La parenthèse 7ème art – Avril 2018

Nouveautés

  1. Moi, Tonya (VO : I, Tonya), de Craig Gillespie

 En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression. (Allociné)

Moi, Tonya (affiche)

Je crois que j’ai tout aimé dans ce film. La façon dont il est construit en y insérant des « interviews » des protagonistes. L’humour subtilement dosé, subtilement injecté, parfois absolument cruel ou désespérant, sachant laisser place à l’émotion juste au bon moment. La façon dont est filmé le patinage : dynamique, sportive, précise, fascinante. Les rôles de la mère (Allison Janney) et de Tonya Harding (Margot Robbie, l’excellente Harley Quinn d’un Suicide Squad sans aucun autre intérêt). Le caractère de cette dernière : volontaire, arrogant, sans filtre.
J’ai vraiment apprécié le personnage Tonya Harding et ce film m’a donné l’impression de réhabiliter quelque peu la sportive et la jeune femme qu’elle était. De ce que m’ont dit des personnes suffisamment âgées pour avoir suivi cette affaire, elle était perçue uniquement comme une fille très dure et la méchante de l’histoire, son exploit avec le triple axel passant complètement à l’arrière-plan. Ici, on voit un être humain vraiment malmené physiquement et psychologiquement par sa mère, puis par son premier petit ami/mari.
Le film dénonce aussi un milieu sportif qui discrimine les patineuses en fonction de leurs origines sociales et qui préfère mettre à l’honneur de petites princesses à la vie parfaite plutôt que le talent s’il vient d’une fille un peu rustre, endurcie par une vie difficile. Je ne sais pas si telle est la réalité du monde du patinage artistique, mais les injustices dont Tonya est parfois victime sont consternantes. Si, contrairement à ce qu’elle affirme plusieurs fois dans le film, elle n’est pas toujours étrangère à  tout ce qui lui arrive, effectivement, ce n’était pas entièrement de sa faute : quel que fut son implication, elle a été surtout rattrapée par la violence qui l’a élevée.

Un film énergique et passionnant, drôle et émouvant, porté par deux actrices absolument parfaites.

(Le rôle de la jeune Tonya est joué par Mckenna Grace que j’avais découverte dans Mary : son regard noir transmettant à la fois force et vulnérabilité, elle est une nouvelle fois excellente.)

  1. L’île aux chiens (VO : Isle of Dogs), de Wes Anderson

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville. (Allociné)

L'île aux chiens (affiche)

Films d’animation + Wes Anderson : je ne pouvais décidément pas manquer L’île aux chiens, le dernier film en stop-motion de ce dernier. J’y suis allée en fermant mes oreilles à toutes les critiques, j’avais simplement vu la bande-annonce. Et quel moment de cinéma !

Visuellement, c’est atypique et fascinant : la peau lisse de poupée des personnages, les pelages miteux des chiens, les paysages, les « effets spéciaux » à base de coton lors des bagarres… Si cela donne envie de tout toucher, ça ne nuit en aucun cas à l’immersion. L’on ose à peine imaginer le travail nécessaire à la création de des superbes plans qui émaillent le film.
Entre dystopie, western et récit d’aventure, le rythme décoiffant nous happe rapidement et nous voilà plongé au cœur de cette histoire étonnante et de cet univers atypique. Les dialogues vifs et bondissants, les sous-titres qui défilent en français et en anglais, la musique intense – la BO d’Alexandre Desplat est envoûtante, mêlant thèmes lancinants et airs guerriers portés par des tambours japonais –… tout cela impulse une dynamique efficace.
Porté par un casting impressionnant (comme toujours avec Wes Anderson), les langues sont multiples et le choix de laisser la place au japonais (écrit ou parlé) est à la fois plaisant et original. On ne comprend pas forcément ce que disent les personnages, mais leur ton est généralement suffisamment explicite pour que l’on comprenne. Nous nous retrouvons au même niveau que les chiens : nous les comprenons très bien à l’inverse des humains.

A travers ce conte parfois macabre, Wes Anderson rend un bel hommage à la gent canine et aborde nombre de problèmes sociétaux. L’île aux chiens et ses montagnes de déchets sont un appel écologique, le maître Kobayashi est une critique des despotes de ce monde, et le film dénonce l’intolérance qui imprègne le monde et la mise à l’écart des marginaux et autres SDF, mais j’y ai également vu un message d’amitié et d’espoir de connaître un jour égalité et tolérance. Malgré ce discours qui semble banal et un peu cucul, ce film ne l’est en aucune façon et mêle avec talent et réalisme poésie et violence, humanité et cruauté.

Hypnotisante. C’est le mot que j’utiliserais pour qualifier cette fable japonisante à l’humour acerbe et ironique qui enchante et étonne aussi bien la vue que l’ouïe.

Je vous encourage également à découvrir l’excellente chronique d’Alberte Bly sur ce film.

  1. Lady Bird, de Greta Gerwig

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi. (Allociné)

Lady Bird (affiche)

J’avais vraiment hâte de voir ce film et je n’ai pas été déçue ! C’est une véritable plongée dans les affres de l’adolescence et je pense que tout le monde se retrouvera un peu en Lady Bird. Evidemment, il y a les immanquables – les amitiés qui se nouent, s’effilochent et se renouent, les premiers amours et les premières déceptions, la colère contre les parents, ce sentiment d’incompréhension et de frustration – mais il y a également de nombreux petits détails qui vont marquer cette dernière année de lycée qui vont permettre à Lady Bird de mûrir et de découvrir ce qu’elle doit à ces parents qu’elle pensait médiocres… J’ai trouvé le tout présenté sans la moindre caricature et avec une grande justesse.
La relation avec la mère est au cœur du film, ce que j’ai trouvé vraiment original car je n’ai pas le souvenir d’avoir vu beaucoup de films qui mettaient l’accent sur cet aspect-là de l’adolescence. Leur incapacité à dialoguer, bloquées par leur fierté, amène aussi bien une grande force émotionnelle qu’une certaine frustration pour le spectateur. Leur amour mutuel, muet et conflictuel, est vraiment magnifiquement mis en scène.
Saoirse Ronan est excellente (je l’avais déjà beaucoup aimé dans Brooklyn d’ailleurs) : vive, impertinente, passionnée, elle donne vie à cette rebelle qui se sent en décalage avec sa famille, sa ville, son lycée. Le reste du casting est tout aussi bon : Timothée Chalamet (que j’ai adoré dans Call me by your name) qui amène une touche de nonchalance arrogante, Tracy Letts, le père, bulle de douceur qui tente sans cesse d’arrondir les angles entre sa femme et sa fille, etc.
Un portrait sensible et sincère d’une adolescence dans l’Amérique post-11 septembre.

***

 Autres films

  1. Les combattants, de Thomas Cailley (2014)

 Entre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d’Arnaud s’annonce tranquille. Tranquille jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire. Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé ? C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux. (Allociné)

Les combattants (affiche)

Une histoire assez simple et en même temps riche et originale. Un vent de rébellion, la naissance de l’amour chez deux personnalités antagonistes… Si les deux personnages sont très réalistes, Adèle Haenel se détache, intelligente, volontaire et enragée. Sa relation avec un Arnaud habitué à un certain confort est touchante grâce à leur duo étonnant qui marche du début à la fin.
Entre fin de l’humanité et désillusion quant à l’avenir, la jeune génération est clairement pas l’optimisme incarné (mais je ne vais pas critiquer, je m’y retrouve bien !). Malgré tout, Madeleine n’a pas tout abandonné : elle attend d’un stage au sein de l’armée (dire que si j’avais su qu’ils allaient à l’armée, je n’aurais sans doute pas regardé ce film…) un apprentissage poussé des techniques de survie (elle a beau être résignée, elle n’en est pas moins résolue à survivre le plus longtemps possible). Attentes cruellement déçues : ce sont l’obéissance et la solidarité qui sont exigées, et non les interrogations et les instincts primaires. Symptomatique de l’humour qui irrigue délicatement le film, cette discipline (que les personnages ne tardent pas à fuir) est gentiment moquée.
Ce n’est pas un film qui fera date dans mon esprit mais j’ai néanmoins passé un bon moment. Une histoire initiatique connue mais contée de manière si fraîche et inédite (ainsi mêlée avec une histoire de survivalisme) qu’elle en redevient intéressante.
(Et non, cet article n’est pas sponsorisé par le lobby des parenthèses.)

  1. Still Alice, de Richard Glatzer et Wash Westmoreland (2015)

Mariée, heureuse et mère de trois grands enfants, Alice Howland est un professeur de linguistique renommé. Mais lorsqu’elle commence à oublier ses mots et qu’on lui diagnostique les premiers signes de la maladie d’Alzheimer, les liens entre Alice et sa famille sont mis à rude épreuve. Effrayant, bouleversant, son combat pour rester elle-même est une magnifique source d’inspiration. (Allociné)

Still Alice (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Un drame plutôt réussi qui nous fait entrer dans l’intimité d’une famille éprouvée par la maladie d’Alzheimer. La tragédie est prétendument amplifiée par le fait qu’Alice est une intellectuelle, une linguiste pour qui – elle l’explique d’ailleurs à un moment – les mots, l’expression et l’élocution jouent un rôle essentiel dans la construction de son identité (c’est ce qu’on essaie de nous dire, mais c’est en réalité toujours une tragédie quel que soit le milieu social de la malade). Si, avec ce genre de sujet, il y a forcément les « passages clés » de la progression de la maladie, attendus dès le début, qui semblent parfois là avant tout pour bouleverser le spectateur (spoiler : ça n’a pas marché avec moi), je trouve que le film garde globalement une certaine pudeur qui évite l’apitoiement.
Parmi les trois enfants du couple, Lydia (Kristen Stewart) est la seule qui été sympathique (même si je n’ai pas trouvé son jeu renversant). Le fils est relativement transparent tandis que la fille aînée est tout bonnement insupportable avec ses airs pincés. Lydia est la seule à ne pas viser une grande carrière comme le souhaite sa mère : elle veut être comédienne et s’est pour cela éloignée de sa famille en partant sur la côte Ouest. Elle est la seule à rester vraie, à parler franchement (mais avec tact malgré tout) à sa mère, même si cela engendre souvent des conflits.
Je suis entrée dans le film sans savoir ce que c’était et j’avoue que le trio « maladie + Julianne Moore + Kristen Stewart » m’aurait certainement fait reculer si j’en avais été prévenue à l’avance, mais j’ai passé un bon moment même si le film est très linéaire et globalement sans surprise.

