Quelques mots sur quelques albums…

J’ai un peu de mal actuellement à préparer mes articles, donc je vous propose rapidement un petit melting-pot d’albums (même si le premier ouvrage présenté est plutôt un roman très atypique…). D’autres viendront dans les semaines à venir !

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Caché, de Corine Dreyfuss
(Thierry Magnier, 2017)

Caché (couverture)Un roman pour les bébés, voilà qui est original. Et c’est pourtant ainsi que se présente ce livre. A l’intérieur, pas la moindre image ! Pas de couleur non plus. Du noir et du blanc, des chiffres et des lettres, le rappel du titre en haut de la page, des chapitres, une pagination (et une préface aussi, mais celle-ci est uniquement destinée aux adultes). Un roman donc. Sauf que tout se joue sur la typographie qui utilise judicieusement l’espace de la page. De grandes lettres, des toutes petites, des qui s’agrandissent ou rapetissent ou se répètent, des phrases qui tournicotent, écrites dans un sens ou dans l’autre, des silences, des exclamations, des interrogations… et à partir de là une lecture vivante aux intonations variées pour une partie de cache-cache étonnante. Un ouvrage très original qui, d’après ce que j’ai pu lire, fonctionne très bien auprès de son jeune public !

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L’enfant et la baleine et L’enfant, la baleine et l’hiver, de Benji Davies
(Milan, 2013 et 2016)

Deux histoires qui se font suite, racontant l’étonnante amitié entre un petit garçon solitaire et une jeune baleine. Noé, au prénom prédestiné, est touchant par la solitude qui l’habite entre une mère absente et un père pêcheur pris par son travail, ce qui ne l’empêche pas d’être plein de sollicitude et d’inquiétude au sujet de ce dernier. Vous l’aurez compris, ces albums, assez simples finalement, regorgent de tendresse, entre amour filial et amitié. J’ai été particulièrement séduite par les illustrations qui offrent deux ambiances très différentes avec un trait très doux. Le premier album, se déroulant pendant l’été, est rempli de couleurs chaudes et lumineuses, alors que le second nous plonge immédiatement au cœur d’un hiver froid et sombre. Les paysages de bord de mer sont magnifiques et j’ai pris grand plaisir à rechercher tous les petits détails (à commencer par trouver les six chats de Noé sur certaines pages). Deux albums très mignons aux illustrations particulièrement agréables !

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Selpan, de Guillemine Patin (texte) et Étienne Friess (dessin)
(Les P’tits Bérets, coll. Les mains vertes, 2016)

Selpan (couverture)

Naples, été caniculaire. Deux enfants, juchés sur un tas de sacs poubelles, s’inventent un autre monde à partir de détritus tirés à l’aveugle. Ils rêvent de nature, d’arbres, de balades dans un environnement qui sent bon. Les voilà partis dans un univers tellement éloigné de leur quotidien qu’il en devient pour eux comme onirique. Seulement, ce rêve gardera des traces du réel : des poubelles colorées comme d’étranges fruits tombés à terre, le hublot d’une vieille machine à laver dans un tronc comme un trou de hibou beaucoup trop moderne.
Si les aquarelles d’Étienne Friess – dont j’ai à plusieurs reprises admiré le travail – offrent une bonne bouille à ces deux gamins, la ville n’est guère sublimée ou idéalisée. Une vue large de cette ville-poubelle montre une accumulation d’immeubles à perte de vue, un paysage triste et morne.
Un album que j’ai trouvé un peu triste pour cette enfance sans nature, pour ce monde sans oiseaux ni verdure.

Spécial albums coups de coeur – Le secret du Rocher noir et Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough

Je vous propose ici deux albums qui m’ont vraiment tapé dans l’œil en novembre. Vous connaissez sans doute le second – Rébecca Dautremer ? qui ça ? – mais peut-être pas le premier qui vaut néanmoins le détour.

