Spécial nouvelles : Première personne du singulier, Nanofictions, Le plus petit baiser jamais recensé

(En vrai, Le plus petit baiser jamais recensé n’est pas une nouvelle, mais il est si court (et ma chronique l’est encore plus !) que je lui fais une petite place ici.)

 

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Première personne du singulier, de Patrice Franceschi (2015)

Première personne du singulier (couverture)Quatre nouvelles. Deux histoires de marins, deux histoires de la Seconde Guerre mondiale. Quatre dilemmes cornéliens qui se présentent à ces héros (et une héroïne) tragiques.

Après les histoires très courtes, filant à l’essentiel, de Kenneth Cook (Le koala tueur et autres histoires du bush), ce sont ici des nouvelles plus longues, qui prennent davantage leur temps pour décrire personnages, lieux et situations. Elles nous embarquent dans des situations révoltantes, plaçant les personnages face à des choix impossibles, déchirants, qu’ils soient dictés par l’amour, le devoir, les idéaux. Des choix qui souvent conduisent au désespoir le plus profond.

La plume de Patrice Franceschi est superbe. Les mots sont des perles soigneusement sélectionnées, transformant les phrases en joyaux littéraires. Soulignant toujours davantage la beauté et la tragédie de ces histoires qui pourraient n’être que des anecdotes. Qu’il décrive une tempête au milieu de l’océan, qu’il mêle une armée française en déroute et un poème de Victor Hugo ou qu’il invite l’actualité brûlante des migrants, qu’on soit en 1884, dans les années 1940 ou en 2013, l’auteur pousse ses personnages au bord du gouffre, face à leurs responsabilités.

(Petite déception – les autres nouvelles ayant mis la barre haute – sur la dernière histoire que je trouve un peu moins originale et tirant un peu vers le pathos. Cela dit, elle est aussi bien écrite que les autres et joliment construite.)

Quatre récits qui, chacun à leur manière, m’ont bousculée, m’ont chavirée, m’ont poussée à m’interroger sur ce que j’aurais à leur place.

« Il regarda l’océan tout autour de lui. Mais il n’y avait plus d’océan : des montagnes liquides l’avaient remplacé ; La Providence se frayait un chemin dantesque parmi des à-pics et des gouffres sans cesse renouvelés, des falaises et des surplombs, des crêtes et des cimes aux figures blafardes et le brick était comme un alpiniste solitaire perdu dans l’Himalaya. Flaherty resta debout, seul et solitaire, les deux mains sur la barre – et il ne songeait plus qu’à cette peur et à cette responsabilité qui était la sienne tandis que le monde autour de lui semblait ravagé. Comme il devait être doux de n’avoir qu’à obéir… »

« Vous savez, me dit Dolly, il y avait toujours une guerre civile à l’intérieur de Mark ; sans doute entre ce qu’il était et ce qu’il voulait être. C’était son combat de devenir un autre que lui-même. Il était épuisant. On le sentait tout le temps prêt à mourir pour quelque chose ; ça effrayait tous ceux qu’il côtoyait. »

« Madeleine et Pierre-Joseph se sont connus quinze minutes sur le quai d’une gare parisienne. Cinq leur ont suffi pour commencer à s’aimer, dix pour que leur amour s’achève. Le destin n’a pas eu d’égard pour eux : c’était la guerre. »

Première personne du singulier, Patrice Franceschi. Points, 2016 (2015 pour l’édition en grand format). 161 pages.

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Nanofictions, de Patrick Baud (2018)

Nanofictions (couverture)Et si, au lieu de parcourir le monde à la recherche d’étrangetés, le créateur d’Axolot inventait ses bizarreries, ces anomalies ?

Etonnant ouvrage ! Recueil de minuscules récits, d’historiettes tenant sur quelques lignes, il m’a transportée, émerveillée, effrayée. Avec quelques phrases, ces Nanofictions font travailler l’imagination et donnent lieu à mille développements qui seront propres à chaque personne qui les lira. Puisqu’il s’agit d’un livre qui aurait tendance à être dévoré du fait de la brièveté des récits, je les ai dégustées, les lisant un petit peu chaque soir pour prendre le temps de m’en imprégner, pour m’endormir avec, pour m’en bercer.

Réalistes ou relevant du fantastique ou de la science-fiction. Amusantes, oniriques, inquiétantes, poétiques. Optimistes, pessimistes, cyniques. Vie extraterrestre, humanité, surnaturel. Il y en aura pour tous les goûts. Parmi cette profusion et cette diversité, certaines touchent juste, émeuvent ou perturbent. Patrick Baud maîtrise l’art de la chute et parvient à surprendre, à faire sourire, voire à glacer le sang.

Les quelques illustrations qui parsèment le recueil sont à la fois simples, douces et poétiques. Un détail parfait pour sublimer l’ouvrage.

Soir après soir, je suis devenue accro à ces mini nouvelles addictives. C’est incroyable de constater la façon dont quelques mots peuvent ouvrir la porte de dizaines d’univers. N’hésitez pas, embarquez pour un voyage littéraire surprenant !

 

Nanofictions, Patrick Baud. Flammarion, 2018. 128 pages.

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Le plus petit baiser jamais recensé, de Mathias Malzieu (2013)

Le plus petit baiser jamais recensé(couverture)Quand un inventeur dépressif voit disparaître la fille qu’il vient d’embrasser, il se lance dans une grande quête pour la rechercher. Pourquoi disparaît-elle ? Qui est-elle ? Où est-elle ? Des chocolats au goût de baiser, perroquet pisteur, courses de skate tiré par des écureuils seront des ingrédients essentiels pour la rencontrer à nouveau.

L’amour sous toutes ses formes, les cornéliens choix amoureux, la douleur d’une rupture… il n’y a pas à dire, l’histoire est assez classique et pas forcément inoubliable. Sauf que. Sauf que je retiendrai davantage le souvenir – peut-être diffus – de la plume de Malzieu que celui plus galvaudé de l’intrigue. Car ce qui importe le plus, c’est la façon unique dont cette histoire lue, vue, vécue est racontée.
Sans être une experte de Mathias Malzieu, j’ai reconnu ici la belle sensibilité de celui qui m’avait surprise et touchée avec son Journal d’un vampire en pyjama. C’est très joliment écrit. Le texte regorge de trouvailles littéraires, d’images surprenantes et de malignes métaphores. Les néologismes et autres mots-valises sont légion, de la « télépathisserie » au « mélancolasthme » en passant par le « cœur-circuit ». Un petit conte farfelu et romantique !

Ce n’est pas un sans-faute car je ne pense pas m’en rappeler très longtemps – car il manquait un petit quelque chose à l’histoire, car la fin est trop prévisible -, mais cette histoire imaginative et poétique s’est laissée dévorer comme un très bon chocolat.

« Le problème c’est que ma tête n’est jamais reposée. Mon cerveau est une maison de campagne pour démons. Ils y viennent souvent et de plus en plus nombreux. Ils se font des apéros à la liqueur de mes angoisses. Ils se servent de mon stress car ils savent que j’en ai besoin pour avancer. Tout est question de dosage. Trop de stress et mon corps explose. Pas assez, je me paralyse. »

Le plus petit baiser jamais recensé, Mathias Malzieu. J’ai Lu, 2014 (Flammarion, 2013, pour la première publication). 154 pages.

