Amour, vengeance & tentes Quechua, d’Estelle Billon-Spagnol (2017)

Amour, vengeance et tentes Quechua (couverture)Je vous préviens, il risque d’y avoir quelques critiques Exprim’ dans les semaines qui suivent ! Montreuil étant passé par là, je commence enfin à savourer la fournée 2017 et m’attendent encore La fourmi rouge, Colorado Train et Les cancres de Rousseau. De belles lectures en prévision !

Ce ne sera pas une critique très longue aujourd’hui, mais je tenais tout de même à parler de ce chouette roman qui cache une certaine dose de tristesse et de soupirs sous un titre léger et une couverture colorée.

Deuxième samedi de juillet, ça y est, c’est l’heure du départ en vacances pour la famille Balice ! Marine la mère, Thomas le père, Suze la petite sœur et Tara notre héroïne au caractère impulsif prennent comme tous les ans la direction du Momo’s camping ! Tara y retrouve son ami d’enfance, Adam… devenu étrangement sexy. Sauf que l’arrivée d’Eva, surnommée La Frite, vient bouleverser leur amitié et leurs vacheries respectives ne tardent pas à envenimer l’ambiance des vacances.

Dès le premier chapitre qui raconte le départ en vacances de la famille Balice, on sent ce parfum particulier des vacances, cette frénésie à la fois joyeuse et tendue, cette excitation grandissante… et une fois au camping, c’est l’ambiance tranquille de celui-ci qui se dégage de ces pages. La baignade, les barbecues, les apéros, les voisins… Je n’ai jamais fréquenté plusieurs fois le même camping, je n’ai jamais noué de liens d’amitié avec les autres enfants, nous passions très peu de journée glandouille au camping, et pourtant, en quelques pages, cette atmosphère joyeuse, paisiblement remuante,  m’a fait quitter l’hiver et ses plaids pour aller glandouiller au soleil. Estelle Billon-Spagnol n’utilise pas de grandes descriptions, mais, à travers le regard attendri de Tara, elle dépeint superbement ce petit coin hors du quotidien.

Mais ce qui m’a le plus séduite dans ce roman, ce sont les caractères justes et réalistes décrits par Estelle Billon-Spagnol. Ses personnages sont des gens que l’on a tous pu croiser un jour. Ils ont ce qu’il faut d’extravagance pour que cela reste plausible, juste ce brin de folie et de névrose présent en chacun de nous. Nous quittons parfois Tara pour visiter les pensées de ses parents, de leurs amis ou encore de Jackie et Momo. Ainsi, nous les découvrons de l’intérieur (et non pas seulement par le biais du regard adolescent de Tara). Certains sont sympathiques, d’autres émouvants, d’autres encore vaguement insupportables. La faune humaine, quoi !

Les dégâts et causés par le temps qui passe se font beaucoup sentir au fil des pages. D’une part, il y a le naufrage du couple Balice. Les exigences de Marine, les lassitudes et les nouveaux projets de Thomas, le désir qui s’amenuise… des problèmes communs. D’autre part, Tara expérimente, été après été, de nouveaux changements. D’enfants, ils deviennent adolescents, puis jeunes adultes. L’ingérence des hormones et des apparences signe la fin d’une époque d’insouciance et de liberté.

Un roman réaliste, lumineux et touchant, où l’humour flirte avec la gravité. Une belle histoire d’amour, d’amitié et de famille qui nous offre, le temps d’une lecture, de mini-vacances (pas de tout repos cependant).

« Elle a ses responsabilités dans l’affaire, bien sûr. Elle le sait bien, elle le sent bien qu’il y a ce truc en elle qui lui bouffe la vie et celle des autres. Ce truc électrique qui la rend « invivable ». Elle n’est pas givrée, non, juste… exigeante ?
Voilà c’est ça : elle veut plus. Plus de sel, plus de sexe, plus de passion. Plus, en tout cas, que des jours qui se répètent et se ressemblent et s’interchangent et blablabla c’est fini on meurt. Elle a le droit, non ? Elle a le droit de vouloir que son mari l’accompagne en haut, tout en haut ? »

« Entre les mots qu’on prononce, ceux qui aimeraient sortir, ceux qu’on reçoit, ceux qu’on entend, ceux qu’on retient… toujours si compliqué de comprendre vraiment l’autre. »