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Le secret du Rocher noir, de Joe Todd-Stanton (2017)

Le secret du rocher noir (couverture)Erine aimerait accompagner sa maman pêcheuse en mer, mais celle-ci refuse, jour après jour, à cause de la légende du Rocher noir, accusé de causer la perte de bien des bateaux en changeant de place ! La petite fille est curieuse et, un jour, parvient à se glisser en douce sur le bateau…

L’histoire en elle-même est très prenante : poussée par son courage et sa curiosité, Erine part à l’aventure pour finalement passer un message de paix et de solidarité. S’ouvrant à la différence, poussant au-delà des apparences menaçantes, elle va finalement agir pour protéger la nature.
La mise en page est très agréable. Sur les pages épaisses, les illustrations s’étalent tantôt en pleine page, tantôt en vignettes. Le texte est court et l’on se laisse porter par le rythme de cette histoire.

Mais ce sont les illustrations qui m’ont mis des étoiles plein les yeux. J’avais hâte de tourner cette couverture cartonnée, parsemée de dizaines de petits poissons en relief. Les illustrations de Joe Todd-Stanton subliment la mer, les profondeurs et, surtout, la faune qui la peuple (les méduses sont magnifiques par exemple). Au fil des pages, toutes sortes d’espèces font leur apparition : dauphins, phoques, seiches, méduses, pieuvre géantes et, bien entendu, mille et un poissons. Ces créatures de toutes tailles, couleurs et formes créent une mosaïque multicolore, un ballet fascinant et mystérieux autour de cet être de pierre, protecteur de cette diversité. On ne se lasse pas de les détailler pour en découvrir toutes les richesses. Les couleurs et les contrastes sont magnifiques et offrent un superbe album sur le monde sous-marin.
(Petit dilemme personnel : vous mettre les plus belles ou ne pas révéler la suite de l’histoire ? J’ai opté pour le second choix, donc les plus jolies pages restent à découvrir.)

Un album sublime, poétique et optimiste dans lequel une petite fille ouvre les yeux des adultes et les incite à protéger l’océan et ses habitants.

Le secret du Rocher noir, Joe Todd-Stanton. L’École des Loisirs, 2018 (2017 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Isabelle Reinharez. 38 pages.

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Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough, de Rébecca Dautremer (2018)

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough (couverture)Ce n’est pas la première fois que Rébecca Dautremer m’enchante avec l’un de ses albums très grands formats. Contrairement à d’autres, je suis loin de connaître toute son œuvre, mais je prends toujours plaisir à les lire. Et l’histoire de Jacominus n’a pas fait exception à la règle.

S’absorber dans cette histoire d’un quotidien finalement banal mais globalement heureux – et pour une fois, il est agréable de croiser quelqu’un d’ordinaire. Douze scènes, douze instantanés, douze heures, un tour d’horloge, une existence. Suivre le chemin de l’enfance, du deuil, de la paternité, de l’amitié, de la vieillesse. Se souvenir d’un petit rien, une odeur, un son, un instant, une présence. Savourer les mots. Y revenir encore une fois. Se reconnaître dans un petit lapin.

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough 2

Se plonger dans les immenses tableaux et s’attarder longtemps sur chaque page. Caresser du regard la douceur des illustrations. Admirer la multitude de petits détails qui se cachent dans ses grandes planches. Souligner du doigt la courbe d’un arbre ou les mailles d’un gilet de laine. Observer de près fleurs et feuilles mortes.

Tendresse. Poésie. Sensibilité. Émotion. Simplicité. Vie.

Plus qu’un album, un petit bijou.

 Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough, Rébecca Dautremer. Sarbacane, 2018. 52 pages.

Les autres livres chroniqués de Rébecca Dautremer :

Spécial Albums – Top Car, Mister Black et Jusqu’en haut

Les albums ne sont clairement pas ma spécialité et sont très rares par ici. J’ai néanmoins fait de très chouettes découvertes cet été et j’ai eu envie de les partager avec vous dans ces courtes chroniques. Aujourd’hui (ce qui laisse entendre que d’autres articles dédiés aux albums devraient pointer le bout de leur nez si je ne procrastine pas trop), je vous parle de trois albums aux thématiques très contemporaines.

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Top Car, de Davide Cali (texte) et Sébastien Mourrain (illustrations) (2018)

Top Car (couverture)Un petit album qui raconte l’histoire d’un homme dévoré par le désir d’acheter la nouvelle voiture à la mode, plus belle, plus rapide, plus parfaite. Pourtant, il a déjà une voiture. Elle n’est pas aussi tendance, elle n’est pas aussi spacieuse, mais elle roule bien et, avec son petit gabarit, pas de problème de parking. Mais cette voiture l’obsède, il lui faut trouver un moyen de l’acheter.