  1. Will Hunting (VO : Good Will Hunting), de Gus Van Sant (1998)

Will Hunting est un authentique génie mais également un rebelle aux élans imprévisibles. Il est né dans le quartier populaire de South Boston et a arrêté très tôt ses études, refusant le brillant avenir que pouvait lui procurer son intelligence. Il vit désormais entouré d’une bande de copains et passe son temps dans les bars à chercher la bagarre et à commettre quelques petits délits qui risquent bien de l’envoyer en prison. C’est alors que ses dons prodigieux en mathématiques attirent l’attention du professeur Lambeau, du Massachusetts Institute of Technology. (Allociné)

Will Hunting (affiche)

(Disponible sur Netflix)

En dépit des dialogues qui touchent justes d’un bout à l’autre, le déroulement du film est assez classique et sans surprise. En réalité, ça n’affecte pas énormément le plaisir pendant le visionnage car je me laisse prendre par l’histoire, mais c’est un peu dommage malgré tout.
Cependant, j’ai apprécié que Will (Matt Damon) ne soit pas le genre « génie asocial (et moqué par les autres) » que l’on voit souvent. Il a une bande de potes avec qui il sort, il est bagarreur et rebelle, il est capable de parler à une fille, il fait des petits boulots, bref, il se débrouille. A ce niveau, ça change.
Tous les acteurs (et Minnie Driver, la seule et unique actrice…) sont excellents, à l’image de leurs personnages, attachants et vrais. Robin Williams est évidemment génial dans le rôle du psychiatre qui, finalement, fait sa propre thérapie en même temps que celle de Will. Son duo complice avec Matt Damon fonctionne à merveille.
Un très agréable divertissement.

  1. Paprika (VO : Papurika), de Satoshi Kon (animation, 2006)

Dans le futur, un nouveau traitement psychothérapeutique nommé PT a été inventé. Grâce à une machine, le DC Mini, il est possible de rentrer dans les rêves des patients, et de les enregistrer afin de sonder les tréfonds de la pensée et de l’inconscient.
Alors que le processus est toujours dans sa phase de test, l’un des prototypes du DC Mini est volé, créant un vent de panique au sein des scientifiques ayant développé cette petite révolution. Dans de mauvaises mains, une telle invention pourrait effectivement avoir des résultats dévastateurs. 
(Allociné)

Paprika (affiche)

Dans son « C’est le 1er » du mois de mars, Alberte Bly mentionnait son coup de cœur pour Paprika, un film que j’avais vu – et beaucoup aimé bien qu’il m’avait laissé bien décontenancée – il y a six ou sept ans. J’ai donc décidé de le voir et d’écrire cette petite critique avant d’aller lire la sienne.

Ce nouveau visionnage a été un vrai bonheur ! Et un sacré trip aussi. Parce que dans le genre étrange, bizarre et flippant, Paprika se pose là !
Si Inception vous a perdu, laissez tomber. Inception n’est pas si compliqué que ça à mon goût (d’ailleurs Alberte a un autre avis là-dessus, donc à vous de vous faire le vôtre !) alors que Paprika, même s’il ne présente pas tout à fait les emboîtements de rêves d’Inception, nous fait osciller sans cesse du rêve à la réalité, puis le premier entre dans la seconde, sommeil ou non. On se croit dans une scène ordinaire et paf, un truc totalement anormal se produit. La frontière est beaucoup plus poreuse et le résultat est beaucoup plus anarchique et inattendu dans la version japonaise. Bref, 1h30 d’onirisme et de délire, servie par une animation dynamique, dense et absolument envoûtante.

Entre les parades hallucinées et ondulantes pleines de poupées flippantes et les déformations corporelles parfois dérangeantes, ce n’est pas un film aussi gentil et joyeux que laissent imaginer ses couleurs acidulées et son entraînante BO – qui est totalement géniale. Il est sombre et le monde des rêves révèle bien des traumatismes et des obsessions chez les rêveurs. Toutefois, cette plongée dans cet univers pas si ludique que ça est aussi une plongée dans la psyché humaine et, si elle révèle la mégalomanie de certains, elle fait aussi grandir les personnages de Tokita, d’Atsuko et du commissaire Konakawa.

Original et inquiétant, voire glauque parfois, Paprika est une immersion surprenante dans un univers onirique et psychotique. Une expérience délirante que je vous conseille vivement !

(Cela m’a donné envie de me replonger dans le cinéma d’animation japonais et dans la filmographie de Satochi Kon – j’avais aussi vu Tokyo Godfathers (dont on voit l’affiche dans Paprika), mais une piqûre de rappel ne me ferait pas de mal –, ne soyez donc pas surpris si ceux-ci fleurissent dans les prochains bilans cinéma.)

  1. Fantastic Mr. Fox, de Wes Anderson (animation, 2010)

Fox, le plus rusé des voleurs de poules, sa femme, Mrs Fox, Ash, son fils, le cousin Kristofferson et tous les autres animaux de la forêt défient trois odieux fermiers. Ils vont vivre la plus périlleuse et délirante des aventures. (Allociné)

Fantastic Mr. Fox (affiche)

La découverte de L’île aux chiens m’a donné très envie de revoir le premier film d’animation de Wes Anderson, une adaptation du roman de Roald Dahl et, dès la présentation des trois fermiers, j’ai été plongée dans cette histoire de mon enfance.
L’animation en stop-motion est soignée – les poils, la fumée en coton… – et la mise en scène est parfaite : on aperçoit au travers de ce long-métrage tout ce que permet le choix de l’animation, toute l’inventivité qui vient servir le récit. L’anthropomorphisme exacerbé aurait pu me déranger, mais non, rien ne m’a heurté, d’autant plus que la bestialité de nos héros pointe régulièrement le bout de son nez : une goutte d’eau parmi toutes ses situations exagérées et parfois absurdes. Le film regorge de petits détails amusants (et pertinents) comme sait les placer Wes Anderson, comme ce décompte en années-renard par exemple. L’histoire de ce voleur invétéré est évidemment portée par un casting de voix aux petits oignons (autre signe distinctif du réalisateur) et des dialogues très fins.
Si L’île aux chiens me semble plus abouti et plus prenant, Fantastic Mr. Fox n’en reste pas moins un film sympathique, drôle et subtil, qui questionne l’ambition, la famille, la jalousie.

***

Séries

  1. Captive (VO : Alias Grace), créée par Mary Harron et Sarah Polley, d’après le roman de Margaret Atwood (2017, mini-série, 6 épisodes)

Dans le Canada du XIXe siècle, un aliéniste américain, Simon Jordan, tente d’évaluer si Grace Marks, servante condamnée à mort (peine commuée en emprisonnement à perpétuité) pour les meurtres de son maître et d’une gouvernante, devrait être graciée. Est-elle innocente ou coupable, folle ou saine d’esprit ? (Wikipédia)

Alias Grace (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Après m’avoir attirée par un scénario alléchant, puis par des premières images qui donnent immédiatement une grande envie d’en voir plus, cette mini-série s’est révélée être un vrai régal. Elle a su me surprendre et se jouer de mes attentes. Elle a su m’indigner (en même temps, ce n’était pas tellement difficile lorsque l’on voit les injustices auxquelles sont soumises les femmes), me fasciner, me questionner.

Les images sont superbes : la lumière, les costumes, les robes, les plans sur le visage de Grace, les incroyables édredons en patchwork… C’est décidé, la couverture en patchwork rencontre dans la longue liste des « un jour, je ferai ça » (juste après apprendre à coudre…). Visuellement – comme à tout autre niveau –, c’est vraiment une réussite !

L’actrice qui interprète Grace, Sarah Gadon,  a un visage absolument fascinant : doux et mystérieux, il semble illuminé de l’intérieur et l’on doute, comme le docteur Simon Jordan chargé d’établir son innocence ou sa culpabilité, jusqu’à la fin. Elle est véritablement troublante et, si le reste de casting ne présente aucune fausse note, c’est bien elle qui confère à la série tout son sel et son intérêt.

Six épisodes tout simplement parfaits, sans la moindre fausse note. Une série qui m’a laissée fascinée et quelque peu pensive.

  1. Avatar, le dernier maître de l’air (VO : Avatar : The Last Airbender), créée par Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko (animation, 2005-2008, 3 saisons, 61 épisodes)

Prisonnier à l’intérieur d’un iceberg pendant un siècle, Aang, un garçon d’une douzaine d’années, est libéré des glaces par deux jeunes membres de la tribu de l’eau du pôle sud. Aang a une destinée hors du commun : il est l’Avatar, chargé de garantir l’équilibre entre les maîtres des quatre éléments. Ceux-ci sont répartis en quatre civilisations : les tribus de l’eau, le royaume de la terre, la nation du feu et les nomades de l’air.
Toutefois, sa tâche se complique lorsqu’il découvre que la nation du feu a profité des cent ans passés pour semer la guerre et la destruction. Et ce, pour étendre son emprise sur les trois autres peuples. Aang est le seul à pouvoir rétablir l’ordre au sein de l’univers. Néanmoins, il doit commencer par apprendre à maîtriser tous les éléments. C’est le seul moyen d’atteindre son but. (Wikipédia)

Avatar le dernier maitre de l'air (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Avatar est un dessin animé que ma sœur regardait et que j’aimais voir également, cependant, je voyais un épisode par-ci, par-là, et je n’ai jamais eu toute l’histoire. Ayant eu l’occasion (la chance, dirais-je) de mener une vie de célibataire pendant plusieurs jours ce mois-ci, j’en ai profité pour corriger ça – puisque Netflix a eu la gentillesse de les ajouter – et renouer avec mon âme d’enfant !

