile et déserte. Pour le cacher, son épouse Louise le travestit en femme. Dans le Paris des Années Folles, il devient Suzanne. En 1925, enfin amnistié, Suzanne tentera de redevenir Paul… (Allociné)

Nos années folles (affiche)

Cette histoire vraie avait tout pour me plaire (j’avais d’ailleurs beaucoup aimé la bande dessinée de Chloé Cruchaudet, Mauvais genre, inspirée de la même histoire). Et ce fut globalement le cas… à une exception près. Le comportement de Paul, parfois horripilant. Certes, les épreuves affrontées pendant la guerre et les années suivantes permettent parfois de l’expliquer, de comprendre sa détresse psychologique, mais cela m’a tout de même un peu empêché de ressentir de l’empathie pour le personnage. Sa jalousie, sa manière de traiter la femme qui a menti pour lui, qui l’a aidé, qui l’a soutenu… Crispant.
Autres petits reproches : les allers-retours dans le temps un peu déstabilisants au début, mais on finit par s’y faire et le nombre de sujets abordés et un peu survolés à cause de la durée (plutôt courte) du film. Mais Nos années folles restent un bon film, porté par une intéressante mise en abîme par le biais du théâtre et par le jeu de Pierre Deladonchamps, Céline Sallette et Michel Fau, tous trois très justes et convaincants.

  1. Le sens de la fête, d’Eric Toledano et Olivier Nakache

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17e siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné. Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête. (Allociné)

Le sens de la fête (affiche)

Le sens de la fête n’est pas un film que je serais allée voir toute seule, n’étant pas grande amatrice de comédies. De plus, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve ne font pas partie de mes acteurs favoris, mais je comptais sur Jean-Pierre Bacri et Suzanne Clément (actrice que j’ai découverte grâce aux films de Xavier Dolan) pour faire pencher la balance. Et quoi que j’en dise, cette séance ne fut pas une torture. Ce n’est pas le film de l’année et certaines scènes sont très convenues et prévisibles, mais d’autres sont parvenues à me faire sourire. L’humour caustique et désabusé de Bacri a plutôt bien marché sur moi. On prend plaisir à découvrir sa bande de bras cassés et les différentes personnalités, parfois un peu bancales. Celles-ci sonnent parfois plutôt justes, mais sont aussi parfois un peu stéréotypées, ce qui est dommage. Le rythme est suffisamment vif pour que l’on ne s’ennuie pas. Bref, un film divertissant et un bon moment.

  1. Une suite qui dérange : le temps de l’action (VO : An Inconvenient Sequel : Truth to Power), de Bonni Cohen et Jon Shenk

L’ex vice-président Al Gore poursuit infatigablement son combat en voyageant autour du monde pour former une armée de défenseurs du climat et exercer son influence sur la politique climatique internationale. Les caméras le suivent en coulisse, saisissent des moments publics et privés, drôles et émouvants : alors que les enjeux n’ont jamais été aussi importants, il défend l’idée que les périls du changement climatique peuvent être surmontés par l’ingéniosité et la passion des hommes. (Allociné)

Une suite qui dérange (affiche)

Même si je n’ai pas (encore) vu Une vérité qui dérange, le premier film d’Al Gore sorti en 2006, Une suite qui dérange m’intéressait totalement… même si je pressentais bien qu’il n’allait pas être très réjouissant. Je m’attendais à un documentaire classique avec voix off et non pas à suivre ainsi Al Gore dans les coulisses de son combat. Ce choix s’est révélé parfois un peu agaçant et narcissique, parfois passionnant. Il se démène pour amener à une prise de conscience à travers le monde entier, mais je regrette qu’il ne présente pas tant de solutions que ça (à part le solaire et l’éolien). Je ne sais pas s’il touchera des climatosceptiques, je pense que c’est le genre de film qui ne prêche que des convaincus, mais c’est toujours intéressant (et un peu déprimant). Il y a des scènes qui m’ont laissée abasourdie (les « rain bombs » s’abattant sur les villes ou la fonte des glaces), d’autres dubitative, comme ce long passage sur les attentats de Paris (le rapport me semble assez ténu quand même…). Un documentaire intéressant, même s’il fait davantage le portrait d’un homme qu’un véritable point sur la situation.

  1. Barbara, de Mathieu Amalric

Une actrice va jouer Barbara, le tournage va commencer bientôt. Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, le tricot, les scènes à apprendre, ça va, ça avance, ça grandit, ça l’envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle. (Allociné)

Barbara (affiche)

Je ne connais pas particulièrement Barbara et ses chansons, ne comptez donc pas pour moi pour vous dire si Jeanne Balibar est convaincante dans ce rôle. Ce n’est même pas un film que je comptais aller voir, cette mode des biopics me laissant un peu de marbre, mais l’occasion s’est finalement présentée.
J’étais intriguée par la mise en abîme originale proposée par Amalric, le film n’étant pas un biopic classique, mais montrant un projet de biopic tourné par un réalisateur joué par Amalric. Le film fascine par la façon dont l’actrice principale et le réalisateur sont happés par ce rôle, par la présence d’une Barbara ressuscitée. Jeanne Balibar est plutôt convaincante, bien qu’irritante parfois, tout comme Mathieu Amalric.
Néanmoins, je lui ai tout de même trouvé quelques longueurs (sur un film d’1h35, il faut le faire), des passages décousus et/ou inintéressants, j’ai été un peu perdue sur l’identité de certains personnages secondaires et j’avoue avoir décroché sur la fin. Globalement, et en dépit de quelques points positifs, ce fut une déception qui sera vite oubliée.

  1. Ça (VO : It), d’Andy Muschietti

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »… Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou…  (Allociné)

Ça (affiche)

Ah, LE film de cet automne ! D’un côté, j’avais très envie de voir Ça, notamment pour la prestation de Bill Skarsgård qui semblait démente. D’un autre côté, je n’avais pas tellement envie parce que j’avais la frousse (les films d’horreur et moi, on n’est pas copains vu que je sursaute déjà dès que quelqu’un arrive derrière mon dos, ou parle quand je ne m’y attends pas, ou klaxonne à côté de moi, ou… bref, vous avez saisi). Je me suis un peu préparée en regardant le téléfilm (histoire de repérer les passages potentiellement flippants, tout ça), téléfilm qui ne m’a pas déplu même s’il a vieilli et si ce brave Tim Curry n’est pas effrayant pour un sou. C’est donc les jambes flageolantes d’appréhension (et avec l’impression de repousser mes limites) que je suis allée au cinéma, c’est donc les poings serrés et le corps crispé que j’ai passé la séance. Il paraît que ce n’est pas un film d’horreur, mais ça l’est largement assez pour moi !
Malgré tout… j’ai adoré ! Certes, les jumpscares ont parfaitement fonctionné puisque j’ai sursauté quasiment à chaque fois qu’il fallait sursauter (oui, je sais, ils sont prévisibles, mais quand même…). Mais à part beaucoup de sursauts, je n’ai pas eu si peur que ça (une fois que le clown est visible et que plus rien ne saute sur les gamins, c’est bon, aussi moche ou effrayante soit son apparence au moment dit) et j’ai plein de compliments à faire à ce film :

  • Il est beau: j’ai adoré les décors, les couleurs, tout ce qui participe à l’ambiance glauque qui règne à Derry (d’ailleurs les adultes sont aussi – voire plus – monstrueux que Pennywise) ;
  • Les gosses jouent très bien, ils sont adorables, drôles, attachants, et c’est aussi une belle histoire d’amitié qui se dessine ici (mais je me serais bien passé de la Beverly, princesse sauvée d’un baiser…) ;
  • Le film nous fait passer de l’épouvante (enfin, moi, en tout cas) au rire: légèreté et gravité se mêlent et c’est un soulagement de se détendre de temps en temps avec une scène amusante ou attendrissante.
  • Bill Skarsgård est génialement malsain: il est décalé, dérangeant et à aucun moment sympathique, son sourire est particulièrement flippant et chacune de ses apparitions transcende le film.

Je n’ai pas encore lu le livre, mais c’est prévu pour tout bientôt. Toutefois, de ce que je sais de l’histoire (grâce au téléfilm ou à des critiques que j’ai pu lire), j’ai quelques appréhensions quant au chapitre deux, notamment par rapport au fait qu’ils oublient Ça en grandissant, donc j’espère que ce ne sera pas un film constitué de 50% de flash-backs. Idem pour Henry Bowers qui est aussi censé être présent… Enfin, on verra bien, j’ai adoré ce chapitre un que je reverrai avec plaisir et, maintenant, la prochaine étape pour moi est de lire le roman de Stephen King !