C’était là un album qui ne pouvait que m’interpeller. Derrière un trait fin et épuré, Top Car dénonce la société de consommation. Ce pouvoir des publicités qui passe la barrière de la raison et touche aux sentiments pour faire naître des besoins inexistants. Travailler jusqu’à l’abrutissement pour s’offrir un petit plaisir passager qui sera caduque dès que le nouveau modèle encore plus attractif sortira. La fin, au choix, fait sourire ou désespère tant cet album raconte notre société.

Un album malin et bien construit qui peut-être fera écho dans quelques consciences.

Top Car, Davide Cali (texte) et Sébastien Mourrain (illustrations). Editions des éléphants, 2018. 40 pages.

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Mister Black, de Catalina Gonzalez Vilar (texte) et Miguel Pang (illustrations) (2018)

Mister Black (couverture)Mister Black est un vampire qui vit sur une île de monstres. Autant dire qu’il a une image à tenir. Un vampire, c’est effrayant, ce n’est pas joyeux et ça s’habille en noir. Sauf que Mister Black aime passionnément… la couleur rose.

Encore un album très actuel avec cette ode à la différence. L’histoire de Mister Black nous invite à dépasser nos préjugés et à s’ouvrir à des personnalités riches, surprenantes et uniques. Elle nous raconte aussi la difficulté à vivre sous le regard de nos pairs, ce regard si pesant car parfois terriblement jugeant. Comment s’épanouir lorsque l’on nous dit que nos goûts et nos envies ne sont pas acceptables, qu’il faut les enfermer dans un coffre et balancer le coffre à la mer ?
L’histoire, si vous me permettez le jeu de mots, ne sera pas rose tous les jours : elle menace même de prendre une tournure très noire et désespérée, heureusement redressée par une fin qui souligne l’hypocrisie de la société. La méchanceté, la monstruosité, se cache décidément sous tous les corps.
J’ai moins adhéré aux dessins, je dois l’avouer. Cependant, les couleurs très franches ont le mérite de faire ressortir ce rose éclatant et détonnant dans un monde de monstres ou, au contraire, de faire ressortir la tristesse d’un monde en noir, gris et autres marrons ternes, bref, de souligner les (très) différentes facettes de ce vampire atypique.

Un second album tout aussi actuel qui tord le cou à quelques stéréotypes en appelant à un peu plus de bienveillance.

Mister Black, Catalina Gonzalez Vilar (texte) et Miguel Pang (illustrations). Editions Les Fourmis rouges, 2018. 36 pages.

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Jusqu’en haut, d’Emilie Vast (2019)

Jusqu'en haut (couverture)Semblable aux contes de randonnée, cet album nous emmène toujours plus haut dans un arbre de la forêt amazonienne. Pourquoi Ocelot est-il tombé sur le dos de Coati ? Pour cela, il faut découvrir la réaction en chaîne qui a conduit à cet événement. Intrigant… Qui a bien pu déclencher tout ce remue-ménage ? De maillon en maillon, du sol vers la canopée, le mystère s’éclaircit jusqu’à cette fin qui pourrait illustrer l’effet papillon : un petit quelque chose anodin qui bouscule la jungle.
Au fil de cet album tout en verticalité, une petite dizaine d’animaux exotiques se dévoile : Tamandua, Toucan, Paresseux, Singe hurleur… Tous ces êtres plus ou moins connus, plus ou moins étonnants, sont mis en valeur par leurs couleurs qui contrastent sur les feuilles noires de la végétation. Le dessin est tout en finesse, avec une petite touche géométrique, tandis que le texte sur la page de gauche s’élève avec nous, montant d’un degré à chaque étape de notre accession.
(La thématique contemporaine et dénonciatrice est moins marquée dans ce troisième album qui possède toutefois une certaine dimension écologique.)

Un très bel album à la découverte du poumon vert de la Terre et des espèces menacées qui le peuplent.

Jusqu’en haut, Emilie Vast. Editions Memo, 2019. 48 pages.

Trois petits livres signés par trois auteurs que j’apprécie beaucoup : Gaiman, de Fombelle et Bottero

Un peu par hasard, je me suis retrouvée avec trois livres de trois auteurs que j’aime beaucoup : Neil Gaiman, Timothée de Fombelle et Pierre Bottero. Odd et les géants de glace, Céleste, ma planète et Tour B2 mon amour sont trois courts romans jeunesse que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.