Et ça a fonctionné ! La maîtrise des quatre éléments est un sujet fascinant et je ne me suis pas lassée une seconde des prouesses qu’ils étaient capables d’accomplir avec l’air, l’eau, la terre et le feu. Visuellement, on en prend plein la vue, les mouvements sont tout en fluidité, il y a beaucoup de grâce et de puissance dans la danse qu’ils font avec les éléments.
Outre leurs fascinants pouvoirs, j’ai adoré découvrir les différents royaumes, les villes, voyager de la banquise aux montagnes, des marais aux volcans, faire la connaissance des gens et des créatures étranges qui peuplent ce monde. On découvre plein de cultures, de façons de vivre. Outre le ravissement pour la spectatrice que je fus, tout cela va également contribuer à l’évolution des personnages.

Bon, on reste dans un dessin animé. Globalement, les gentils sont les gentils (même s’ils vont parfois faire quelques bourdes, être jaloux ou désireux de vengeance, ils restent les gentils), les méchants sont les méchants et il y a un méchant qui va évidemment devenir gentil (mais pas forcément au moment attendu !). Toutefois les enfants mûrissent et ils vont aussi faire la connaissance de personnes qui ne sont pas toutes blanches ou toutes noires, des gens aigris, des gens qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment, des gens aveuglés par la tristesse. Leur long périple constitue un voyage initiatique qui leur fera connaître joie, deuil, amour, doutes, peur, amitié, jusqu’à les conduire là où est leur place.
La bande de l’Avatar est éclectique et sympathique. Elle n’est certes pas exempte de clichés, mais créateurs et scénaristes ont tout de même su par moments épaissir leur profil sans les cantonner uniquement à une facette. (Le seul épisode m’ayant insupportée au possible est celui où Katara succombe au charme de Jet, le brun mystérieux et rebelle. Grr !) Ils sont en outre entourés de toute une flopée de personnages secondaires dont certains sont vraiment géniaux (Bumi par exemple !).
(Et puis, il y a l’oncle Iroh doublé par Marc Cassot, alias la voix de Dumbledore ! En plus, il a un peu le même type de rôle : le vieux sage et pacifique, mais néanmoins extrêmement puissant, tout ça quoi.)

Emotions, humour, action. Diversités de paysages, de cultures et de caractères. Epoustouflante maîtrise des quatre éléments et combats ébouriffants. Joies et peines du quotidien. Beauté et poésie du monde. Cruauté et violences de la guerre.  Sagesse, spiritualité et philosophie. Mythes et esprits d’inspiration asiatique. Art du thé. Autant d’éléments mariés avec harmonie pour créer un dessin animé intelligent et vraiment très chouette.

(En cherchant une illustration pour la série, j’ai découvert qu’il y avait eu un film ! Je n’ose imaginer le résultat et, comme je ne veux pas corrompre les bons moments passés avec le dessin animé, voilà un film que je ne regarderai pas !)
(J’ai également découvert l’existence d’une suite intitulée La légende de Korra. Je me méfie toujours des suites, mais je pense tout de même la visionner à l’occasion.)
(Et n’oubliez pas que Adlyn du blog Un rat des villes a créé un petit challenge pour rendre hommage à cette très chouette série !)

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C’est le 1er, je balance tout ! # 16 – Avril 2018

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Côté Top… Mes lectures du mois vont de simplement bonnes à excellentes pour la plupart d’entre elles. Difficile donc de dégager un top (je ne parlerai pas de Harry Potter, il est hors compétition.). We Come Apart de Sarah Crossan et Brian Conaghan arrive en tête : on en reparle bientôt mais ce roman à deux voix est tout simplement bouleversant.
Dans le registre « percutant et drôle », je ne peux pas ne pas citer Dysfonctionnelle d’Axl Cendres tandis que Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro m’a offert une belle tranche de rire absurde nichée dans une pertinente critique de notre société.
Le registre « pas drôle du tout » est quant à lui dominé par Maus d’Art Spiegelman et Le bébé et le hérisson de Matthis. Le premier est un classique de la BD, le second une pépite made in Thierry Magnier ; le premier est bavard, le second économise ses mots ; le premier aborde la grande Histoire, le second rend visite à trois enfants solitaires ; tous deux ne m’ont pas laissée partir indemne.

Côté Flop… Aucune de mes lectures ne méritent l’appellation « flop ». La moins marquante d’entre elle fut Y a pas de héros dans ma famille ! de Jo Witek. J’en attendais un peu plus, mais j’ai néanmoins passé un très bon moment avec les Dambek.

Côté challenges…

  • Coupe des 4 maisons : 2205 + 185 points, soit 2390 points pour Serpentard ;
  • Les Irréguliers de Baker Street : + 2, soit 31/60 ;
  • Les 4 éléments : + 2, soit 8/20 ;
  • Voix d’autrices : + 6, soit 12/50.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

J’ai redécouvert le plaisir de lire Ambroisie, du bloc Celestial Musae. Qu’elle parle de Martin Eden ou des Fiancés de l’hiver – qu’elle m’a fait revivre comme si je lisais le roman – en passant par le théâtre avec Une maison de poupée, ses articles sont toujours fouillés, riches, denses. Une écriture d’émotions et de poésie, une plume à fleur de peau. Un blog vraiment pas comme les autres.

Grâce à A l’horizon des mots, j’ai ajouté dans ma WL un livre qui m’intrigue tant elle en parle avec passion autant qu’il me rebute, un roman qui clairement ne semble pas laisser indifférent : My Absolute Darling de Gabriel Tallent.

Enfin, cogitons un peu à présent avec le blog Fille d’album qui, dans un article très intéressant, propose diverses pistes de réflexion pour lutter contre les stéréotypes de genre dans la littérature jeunesse. Pertinent, complet, nécessaire.

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Ils auraient pu être parmi les critiques littéraires, mais je les ai découvert avec une critique cinéma sur L’île aux chiens, le génialissime nouveau Wes Anderson, les voilà donc ici. Mesdames et messieurs, laissez-moi vous présenter… Les Jolis Choux Moustachus ! Un blog tout nouveau tout beau ! Il est écrit à six mains, pas moins pas plus, et leurs articles sont variés et passionnants. Vous aurez envie de tout voir, vous aurez envie de tout lire, mesdames et messieurs ! Hop hop hop, on va les applaudir, mieux, on va les lire !

Baptiste Beaulieu m’a vraiment émue avec cette tribune très personnelle : « J’ai fait témoigner le « lobby LGBT », celui qui m’a permis de ne pas mourir. » Je vous en recommande la lecture.

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

J’ai fait mon propre granola en suivant la recette de Papilles & Pupilles et c’était délicieux ! Je suis en outre devenue accro aux flocons d’avoine. J’adore ajouter tout ce qui me tombe sous la main dans mon porridge, sucré, salé, peu importe (mais pas les deux en même temps). Je me vois donc dans l’obligation de me restreindre pour ne pas en faire mon unique repas et m’en dégoûter d’ici une semaine. (Mais c’est quand même trop bon !)

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Ta-daaam !

Ayant déménagé il y a peu, j’ai perdu tous mes repères niveau cinémas. Dans le coin, il n’y a pas vraiment de petites salles d’art et d’essai diffusant des films en VO, pas d’UGC ou de MK2 auxquels Paris avait fini par m’habituer, il a fallu aller dans un cinéma Gaumont. Et là, je me suis retrouvée face à un système particulièrement étrange à mes yeux : choisir sa place. Avant d’entrer dans la salle ! Je trouve ça bizarre avec quelque chose de prétentieux. Genre le cinéma qui se prend pour le théâtre. Et puis, normalement le choix de la place pour moi, c’est la prise en compte de plusieurs critères (distance de l’écran, inclinaison de la salle, éviter les gens, etc.) et là… Bref, ce fut une expérience très déstabilisante. Passionnante, ma vie ?

Et pour finir, je voudrais tous vous remercier car nous avons dépassé les 200 abonné.es ! De la gnognotte pour certain.es, mais énorme pour moi alors merci tout le monde !

Je vous souhaite un très beau mois de mai ! 

La parenthèse 7ème art – Mars 2018

Avec le déménagement, le cinéma a disparu de mon quotidien. Je compte sur lui pour revenir dès que les choses se seront un peu posées, mais en attendant, c’est la misère. Voilà pourquoi, encouragée par Pauline du blog Histoires Vermoulues, j’ai décidé d’élargir le champ de mes chroniques et de parler également de films vus chez moi, peinarde sur mon canapé. (Je ne parlerais cependant de ceux qui m’inspirent, pas besoin de reparler de mon énième visionnage d’Hair ou d’évoquer le film un peu naze regardé pour me vider la tête.)

  1. Call me by your name, de Luca Guadagnino

 Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais. (Allociné)

(Ils devraient faire des résumés encore un peu plus longs chez Allociné…)

Call me by your name (affiche)

Difficile, je pense, de ne pas avoir entendu parler de Call me by your name. Avec La forme de l’eau (et, dans une moindre mesure peut-être, Lady Bird), ce sont LES films de ce début d’année. Mais si le Guillermo del Toro ne m’a pas bouleversée plus que ça, je ne peux pas dire de même pour celui-ci.

Le rythme est lent et prend le temps de la mise en place pour ces personnages, ce coin d’Italie, cet été avec les stridulations des insectes et le glougloutement de l’eau. J’ai adoré me laisser emporter cette tranquillité languissante, léthargique. L’immersion est totale et les décors se montrent aussi importants que les personnages. La caméra les aime et les sublime tout au long du film : les fruits tendres, juteux et sucrés, les statues marmoréennes à la beauté immortelle, la rivière, le soleil caressant les corps alanguis… tout autant de passage pour les deux protagonistes.
Le désir et la prise de conscience de ce désir ne déboulent pas dès les premiers jours et les deux hommes vont passer un bon bout de temps à se tourner autour. Pourtant, grâce à l’intensité et la justesse du jeu de Timothée Chalamet et Armie Hammer, on ne s’ennuie pas une seconde et les regarder apprendre à se connaître, se trouver, découvrir l’amour se révèle tout bonnement attendrissant.