  1. La Passion Van Gogh (VO : Loving Vincent), de Dorota Kobiela et Hugh Welchman

Paris, été 1891, Armand Roulin est chargé par son père, le facteur Joseph Roulin, de remettre en mains propres une lettre au frère de Vincent van Gogh, Theo. En effet, la nouvelle du suicide du peintre vient de tomber. Armand, peu enchanté par l’amitié entre son père et l’artiste, n’est pas franchement ravi par sa mission. À Paris, le frère de Van Gogh est introuvable. Le jeune homme apprend alors par Père Tanguy, le marchand de couleurs du peintre, que Theo, visiblement anéanti par la disparition de son frère aîné, ne lui a survécu que quelques mois. Comprenant qu’il a sans doute mal jugé Vincent, Armand se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois, pour essayer de comprendre son geste désespéré. En interrogeant ceux qui ont connu l’artiste, il découvre combien sa vie a été surprenante et passionnée. Et que sa vie conserve une grande part de mystère. (Allociné)

La Passion Van Gogh (affiche)

Magnifique ! Ce film d’animation est un chef-d’œuvre et fait clairement partie de mes coups de cœur de l’année.
Premièrement, ce film est superbe, esthétiquement parlant. Tout le film a été peint – travail extraordinaire – et cela lui donne un cachet fabuleux. Plus de 62 000 plans peints à la main, à l’huile « façon Van Gogh » pour un résultat sublime. En se basant sur bon nombre de tableaux de Van Gogh, les artistes lui rendent un bel hommage et donnent vie à ses toiles. Les flash-backs en noir et blanc, mais peints eux aussi, sont tout aussi réussis.
On reconnaît d’ailleurs les acteurs et actrices ayant donné vie aux personnages puisque les scènes ont d’abord été filmées pour de vrai. Par exemple, le docteur Gachet est joué par Jerome Flynn et il est facile de retrouver Bronn sous la peinture !

Deuxièmement, l’histoire est tout à fait prenante. Intrigue policière, c’est une véritable enquête qui sème le doute sur la mort du célèbre peintre néerlandais. Armand Roulin se rend auprès de tous ceux qui l’ont connu pour tenter de percer le mystère de cet étrange suicide. Tous lui parlent du Vincent qu’ils ont connu, de ce Vincent qui, lui, ne s’exprime qu’à travers ses lettres et ses toiles.
La Passion Van Gogh est un film d’animation passionnant et visuellement éblouissant. La technique choisit nous immerge dans l’œuvre du peintre tout en nous faisant vivre ses derniers jours.

  1. Knock, de Lorraine Levy

Knock, un ex-filou repenti devenu médecin diplômé, arrive dans le petit village de Saint-Maurice pour appliquer une « méthode » destinée à faire sa fortune : il va convaincre la population que tout bien portant est un malade qui s’ignore. Et pour cela, trouver à chacun la maladie réelle ou imaginaire dont il souffre. Passé maître dans l’art de la séduction et de la manipulation, Knock est sur le point de parvenir à ses fins. Mais il est rattrapé par deux choses qu’il n’avait pas prévues : les sentiments du cœur et un sombre individu issu de son passé venu le faire chanter. (Allociné)

Knock (affiche)

Comme pour Le sens de la fête, Knock n’est pas un film que je serais allée voir si une amie ne me l’avait pas proposé. Parce que les comédies et moi, ça fait deux (et j’en ai déjà vu une ce mois-ci avec Le sens de la fête). Je n’ai pas lu le livre qui traîne pourtant dans ma PAL depuis une éternité et je ne connais de Knock pas grand-chose de plus que le célèbre « Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? », donc je n’établirai aucune comparaison avec la pièce de Jules Romains.
Je n’ai pas passé un mauvais moment, mais le film est assez convenu et il ne nous surprend jamais dans les directions qu’il prend. J’avoue avoir été presque surprise par le happy end : dans mon esprit, tout cela devait mal se finir.
Deux éléments m’ont toutefois beaucoup agacée. Le premier est l’inévitable coup de foudre. J’y suis résignée, mais j’en suis totalement lassée. Le second est ce rôle de femme frustrée qui se déshabille devant l’homme qui l’attire et, une fois ses avances repoussées, va se plaindre de tentative de viol. C’est une situation trop souvent mise en scène et que je ne trouve pas drôle du tout. Comment être surprise que la parole des femmes violées soit mise en doute quand les films montrent des menteuses prêtes à tout pour se venger ?
Ceci mis à part, la rencontre avec ces villageois hauts en couleur est sympathique, le docteur joué par Omar Sy est finalement bien plus rempli d’humanité que sa petite arnaque ne le laissait présager : un film sans prise de tête.

  1. Zombillénium, d’Arthur de Pins et Alexis Ducord

Dans le parc d’attractions d’épouvante Zombillénium, les monstres ont le blues. Non seulement, zombies, vampires, loups garous et autres démons sont de vrais monstres dont l’âme appartient au Diable à jamais, mais en plus ils sont fatigués de leur job, fatigués de devoir divertir des humains consuméristes, voyeuristes et égoïstes, bref, fatigués de la vie de bureau en général, surtout quand celle-ci est partie pour durer une éternité… Jusqu’à l’arrivée d’Hector, un humain, contrôleur des normes de sécurité, déterminé à fermer l’établissement. Francis, le Vampire qui dirige le Parc, n’a pas le choix : il doit le mordre pour préserver leur secret. Muté en drôle de monstre, séparé de sa fille Lucie, et coincé dans le parc, Hector broie du noir… Et s’il devenait finalement la nouvelle attraction phare de Zombillénium ? (Allociné)

Zombillénium (affiche)

Ne connaissant pas la BD, je ne m’étais pas intéressée plus que ça à la sortie de ce film d’animation… et quelle bonne surprise ce fut !
Le graphisme m’a tout d’abord laissée dubitative avant de me convaincre. Je l’ai finalement trouvé plutôt beau ! Je signale également le générique de début qui montre la naissance du parc : je le trouve extrêmement bien fait et pertinent en plus d’être passionnant.
Certains éléments humoristiques sont très bien trouvés, ce monde des morts et des monstres faisant souvent écho au nôtre. Le cerbère, avec sa troisième tête yorkshire prête à s’attaquer à plus gros qu’elle, est très bien trouvé et m’a beaucoup fait rire. Certes, si vous voulez des monstres flippants, vous n’êtes pas au bon endroit puisqu’ils sont tous très sympathiques… à l’exception des vampires, totalement insupportables et imbus de leur personne.
Zombillénium est aussi un film intelligent et ne s’interdit pas de dénoncer le capitalisme et la discrimination dans le monde du travail. Rien que ça ! Ajoutons une BO qui tient bien la route et on obtient un très bon film d’animation rythmé et drôle !
Entouré par Le monde secret des Emojis, My little pony et Opération casse-noisette 2, il relève bien la barre de ces sorties automnales dans le domaine du film d’animation.

  1. Ouvrir la voix, d’Amandine Gay

Ouvrir La Voix est un documentaire sur les femmes noires issues de l’histoire coloniale européenne en Afrique et aux Antilles.  Le film est centré sur l’expérience de la différence en tant que femme noire et des clichés spécifiques liés à ces deux dimensions indissociables de notre identité « femme » et « noire ». Il y est notamment question des intersections de discriminations, d’art, de la pluralité de nos parcours de vies et de la nécessité de se réapproprier la narration. (Allociné)

Ouvrir la voix (affiche)

Ce documentaire qui offre la parole à des femmes d’origine africaine ou antillaise se révèle tout simplement passionnant. Deux heures en tête à tête et pas une minute d’ennui. On constate à travers les tranches de vie qu’elles partagent avec nous que le problème du racisme se pose dans toutes les strates de la société et dans tous les milieux. Leur première expérience du racisme donne le ton. Si je suis évidemment consciente de certains faits, je suis parfois restée bouche bée. Notamment face à cette absurde violation de leur intimité : des gens qui se permettent de leur toucher les cheveux. Comment peut-on avoir l’idée de se permettre d’une telle chose ? Les combats qu’elles doivent mener toute leur vie durant sont révoltants et pourtant elles ne s’apitoient pas sur elles-mêmes. Un film qui permet de relativiser certaines choses et de mesurer les privilèges dont, femme blanche, on bénéficie inconsciemment.
En abordant de multiples sujets, Amandine Gay offre avec ce film un témoignage important. A voir.

  1. Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire. (Allociné)

Au revoir là haut (affiche)

J’avais adoré Au revoir là-haut et j’étais curieuse de voir le film, même si je ne suis pas vraiment fan d’Albert Dupontel. De toute façon, je ne pouvais rater Nahuel Perez Biscayart, coup de cœur de 120 battements par minutes, dans le rôle de l’extravagant et impertinent Edouard Péricourt. J’avais à l’origine pensé relire le roman, ma lecture remontant à quatre ans, mais, en lisant ici ou là que de nombreuses scènes avaient été ajoutées, j’ai préféré m’abstenir. Et j’ai bien fait. Mon souvenir un peu flou m’a empêchée de comparer livre et film scène par scène et de juger durement l’adaptation.
Car finalement, je l’ai trouvée très fidèle au roman de Pierre Lemaitre. Effectivement, la folle aventure d’Edouard et Albert sont racontées à un gendarme marocain par Albert (récit enchâssé absent du roman), des raccourcis ont été faits, des rencontres ont été imaginées, même la fin a été légèrement modifiée, et pourtant, l’esprit du roman et des personnages était tout à fait respecté.
C’est aussi un régal pour les yeux. Les images sont soignées, les couleurs vives, le rythme dynamique tout comme la caméra qui tourne et danse d’un personnage à l’autre, la reconstruction du Paris de 1920 est stupéfiante. L’immersion est réussie à 100%.
Les masques sont superbes tout comme celui qui les porte. Un regard, une gestuelle exacerbée et des bruits de gorge, voilà ce avec quoi Nahuel Perez Biscayart a dû composer son personnage. Et il y parvient à merveille, donnant à Edouard une présence formidable. Exceptionnel.
Une adaptation fantastique, passionnante, haute en couleur, drôle, émouvante et visuellement stupéfiante !