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Odd et les géants de glace, de Neil Gaiman (2009)

Odd et les géants de glaceOdd, globalement, n’a pas beaucoup de chance. Plus de père, une mère réinstallée avec un gros bonhomme qui n’aime guère son beau-fils, une jambe en miette suite à un accident de bûcheronnage et voilà que l’hiver s’éternise, s’éternise, s’éternise… Il décide de partir du village sans se douter que son périple le fera côtoyer dieux et géants.

Avant son livre La mythologie Viking (que je n’ai pas encore lu), Gaiman avait déjà exploré ces contrées à travers une petite histoire. Un conte dans lequel un enfant vient en aide à Odin, Thor et Loki chassés d’Asgard par un géant de glace.
Ce n’est pas un Gaiman qui me restera en tête très longtemps. Ce serait même plutôt l’inverse. Attention, c’est une lecture très agréable, le décor prend vite forme – même s’il fait chaud dehors, on s’imagine aisément projeté au cœur de l’hiver –, les personnages sont sympathiques – même si je n’ai pas eu le temps de m’attacher à qui que ce soit – et l’on suit les péripéties sans déplaisir. Mais, contrairement à Timothée de Fombelle qui parvient en moins de pages encore à donner naissance à un récit puissant, Odd et les géants de glace se déroule trop facilement. Odd ne rencontre aucune difficulté et son aventure se déroule comme notre lecture, sans anicroche et bien trop rapidement. Le déroulé du récit est très classique et linéaire. J’aurais sans doute bien davantage accroché à cette histoire enfant, notamment pour l’aspect mythologique et la rencontre avec Loki, Freya et les autres.

Si j’aurais aimé une histoire plus approfondie, Odd et les géants de glace n’en reste pas moins un conte agréable que je conseillerais toutefois davantage aux enfants qu’aux adultes.

« Il était une fois un garçon nommé Odd, ce qui n’avait rien d’étrange ni d’inhabituel en ce temps et dans cette contrée-là. « Odd » signifiait « la pointe d’une lame », c’était un nom porte-bonheur.
Le garçon, en revanche, était un peu bizarre. C’était du moins l’avis des autres villageois. Bizarre, il l’était sans doute ; mais chanceux, certainement pas. »

« De l’écarlate retomba doucement autour d’eux, et tout fut souligné de vert et de bleu, et le monde fut couleur framboise, et couleur de feuille, et couleur d’or, et couleur de feu, et couleur de myrtille, et couleur de vin. »

Odd et les géants de glace, Neil Gaiman, illustré par Brett Helquist. Albin Michel, coll. Wiz, 2010 (2009 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec. 141 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Problème du Pont de Thor : 
lire un livre en rapport avec la mythologie nordique

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Céleste, ma planète, de Timothée de Fombelle (2007)

Céleste ma planèteJe préviens, je vais spoiler pour cette chronique !

Dans un monde ultra modernisé, avec des complexes commerciaux titanesques, des tours dans lesquelles les voitures sont garées à la verticale, des humains qui ne mettent plus le nez dehors et une planète en souffrance, notre héros va faire une découverte incroyable qui va tout changer. Il tombe amoureux de Céleste, une jeune fille très malade… qui souffre des maux infligés à la planète.

On retrouve immédiatement la patte « de Fombelle » dans ce très court récit vite avalé. Poésie est un mot qui revient très souvent pour parler des œuvres de Timothée de Fombelle et ce texte ne fait exception. Cette histoire d’amour cache en réalité un fort engagement écologique et nous interpelle sur les ravages causés à la Terre et à la nature. Une manière originale et onirique pour parler de pollution. Un petit roman très actuel qui fait passer un message fort par le biais d’une histoire efficace et immédiatement prenante.

« Chaque coup porté à notre Terre était reçu par Céleste.
Céleste ne souffrait de rien d’autre que de la maladie de notre planète.
Elle allait mourir à petit feu.
Son sang devait être pollué comme les mers et les rivières, et ses poumons comme le plafond de fumée de nos villes. »

Céleste, ma planète, Timothée de Fombelle, illustré par Julie Ricossé. Gallimard, coll. Folio junior, 2016 (2007 pour la première publication). 91 pages.

