La parenthèse 7ème art – Mars 2019

(En vrai, j’ai regardé la dernière série en avril, mais on ne chipotera pas.)

Ce mois-ci, la moisson de films est bien pauvre. J’en ai vu d’autres, mais je n’avais forcément envie d’écrire dessus. J’ai aussi une grosse tendance à m’endormir devant les films en ce moment – qu’ils soient petits films français comme Se souvenir des belles choses ou blockbusters comme Avengers : Infinity War –, ce qui est particulièrement agaçant et me pousse donc à me tourner vers le format série.

Film

  1. Marie Stuart, Reine d’Ecosse (VO : Mary Queen of Scots), de Josie Rourke (2019)

Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Iʳᵉ s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire. (Allociné)

Mary Stuart, Reine d'Ecosse (affiche)

Ce sont les actrices qui m’ont donné envie de voir ce film, mais finalement, il n’a fait que confirmer une tendance : les biopics, tellement présents au cinéma ces dernières années (peut-être est-ce ainsi depuis plus longtemps, mais j’ai l’impression qu’il en sort toutes les semaines à présent), m’ennuient profondément. Certes, l’histoire est l’histoire (même si tous les biopics ne sont pas d’une fidélité exemplaire) et ils ne vont pas réécrire la fin en décapitant Elisabeth plutôt que Marie Stuart, mais j’ai l’impression de voir toujours les mêmes scènes (notamment les sexes de sexe/viol, apparemment indispensables pour faire plus vrai). Ils semblent tous filmés de la même manière, lisse, comme s’ils étaient filmés à la chaîne, sans changement d’équipe technique, sans le point de vue personnel d’un ou d’une réalisatrice. Cependant, l’idée des lords noirs et des suivantes asiatiques dans l’Angleterre du XVIe est assez originale (irréaliste et incompréhensible à mes yeux, mais atypique).

 De même, je n’ai pas aimé l’image véhiculée de ces deux femmes, particulièrement de Marie Stuart. Les hommes de son entourage l’insultent et la rabaissent en la traitant de faible femme et toutes les joyeusetés et finalement, le portrait que le film dessine d’elle n’est guère plus glorieux. Stratège, Marie ? Solide dirigeante, Elisabeth ? Influentes, ces reines ? Ce n’est guère ainsi qu’on les perçoit, mais en femmes manipulées, malmenées et passives face aux événements. Waouh. Je suis époustouflée. Surtout par rapport à Elisabeth : régner 45 ans en faisant des fleurs en papier, c’est impressionnant. Et le film se veut féministe ?

 Le très bon jeu des actrices (notamment Saoirse Ronan qui ne m’a jamais déçue jusqu’à présent) n’a pas suffi à me faire oublier ni les longueurs ni les raccourcis et, finalement, les seuls éléments qui auront suscité un peu d’émotion chez moi sont les paysages écossais.
Je suis peut-être de mauvaise foi à cause de l’ennui que ce film a provoqué chez moi, mais je me dis que j’aurais dû lui préférer une relecture du Marie Stuart de Stefan Zweig.

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Séries

  1. Dark, créée par Baran bo Odar et Jantje Friese (2017, 1 saison, 10 épisodes)

Un enfant disparu lance quatre familles dans une quête éperdue pour trouver des réponses. La chasse au coupable fait émerger les péchés et les secrets d’une petite ville. (Allociné)

Dark (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Tiens, une série allemande ! Déjà que je ne regarde pas beaucoup de séries, c’est encore moins souvent que je me croise le chemin de nos voisins germaniques ! Après Il miraculo italien, je voyage !
Après Poupée russe, il semblerait les voyages dans le temps soient à la mode. Mais les deux séries sont très réussies, chacune dans leur genre. Là où Poupée russe était morbide mais drôle, Dark est, comme son nom l’indique, beaucoup plus sombre et pesant. Des enfants qui disparaissent, des corps qui réapparaissent des décennies plus tard, des grottes obscures, une immense forêt digne des contes de fées, un village isolé, un petit côté Twin Peaks… le décor est posé.
L’atmosphère est assez anxiogène et les personnages sont souvent torturés par leurs travers, leurs regrets ou leurs passé. Des ingrédients plein de noirceur (surtout quand tu rajoutes un prêtre mystérieux) particulièrement alléchants.
Le puzzle se met en place petit à petit, ce qui est totalement accrocheur. L’envie d’en savoir davantage, de comprendre, les révélations surprenantes révélées au compte-goutte… les réalisateurs ont soigneusement dosé leurs effets et ça fonctionne à merveille. L’intrigue se complexifie au fil des épisodes et c’est un régal.

J’ai beaucoup aimé les personnages, étonnement… ordinaires. Dans le sens, qu’on pourrait les croiser en sortant dans la rue. Et ça fait du bien. Dans les films, les séries, les personnages sont souvent particulièrement beaux (belles, car les femmes n’ont que rarement le droit à l’erreur (ou alors c’est que son physique banal ou moche servira dans l’intrigue)), particulièrement drôles ou intelligents, enfin, toujours mieux que toi (en tout cas, c’est ce que je ressens). Mais là, non. Les femmes sont belles, mais ce ne sont pas des beautés « parfaites », dans les normes actuelles ; ce sont des beautés particulières, des beautés atypiques que l’on croise chaque jour. Idem pour leurs caractères : les protagonistes ne peuvent être résumés à « méchant·e » « gentil·le ». Tous et toutes ont des défauts, des qualités, certain·es tendent vers le louche, d’autres sont globalement sympathiques, mais ils et elles sont faillibles.
Je ne sais pas si vous avez suivi ce que j’essayais laborieusement de vous dire, c’est clair dans ma tête, mais ça s’embrouille sur le clavier.

Par contre, à ce sujet, il y a un certain risque d’embrouillage à cause du nombre de personnages, sachant qu’il faut multiplier le tout par deux, voire trois, lorsque l’on retourne dans le passé. On a regardé les premiers épisodes de façon assez décousue, sans être bien immergés dedans et on s’est retrouvés quelques fois en mode « attends, mets pause, du coup, elle, c’est celle qui tient l’hôtel quand elle était petite, c’est ça ? c’est la mère de l’autre là, comment il s’appelle déjà ? le copain de la fille, tu sais ! » (il nous a fallu les trois quarts des épisodes pour retenir tous les prénoms allemands) « ah, mais du coup, elle, c’est la tante de machin vu que son père était son frère mais dans le passé ! » (En vrai, on s’y fait, mais évitez peut-être de laisser passer trop de temps entre les premiers épisodes.)
Mais il paraît que la saison 2 doit arriver prochainement, j’espère qu’elle ne tardera pas, histoire que je n’ai pas tout oublié qui est qui et qui est où quand la série recommencera.

Une série oppressante et fascinante, portée par un scénario qui tient la route d’un bout à l’autre. Vivement la suite !

  1. Sex Education, de Laurie Nunn (2019, 1 saison, 8 épisodes)

Maeve, jeune fille rebelle, seule et sans parents décide de créer un cabinet de sexologie dans son lycée avec l’aide d’un camarade de classe, Otis, fils de sexologue. Celui-ci aide alors des personnes à gérer leurs relations, alors qu’il est lui-même vierge. (Wikipédia)

Sex Education (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Troisième série que je commence alors qu’il n’y a qu’une saison. C’est très rare pour moi : généralement, j’attends qu’elle se finisse et au final, soit je les oublie, soit je vois que ça ne finit jamais et la probabilité pour que je les regarde un jour fond à toute vitesse (un exemple parmi d’autre : Orange is the New Black me semblait intéressante lorsque la première saison est sortie, mais maintenant qu’on en est à la sixième ou septième, c’est nettement moins le cas).
Du coup, pour libérer de la place dans la section « séries » de mon cerveau, j’ai plus ou moins décidé d’abandonner Outlander. J’ai tenu pendant les deux premières pour l’Ecosse (les paysages, la langue… c’était beau), la troisième m’a un peu ennuyée, j’ai vu le premier épisode de la quatrième et c’est bon, j’ai donné : les voir s’embourber dans des situations pas possibles, être séparés, être réunis, se faire violer, subir une deux trois dix tentatives de viols alors qu’ils restent en Amérique, ce n’est pas la peine. Je ne le supporterai pas une quatrième fois sans une dose d’Ecosse pour faire passer la pilule. Bye Jamie, bye Claire !

Sinon, de quoi devait-on parler ? Ah oui, Sex Education.

Ça va être court, je n’ai pas dix mille trucs à en dire. Ce n’est pas une série qui révolutionne le monde des séries, on est d’accord. On est dans un lycée, à moitié anglais, à moitié américain, avec des personnages stéréotypés : la bande fashion avec péteux et pétasses, insupportables avec tout le monde, y compris entre eux, la rebelle que personne n’aime et que tout le monde insulte tandis que toi, devant ton écran, tu ne les comprends pas du tout car ça crève les yeux qu’elle est à la fois démentiellement cool et intelligente, le gay flamboyant, le timide, etc.
Mêmes choses pour les thématiques : l’adolescence, les premières fois, l’amour, les déceptions amoureuses, les disputes entre amis…
Idem pour certaines séquences que l’on voit venir à des kilomètres (pas d’exemples, pas de spoils).
MAIS. C’était sympa quand même. Ça fonctionne. Grâce aux personnages. On s’attache à Otis, Maeve et Eric. On s’intéresse à Adam : j’ai d’ailleurs beaucoup aimé la façon dont certains protagonistes – dont lui – évoluent. On se retrouve à éprouver de la compassion et de la sympathie pour des lycéens a priori secondaires et/ou insupportables. On s’amuse beaucoup de la curiosité de Jean, la mère d’Otis (même si on est d’accord qu’on aurait aimé lui arracher les yeux si elle avait été notre mère quand on était ado ?).
C’est drôle, c’est léger, et il y a facilement de quoi passer un très bon moment à condition de ne pas avoir des attentes démesurées.
(En plus, Otis et Eric aiment Hedwig and the Angry Inch ! Quoi ? Ce n’est pas un argument ?)

  1. The Umbrella Academy, de Steve Blackman (2019, 1 saison, 10 épisodes)

En 1989, le même jour, quarante-trois bébés sont inexplicablement nés de femmes qui n’étaient pas enceintes et que rien ne relie. Sir Reginald Hargreeves, un industriel milliardaire, adopte sept de ces enfants et crée The Umbrella Academy pour les préparer à sauver le monde. Mais tout ne se déroule pas comme prévu. Les enfants devenus adolescents, la famille se désagrège et l’équipe est dispersée. Les six membres toujours en vie, désormais trentenaires, se retrouvent à l’occasion de la mort de Hargreeves. Luther, Diego, Allison, Klaus, Vanya et Numéro Cinq travaillent ensemble pour résoudre le mystère qui entoure la mort de leur père. La famille désunie se sépare cependant de nouveau, incapable de gérer des personnalités et des pouvoirs trop différents, sans même parler de l’apocalypse qui menace… (Allociné)

The Umbrella Academy (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Puisque je suis dans l’exploration des séries Netflix, autant ne pas passer à côté de la dernière en date. J’avoue, c’est surtout Ellen Page qui a été mon principal moteur pour lancer le premier épisode. Mais finalement, mon enthousiasme est un peu retombé.

Mettons les choses au clair : je suis complètement accro aux personnages de Klaus (aka Robert Sheehan) et Numéro Cinq (Aidan Gallagher). Ce sont les deux dont j’ai adoré chaque apparition à l’écran : le premier est irrésistiblement attachant tout en étant bien allumé (les drogues qu’il prend à longueur de temps n’y sont pas pour rien) tandis que le second est charismatique et cynique à souhait. Bref, deux personnages jubilatoires.
Et pendant ce temps, les autres m’ont globalement laissée bien indifférente (dans le sens « mourez ou vivez, ça m’est égal »). Diego est même allé jusqu’à m’irriter encore et encore (ça doit être la moustache). Et je suis la seule à avoir tiqué sur le costume de Luther ?
Quant à Ellen Page, je suis mitigée. D’un côté, elle joue très bien son rôle de fille ordinaire dans une famille extraordinaire, mais voilà, elle apparaît un peu trop terne, un peu trop ordinaire et il est donc un peu difficile de s’y attacher. En fait, elle joue trop bien son rôle.

Et l’intrigue ? J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de longueurs, je me suis périodiquement ennuyée, notamment lors de scènes répétitives de dissensions familiales et de certaines petites histoires personnelles. Et tout est un peu cousu de fil blanc : les secrets concernant Vanya n’en sont pas vraiment, on devine le rôle que doit jouer Leonard dès la première minute où il apparaît, etc. Bref, ça reste classique, malgré quelques bonnes idées.

Heureusement, je suis bon public, la BO est plutôt cool, l’esthétique est sympa, et je suis irrémédiablement fascinée par Klaus et Numéro Cinq, donc je suis prête à signer pour une deuxième saison. (De toute façon, juste pour eux, j’en veux encore.) (Sinon, une série JUSTE avec eux, ce n’est pas possible ?)

***

Avez-vous vu certaines de ces séries ? Ou bien d’autres ?
Je prends aussi les bons conseils cinématographiques (même si je vais devoir attendre de récupérer le contrôle de mes paupières pour les regarder).