« Suze lui tend plusieurs fois la main, mais Tara s’esquive – comment pourrait-elle salir ces cinq petits doigts ? S’ils savaient, ces cinq petits doigts confiants et innocents, est-ce qu’ils se tendraient encore vers elle ? Que savent-il du chagrin, de la rage, de la jalousie et de tout ce qu’elle engendre comme saloperies – que savent-ils de la bascule ? La bascule qui fait que la roue tourne, et pas du bon côté, te pousse à faire des trucs crades, des trucs débiles, des trucs qui ne te ressemblent pas ?… Tellement qu’à force, tu ne sais plus à quoi tu ressembles, « pour de vrai »… »

Amour, vengeance & tentes Quechua, Estelle Billon-Spagnol. Sarbacane, coll. Exprim’, 2017. 251 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Les Propriétaires de Reigate :
lire un livre dans lequel les personnages sont en vacances

Challenge Voix d’autrices : une autrice francophone

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Ça, tomes 1 et 2, de Stephen King (1986)

Bill Denbrough, Bev Marsh, Mike Hanlon, Stanley Uris, Richie Tozier, Ben Hanscom et Eddie Kaspbrak. A eux sept, ils forment le Club des Ratés. En 1958, à douze ans à peine, dans l’obscurité des égouts de Derry, ils unissent leurs forces pour combattre Ça, une entité maléfique qui se nourrit des enfants de la ville. Vingt-sept ans plus tard, voilà que tout recommence, mais le Club s’est éparpillé et leur mémoire s’est effacée…

Entre Stephen King et moi, ce n’est pas vraiment la grande histoire d’amour… J’avais bien (voire beaucoup) aimé Misery, mais Cujo m’a ennuyée à mourir tandis que Carrie me tombait des mains au bout de quelques pages. Idem pour les adaptations cinématographiques car peu d’entre elles ont trouvé grâce à mes yeux. Mais la sortie du film d’Andi Muschietti cet automne et le remue-ménage autour de Ça ont attiré mon attention. J’ai vu le vieux téléfilm puis le film et, les ayant aimés, je me suis tournée vers les livres, acceptant de redonner une chance au maître de l’horreur. (Et en plus, je trouvais que le design du nouveau coffret de chez J’ai Lu vraiment sympa, c’était donc l’occasion ou jamais.)
Désolée pour ce racontage de vie (mais en même temps, je raconte bien ce que je veux ici), mais voilà pourquoi Ça a été un coup de cœur totalement inattendu.

« Qu’est-ce qui vient se nourrir à Derry ? Qu’est-ce qui se nourrit de Derry ? »
(Tome 1)

Le premier tome n’est pas parfait à mes yeux, à cause de quelques longueurs lors de leurs deux apparitions personnelles de Ça (enfant d’abord, adulte ensuite). Certes, c’est intéressant et presque nécessaire pour en apprendre plus sur eux et sur la nature de Ça, mais au bout de la dixième fois, cela reste néanmoins un peu redondant (sur la forme plus que sur le fond cependant).
En revanche, le second tome est passionnant d’un bout à l’autre, exempt des longueurs du premier. Il est parfois magnifique lorsqu’il parle de l’enfance ou que le Club partage des moments de bonheur complice et parfois immense lorsqu’il parle de Ça, de ce qu’il est, d’où il vient, mais il est aussi plus oppressant et plus glauque, l’influence de Ça sur Derry se fait vraiment sentir, dans le comportement des enfants, mais surtout des adultes. Ça accentue le pire de chacun d’entre eux et ce pouvoir toxique devient flagrant dans ce second tome que ce soit chez le père de Bev ou chez Henry.
La ville de Derry est d’ailleurs un personnage à part entière. Son canal, son château d’eau… et ses habitants. Adultes indifférents et incompétents, enfants jetés dans la gueule des monstres. Cruauté, négligence, haine. La violence à Derry va du harcèlement scolaire aux massacres qui marquent cycliquement la ville. Enfin… Pour marquer, encore faudrait-il que ses habitants en gardent la mémoire. Mais la capacité à oublier et à fermer les yeux est tout à fait extraordinaire à Derry, comme nous le comprenons peu à peu au fil de captivantes et macabres excursions dans l’histoire de la ville.