En avez-vous vu certains ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres recommandations à me faire ?

La parenthèse 7ème art – Septembre 2017

Le mois de septembre fait la part belle aux films américains ! Heureusement que deux films, l’un français, l’autre japonais, viennent un peu étoffer cette rétrospective.

  1. 120 battements par minute, de Robin Campillo

 Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean. (Allociné)

120 BPM

LE film que j’attendais. J’ai vu la bande-annonce quasiment avant chaque séance pendant deux mois et je ne m’en suis jamais lassée. Et une fois devant, quel bonheur ! 120 BPM s’est révélé totalement à la hauteur de mes attentes. (J’avoue que j’avais une légère crainte, par rapport à toutes les critiques dithyrambiques entendues ici et là…)
Avec un œil quasi documentaire, Robin Campillo replonge dans son passé de militant à coup de RH (réunions hebdomadaires) et d’actions coup de poing. On aurait pu croire que les réunions d’une asso étaient ennuyeuses à filmer, mais pas celles d’Act Up en tout cas. L’humour est là, les débats font rage et les opinions divergent, notamment entre le fondateur Thibaud, le diplomate, le bavard, et Sean, le fiévreux, le radical qui réclame de l’action. Mais le soutien ne faiblit jamais et on se serre toujours les coudes. Leur colère est palpable, leur souffrance, leur frustration et l’urgence de la situation aussi. Plongée dans ces années noires où le SIDA tuait sans faire de vagues. Emotions brutes. Témoignage d’un combat qui ne doit pas être oublié et qui doit continuer.
Au milieu de tout ça, il y a l’intime, il y a l’amour, il y a Sean et Nathan. Le premier (Nahuel Perez Biscayart, magnifique), est un enragé, un engagé, un agité, un passionné. Le second (Arnaud Valois, touchant), petit nouveau dans l’association, doux, rassurant, imposant malgré lui, tombe vite sous son charme. Leur histoire est belle, brûlante, poignante, tendre, vraie. Autour d’eux, le reste de l’association, des acteurs et des actrices charismatiques, éblouissants, bouleversants.
Des scènes poétiques, imagées viennent lier le tout : gros plans, sorties en boîte de nuit et lumières kaléidoscopiques, la danse pour rester vivants, la Seine rougie par le faux sang (projet irréalisable d’Act Up enfin réalisé)…
Juste du début à la fin, sans fausse note pendant 2h20, 120 battements par minute est un film incroyable, sans aucun doute l’un des meilleurs de l’année. Je m’attendais à prendre une claque, mais c’est un bon gros coup de poing que m’a donné ce film sublime, puissant, sensuel, vibrant, vivant.

  1. Patti Cake$, de Geremy Jasper

Patricia Dombrowski, alias Patti Cake$, a 23 ans. Elle rêve de devenir la star du hip-hop, rencontrer O-Z, son Dieu du rap et surtout fuir sa petite ville du New Jersey et son job de serveuse dans un bar miteux. Elle doit cependant s’occuper de Nana, sa grand-mère qu’elle adore, et de Barb, sa mère, une chanteuse ratée et totalement instable. Un soir, au cours d’une battle sur un parking, elle révèle tout son talent de slammeuse. Elle s’embarque alors dans une aventure musicale avec Jheri, son meilleur ami et Basterd, un musicien mutique et asocial. (Allociné)

Patti Cakes (affiche)

Même si le rap n’est absolument pas ma tasse de thé, ce film m’intriguait, ne serait-ce en premier lieu pour son héroïne hors norme comme il est plaisant d’en voir au cinéma. Patti (Danielle Macdonald) est une jeune femme attachante et l’on s’identifie rapidement à elle, à ses problèmes, à ses rêves. Elle a envie d’autre chose que le New Jersey miteux et les galères qui font sa vie. Au cours du film, elle va peu à peu se forger sa propre identité, trouver sa propre personnalité, notamment en se détachant de son idole OZ. Son talent va éclore progressivement, ignorant les critiques adressées à sa corpulence, à sa couleur de peau ou à ses textes. Le second personnage qui se détache vraiment à mes yeux est Basterd (joué par Mamoudou Athie). Un laissé-pour-compte timide et magnétique, avec son regard doux et sa voix grave trop rarement entendue.
Les points négatifs du film, ceux qui m’ont un peu lassée, sont le côté vulgaire et sexuel du rap (finalement, seul le dernier morceau de Patti m’a plu, pour ses paroles) et le comportement de sa mère. Certes, ça met du piquant et je comprends les frustrations qui ont amené Barb à se conduire ainsi, mais j’ai vraiment du mal avec les personnages de mères qui insultent, voire humilient leurs filles. Cela n’empêche pas qu’il y a un peu d’amour entre elles, mais ce genre de relation m’échappe totalement.
Patti Cake$ est un film sympathique, enthousiasmant et positif. A travers le personnage de Patricia, cette comédie dramatique  nous encourage tous à trouver notre propre voix/voie.

  1. Seven Sisters (VO : What Happened to Monday?), de Tommy Wirkola

2073, La Terre est surpeuplée. Le gouvernement décide d’instaurer une politique d’enfant unique, appliquée de main de fer par le Bureau d’Allocation des Naissances, sous l’égide de Nicolette Cayman. Confronté à la naissance de septuplées, Terrence Settman décide de garder secrète l’existence de ses 7 petites-filles. Confinées dans leur appartement, prénommées d’un jour de la semaine, elles devront chacune leur tour partager une identité unique à l’extérieur, simulant l’existence d’une seule personne : Karen Settman. Si le secret demeure intact des années durant, tout s’effondre le jour où Lundi disparaît mystérieusement… (Allociné)

Seven Sisters (affiche)

Voilà un film que j’avais repéré depuis longtemps ! A la fois pour son actrice principale et pour son synopsis, je pressentais que Seven Sisters allait me plaire. Et mes attentes n’ont pas été déçues !
Parlons d’abord du cadre. Je m’aperçois que j’apprécie vraiment découvrir de nouvelles dystopies, que ce soit dans la littérature ou au cinéma (pour les films, je me souviens d’ailleurs avoir eu une grosse fringale du genre il y a quelques années). J’adore me poser cette question « Et si… ? » Mais en plus de créer un univers comme je les aime, le futur imaginé dans Seven Sisters est un futur qui me parle et qui m’effraie. La surpopulation me semble déjà un problème actuel et je ne suis pas très positive quant au futur de l’humanité.
Ensuite, Noomi Rapace est sept fois incroyable. Elle incarne sept sœurs aux caractères bien distincts. Même si certaines restent plus effacées et inconnues que d’autres, on identifie rapidement qui est qui. Le rythme d’enfer du film arrive tout de même à laisser de la place à la psychologie des sœurs, ce qui j’ai trouvé très appréciable. Certes, elles ne sont pas toujours très étoffées et l’accent est souvent mis sur un trait de leur personnalité, mais cela semblait inévitable avec un film de deux heures.
On ne s’ennuie pas une seconde et même si certains « secrets » n’en sont pas vraiment (on se doute bien de ce que deviennent les enfants cryogénisés : simple question de logique et de place), Seven Sisters a réussi à me surprendre plus d’une fois. Et si je me suis parfois posée quelques questions (du genre comment, dans un monde hyper rationné et surveillé, leur grand-père a-t-il pu nourrir huit personnes au nez et à la barbe du gouvernement ?), je n’ai pas soulevé de gros défauts à ce film.
Un thriller SF dynamique et très réussi avec une Noomi Rapace éblouissante dans ses sept rôles.

Et là, je suis obligée de faire un aparté et vous parler d’Orphan Black.

Orphan Black (affiche)

Orphan Black est une série en cinq saisons (elle s’est malheureusement terminée cette année et, même si je n’ai pas encore vu la dernière saison, je sais que les filles vont me manquer un petit peu). Une histoire passionnante de clones, de projet de laboratoire, de sœurs, de famille. Et ce qui fait, entre autres, la grande qualité de la série, c’est Tatiana Maslany qui est juste incroyable dans le rôle de tous les clones. Avantage de la série, on a beaucoup plus de temps pour apprendre à les connaître et découvrir leurs multiples facettes. Elle leur offre à toutes un look, un regard, une façon de bouger, de parler qui les rend unique. Elles sont toutes attachantes et on ne peut pas rester indifférente face à Sarah, Helena, Cosima ou même Alison, souvent hilarante malgré elle.
Il faudrait aussi parler de Felix, le frère adoptif de Sarah, Siobhan, sa mère adoptive, Donnie, le mari d’Alison, et de bien d’autres personnages savoureux. Il faudrait parler de l’intrigue bien ficelée, de l’action toujours prenante, de l’atmosphère de suspicion et de la menace émanant d’ennemis pas toujours connus. Bref, c’est une série palpitante et à voir, ne serait-ce que pour la prestation spectaculaire de Tatiana Maslany.