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Le Hobbit, de J.R.R. Tolkien (1937)

Le Hobbit (couverture)« Au fond d’un trou vivait un hobbit. » Qui ne connaît pas ces mots ? Qui ne connaît pas cette histoire ? Mais résumons tout de même.
C’est donc l’histoire de ce hobbit, Bilbo (Baggins en VO, Sacquet pour la première traduction, Bessac pour la nouvelle, restons donc sur Bilbo, on le connaîtra rapidement suffisamment bien pour l’appeler par son prénom), embarqué dans une aventure de cambriolage par douze nains et un célèbre magicien. Objectif du périple : récupérer le trésor des nains gardé par le dragon Smaug au cœur de la Montagne Solitaire. Mais le chemin est bien long et périlleux et notre hobbit aura bien des occasions de regretter son trou.

Lentement mais sûrement, je poursuis mon voyage à travers la Terre du Milieu. Après Le Seigneur des Anneaux, J.R.R. Tolkien : une biographie et Le Silmarillion, me voilà refermant Le Hobbit. Avec un petit pincement au cœur, je l’avoue. Quitter ce monde et ces personnages – surtout ces derniers d’ailleurs car je sais que je retrouverai cet univers au travers des autres œuvres de Tolkien – m’attriste, ils me manquent déjà. Ce n’était pas ma première lecture de ce texte : par deux fois, j’ai lu sa première traduction assurée par Francis Ledoux, puis j’avais écouté la version audio lue par Dominique Pinon, et j’ai cette année découvert la nouvelle traduction de Daniel Lauzon. Et je ne sais si c’est parce que je suis immergée dans ce monde depuis le mois d’août, si c’est lié au travail du traducteur ou si c’est parce que le livre a été magnifié par des films plutôt raté (surtout le troisième, mais ne me lancez pas dessus), mais je n’ai jamais autant apprécié ma lecture que cette année.

Il est toujours difficile de se lancer dans une chronique d’un tel classique et je ne prétends pas apporter quoi que ce soit à l’édifice d’encensement de l’œuvre de Tolkien. D’autant que je ne vais pas faire dans l’originalité : j’ai adoré cette aventure extraordinaire. A l’origine destiné à la jeunesse, c’est un récit plus court, plus humoristique et plus léger que Le Seigneur des Anneaux certes, mais pas moins captivant.

Bilbo est un héros involontaire et il n’est pas chargé comme Frodon d’une lourde mission qui lui pèse chaque jour, ce qui donne à son voyage une touche plus guillerette. Ce qui ne l’empêche pas de connaître de nombreux doutes, à commencer par des aspirations contradictoires : connaître des aventures, le monde et les elfes d’une part, rester dans sa chère Comté pour y poursuivre sa vie sans rien d’inhabituel d’autre part. C’est un petit bonhomme qui se dépasse sans cesse, montrant plus de ruse, de sagesse et de résistance que les autres personnages. Bref, Bilbo est un héros terriblement attachant (plus que son neveu).
On y rencontre de nombreux personnages, certains connus, d’autres nouveaux : Gollum (la fameuse rencontre et son concours d’énigmes !), Elrond, Beorn, les Aigles, le Roi des Elfes sylvains, Smaug… et les nains bien sûr. Bien que je ne sois pas souvent d’accord avec les désirs des nains – de l’or, de l’or, de l’or, et des pierres précieuses –, cette troupe est tout de même sympathique. Je regrette cependant que les nains soient relativement interchangeables : il y a Thorin – un Thorin un peu plus supportable que celui des films (auquel je collerais des baffes avec plaisir) –, Bombur éventuellement et les onze autres nains. C’est le seul bon point pour les films, dans une comparaison entre le livre et l’adaptation, qui ont su proposer des personnalités diverses, rapidement identifiables et touchantes.
Tolkien rend chaque rencontre inoubliable : la sagesse majestueuse d’Elrond (je me suis d’ailleurs aperçue que, alors que je dessine ma propre version des autres personnages, ce dernier est totalement indissociable du visage d’Hugo Weaving), la sournoiserie de Gollum, la jovialité et la puissance de Beorn, le rougeoiement de Smaug… Malgré la petitesse du livre – 400 pages – l’auteur parvient à donner un aperçu de la vie, des habitudes et des pensées qui animent chaque peuple, chaque créature. Chaque page approfondit un peu plus sa mythologie.

C’est une fois encore l’occasion d’un fabuleux voyage à travers des paysages à couper le souffle. La plume de Tolkien esquisse avec précision et moult détails évocateurs les montagnes, les plaines désolées, les galeries sombres des gobelins, la forêt étouffante et, pour ouvrir le récit, le si douillet trou de hobbit de Bilbo.
L’action est précise et rapide, Tolkien va droit au but et chaque chapitre se lit comme une aventure à part entière. Episode après épisode, de danger en danger en passant par quelques passages de douceur salvatrice, le roman se dévore comme un feuilleton. Rien à dire, c’est terriblement efficace.

Mille images viennent en tête lors de la lecture de ce roman. Le Hobbit est un récit plus accessible – moins de descriptions, moins de solennité – que Le Seigneur des Anneaux, mais tout aussi entraînant. Si ce dernier reste inégalé à mes yeux, ça n’en ai pas moins un roman fantastique qui se déguste avec plaisir. Voyage initiatique, récit d’aventure, roman de fantasy qui parle de courage, d’amitié et de dépassement de soi, c’est un superbe petit livre qui mérite son titre de classique.

« Une soudaine empathie, de la pitié mêlée d’horreur, surgit dans le cœur de Bilbo : un aperçu des jours interminables et indifférenciables, sans lumière et sans espoir, faits de pierre dure, de poisson froid, de sournoiseries et de murmures. Toutes ces images lui traversèrent l’esprit en un éclair. Il trembla. Puis soudain, le temps d’un autre éclair, un nouveau courage s’éleva en lui, et il sauta. »

« C’est alors que Bilbo s’arrêta. Continuer d’avancer, faire un pas de plus dans ce tunnel est la chose la plus brave qu’il ait jamais faite. Les événements extraordinaires qui suivirent ne représentent rien, comparativement. La vraie bataille, il l’a livrée seul, à cet endroit, avant même de poser les yeux sur le formidable danger qui l’attendait. »

« Si nous étions plus nombreux à célébrer la bonne chère, les chants et les réjouissances, plutôt que l’or amassé, ce monde en serait plus joyeux. »

Le Hobbit, J.R.R. Tolkien. Le Livre de Poche, 2015 (1937 pour l’édition originale. Christian Bourgois, 1969, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Daniel Lauzon. 403 pages.

Le Seigneur des Anneaux, de J.R.R. Tolkien (1954-1955)

Le Seigneur des Anneaux (couverture)Faut-il vraiment résumer La Communauté de l’Anneau, Les deux Tours et Le retour du roi, bref, Le Seigneur des Anneaux ? Un Anneau, un Seigneur prêt à tout pour le récupérer, un Hobbit chargé de le détruire, une compagnie composée de trois Hobbits, deux Hommes, un Nain, un Elfe et un Magicien pour l’y aider, une course contre le Mal pour sauver la Terre du Milieu.