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La parenthèse 7ème art – Février 2019

Si j’ai vu pas mal de films ce mois-ci, je n’ai pas forcément envie d’écrire dessus. J’ai revu Le Cercle des poètes disparus, l’un de mes films préférés. Au cinéma, j’ai également vu La Mule de Clint Eastwood. J’étais partie pour écrire un petit quelque chose dessus, mais j’ai lu la chronique de La Moustache et comme elle a tout dit (et qu’elle l’a si bien dit), j’ai renoncé, mon avis aurait été inintéressant. Allez plutôt la lire !

  1.  Dragons 3 : Le monde caché (VO : How to Train your Dragon : The Hidden World), de Dean DeBlois (2019)

Harold est maintenant le chef de Berk aux côtés d’Astrid et Krokmou, en tant que dragon, est devenu le leader de son espèce. Ils réalisent enfin leurs rêves de vivre en paix entre vikings et dragons. Mais lorsque l’apparition soudaine d’une Furie Eclair coïncide avec la plus grande menace que le village n’ait jamais connue, Harold et Krokmou sont forcés de quitter leur village pour un voyage dans un monde caché dont ils n’auraient jamais soupçonnés l’existence. Alors que leurs véritables destins se révèlent, dragons et vikings vont se battre ensemble jusqu’au bout du monde pour protéger tout ce qu’ils chérissent. (Allociné)

Dragons 3 (affiche)

Complètement dingue des deux premiers films (et des dragons), j’attendais avec impatience la sortie de ce troisième opus.
A mes yeux, ce film clôture cette fantastique aventure. J’espère que les choses en seront ainsi car cette conclusion est très bien (mais quand même, les dragons…) et j’ai peur de l’essoufflement. En effet, le premier film était très bien, Harold devait convaincre son père, parfait ; deuxième film, un grand méchant qui vient compromettre le nouvel équilibre instauré sur Berk, ok, logique, il fallait bien montrer la cupidité humaine ; troisième film, un méchant encore plus méchant… vous voyez où je veux en venir ? (J’ai vu après coup que Dragons avait bel et bien été pensé comme une trilogie, c’est donc parfait !)
Si j’ai beaucoup aimé le film, que je me suis régalée, j’avoue mettre un bémol sur le scénario peu surprenant. Certes, il apporte enfin l’occasion à Krokmou de redécouvrir sa nature sauvage et à Harold de mûrir, de dépasser ses craintes adolescentes et de devenir un grand chef, bref, une belle conclusion. Mais j’avoue qu’entre le méchant encore plus méchant (finalement rapidement battu, il n’était pas si terrible apparemment) et la bande carrément lourdingue composée de Kranedur, Kognedur et Rustik, je ne suis pas comblée à 100%.

 Mais punaise, que c’est beau. L’animation est géniale, certaines scènes sont pleines de grâce, les décors sont magnifiques, le souci du détail est juste fabuleux… et pourtant, j’ai également été un peu déçue par la Furie Eclair, un peu trop lisse à mon goût. Harold a grandi (dommage que les autres personnages soient finalement assez transparents quand ils ne sont pas insupportables) et les dragons – Krokmou en tête – sont toujours aussi adorables.

Aboutissement d’une grande histoire initiatique, passage à l’âge adulte avec toutes les souffrances qu’il implique, c’est une excellente fin qui souffre malgré tout de la comparaison avec deux précédents opus quasiment parfaits.                                                                                                                   

  1. The Danish Girl, de Tom Hooper (2016)

The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. (Allociné)

The Danish Girl

(Disponible sur Netflix)

J’avais adoré ce film à sa sortie, aussi n’ai-je pas tardé à le revoir une fois mis à disposition sur Netflix. Second visionnage qui m’a confirmé le caractère tout à fait génial de ce film et la perfection de ses interprètes, l’un et l’autre s’entremêlant en parfaite harmonie.

Une merveilleuse histoire du temps (affiche)Eddie Redmayne prouve une nouvelle fois qu’il est un acteur hors pair (Netflix met aussi à disposition le biopic sur Stephen Hawking, Une merveilleuse histoire du temps, dans lequel il est tout aussi marquant). Son interprétation délicate du personnage de Lili Elbe est bouleversante (sauf quand quelques minauderies irritent un chouïa…). On oublie l’acteur pour ne voir que cette pionnière courageuse qui a voulu trouver qui elle était, être en accord avec ce qu’elle ressentait en dépit des opinions des médecins rencontrés.
Alicia Vikander, elle, joue Gerda, la femme d’Einar, l’amie de Lili, qui ne l’a jamais laissée tomber, qui l’a aimée et soutenue jusqu’au bout. Une magnifique histoire d’amour, pas niaise pour un sou. Lili a apporté avec elle des combats, des incompréhensions, de la jalousie et de la solitude pour Gerda, mais cette dernière a toujours été un pilier fiable pour Einar comme pour Lili. Bref, Alicia Vikander y est passionnée, superbe, poignante, profonde. Incroyable.

Certes, c’est un biopic classique. Mais grâce à Eddie Redmayne et Alicia Vikander, grâce à cette histoire importante, grâce à cette beauté (quel régal pour les yeux ! la lumière, les costumes, la caméra qui effleure la peau de ses sujets, les toiles, les vêtements…), c’est aussi un biopic sensible qui m’a émue.

  1. Les invisibles, de Louis-Julien Petit (2019)

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis ! (Allociné)

Les invisibles (affiche)

Un film qui avait tout pour me plaire… et que j’ai effectivement beaucoup aimé. Les SDF ne sont déjà pas forcément un sujet dont on parle énormément (les dispositifs anti-SDF semblent montrer que l’on ne souhaite pas les voir dans les villes) ; les femmes SDF le sont encore moins. Pourtant leur quotidien est encore plus compliqué.
Cependant, ce film n’est pas aussi dur qu’il aurait pu l’être. Il rejette tout misérabilisme sans minimiser les difficultés et les horreurs d’un tel quotidien. Au contraire, il rayonne de bonne humeur et de courage. Toutes ces femmes sont inspirantes : leur vie pourrait leur donner le droit à l’auto apitoiement, mais non, elles sont pleines d’humour sur elle-même et de bonne volonté.

Lumineuses, actrices amatrices et professionnelles sont au diapason. Les premières ayant connu cette vie-là apportent beaucoup de sincérité. Elles sont d’une présence folle et, lorsque le film s’achève, c’est à regret que je les ai quittées tant j’aurais aimé savoir quel avenir les attendait. Les secondes sont impressionnantes de crédibilité et de justesse. Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky et Déborah Lukumuena (révélée dans le génial Divines) sont fabuleuses, chacune à leur manière, discrète, grande gueule, réaliste, idéaliste, mais réellement impliquées (et je parle autant les actrices que de leurs personnages). Le travail des travailleuses sociales est sidérant et l’investissement qu’elles y mettent réellement digne d’admiration.
Le film montre les obstacles que les unes et les autres peuvent rencontrer avec beaucoup de sensibilité : sentiment d’échec, peur de l’inconnu, estime de soi en berne, savoir mettre une limite entre vies personnelles et professionnels…

Un film sérieux, intelligent, drôle, engagé qui va vous émouvoir, vous faire rire, vous indigner. Presque un documentaire, Les invisible est un film tendre et humain à voir sans aucune hésitation.

  1. Blancanieves, de Pablo Berger (2013)

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de « Blancanieves ». C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen « Blancanieves » vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable. (Allociné)

Blancanieves (affiche)

Nouveau visionnage, six ans après avoir découvert ce film lors de sa sortie en salles. Pablo Berger revisite ici le conte de Blanche-Neige d’une façon totalement captivante. Film en noir et blanc, film muet avec pour bande-son un formidable usage des airs entraînants du flamenco. Blanche-Neige au pays des toréadors : surprenant, mais réussi.
Si je désapprouve la corrida, incapable de comprendre ces distractions barbares, je ne peux m’empêcher d’être séduite par l’atmosphère vénéneuse de ce film qui reprend parfaitement les principales étapes du conte connu par tout un chacun.

Rien à redire sur le casting et les actrices principales sont tout simplement formidables. Sofía Oria joue une Carmen enfant frondeuse et maltraitée qui parvient malgré tout à trouver un peu de lumière dans l’obscurité de son quotidien injuste tandis que Macarena García est une adulte rayonnante ; impossible de rester indifférent·e face à elles. Maribel Verdú est, quant à elle, une marâtre fascinante, aussi séduisante que perfide. Cupide, elle ne se mire pas dans un miroir magique, mais dans les revues, et quand celles-ci accorde la couverture à sa belle-fille, Encarna voit rouge.

L’image est sublime, le noir et blanc souligne les ombres, caresse les visages, les illumine ou les assombrit selon les émotions qui les traversent.

Tragique, mais aussi comique, ce conte revisité s’offre un final qui nous laissera un peu amer, un peu triste. Des images magnifiques, des émotions sublimées, une narration fluide, Blancanieves est une petite pépite malheureusement trop méconnue.

  1. Une vie volée (VO : Girl, Interrupted), de James Mangold (2000)

En 1967, lors d’un entretien avec un psychanalyste, Susanna Kaysen apprend qu’elle souffre d’un trouble de la personnalité. Elle est envoyée dans un hôpital psychiatrique renommé de la Nouvelle-Angleterre et se retrouve dans un univers étrange peuplé de jeunes filles aussi séduisantes que dérangées, telle Lisa, une charmante sociopathe qui met au point avec elle une désastreuse tentative d’évasion. (Allociné)

Une vie volée

(Disponible sur Netflix)

Vu pour la première quand j’étais lycéenne, j’ai été ravie de voir ce film apparaître au catalogue Netflix. Une plongée dans l’aile des femmes d’un hôpital psychiatrique et un portrait de personnes brisées, fragilisées, paumées, qui, sans être juste des « folles », font écho aux névroses qui nous hantent tous et toutes. Elles ne sont pas présentées uniquement par le biais de leurs maladies, mais de façon humaine et réaliste.
Le parcours de Susanna est fort car elle est un personnage plus proche de nous (de moi, en tout cas) qu’une Lisa ou une Polly. On suit le labyrinthe de ses pensées entre présent et passé au fil des réminiscences et ses peurs, certaines des postures qu’elle se donne parfois, ses doutes se révèlent très parlants.
Angelina Jolie y est magnétique : j’avais été frappée par la force de son interprétation la première fois et, une nouvelle, le « charme » – jeu entre attirance et répulsion – a opéré. Son duo avec la plus discrète Susanna est captivant. Le reste du casting est à l’avenant : efficace, juste, intéressant.

S’il n’est pas parfait, Une vie volée est un film touchant sur l’amitié, sur les pertes de repères, sur le gouffre qui peut être plus près que ce que l’on croit.

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Séries

  1. Il Miracolo, créée par Niccolò Ammaniti (2018, 1 saison, 8 épisodes)

Lors d’une descente dans la cachette d’un chef de mafia, la police découvre une statuette de Madone en plastique pleurant des larmes de sang. Ce phénomène semble inexplicable, d’autant que l’objet énigmatique entraîne tous ceux qui l’approchent dans une extase mystique et bouleverse leur vie. (Allociné)

Il Miracolo (affiche)

C’est grâce à Alberte que j’ai découvert cette série italienne. Je me suis longtemps (enfin, tout est relatif puisque la série ne comporte que huit épisodes) questionnée sur l’intrigue et la direction prise par la série, sur les personnages… avant de décider de me laisser porter puisque l’ambiance me plaisait bien. Une atmosphère pas bien joyeuse, il faut le reconnaître. Les personnages – la majorité d’entre eux – sont dérangeants, louches ou, au mieux, simplement agaçants. Les portraits ici proposés ne sont guère flatteurs : frustrations, jalousie, violences… bref, l’être humain dans toute sa splendeur.
C’est aussi un portrait de l’Italie dans lequel deux forces s’affrontent : la politique et la religion. La statuette bouleverse les convictions de chacun·e : aucun scientifique et aucun croyant ne reste de marbre devant ce miracle apparent. Des réactions diverses, parfois extrêmes, parfois indécises, mais passionnantes à observer.
Je n’ai pas grand-chose d’autre à en dire : c’est surtout une série aux images aussi belles que son scénario est sombre qui m’a fait éprouver une persistante sensation d’étrangeté et de mal-être.

  1. Poupée russe (VO : Russian Dolls), de Natasha Lyonne, Amy Poehler et Leslye Headland (2019, 1 saison, 8 épisodes)

Une femme prise au piège d’une mystérieuse boucle revit sans cesse une nuit de fête à l’issue de laquelle elle meurt… avant de se réveiller la veille, indemne. (Allociné)

Poupée russe (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Cette série est si brève – huit épisodes de 25 minutes environ – qu’il serait dommage de passer à côté. Même lorsque, comme moi, on regarde relativement peu de séries. Et je ne regrette pas ce choix, ne serait-ce pour Natasha Lyonne (que, contrairement à moi, vous aurez peut-être déjà vu dans Orange is the New Black) et son ébouriffante interprétation de Nadia.