Orphan Black (affiche)

  1. Mary (VO : Gifted), de Marc Webb

Un homme se bat pour obtenir la garde de sa nièce, qui témoigne d’un don hors du commun pour les mathématiques. (Allociné)

Mary (affiche)

Mary est le genre de film dont tu peux deviner à peu près tout le déroulement uniquement grâce à la bande-annonce. Voire simplement au synopsis. Mais peu importe, j’avais envie d’un film mignon, pas trop prise de tête, et la gamine semblait rigolote à souhait. Autant dire que, puisque je n’avais pas d’immenses attentes, je n’ai pas été déçue. Si le film n’évite sans doute pas quelques clichés, il questionne également sur la vie et l’éducation offerte aux jeunes surdoué.es. D’une part, une grand-mère qui recherche l’excellence et le travail acharné pour développer au mieux les capacités de la petite fille ; d’autre part, un oncle qui veut la voir profiter de son enfance, avoir des amis de son âge, faire du sport, etc. Mais c’est surtout un film très tendre et émouvant (même s’il avance parfois avec des gros sabots : les scènes qui me hurlent « c’est le moment de verser ta petite larme », ça ne marche pas tellement sur moi). Point fort du film, Mckenna Grace qui joue Mary est un mélange détonnant d’intelligence, d’humour, de fougue et de gentillesse. La relation avec son oncle est très douce, sublimée par quelques moments de complicité. Un bon moment.

  1. Dans un recoin de ce monde (VO : Kono Sekai No Katasumi Ni), de Sunao Katabuchi

La jeune Suzu quitte Hiroshima en 1944, à l’occasion de son mariage, pour vivre dans la famille de son mari à Kure, un port militaire. La guerre rend le quotidien de plus en plus difficile, malgré cela, la jeune femme cultive la joie et l’art de vivre. Mais en 1945, un bombardement va éprouver son courage. (Allociné)

Dans un recoin de ce monde (affiche)

Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu de film d’animation japonais et celui-là a été un réel plaisir. Tout d’abord, il y a l’esthétisme sublime du film, tout doux avec ces couleurs lumineuses. L’une des scènes de bombardement, si terrible soit-elle, est tout simplement magnifique, avec ces taches de peinture qui explosent dans le ciel. Un contraste entre beauté de la forme et horreur du fond qui revient souvent au cours du film.
Car il y a aussi ce talent qu’ont les Japonais d’aborder des thèmes durs. Précédemment, il y a eu Le Tombeau des Lucioles, impossible de ne pas y penser. Et, même s’il reste en-deçà du chef-d’œuvre d’Isao Takahata et bien que plus optimiste grâce à son personnage principal, Dans un recoin de ce monde est parfois terrible et sans concession : les morts, les souffrances liées à la guerre, les horreurs dont les civils ont pu être témoins.
Les années s’égrènent et l’on voit grandir la petite Suzu, son mariage, son installation dans sa belle-famille, la guerre de plus en plus proche. Elle reste fondamentalement optimiste, trouvant de la joie même dans des moments où bien d’autres se seraient laissés abattre. Même après un événement dramatique et bouleversant, on la voit retrouver peu à peu cette incroyable abnégation et des paillettes d’espoir réapparaissent dans leur vie.
On pourra regretter quelques longueurs ainsi que des personnages qui parfois se ressemblent un peu trop ou dont on ne cerne pas vraiment l’âge, mais Dans un recoin de ce monde reste un film superbe, triste sans tomber dans le pathos, dont on se souviendra aussi pour ses moments de joie et de poésie.

  1. Wind River, de Taylor Sheridan

Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature… (Allociné)

Wind River (affiche)

Même si je trouve que la scène de viol aurait pu être seulement suggérée et que l’enquête se résout un peu vite, Wind River reste un thriller efficace. Mais le plus intéressant dans ce film est ce qu’il montre d’une région des Etats-Unis et de la vie de ses habitants. Une vie dure, confrontée au climat rude. Le sort des Amérindiens, le triste quotidien d’une réserve, les problèmes de drogue, la résignation, la solitude. Les acteurs et actrices ont su trouver le ton juste et la psychologie des personnages, très travaillée, est ce qui confère à ce film engagé toute sa force. Dans un Wyoming où les pumas et les loups rodent, le prédateur le plus dangereux est pourtant encore et toujours l’homme.

En avez-vous vu certains ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres recommandations à me faire ?
Sur ce, je vous souhaite un beau mois d’octobre dans les salles de cinéma !

La parenthèse 7ème art – Août 2017

Pour ce mois d’août, il y a eu du très bon (avec Djam et Petit Paysan entre autres) et du très mauvais (Valerian, ma bête noire du mois). Je vous laisse découvrir tout ça.

  1. Gladiator, de Ridley Scott (2000)

Gladiator (affiche)

Le général romain Maximus est le plus fidèle soutien de l’empereur Marc Aurèle, qu’il a conduit de victoire en victoire avec une bravoure et un dévouement exemplaires. Jaloux du prestige de Maximus, et plus encore de l’amour que lui voue l’empereur, le fils de MarcAurèle, Commode, s’arroge brutalement le pouvoir, puis ordonne l’arrestation du général et son exécution. Maximus échappe à ses assassins mais ne peut empêcher le massacre de sa famille. Capturé par un marchand d’esclaves, il devient gladiateur et prépare sa vengeance. (Allociné)

Bien que le péplum soit un genre qui ne m’attire pas vraiment, j’ai été contente de découvrir ce célèbre film de Ridley Scott grâce à UGC Culte. On repassera sans doute pour l’exactitude historique, mais ce fut néanmoins une bonne surprise. Je me suis laissée prendre par cette histoire de vengeance, je ne me suis pas ennuyée à un seul instant. Même les scènes de bataille ont évité l’écueil de me plonger dans l’ennui car elles ne s’éternisent pas trop, ce qui est souvent le cas à mon goût. Mais surtout, j’ai beaucoup aimé la prestation de Russell Crowe (acteur qui me laisse globalement indifférente) que je trouve très charismatique (on comprend la fidélité qu’il inspire à ses hommes) ainsi que celle Joaquin Phoenix, parfaitement détestable et pitoyable dans sa jalousie puérile. Je considère donc Gladiator comme un bon péplum qui, à ma grande surprise, aura réussi à m’intéresser et à me divertir. Chapeau !

  1. Une femme fantastique (VO : Una Mujer Fantástica), de Sébastián Leilo

Marina et Orlando, de vingt ans son aîné, s’aiment loin des regards et se projettent vers l’avenir. Lorsqu’il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches d’Orlando : une « sainte famille » qui rejette tout ce qu’elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu’elle est : une femme forte, courageuse, digne … une femme fantastique ! (Allociné)

Une femme fantastique (affiche)

Mais qu’il est beau ce film ! Et dire que j’ai bien failli le rater, attendant le dernier jour pour aller le voir (il passait encore après, mais dans des cinémas trop lointains pour moi ou à des horaires impossibles genre 22h, l’heure idéale pour que je pionce devant). Un film sensible et très pudique. Beaucoup plus pudique que la famille d’Orlando obsédée par l’entrejambe de Marina. Daniela Vega, l’actrice principale est fantastique (oui, j’ai osé !), émouvante, belle, forte. Elle ne surjoue jamais, ne montrant que ce qu’il faut et contenant ses émotions qui transparaissent néanmoins sur son visage. Le traitement réservé à Marina – par la famille, les autorités, les médecins – est révoltant : elle doit affronter un tel irrespect qu’on la croirait à peine humaine. On sent bien que l’un des frères d’Orlando, Gabo, la respecte, mais il se tait, n’osant pas s’opposer ouvertement au reste de la famille. Un film qui appelle à la tolérance avec beaucoup de délicatesse !

  1. Crash Test Aglaé, d’Eric Gravel

L’histoire d’une jeune ouvrière psychorigide dont le seul repère dans la vie est son travail. Lorsqu’elle apprend que son usine fait l’objet d’une délocalisation sauvage, elle accepte, au grand étonnement de l’entreprise, de poursuivre son boulot en Inde. Accompagnée de deux collègues, elle va entreprendre un absurde périple en voiture jusqu’au bout du monde qui se transformera en une improbable quête personnelle. (Allociné)

Crash Test Aglaé (affiche)

La tête de hamster dépressif d’India Hair, l’idée de voyage et Yolande Moreau m’ont donné envie de découvrir ce film français sans prétention. Le périple s’annonçait épique. Bien qu’un peu déçue qu’Aglaé perde ses compagnes dès les premières étapes, j’ai apprécié ce road trip féminin et totalement décalé. La base étant une histoire de mondialisation, de délocalisation et de perte d’emploi, le sujet se prêtait à un ton tristounet. Mais non, le réalisateur offre à Aglaé une quête de son identité et l’opportunité d’enfin s’affirmer. La forme est loufoque et on rit souvent. En outre, les paysages sont souvent magnifiques et on en prend plein les yeux. Avec juste ce qu’il faut d’absurdité, d’humour et de tendresse, Crash Test Aglaé s’est révélé être un divertissement rafraîchissant porté par une actrice impeccable.