Les personnages sont superbes, profonds, et merveilleusement incarnés. Ils ne sont nullement parfaits – Oliver a d’ailleurs commencé par m’agacer avant de me faire changer d’avis par sa gentillesse et son amour pour Elio. Elio – tout comme son amie Marzia d’ailleurs qui m’a émue lors de son ultime apparition – est à la fois d’une grande intelligence et d’une sensibilité aiguë. Entre innocence et maturité, il est difficile de rester insensible face à lui.
Elio peut compter sur le soutien de ses parents, ce qui change de ces familles qui se déchirent face à l’homosexualité. Le père notamment se révèle magnifique. L’incroyable lien de compréhension et d’amour entre son fils et lui, sublimé dans son discours à la fin du film, est extrêmement touchant.

Pour moi, Call me by your name est une petite perle. A la fois très sensuel et pudique, c’est un film sublime, fort et juste qui transmet de belles émotions. Une réussite totale, des décors aux personnages, des acteurs au choix des plans, de la musique aux silences.

(En voulant vérifier l’orthographe du nom du réalisateur, j’ai appris qu’une suite était prévue en collaboration avec l’auteur du bouquin, André Aciman : mêmes personnages, quatre ou cinq ans après les événements de celui-ci. Le genre de projet qui me laisse un peu dubitative (et partagée parce que, d’une part, je trouve la fin parfaite et crédible et poignante, et d’autre part, parce qu’ils avaient une belle relation quand même, du coup…), mais que je serai curieuse de découvrir. Avec appréhension.)

  1. Forrest Gump, de Robert Zemeckis (1994)

Quelques décennies d’histoire américaine, des années 1940 à la fin du XXème siècle, à travers le regard et l’étrange odyssée d’un homme simple et pur, Forrest Gump. (Allociné)

Forrest Gump (affiche)

(Disponible sur Netflix)

J’arrive avec un temps de retard pour découvrir ce classique du cinéma.
Impeccablement interprété par Tom Hanks, Forrest Gump effectue un voyage passionnant et touchant. Incapable de mensonge, il est le genre de personnage véritablement attendrissant qu’il est difficile de ne pas aimer. Ce qu’il vit fait écho en chacun de nous, il appréhende la vie avec une fraîcheur et une innocence magnifiques. Imperturbable, assis sur un banc, il déroule le fil de sa vie avec un immense sérieux qui fait sourire ou qui touche, bref, qui ne laisse jamais indifférente. (En revanche, Jenny (Robin Wright), son amie, son amour secret, la femme de sa vie, est parfaitement horripilante et la façon dont elle l’utilise m’a indignée.)
La façon dont son périple est intégré à l’histoire américaine (Elvis Presley, guerre du Vietnam, hippies, Black Panthers, JFK, John Lennon, Nixon, Apple, les smileys, etc.) est réussie et divertissante. Tout en faisant le point sur ses connaissances en histoire, on s’amuse à trouver les références et de la façon dont Forrest en devient instigateur principal. Les effets visuels et trucages sont bluffants (j’avoue : je suis une quiche dans ce genre de domaine, m’impressionner n’est donc nullement un exploit).
Aventure humaine poétique et enthousiasmante, Forrest Gump mérite amplement son statut de film culte !

  1. Annihilation, d’Alex Garland

 Lena, biologiste et ancienne militaire, participe à une mission destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari dans une zone où un mystérieux et sinistre phénomène se propage le long des côtes américaines. Une fois sur place, les membres de l’expédition découvrent que paysages et créatures ont subi des mutations, et malgré la beauté des lieux, le danger règne et menace leur vie, mais aussi leur intégrité mentale. (Allociné)

Annihilation (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Apparemment, ce film a été jugé « trop compliqué » et « trop intellectuel » pour les salles de cinéma (françaises entre autres). Mouais. Certes, ça ne bourrine pas toutes les trente secondes, mais de là à le qualifier de « trop intellectuel », je pense qu’il y a un peu de marge. Certes, on se pose des questions et il y a moyen d’élaborer quelques théories, cependant, au final, j’ai surtout été déçue. Il y avait de l’idée, un scénario qui diverge des films de SF que l’on peut voir habituellement, des passages contemplatifs, des instants un peu malsains (plus oppressants que les moments vaguement gore) mais je n’ai vraiment pas réussi à être prise par l’histoire. Je ne sais pas pourquoi, la lenteur n’est pas un problème pour moi, mais là, j’ai trouvé que c’était beaucoup de bruit pour rien. Et la fin tombe à plat.
Quant à la team 100% féminine, oui, chouette, ça change. Mais le cliché de la fille physicienne super intelligente toute timide qui se cisaille les bras ou celui de la grande musclée forcément lesbienne… No way.
Je ne connais pas le livre d’où est tiré le film, mais j’aurais presque envie de le lire si je n’en avais pas trois mille autres en attente pour voir si c’est le film, si c’est moi, ou si c’est le livre qui coince. Dommage ! SF, Natalie Portman, héroïnes, sujets de réflexion : j’aurais aimé ne pas passer à côté !

***

Séries (ou « la section qui n’apparaîtra pas souvent »)

  1. Chasseurs de Trolls (VO : Trollhunters), créée par Guillermo del Toro (2016-, 2 saisons, en cours)

Sur le chemin de l’école, Jimmy Dulac, un adolescent de quinze ans, trébuche par inadvertance sur une amulette magique. Il découvre alors une extraordinaire civilisation secrète de puissants trolls vivant sous sa petite ville d’Arcadia. Jimmy se retrouve soudainement destiné à être le protecteur du monde des trolls et des humains. (Allociné)

Chasseurs de Trolls (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Ayant commencé cette série d’animation en pensant qu’il s’agissait simplement d’un film, j’ai été embarquée par le rythme court des épisodes (23 minutes) et par l’histoire. Certes, certains ressorts sont assez classiques : le héros qui effectue tout le parcours initiatique auquel on s’attend, le grand méchant prisonnier dans les Darklands, un petit gros comme sidekick, une belle fille intelligente comme troisième comparse, des aides et des ennemis, des ennemis qui deviennent des soutiens, des soutiens qui ne sont pas si honnêtes que ça finalement, etc. Et pourtant, j’ai bien accroché.

Tout d’abord à ce monde souterrain de trolls, changelins et gnomes. Comme dans Harry Potter, Le seigneur des Anneaux et autres récits de fantasy, c’est là toute une mythologie que je trouve toujours fascinante. La seconde saison nous fait découvrir d’autres trolls que ceux basés au Marché et ainsi élargir notre connaissance de cet univers. Je passerais bien quelques jours dans la bibliothèque de Blinky, le mentor de Jim, pour tout savoir des trolls.
Ensuite, j’ai été séduite à l’esthétisme de la série. Le physique des personnages (même si je ferai le même reproche qu’aux autres dessins animés : pourquoi seules les vieilles filles ou les méchantes peuvent-elles avoir un physique atypique ? Evidemment, l’amie ou la mère de Jim sont très jolies… et très lisses), les différentes créatures de la nuit, les lumières, les roches… C’est très beau ! L’animation est très réussie à la hauteur des studios qui ont vu naître Dragons (Krokmou passe d’ailleurs faire un petit coucou !)
Et malgré les défauts évoqués au début, les personnages n’en sont pas moins attachants et le format série permet de creuser un peu plus leur personnalité, leurs rêves et leur passé que dans un simple film. L’univers banal de l’école et de la maison est aussi important que leur vie cachée de chasseurs de trolls, tout est fouillé, exploité avec talent. Toby, Aargh !, Blinky, Strickler… inoubliables.

Les scènes d’action ne sont jamais redondantes ou inutiles, l’humour fait son apparition sans devenir lourd ou répétitif, l’intrigue est captivante (et on veut savoir la suite à la fin de chaque épisode) et l’univers fantastique créé par Guillermo del Toro est absolument fascinant : bref, une super série d’animation !

Patience à présent : la suite de l’histoire sera apparemment narrée dans une série dérivée, 3 Below, qui sortira fin 2018.

  1. Under the Dome, créée par Brian K. Vaughan, d’après le roman de Stephen King (2013-2015, 3 saisons)

Les habitants d’une petite communauté se réveillent un matin, coupés du monde et piégés dans la ville à cause d’un immense dôme transparent. Certains tenteront, de manière dissimulée, de tirer profit de cette situation inquiétante et inexpliquée, afin de prendre le pouvoir. Mais une résistance va s’organiser autour d’un vétéran de la guerre en Irak, pour empêcher ces personnes malveillantes de parvenir à leur fin. (Allociné)

Under the Dome (affiche)

(Disponible sur Netflix)

Dans ma grande démarche « donner une seconde chance à Stephen King, tant à ses livres qu’aux adaptations » suite à mon coup de cœur pour Ça, nous nous sommes lancés dans le visionnage de la série Under the Dome. Je précise que je n’ai pas lu le livre.

Que dire ? La première saison et la première moitié de la seconde (à vue d’œil car, ayant enchaîné les épisodes, je n’ai pas vraiment intégré les limites de chaque saison) m’ont plutôt accrochée. Le principe est assez classique : la survie sous le dôme avec tous les problèmes auxquels nous pouvons nous attendre (nourriture et autres ressources, effritement de la solidarité, folie, prise de pouvoir, tentatives d’évasions, crimes, etc.). En dépit de l’originalité toute relative de la chose, je ne me suis pas ennuyée en découvrant le dôme et en regardant les personnages se débattre et appréhender peu à peu leur nouvel environnement.
Toutefois, la direction prise par la série par la suite n’a suscité chez moi qu’une lassitude de plus en plus abyssale. Je l’ai trouvé bâclée (ce qui est fort compréhensible étant donné qu’il s’agit d’une série annulée après la saison 3), sans intérêt, sans accroche. Du grand n’importe quoi à mon goût. Même les effets spéciaux ou l’apparence des cocons ou des nouveaux arrivants (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler de potentiels courageux désireux de se lancer dans un visionnage laborieux…) étaient mauvais, laids. Il n’y a aucun moment d’horreur ou de thriller, aucun passage flippant où l’on craindrait pour les personnages (d’ailleurs, ceux-ci non plus ne semblent jamais effrayés), il n’y a pas de suspense et c’était parfois usant de regarder de longues séquences interminables pour arriver à un résultat prévu trois épisodes plus tôt.