Il est des livres qui semblent impossibles à chroniquer tant il paraît futile d’ajouter des mots creux à tous ceux qui ont déjà été dit. Le Seigneur des Anneaux en fait clairement partie.
Que puis-je dire de cette relecture ? (qui remonte à présent au mois d’août, mais voilà enfin mon article !)

Je pourrais dire qu’elle m’a transportée. Emportée dans cette quête dès la première page. Rapidement, le bucolisme charmant de la Comté laisse place à une atmosphère empreinte de malignité, de sournoiserie, de cruauté. La malfaisance de l’Anneau est nettement perceptible et l’on observe, captivé, son influence sournoise sur les êtres. J’ai contemplé mi-attirée, mi-rebutée la lutte entre Sméagol et Gollum – cet être à la fois émouvant et sournois, fascinant et repoussant, ce personnage absolument génial que l’on aime et on déteste –, la folie de Denethor, la perfidie puis la déchéance de Grima…
Mais ce périple offre également la compagnie de l’amitié, de la solidarité, du courage et de la noblesse. J’ai pris plaisir à suivre Théoden dans sa dernière chevauchée, Aragorn dissimulant sa gentillesse et son pouvoir sous des vêtements boueux, Eowyn se libérant de la cage domestique dans laquelle sa féminité l’avait enfermée. J’ai aimé écouter les longues dissertations Sylvebarbe, tout en sagesse et puissance ignorée, ou les élégantes phrases de Gimli, cachées derrière une façade de rudesse, à propos de Galadriel ou des chefs-d’œuvre nains.

Le livre est en revanche plus avare en drames personnels, petites tragédies dont Peter Jackson a émaillé ses films. Pas de séparation entre un Frodon manipulé et un Sam en larmes, pas d’Arwen déchirée entre son père et Aragorn, entre sa nature d’Elfe immortelle et sa volonté de vivre une vie de mortelle… bref, il n’y a pas tous ses lents passages sans doute supposés émouvoir le spectateur, mais qui, chez moi, ne génère qu’ennui.
Le réalisateur a sans doute humanisé davantage certains personnages, admirables de bout en bout chez Tolkien – Théoden ou Faramir par exemple –, en leur donnant également un visage plus sombre et un cœur plus torturé. Un choix que j’aurais pu apprécier si je ne venais pas de passer plusieurs semaines avec les protagonistes de papier. Certes, leur grandeur d’âme et de cœur et leur noblesse peuvent parfois paraître un peu trop pures, mais qu’importe. Sous la plume de Tolkien, c’est réussi et c’est inspirant.

Cette épopée est un voyage et les mots de J.R.R. Tolkien m’ont donné à contempler bien des paysages. Cette écriture précise et détaillée au possible fait surgir des forêts millénaires, des cités majestueuses, de vastes étendues verdoyantes ou désolées pour un récit extrêmement visuel. Au fil des pages se dessinent la moindre vallée, colline, fracture dans la roche… Les points cardinaux m’ont fait tourbillonner, m’étourdissant parfois, me perdant occasionnellement.

J’ai redécouvert les épisodes délaissés par les films. Ah, la Vieille Forêt ! Son ambiance oppressante, chargée d’ans, cette insidieuse domination du Vieil Homme-Saule qui y règne en maître discret mais implacable. Ah, les Hauts des Galgals ! Son étrangeté, ses êtres mystérieux… qui, seuls, résistent à toute tentative d’évocation visuelle de ma part. Ah, Tom Bombadil ! Cette entité étrange à la fois généreuse et détachée ! Et cette fin… La destruction de l’Anneau n’est pas la dernière péripétie de ce roman et les Hobbits – notamment mes chers Pippin et Merry auxquels Tolkien offre un bien beau final – doivent encore faire leurs preuves.

Ce fut aussi une rencontre avec des personnages parfois maltraités ou sous-estimés dans les adaptations. Je pense à Merry, plus mature, fiable et intelligent. Je pense à Pippin qui, bien que conservant cette insouciance joyeuse propre aux Hobbits ainsi que cette maladresse aux conséquences parfois désastreuses, se révèle extrêmement touchant et malin. Tous deux grandissent au fil des chapitres et, s’ils parviennent toujours à conserver leur bonhommie et leur appétence aux rires et aux chansons, ils gagnent en gravité et en fierté. J’ai été absolument ravie de la dissolution de la communauté de l’Anneau : invisibilisés par des personnalités telles que Gandalf, Aragorn ou Frodon, on redécouvre leur caractère, leurs originalités et leurs rôles cruciaux lorsqu’ils se retrouvent isolés.
En revanche, je reste globalement hermétique au duo Frodon-Sam (même s’ils m’agacent moins que dans les films). Si je trouve leur relation plus claire – Sam étant subordonné à Frodon (un hommage aux ordonnances pendant la guerre, m’a appris le Joli) –, cette configuration maître-serviteur ne me touche guère. Cependant, j’ai été enchantée de voir Sam devenir absolument essentiel pour Frodon qui m’a davantage touchée par la souffrance générée par l’Anneau.

Je suis restée bouche bée devant le travail titanesque de Tolkien, créateur d’un monde infini. Des peuples, des langues, des alphabets, un passé rempli de mille et une histoires, des généalogies sur des dizaines de générations, des calendriers… des milliers de détails qui rendent l’histoire de la Terre du Milieu d’une richesse inégalée. Les annexes situées à la fin de mon intégrale sont là pour témoigner du génie complètement fou de ce philologue passionné. Les histoires s’y multiplient. Aragorn et Arwen, Azog et Thorin, l’histoire de Númenor et du peuple de Durin…

La lecture a été agréable de bout en bout, beaucoup plus fluide que dans mes souvenirs. C’est un monde riche, coloré, vivant sur lequel s’étend, palpable, une ombre maléfique dont la plus fascinante manifestation n’est pas les créatures immondes qu’elle déverse sur la Terre du Milieu, mais la lente corruption des cœurs et des esprits de ses victimes.

Grandiose, épique, magistral. Une histoire qui mérite son titre de monument de la littérature.

Une lecture dense et captivante et un univers que je ne veux pas quitter. Vous entendrez donc probablement parler, dans les mois à venir, de Bilbo le Hobbit (une relecture également), du Silmarillion ou encore de Beren et Luthien, et en fait, de toutes les œuvres de Tolkien car je suis bien décidée à lire toute sa bibliographie. Et je ne repousserai pas autant la prochaine relecture de ce chef-d’œuvre, car relecture il y aura forcément.

J’aimerais le lire un jour en anglais, mais il me faudrait des mois pour en venir à bout. Il est vrai que la traduction m’a parfois laissée perplexe (ainsi que les multiples fautes d’orthographe et coquilles présentes dans mon édition). (J’ai appris qu’une nouvelle traduction, assurée par Daniel Lauzon, a vu le jour en 2014, apparemment plus fluide et plus juste, plus respectueuse de la version originale et des voix des différents personnages. A découvrir donc !)