A travers une histoire de boucles temporelles, Poupée russe aborde plein de questions sur la vie et la mort, le passé, les relations humaines, l’amitié… et d’autres choses dont je ne peux pas vous parler sans risque de spoiler. Le tout est servi par un scénario très juste et captivant et des dialogues tout aussi fins et bien écrits.
C’est intelligent et c’est aussi très drôle. Dure, la voix éraillée et le ton gouailleur d’une désabusée, Nadia n’a pas la langue dans sa poche et, caparaçonnée dans sa désinvolture, elle est irrésistible. On la découvre peu à peu dans toute son intelligence et sa complexité et c’est un superbe personnage, bourré de défauts et de qualités, réaliste et attachant, qui se dévoile au fil des épisodes. Ses tentatives pour survivre et la mort qui toujours la rattrape donnent lieu à des scènes plus cocasses que morbides.
Elle est rejointe par un autre prisonnier du temps, Alan, dont je vous laisse le plaisir de la découverte.

Une série bourrée d’humour interrogeant sur la vie et la mort (et on s’en pose des questions sur le pourquoi de ces boucles temporelles !), avec la petite touche morbide qui va bien, une réalisation impeccable (BO, lumières, personnages… rien à redire), bref, Poupée russe est un petit bijou qui se dévore en quelques heures. Ne passez pas à côté !

Qu’avez-vous vu ce mois-ci ? Des coups de cœur, des déceptions ?
Cinéma, Netflix ou autres, je prends tous les bons conseils !

La parenthèse 7ème art – Décembre 2018 et janvier 2019

Je sais, il n’y a plus aucune régularité dans ce rendez-vous. J’écris mes petites chroniques cinéma de temps à autre en laissant beaucoup de films de côté. Et franchement, je ne crois pas que cela va changer dans l’immédiat.

  1. Astérix : Le secret de la potion magique, d’Alexandre Astier et Louis Clichy (2018)

À la suite d’une chute lors de la cueillette du gui, le druide Panoramix décide qu’il est temps d’assurer l’avenir du village. Accompagné d’Astérix et Obélix, il entreprend de parcourir le monde gaulois à la recherche d’un jeune druide talentueux à qui transmettre le Secret de la Potion Magique. (Allociné)

Astérix et le secret de la potion magique (affiche)

Que dire de nouveau après ma chronique, à l’automne dernier, du Domaine des Dieux ? Pas grand-chose, il faut le reconnaître, cette critique sera donc aussi brève qu’élogieuse. En effet, si l’on retrouve les mêmes ingrédients, c’est toujours aussi sympathique à regarder. C’est drôle pour les enfants comme les adultes (tout le monde ne sera peut-être pas touché par la même chose, mais chacun devrait pouvoir y trouver son compte), les voix sont parfaites, les clins d’œil à la culture populaire – de Superman à, bien évidemment, Kaamelott – font mouche. Et comme le premier, c’est beau, c’est rond, c’est propre, c’est bien léché.
Plein de détails rappellent les BD : les attaques des Romains, les navires sans cesse coulés des pirates, les sangliers… Cependant, j’ai aimé l’idée d’en apprendre plus sur Panoramix, de découvrir son passé, de le voir s’interroger. Il n’est plus seulement le vieux sage qui prépare la potion magique et que l’on voit ici et là.
De plus, la question posée par cet opus inédit (basé sur aucune bande-dessinée) est loin d’être idiote : pourquoi ne pas partager la potion et bouter l’envahisseur romain hors de Gaule ? Même si la méthode Sulfurix n’est guère recommandable, la problématique mérite d’être posée. Et enfin, on a un vrai méchant, pas un nul ridicule, mais quelqu’un qui met vraiment des bâtons dans les roues à nos héros.
Qu’importe si l’on sait dès son apparition à l’écran qui connaîtra le secret de la potion magique, j’ai suivi avec grand plaisir les pérégrinations du druide, du guerrier et du tailleur de menhir. Et même si Sulfurix rappelle fort un certain mÔsieu Elias de Kelliwic’h, même si la voix de Serge Papagalli est telle qu’Abraracourcix s’efface derrière Guethenoc, les deux réalisateurs ont su donner vie aux personnages de la BD avec beaucoup un juste dosage d’humour et d’action !

  1. Cloud Atlas, de Lana et Lilly (alors créditée comme Andy) Wachowski et Tom Tykwer (2012)

A travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement. Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié. (Allociné)

Cloud Atlas (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Un film que j’avais envie de voir depuis sa sortie, que j’avais raté, qui m’avait par la suite souvent effrayée par sa longueur et que Netflix a finalement eu la bonne idée de proposer dans son catalogue. Bilan : une excellente surprise dont les presque trois heures ont filé à toute vitesse.
Il faut dire qu’avec un tel casting, il aurait fallu que le film soit particulièrement mauvais pour que je reste indifférente. Hugo Weaving, Jim Broadbent et Tom Hanks forment l’excellent trio de tête. Trois acteurs que j’adore, entourés d’Halle Berry, Bae Doona, Ben Whishaw, Susan Sarandon, Hugh Grant, etc. Tous et toutes jouent de multiples rôles. Déguisé·es, maquillé·es, ils et elles se transforment pour incarner leurs différentes identités à travers les siècles. Dans ce film où les hommes deviennent femmes, où les Européens deviennent Asiatiques, vice versa, j’ai pris plaisir à scruter les traits des différents personnages les plus grimés pour découvrir qui se cachait en dessous.
Ensuite, la thématique des vies successives m’a totalement embarquée. Un peu perplexe durant les premières minutes du film, le temps de comprendre qui est qui, qu’est-ce qui se passe, où sommes-nous (je ne savais absolument rien du film si ce n’est que je voulais le voir), je me suis laissée emportée par les événements qui se mettent rapidement en place (même si je ne refuserais pas de le voir une seconde fois, histoire d’appréhender le début du film en connaissance de cause). J’ai adoré me plonger dans toutes les époques, surtout les plus lointaines (que ce soit en direction du passé ou du futur) et le langage de Zachry et des siens me reste en tête depuis mon visionnage.
Au fil des siècles, de 1849 à 2321, les personnages sont confrontés aux mêmes questionnements : la liberté, le choix, l’intérêt personnel ou collectif, l’amour… Ainsi, en dépit des différences entre un marin du XIXe siècle et un survivant de 2321, en dépit des presque cinq cents ans qui les sépare, ce n’est qu’une histoire qui trouve ses racines dans un passé lointain mais malgré tout fondamental. Une lente évolution d’une même âme à travers les âges et les lieux.

Après ce film fleuve d’une richesse folle qui m’a fait voyager à travers une histoire fascinante, je serais à présent curieuse de découvrir le roman dont ce film est l’adaptation, Cartographie des nuages de David Mitchell. En attendant, je pense le revoir très bientôt tant ce fut une claque. C’est complexe, c’est beau, c’est dense, c’est un concentré de vie. Bref, j’adore.

  1. Delicatessen, de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro (1991)

La vie des étranges habitants d’un immeuble de banlieue qui se dresse dans un immense terrain vague et qui tous vont se fournir chez le boucher-charcutier, à l’enseigne « Delicatessen ». (Allociné)

Delicatessen (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Ce n’est pas la première fois que je visionne ce film qui me séduit pourtant à chaque fois comme si c’était le cas. Glauque et poétique à la fois, cette ambiance peut-être paradoxale à tout pour me séduire. Si le cadre global de l’histoire reste plutôt flou – les temps sont durs certes, mais que s’est-il passé exactement ? Mystère –, la vie de cet immeuble délabré et de ses habitants est présentée avec énormément de finesse.
Plus que l’histoire – drôle plus qu’effrayante, pleine de tendresse dans un monde brutal –, c’est l’esthétisme de ce film qui me reste à chaque fois en tête. L’univers présenté est absolument fascinant et imprégné de la personnalité des créateurs du film. Un soin presque maniaque est apporté aussi bien aux images, aux objets de décor et aux costumes, qu’aux bruits et musiques, proposant ainsi une cartographie sonore du bâtiment particulièrement détaillée. C’est tout simplement enchanteur alors même qu’une teinte jaune renforce cette atmosphère malsaine, délétère, comme de fin du monde.
La galerie de personnages qui traverse le film est totalement excentrique, avec des caractères et tics poussés à l’extrême, pour un résultat surprenant et captivant. A la tête de cette troupe, Jean-Claude Dreyfus excelle dans le rôle du boucher doucereux et amoral.

Suivez donc Louison, un attachant rêveur interprété par Dominique Pinon, et plongez dans les entrailles de ce film décalé, burlesque et original, je ne vois pas comment vous pourriez le regretter !

  1. Sur mes lèvres, de Jacques Audiard (2001)

 Carla Bhem, une jeune femme de 35 ans au physique plutôt moyen et qui porte des prothèses auditives, est secrétaire à la Sédim, une agence immobilière, mais elle est payée une misère et souffre d’un manque de considération de la part de ses employeurs. Son existence triste et solitaire va prendre une tournure différente avec l’arrivée dans la société de Paul Angéli, une nouvelle recrue de 25 ans, plutôt beau gosse, mais qui n’a aucune compétence dans la promotion immobilière. Celui-ci cherche à se réinsérer après avoir fait de la prison. Une histoire d’amour improbable, doublée de manipulation réciproque, va naître entre ces deux marginaux. (Allociné)

Sur mes lèvres (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Pioché au hasard sur Netflix, ce film a été une belle découverte. Emmanuelle Devos joue une Carla extrêmement convaincante que l’on prend rapidement en sympathie, à l’instar de son compagnon interprété par Vincent Cassel. Contrairement à ce que le résumé Netflix laissait entendre, le sujet du handicap n’est pas vraiment central. Oui, Carla entend très mal mais avec ses prothèses, elle n’est pas totalement isolée. Au contraire, avec sa maîtrise de la lecture sur les lèvres, bien loin de la pénaliser, cette particularité se transforme en atout.
Les personnages sont au centre de cette histoire qui est surtout un portrait de deux antagonismes qui vont se rencontrer, s’apprivoiser, s’apprécier et s’influencer mutuellement. On se lie avec ces deux cabossés de la vie et on se prend au jeu, notamment lors des passages légèrement crispants de la seconde moitié. Paroles mesurées, silences, le film laisse la place à leurs émotions, les laissant éclore lentement et nous incluant dans ces moments intimistes et pudiques.
L’histoire, la mise en scène, le jeu des acteurs, tout déborde de sensibilité. Résultat : un film efficace et complètement prenant.

  1. Crimson Peak, de Guillermo del Toro (2015)

Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère qui lui délivre un avertissement : « Prends garde à Crimson Peak ». Edith comprendra, trop tard, le sens de cette mise en garde.

Crimson Peak (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Je vous le dis tout de suite : le scénario ne recèle aucune surprise. Tout est couru d’avance et les « révélations » comme la fin peuvent être décelées bien avant cette dernière. Ce n’est donc pas pour l’histoire que l’on reste devant ce film jusqu’au bout.
En revanche, ce qui est plus fascinant, c’est l’univers victorien sombre et morbide, où les longues robes s’imbibent de sang, où des fantômes décharnés hantent les couloirs et les recoins, où les pièces délabrées murmurent d’abjects secrets. Superbement omniprésent, le décor – le manoir de Crimson Peak – est impressionnant : le lieu est encore habité par sa grandeur passée en dépit des éléments qui semblent se déchaîner contre lui comme pour réduire à néant ce théâtre d’indicibles événements. Les couleurs sont superbes : chaudes et pleines d’espoir en Amérique, elles deviennent glacées et désespérantes une fois de l’autre côté de la mer. Bref, c’est magnifique.
Une Jessica Chastain excellente, aussi séduisante que démente, et un Tom Hiddleston ambigu achève de transformer cette romance vénéneuse en un agréable moment de cinéma.

***

Séries

  1. Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire (VO : Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events), créée par Daniel Handler, Mark Hudis et Barry Sonnenfeld (2017-2019, 3 saisons, 25 épisodes)

Le comte Olaf cherche par les plus vils moyens à dépouiller les trois orphelins Violette, Klaus et Prunille de leur héritage. Les enfants doivent se montrer plus malins que lui, mettre en échec ses plans tordus et le reconnaître sous ses pires déguisements, afin de découvrir la vérité sur le mystérieux décès de leurs parents. (Allociné)

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (série)

(Disponible sur Netflix)

J’ai déjà écrit une chronique relativement complète sur ce que je pensais de cette saga livresque et de la nouvelle série qui en a été tirée, mais à présent que la dernière saison est sortie, je ne peux m’empêcher de vous la conseiller une nouvelle fois.