Et j’avoue avoir tout au long de la série (saison 1 à 3) été stupéfaite des choix et/ou de la bêtise, de la naïveté des personnages. Certaines réactions (ou absences de réaction) sont totalement ahurissantes. De toute façon, les personnages ne sont pas bien intéressants, il y a une fadeur généralisée qui ne fait que s’amplifier au fil des saisons. D’un côté, des Julia, Joe ou Barbie, bien sympathiques, mais trop lisses, trop gentils pour être véritablement passionnants. De l’autre, un Junior dont la tête t’annonce dès sa première apparition qu’il est le psychopathe de la série (mais c’est parce qu’il n’a plus sa maman et que son papa était méchant, vous allez vite le piger puisque c’est répété au moins cent mille fois. Au moins.)
Ouf, un personnage s’est détaché : Big Jim (le méchant papa de Junior), joué par Dean Norris (vu dans Breaking Bad également, cet acteur est parfait). Contrairement aux autres personnages, cet homme est bien plus complexe. Mégalo, égocentrique (il y a eu un moment où j’étais au bord de la crise de nerfs à chaque fois qu’il commençait une phrase par « I », c’est-à-dire à peu près toutes ses phrases), on se demande souvent dans quelle mesure il agit par amour pour sa ville – attachement qu’il clame régulièrement – ou uniquement pour sauver sa peau. Véritable salopard parfois, il est cependant capable d’actes de générosité. Bref, il oscille perpétuellement, on ne sait pas toujours que penser de lui, et j’ai eu une vraie relation amour-haine avec ce personnage.
(Parmi les personnages qui relèvent un peu le niveau, je citerai également la capricieuse Norrie (Mackenzie Lintz) – je ne la supportais pas au début, mais sa colère et sa révolte ont finalement fini par me plaire, son imperfection étant assez rafraîchissante parmi tous ces protagonistes à une seule facette – et Sam Verdreaux (Eddie Cahill), personnage parfois flou, malheureusement sacrifié dans la saison 3 – pas sacrifié dans le sens « tué », sacrifié dans le sens « lui enlever tout intérêt ».)

Pour être juste, j’ai regardé le début sans déplaisir et cette histoire de dôme avait des atouts pour me convaincre, mais le fait que cette série ait réussi à faire naître un tel ennui chez moi bien que je sois relativement bon public est un exploit que seul Dexter avait réussi jusqu’à présent.
Donc mon conseil : regardez plutôt Chasseurs de Trolls (ou la saison 2 de Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, j’en ai déjà parlé donc je ne vais pas recommencer mon speech, mais la seconde saison me confirme que cette série est merveilleuse !)

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (série)

C’est le 1er, je balance tout ! # 15 – Mars 2018

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Et surtout – c’est ce qui explique le peu de lecture – j’ai lu le livre 1 du Dit du Genji !

Le Dit du Genji (coffret)

Côté Top… Mes deux premières BD du mois, à savoir Polina de Bastien Vivès et Le Sculpteur de Scott McCloud, ont été d’excellentes et prenantes lectures. Toutes deux ont d’immenses qualités et la passion qui anime les deux personnages principaux ainsi que le pacte faustien accepté par le jeune sculpteur m’ont fascinée. Les dessins sont vifs et retranscrivent très bien les mouvements des artistes. Le choix du noir et blanc pour l’une et du noir et bleu pour l’autre se révèle également excellent.

Côté Flop… Elle s’appelait Tomoji fut ma plus mauvaise lecture du mois. C’est aussi une grosse déception car j’aime habituellement beaucoup le travail de Jiro Taniguchi. Cette biographie (j’ai découvert que c’en était une en arrivant à la fin du manga) m’a semblé froide et peu expressive. Elle possède un côté très descriptif qui m’a donné l’impression de ne lire qu’une succession d’années (« Nous sommes en [telle année], Tomoji a alors [tel âge]. »). Les personnages et leur histoire ne m’ont en aucune manière touchée, absence d’émotions et d’intérêt accrue par la rapidité à laquelle se lit cette histoire.

Côté challenges,

  • Coupe des 4 maisons : 2165 + 40 points, soit 2205 points pour Serpentard ;
  • Les Irréguliers de Baker Street : + 1, soit 29/60 ;
  • Les 4 éléments : + 0, soit 6/20 ;
  • Voix d’autrices : + 0, soit 6/50.

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

Je vous avais parlé de mon coup de cœur pour Proxima du Centaure de Claire Castillon : je vous propose à présent de découvrir la chronique de New Kids On The Geek qui en parle magnifiquement. Sa critique contient autant de poésie et d’émotions que le roman. Si après ça, vous n’avez toujours pas envie de le découvrir, je ne peux plus rien pour vous !

Je ne sais pas si c’est un fait ou juste une impression, mais j’ai l’impression de citer notre Charmant petit monstre préféré tous les deux mois, mais qu’y puis-je si ses chroniques sont truculentes, passionnantes, enthousiasmantes, hilarantes ? Allez donc lire sa critique de Notre-Dame de Paris si vous l’avez manquée et vous verrez ce que je veux dire !

Je suis un enfant qui tue des gens : un titre absolument charmant et une totale découverte grâce à la Récolteuse de mots. Cette BD m’intrigue à 100%, elle a quelque chose de fascinant et de repoussant en même temps. En tout cas, sa chronique m’a donné envie de tenter le coup !

Mon coup de cœur pour Ça  m’a convaincue de redonner une chance à Stephen King – et ce, malgré l’ennui qu’a provoqué chez moi la série Under the Dome (mais on en reparle mercredi) – et Alec à la bibliothèque et Maned Wolf (Déjeuner sous la pluie : un autre blog que l’on croise fréquemment par ici, je jure que je ne suis pas payée pour les citer le plus possible !) m’ont convaincue que le prochain serait The Shining (même si je n’avais pas aimé le film).

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Lire les bilans mensuels de June est toujours un régal, à l’image de celui de février qui nous emmène pour un vol plein d’humour à destination de toutes les chouettes chroniques de cette super blogueuse. Embarquez vite sur June&Cie Airlines !

Je débarque avec près de deux ans de retard, mais j’ai découvert l’analyse proposée par Buffy Mars (Tout est politique) sur Harry Potter : « Entre dictature, racisme et sexisme » (partie 1 et partie 2). Elle y parle politique et sociologie et le résultat est sérieux, riche, intelligent, complet deux articles qui font réfléchir (et qui donnent envie de relire HP pour la cinquantième fois). Bonus : pléthore de sources pour approfondir le sujet.

Voilà trois mois que je suis décidée à écouter l’émission de France Culture « La compagnie des auteurs » et plus spécifiquement les quatre épisodes consacrés à J.K. Rowling. Je ne vais pas dire que c’est chose faite, mais j’ai écouté le premier avec François Comba et Jean-François Ménard hier et c’était passionnant. Ces regards, parfois nouveaux, parfois complémentaires du mien sur Harry Potter, me donnent décidément une furieuse envie de relire cette fabuleuse saga.

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

J’ai lu 1/3 du Dit du Genji et j’ai fini (hier) le premier livre ! Un mois de lecture entrecoupée de bandes dessinées pour respirer un peu. Ça a été les 416 pages les plus longues de ma vie, mais entre les trois colonnes de texte par page et le style qui est ce qu’il est, j’ai eu l’impression d’en lire un millier. Rassurez-vous, ça n’a pas été que pure souffrance, j’y ai aussi pris beaucoup de plaisir, mais on en reparlera dans deux mois quand j’aurai lu les deux livres suivants !

Sinon, ma vie n’est pas passionnante : démarches administratives, peinture dans la maison et surtout code, code, et code… Eh oui, au programme de ces prochaines semaines : leçons de conduite et passage du code (et j’espère, découverte de la Bretagne).

Voilà, je vous souhaite un beau mois d’avril et de belles lectures !

La parenthèse 7ème art – Février 2018

Six films, c’est probablement la dernière fois que j’en vois autant au cinéma en un mois. Il y aura une parenthèse début avril pour le mois de mars (je dois absolument vous parler de Call me by your name – au cas où on ne vous aurait pas assez rabâché les oreilles avec ce film !), mais ensuite, reste à voir si ça vaut le coup de garder ce format ou si je le modifie.

  1. Gaspard va au mariage, d’Antony Cordier

Après s’être tenu prudemment à l’écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l’annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l’ont vu grandir… Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n’a pas conscience qu’il s’apprête à vivre les derniers jours de son enfance. (Allociné)

Gaspard va au mariage (affiche)

Ce qui m’a tout de suite attirée dans ce film, c’est la famille iconoclaste de Gaspard. Ce dernier, même s’il s’est éloigné de ces père/sœur/frère atypiques, ne peut renier la filiation. Rêveur et inventeur en herbe, il est bien un enfant de cette vieille maison remplie d’objets hétéroclites. Les membres de la famille sont très soudés malgré leurs différences/différends et n’ont entre eux aucun tabou (ils sont par exemple très décomplexés dans leur rapport au corps ou vis-à-vis de la relation entre Coline et Gaspard). Tous sont un peu perdus, cherchant leur place et s’inquiétant pour l’avenir du zoo. L’interprétation est fine et sensible, chaque personnage apportant un regard différent, notamment ceux – enrichissants – de Laura (Laetitia Dosch), externe à la famille, et de Virgil (Guillaume Gouix) et Peggy (Marina Foïs), plus terre-à-terre. Interprétant une Coline quelque peu borderline, enveloppée dans sa peau d’ourse, Christa Théret est éblouissante.
Sinon, à part ça, vous trouverez dans ce film : de l’humour pour saupoudrer les dialogues, une bonne dose de poésie et de tendresse, mais aussi une goutte d’amertume et de nostalgie.
Narrant simplement un épisode de la vie mouvementée de cette famille, Gaspard va au mariage est un film original, fantaisiste et décalé.