« A Derry, la faculté d’oublier les tragédies et les désastres confinait à l’art, comme Bill Denbrough allait le découvrir avec les années. »
(Tome 1)

Bien que les passages dans les égouts et souterrains de Derry se soient révélés oppressants – le noir, la puanteur, l’exiguïté et, paradoxalement, l’immensité, Henry qui se rapproche… – et que la matérialisation des peurs enfantines soit narrée de manière effroyablement vivace, ce n’est finalement pas l’horreur ou la peur qui me resteront de cette lecture.
Pour moi, c’est avant tout un sublime bouquin sur l’enfance et sur l’amitié. A travers cette bande de gamins soudés et responsables qui, merveilleusement, ne cessent jamais de rire malgré l’horreur, Stephen King nous donne à voir la beauté de l’enfance, l’innocence, la capacité à croire et à accepter l’irréel tout en racontant si bien les changements de l’âge adulte : un regard porté sur le monde bien différent, l’esprit qui se barricade parfois face à l’irréel, la raison qui tente de prendre le pas sur le cœur. Impossible de ne pas se laisser gagner par la tendresse face à ces enfants. On se laisse gagner par leur joie de vivre, on court avec eux jusqu’aux Friches et on file en vélo à travers la ville avec Bill (« Yahou Silver, en avant ! »).
Ça contient également des moments pleins de douceur et de poésie. J’ai notamment été marquée par un très beau passage où Ben, depuis l’extérieur glacial, regarde les gens déambuler dans le cocon chaud et lumineux du cylindre de verre reliant les deux parties de la bibliothèque. Comme les rires des Ratés, ce sont de véritables pauses dans un récit autrement terrible.

 « L’enfant qui est en soi fuit comme crève un pneu sans chambre : lentement. Un jour, on se regarde dans un miroir, et c’est un adulte qui vous renvoie votre regard. On peut continuer à porter des blue-jeans, à écouter Bruce Springsteen, on peut se teindre les cheveux, mais dans le miroir, c’est toujours un adulte qui vous regarde. Peut-être que tout se passe pendant le sommeil, comme la visite de la petite sourie, la fée des dents de lait. »
(Tome 2)

La construction se construit en allers-retours entre le passé et le présent, entre 1958 et 1985, au fur et à mesure que les souvenirs remontent dans l’esprit des protagonistes. Car les événements traumatisants de 1957 et 1958 avaient totalement disparus dans les profondeurs de leur mémoire. Dans le second tome, la réminiscence se fait plus présente e, dans certains passages, une phrase dans le présent se prolonge au passé dans le passage suivant. La construction est géniale et te pousse à continuer à lire pour en savoir plus. Et plus tu lis, plus tu touches des doigts des éléments qui, pressens-tu, vont être incroyables, plus tu en veux. C’est tout simplement addictif.

Sans surprise, les livres se sont montrés beaucoup plus riches et étoffés que les adaptations. Premièrement, on comprend plus de choses sur l’amnésie des personnages ou sur l’origine de Ça. La Tortue et les lumières-mortes font leur apparition et nous adoptons parfois le point de vue de Ça, nous permettant de le comprendre un peu.
Le combat final avec Ça dans le téléfilm m’avait déçue, je le trouvais un peu simple et grotesque (et ce n’était pas seulement dû aux effets spéciaux). Je comprends mieux à présent, cette scène doit être terriblement complexe à mettre en images (reste à voir ce que fera Andy Muschietti). En effet, presque uniquement immatérielle, cette lutte se passe à la fois aux confins de l’univers et uniquement dans l’esprit de Ça et des enfants.
Une autre scène est absente des deux adaptations, mais celle-là (dont Broco avait parlé dans sa critique du film, ce qui m’avait bien intriguée…) ne sera probablement jamais filmée ! Quand bien même c’est grâce à cela que les enfants s’en sortent, elle est plutôt dérangeante… Bien qu’elle ne soit pas amenée comme ça dans le livre, je me suis demandée ce qui avait traversé l’esprit de King pour écrire cette scène !