Trois saisons, 25 épisodes, c’est vite regardé après tout, surtout face à une telle qualité. A y réfléchir, c’est rare qu’une série m’emballe à ce point du début à la fin (en même temps, je ne regarde pas beaucoup de séries, je vous l’accorde) : généralement, je trouve toujours quelque chose à redire. Là, mon enthousiasme ne retombe pas et je me suis sentie bien seule une fois le dernier épisode visionné.
L’histoire ? Fantastique. Délicieusement grinçante, sombre et drôle à la fois. Comme celle des livres, l’atmosphère de la série est à la fois tragique et colorée, poignante et hilarante, absurde et ridicule.
Le casting ? Impeccable. Olaf (Neil Patrick Harris) est fascinant et irrésistiblement attachant surtout lorsque la troisième saison nous dévoile enfin son humanité – un peu perdue certes –, ses faiblesses, ses doutes, ses désirs enfantins d’être aimé ; décidément, ce personnage aussi machiavélique que pathétique me touche terriblement. Le jeu des trois enfants/adolescents (Malina Weissman pour Violet, Louis Hynes pour Klaus et Presley Smith pour Sunny/Prunille) est sans reproche : s’ils sont tous les trois à la mesure de leur personnage, Sunny est tout simplement géniale et adorable d’un bout à l’autre de la série. Mais les acteurs et actrices sont parfait·es quelle que soit leur importance dans la série.
Les révélations ? Bel et bien présentes ! Celles et ceux qui ont lu les livres partageront sans doute ma frustration face aux nombreuses questions laissées sans réponse (« mais qu’y a-t-il dans ce foutu sucrier ?! ») et là, Daniel Handler alias Lemony Snicket nous fait le plaisir de nous révéler de nombreux détails. Non seulement sur le sucrier (mais est-ce la vérité ?…), mais aussi sur VFD : son passé s’éclaire, le schisme nous est expliqué grâce à des flash-backs totalement absents des livres. De la même façon que les actions des membres de la mystérieuse organisation (Jaquelyn Scieszka, Jacques et Kit Snicket, Larry…), que l’on suit parfois dans la série, nous étaient dans les livres aussi inconnues qu’elles l’étaient pour le trio.
Seul reproche : pourquoi le treizième livre a-t-il été adapté avec un épisode au lieu de deux, à l’instar des douze précédents ? pourquoi nous priver de cinquante minutes de plaisir ? (Non mais !)
La photographie ? Sublime. Les couleurs, les costumes (surtout les déguisements loufoques d’Olaf et les tenues « in » paraît-il d’Esmé), les décors, les accessoires… tout émerveille le regard. Trop de détails à observer, trop de belles scènes sur lesquelles on voudrait s’attarder, c’est une réussite.

Le générique – qui reste en tête – nous dit de regarder ailleurs, mais surtout n’en faites rien. Ce serait passer à côté d’une série tout simplement fabuleuse !

Et vous, qu’avez-vous vu de chouette ces derniers temps ?
Je mets souvent longtemps avant de voir les films, mais je suis toujours preneuse de bonnes recommandations, alors lâchez-vous !

La parenthèse 7ème art – Novembre 2018

La parenthèse 7ème art reviendrait-elle avec plus de régularité ? Peut-être… peut-être pas… L’avenir nous le dira, mais en tout cas, voilà quelques petites critiques !

  1. Les Animaux fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald, de David Yates (2018)

1927, quelques mois après sa capture, le célèbre sorcier Gellert Grindelwald s’évade comme il l’avait promis et de façon spectaculaire. Réunissant de plus en plus de partisans, il est à l’origine d’attaque d’humains normaux par des sorciers et seul celui qu’il considérait autrefois comme un ami, Albus Dumbledore, semble capable de l’arrêter. Mais Dumbledore va devoir faire appel au seul sorcier ayant déjoué les plans de Grindelwald auparavant : son ancien élève Norbert Dragonneau. L’aventure qui les attend réunit Norbert avec Tina, Queenie et Jacob, mais cette mission va également tester la loyauté de chacun face aux nouveaux dangers qui se dressent sur leur chemin, dans un monde magique plus dangereux et divisé que jamais. (Allociné)

Les animaux fantastiques 2 (affiche)

Le film tant attendu en cette année 2018. Le film que je ne pouvais pas manquer au cinéma. Alors, verdict ?

J’ai envie de dire, en mode potterhead activé : c’était trop bien ! J’ai passé un excellent moment, j’ai été transportée du début à la fin. Retrouver des personnages adorés, en découvrir d’autres, se faire surprendre par quelques révélations (notamment concernant un certain serpent bien connu), s’émerveiller devant de nouvelles créatures, visiter de nouveaux lieux magiques et visiter un autre Paris, s’étonner devant de nouvelles formes de magie… J’appréhendais Johnny Depp en Grindelwald car je n’étais pas du tout convaincue à la fin du premier opus et finalement, j’étais tellement enthousiaste que je suis passée outre ; quant à Jude Law en Dumbledore, rien à redire ! Ajoutons que le film est juste sublime : les décors, les costumes, les lumières, le design des créatures, les personnages, tout est magnifique. Donc c’était un moment merveilleux, magique, et j’ai adoré chaque seconde passée au cinéma.

Si j’éteins le mode fan, même si je trouve toujours le film passionnant, je ne le trouve pas parfait pour autant. Loin de là. Disons que je trouve qu’il y a beaucoup beaucoup beaucoup de choses dans ce film, trop de choses. Car, si le résultat est totalement entraînant, il semble survoler beaucoup d’éléments. En fait, j’ai un peu l’impression que chaque lieu (le Ministère de la magie français, le monde magique français…) et chaque personnage ne sont pas assez exploités. (Je pense par exemple à un certain personnage évoqué dans le premier tome d’Harry Potter qui finalement n’apporte rien si ce n’est que c’était l’occasion ou jamais de faire un petit coucou, mais c’est valable pour tous : Leta, Tina, Nagini, Credence, etc.) (Je trouve aussi que s’ils passaient moins de temps à développer mille romances pour que tout le monde soit en couple, on gagnerait du temps…) Attention, je ne dis pas la multiplicité des intrigues me déplaît ! J’aime l’idée d’un film riche, dense, avec de nombreuses pistes, sujets, personnages, etc. Je regrette uniquement la superficialité – pas très surprenante, j’ai souvent ce ressenti avec les films – que cela peut donner à certains aspects du film, du fait qu’il ne dure que 2h15.

Quant à la « révélation finale » que je commençais à voir venir au fil du film mais je me disais « non, ils ne vont pas oser ! », je ne sais qu’en penser. Je suis sortie du cinéma en pensant « mouais… c’est un peu gros quand même, où elle va, là, J.K. Rowling ? ». A chaud, j’étais donc très dubitative. Maintenant, je me dis qu’un cliffhanger sert à attiser notre curiosité, à surprendre, donc j’attends impatiemment d’en savoir plus ! Je sais que diverses théories fleurissent déjà sur la toile, mais tout ce que j’espère, c’est que la suite restera cohérente avec les livres Harry Potter, mais je fais confiance à J.K. Rowling et suis curieuse de voir ce qu’elle nous réserve pour la suite !
D’ailleurs, plus je lis et j’entends de critiques négatives, plus j’ai envie d’apprécier et de défendre ce film. Je comprends que l’on puisse aimer ou pas, que l’on ait envie de critiquer certains points (je le fais aussi), mais parfois, je trouve que les griefs sont avancés de façon très péremptoire surtout concernant la fin : il reste trois films à venir et, même si elle a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre, J.K. Rowling a encore le temps de nous étonner et de nous expliquer plein de choses ! Et si on laissait une chance à celle qui a su indescriptiblement nous émerveiller avec Harry Potter ?

Cependant, malgré mes reproches, c’est vraiment un sentiment positif qui ressort, je suis totalement enthousiaste et ravie, ne vous y trompez pas ! Ce n’est pas un film parfait, ce n’est pas un grand film, mais c’est un film fantastiquement divertissant avec des personnages fascinants (bien que trop superficiels) et servi par une esthétique splendide et irréprochable. De plus, j’ai beaucoup aimé certaines thématiques abordées ou certaines directions empruntées par certain·es d’entre eux/elles. Après, je suis très très très curieuse de découvrir les films suivants : n’oublions pas que nous ne sommes qu’en 1927 et que Dumbledore vaincra Grindelwald en 1945, il risque de s’en passer des choses !

 Blackkklansman : j’ai infiltré le Ku Klux Klan, de Spike Lee (2018)

 Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions. (Allociné)

Blackklansman (affiche)

Blackkklansman est un film à la fois intelligent et divertissant. Spike Lee trace un portrait très humain de tous les protagonistes, qu’ils soient flics ou membre de « l’organisation ». Il présente ces derniers comme franchement flippants, sans les caractériser tout de go comme des monstres. La haine qui les habite se dessine progressivement derrière les sourires et les franches poignées de mains. Deux discours cohabitent : le discours officiel, qui n’étale pas sa haine au grand jour, qui prône l’Amérique d’abord (tiens tiens…), c’est-à-dire pour ces gens les Etats-Unis des WASP, les Blancs anglo-saxons protestants, et un discours horriblement violent qui se déploie entre initiés, si possible dans les caves aux murs recouverts d’armes.
Les deux policiers principaux, à savoir Ron et sa doublure blanche pour les rencontres en chair et en os, Flip, sont magnifiquement interprétés par John David Washington et Adam Driver. J’ai beaucoup aimé les tiraillements que connaissent les personnages, plongés dans une situation inédite. Ron, entre les conversations téléphoniques avec le Ku Klux Klan et sa relation avec Patrice, une militante pour les droits civiques, découvre que son statut de policier apparaît aux yeux des autres comme incompatible avec celui de Noir pour l’égalité. Flip renoue avec son identité juive (que le Klan méprise presque autant que les Noirs) qu’il croyait très loin de lui. Bref, un discours intéressant sur l’identité, les communautés et les rêves personnels.
Je ne suis pas une experte sur ces sujets, donc je ne peux totalement juger de la justesse de ce film, mais de mon point de vue plein d’ignorance, je trouve qu’il s’agit d’un film aussi important qu’intéressant, surtout accolé – comme Spike Lee l’a fait – aux images des manifestations de Charlottesville aux Etats-Unis. Un  bon film porté par une incroyable histoire vraie, d’excellents acteurs et une mise en scène soignée. Un film qui fait, d’une manière assez effrayante, écho à l’actualité.

Il est tout de même difficile de chroniquer ce genre de films. En tant que femme blanche, je ne me sens pas très à ma place. Si j’ai été capable de parler un peu de Blackkklansman, je ne me risquerais pas à chroniquer Mississippi Burning que j’ai vu peu après. Car l’aspect humoristique et divertissant passe à l’as dans ce film grave et terrible. J’ai été révoltée par ce qui est montré, révoltée que l’on puisse agir ainsi (et accessoirement révoltée que ce soit l’attaque du Blanche par le Klan qui met finalement un coup de pied aux fesses du FBI et non les multiples agressions de Noir·es…), c’est une haine d’une telle ampleur qu’elle me dépasse totalement.

  1. The Full Monty, de Peter Cattaneo (1997)

Aujourd’hui, Sheffield, qui fut l’orgueil du Yorkshire et le joyau de l’Angleterre, est une ville sinistrée. Le chômage y règne en maître et les hommes désœuvrés errent dans les rues en quête d’illusoires petits boulots. La venue de la troupe des Chippendales, qui, lors de leur spectacle, provoqua un véritable délire chez les spectatrices, va donner des idées à Gaz et ses copains. Si les femmes de Sheffield craquent pour des éphèbes anabolisés, que penseront-elles de vrais hommes, prêts à aller jusqu’au bout en s’exhibant entièrement nus ? (Allociné)

The Full Monty (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Une très sympathique comédie britannique. Une industrie au ralenti, du chômage pour tout le monde, on se croirait dans un film de Ken Loach. Sauf que, mené par un Robert Carlyle en forme, la bande de copains désespérés de voir leur vie leur échapper va se lancer dans le pari fou de passer outre leur âge, leur maigreur, leur embonpoint, leurs complexes physiques et le regard des gens pour proposer un spectacle auquel le voisinage est peu accoutumé. Pour une fois, ce sont les hommes qui complexent et qui se mettent à la place des femmes, comme dans cette scène où l’un d’entre eux fait remarquer à un autre qui vient de juger la poitrine d’une femme qu’il espère que ces dernières auront davantage de respect pour leurs corps à eux. De plus, on sent le poids que cette société met sur leurs épaules. Dans ce milieu ouvrier, un homme qui ne travaille pas ne semble pas très acceptable, surtout quand leurs femmes travaillent. Ainsi, Gerald n’ose pas avouer son licenciement à sa femme et, mois après mois, s’enfonce dans un mensonge ruineux puisque sa femme continue logiquement à dépenser comme avant.
Bourré d’humour, ce n’est donc pas un film qui laisse la tendresse de côté. Ces hommes émeuvent surtout lorsqu’ils entrouvrent l’armure de virilité dont ils se sont longtemps enveloppés. Malin, étonnant, réjouissant, entraînant.