  1. Valérian et la cité des mille planètes (VO : Valerian and the City of a Thousand Planets), de Luc Besson

Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha – une métropole en constante expansion où des espèces venues de l’univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l’avenir de l’univers. (Allociné)

Valérian et la cité des mille planètes (affiche)

Film qui aurait pu s’appeler « Valérian et Laureline » comme la BD (ainsi renommée depuis 2007) puisque Laureline est aussi importante que Valérian et même plus forte que lui. Ah, Trinity Syndrome quand tu nous tiens ! On ne va quand même pas mettre un prénom de fille dans le titre ! Qui sait, les hommes pourraient fuir les salles de cinéma ! Allez, on fait passer la ville avant l’héroïne !
De même, je me serais passée des soupirs de Laureline du genre « oh, ils ont abîmé ma robe » ou « on va aller faire du shopping, toi et moi ! » (le toi étant une petite créature capable de tout dupliquer en des centaines d’exemplaires), Laureline n’ayant pas l’air superficielle pour un sou et probablement capable de savoir que l’heure n’est pas au shopping quand une menace mortelle plane au-dessus de sa tête.
L’histoire de mariage est totalement lourdingue et inutile, pourquoi nous enquiquiner avec ça ? Je n’y ai pas cru une seconde (déjà, je pensais qu’ils étaient frère et sœur, ça partait mal…) et Laureline n’a pas l’air d’être davantage convaincue. Je veux dire, ils peuvent commencer par avoir une relation un peu plus intime avant de se marier, non ? Ou dans le futur, on retourne en arrière ? (Cette phrase ne veut rien dire si on l’analyse deux secondes, mais bon.)
On appréciera également le fait que c’est la compassion toute féminine de Laureline qui permet de sauver tout un peuple tandis que Valérian aurait préféré aller voir ses supérieurs car il est un soldat et fait ce qu’on lui dit (ce sont ses mots). Soit il va voir ses chefs, soit il fonce tête baissée sans réfléchir. Aah… ça c’est un homme.
Du côté des autres personnages féminins, c’est tout aussi édifiant. Nous avons une strip-teaseuse qui se sacrifie pour le héros (qui a toujours le temps d’un show quand sa collègue est prisonnière), une princesse qui se dandine insupportablement avant de mourir et une reine qui n’est pas grand-chose d’autre qu’une excroissance dans le dos de son mari. Des personnages aussi profonds, ça me fait fondre.
Dans la même veine, j’aurais aimé voir un autre capitaine qu’un humain systématiquement mâle et blanc (et probablement américain) accueillir les nouveaux arrivants sur Alpha, mais non, les siècles s’écoulent mais rien ne change. Voilà, des « détails » qui m’ont bien fait rager sur mon siège.
Il faut dire que l’intrigue m’en a laissé le temps puisque le « méchant » est identifiable à la minute où on pose les yeux sur lui. J’ai même eu le temps d’imaginer des scénarios alternatifs et plus surprenants, mais non, le coupable était bien celui qui a une gueule de méchant. D’ailleurs, est-ce une obligation de toujours utiliser des militaires dans les films de SF ? La suite des péripéties est globalement attendue (même si une ou deux sont bien trouvées) : fusillades, batailles, courses poursuites en vaisseau spatial, installation de bombes (arriveront-ils à arrêter le compte à rebours à temps ? le suspense est trop intense pour moi !)…
Passons sur le scénario et voyons les images mille fois vantées de ce film. Certes, c’est très travaillé, il y a des milliers de détails dans les plans des diverses cités… mais on n’a pas vraiment le temps de les voir. Je suis décidément peu touchée par les images bien léchées du numérique et les effets spéciaux qui éclatent dans tous les coins.
Je ne suis ni fan ni anti Besson, je suis allée voir ce film par curiosité, pour me faire mon propre avis, pour voyager un peu et parce que la musique de la bande annonce (« Because » des Beatles) me promettait une atmosphère mystérieuse, éthérée et originale, mais ça a été une déception. Le scénario est vide, prévisible et répétitif, les personnages sont classiques, les images ne méritaient pas tout le foin que l’on en a fait, et surtout, le sexisme vieillot qui saupoudre le tout m’a écœurée. Désillusion intersidérale.

  1. Les filles d’Avril (VO : Las hijas de Abril), de Michel Franco

Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé́ avec son petit ami de garder l’enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l’aide sa mère Avril, installée loin d’elle et de sa sœur. À son arrivée, Avril prend les choses en mains, et remplace progressivement sa fille dans son quotidien… Jusqu’à franchir la limite. (Allociné)

Les filles d'Avril (affiche)

Le portrait de la mère se dessine petit à petit. De mère possessive, elle se transforme sous nos yeux impuissants en mère malade, voleuse et manipulatrice. C’est un personnage qui m’échappe totalement. Je ne comprends pas qu’une mère puisse blesser sa propre fille volontairement et manquer ainsi d’amour (ce serait valable aussi pour un père bien sûr). Son comportement envers Clara, la ramenant sans cesse à son poids, n’est pas plus exemplaire. Le sujet est clairement original et l’histoire se déroule peu à peu, me laissant totalement incrédule devant cette mère totalement immorale et devant l’absence de réaction de ses filles qui se laissent faire, jusqu’à un certain point, Valeria finissant enfin par prendre les choses en main pour récupérer sa fille.
Soulignons que ce film présente un personnage masculin d’une passivité totale (fait suffisamment rare pour être souligné) : Matéo, le père de l’enfant, suit le mouvement et se fait manipuler par la mère, par la fille, par ses parents sans aucune protestation. Une vraie marionnette d’une naïveté incroyable. La lâcheté du père de Valeria est tout aussi remarquable.
Si ce n’est pas un coup de cœur, notamment à cause de la frustration générée par la mollesse de certains personnages, Les filles d’Avril n’en est pas moins une tragédie familiale perturbante à découvrir.

  1. Djam, de Tony Gatlif

Djam, une jeune femme grecque, est envoyée à Istanbul par son oncle Kakourgos, un ancien marin passionné de Rébétiko, pour trouver la pièce rare qui réparera leur bateau. Elle y rencontre Avril, une française de dix-neuf ans, seule et sans argent, venue en Turquie pour être bénévole auprès des réfugiés. Djam, généreuse, insolente, imprévisible et libre la prend alors sous son aile sur le chemin vers Mytilène. Un voyage fait de rencontres, de musique, de partage et d’espoir. (Allociné)

Djam (affiche)

Un film magnifique qui doit beaucoup à son actrice principale qui y est tout simplement parfaite. Daphne Patakia, alias Djam, y est incandescente. Une étincelle rieuse dans le regard, la musique chevillée au corps, elle fascine, éclate et détonne dans ce film plein de tendresse. Elle fait de l’ombre à Maryne Cayon (Avril) qui s’efface devant la fougue, la joie de vivre, la séduction et l’indépendance de sa lumineuse amie. Les autres personnages, Kakourgos en tête, sont tout aussi vrais et sympathiques. Malgré leur rudesse extérieure, ils sont unis et prêts à se serrer les coudes à chaque instant.
La musique y est entêtante et entraînante. Impossible de sortir de la salle sans avoir envie de danser (même quand on n’est pas danse pour un sou comme moi). Tous semblent aimer passionnément la musique qui fait partie de leur quotidien. J’ai découvert le rébétiko, une très belle musique dont les chants touchent au cœur. Cela me rappelle les films d’Emir Kusturica dont la musique m’accompagne généralement pendant des jours après les avoir vus (qu’est-ce que j’ai pu écouter la BO d’Underground !).
Djam est un film grave, dont les sujets sont sérieux (les difficultés de la Grèce, la pauvreté, la crise, l’exil), mais les actrices, les acteurs et la musique permettent de ne pas tomber dans le tragique et le désespéré.
Un film sublime, une actrice éblouissante, une musique hypnotisante, Djam est un immense coup de cœur !