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Tour B2 mon amour, de Pierre Bottero (2004)

Tour B2 mon amour (couverture)De Bottero, je n’ai lu que ses trilogies – La quête et Les mondes d’Ewilan, Le pacte des Marchombres et L’Autre – ainsi que Les âmes croisées, premier tome qui, tristesse infinie, restera sans suite. Ses one-shots me restent donc à découvrir et je suis tombée sur Tour B2 mon amour totalement par hasard.

C’est l’histoire d’une rencontre. De la rencontre de deux mondes entre les tours bétonnées d’une cité. La rencontre entre Tristan qui y est né et y a toujours vécu et Clélia qui a dû y emménager par la force des choses. Alors que son décrochage scolaire, ses conflits avec sa mère et la pression des copains menacent de faire glisser le premier sur une bien mauvaise pente, la seconde débarque dans sa vie avec sa spontanéité, sa gentillesse et son amour des livres et des mots. Tout cela, ainsi que sa veste trop grande et son vocabulaire soutenu, font d’elle une extraterrestre, parfaitement ignorante des codes de la cité.

Je n’avais pas de grandes attentes pour ce livre, moins encore lorsque j’ai compris qu’il allait s’agir d’une histoire d’amour, mais la plume de Bottero a su me convaincre.
Certes, l’histoire en elle-même n’est ni inoubliable ni particulièrement originale. La relation des deux personnages est très mignonne et, peu à peu, on s’attache à eux, à leurs fragilités, à leurs rêves, à leurs différences. J’ai apprécié que les personnages restent des collégiens et que les drames de leur quotidien restent crédibles et réalistes. Bottero aborde des thématiques actuelles, mais sans rendre le récit trop pesant, sombre ou torturé.
Cependant, le point fort de ce roman reste cette magie, cette profondeur dans son écriture. Cette justesse des mots qui touchent à chaque fois au cœur. Cette façon de raconter les sentiments, les tempêtes qui agitent cœurs et esprits. Si Clélia est un personnage atypique et décalé que j’ai immédiatement adoré, Tristan m’a également touchée par les craintes et espoirs qui l’agitent : la peur du rejet, le poids du regard des autres, l’envie de se dépasser, le rêve d’un avenir plus radieux, les efforts pour s’améliorer, la sensibilité qu’il tente de cacher, les instants de liberté avec Clélia…

C’est un joli petit récit, empli de tendresse, d’espoir et de la violence des premières histoires d’amour.

« Et maintenant, il était paumé. Déchiré entre des pulsions contradictoires, il ne savait que penser. L’image de Clélia se superposant à celle de ses copains, les accents de sa voix, ses mots formant une cacophonie avec le langage de la cité, il ne savait qu’écouter. Son passé luttant contre un futur à peine esquissé, il ne savait que croire. »

Tour B2 mon amour, Pierre Bottero. Flammarion jeunesse, coll. Tribal, 2004. 150 pages.

Mers mortes, d’Aurélie Wellenstein (2019)

Mers mortes (couverture)La Terre est asséchée. Adieu mers et océans foisonnants de vie. Seuls rappels de ce passé évaporé : de terribles marées fantômes qui déferlent charriant des millions de spectres décidés à se venger des humains qui les ont assassinés. Oural est l’un des rares boucliers contre ces déferlantes de haine : il est exorciste et adulé par celles et ceux qui l’entourent. Jusqu’à ce qu’il soit kidnappé par le capitaine Bengale et son équipage de pirates. Un long voyage les attend dans une tentative désespérée de corriger les choses.

Découvert grâce à Babelio (que je remercie ainsi que les éditions ScriNéo), Mers mortes est une lecture qui refuse de sortir de ma tête. Des extraits tournent en boucle sous mon crâne, des images, des conversations, un personnage. Il faut croire qu’il était en parfaite harmonie avec mes désirs livresques du moment car je ne parviens pas à m’en détacher.
Il faut dire que ce roman cumulait beaucoup d’éléments pour me plaire – SF post-apocalyptique, une touche de surnaturel, un message écologique, des pirates, une nouvelle autrice à découvrir –, c’était presque trop beau pour être vrai. Pour être bon. Et pourtant, ce le fut !