« Le bien-être et la paix avaient néanmoins laissé à ce peuple une étrange endurance. Ils étaient, si les choses en venaient là, difficiles à battre ou à tuer ; et peut-être la raison pour laquelle ils aimaient si insatiablement les bonnes choses était-elle qu’ils pouvaient s’en passer en cas de nécessité ; ils étaient capables de survivre aux plus durs assauts du chagrin, de l’ennemi ou du temps au point d’étonner qui, ne les connaissant pas bien, ne regardait pas plus loin que leur panse et leur figure bien nourrie. »

« Nombreux sont ceux qui vivent et qui méritent la mort. Et certains qui meurent méritent la vie. Pouvez-vous la leur donner ? Alors, ne soyez pas trop prompt à dispenser la mort en jugement. Car même les très sages ne peuvent voir toutes les fins. »

« « Serai-je toujours choisie ? dit-elle amèrement. Serai-je toujours laissée derrière quand les Cavaliers partent, pour m’occuper de la maison tandis qu’ils acquerront du renom et trouveront de la nourriture et des lits à leur retour ? »
« Un temps peut venir bientôt où nul ne reviendra, dit-il. La valeur sans renom sera alors nécessaire car personne ne se rappellera les exploits accomplis dans l’ultime défense de vos demeures. Les exploits ne sont pas moins vaillants pour n’être pas loués. »
Et elle répondit : « Toutes vos paroles n’ont d’autre but que de dire : vous êtes une femme et votre rôle est dans la maison. Mais quand les hommes seront morts au combat et à l’honneur, vous pourrez brûler dans la maison, car les hommes n’en auront plus besoin. Mais je suis de la maison d’Eorl et non pas une servante. Je puis monter à cheval et manier l’épée, et je ne crains ni la souffrance ni la mort. »
« Que craignez-vous, Madame ? » demanda-t-il.
« Une cage, répondit-elle. Rester derrière des barreaux, jusqu’à ce que l’habitude de la vieillesse les accepte et que tout espoir d’accomplir de hauts faits soit passé sans possibilité de rappel ni de désir. » »

Le Seigneur des Anneaux, intégrale, J.R.R. Tolkien. Editions Christian Bourgois, 2003 (1954-1955 pour l’édition originale. Editions Christian Bourgois, 1972-1973, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Francis Ledoux (roman) et Tina Jolas (appendices). 1278 pages.

Challenge Les 4 éléments – Le feu :
un récit où la guerre fait rage

Recueil de mini-chroniques, spécial BD

Zaï zaï zaï zaï, de Fabcaro (2015)

Zaï zaï zaï zaï (couverture)Parce qu’il n’a pas sa carte du magasin, un homme se retrouve traqué et jugé par tout le monde. Des politiciens aux médias, de ses amis aux gens dans les bistrots, chacun y va de son avis pendant que l’ennemi public n°1 se lance dans une fuite éperdue.

Pas de place au doute : nous allons faire une plongée dans le registre de la parodie et de l’absurde. C’est hilarant (j’ai ri à chaque planche ou presque), mais pas seulement…

En effet, les points de vue se multiplient (le risible aussi) et peu à peu se dessine une réjouissante parodie de notre société. Elle critique la politique d’hyper sécurité, l’indifférence, l’intolérance et la xénophobie, l’hypocrisie et le conformisme… Elle se moque gentiment des régions françaises (« Ici, en Lozère, je serai en sécurité, ils ne captent ni télé ni radio. »), des films policiers et/ou d’action, les médias, les révoltes adolescentes contre les parents…

Si le dessin est très minimaliste, Fabcaro propose néanmoins une bande dessinée très immersive. Elle rappelle irrésistiblement des situations de notre quotidien et, dès les premières pages, a aussitôt lancé un film dans ma tête avec des images, des bruits, des voix (notamment celle des journalistes… vous savez…cette (insupportable) voix (merci à Alberte Bly pour la découverte de cette vidéo vraiment bien faite))

Chorale, futée, atypique et franchement barge, voilà comment je qualifierais cette BD  désopilante qui souligne avec justesse quelques tares de notre société. Autant d’humour et autant d’intelligence, pourquoi se priver ?

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro. Editions 6 pieds sous terre, 2015. 72 pages.

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Les années douces (2 tomes), de Jirô Taniguchi,
d’après le roman d’Hiromi Kawakami (2008)

Les années douces (couverture)

Les rencontres entre Tsukiko et son ancien professeur maintenant à la retraite. Entre la trentenaire et celui qu’elle appelle « le maître », se noue une relation où l’affection est de plus en plus prégnante.

Les années douces 2 (couverture)C’est un récit très lent, très tendre qui se déroule ici. On regarde ces deux cœurs solitaires s’approcher et se découvrir peu à peu. C’est tranquille, délicat, tout en douceur. Pas de grandes aventures, pas de rebondissements inattendus, juste des instants du quotidien narrés avec beaucoup de pudeur et de simplicité.

J’avoue que j’ai particulièrement aimé la première partie (heureusement, la plus longuement évoquée dans ces deux volumes) de leur relation, lorsque celle-ci était plus floue, oscillant entre amitié, respect et amour platonique. La suite est plus conventionnelle bien que toujours aussi justement narrée.
Si les « Maître ! » incessants de Tsukiko m’ont parfois agacée, presque gênée par cette connotation hiérarchique dans une relation d’égale à égal, je me suis toutefois identifiée à cette femme timide, qui a l’impression de ne pas être suffisamment adulte. J’ai été touchée de la voir, elle si solitaire malgré une vie active, découvrir l’autre et constater la place qu’il a prise dans sa vie comme ça, mine de rien, au fil des conversations.

Les rencontres des deux personnages s’effectuent la plupart du temps dans un petit troquet et la nourriture accompagne tout le récit. Et s’opère alors ce talent tout japonais semble-t-il de rendre tout et n’importe quoi (certains plats ont de quoi surprendre) parfaitement alléchant. (Je pense notamment aux films d’animation de Miyazaki ou autres qui me mettent toujours l’eau à la bouche.)

Les dessins de Taniguchi soulignent tout cela – émotions, timidité, tendresse, mets appétissants – avec fluidité et précision. J’ai aimé scruter les visages, contempler les paysages, m’immerger dans ces pages crayonnées.

Ce n’est pas un coup de cœur, peut-être la narration ne s’y prêtait-elle pas. Ce fut une lecture agréable, douce, sereine, onirique parfois. Je ne sais quelles émotions elle laissera en moi, mais je pressens que je n’en garderais qu’un souvenir diffus quoique paisible et heureux.

Les années douces (2 tomes), Jirô Taniguchi, d’après le roman d’Hiromi Kawakami. Casterman, coll. Ecritures, 2010-2011 (2008 pour l’édition originale). Traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu. 200 pages (tome 1) et 238 pages (tome 2).