  1. Cro Man (VO : Early Man), de Nick Park

Préhistoire, quand les dinosaures et les mammouths parcouraient encore la terre. L’histoire d’un homme des cavernes courageux, Doug, et de son meilleur ami Crochon, qui s’unissent pour sauver leur tribu d’un puissant ennemi. (Allociné)

Cro Man (affiche)

Je voulais voir ce film car j’ai beaucoup aimé tous les autres films des studios Aardman. Je n’en savais rien, à part que des hommes préhistoriques y rencontraient une civilisation plus évoluée (techniquement parlant en tout cas). Autant dire que, quand le football est entré en jeu, je suis bien tombée des nues.
Le mélange est certes original, mais n’a que moyennement fonctionné avec moi. L’histoire ne m’a jamais captivée, j’ai trouvé le tout très prévisible et un peu plat. Et surtout, il m’a manqué l’humour des précédents Aardman. A part le pigeon qui transmet ses messages de façon tout à fait unique, les blagues sont un peu simplettes à mon goût (pourtant je me considère comme étant généralement très bon public).
En gros, je l’ai regardé sans déplaisir, mais avec un peu de déception. Déception d’autant plus accrue que j’aime beaucoup les autres films d’animation de ces studios.

  1. Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa sœur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près. (Allociné)

Phantom Thread (affiche)

Je suis allée voir ce film un peu par hasard, parce que je voulais aller au cinéma et que c’était le film qui m’intriguait le plus à ce moment-là, j’avais vu les affiches, du genre à me faire de l’œil, la bande-annonce une fois, il ne m’en fallait pas plus. Et quelle bonne idée ! Quelle claque ! Décidément, après le Où passe l’aiguille de Véronique Mougin, le monde de la mode sait me parler ! L’atmosphère qui se dégage de ce film, passionnée, tendue, un peu vénéneuse, est envoûtante. Les acteurs sont incroyables. Si Reynolds Woodcock agace parfois par ses manies et sa froideur, il n’en reste pas moins un homme fascinant, un homme de passion et de talent, obsédé par son travail et par sa quête de perfection, un homme touchant aussi auquel on finit par s’attacher. Daniel Day-Lewis y est superbe d’élégance et de justesse. En face de lui, la jeune Vicky Krieps éclate de talent : dès son entrée dans sa vie, Alma, d’apparence soumise, bouscule ses habitudes et n’hésite pas à les affronter, lui et sa sœur. La fin est inattendue : j’ai craint un instant qu’elle ne soit vue et revue, mais non, pas du tout, elle est même totalement déroutante. A aucun moment, on ne peut prendre le scénario en défaut, c’est merveilleux.
Les décors, les costumes, les lumières… tout cela contribue à faire de Phantom Thread, non seulement un film fort émotionnellement, mais aussi un film magnifique. Captivant du début à la fin !

  1. Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand

 Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive. (Allociné)

Jusqu'à la garde (affiche)

Ce film est d’une force inouïe. Il m’a laissée scotchée à mon siège, comme le reste de la salle sur laquelle s’était abattu un silence pesant, comme mon copain qui en a souvent reparlé les jours suivants. L’histoire n’a rien d’extraordinaire, au contraire elle est d’une triste banalité, mais c’est ce qui fait sa force et sa violence. La tension grandit peu à peu, l’ambiance s’alourdit de minutes en minutes, Xavier Legrand joue avec nos nerfs de façon magistrale.
Le sujet est sensible, mais il est traité sans pathos ni exagération. La mise en scène comme les acteurs sont sobres, mais d’une grande justesse. Si Léa Drucker et Denis Ménochet sont époustouflants, il faut aussi signaler la performance du jeune Thomas Gioria qui laisse échapper sur son visage des émotions qu’il tente de retenir.
Une histoire d’horreur ordinaire, un vrai coup de poing qui laisse KO. Absolument, saisissant.

  1. La forme de l’eau (VO : The Shape of Water), de Guillermo del Toro

 Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres. (Allociné)

La forme de l'eau (affiche)

La bande-annonce me fascinait, la référence à L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold me séduisait (j’adore les Universal Monsters), j’étais donc bien décidée à aller voir le nouveau Guillermo del Toro avant que les louanges de la presse ne parviennent à mes oreilles.
Ce qui saute aux yeux, c’est que ce film est visuellement sublime avec cette atmosphère délicieusement surannée. Les jeux de lumière, la tonalité bleu-vert, les costumes, l’apparence de l’homme-poisson (j’apprécie d’ailleurs l’usage d’un vrai costume et non pas la création uniquement numérique de la créature)… Sally Hawkins est magnifique, bouleversante bien qu’elle n’ouvre pas la bouche. Sur tous ces points, c’est absolument renversant. Bien.
Cependant, l’histoire en elle-même reste, à mon goût, trop classique (et le fait qu’une humaine tombe amoureuse d’une créature marine ne vient pas relever cela). Les personnages ont des rôles bien définis – l’héroïne rêveuse et sensible, la copine drôle et compréhensive (Octavia Spencer que je trouve décidément excellente à chaque fois), le vieux voisin partageant la solitude de l’héroïne, le méchant à la tête de méchant… – et il n’y a pas la moindre surprise concernant leur évolution. C’est une jolie histoire pleine d’amour et d’appel à la tolérance, mais je ne la trouve pas d’une grande originalité. Tout se déroule comme on s’y attend, sans le moindre accroc, sans le moindre « je n’avais pas vu ça venir ».
La forme de l’eau est un film poétique et un conte tout aussi touchant, certes, mais je trouve cette avalanche d’éloges et de nominations exagérée. (A sa décharge, ce film s’est retrouvé entre deux longs-métrages infiniment plus puissants émotionnellement parlant, à savoir Jusqu’à la garde qui m’a profondément remuée et Call me by your name que j’ai trouvé d’une justesse et d’une sensibilité absolue (on en reparle pour la parenthèse de mars), ce qui joue peut-être en sa défaveur en plus des attentes surdimensionnées que j’en avais…)

  1. Mary et la fleur de la sorcière (VO : Meari To Majo No Hana), de Hiromasa Yonebayashi

C’est l’été. Mary vient d’emménager chez sa grand-tante dans le village de Manoir Rouge. Dans la forêt voisine, elle découvre une fleur mystérieuse qui ne fleurit qu’une fois tous les 7 ans. On l’appelle la « fleur de la sorcière ». Pour une nuit seulement, grâce à la fleur, Mary possédera des pouvoirs magiques et pourra entrer à Endor, l’école la plus renommée dans le monde de la magie, qui s’élève au-dessus du ciel, au-delà des nuages. Le secret de la fleur de la sorcière se révélera à elle petit à petit. (Allociné)

Mary et la fleur de la sorcière (affiche)

Une petite fille, un balai, un chat noir… plus une école de magie… tout cela me faisait diablement penser au Kiki la petite sorcière de Miyasaki mêlé d’un peu d’Harry Potter, mais finalement Hiromasa Yonebayashi – réalisateur d’Arrietty et du très beau Souvenirs de Marnie – a su me surprendre.
Malgré quelques défauts, j’ai beaucoup aimé ce film d’animation, premier produit des nouveaux Studios Ponoc. Les dessins sont magnifiques et on s’immerge avec plaisir dans cet univers. La flamboyante (tant par ses cheveux que par son caractère) Mary est attachante et sympathique. Si la découverte de l’école de magie, rappelant le premier tome d’Harry Potter et notre entrée à Poudlard, en émerveillera plus d’un.e, on pourra regretter qu’une fois cette visite effectuée, le lieu ne soit pas davantage exploité et disparaisse pour laisser la place aux allers-retours de Mary.
De la magie, de la poésie, de l’aventure, et une fin qui n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais en y allant, voilà qui m’a fait passer un très joli moment même si scénario et personnages auraient clairement gagné à être un peu plus épais.

Etes-vous allés au cinéma ? Y avez-vous fait de belles découvertes ? Quelques films à me recommander ?

C’est le 2, je balance tout ! # 14 – Février 2018

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinRimant avec « C’est lundi, que lisez-vous ? », ce sympathique rendez-vous a été initié par Lupiot du blog Allez vous faire lire. Il permet de revenir sur le mois écoulé à travers quatre points :

  • Le Top et le Flop de ce que l’on a lu le mois dernier ;
  • Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier ;
  • Un lien adoré le mois dernier (hors chronique littéraire) ;
  • Ce que l’on a fait de mieux le mois dernier.

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  1. Le Top et le Flop de ce que j’ai lu le mois dernier.

Après quinze jours d’absence, une coupure inopinée de ma connexion internet et un déménagement, je reviens, (presque) ponctuelle, pour ce « C’est le 1er ». Comme en janvier, ce sera sans doute assez bref. Parce que j’ai peu lu, parce que je n’ai pas eu internet pendant une grosse semaine et parce que je me gèle dans la nouvelle maison (pourtant, je ne suis pas frileuse…) et que mes doigts risquent de dire bye bye au reste de mon corps si je les laisse traîner trop longtemps sur le clavier (et par la même occasion, vous m’excuserez si certaines phrases ne veulent rien dire, j’ai aussi le cerveau qui commence à geler).

Cinq livres lus ce mois-ci.

Côté Top… Cinq lectures, ce n’est pas glorieux, mais ce qui est beau, c’est que ce sont quatre coups de cœur. Six of Crows, Watership Down et L’envol du dragon sont, chacun à leur manière, des romans fabuleux et captivants dont je vous reparlerai dans le mois qui vient pour épargner mes petits doigts dans l’immédiat.

Quant au catalogue de l’exposition organisée à la Cinémathèque française, L’art de Tim Burton, il met à  l’honneur des centaines de dessins de cet homme que j’admire énormément (malgré une filmographie que je trouve de moins en moins intéressante). Il s’y révèle truculent, torturé, poétique, délicieusement macabre et il n’a décidément pas son pareil pour croquer en quelques traits des situations quotidiennes. Ce beau-livre au poids conséquent dessine le portrait d’un dessinateur compulsif d’une immense créativité et d’une originalité très personnelle. Le texte cède toute la place aux illustrations, ne se glissant ici et là que pour ouvrir brièvement un chapitre ou pour laisser la parole aux proches de Tim Burton.
J’ai souvent eu envie de dessiner, de mettre sur le papier ce que j’avais dans la tête, surtout par le passé, mais je trouvais que je ne savais pas dessiner, que je ne savais pas représenter fidèlement la réalité (dessiner les gens, tout ça tout ça) et je gribouillais chaque tentative. Je pense que, si j’avais connu les dessins de Tim Burton à cette époque (j’en connaissais quelques-uns, mais ce recueil est d’une richesse incomparable), j’aurais eu plus confiance en moi car ce livre montre que chaque personne est unique et qu’un trait qui peut paraître simple peut en dire autant qu’une fresque au style parfaitement maîtrisé ou qu’un chef-d’oeuvre universellement reconnu. Tant pis !