  1. La Planète des Singes : Suprématie (VO : War of the Planet of the Apes), de Matt Reeves

Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète. (Allociné)

La planète des singes (affiche)

Pour moi qui suis souvent déçue par les blockbusters, La Planète des Singes aura été une très bonne trilogie de science-fiction. Intelligente et touchante. Et saisissante de réalisme. Les singes y sont magnifiques, souvent bien plus remplis d’émotions – amour, douleur, compassion – que les humains. J’avoue avoir été de leur côté dès les premiers instants et j’ai détesté les morts régulières dans leurs rangs (quand ce sont des soldats qui meurent, je m’en fiche comme d’une guigne, mais dès qu’il y a un animal en jeu – qu’il soit singe, chien, chat ou je ne sais quoi – je suis révoltée d’assister à sa mise à mort. Oui, je m’implique beaucoup dans les films.) Andy Serkis peut être félicité pour ce rôle car, par ses expressions, il donne vie à un leader véritablement charismatique qui nous permet de croire – pour la durée du film tout du moins – que César existe réellement.
La nature, les images, tout y est magnifique. Je remercie également le réalisateur d’avoir évité l’écueil fréquent des blockbusters : les batailles qui n’en finissent pas avec explosions dans tous les coins. La trilogie aura clairement mis l’accent sur les relations entre les singes ou entre les singes et les humains (qu’elles soient positives ou négatives) et c’est extrêmement appréciable. Si je regrette la rareté des personnages féminins dans la trilogie, j’ai néanmoins beaucoup aimé les nouveaux personnages introduits par cet épisode. L’un apporte du rire (le petit singe qui m’a parfois rappelé Gollum) et l’autre de la douceur (la petite fille muette : la relation qu’elle noue avec les grands singes est incroyablement traitée).
Un dernier opus plus sombre et plus froid – et peut-être meilleur que les précédents opus – qui réussit un savant mélange d’action, de tension, d’humour et de tendresse, bouclant ainsi une trilogie qui repart avec les honneurs.
Maintenant, je vais pouvoir lire le roman de Pierre Boulle qui doit traîner quelque part parmi mes livres à lire.

  1. Les Proies (VO : The Beguiled), de Sofia Coppola

En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent John MacBurney, un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous. (Allociné)

Les Proies (affiche)

Le film passe à une vitesse folle, je n’ai pas vu les 90 minutes filer. Cela, c’est surtout grâce aux différentes actrices que l’on le doit. Elles sont excellentes et les traits de caractère de chacune, leurs désirs, leurs névroses se dessinent rapidement (on peut d’ailleurs regretter qu’elles soient figées dans leur rôle). La mise en scène est également très réussie, la lumière est belle et on sent bien le déclin et la monotonie qui frappent ce pensionnat.
Il y a toutefois un point qui me pose question. Ce film est un remake de celui du même nom réalisé en 1971 par Don Siegel. Il s’agit d’une copie presque en tout point. Si certains éléments ont été supprimés (l’esclave noire du pensionnat, la rencontre entre MacBurney et des soldats sudistes, la relation incestueuse entre la directrice et son frère, etc.), globalement tout est identique : les situations, les dialogues, les traits de caractères des pensionnaires et de leurs responsables… Du coup, je m’interroge toujours sur le pourquoi de refaire la même chose. Certes, l’esthétique soignée de Coppola redonne un petit coup de jeune au film, mais cela ne suffit pas pour me convaincre. Elle travaille un peu plus sur l’ambiguïté du personnage de MacBurney : chez Don Siegel, Clint Eastwood n’était clairement pas innocent et beaucoup plus antipathique que Colin Farrell. Pourtant, le film échoue à créer l’ambiance véritablement empoisonnée et pesante qu’il aurait pu avoir.
Les Proies n’est pas un mauvais film, il est en outre très beau à regarder, mais il ne restera pas longtemps dans mes annales.

  1. Petit paysan, d’Hubert Charuel

 Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver. (Allociné)

Petit paysan (affiche)

Petit paysan, c’est une tranche de vie, c’est un drame psychologique, c’est un film social, c’est vrai, c’est un bijou. Ce film, ça a été un moment incroyable. Swann Arlaud incarne à merveille Pierre, ce petit paysan, fou de ses bêtes auxquelles il tient comme à la prunelle de ses yeux. Swann Arlaud est plus que crédible, il est époustouflant. Il retient les émotions, n’en fait jamais trop, même dans les moments les plus durs. Bref, il est tout en sobriété, laissant simplement affleurer les émotions sur son visage si particulier. J’adore les visages comme le sien (comme celui de Nahuel Perez Biscayart dans 120 battements par minutes, une claque dont je ne vous parlerai que le mois prochain malheureusement : en attendant, allez voir ce film !), ils me touchent, ils me parlent, ils me font chavirer, et, oh joie ! il est à l’écran à chaque instant ou presque.
Pour l’épidémie, écho de la vache folle, une maladie a été inventée : la FHD, la Fièvre Hémorragique Dorsale. Une maladie très visuelle avec ces épines dorsales qui deviennent poisseuses de sang. Pierre est prêt à tout pour éviter le sort réservé aux bêtes d’une exploitation contaminée (il pourra d’ailleurs compter un temps sur sa sœur, vétérinaire, jouée par Sara Giraudeau, parfaite). Et, pauvre spectatrice, je me suis mise à avoir peur pour ces créatures si douces (de toute façon, je déteste quand des animaux sont tués). A plusieurs moments, on ressent leur détresse et leur souffrance, comme si elles étaient humaines, et leurs meuglements m’ont fendu le cœur.
Parlons-en un peu d’ailleurs. Sous leurs robes noires et blanches, les vaches sont magnifiques. La caméra est met en valeur, souligne la longueur de leurs cils, caresse leur poil brillant, flatte leur côtes. On ressent l’amour que Pierre leur porte, il est attentionné, il les connaît par cœur. Ses méthodes de production sont bien éloignées de celles de son ami qui a délégué à un robot les tâches que Pierre effectue à la main.
Il faut dire que Pierre n’est pas le seul à respecter les animaux. Car quelqu’un d’autre les connaissait bien pendant le tournage. Il s’agit du second atout de ce film, outre le talent de Swann Arlaud : son réalisateur. Car Hubert Charuel sait de quoi il parle. Fils d’éleveurs de vaches laitières, il connaît leur quotidien, leurs difficultés, les bêtes et la peur d’une épidémie. Il a d’ailleurs utilisé la ferme familiale comme lieu de tournage. De son enfance, de sa famille, il tire un premier film touchant et sublime sur le monde rural.
Si vous avez encore un doute, Petit paysan est un coup de cœur.

En avez-vous vu certains ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres recommandations à me faire ?
Sur ce, je vous souhaite un beau mois de septembre dans les salles de cinéma !

La parenthèse 7ème art – Juillet 2017

Un film finlandais, un documentaire, un biopic, une adaptation d’un roman, des zombies, un film d’animation, des premiers films… un peu de tout ce mois-ci pour préparer le mois d’août qui s’annonce chargé.

  1. Impitoyable (VO : Unforgiven), de Clint Eastwood (1992)

Kansas 1880. William Munny, redoutable hors-la-loi reconverti dans l’élevage va, à la demande d’un jeune tueur, reprendre du service pour venger une prostituée défigurée par un cow-boy sadique. (Allociné)

Impitoyable (affiche)

Ma critique va être courte. J’ai passé un très bon moment devant ce western. L’atmosphère est sombre, les personnages quelque peu tourmentés et magnifiquement campés (Clint Eastwood, Gene Hackman – détestable –, Morgan Freeman, Jaimz Woolvett et Richard Harris en tête). Je n’oublie pas les prostituées, dignes et décidées malgré leur situation, menées par la féroce Alice (interprétée par Frances Fisher). Et pour une fois, les rôles sont inversés : le shérif passe du côté des « méchants », la loi perd de son prestige et les tueurs viennent pour défendre une femme (et être payés quand même). Je lui reprocherais simplement quelques longueurs. Certaines scènes auraient clairement gagné à être un peu raccourcies. Un western à découvrir.

  1. Le Vénérable W., de Barbet Schroeder

En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l’islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent. (Allociné)

Le Vénérable W. (affiche)

Un choc. Choquée devant le film, choquée en sortant. Choquée par le moine bouddhiste Wirathu, surnommé « l’Hitler de Birmanie » (David Aaronovitch), « le visage de la terreur bouddhiste » (Times, juillet 2013). Choquée par ses paroles, les aberrations qu’il raconte. Par son sourire jovial. Par les violences montrées, les pamphlets haineux, les boycotts des magasins tenus par les Rohingyas, les incendies de leurs maisons, les tabassages, les camps, les exactions de l’armée. Choquée par cette vision d’un bonze en toge safran en train de frapper un homme à terre à coup de bâton. Et choquée d’être passée à côté de ça, je sais que je ne suis pas la personne la plus au courant des actualités, mais tout de même…
J’ai découvert un autre visage des bouddhistes et je suis atterrée. On entend souvent parler de la méditation, de ces stars converties au bouddhisme, on a tous, je pense, cette vision pacifiste du bouddhisme, mais décidément, il n’y a pas une religion pour rattraper l’autre et le fanatisme n’épargne personne. Comment peut-on suivre une religion qui prône la paix et soi-même entretenir la haine ? Certes, tous les moines birmans ne sont pas derrière Wirathu, certains se sont même opposés à lui pour faire interdire son mouvement Ma Ba Tha. Mais je suis, malgré tout, affligée de trouver des propos si nationalistes, extrémistes et islamophobe dans la bouche d’un moine (qui, ça ne vous surprendra pas, soutient Trump…). Les Birmans de religion musulmane représentent 4% de la population, c’est vrai que ça fait peur…
Le film est composé d’interviews de Wirathu qui raconte les émeutes, les violences, ses mouvements, ses livres (le bonhomme me semble un peu narcissique) avec un grand sourire, mais aussi d’images d’archives, de sermons de Wirathu qui, par son charisme, rassemble des foules impressionnantes et attise la haine, ou encore de films de propagande produits par Wirathu et ses équipes. Un film glaçant, mais passionnant et même important. Une claque. (En revanche, un petit bémol sur la voix off, un peu trop douce et molle).