  1. Astérix : Le domaine des dieux, d’Alexandre Astier et Louis Clichy (2014)

Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Exaspéré par la situation, Jules César décide de changer de tactique : puisque ses armées sont incapables de s’imposer par la force, c’est la civilisation romaine elle-même qui saura séduire ces barbares Gaulois. Il fait donc construire à côté du village un domaine résidentiel luxueux destiné à des propriétaires romains : « Le Domaine des Dieux ». Nos amis gaulois résisteront-ils à l’appât du gain et au confort romain ? Leur village deviendra-t-il une simple attraction touristique ? Astérix et Obélix vont tout faire pour contrecarrer les plans de César. (Allociné)

Astérix Le Domaine des dieux (affiche)

A l’heure où sort Le Secret de la Potion magique, le second film Astérix du duo Astier-Clichy, je découvre leur premier opus. Les adaptations d’Astérix en films d’animation des BD ne m’avaient jusque-là jamais enthousiasmée (pour être honnête, je les trouvais très laides et je n’ai jamais eu le courage de tenir plus de quelques minutes). Cette fois, ce fut un excellent moment !
Dire que les fans de Kaamelott ne seront pas dépaysés est un euphémisme. En tant qu’inconditionnelle de la série, je n’ai pas pu m’empêcher d’y songer tout du long. Outre un casting de voix qui titille agréablement nos oreilles – Alexandre Astier, Serge Papagalli, Lionnel Astier, Franck Petiot, Joëlle Sévilla, Brice Fournier… ainsi que ceux qui ont fait des apparitions dans la série tels que Alain Chabat ou Elie Semoun –, on retrouve également le ton de Kaamelott. Les nuls qui ne comprennent rien à rien, les réclamations des subordonnés, les engueulades, la tendresse… Pas de doute, Astier sait parler à notre cœur.
Même si je ne suis pas une experte dans les BD (donc je ne comparerai pas les deux scénarios), je pense que le film parlera aussi aux adeptes des aventures d’Astérix et Obélix. L’humour Astier se double de l’humour des BD pour un long métrage souvent très drôle et l’on retrouvera les inévitables disputes entre Ordralfabétix et Cétautomatix ou le dévastateur chant d’Assurancetourix.
Ajoutons, puisque c’était l’un de mes griefs contre les autres dessins animés qui me sont passés sous le nez, que l’animation est très réussie. C’est doux, c’est chaleureux, c’est beau.  Les personnages sont expressifs et nous touchent aussi bien que s’ils étaient de chair et d’os.
L’histoire en elle-même fonctionne bien. Très énergique, elle interroge sur la mondialisation, l’attrait de la modernité et du confort, l’écologie, tout en mettant en place une sympathique amitié entre les Gaulois et une famille romaine.
Un humour brillamment simple et subtil à la fois qui fait mouche, une pincée d’anachronisme, quelques références culturelles (Le Seigneur des Anneaux, King Kong, Ratatouille, etc.), des personnages inoubliables que l’on retrouve avec une pointe de nostalgie, beaucoup de dynamisme = un film d’animation très réussi, un super moment de cinéma, une immense surprise et beaucoup de plaisir !

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Séries

  1. The Haunting of Hill House, créée par Mike Flanagan (2018, 1 saison, 10 épisodes)

Plusieurs frères et sœurs qui, enfants, ont grandi dans la demeure qui allait devenir la maison hantée la plus célèbre des États-Unis sont contraints de se retrouver pour faire face à cette tragédie ensemble. La famille doit enfin affronter les fantômes de son passé, dont certains sont encore bien présents dans leurs esprits alors que d’autres continuent de traquer Hill House. (Allociné)

The Haunting of Hill House (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Quand on me dit « épouvante-horreur », je ne suis pas forcément hyper motivée dans le visionnage, mais là, quelque chose me tentait bien. Peut-être les aperçus de l’esthétique de la série que j’avais pu avoir à droite à gauche. Quoi qu’il en soit, me voilà partie pour Hill House.
Surprise, après un premier épisode toute tendue par peur d’avoir peur, je me suis aperçue que ce n’était nullement justifié. Bonheur, la série n’abuse pas des jump scare et autres grosses ficelles pour faire sursauter (j’ai donc pu boire mes immenses tasses de thé sans m’en renverser dessus toutes les deux minutes). Je me suis alors détendue, ce qui m’a valu une bonne grosse surprise lors d’une apparition à laquelle je ne m’attendais absolument pas. Plus que des sursauts, le côté épouvante de la série a surtout déclenchée deux ou trois vagues de frayeur à travers mon corps. Je ne suis pas amatrice des films d’horreur, mais quand c’est si bien dosé, j’avoue que c’en est paradoxalement agréable.

Mais alors, si la peur, l’horreur et la terreur ne sont pas le noyau dur de cette série, qu’est-ce que c’est ? Les personnages. La famille Crain. Si tout se passe bien, vous ne voudrez plus les quitter. On apprend à les connaître chacun leur tour, on les voit à travers les yeux de leurs frères et sœurs, on les découvre enfants et on les retrouve adulte. Passé et présent s’entremêlent pour nous offrir un tableau complet de cette famille. J’avoue que j’ai eu un gros coup de cœur pour Theo, Luke et Nell. Concernant Theo, j’ai été bluffée par Mckenna Grace et son regard noir dont émane un incroyable charisme : cette jeune actrice me renverse à chaque fois que je la retrouve (elle m’avait déjà impressionnée dans Mary et I, Tonya).
En fait, il n’y a rien à redire sur cette série. La réalisation est fantastique, on a les avantages de la série qui permettent de développer les personnages de manière bien plus riche qu’un film sans l’inconvénient d’une série qui traîne en longueur sur moult saisons. Servie par une image très belle, l’atmosphère trouble, tordue, névrosée est autant dû aux fantômes qui hantent la maison qu’aux démons qui obsèdent les différents protagonistes. Ceux-ci sont merveilleusement interprétés, que l’on parle des adultes ou des enfants.

Je ne m’attendais à rien de spécial en commençant mon visionnage, ce fut donc un véritable choc. Un véritable coup de cœur que cette mini-série absolument parfaite qui mélange très justement émotions, psychologie et une petite pincée d’épouvante.

Et vous, qu’avez-vous regardé ce mois-ci ?

C’est le 1er, je balance tout ! # 22 – Octobre 2018 (& une inattendue Parenthèse 7ème art)

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

 

 

Côté Top… Littérairement productif et agréable, ce mois d’octobre. Passionnante relecture des Rois maudits, de Maurice Druon, fantastique plongée dans le monde de Tolkien avec Le Silmarillion, déstabilisante découverte avec Way Inn, de Will Wiles, moment paradoxalement brutal et cocooning avec L’habitude des bêtes, de Lise Tremblay… Mais comme ces livres ont été ou seront chroniqués, je vais plutôt vous parler de la saga Malaussène, de Daniel Pennac, achevée avec Des chrétiens et des Maures et Aux fruits de la passion.

J’avais déjà lu le premier tome, mais je n’en avais que peu de souvenirs quand j’ai entamé cette lecture de toute la saga en août 2017. Chaque tome fut un délice, un régal, un véritable enchantement littéraire. Quelle plongée dans cet univers bellevillois qui serait parfaitement crédible s’il n’était cette touche de folie qui saupoudre ces histoires !
Histoires terribles où les homicides sont légion, enquêtes policières, et pourtant, ce qu’il m’en restera, c’est l’humour. L’humour optimiste, l’humour cynique, l’humour farfelu, l’humour né des situations, des malentendus, des personnages, l’humour qui imprègne les pages de ces six romans. Cet esprit drolatique, spirituel et fantaisiste… et l’écriture.
Pennac joue avec les mots, les niveaux de langage, les images, les dialogues, les descriptions, dans un grand mélange hétéroclite à l’instar de la société cosmopolite accueillie par le quartier parisien de Belleville. A chaque tome, je suis restée baba tellement c’est bien écrit. C’est savoureux, mais ce n’est jamais pédant. C’est la prose foisonnante et colorée du conteur, de quelqu’un qui a pris plaisir à écrire ces histoires et à les partager. C’est de l’excellente littérature et c’est de la littérature partage qui, je pense, peut happer aussi bien les grands lecteurs que ceux que la lecture effraie ou rebute un peu.
Les histoires, menées d’une main de maître, captivent ; le rythme dynamique embarque et ne lâche plus sa proie avant la dernière page ; les personnages attendrissent (même si la chronique du blog Les Cheesecakes de Dolores m’a fait réfléchir un peu à la place des femmes de la famille Malaussène, j’avoue que ma lecture n’en a pas été heurtée) ; bref, laissez une chance à cette étrange famille de vous emmener dans son univers chaotique mais chaleureusement familier.

Côté Flop… C’est sans aucun doute Les Morts, de Christian Kracht qui remportent la palme de l’ennui. Ce n’est même pas que j’ai détesté ce roman, c’est qu’il ne m’a inspiré que le néant. J’ai cependant déjà eu suffisamment de mal à écrire ma chronique, je ne vais pas recommencer ici…
Les Chimères de la Mort, d’Eric Simard a également été une déception. Eric Simard, c’est l’auteur de ce fabuleux petit texte intitulé L’enfaon, si beau, si doux, si juste. Ce roman-là triple le nombre de pages et pourtant je l’ai trouvé plus superficiel. Les thèmes, les événements, les personnages, tout est jeté, à peine creusé. Le personnage principal est tout simplement imbuvable et son enfance difficile ne peut tout excuser. Bref, j’en attendais davantage.

Côté challenges…

  • Tournoi des trois sorciers : 260 + 550, soit 810 points pour Poudlard
  • Les Irréguliers de Baker Street : + 1, soit 41/60 ;
  • Les 4 éléments : + 0, soit 13/20 ;
  • Voix d’autrices : + 0, soit 24/50.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Octobre, c’est le mois qui signe le retour du blog Allez vous faire lire ! Je n’y croyais plus, mais si, ça y est, Lupiot et sa team sont de retour. Même si je ne partage pas à 100% l’opinion extatique de Lupiot face à La Belle Sauvage (son avismon avis), la qualité inaltérée de leurs articles est un vrai bonheur ! Lupiot ayant daigné nous informer de ses coups de cœur 2017 (oui oui, 2017), je vous conseille mille fois cette liste terriblement alléchante. En ce qui me concerne, j’ai envie de tout lire.

Dans la catégorie « blogueuses qui se font rares », j’appelle la Récolteuse de mots à la barre ! Son article sur Une bouche sans personne de Gilles Marchand a été une totale découverte (je n’en avais pas entendu parler avant, je n’en ai jamais entendu parler après) et un enchantement. On sent toute sa tendresse pour ce livre, à quel point elle l’a adoré, à quel point il l’a touchée, et ça donne envie de lire ce livre, de lire les autres livres du monsieur, de lire des livres et d’avoir des coups de cœur, bref, c’est une super chronique.

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Le Joli m’a fait découvrir Eddy de Pretto (je ne sais même pas s’il est connu, je suis une quiche en musique, j’en écoute peu et je ne connais pas grand-chose d’actuel…) et, même si je suis une feignasse et je n’ai pas encore écouté plus de deux chansons, j’aime beaucoup ce que j’en ai entendu. En tout cas, il chante des opinions que je partage et ses textes me parlent (homophobie, identité, virilité, liberté, tolérance…). Je suis curieuse d’en écouter plus (il faut juste que j’y pense). Merci pour la découverte !

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

J’ai beaucoup lu, j’ai bu beaucoup de thé sous mon plaid tout doux, j’ai mangé des châtaignes en écoutant le feu craquer et j’ai fait de la compote moi-même.
Voilà.
C’est l’automne.

Et vous ? Que faites-vous alors que l’automne commence enfin à montrer son nez ?

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 BONUS : Parenthèse 7e art

 En ce moment, je n’arrive pas à me motiver pour écrire des critiques cinéma. Même pour des films que j’ai aimé comme Les Evadés, non, ça ne vient pas. J’ai donc quelques rares chroniques qui traînent depuis le mois d’août, attendant que je me décide à étoffer cet article maigrelet. Comme ça n’a pas l’air d’être pour tout de suite (et que je n’ai pas grand-chose non plus à vous faire découvrir sur la toile), je vous les offre ici maintenant tout de suite. Et peut-être que les parenthèses 7e art finiront par revenir plus régulièrement.

  1. Haute Couture (VO : The Dressmaker), de Jocelyn Moorhouse (2016)

Alors qu’elle est encore une enfant, Tilly quitte l’Australie profonde à la poursuite de sa passion : la mode. Vingt ans plus tard, après avoir voyagé aux quatre coins du monde, elle revient dans sa ville natale. Les choses ont depuis bien changé : sa mère ne la reconnaît presque plus, les habitants se méfient d’elle, et son compagnon de jeu d’antan, Teddy, est devenu un homme… Entre secrets, amour, et haute couture, la vie du village va se retrouver bouleversée par le retour de Tilly. (Allociné)

Haute Couture (affiche)

(Disponible sur Netflix)

En réalité, je trouve ce résumé quelque peu erroné. Les choses n’ont pas tant changé dans sa ville natale tant l’atmosphère y a toujours été malsaine et délétère. On découvre peu à peu, à coup de flashbacks, l’enfance de Tilly, souffre-douleur de la brute de l’école (et donc de tous les autres élèves), méprisée par les adultes pour n’avoir pas de père – méprisée et jugée, sa mère l’est aussi pour avoir « fauté ». Elle revient en quête de réponses, de souvenirs effacés à propos d’un sujet dont je ne dirai mot.
Sauf que Tilly – interprétée par Kate Winslet, juste parfaite comme toujours (comme dans tous les films où je l’ai vue en tout cas) – est devenue forte. Elle n’est plus l’enfant qu’on pouvait brimer et insulter. Elle est devenue une femme splendide, intelligente, cultivée, ayant parcouru le monde. Elle a vécu, vu plus de lieux, rencontré plus de monde que ne pourraient en rêver les habitants de cette bourgade australienne… et revient en divinité vengeresse.
Elle peut compter sur le soutien de Teddy (Liam Hemsworth) dont la famille est également mise à l’écart et moquée à cause du handicap mental de son jeune frère. Beau, gentil, séduisant, bref, je n’ai pas grand-chose à dire de Teddy qui semble avant tout là pour le côté romantique un peu lassant mais tellement attendu. Cependant, elle compte parmi ses appuis – bien que peu solide parfois – le Sergent Farrat joué par Hugo Weaving, touche de douceur parmi tout ce mépris ambiant, zeste de folie au milieu de la bien-pensance. Celui-ci est porté par un amour immodéré de la mode et des tissus et l’arrivée de Tilly est synonyme pour lui de nouvelles extases. J’avoue que cet acteur est de ceux qui me mettent dans de bonnes dispositions envers leur personnage et envers le film. Capable de passer de l’agent Smith au Sergent Farrat, du sage Elrond à Mitzi dans Priscilla, folle du désert, j’adore.