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Saveur Coco, de Renaud Dillies (2013)

Saveur Coco (couverture)Deux amis, Jiři et Pôlka, errent dans le désert, assoiffés. La seule dépression en vue est loin d’être climatique. Entre mirages, poissons volants et noix de coco inviolables, les deux compères ne semblent pas prêts de se désaltérer

Ne vous attendez pas à un début et une fin bien nette. Non, ici, le scénario est comme un désert qui s’étend à l’infini. Entre la première et la dernière page, on n’aura pas vraiment le sentiment d’avoir avancé, juste celui d’un bref voyage étonnant et poétique en compagnie d’une cigogne et d’un renard anthropomorphiques.

C’est ça, Saveur Coco. Pas une histoire au sens où on l’entend, mais de la poésie. Poésie des mots, poésie des images.
Dialogues savoureux, bons mots et jolies répliques. C’est décalé, c’est loufoque, c’est inclassable. Mais on se prend de sentiment pour ce duo improbable, pour ces deux amis si différents que l’épreuve de la soif amènera à déteindre un peu sur l’autre.
Couleurs lumineuses et faciès attendrissant. C’est un régal pour les yeux. Ça jaillit, ça éblouit, ça émerveille. Pleines pages, petites cases, rondeurs, angles droits, absence de bordures, banderoles… le tout foisonne d’inventivité tandis que le Soleil omniprésent, le sombrero et les enluminures colorées nous emmènent dans un univers d’inspiration mexicaine.

Cette fable absurde, portée par une quête totalement vaine, déstabilise sans aucun doute, laissant un goût d’inachevé dans l’air. Et pourtant, si ça ne se hisse pas au niveau d’un Abélard, ça sort des chemins battus et c’est tout simplement délicieux.

Saveur Coco, Renaud Dillies. Dargaud, 2013. 80 pages.

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Momo, (2 tomes), de Jonathan Garnier (scénario) et Rony Hotin (dessin) (2017)

Momo T1 (couverture)Momo est une petite fille élevée par sa grand-mère dans un petit village en bord de mer. Nouveaux copains, rencontres inoubliables, petits et grands malheurs, bref, la vie avec beaucoup de justesse et d’amour.

Momo T2 (couverture)Cette BD a été une bouffée de tendresse enfantine. Sous sa tignasse, Momo est absolument renversante de force et de fragilité. Elle amuse et émeut, on se prend d’amour pour cette petite fille solitaire trop éloignée de ses parents. Son innocence est parfois mise à rude épreuve, mais cette guerrière sait rebondir et retrouver d’un coup la combativité joyeuse des enfants. Sa franchise et sa curiosité naturelles lui permet de fendre les carapaces que certains forgent autour de leur cœur. Elle a de multiples facettes, la petite Momo, c’est ce qui la rend si touchante et si réaliste à l’image de celles et ceux qui l’entoure.

Le fantastique en moins, j’ai retrouvé du Miyazaki dans cette histoire, tant dans le dessin que dans les paroles des personnages. J’y ai retrouvé Ponyo sur la falaise, Le château ambulant ou encore Mon voisin Totoro.

Momo, c’est une boule d’énergie, ce sont des rires à chaque coin de rue, c’est une montagne de mignonnerie et d’attendrissement, ce sont aussi quelques froides averses de tristesse qui glacent le cœur. Je vous préviens, Momo est bien trop adorable pour laisser indifférent·e, vous risquez d’y laisser quelques miettes de votre cœur !

Momo (2 tomes), Jonathan Garnier (scénario) et Rony Hotin (dessin). Casterman, 2017. 88 pages (tome 1) et 83 pages (tome 2).

Les Rois maudits, de Maurice Druon (1955-1977)

France, XIVe siècle. Philippe IV le Bel arrive à la fin de son règne. Il laisse une France puissante et paisible, débarrassée du dernier pouvoir qui lui tenait tête, celui des Templiers. Mais les conflits de succession qui agiteront sa descendance amèneront ce royaume qu’on pensait invincible au bord de la ruine et à la célèbre Guerre de Cent Ans.

Maintenant que j’ai refermé le septième et dernier tome des Rois maudits, je me sens esseulée. Quand on a fréquenté livre avec livre autant de personnages, il est étrange de leur dire adieu.

Les Rois maudits est une saga historique qui a marqué mon début d’adolescence. Je les ai lus pour la première fois vers dix ou onze ans (avant douze ans, c’est certain car je me souviens avoir vu la seconde adaptation en série lors de sa diffusion à la télé en 2005) et, fascinée par ces intrigues, ces tortures, ces personnages hauts en couleurs, je les ai relus maintes et maintes fois sans me lasser. C’est seulement l’accession à des centaines d’autres livres qui a stoppé mes relectures annuelles (en même temps que celles de tous les livres de mon enfance et de mon adolescence). Sauf que ces relectures me manquent et je m’offre parfois ce petit plaisir de redécouvrir une saga ou un ouvrage.

Cette replongée dans l’Histoire de France s’est révélée aussi plaisante et fascinante qu’il y a quinze ans. Issus d’un travail collectif – Maurice Druon ayant été entouré de plusieurs collaborateurs et collaboratrices –, les tomes se dévorent, l’écriture est fluide et on apprend mille choses sans s’en apercevoir.
Ah, cette désastreuse succession de rois incapables, indécis, coléreux, cruels, stupides, manipulés ! La mort de Philippe le Bel fait entrer la France dans un long tunnel de guerres, de famines, d’épidémie, de révoltes, qui la conduira jusqu’aux portes de la Guerre de Cent Ans. Mais quel en est le commencement ? Une malédiction jetée du haut d’un bûcher par le grand-maître des Templiers ? Des princesses adultères ? Un conflit entre un neveu et une tante trop semblables ?

Combien de destins brutalement interrompus, de libertés emprisonnées, de volontés contrariées au fil de cette histoire qui s’étire sur près de quarante ans ? Complots, empoisonnements, alliances, trahisons, mensonges font le sel de cette saga.

Des intrigues de moindre noblesse se jouent aussi entre ces pages, comme la tragique histoire d’amour entre le Lombard Guccio Baglioni et Marie de Cressay, dont les plans radieux pour l’avenir s’évanouiront lorsque leur destin sera entremêlé à celui de ces Capétiens maudits. Mais le peuple ne forme qu’un arrière-plan car les puissants ne semblent guère se préoccuper de ces miséreux, affamés, pressés par les taxes, volés et maltraités. Trop occupés à courir après les titres et les honneurs, perpétuellement en manque d’argent mais toujours menant train de vie dispendieux, ces rois, ces comtes, ces ducs sont bien indifférents aux malheurs de gens si éloignés de leur personne. Heureusement qu’apparaissent parfois – petite bulle reposante d’intelligence – des rois soucieux du bien public ou des dignitaires compétents et droits.
Cependant, aussi détestables que soient les personnages (féminins comme masculins), cette narration au plus proche d’eux permet toujours de montrer leurs bons côtés, leurs pulsions généreuses, leurs remords, leurs espoirs naïfs (et, de même, souligner que les bons ne le sont rarement à 100%). Bref, on échappe au manichéisme pur et dur dans cette galerie de caractères si vivement dépeints.