Finalement, les adaptations adoucissent de nombreux aspects du livre. La rencontre d’Eddie avec son lépreux est beaucoup plus choquante dans le livre et la folie de certains personnages se fait bien plus violente. Citons par exemple la passivité négligente des parents de Bill ou la mère d’Eddie, dont la possessivité touche à la manipulation affective (j’ai d’ailleurs eu un coup de cœur pour la scène tellement forte (pourtant effacée ou du moins atténuée dans les adaptations) où Eddie s’oppose à elle à l’hôpital). Qu’Henry soit fou, on le devinait bien, mais film et téléfilm laissent de côté Patrick Hockstetter qui est vraiment glaçant, plus qu’Henry à mes yeux, car complètement malsain et dérangé.
En revanche, si tous sont plus ou moins aveugles, un adulte s’est, à mes yeux, détaché du lot : il s’agit de M. Nell, le policier irlandais, qui se révèle bienveillant avec les enfants. En cela, il se distingue vraiment des autres adultes de Derry chez qui la bienveillance est un concept assez rare.
J’avais détesté la transformation de Bev dans le film de Muschietti en « fille à sauver ». Heureusement, Beverly (on apprend d’ailleurs qu’elle a encore sa mère) est bien plus brave et intelligente que dans le film. (Une chose qui m’a fait rire : dans le film, elle se penche sur son lavabo d’où sortent des voix et les mèches de cheveux qui pendent sont attrapées, l’attirant irrésistiblement vers les tuyaux. Or, dans le livre, il est bien écrit qu’elle éloigne ses cheveux du trou d’évacuation par peur de ce genre de désagrément. La scène, très prévisible dans le film, m’a parue encore plus bateau.) Elle est indispensable au groupe et son émancipation – que ce soit enfant ou adulte – fait partie des moments forts du récit.

« Tout au long de cet été, Henry s’était de plus en plus avancé au-dessus de quelque chose comme un abysse mental, engagé sur un pont qui devenait de plus en plus étroit. »
(Tome 2)

La fin de ma lecture s’est peu à peu teintée de mélancolie, aussi bien due à ce qui était raconté dans les dernières pages qu’à la séparation d’avec ces enfants (devenus adultes) auxquels je me suis terriblement attachée. Ça est une œuvre fouillée et merveilleusement prenante. C’est un livre qui parle aussi bien des peurs que l’on s’invente, que l’on fantasme, celles des monstres sous le lit, des loups-garous et des clowns, que des horreurs du monde – homophobie, racisme, antisémitisme, violences conjugales et familiales… –, toutes les sauvageries se cristallisant à Derry. Mais si le récit est parfois ténébreux et atroce, il est aussi lumineux et touchant lorsqu’il parle de la force née de l’union de sept mômes, de l’enfance et de l’amitié. Un livre immense et haletant d’un bout à l’autre.

Ça, coffret

« « Raconte », dit simplement Beverly. Mike réfléchit quelques instants et entreprit son récit ; et de voir leurs visages qui devenaient de plus en plus inquiets et effrayés au lieu d’afficher de l’incrédulité et de la dérision au fur et à mesure qu’il parlait, il sentit un poids formidable ôté de sa poitrine. Comme Ben avec sa momie, Eddie avec son lépreux ou Stan avec les petits noyés, il avait vu quelque chose qui aurait rendu un adulte fou, non pas simplement de terreur, mais du fait d’un sentiment d’irréalité d’une puissance fracassante, impossible à ignorer comme à expliquer de façon rationnelle. »
(Tome 2)

« Sur ce riche terreau nourricier, Ça existait selon un cycle simple de réveils pour manger et de sommeils pour rêver. Ça avait créé un endroit à sa propre image que Ça contemplait avec satisfaction grâce aux lumières-mortes qui étaient ses yeux. Derry était son abattoir, les gens de Derry son troupeau. Les choses s’étaient maintenues ainsi.
Puis… ces enfants.
Quelque chose de nouveau.
Pour la première fois, de toute éternité. »

(Tome 2)

Ça, tomes 1 et 2, Stephen King. J’ai Lu, 2017 (1986 pour l’édition originale. Albin Michel, 1988, pour la première traduction en français). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par William Desmond. 799 et 638 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – La Vallée de la Peur :
lire un livre du genre « Horreur »

Comme des images, de Clémentine Beauvais (2014)

Difficile pour qui fréquente la blogosphère de ne pas avoir entendu parler de Clémentine Beauvais, que ce soit pour ses hilarantes Petites Reines ou son surprenant Songe à la douceur. (En passant, je vous recommande également son blog dans lequel elle propose des articles de fond, complets et passionnants, sur la littérature jeunesse.)

Je me suis aperçue que je n’avais jamais chroniqué un seul de ses livres (*shame*), que ce soit à cause de la pression des critiques dithyrambiques sur les autres blogs (Songe à la douceur), que ma lecture ait eu lieu à une période d’abandon du blog (Les Petites Reines) ou parce que je ne l’avais pas encore lu (Comme des images). Je me rattrape donc aujourd’hui avec Comme des images et je reviendrai une autre fois vous parler des deux autres et peut-être de ses autres ouvrages qu’il me reste à découvrir.