Côté Flop… RAS !

Côté challenges,

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  1. Une chronique d’ailleurs lue le mois dernier.

J’ai découvert la très belle chronique de Tom sur The Weight of Water de Sarah Crossan. Celle-ci, rédigée tout en vers, rend un bel hommage à ce roman poignant. Je serais bien incapable de me plier à cet exercice… Impressionnant.

La chronique d’Histoires Vermoulues sur Je suis un chat de Natsume Soseki, en plus d’être passionnante comme toutes les autres, soulève une intéressante question sur l’interprétation que l’on fait d’un texte et sur la distinction (à faire, à ne pas faire ?) entre un auteur et son œuvre.

Pour rire un peu, je vous conseille deux critiques de la saga Les enfants de la Terre, chroniques rédigées par Maned Wolf (Déjeuner sous la pluie) et par le Tanuki. Si, comme moi, vous ne connaissiez pas Jonjon, allez-y, ça vaut le détour.

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  1. Un lien que j’ai adoré le mois dernier (hors critique littéraire).

Cette interview très positive de Daniel Pennac est remplie d’amour pour la lecture et donne envie de se jeter sur son livre sans tarder. Et ça fait tellement de bien de sortir des discours du genre « les jeunes ne lisent plus »…

C’est contagieux a publié cette chronique fabuleuse de 3 Billboards, un film dont je vous ai parlé en début de mois, sauf qu’il en parle beaucoup mieux. Donc deux conseils : lisez sa critique et allez voir ce film !

J’ai aussi découvert un nouveau blog, celui d’Alberte Bly. Elle y rédige des chroniques riches et passionnantes sur des romans, des films, des séries et de la musique (et en plus, elle vient de nous rejoindre pour « C’est le 1er »). Si vous n’êtes pas encore convaincu.es qu’il faut voir The Florida Project, lisez-la !

(Mes mini-chroniques de 3 Billboards et The Florida Project sont dans la parenthèse cinéma de janvier !)

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  1. Ce que j’ai fait de mieux le mois dernier.

Déjà, j’ai déménagé, ce qui est déjà pas mal. Depuis le temps que j’attendais ça… A moi les balades dans la nature, une maison sans voisins de tous les côtés, le chien… sauf qu’en fait il caille et il vente tellement que je n’ai pas encore vraiment mis les pieds dehors, que je passe mon temps à « ranger » (comprendre déplacer) un peu le bazar en attendant qu’on fasse les arrangements pour la mettre à notre goût (et il y a du boulot), et que du coup, je pense que je ferais mieux d’éviter de prononcer le mot « chien » dans les semaines qui viennent…

Et à part ça ?

Théoriquement, je devais profiter de ce dernier mois dans la capitale pour faire le tour des musées délaissés ou sans cesse repoussés jusque-là. Théoriquement. Parce qu’en réalité, les transports en commun me sont devenus tellement insupportables que sortir est devenu une épreuve.
Mais j’ai quand même réussi à me traîner jusqu’à la Maison de la Photographie (en faisant un petit détour en bord de Seine, histoire d’avoir vu la crue) et surtout au Musée des Arts Forains. Je vous conseille vraiment cette sortie au cœur des anciens chais de Bercy. C’est une visite guidée-spectacle. On traverse les différents salons, leurs univers (contes et imagination, carnaval de Venise, fête foraine du XIXe…), on en prend plein les yeux et on a même l’occasion de tester différentes attractions ! Un lieu magique dans un cadre magnifique.

Je suis également allée voir Tristan Lopin au théâtre pour son spectacle Dépendance affective. S’il aborde des sujets d’actualité dans ses vidéos, c’est de lui et de ses amours qu’il parle dans ce one man show. Toujours aussi intelligent et drôle, incroyablement touchant, il est absolument fabuleux. J’ai ri d’un bout à l’autre de son cynisme et des portraits presque cruels qu’il fait de ses amis. Cela n’empêche pas une belle justesse : impossible de ne pas se reconnaître parfois dans ce qu’il raconte !

J’ai enfin commencé Le Dit du Genji en me disant qu’une fois l’appartement vide (et internet coupé en prime), j’aurai beaucoup de temps libre et pas beaucoup d’autres occupations possibles que la lecture et ma Switch. Sauf que je n’avais pas imaginé que le déménagement, les allers-retours à Rennes et les menus travaux dans l’appartement nous prendraient autant de temps. Ni que je serais aussi crevée par les réveils très matinaux et les journées passées à s’agiter. Donc le soir… pas moyen de m’atteler sérieusement à cette lecture. Tant pis, ça sera pour les mois à venir car, bien qu’enchantée par la poésie qui s’échappe de la plume de Murasaki Shikibu, je pense que ce sera une lecture intense et que quelques échappées dans d’autres livres seront les bienvenues.

Le Dit du Genji (coffret)

Voilà, je vous laisse, je vais enfin prendre le temps de répondre aux commentaires (désolée pour le retard) et lire vos bilans !

Je vous souhaite un excellent mois de mars !

La parenthèse 7ème art – Janvier 2018

Même s’il y a quelques personnages féminins très intéressants (Moonee, Mildred Hayes, Katharine Graham…), la réalisation reste très masculine ! Une seule femme derrière la caméra ce mois-ci ! Mais je suis déjà bien contente d’être retournée au cinéma (les mois précédents étaient quand même assez minables à ce niveau-là), donc je ne vais pas me plaindre… Du très bon au très mauvais, je vous laisse découvrir mes découvertes du mois !

  1. The Florida Project, de Sean Baker

Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent  pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien… (Allociné)

The Florida Project (affiche)

J’étais très impatiente de découvrir ce film sorti en décembre (il aurait probablement été dans mon top si j’avais eu le temps de le voir plus tôt), notamment pour la petite Brooklynn Prince qui joue Moonee et que j’avais vu sur un plateau télé. La joie de vivre sauvage dont elle fait preuve, aussi bien dans la vie que dans le film, est vraiment communicative et enthousiasmante. En outre, après un rattrapage de Tangerine, le précédent film de Sean Baker, je me doutais que l’empathie et le réalisme avec laquelle il filme les laissés pour compte allait une nouvelle fois me toucher.
Tangerine (affiche)Essentiellement interprété par des amateurs, The Florida Project raconte le quotidien de ces marginaux qui vivent à deux pas du royaume des touristes, du consumérisme et de l’argent joyeusement dépensé pendant les vacances et qui, eux-mêmes, ont bien du mal à joindre les deux bouts. Ce n’est pas un film à l’action trépidante : on suit Moonee dans ses frasques et dans ses amitiés (notamment avec la touchante Jancey, la dernière scène entre les deux fillettes est juste bouleversante), la caméra la suit de près et se place d’ailleurs à hauteur d’enfant.
Si le soleil éclatant et les couleurs vives du motel et des bâtiments alentours échouent à dissimuler la dureté et les galères de la vie des habitants du lieu, c’est aussi un film drôle, tendre et touchant. On s’attache aux personnages, aux enfants bien sûr, mais aussi à cette mère aimante bien que dépassée et à ce gérant compréhensif qu’est Willem Dafoe (un personnage magnifique et sensible qui montre vraiment son talent, contrairement à son rôle dans le film juste en dessous). La fin est subtilement amenée (je me suis tout d’abord interrogée sur le pourquoi de ces fréquents plans de Moonee dans son bain) et déchirante.
Un petit bijou atypique qui, après la communauté trans de LA, nous fait découvrir un autre visage des Etats-Unis. Sean Baker est clairement un réalisateur que je vais suivre de près !

  1. Le Crime de l’Orient-Express (VO : Murder on the Orient Express), de Kenneth Branagh

Le luxe et le calme d’un voyage en Orient Express est soudainement bouleversé par un meurtre. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une course contre la montre pour identifier l’assassin, avant qu’il ne frappe à nouveau. D’après le célèbre roman d’Agatha Christie. (Allociné)

Le Crime de l'Orient-Express (affiche)

Aucun doute, je ne serai pas allée voir seule ce film car je prévoyais une grosse déception. Je ne m’étais pas trompée. Bon, mea culpa, je vais peut-être un peu virulente, mais il y eu dans ce film plusieurs petits détails exaspérants.
Premièrement. Kenneth Branagh ne m’a pas convaincue en Poirot. En outre, on nous le dépeint en homme blessé au cœur brisé (c’est à la mode de toute façon) par une certaine Katherine (il revient régulièrement pleurnicher sur la photo de celle-ci d’ailleurs, ce qui est parfaitement agaçant). J’ai lu quelques Agatha Christie, je ne suis pas une experte, mais confirmez-moi une chose : c’est une invention, cette Katherine ? En plus, Poirot étant Belge laisse régulièrement échapper des mots français lorsqu’il parle (normal), mais quand il est tout seul dans sa cabine en train de parler à sa photo, il parle tout en anglais. Logique…
Ensuite. L’énigme qui ouvre le film est facile comme tout, pas besoin d’être Hercule Poirot pour se douter qu’ils ne vont pas déclencher une guerre de religion en accusant un imam, un prêtre ou un rabbin. Et l’allusion finale à Mort sur le Nil  m’a prodigieusement agacée. C’est le genre de clin d’œil facile pour flatter l’intelligence des spectateurs (et éventuellement laisser une porte ouverte pour un autre film) qui se diront « oh, c’est Mort sur le Nil ». Sauf que dans Mort sur le Nil, Poirot est déjà en Egypte au moment du meurtre, on ne va pas le chercher au fin fond de l’Europe pour lui annoncer qu’un meurtre a été commis sur un bateau de croisière. Là, d’ici à ce qu’il arrive sur place, la macchabée risque d’être un peu frelatée.
Mais surtout, ce que je redoutais, ayant lu le roman et connaissant la fin, c’est l’ennui. Et effectivement, les tours et détours de Poirot pour annoncer le truc et les pseudos scènes d’action inutiles m’ont vivement impatientée. (Après, j’ai bien conscience que c’est un point négatif uniquement pour celles et ceux qui savent qui a commis le crime et que ceux qui découvriront l’histoire y prendront un bien plus grand plaisir.)
Allez, à part ça, Kenneth Branagh a dû faire un sacré boulot pour adopter cet accent à couper au couteau et le film est plutôt réussi esthétiquement parlant. Les paysages, la lumière, les couleurs, tout ça quoi… (Mais bon, c’est bien gentil, mais quand il n’y a que ça de positif à dire…)
Pardonnez ma langue de vipère, mais il fallait que je laisse filer l’agacement que ce film a suscité chez moi. Cela mis à part, Le Crime de l’Orient-Express vu par Kenneth Branagh est un film grand public, avec une brochette de célébrités qui jouent leur rôle ni plus ni moins, propre et bien léché, un peu long certes et qui manque d’une touche d’originalité. Disons que ça se regarde… (J’ai essayé de finir sur une touche positive, mais je n’y arrive décidément pas.)