Le premier tome nous donne à voir la puissance de la France sous Philippe le Bel, avant que des disputes pour la succession au trône ne gâche tout cela.
Comme il est décevant, dès le second tome, de voir l’œuvre de pacification – fin des croisades coûteuses en or et en hommes, interdiction faite aux seigneurs de guerroyer selon leur bon vouloir… – et d’unification – monnaie unique, royaumes réunifiés sous la couronne de France… – de Philippe le Bel assisté de Enguerrand de Marigny détruite en quelques mois par un héritier faible et colérique, trop sensible à ce qu’on lui murmure dans le creux de l’oreille. On ressent parfois cette même frustration désespérée qu’en voyant un Joffrey accéder au Trône de fer, mais en même temps, sans cela, il n’y aurait pas d’histoire, n’est-ce pas ? Un roi bon, juste, impartial n’aurait jamais permis ces péripéties incroyables… et pourtant vraies.
J’ai été un peu déçue de voir le règne de Philippe V, dit le Long, résumé dans le prologue, ellipse de cinq ans dans le cours de la narration. Après Louis X le Hutin, ce roi brouillon, aux réactions adolescentes, perpétuellement indécis, bassement cruel, son frère apparaissaient comme un modèle de sagesse et de grandeur, même s’il n’a pas hésité à prendre quelques décisions radicales pour ce qui lui semblait être le bien-être du royaume. Regret donc de ne pas le côtoyer un peu plus longuement.

Puis, on arrive à ce cinquième tome, La Louve de France. Il s’agit d’Isabelle, fille de Philippe le Bel et reine d’Angleterre. Femme humiliée, reine spoliée par les favoris de son époux. Ce tome se tient entre France et Angleterre et la narration romancée de Maurice Druon se révèle diaboliquement efficace. L’histoire commence et comment ne pas être avec cette malheureuse mais digne Isabelle, avec ce Mortimer si fier bien que proscrit ? Comment ne pas supporter leur alliance, leur amour, face à cet Edouard entouré de conseillers cupides, qui pille et rabaisse son épouse ? Mais les intrigues progressent et la roue tourne, ceux qui étaient si bas regagnent leur pouvoir, ceux qui régnaient en toute impunité perdent leur influence et leurs richesses, et les pensées que Druon accorde à ses personnages ont fait changer mon cœur d’allégeance. Car il faut croire que les puissants sont toujours détestables, incapables de ne pas abuser de leur pouvoir sur les plus faibles. L’intolérance et la jalousie de Mortimer deviennent intolérables tandis que le roi aspirant à une vie simple, à un minimum de respect, inspire pitié et sympathie.

Ah, et ce sixième tome, Le Lis et le Lion, qui donne une si belle place entre ces pages au personnage flamboyant de Robert d’Artois ! Son procès, ses machinations, ses haines, ses attirances, ses promesses, ses mensonges… quel protagoniste unique ! On l’admire, on le déteste parfois, on l’aime aussi, il inspire des sentiments multiples, fluctuants, mais ne laisse pas de marbre.

Le tome 7, Quand un roi perd la France, se détache véritablement des six premiers tomes. En vérité, la fin de la saga est à la fin du sixième tome, tout dans le ton de l’auteur le fait voir ainsi : la fin est clairement annoncée, suivie d’un épilogue qui permet de résumer ce qu’il est advenu par la suite des autres personnages, les évènements du tome 7 y sont même rapidement narrés. Ecrit une quinzaine d’années après les autres, ce septième tome tranche avec les autres, ne serait-ce que par cette narration à la première personne, long monologue d’un cardinal en mission papale. Il nous donne à voir la médiocrité du roi Philippe VI de Valois, les impulsives décisions de son fils Jean II, ruinant le royaume, perdant batailles et sièges. C’est un tome que je n’avais dû lire qu’une seule fois, arrêtant le reste du temps mes lectures au tome 6. S’il ne m’a pas paru aussi insupportable à lire que dans mes souvenirs, si la lecture a été aussi agréable que pour le reste, il s’agit toutefois d’un opus que je n’apprécie que moyennement, principalement car je le trouve superflu. Ça reste néanmoins une plongée intéressante dans les gouvernements calamiteux de cette nouvelle dynastie régnante, celle des Valois.

Sept volumes absolument enthousiasmants qui nous font entrer dans les coulisses de l’Histoire de France. Certes, c’est romancé, mais c’est aussi tellement fascinant de côtoyer au plus près ces personnages sans foi ni loi auxquels on s’attache immanquablement : ces récits présentent en outre l’indubitable qualité de laisser une belle place aux femmes, qu’elles soient reines, comtesses ou servantes. Manigances et ambitions personnelles, ou comment faire naître une guerre à partir de pas grand-chose. Rien à dire, c’est mené de main de maître. C’est bien écrit, jolie tournure de phrases et humour subtile, c’est un régal !

« Sous son règne, la France était grande et les Français malheureux. »
(Tome 1, Le Roi de fer)

« Inutile, impuissante, la reine assistait à cette ambulante déchéance. Des sentiments contraires la divisaient ; d’une part sa nature vraiment royale, marquée par l’atavisme capétien, s’irritait, s’indignait, souffrait de cette dégradation continue de l’autorité souveraine ; mais en même temps l’épouse lésée, blessée, menacée, se réjouissait secrètement à chaque nouvel ennemi que se créait le roi. »
(Tome 5, La Louve de France)

« Le peuple anglais, cette nuit-là, est souverain mais, un peu embarrassé de l’être, ne sait à qui remettre l’exercice de cette souveraineté.
L’histoire a fait un pas soudain. On dispute de questions dont la discussion même signifie que de nouveaux principes sont admis. Un peuple n’oublie pas un tel précédent, ni une assemblée un tel pouvoir qui lui est échu ; une nation n’oublie pas d’avoir été, en son Parlement, maîtresse un jour de sa destinée. »

(Tome 5, La Louve de France)

« A perdre un ennemi contre lequel on s’est battu vingt ans, on éprouve une sorte de dépouillement. La haine est un lien très fort qui laisse, en se rompant, quelque mélancolie. »
(Tome 6, Le Lis et le Lion)

« Et aujourd’hui encore, à quoi pensait-il ? A demain, à plus tard. Une impatience rageuse l’empêchait de profiter de cette belle matinée, de ce bel horizon, de cet air doux à respirer, de cet oiseau tout à la fois sauvage et docile dont il sentait l’étreinte sur son poing… Etait-ce cela qu’on appelait vivre, et de cinquante ans passés sur la terre ne restait-il que cette cendre d’espérances ? »
(Tome 6, Le Lis et le Lion)

Les Rois maudits, Maurice Druon. Editions Le Livre de Poche, 1955-1977 :
– Tome 1, Le Roi de fer, 249 pages
– Tome 2, La Reine étranglée, 317 pages
– Tome 3, Les Poisons de la Couronne, 318 pages
– Tome 4, La Loi des mâles, 315 pages
– Tome 5, La Louve de France, 478 pages
– Tome 6, Le Lis et le Lion, 446 pages
– Tome 7, Quand un roi perd la France, 350 pages

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Les Six Napoléon :
lire un livre du genre « Historique »

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Les Cinq Pépins d’Orange :
lire le cinquième tome d’une saga

Way Inn, de Will Wiles (2014)

Way Inn (couverture)Neil Double. Profession : doublure pour congrès. Particularités physiques : aucune, ce qui lui permet de se fondre dans la foule et d’être oublié aussitôt. Les hôtels des grandes chaînes sont sa maison, il les fréquente à travers le monde et y retrouve le même confort uniformisé. Il n’est personne et ça lui convient parfaitement. Jusqu’au jour où les choses dérapent. Un congrès pour organisateurs de congrès, un hôtel Way Inn, rien d’inhabituel à première vue. Sauf que toutes ses certitudes s’apprêtent à être bouleversées.