Comme des images (couverture)Donc. Comme des images.

Le récit commence avec un corps étendu dans la cour de récré au lycée Henri-IV. Mais en réalité, tout a commencé quelques jours plus tôt, quand Léopoldine (Léo) a quitté Timothée pour Aurélien. L’ex-petit ami vexé envoie alors à tout le monde – élèves, mais aussi professeurs et parents – une vidéo privée de celle-ci. Cette journée va faire remonter bien des choses, concernant les deux jeunes filles, mais également la sœur jumelle de Léo, Iseult.

Je vous le dis tout de suite, autant les deux autres romans de Clémentine Beauvais ont été des coups de cœur, autant suis-je plus nuancée sur celui-ci. Je ne sais pas vraiment pas pourquoi car, en écrivant cette chronique, je lui trouve bon nombre de qualités. Mais peut-être est-ce dû à cette distance entre la narratrice, Léo et moi. Je leur ai mille fois préféré Iseult et aurait aimé passer davantage de temps avec elle. Autre petit point négatif sans doute : la brièveté de l’action et du livre. En concentrant son histoire sur une journée à H-IV (et quelques flash-back), Clémentine Beauvais essaie de dire beaucoup de choses et d’aborder un peu trop de sujets dont certains finissent par passer à la trappe ou être simplement survolés.

A mes yeux, le revenge porn, cette pratique abjecte et tristement actuelle (et incompréhensible à mes yeux), et le harcèlement scolaire, mis en avant sur la quatrième de couverture, ne sont pas tellement les sujets principaux du roman puisque Léo gère ce problème comme une (petite) reine.
Presque plus que le harcèlement, ce roman dénonce la pression mise sur les épaules des élèves d’H-IV. Venant d’un petit lycée sans prétention, j’en ai été choquée. La politique menée est vraiment celle de l’excellence et la pression scolaire est immense. Les élèves sont conditionnés et en perpétuelle compétition pour être le ou la meilleure. Léo et les autres sont actuellement en seconde, mais ce raisonnement leur a été imposé dès le collège, voire la primaire. Certaines filières, certaines professions sont mises sur un piédestal tandis que d’autres sont totalement méprisées (vouloir aller en L, présenter les Beaux-Arts ou autres projets sont synonymes de vie ratée).

« Tout le monde ne passe pas en première S, il y en a qui se font expulser, et sans passer en S tu ne peux pas passer en prépa scientifique, et sans prépa scientifique tu peux faire une croix sur le reste de ta vie. »

L’amitié est au cœur des questions que se pose la narratrice, mais c’est aussi un roman sur les premières amours et les premières fois. Sur la jeunesse, la passion et la fougue qui embrasent les êtres, sur ces moments qui semblent être tout vus de près et qui sont si peu avec un peu de recul. (En fait, j’ai eu la chanson « Vingt ans » de Léo Ferré dans la tête pendant les trois quarts du roman : « Quand on aime c’est pour toute la vie/Cette vie qui dure l’espace d’un cri/D’une permanente ou d’un blue jean/Et pour le reste on imagine… ».)

C’est un roman sur les difficultés de l’adolescence. Trouver sa place, gérer les relations avec les autres, satisfaire les exigences des parents, des profs, de soi-même.
C’est un roman sur la vie. Réaliste, aussi joyeux, aussi triste et aussi bête qu’est parfois l’existence.

Une écriture poétique et imagée, quoique crue parfois, des jeunes pas si sages que les adultes aimeraient le croire, des sujets qui parleront à bon nombre d’adolescentes, Comme des images est un roman dur et terriblement d’actualité qui n’a cependant pas réussi à me toucher comme je l’espérais.

« Et là, il lève les yeux, aperçoit Léo, et je le vois vaciller.
Il ne dure pas longtemps, ce vacillement ; juste une fraction de seconde. C’est cet instant où le regard devrait s’accrocher aux yeux de l’autre et lui rendre immédiatement son sourire, même poli, même surfait, même blasé – la base de toute rencontre. Mais là, soudain, quelque chose se brise. L’œil balbutie. Un décalage s’installe, un retard, presque imperceptible ; le sourire ne grimpe pas tout de suite, et le temps d’un souffle le regard se grippe.
Tout de suite après, René Richard se reprend bien sûr, il ancre son regard dans le nôtre comme il faut, il sourit, mais c’est trop tard, il a vacillé.
Une fraction de seconde, et c’est le monde qui se fendille.
(Enfin, le monde… disons, ce qu’on en voit.) »