 L’univers est captivant pour qui est friand d’histoires de survie dans une Terre dévastée par les humains – de la SF qui se rapproche à grand pas – avec cette planète désertique, asséchée, hantée par ceux qui ont été massacrés. C’est un univers clairement pas très joyeux, où la mort est omniprésente, avec des personnages parfois sans pitié. Je ne vais pas vous mentir : j’aime beaucoup ça.

Il n’est pas évident de vous en parler sans spoiler (juste : lisez-le !), mais je dirai simplement que certains passages sont vraiment durs et marquants. Ce n’est plus de la SF, mais la réalité. Des actes cruels qui se produisent actuellement, dans notre monde. Ce n’est décidément pas un livre qui a fait remonter l’espèce humaine dans mon estime. Oural, Bengale, les spectres, tous nous placent face à nos responsabilités, pointent du doigt nos défaillances, notre égoïsme, notre avidité. Difficile de rester à distance d’une histoire qui fait autant écho à notre société. Difficile de ne pas être révoltée face à une telle barbarie. Difficile de consommer encore du poisson après une telle lecture.

Mais surtout, il y a Bengale. Nous le découvrons à travers les yeux d’Oural et, comme le jeune exorciste, il est impossible de rester de marbre face à ce prédateur cynique et séducteur, aussi charmeur que dangereux. Je ne veux pas trop en dire tant c’est un régal que de le rencontrer et d’apprendre à le connaître. Les secrets qu’il cache à son équipage, sa relation avec Oural qui évolue si lentement, si justement… cette dernière est juste fantastique !
Mon enthousiasme pour Bengale (et pour le tamdem Bengale-Oural) est immense, mais, même si je ne voudrais pas que ces deux-là soient moins présents (on a déjà assez de mal à les quitter comme ça !), j’avoue qu’ils cannibalisent toute l’attention au détriment du reste de l’équipage qui manque parfois de consistance (alors que tous ces membres sont très intéressants !).

La fin est une véritable frustration. Non pas qu’elle soit mauvaise, elle est au contraire excellente, avec ce qu’il faut de noirceur pour conclure ce récit plutôt sombre. Mais quitter ces personnages, laisser leur histoire à ce stade, voilà ce qui est frustrant. Mais c’est aussi beau, et sensible. Bref, un véritable concentré d’émotions !

Aurélie Wellenstein a réussi sa potion et propose ici un récit original, un monde âpre, une magie percutante et des personnages marquants. Mers mortes est arrivé comme une gigantesque vague qui m’a emportée et m’a envoyée bouler jusque dans les abysses. En apnée tout du long de ma courte mais intense lecture, j’ai encore du mal à retrouver mon souffle. Éprouvant.

« Oural était si proche qu’il voyait la splendeur de la mer et ses millions d’âmes qui flottaient dans la luminescence bleutée. Même dépourvue de voix, il percevait très bien sa fureur, sa douleur, sa haine et sa démence. Sauvagement assassinés, les mers et les océans charriaient au creux de leurs vagues monstrueuses le souvenir de leur supplice, et à chaque fracas, chaque dégorgement d’écume dans le monde des humains, ils paraissaient hurler « vengeance ! ». »

« – On aurait pu sauver le monde, reprit-il d’une voix mauvaise. Mais non. On était trop paresseux, trop égoïstes. Dix milliards d’êtres humains qui dévorent les océans. Aucune limite à la croissance, l’humanité qui dépouille des millions d’espèces dans une expansion surréaliste. Et ne va pas croire qu’on ne savait pas ce qu’on faisait ! Il y a quarante ans déjà, les projections annonçaient l’effondrement des pêcheries en 2048. Crois-tu que ça les ait arrêtés ? »

« Ce qu’il avait vécu, via sa brève incarnation en requin, n’était pas qu’une construction fantasmagorique de son esprit. C’était la réalité, un souvenir colporté à travers le temps, le traumatisme d’une mer à bout de forces et dont le désespoir continuait de résonner à la surface du monde, même après toutes ces années… »

Mers mortes, Aurélie Wellenstein. ScriNeo, 2019. 363 pages.

Jackpot pour les challenges !

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Gloria Scott :
lire un livre se déroulant en partie sur un bateau

Challenge Les 4 éléments – L’eau :
un être aquatique, réel ou imaginaire

Challenge Voix d’autrices : un roman de science-fiction

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