Je remercie mille fois Babelio et les éditions La Volte pour la découverte de ce roman à côté duquel je serais sans doute passée sans les fabuleuses Masses Critiques. Lors de la dernière en date, j’avais sélectionnée une dizaine de titres, mais Way Inn était celui qui me laissait la plus perplexe. Je ne savais vraiment pas quoi m’attendre avec ce roman, j’ai hésité à le cocher au moment fatidique, je me suis lancée… et j’ai été sélectionnée pour celui-là. Et quelle chance car ce fut vraiment une lecture atypique !

Je venais de finir la première partie (le livre est divisé en trois parties) quand on m’a demandé si c’était bien. La seule réponse que j’ai pu donner était « je n’en sais rien ». J’avais lu une petite centaine de pages, mais je ne savais absolument pas si j’aimais ou pas. La lecture était agréable, Neil Double venait de passer sa première journée au congrès, on sentait bien qu’il y avait un grain de sable dans cette machinerie conformiste et bien réglée, mais je ne savais pas où j’allais.
Et puis le grain de sable est devenu caillou. Et c’est devenu captivant. Je vous dirais bien, si vous êtes intéressé·e par ce roman, de vous lancer tête baissée dans l’inconnu et de vous laisser surprendre. Mais si vous voulez en savoir plus, je continue.

Le caillou dans la chaussure donc. Retour à l’hôtel. Endroit sûr, sans surprise, confortable et neutre. Sauf que des petites dissonances viennent perturber cet univers bien huilée, lisse et aseptisé. Viennent troubler Neil, et nous par la même occasion. Ce petit dérangement qu’engendrent une carte démagnétisée, un bug informatique, rien de bien dramatique en soi, simple contrariété face à un outil qui ne fonctionne pas comme il le devrait.
Peu à peu, les perturbations s’amplifient et la situation devient folle. A moins que ce ne soit Neil ? Pendant un certain temps, je me suis interrogée : était-ce de la science-fiction ou du fantastique ? Etais-je face à une bien réelle technologie ou entité supérieure, ou Neil perdait-il les pédales ?
Je ne dirais pas quelle est l’opinion qui a fini par prendre le dessus, mais si SF il y a, nous sommes face à un trip d’hôtel maléfique. Mix réussi du terrifiant hôtel Overlook de Shining et d’un HAL version 2001 : l’odyssée de l’espace, manipulateur, omniscient (si les souvenirs que j’ai de ce dernier sont corrects).
Au fil du livre se crée un véritable décalage. Tout d’abord, nous avons le Neil Double du début. Sûr de lui et de son anonymat dans un monde réglé comme du papier à musique. Une communauté de commerciaux et de costards-cravates, une routine proprette – check-in, petit-déjeuner à l’hôtel, congrès, rencontres, sourires, poignées de main, conversations creuses, réunions, douche et nuit à l’hôtel, check-out, et on recommence –, un monde sans surprise en somme. Un univers professionnel plutôt ennuyeux mais ordinaire. Puis les anomalies débarquent et ce qui était si lisse devient le théâtre des révélations les plus folles, ce qui était si sécurisant par sa familiarité devient un gouffre de perplexité et de terreur.

Conformisme devient surréalisme. Certitudes deviennent énigmes. Transformer un hôtel de chaîne en jungle sauvage aux frontières impalpables, Will Wiles y parvient à merveille et remet en question nos habitudes machinales de consommateurs et consommatrices dans une société mondialisée. Car, au final, on peut s’interroger. Qu’est-ce qui est le plus absurde, le plus cauchemardesque ? Un hôtel vivant et tentaculaire ou notre société de consommation ?

« Depuis toujours, je crois que les hôtels sont des endroits particuliers, des endroits importants. Puissants. Dans un hôtel, on devient une personne différente. On reste soi, mais avec de nouvelles possibilités, un nouveau potentiel. Et j’ai cherché des carrières qui me permettraient de passer le plus de temps possible à l’hôtel, afin de vivre dans la peau de cet homme hôtelisé, amélioré, libre. (…) Ce monde dans lequel je vis, c’est comme une ville immense peuplée uniquement de passants, de gens qui y restent quelques jours avant de rentrer chez eux. Cette ville, ce monde, j’y vis. Je ne suis pas un passant. J’habite ici. »

« Ma stupeur refluait, mais j’avais du mal à former des phrases capables de décrire ma nouvelle réalité sans paraître délirantes. Les mots étaient là : hôtel, couloir, reliés ; distordu, courbe, infini. Mais les assembler… ça ne marchait pas. J’avais peur de ce que j’allais dire, d’articuler ce que je n’aurais jamais voulu croire. »

Way Inn, Will Wiles. Editions La Volte, 2018 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Marie Surgers. 279 pages.

Le Silmarillion, de J.R.R. Tolkien (1977)

Le Silmarillion (couverture)Après mes lectures du Seigneur des Anneaux et de la biographie de Tolkien par Humphrey Carpenter (chroniques à paraître prochainement), j’ai poursuivi l’exploration de cet univers incroyable avec Le Silmarillion. Il a longtemps traîné sur mes étagères, j’avais entendu dire qu’il était particulièrement fastidieux à lire et je craignais d’être déçue. Ça n’a pas été le cas DU TOUT.

Le Silmarillion est composé de plusieurs récits qui commencent à la création du monde et courent jusqu’au départ des derniers Elfes :

  • « Ainulindalë » raconte la création du monde par Eru Ilúvatar et les Ainur et comment certains des Ainur descendirent sur la terre et prirent le nom de Valar ;
  • « Valaquenta » présente les quatorze Reines et Seigneurs de Valar, les Maiar, puissances de degré moindre qui les accompagnèrent, ainsi que leur grand ennemi, Melkor, aussi connu sous le nom de Morgoth ;
  • « Quenta Silmarillion » constitue la plus grand part du livre et relate l’arrivée des Elfes et des Humains, la création des Silmarils et tous les malheurs qu’ils engendrèrent ;
  • « Akallabeth » détaille les événements qui conduisirent à la chute de Númenor ;
  • « Les Anneaux de Pouvoir et le Troisième Âge » narre la prise de pouvoir de Sauron, lieutenant de Morgoth et résume la guerre de l’Anneau.

A travers ce livre – Tolkien ne parvint jamais à s’atteler sérieusement à sa révision et il fut donc publié à titre posthume par son fils comme cela avait été décidé –, c’est toute la mythologie de l’univers de Tolkien qui se déploie. C’est un livre de contes et de légendes, anthologie des histoires que les habitants de la Terre du Milieu se racontent le soir. Ce n’est pas vraiment un roman comme Le Seigneur des Anneaux ou Bilbo le Hobbit.