Porté par une très belle photographie – éclatante pour les années 1950 avec sa lumière sur le désert, ses robes colorées qui se détachent de la poussière de la route, plus sombre mais léchée pour les flashbacks –, Haute Couture est une histoire dont je n’attendais pas grand-chose et qui m’a bien surprise. La tonalité du film oscille entre drame et comédie, mélange subtil et réussi à mon goût. Des envies de vengeance, une relation mère-fille parfois compliquée mais néanmoins étonnamment tendre (diantre ! je n’ai pas parlé de Judy Davis, époustouflante dans son rôle de mère cassante et parfois insupportable), un peu thriller, un portrait au vitriol d’un village, le tout saupoudré de haute couture, sujet qui ne me passionne pas vraiment mais qui sait décidément me toucher au cinéma (à l’instar de Phantom Thread en début d’année)

  1. Place Publique, d’Agnès Jaoui (2018)

Castro, autrefois star du petit écran, est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd’hui, son chauffeur, Manu, le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie, qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène, sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. Quand ils étaient jeunes, ils partageaient les mêmes idéaux mais le succès a converti Castro au pragmatisme (ou plutôt au cynisme) tandis qu’Hélène est restée fidèle à ses convictions. Leur fille, Nina, qui a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, se joint à eux.Alors que Castro assiste, impuissant, à la chute inexorable de son audimat, Hélène tente désespérément d’imposer dans son émission une réfugiée afghane. Pendant ce temps, la fête bat son plein. (Allociné)

Place Publique (affiche)

J’aime beaucoup Jean-Pierre Bacri et j’aime beaucoup Agnès Jaoui (bien que je réalise que je n’ai pas vu grand-chose de ou avec elle, si ce n’est que je l’ai adorée dans Aurore de Blandine Lenoir), mais je n’avais encore jamais vu de film Jaoui/Bacri. Je répare ça avec leur dernier bébé en date et… je suis quelque peu déçue.
Pourtant, j’aime les films qui dessinent la société, où il ne se passe rien de plus que la vie avec ses échecs et ses réussites. Le film trace des portraits certes caricaturaux mais que l’on reconnaîtra tout de même : la star sur le déclin, la Parisienne à la campagne, l’idéaliste, l’addict aux selfies, le choc culturel avec les paysans du coin… Un discours plutôt pessimiste sur la nature humaine auquel j’adhère totalement. Les dialogues sonnent juste, l’écriture est fine, rien à dire de ce côté-là.
Toutefois, je crois que j’en attendais davantage. Ça ne décolle pas vraiment, la mise en scène est très classique et prévisible, l’humour n’a que moyennement fonctionné (pourtant, le cynisme me parle beaucoup d’ordinaire). Je pensais sans doute aller plus loin dans la critique sociétale, ou dans l’exploration des différentes personnalités. Ou n’ai-je pas adhéré à cette société du spectacle et de la célébrité ? Ou est-ce un message un peu trop appuyé qui m’a lassée ?

Un film bien construit, aux propos pertinents, mais qui me laisse sur ma faim. Je ne laisse cependant pas tomber l’affaire et ai bien l’intention de découvrir les anciens films du duo.

  1. Larguées, d’Eloïse Lang (2018)

Rose et Alice sont deux sœurs très différentes. Rose est libre et rock’n’roll. Alice est rangée et responsable. Elles ne sont d’accord sur rien, à part sur l’urgence de remonter le moral de Françoise, leur mère, fraîchement larguée par leur père pour une femme beaucoup plus jeune. La mission qu’elles se sont donnée est simple « sauver maman » et le cadre des opérations bien défini : un club de vacances sur l’Ile de la Réunion. (Allociné)

Larguées (affiche)

Avec les daubes qui fleurissent chaque été, j’avoue que le label « comédie française » ne me vend pas du rêve. Aussi, il serait dommage de ne pas parler de celles qui relèvent un peu le niveau.
C’est Camille Cottin qui m’a attirée vers ce film (et la critique de La Moustache). Si j’ai deux-trois trucs à redire sur la saison 2 de Dix pour cent, j’avais particulièrement aimé sa prestation. Dans Larguées, Camille Cottin mène la danse, aussi bien dans l’histoire qu’au niveau des actrices et acteurs. Elle y est particulièrement attachante et m’a souvent fait sourire. Face à elle, Camille Chamoux s’en sort haut la main dans son rôle, moins sympathique, de mère et d’épouse qui se veulent modèles. Les deux sœurs n’ont pas grand-chose en commun et les disputes et répliques un peu vaches seront forcément au programme. Rien à dire sur Miou-Miou que son rôle rend un peu trop effacée pour être réellement commentée.
Le film n’est pas exempt de clichés, loin de là, mais j’ai trouvé que la réalisatrice évitait agréablement les lourdes et pesantes caricatures trop souvent présentées dans ce type de film. Elle offre à ses actrices comme à ses acteurs – à la plupart en tout cas – des personnages humains, drôles et touchants.
Une comédie agréable, dynamique et pleine de fraîcheur, entraînée par la fougue et l’insouciance de Camille Cottin. Pas inoubliable, mais un bon moment quand même !
(Par contre… les clubs de vacances, ce n’est vraiment pas mon truc…) 

Séries

  1. Dollhouse, créée par Joss Whedon (2009-2010, 2 saisons, 26 épisodes)

Au sein d’un programme top secret, des hommes et des femmes sont programmés pour remplir des missions spécifiques. Ces dernières peuvent être d’ordre romantique ou physique mais aussi les faire entrer dans l’illégalité. Pour qu’ils remplissent à bien leurs différents contrats, on leur programme à chaque fois une nouvelle personnalité, des capacités et des mémoires différentes. Après chaque mission, leurs souvenirs sont effacés et ils retournent au laboratoire secret nommé Dollhouse. Dans cet étrange univers, Echo, une jeune doll, voit ses souvenirs refaire peu à peu surface. (Allociné)

Dollhouse (photo)

Dollhouse n’est pas une série récente, mais j’ai beau l’avoir vu deux ou trois fois maintenant, je la trouve toujours aussi plaisante à voir. Elle n’est pas sans rappeler Orphan Black par son côté futuriste bien que se déroulant à notre époque (et à l’insu de la plupart des gens) et par ses intrigues conspirationnistes.
Même si l’on se rend compte dès le début qu’Echo est spéciale et que ses souvenirs ne sont pas aussi bien effacés qu’il le devrait, il faut laisser passer les premiers épisodes avant de voir la série s’approfondir et gagner en intérêt (je peux concevoir que les cinq-six premiers épisodes peuvent sembler un peu répétitif). Toutefois, à mon goût, elle mérite qu’on s’y attarde. Elle réussit toujours à surprendre et il n’est pas rare qu’elle joue avec ce que l’on croit savoir pour mieux nous surprendre par la suite.
La seconde saison remonte encore le niveau en proposant des épisodes à la fois tendus et intelligents. La Dollhouse – lieu dérangeant, « poupées » volontaires ou trafic humain ? –, le personnage d’Echo qui devient une vraie personne et non plus une coquille vide… tout cela pose des questions d’ordre éthique, des questions sur l’identité et ce qui fait l’être humain.
La série est brève – deux saisons, vingt-six épisodes – et pourtant, elle ne laisse aucun goût d’inachevé. Joss Whedon et les scénaristes parviennent à combiner concision et précision. Les informations sur les personnages sont suffisamment complètes et intéressantes pour leur offrir une vraie profondeur psychologique tandis que les événements se déroulent avec juste le rythme nécessaire. J’ai beaucoup aimé la fin, inattendue, qui creuse le sujet et développe les conséquences des actes d’Echo.

La plupart des personnages de cette série qui laisse une belle place aux femmes comme aux hommes sont attachants. Même si je ne trouve pas son jeu d’actrice absolument renversant, il y a évidemment Echo (Eliza Dushku) que l’on voit « grandir » – terme surprenant peut-être puisqu’elle est adulte, mais c’est pourtant ce qu’elle fait : apprendre de son passé, s’améliorer, prendre des décisions… Toutefois j’avoue avoir un faible pour Topher (Fran Kranz), le scientifique de la Dollhouse. Ce génie prétentieux doublé d’un enfant gâté et immature est poussé dans ces retranchements, notamment dans la deuxième saison, et fait également partie des personnages qui changent le plus, même s’il y a quelque chose de tragique et de poignant dans son évolution. Mais il y a aussi le touchant duo Sierra-Victor (Dichen Lachman et Enver Gjokaj) qui se retrouvent toujours quelle que soit l’identité qu’on leur imprime (ou l’absence d’identité), la glaciale et imperturbable Adelle DeWitt (Olivia Williams), la directrice solitaire de la Dollhouse.

Une série intelligente, proposant un juste mélange d’action et de réflexion, qui met en scène des personnages qui ne m’ont pas laissée indifférente. Apparemment, c’est loin d’être une série qui fait l’unanimité (mais en existe-t-il réellement ?), mais en ce qui me concerne, je la trouve très réussie.

La parenthèse 7ème art – Juillet 2018

Je ne suis pas très cinéma en ce moment, j’ai besoin de films qui me font rire, qui me transporte pendant une heure ou deux, des histoires divertissantes et des personnages attachants, voilà ce que je demande !

(Vous l’aurez constaté, pas de « C’est le 1er » pour juillet, mais vous parlerai de mes lectures du mois dans un double bilan le 1er septembre.)

Nouveautés

  1. Au poste !, de Quentin Dupieux (sortie le 4 juillet 2018)

Un poste de police. Un tête-à-tête, en garde à vue, entre un commissaire et son suspect. (Allociné) (= le plus court synopsis jamais vu)

Au poste ! (affiche)

Parler de ce film ne va pas être une chose aisée, tout simplement parce que je n’ai pas mille chose à en dire. A l’image de la plupart des films de ce bilan, c’est un film sans trop de prise de tête. Enfin, je suppose qu’il y a deux façons de le regarder. 1, on ne se prend pas la tête, on se laisse porter, on s’étonne sans trop questionner pour autant tout l’absurde du film, on ne cherche pas le pourquoi du comment. 2, on fait tout le contraire, on se pose dix mille questions, on s’interroge sur le pourquoi du comment, et tout et tout. A vrai dire, je ne suis pas certaine qu’il y ait un pourquoi du comment.
Pour être honnête avec vous, je n’ai compris ni la scène d’ouverture ni la fin (si quelqu’un a une explication, je serais ravie qu’il ou elle la partage avec moi, si possible avant que je n’aie oublié tout le film). En revanche, si on se concentre sur ce qui se trouve au milieu, j’ai globalement aimé. L’humour est noir, décalé, farfelu, porté entre autres par le gouffre entre un suspect qui respire l’innocence et la banalité (Grégoire Ludig) et des policiers loufoques/idiots/anormaux qui ne se rendent absolument pas compte de leur loufoquerie/idiotie/anormalité.
Le scénario, au fil des flash-backs qui accompagnent l’interrogatoire, mêle le passé, le présent et le futur dans un méli-mélo intrigant. Pas ou peu d’action ou de suspense dans ce presque huis-clos, juste un long bavardage entre deux hommes qui ne se comprennent pas beaucoup. Un texte savoureux et surprenant.
Un film plutôt barré, 1h13 d’absurde et d’excentricité. Il ne restera peut-être pas dans mes annales personnelles, mais j’ai néanmoins passé un bon moment.

  1. Les Indestructibles 2 (VO : The Incredibles 2), de Brad Bird (sortie le 4 juillet 2018)

Notre famille de super-héros préférée est de retour ! Cette fois c’est Hélène qui se retrouve sur le devant de la scène laissant à Bob le soin de mener à bien les mille et une missions de la vie quotidienne et de s’occuper de Violette, Flèche et de bébé Jack-Jack. C’est un changement de rythme difficile pour la famille d’autant que personne ne mesure réellement l’étendue des incroyables pouvoirs du petit dernier. Lorsqu’un nouvel ennemi fait surface, la famille et Frozone vont devoir s’allier comme jamais pour déjouer son plan machiavélique. (Allociné)

Les Indestructibles 2 (affiche)

Un méchant, des super-héros pour le contrer : rien de bien original, me direz-vous. Cependant, je trouve qu’un petit effort a été fait sur l’ennemi du film. Son projet n’est pas de contrôler ou détruire le monde (enfin un peu d’imagination !), mais de pousser les humains à avoir confiance en eux et non pas seulement en les supers, à ne plus leur confier aveuglément leur vie, à ne plus fuir le danger quitte à ne plus vivre. (Par contre, pas vraiment de surprise sur son identité.)
Néanmoins, le point fort de ce film d’animation reste la famille Parr. Malgré les disputes ordinaires du quotidien, parents et enfants sont unis. Ils rigolent, se soutiennent et aiment faire des choses ensemble. Au-delà de leurs fantastiques capacités, ce sont les relations entre frères et sœur, entre père et fille, entre parents et enfants qui sont racontées : comment trouver sa place, concilier travail et vie de famille… Au centre de cette famille, l’inénarrable Jack-Jack aux multiples pouvoirs et au petit côté cartoon qui nous offre les moments les plus drôles du film, le tout sans un mot bien sûr.
Cet opus met en avant un père habitué à travailler et à protéger sa famille (c’est ainsi qu’il se voit en tout cas) qui se retrouve à gérer les déboires d’une maisonnée tandis que la mère sauve le monde. S’il prend très mal cette inversion des rôles – sa jalousie machiste est d’ailleurs particulièrement agaçante –, il découvre que soutenir l’aînée dans ses problèmes de cœur, aider le cadet à faire ses maths et contrôler le benjamin qui s’amuse avec ses pouvoirs est loin d’être facile et de tout repos. Elastigirl est sur le devant de la scène et laisse sa place de femme au foyer, et ça fait du bien !