  1. I Am Not A Witch, de Rungano Nyoni

Shula, 9 ans, est accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières. Entourée de femmes bienveillantes, condamnées comme elle par la superstition des hommes, la fillette se croit frappée d’un sortilège : si elle s’enfuit, elle sera maudite et se transformera en chèvre… Mais la petite Shula préfèrera-t-elle vivre prisonnière comme une sorcière ou libre comme une chèvre ? (Allociné)

I am not a witch (affiche)

Honnêtement, je ne sais pas quoi penser de ce film qui me semblait très prometteur. Il m’a à la fois mise très mal à l’aise et profondément ennuyée. Mal à l’aise car, si ça se veut comédie grinçante, je l’ai trouvé violent et triste. Ennuyée car je l’ai trouvé plat et, malgré ses yeux ardents, le mutisme de la jeune héroïne m’a lassée. J’ai fini par laisser mon esprit vagabonder, ratant une bonne partie de la fin du film. Pas de critique donc de ce long-métrage étrange…

  1. Lucky, de John Carroll Lynch

 Lucky est un vieux cow-boy solitaire. Il fume, fait des mots croisés et déambule dans une petite ville perdue au milieu du désert. Il passe ses journées à refaire le monde avec les habitants du coin. Il se rebelle contre tout et surtout contre le temps qui passe. Ses 90 ans passés l’entraînent dans une véritable quête spirituelle et poétique. (Allociné)

Lucky (affiche)

Un magnifique dernier rôle, taillé sur mesure, pour Harry Dean Stanton. Une ode contemplative sur le temps qui passe, les années qui s’accumulent, sur une peur bravement dissimulée sous une résignation de façade. Le ton est assez mélancolique, mais optimiste en même temps. Les acteurs sont parfaits, les dialogues justes, le sujet universel. Lucky est un film sensible, intelligent et délicat, non dénué d’humour, porté par un Harry Dean Stanton absolument touchant et charismatique. Je n’ai pas mille choses à dire, ce film m’a remuée et c’est tout.

  1. Downsizing, d’Alexander Payne

Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le « downsizing ». Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek  et sa femme à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours. (Allociné)

Downsizing (affiche)

Bon. Que dire ? Cette critique va être laborieuse. Parce que je n’ai pas pensé grand-chose de ce film. Premièrement, je l’ai trouvé long – beaucoup trop long. Je pense qu’il y avait de bonnes idées au départ, mais le traitement qui en a été fait aboutit à un scénario sans surprise ni originalité. Voire mièvre. Le film se voulait sans doute critique de la société, il insiste bien sur le fait que, grands ou petits, rien ne change, les inégalités et les trafics persistent, mais c’est laborieux et peu passionnant. Les réflexions sur l’écologie et la fin de l’humanité restent totalement superficielles et n’apportent rien. Bien que plus drame que comédie, de nombreuses tentatives d’humour sont faites en tirant sur des clichés et des personnages caricaturaux. Si j’ajoute que ces derniers m’ont globalement ennuyée, voire agacée (raah, le passif Paul Safranek !), j’obtiens un film vraiment moyen…

  1. 3 Billboards, les panneaux de la vengeance (VO : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri), de Martin McDonagh

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville. (Allociné)

3 Billboards (affiche)

3 Billboards trace un portrait assez amer de l’Amérique profonde dans cette petite bourgade où l’amour ne règne pas en maître puisqu’on y déteste les Noirs, les nains, les gays… De temps à autre, toute cette moquerie, parfois gratuite, met mal à l’aise. Les scènes qui m’ont le plus dérangée : l’humiliation systématique de James, joué par Peter Dinklage, et celle de Penelope, la nouvelle petite amie de l’ex-mari de Mildred, qui, puisqu’elle n’a que 19 ans, est forcément une cruche écervelée, intéressante seulement pour son corps jeune et frais…
Néanmoins, cela ne change rien au fait que 3 Billboards est une vraie claque, magistralement menée d’un bout à l’autre. Un thème dramatique et poignant, des personnages sobres et subtils, un scénario original, et un humour très noir.
Le casting est superbe : Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Peter Dinklage, Caleb Landry Jones… Frances McDormand campe une femme qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui n’hésite pas à en venir à la violence s’il le faut. Seule la justice importe et retrouver le violeur et le meurtrier de sa fille. Une scène bouleversante vient nous montrer que toute cette colère destructrice vient, certes de la douleur, mais aussi de la culpabilité qui la ronge au souvenir des derniers mots, d’une violence inouïe, échangés avec sa fille. Difficile de ne pas s’attacher à cette Mildred froide et cassante (qui ne te laisserait sans doute pas t’attacher dans la vraie vie), mais d’une humanité folle,  à l’instar de tous les autres personnages. Pas de personnages 100% détestables, pas de personnages 100% gentils, mais toute une palette de caractères d’une grande justesse ! Même le plus haïssable d’entre eux laisse sa carapace de haine se fendre peu à peu.
Un film, grave, drôle, humain, noir, bref, excellent du début à la fin. Une fin par ailleurs très réussie puisqu’elle se joue avec brio de toutes nos attentes.

  1. The Greatest Showman, de Michael Gracey

The Greatest Showman célèbre la naissance du show-business et l’émerveillement que l’on éprouve lorsque les rêves deviennent réalité. Inspirée par l’ambition et l’imagination de P.T Barnum, voici l’histoire d’un visionnaire parti de rien qui a créé un spectacle devenu un phénomène planétaire. (Allociné)

The Greatest Showman (affiche)

Sans être le film du mois, j’ai bien aimé cette comédie musicale (même si The Greatest Showman ne rivalisera certainement pas avec mes comédies musicales préférées et nous sommes très loin de Moulin Rouge qui touchait un peu au même univers). Tout y est peut-être un peu trop heureux et plein de bons sentiments, mais je trouve agréable d’entendre pour une fois des messages de tolérance, de dépassement de soi et d’amitié.
N’espérez pas trouver ici un biopic fidèle sur Phineas Taylor Barnum qui était bien moins sympathique que celui dépeint par Hugh Jackman. Cet aspect peut même déranger (car P.T. Barnum était loin du philanthrope montré dans le film et je ne suis pas sûre que les freaks de l’époque étaient autre chose qu’un moyen de s’enrichir), mais ce film se veut plutôt comme une fête et une célébration du spectacle populaire. Soit.
Pour suivre le rythme effréné impulsé par la musique, les péripéties s’enchaînent très rapidement. C’est peut-être le point noir du film : à part P.T. Barnum, les personnages sont simplement esquissés et peu profonds (pour être honnête, je n’ai pas vraiment compris ce que le personnage de Zac Efron, Philip Carlyle) apportait au cirque, enfin, j’ai compris ce qu’il était censé apporter, mais concrètement, ça passe un peu à la trappe…). Certes, il n’y a pas de temps mort, mais justement, les différents rebondissements sont parfois un peu trop rapidement expédiés.
Les chansons sont entraînantes (bien que parfois un peu redondantes à mon goût) et les chorégraphies époustouflantes. Visuellement, c’est un enchantement, il y a sans cesse du rythme et certains plans – notamment au cirque Barnum – sont tout simplement magiques. Cependant, j’aurais aimé fréquenter d’un peu plus près les « freaks », autres que la très belle Anne Wheeler (qui n’a sûrement pas connu tout à fait la même exclusion qu’une femme à barbe ou qu’un nain)… Dommage qu’elle soit autant mise en avant !
Pas exceptionnel et dispensable, mais sympathique tout de même !

  1. Pentagon Papers (VO : The Post), de Steven Spielberg

Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis… (Allociné)

Pentagon Papers (affiche)

Scandale politico-militaire, réflexion sur la liberté de la presse, manipulation des pouvoirs publics… Le sujet est intéressant, mais la mise en scène est classique. De plus, même s’il ne peut véritablement y avoir de suspense puisque la fin de l’histoire est connue, je n’ai pas ressenti les risques pris par les journalistes – ils sont évoqués, mais pas transmis à mon goût – et je le regrette car cela m’aurait sans doute aidé à rentrer dans l’histoire. En effet, j’avoue avoir trouvé ce film un peu long, mais je plaide coupable, c’est de ma faute : ce genre de sujet – comme l’espionnage ou la politique – m’ennuie un peu.
En revanche, je trouve que Spielberg a très bien montré la situation délicate et inconfortable qu’était celle de Katherine Graham. En tant que femme, personne ne l’aurait choisie pour occuper ce poste majeur et ça n’aurait d’ailleurs pas été le cas sans la mort de son père et de son mari. Elle a dû se battre contre les idées reçues et la domination des hommes de son entourage pour imposer ses choix. Certaines scènes m’ont d’ailleurs fait ressentir avec une grande acuité l’oppression qu’elle a pu parfois subir, entourée d’hommes tentant à tout prix de lui imposer leur point de vue et de lui dicter ses prises de position.
Un film intéressant, mais qui me parle finalement assez peu.