Ainsi je ne me suis pas véritablement attachée aux personnages. J’ai parfois eu une pincée d’affection pour certain·es, mais au final, j’étais assez détachée – quoique intéressée – de leur sort. Parce qu’ils sont nombreux, mais surtout parce qu’ils sont inaccessibles. Trop beaux, trop grands, trop nobles. Mythologiques. Globalement, tout semble très facile pour eux (sauf abattre Morgoth) et je n’ai pas eu le temps de trembler pour eux. En outre, il y a cette idée omniprésente de destinée. Les personnages ne semblent pas pouvoir échapper au chemin qui leur est tracé et malédictions, prophéties et autres prédictions pleuvent sur eux et annoncent leur futur.
Je comparerais ça avec les histoires de la mythologie grecque par exemple. J’ai toujours adoré ça, mais je ne me suis jamais sentie proche des grands héros comme Héraclès, Thésée, Jason ou Persée, je n’ai jamais eu peur pour eux et leur destinée semblait souvent bien écrite entre les mains des divinités de l’Olympa.

Toutefois, ce constat ne m’a pas empêchée d’adorer cette lecture. J’ai été ravie de trouver des réponses aux multiples questions que l’on peut se poser en lisant Le Seigneur des Anneaux : qui est Elbereth et Elendil et Eärendil et Luthien et Húrin ? qui était Morgoth ? qu’y a-t-il à l’Ouest des Terres du Milieu et où partent les Elfes ? comment survint la chute de Núménor et comment fut sauvé l’Arbre Blanc ? Tout cela est absolument fascinant !
A vrai dire, je ne sais pas si j’aurais autant aimé ce livre sans ma relecture du Seigneur des Anneaux. Le Silmarillion est venu compléter les histoires superficiellement abordées dans ce dernier. Ou alors, je pense qu’il faut vraiment l’aborder comme un livre de mythologie et non comme un roman.
En outre, certains épisodes sont grandioses. Les éléments déchaînés lors de la chute de Númenor, le remodelage du monde par Eru Ilúvatar, l’orgueil des Humains face à la colère des divinités… L’orgueil. Il est omniprésent, celui-là. L’orgueil des Humains, l’orgueil des Elfes, l’orgueil des Valar. Vanité et folie, rêves de puissance et de richesse, fourbement encouragés par les paroles perfides de Morgoth, conduisant à leur perte tous ceux qui y succombent. La perpétuelle lutte contre le Mal, combat qui semble vain – quand on a affaire à des êtres aussi faibles que les Humains, mais les Elfes ne sont pas toujours irréprochables – et qui, pourtant, trouve toujours quelqu’un pour reprendre le flambeau.

J’avais entendu dire qu’il était quelque peu aride à la lecture : verdict ? Pas de mon point de vue. La lecture fut fluide et j’ai dévoré les épisodes les uns à la suite des autres, avides d’en savoir davantage. Après, n’oublions pas que c’est signé Tolkien, grand amoureux des langues et des noms propres.
Certes, au début, les noms de Valar jetés ici et là perturbent un peu, j’ai même fait une liste pour retrouver en un clin d’œil qui « gère » quoi, mais finalement, les choses entrent assez vite en tête et Manwë devient synonyme de seigneur de l’air et de tous les Valar, Yavanna des plantes et de la vie sur Terre, Aulë de la terre, Varda des étoiles, Nienna des souffrances, Ulmo de l’eau, etc. Pas plus compliqué que de retenir les divinités grecques.
Certes, il n’est pas difficile de se perdre parmi les noms de peuples elfiques, différents en fonction de leur origine ou de leur lieu de résidence, ce qui nous donne les Eldar, les Avari, les Vanyar, les Noldor, les Teleri, les Calaquendi, les Moriquendi, les Sindar… et ça continue.
Certes, Tolkien nous assomme parfois avec ses lieux aux cinquante noms dans cinquante langues (Andor, le Pays de l’Offrande = Elenna, la Route de l’Etoile = Anadûn, l’Occidentale = Númenorë) et avec ses généalogies sans fin. Un exemple ? « Hador eut deux fils, Gador et Gundor, les fils de Galdor furent Húrine qui engendra Túrin, le Fléau de Glaurung, et Huor qui engendra Tuor, père d’Eärendil le Béni. Brégor fut le fils de Boromir et eut deux fils, Bregolas et Barahir, et Bregolas engendra Baragund et Belegund. Morwen fut la fille de Baragund, la mère de Túrin, et Rían fut la fille de Belegund, la mère de Tuor. Mais le fils de Barahir fut Beren le Manchot, celui qui gagna l’amour de Lúthien, la fille du Roi Thingol, et retourna d’entre les Morts et d’eux furent issus Elwing épouse d’Eärendil et tous les Rois de Númenor qui suivirent. » Pfiou. Sacré morceau.
Ça fait peur, non ? Je vous rassure, c’est plus simple lorsqu’on lit tout le livre – et pas uniquement les passages les plus arides (qui ne sont pas si nombreux en réalité) – et qu’on côtoie un peu plus longtemps tous ces protagonistes. Et si on se mélange malgré tout (je ne mentirais pas, ça arrive), les annexes – arbres généalogiques, carte et index des noms propres – sont d’une aide fabuleuse pour y voir un peu plus clair.

Donc ne vous laissez pas effrayer par mon dernier paragraphe, ce n’est pas si effrayant. Au contraire, ma lecture fut particulièrement agréable (et je pense que c’est un livre qui transporte ou rebute, à vous de voir de quel côté de la frontière vous êtes). Le Silmarillion est un livre de contes et de récits mythologiques absolument fascinants qui confirment la profondeur de l’univers créé par Tolkien.

« Alors Fëanor fit un serment terrible. Ses sept fils sautèrent à ses côtés et firent ensemble la même promesse. Le reflet des torches ensanglanta leurs épées. Un serment que nul ne pourrait briser ni reprendre même au nom d’Ilúvatar, sans attirer sur sa tête les Ténèbres Eternelles. Ils prirent pour témoins Manwë et Varda et les hauteurs sacrées du Taniquetil et jurèrent de poursuivre de leur haine et de leur vengeance jusqu’aux confins du monde tout Valar, Démon, Elfe, tout Homme ou tout être encore à naître, toute créature grande ou petite, bonne ou mauvaise qui pourrait venir au monde jusqu’à la fin des temps et qui aurait un Silmaril en sa possession. »

« A mesure que passaient les années et que Maeglin regardait Idril, qu’il attendait Idril, l’amour en son cœur se changeait en ténèbres. Il cherchait d’autant plus à prendre le dessus en d’autres affaires, ne s’épargnait nulle peine, nul fardeau pour gagner du pouvoir.
Ainsi en était-il à Gondolin : au milieu de ce royaume bienheureux, et tant que dura sa gloire, il y germait une semence maudite. »

Le Silmarillion, J.R.R. Tolkien, édition établie et préfacée par Christopher Tolkien. Editions Pocket, 2001 (1977 pour l’édition originale. Editions Christian Bourgeois, 1978, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Pierre Allen. 478 pages.