  1. Ava, de Léa Mysius

Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l’océan quand elle apprend qu’elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite… (Allociné)

Ava (affiche)

La première chose qui m’a frappée dans ce film, dès les premières images, c’est la beauté de la photographie et la luminosité des couleurs, résultats de l’utilisation d’une pellicule Kodak. Le film est bien moins lisse qu’un film tourné en numérique. Le grain des peaux, les duvets, les poils, le sable, l’eau, toutes les matières, toutes les textures se retrouvent fixées sur la pellicule.
Cependant, je doute de l’empreinte que ce film laissera sur moi. Car si l’image est sublime, le scénario n’est pas des plus marquants. C’est une jolie histoire et la jeune Noée Abita qui joue Ava accroche le regard, me rappelant par moments la découverte Adèle Exarchopoulos dans La vie d’Adèle, est touchante dans ce rôle d’adolescente qui tente de profiter de ce dernier été dans l’espoir de ne pas « avoir vu que de la laideur ». Toutefois, le rôle de la mère très libérée (attention, Laure Calamy interprète magnifiquement cette mère physiquement trop présente), les méchants flics et la caricature de gitans m’ont un peu agacée ainsi que le rançonnage des nudistes qui manque de crédibilité à mon goût. La deuxième partie du film m’a moins intéressée et j’ai été un peu frustrée de la fin ouverte.
Ava me laisse donc mitigée. Ce film possède sans nul doute de bonnes idées, mais la direction prise par Ava et Juan me laisse dubitative.

  1. Visages Villages, d’Agnès Varda et JR

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air.
Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.
(Allociné)

Visages Villages (affiche)

A travers ce documentaire, Agnès Varda et JR nous emmène sur les routes de France dans les petits villages à la rencontre des gens ordinaires. J’ai beaucoup aimé ces rencontres pleines de partage et d’humanité. On parle de l’art, de la mémoire, des femmes, de la mort, de l’amitié. C’est poétique et intéressant. Je regrette justement qu’il n’y ait pas eu plus de rencontres et moins de discussions entre Varda et JR entre les voyages. En effet, les échanges entre les deux artistes m’ont semblé parfois un peu trop écrits, leurs taquineries et leurs disputes manquant parfois de naturel. Malgré quelques défauts, Visages Villages reste un film plein de tendresse.

  1. Le Grand Méchant Renard et autres contes, de Benjamin Renner et Patrick Imbert

Ceux qui pensent que la campagne est un lieu calme et paisible se trompent, on y trouve des animaux particulièrement agités, un Renard qui se prend pour une poule, un Lapin qui fait la cigogne et un Canard qui veut remplacer le Père Noël. Si vous voulez prendre des vacances, passez votre chemin… (Allociné)

Le grand méchant renard (affiche)

[Cette critique a déjà été publiée avec celle de la BD, mais je la remets évidemment ici.]

Après avoir relu et adoré la BD de Benjamin Renner, je suis allée découvrir l’adaptation cinématographique. Et autant vous le dire tout de suite, je suis déçue. Dans ce film d’animation, le rideau du théâtre de la ferme s’ouvre trois fois pour nous raconter trois histoires : « Un bébé à livrer », « Le Grand Méchant Renard » et « Il faut sauver Noël » (un choix peut-être étrange vu la saison, mais pourquoi pas…).
Parlons tout d’abord de la seconde qui reprend le scénario de la bande dessinée et sur laquelle se focalisait toutes mes attentes. Si les éléments et les rebondissements principaux sont bien là, je n’ai pu que constater que certaines coupes avaient été effectuées dans les dialogues notamment. Logique, allez-vous me dire, on pouvait s’y attendre. Certes, mais je ne m’attendais pas à ce que tous les passages les plus drôles à mon goût disparaissent. Le résultat est bien moins humoristique et moins fin que la bande dessinée. Idem pour certaines scènes trop mignonnes entre les poussins et leur mère adoptive. Dommage…
Quant aux deux autres histoires qui tournent autour des personnages du cochon, du lapin et du canard, elles sont assez bateau et je dois reconnaître ne pas avoir été touchée du tout. Disons que je pense que le public visé est quand même un public très jeune.
En revanche, l’animation est plutôt jolie surtout pour les paysages en aquarelle que j’ai adorés et d’ailleurs préférés aux personnages. Une remarque à ce propos sur l’apparence des poussins, bien moins mignons que dans la BD (mais peut-être plus facile à animer avec leur nouveau physique lorsqu’ils sont plus grands ?).
Voilà, une déception donc. Il est peut-être préférable de le découvrir lorsque l’on a aucune attente grâce à la BD.

  1. The Last Girl – Celle qui a tous les dons (VO : The Girl with all the Gifts), de Colm McCarthy

Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène « zombie » qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions. Lorsque la base est attaquée, Melanie, qui semble être la plus surdouée d’entre eux, réussit à s’échapper en compagnie de son professeur, de deux soldats et d’une biologiste qui ne voit en elle qu’un cobaye indispensable à la découverte d’un vaccin. Dans une Angleterre dévastée, Melanie doit découvrir qui elle est vraiment et décider ainsi de son propre sort comme celui de l’humanité tout entière. (Allociné)

The Last Girl (affiche)

Pour commencer… on parle du titre français que je n’ai toujours pas compris ? Pourquoi The Last Girl ? Quelqu’un a une explication ? Autant « Celle qui a tous les dons » s’explique, autant « La dernière fille »…
Séduite par l’idée de base – ces enfants qui sont restés enfants justement en dépit de leur contamination –, j’avoue avoir été un peu désappointée de voir le film tourner en film de zombies classique avec fuite des quelques humains restants et de Melanie devant des hordes de zombies sans cervelles. J’aurais aimé passer plus de temps avec les enfants et les premières scènes du film sont, à mon goût, les meilleures.
D’ailleurs, les personnages qui composent la petite troupe ne sont pas particulièrement originaux. Ok, disons les choses franchement, ils sont complètement caricaturaux. Voyons, nous avons la gentille et douce institutrice qui considère les enfants zombie comme des personnes avant tout, la méchante scientifique qui considère les enfants zombie comme de la viande à découper avant tout, le soldat gentil mais un peu benêt quand même et le soldat désagréable au début qui finira par montrer que, oui, il y a un cœur qui bat sous le treillis.
Heureusement qu’il y a Melanie ! L’actrice est très touchante et donne vie à cette fillette à la fois toute mignonne et dure en même temps, un mélange détonnant qui fait parfois flipper.
En revanche, j’ai aimé la fin qui soulève un débat réjouissant : est-ce qu’une espèce a plus de légitimité à vivre qu’une autre ? Pourquoi les zombies seraient-ils moins légitimes que les humains ?
Le début est original et prenant, la fin est intéressante, dommage que le milieu – la majeure partie du film donc… – tombe dans le convenu et le prévisible.

  1. The Circle, de James Ponsoldt

Les Etats-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité tout entière… (Allociné)

The Circle 5AFFICHE°

Je l’avoue, lorsque je vois qu’Emma Watson est à l’affiche d’un nouveau film, j’ai tendance à avoir soudainement une grosse envie de cinéma. Je suis donc allée découvrir The Circle. Je n’ai rien à redire sur Emma Watson, son rôle n’est pas particulièrement exceptionnel, mais, pour sa défense, aucun ne l’est vraiment dans le film. Mais j’ai été déçue.
L’idée de départ n’est pas très originale : la société omniprésente à la Facebook ou Google, les risques d’un monde hyper connecté, la disparition de la sphère privée, etc. Certes, ce sont des sujets qui m’épouvantent car, à ce niveau-là, je suis décidément du côté de Mercer – l’ami de Mae qui fuit cette sociabilité qui passe uniquement à travers les écrans –, mais ils sont un peu vus et revus. Il est toutefois intéressant de voir comment ils justifient chaque nouvelle attaque contre l’intimité des gens par des arguments rationnels (sécurité, transparence, partage…). Cela dit, entre liberté et sécurité, mon choix est vite fait et j’ai du mal à croire que tout le monde avalera la couleuvre aussi facilement.
J’ai eu l’impression d’attendre toute la durée de la séance que le film commence… et avant d’avoir vraiment pu me dire « ça y est, on y est, on est bien dans l’histoire », c’était fini. En queue de boudin à mon goût. Je crois que j’aurais aimé un peu plus de révolte par rapport à cette intrusion insupportable à mes yeux. Ainsi qu’une plus grande mise en avant du mystérieux fondateur de The Circle.
Pour moi, The Circle n’est pas un mauvais film, simplement un film lent, pas assez fouillé et facilement oubliable.