Les Indestructibles 2 (affiche)

Outre l’humour qui touche juste et les thématiques actuelles sur la parité, on retrouve aussi cette atmosphère qui combine à merveille années 1950 et technologie de pointe, cette animation dynamique et fluide, les anciens personnages (Frozone, la géniale Edna Mode…) auxquels s’ajoute toute une panoplie de petits nouveaux… Bref, à ma grande surprise, voilà une suite très réussie qui surpasse le premier (sympathique, mais au scénario un peu trop banal).

(Par contre, je suis très en colère contre le cinéma qui n’a pas diffusé le court-métrage censé accompagné ce Pixar, « Bao », et qui est apparemment très émouvant ! Pourquoi ?)

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 Autres films

  1. Her, de Spike Jonze (2014)

 Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de « Samantha », une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux. (Allociné)

Her (affiche)

Je n’attendais pas grand-chose de ce film dont je n’avais que l’affiche – sur laquelle je n’avais absolument pas reconnu Joaquin Phoenix – et un vague synopsis et j’ai finalement été extrêmement surprise. En bien évidemment. Ce qui m’a convaincue : le scénario, l’atmosphère et le jeu de Joaquin Phoenix.
Le scénario est intelligent et sensible. Il évoque un futur pas si surréaliste et y mêle la complexité des relations humaines, relations amoureuses tout particulièrement. Il interroge les histoires d’amour avec un postulat certes étonnant mais qui se révèle incroyablement captivant. En arrière-plan, on constate que, progressivement, l’arrivée de cette intelligence artificielle très perfectionnée – capable d’améliorations, d’humour et de sentiments – éloigne les gens les uns des autres, reflet amplifié de nos têtes penchées sur des écrans.
L’atmosphère est chaleureuse, les teintes sont chaudes et intimistes. On est rapidement immergé dans le quotidien de Theodore, terriblement familier avec ses doutes, ses regrets, ses peines.
Il faut dire que le Theodore interprété par Joaquin Phoenix est particulièrement attachant. Je n’ai plus vu l’acteur, mais une personne comme tout le monde. Son jeu tient en des regards, des postures, des inflexions de voix, et je l’ai trouvé très juste, à l’instar des actrices qui l’entourent, Amy Adams en tête.
Une touche de poésie et un soupçon de chagrin pour un film subtil et touchant.

  1. Il était temps (VO : About Time), de Richard Curtis (2013)

À l’âge de 21 ans, Tim Lake découvre qu’il a la capacité de voyager dans le temps. Tim ne peut changer l’histoire, mais a le pouvoir d’interférer dans le cours de sa propre existence, qu’elle soit passée ou à venir. Il décide donc de rendre sa vie meilleure en se trouvant une amoureuse. Malheureusement les choses s’avèrent plus compliquées que prévu. (Allociné)

About Time (affiche)

Quand je vous dis que j’ai besoin de films pas trop exigeants, voilà que je tape dans la comédie romantique. Cela dit, ce film présentait un argument de choix, un argument auquel je ne peux résister : Bill Nighy. Que voulez-vous, j’adore cet acteur. Il semble relégué aux seconds rôles (pourquoi ?) et pourtant chacune de ses apparitions est excellente. Que ce soit dans les films du trio Edgar Wright/Simon Pegg/ Nick Frost, Pride, Good Morning England, Indian Palace, Harry Potter ou tant d’autres, il est absolument génial, charismatique, drôle, touchant, inoubliable.
Commençons donc par les personnages. Bill Nighy joue le père et je ne saurais dire à quel point son humour pince-sans-rire marié avec sa tenue toujours un peu guindée m’a réjouie. (Et je m’arrête là bien que je pourrais vous sortir une interminable liste de superlatifs sans avoir réussi à vous dire à quel point j’aime cet acteur.) J’ai ensuite beaucoup aimé le jeu de Domhnall Gleeson (que vous aurez aussi vu dans Harry Potter dans le rôle de Bill Weasley), sa naïveté ahurie, sa gentillesse, son air un peu niais. Les actrices sont largement à la hauteur de leurs homologues masculins, que ce soit Lydia Wilson dans le rôle de la fantasque Kit Kat, sœur de Tim, ou Rachel McAdams dans celui de la femme de ce dernier. Les seconds rôles sont nombreux et intéressants, ressorts comiques essentiels et pourtant réalistes, et que dire du fait que c’est aussi ce film qui offre son dernier (mini) rôle à Richard Griffiths.
Ensuite, pour moi, l’abonnée aux regrets et aux remords et aux « si seulement… », cette opportunité de voyager dans sa propre vie me fait rêver. (Déjà, je commencerai par l’utiliser comme Bill Nighy – toujours lui – : en profiter pour lire et relire des centaines de livres !) Le sujet du voyage temporel est joliment exploité tandis que le film aborde aussi avec justesse celui des relations père-fils. L’amour est certes au cœur de ce film, mais ce n’est pas uniquement « le grand amour », c’est aussi les amours de jeunesse, l’amour pour une sœur, un père, une mère (bien que celle-ci soit assez invisible au final) et l’amitié.
Un pouvoir extraordinaire pour une vie ordinaire et pourtant merveilleuse. Un film léger et sympathique, drôle souvent et émouvant juste ce qu’il faut, qui donne envie de voir le verre à moitié plein. Certes, c’est plein de bons sentiments, et alors ? De temps en temps, c’est bien agréable. Surtout quand le scénario est intelligent, que le film n’est pas dépourvu d’originalité et que le casting est aussi brillant.

  1. Good Morning England (VO : The Boat That Rocked), de Richard Curtis (2009)

Carl vient de se faire renvoyer du lycée, et sa mère a décidé qu’il irait réfléchir à son avenir auprès de son parrain, Quentin. Il se trouve que celui-ci est le patron de Radio Rock, une radio pirate qui émet depuis un bateau en mer du Nord peuplé d’un équipage éclectique de DJ’s rock and roll. La vie en mer du Nord est riche en événements. (Allociné)

Good Morning England (

Avoir découvert About Time m’a donné envie de revoir Good Morning England du même réalisateur. On y retrouve Bill Nighy (je recommence mon speech à son sujet ?) accompagné de Nick Frost, Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans (aka Xenophilius Lovegood (oui, j’ai découvert les acteurs britanniques dans Harry Potter, et alors ?)), Emma Thompson (oui, il y a aussi Trelawney et Lockhart dans ce film)… du beau monde donc. Pour être honnête, je suis faible et tous ces excellents acteurs et actrices suffisent à me mettre de bonnes dispositions envers ce film.

S’ajoutent à cela :

  • L’immersion dans une bulle de folie au milieu de l’océan où les maîtres mots sont musique, plaisir et liberté ;
  • La plongée dans une époque aux visages contradictoires, à la fois restrictive et libertaire ;
  • La BO, pleine de morceaux cultes (alors que je n’y connais rien en musique), dynamique et entraînante ;
  • Les personnages, hauts en couleurs, attachants ;
  • Les relations entre les personnes à bord, entre ces derniers et le monde extérieur (le gouvernement, les filles…) ;
  • Beaucoup de plaisir, d’humour et de tendresse !

Bref, encore un film qui fait du bien !

  1. Docteur Patch (VO : Patch Adams), de Tom Shadyac (1998)

Voici l’histoire vraie d’un étudiant en médecine qui défia la profession et risqua son avenir en prônant les vertus thérapeutiques du rire. Tout commence en 1969, quand Hunter Patch Adams, admis dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide, découvre qu’il a le don de réconforter les patients par ses clowneries.
En 1971, Patch commence ses études de médecine. Sa gaieté lui attire d’emblée l’inimitié de ses condisciples et l’hostilité du recteur Walcott. Mais Patch persévère. Intimement convaincu du bien-fondé de sa philosophie, il appliquera avec succès ses théories. (Allociné)

Docteur Patch (affiche)

Un personnage iconoclaste et anti-conformiste pour Robin Williams, à l’image de son personnage de M. Keating dans Le cercle des poètes disparus. Sauf qu’il est cette fois étudiant en médecine. Dans ce milieu guindé et trop sérieux, Patch détonne et parfois dérange : il promeut le rire. Il fait le pitre devant les jeunes malades, se met en quatre pour réaliser les rêves les plus fous des patients, il sympathise avec les infirmières, il porte des chemises bariolées. Bref, il apporte un vent de fraîcheur dans cet hôpital et réhumanise les patients. C’est un beau film, qui donne envie de sourire (et d’aller à l’hôpital pour être soigné par Patch). Certes, il n’est pas parfait – un message parfois enfoncé à coups de marteau et un événement dramatique qui se révèle assez inutile – mais c’est une comédie agréable doublée du portrait, certes romancé, d’un homme généreux interprété par un acteur incroyablement juste.
Ce n’est pas un grand film et on frôle parfois l’overdose de bons sentiments, mais c’est un film très sympathique, tendre et divertissant qui donne envie de donner davantage justement.

Et vous, quelles découvertes cinématographiques avez-vous faites
au cours de ce mois de juillet ? 

La parenthèse 7ème art – Mai-Juin 2018

J’avais zappé le mois de mai car il n’y avait qu’un film dans mon article, mais le mois de juin n’a pas été plus glorieux.

Pourquoi ce vide ? Je n’ai pas regardé grand-chose d’une part et, de l’autre, il y a d’autres films (ou série) vus mais qui ne m’inspirent pas de critique pour autant. Exemples : Kaamelott, livres 5 et 6 (c’est absolument génial, mais tout le monde – ou presque – connaît et je vous parlerai bientôt d’un livre sur le sujet), la saison 3 de Chasseurs de Trolls (que dire de plus que sur les deux premières), Sacré Graal ! et La vie de Brian des Monty Python (j’adore, mais je ne me sens franchement pas de taille face à des films cultes pareils). Et puis il y a les films qui ne me laisseront pas un souvenir impérissable comme Black Panther (lisez plutôt la chronique de June, je suis tout à fait d’accord avec elle *flemmarde*), Suburbicon ou… d’autres que j’ai déjà oublié. Et puis aussi, j’ai un peu la flemme. J’ai déjà du retard dans les livres alors je repousse, je repousse les films jusqu’à ce qu’ils passent à la trappe.

Je compense donc avec une longue chronique sur La légende de Korra (ça ne vous console pas ? zut !) et ne vous promets pas une amélioration pour les mois à venir.

Nouveautés

Le néant.
Je n’ai pas remis les pieds dans une salle de cinéma depuis le mois d’avril.  

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 Autres films

  1. Frances Ha, de Noah Baumbach (2013)

Frances, jeune New-Yorkaise, rêve de devenir chorégraphe. En attendant, elle s’amuse avec sa meilleure amie, danse un peu et s’égare beaucoup… (Allociné)

Frances Ha (affiche)

La découverte de Lady Bird m’a donné envie d’explorer quelque peu le travail de Greta Gerwig et je ne pouvais que commencer par Frances Ha – dont elle a coécrit le scénario avec Noah Baumbach et dans lequel elle joue le rôle principal – qui me faisait de l’œil depuis une éternité.

J’ai immédiatement été immergée dans ce film et je peux pour cela remercier Frances. Ce personnage est tellement agréable, elle n’a cessé de me faire rire par son côté décalé et son enthousiasme, par sa maladresse et ses boulettes. Greta Gerwig est incroyablement expressive et son interprétation est telle qu’on n’imagine pas qu’elle joue un rôle. Elle crève l’écran, illuminant tout autour d’elle. Bref, Frances existe !
Cependant, tous les acteurs et actrices jouent leurs rôles à merveille, avec un naturel et une grâce folle. L’intelligence et la justesse des dialogues contribuent à la perspicacité du film tandis que le noir et blanc sublime les images et les visages. C’est une esthétique qui me plaît beaucoup d’autant plus qu’elle est assez surprenante dans un film très contemporain comme celui-ci.

C’est un film très frais et spontané, ce qui peut sembler surprenant car les scènes étaient filmées plusieurs fois jusqu’à atteindre la perfection souhaitée par le réalisateur.

Pendant une heure et demie, on suit Frances, de désillusions en désillusions, dans sa découverte du monde des adultes, les tranches de vie se succèdent, touchantes, drôles, amères, mais toujours vraies et sincères. Un très beau film sur pas grand-chose comme je les aime.

  1. Shining, de Stanley Kubrick (1980)

Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le « Shining », est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés. (Allociné)

Shining (affiche)

Bon, j’en ai déjà parlé dans mon article sur Shining, mais je le remets ici quand même en développant un peu plus certains éléments. (Et puis, il faut bien étoffer un peu cet article assez pauvre ce mois-ci.)
Comme je l’expliquais alors, il s’agit d’un second visionnage. Le premier, il y a fort longtemps, ne m’avait pas convaincue du tout, mais la lecture – ô combien excellente – du roman m’a donné envie de retenté le coup (et de comparer les deux).
Conclusion : ce n’est pas un mauvais film en soi, mais il est nettement en deçà du roman. D’ailleurs, il n’a parfois rien à voir avec ce dernier puisque Kubrick en a ôté tous les meilleurs éléments.

La psychologie des personnages est très pauvre. A peine en route pour l’Overlook que Jack Torrance est déjà de mauvais poil. Il n’y a pas vraiment l’optimisme joyeux qui anime toute la famille lors de son installation à l’hôtel dans le roman. Ici, Jack ne perd pas de temps avant de commencer à dérailler. Jack Nicholson a parfaitement la tête de l’emploi et, bien que son sourire et son regard impayables m’ont souvent fait rire et me le rendent très sympathique, il ne l’est guère en réalité. Bye bye la bienveillance et la tendresse de l’auteur pour ce personnage que nous ne pouvons réellement détester dans le livre.
D’autre part, Wendy (incarnée par Shelley Duvall) est absolument insupportable. Elle apparaît complètement cruche et lâche, et tout, de sa manière de parler à sa façon de courir, m’a fait lever les yeux au ciel.
De même, Danny (joué par Danny Lloyd) est froid, uniquement présenté comme un gamin medium flippant. Il n’a plus les comportements d’enfant, mâtinés de remarques perspicaces et matures, qui le rendaient si attachant dans le roman.

Ensuite, le film ne fait pas ressentir l’emprise malfaisante de l’hôtel sur ses locataires. Sa présence n’est pas aussi vivace que dans le roman et Jack apparaît finalement comme le grand méchant (alors que c’est bel et bien l’Overlook le responsable de tous les maux dans le texte). L’ajout de scènes sanglantes n’apporte rien (préférence personnelle : la tension psychologique fonctionne mieux que le gore pur avec moi). Les échos d’une fête passée et des animaux en buis qui bougent sans en avoir l’air me semblent plus efficaces qu’un ascenseur en sang, mais bon…
Un autre gros regret touche à la disparition du maillet de roque au profit de la hache. Moins original, plus expéditif. J’avoue ne pas comprendre ce choix car les coups de maillet martelant les murs des couloirs de l’hôtel avaient efficacement résonnés à mes oreilles de lectrice. En outre, un maillet me semble plus effrayant : un coup t’écrabouille, te broie les os et les chairs, alors qu’un coup de hache a de fortes chances de te tuer illico. Perso, je trouve la souffrance plus terrible que la mort, mais chacun son point de vue.
Enfin, la fin n’a rien à voir avec celle de King. Cette dernière est porteuse d’émotions et de tendresse. Dans le film, la fin n’a pas de sens comme peut en avoir celle du livre. La destruction de l’Overlook n’arrive jamais et n’a même pas besoin d’être puisque l’hôtel n’est pas ressenti comme le véritable mal.

Finalement, cet article est surtout une longue comparaison avec le livre dont il est une très mauvaise adaptation. Peut-être l’aurai-je davantage apprécié si je n’avais eu cet élément de comparaison. Malgré mon immense déception, j’ai néanmoins passé un moment sympathique porté essentiellement par l’incarnation incroyable de Nicholson, personnification même de la folie.

  1. Interstellar, de Christopher Nolan (2014)

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire. (Allociné)

Interstellar (affiche)

Ça y est, j’ai enfin vu Interstellar. Il faut savoir que j’ai, à domicile, quelqu’un qui me bassine avec Interstellar depuis quatre ans. Or, plus on me parle d’un film, moins j’ai envie de le voir. J’ai tout de même fini par être partante… et il s’est passé ce qu’il se passe – quasiment – toujours quand on se met à avoir des attentes démesurées : déception. C’est peut-être un mot un peu fort, d’autant que je l’ai malgré tout trouvé très bien. Disons que je m’attendais à ce que ce soit mieux. Qu’il m’apporte un regard neuf sur le cinéma, qu’il bouleverse ma vie (au moins). Alors qu’en réalité, il n’a rien marqué du tout. (D’où la brièveté de ma critique.)

Globalement, je l’ai trouvé assez prévisible. Pas tout heureusement : je n’avais pas du tout anticipé l’explication du « fantôme » de la jeune Murphy. En revanche, les interactions entre les personnages – qui meurt, qui vit, qui a de mauvaises intentions… – ainsi que la fin restent aisément devinables.

En revanche, il s’est révélé très bien fait et immersif, que ce soit au niveau des décors, de la musique ou du jeu des personnages. La relation de Cooper (Matthew McConaughey) et ses enfants, notamment sa fille Murphy (jouée par Mackenzie Foy, puis par Jessica Chastain), est pleine de tendresse malgré les heurts, les colères et les regrets. Le jeu avec les distorsions temporelles ajoutent une gravité unique à cette relation père-fille. Bref, malgré mes reproches ci-dessus, je trouve l’exploration des sentiments humains très juste en mettant ses personnages face à des dilemmes parfois cornéliens. J’ai également été surprise et ravie de retrouver Timothée Chalamet. Sans surprise en revanche, je me suis beaucoup attachée aux robots, notamment TARS qui apporte une touche d’humour (je porte bien souvent davantage de tendresse et d’intérêt aux robots et aux animaux qu’aux êtres humains).
C’est un film intéressant et intelligent qui nous plonge dans les mystères de l’espace. Son point fort est qu’il le fait de manière tout à fait compréhensible pour le non-initié et, d’après ce que j’en ai lu, de façon sérieuse et basée sur des recherches d’astrophysiciens.

Interstellar est un film tout à fait excellent, très bien réalisé, parfaitement joué, et je regrette qu’il ait à pâtir des critiques dithyrambiques qui ont fleuri de tous les côtés et qui ont fait enfler mes expectatives. On lui reproche parfois d’être trop long ou compliqué, je ne suis pas d’accord avec ça : je n’ai pas vu le temps passer et je n’ai pas eu non plus eu l’impression de suivre une thèse en astrophysique. J’ai été captivée et entraînée dans cette histoire qui replace l’être humain au rang de grain de poussière (un grain de poussière pas décidé à lâcher l’affaire, mais bon).

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Séries

  1. La Légende de Korra (VO : The Legend of Korra), créée par Michael Dante DiMartino, Bryan Konietzki (animation, 2012-2014, 4 saisons, 52 épisodes)

70 ans après les événements d’Avatar, le Dernier Maître de l’Air, voici les aventures du nouvel élu, une adolescente passionnée, courageuse et intrépide de la Tribu d’eau du Sud nommée Korra. Maîtrisant trois des quatre éléments, c’est sous la tutelle du fils d’Aang, Tenzin, que Korra commence sa formation pour maîtriser le dernier élément : l’air. Mais le parcours de notre jeune prodige sera semé d’embûches, le danger gronde… (Allociné)

La légende de Korra (affiche)

Après avoir vu Avatar, j’avais très envie de retrouver cet univers avec la suite sortie quelques années plus tard. Si je préfère l’originale, cette nouvelle série de quatre saisons est néanmoins sympathique.

Point fort : les créateurs ont su proposer de nouveaux personnages, assez différents de ceux d’Avatar (et légèrement plus âgés). Tout d’abord, il y a la nouvelle Avatar, Korra. Loin de la bienveillance et la sagesse monastique de son prédécesseur, loin de la gentillesse maternelle de Katara, Korra est musclée (loin de la minceur douce de tant d’héroïnes de dessins animés), impétueuse, têtue et décidée. Elle a mauvais caractère et tendance à agir avec impulsivité et elle est amenée à énormément évoluer au fil des épisodes. Ses mésaventures avec les ennemis et autres maîtres qui se mettent sur son chemin la feront douter, mûrir et gagner en réflexion et en sagesse.
Elle peut compter sur l’aide de la Team Avatar. Asami est inventeuse et ingénieure : elle reprend la firme de son père et développe de nouvelles machines. Si elle ne possède aucune maîtrise, elle peut compter sur son intellect, sa connaissance de la technologie et des techniques d’auto-défense.
Mako, maître du feu réservé, et Bolin, maître de la terre, complètent l’équipe. Les garçons, en revanche, présentent un peu moins d’intérêt. Bolin ressemble à Sokka avec son rôle de boute-en-train et leur relation de frères évoque la dynamique entre Katara et Sokka – l’un plus réfléchi, l’autre plus ouvert, etc. Toutefois, ils remettent en question certains stéréotypes masculins. Bolin, ce grand émotif, sa relation compliquée avec Eska. Mako, ce timide parfois inconfortable avec ses histoires d’amour.
La Légende de Korra présente, comme Avatar, toute une galerie de personnages secondaires. Malheureusement, ceux-ci sont globalement peu développés. Même s’ils ont essayé de titiller mon côté fangirl en me présentant les enfants de Aang et Katara ou de Toph. Même si j’avoue avoir eu un faible pour Tenzin, sa famille, ses trois enfants si différents mais attachants, sa relation avec son frère aîné Bumi…

J’ai été surprise de voir que le monde qu’arpentaient Aang et ses amis avait tant changé. La technologie a fait son apparition. J’avoue que ces grandes villes en pleine révolution industrielles, peuplées de voitures et d’armes à feu, m’ont moins séduites que les cités qui existaient soixante-dix ans auparavant. Néanmoins, la modernisation permet d’aborder de nouveaux sujets et de contrebalancer le pouvoir illimité des maîtres dont dépendaient ceux qui n’avaient pas de maîtrise (et qui parfois en subissaient la puissance). Cette suprématie remise en question sera d’ailleurs au cœur de plusieurs épisodes.

Il y a un autre changement. Dans la série originale, les trois saisons poursuivaient un but commun : vaincre le Seigneur du Feu et rendre au monde sa liberté. Les épisodes étaient presque indépendants et, ceux en deux parties mis à part, présentaient à chaque fois une étape du périple de l’Avatar et ses amis. Une aventure après l’autre. Or, dans cette suite, chaque saison a son propre fil conducteur. Un méchant apparaît et la Team Avatar mettra entre douze et quatorze épisodes pour le vaincre. Difficile d’en rater un sans être perdu dans l’histoire.
Et j’avoue que ce format répétitif a failli me lasser (seulement je suis curieuse, donc j’ai continué). Le/la méchant.e arrive, ça devient de pire en pire, « ouh la la, ça devient vraiment très très pire là », « han, comment vont-ils s’en sortir ? », « ils sont fichus… », dernier épisode et… « ah ben non en fait, ça y est, il/elle a eu son compte ». Au bout de la quatrième fois, ça devient lassant et ça donne l’impression qu’ils pourraient rajouter une cinquième saison, et une sixième, et une septième… et je n’aime pas les séries à rallonge. Bon, du coup, ça n’a pas l’air d’être le cas, mais il n’y a pas ce point final qui clôture vraiment la saison (contrairement à Avatar où on se dit, avec un petit pincement au cœur, « cette fois, c’est vraiment fini… »).

Néanmoins, je ne peux détester ces deux derniers points car ce sont eux qui ont permis de renouveler de manière innovante et intéressante la série originale. Ils amènent de nouvelles questions philosophiques et politiques. Les différents « méchants » qui se succèdent n’ont pas forcément que des mauvaises intentions. Le premier demandait l’égalité entre maîtres et non-maîtres, le second rêvait de réunir monde physique et monde spirituel et laisser aller et venir les esprits, le troisième prônait la liberté du peuple contre les monarchies et autres dictatures et la quatrième voulait offrir la paix à son pays. D’ailleurs leurs philosophies seront parfois suivies par Korra bien que d’une autre manière, plus pacifique et apaisée.

Sans réelle surprise, La Légende de Korra reste en deçà de la série originale. Si je relativise sur les points soulevés plus hauts, j’ai en revanche vivement regretté le manque d’évolution des personnages – Korra mise à part –, les triangles amoureux niais et l’absence des voyages qui m’avaient tant fait rêver dans la première série. Elle aura toutefois permis d’aborder de nouveaux thèmes et de nous faire découvrir les origines du premier Avatar au cours d’un double épisode captivant !

En outre, je lui sais gré d’avoir proposé des personnages masculins qui changent des stéréotypes – sensibles, rêveurs, romantiques, adeptes de shopping… – et offert une place valorisée aux personnages féminins – que ce soit Jinora surpassant son père grâce à sa connexion avec les esprits, la muette Zhu Li obligeant finalement son exigeant patron à reconnaître son travail et son indispensabilité dans leur duo, Kuvira, enfin une « méchante », déterminée, puissante et jolie (car si la plupart des filles sont toujours désespérément et banalement jolies, ce n’est pas le cas des méchantes, sorcières, reines tyranniques et autres marâtres qui sont souvent d’une laideur innommable, donc pour le coup, c’est aussi un changement appréciable (par contre, il n’y a pas de gentille moche, faut pas abuser !)) – et même une esquisse de relation entre Korra et Asami (mais comme ce n’est que la dernière image de la série, je trouve quand même ça un peu léger).

Avatar et La légende de Korra