  1. Tom of Finland, de Dome Karukoski

Touko Laaksonen, officier héroïque de la Seconde Guerre mondiale, est de retour en Finlande. Mais la vie à Helsinki n’est pas de tout repos. La persécution contre les homosexuels est insidieuse les contraignant le plus souvent à se marier et avoir des enfants. Touko trouve alors refuge dans l’art dessinant dans le plus grand secret des hommes musclés, désinhibés et fiers d’être gays. (Allociné)

Tom of Finland (affiche)

Ah, je commençais à désespérer de trouver un film qui me plaise vraiment ! Ce Tom of Finland est décidément le bienvenu. J’accueille souvent les biopics avec circonspection car ils fleurissent un peu trop à mon goût, mais celui-là était réussi (même si assez classique dans sa forme).
On couvre une période assez large, de la Seconde Guerre mondiale au début des années SIDA, ce qui permet aux personnages, mais surtout à la situation des homosexuels d’évoluer. On voit peu à peu l’émancipation des gays ainsi que les différences qui règnent entre les pays. (Ainsi, lorsque les flics entrent dans un jardin où est organisée une petite fête, Touko, fraîchement débarqué en Californie, craint de se faire arrêter – car c’est encore ce qui se passe dans une Finlande homophobe –, mais non, ils recherchaient juste un cambrioleur et repartent sans un sourcillement.)
Je ne connaissais pas du tout le travail de Tom of Finland, mais j’ai découvert une icône de la culture gay doublée d’un personnage véritablement touchant. Par ses dessins homoérotiques, il a aidé de nombreux homosexuels à se sentir fiers de ce qu’ils étaient, de s’accepter et de se dévoiler peu à peu. Il a aussi fait naître de nombreuses images qui semblent aujourd’hui clichées comme, par exemple, celles d’hommes virils portant cuir et moustache.
Un film sobre, pudique et intéressant sur la vie tourmentée et difficile d’un personnage qui a marqué la culture gay.

  1. My Cousin Rachel, de Roger Michell

Angleterre, début du XIXème siècle. Philip, un jeune noble anglais, apprend la mort mystérieuse de son cousin en Italie, survenue peu après son mariage secret avec la jeune et jolie veuve Rachel. Il n’a qu’une idée en tête : découvrir les véritables raisons de sa mort afin de le venger par tous les moyens. Mais la visite inattendue de cette nouvelle cousine va tout bouleverser. (Allociné)

My cousin Rachel (affiche

My Cousin Rachel offre une belle plongée dans la campagne anglaise du XIXe siècle. Les paysages sont renversants, la lumière – des bougies notamment – et les costumes sont superbes. L’histoire, comme son issue, sont peut-être légèrement prévisibles, mais j’aime qu’elle laisse des questions en suspens : est-elle coupable ou non ? Si je n’ai rien à dire sur Sam Claflin dans le rôle de Philip, c’est Rachel Weisz, troublante, qui se démarque : simple veuve ou manipulatrice sans scrupule ? Dommage que le rythme faiblisse un peu par moment, le récit prend le temps de s’installer, tombe parfois un peu trop dans une ambiance romantique et la tension apparaît finalement assez tardivement.
Un bon film qui, sans être renversant, est un sympathique divertissement. Et juste pour les paysages à couper le souffle, je suis contente de l’avoir vu.
(Apparaît également dans ce film Iain Glen, alias Jorah Mormont dans Game of Thrones. Je n’ai pas encore commencé la saison 7, mais j’ai vraiment hâte !)

  1. Eté 93 (VO : Estiu 1993), de Carla Simon Pipó

Suite à la mort de ses parents, Frida, 6 ans, quitte Barcelone et part vivre à la campagne chez son oncle, sa tante et leur petite fille de 3 ans. Le temps d’un été, l’été 93, Frida apprendra à accepter son chagrin, et ses parents adoptifs apprendront à l’aimer comme leur propre fille. (Allociné)

Eté 93 (affiche)

Maladie, deuil, orpheline, oncle et tante… Rassurez-vous, Eté 93 n’est pas un gros mélo pour faire pleurer dans les chaumières. Et Marga et Esteve, les parents adoptifs de Frida, ne sont pas les Dursley. Certes, le film contient son lot d’émotions, mais on ressent très fortement le besoin d’amour de Frida, celui que lui offrent sa famille – pas seulement Marga et Esteve, mais aussi ses autres tantes et ses grands-parents – ou le gouffre entre son enfance que l’on imagine difficile et celle, protégée, de sa cousine. Les deux jeunes actrices sont d’ailleurs très convaincantes, l’une toute en tristesse et colère contenue, l’autre toute en innocence.
La réalisatrice raconte son passé en toute simplicité, à travers des tranches de vie qui montre l’évolution des relations entre Frida et sa nouvelle vie, autant par rapport à sa nouvelle famille qu’à son nouveau lieu de vie. Une histoire sans prétention, parfois touchante, parfois drôle, mais qui a le bon ton de sonner juste.

A votre tour ! Dites-moi tout sur ce que vous êtes allés voir, ce que vous avez envie de voir, ce que vous avez aimé, pas aimé…

Le Grand Méchant Renard, de Benjamin Renner (2015) et son adaptation en film d’animation (2016)

Le Grand Méchant Renard (couverture)Le renard est un habitué de la ferme. Il entre, salue le chien, le cochon et le lapin, tente de manger la poule, se prend une raclée par cette dernière et repart avec des navets faute de poulet pour son repas. Inspiré par le loup, il met au point un plan : voler des œufs pour élever les poussins jusqu’à ce qu’ils soient prêts à être mangés.
Mais évidemment, on se doute bien que son plan va tomber à l’eau comme tous les autres. Sinon, pas d’histoire et, surtout, pas d’humour.

Car l’humour est bien le point fort de cette bande dessinée. Elle est hilarante par les situations, les dialogues parfois caustiques, les personnages… avec en tête ce pauvre renard que l’on ne peut s’empêcher de prendre un peu en pitié tant il échoue dans toutes ses entreprises. La pauvre bête en voit de toutes les couleurs, humilié par tous les animaux, martyrisé par trois poussins trop aimants et trop dynamiques.
Mais son cœur de papa poule fond malgré tout devant ses trois terreurs et, avouons-le, nous aussi. Leur relation est touchante, pleine de taquineries et d’amour. Le renard se montrera prêt à tout pour les protéger du loup (qui, lui, est un vrai Grand Méchant). Sans oublier de se protéger lui-même de la poule et de son club d’extermination des renards ! Ce qui nous donnera de nouvelles occasions de rire de ses déboires.

Les aquarelles sont toutes douces et toutes jolies. Les protagonistes sont tous très expressifs, ce qui contribue à l’excellence de la BD. J’ai beaucoup apprécié le trait de Benjamin Renner. Les délicates petites vignettes, sans aucun détail superflu, donnent un aspect très léger et aéré à la bande dessinée. Le résultat : les pages tournent toutes seules et l’on dévore l’ouvrage sans s’en rendre compte.

Le Grand Méchant Renard est un véritable coup de cœur tant pour son scénario que pour son dessin. Oscillant entre humour et tendresse, c’est une bande dessinée originale et adorable, à mettre entre toutes les mains.

Le Grand Méchant Renard (extrait)

Et le film d’animation alors ?

Le grand méchant renard (affiche)Après avoir relu et adoré la BD, je suis allée découvrir l’adaptation cinématographique par Benjamin Renner et Patrick Imbert. Et autant vous le dire tout de suite, je suis déçue. Dans ce film d’animation, le rideau du théâtre de la ferme s’ouvre trois fois pour nous raconter trois histoires : « Un bébé à livrer », « Le Grand Méchant Renard » et « Il faut sauver Noël » (un choix peut-être étrange vu la saison, mais pourquoi pas…).

Parlons tout d’abord de la seconde qui reprend le scénario de la bande dessinée et sur laquelle se focalisait toutes mes attentes. Si les éléments et les rebondissements principaux sont bien là, je n’ai pu que constater que certaines coupes avaient été effectuées dans les dialogues notamment. Logique, allez-vous me dire, on pouvait s’y attendre. Certes, mais je ne m’attendais pas à ce que tous les passages les plus drôles à mon goût disparaissent. Le résultat est bien moins humoristique et moins fin que la bande dessinée. Idem pour certaines scènes trop mignonnes entre les poussins et leur mère adoptive. Dommage…
Quant aux deux autres histoires qui tournent autour des personnages du cochon, du lapin et du canard, elles sont assez bateau et je dois reconnaître ne pas avoir été touchée du tout. Disons que je pense que le public visé est quand même un public très jeune.

En revanche, l’animation est plutôt jolie surtout pour les paysages en aquarelle que j’ai adorés et d’ailleurs préférés aux personnages. Une remarque à ce propos sur l’apparence des poussins, bien moins mignons que dans la BD (mais peut-être plus facile à animer avec leur nouveau physique lorsqu’ils sont plus grands ?).

Voilà, une déception donc. Il est peut-être préférable de le découvrir lorsque l’on a aucune attente grâce à la BD.

Le grand méchant renard 2

Le Grand Méchant Renard, Benjamin Renner. Editions Delcourt, collection Shampooing, 2015. 189 pages.