« Et là, je me dis :
Que c’était bien la peine de se mettre en scène comme ça, Léo, Iseult, moi et tout le monde, à faire des tragédies et des drames dans un théâtre où les pierres sont trop traîtres.
Qu’il n’y a rien de poétique à une tache de sang poudreux sur des graviers de la cour d’un lycée.
Qu’on est trop les uns sur les autres à se chercher des poux, à se chercher des amis, à se chercher des raisons de chercher des amis.
Qu’on ne comprend jamais pourquoi on aime certaines personnes, et pourquoi on en déteste d’autres, et c’est infernal cette incompréhension. »

Comme des images, Clémentine Beauvais. Sarbacane, coll. Exprim’, 2014. 204 pages.

Inséparables, de Sarah Crossan (2015)

Inséparables (couverture)Grace et Tippi sont inséparables. Pour cause, elles sont aussi siamoises. Elles ont seize ans et, pour la première fois, elles vont entrer au lycée.

Je n’en dis pas plus car il n’y a pas besoin d’en savoir davantage. Il faut entrer dans le roman sans trop en savoir, pour se laisser emporter, pour se laisser bouleverser.
Puisque je savais que je ne pouvais pas passer à côté de ce livre tant m’attiraient  son sujet et son écriture en vers libres, j’ai évité les critiques qui ont fleuri partout sur la blogo. J’avais fait cette erreur avant de découvrir Songe à la douceur et le souvenir des dizaines de chroniques dithyrambiques avait perturbé ma lecture – au demeurant merveilleuse.

« Une histoire qui raconte ce que c’est d’être Deux.
Une histoire qui raconte ce que c’est d’être Une. »

Quelques pages pour s’habituer au rythme si rare des vers libres… et la magie opère. Cette forme donne une douceur, une poésie et une musique vraiment particulières qui se marient incroyablement bien avec cette belle histoire. Une fois happée par les mots de l’autrice, je n’ai pu lâcher le roman avant la dernière page.

L’amitié, la découverte d’un nouvel univers, l’amour pour et de sa jumelle, un autre amour naissant et interdit, le tout étant narré par Grace. Inséparables m’a fait ressentir des émotions brutes. J’ai souri, j’ai espéré, j’ai voulu changer le passé, j’ai pleuré, j’ai aimé la vie.
La fin a vraiment été rude et je suis restée un moment assommée face à ce tourbillon littéraire qui m’avait transportée et fait disparaître les heures. Le refermer a été un déchirement tant j’ai aimé Tippi et à Grace. Dur de trouver sa prochaine lecture après cet ouragan de délicatesse.

Ce livre n’est pas uniquement émouvant, il est aussi passionnant. Des sœurs siamoises ne sont pas des personnages principaux courants dans la littérature, c’est bien la première fois que j’entends leur voix. Grâce à une riche documentation, Sarah Crossan a su raconter avec justesse les difficultés de leur vie, mais aussi et surtout le bonheur que cela leur procure et l’extraordinaire amour qui les lie. Etre ainsi unies n’est nullement une malédiction pour elles, contrairement à ce que pensent les gens qu’elles rencontrent. Au contraire, elles ne peuvent imaginer de vivre sans l’autre.

Il faut dire que Sarah Crossan réussit ici un véritable exploit en abordant une foultitude de sujets sensibles sans jamais tomber dans le pathos. Jugez plutôt (je ne vous dirai pas qui est concerné par quoi). On parle d’exclusion, de chômage, de maladies, d’alcoolisme, du regard des autres, des médias, de la différence. Il y aurait de quoi faire pleurer dans les chaumières, non ? Et pourtant, ce n’est rien de tout ça qui fait pleurer car c’est avant tout leur amour infini qui m’a chamboulée.

Avec sa douce couverture velouté et son papier épais, Inséparables est un livre que l’on voudrait feuilleter, caresser, lire pendant des heures car Rageot a offert un bien bel écrin à ce chef-d’œuvre. Oui, un chef-d’œuvre et un coup de cœur absolu, renversant et poignant. Lisez Inséparables, vous ne regretterez pas cette rencontre avec ces jumelles inoubliables par leur courage, leur humour, leur maturité et leur sensibilité.

> Lire aussi ma critique de Moonrise

Inséparables, Sarah Crossan. Rageot, 2017 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Clémentine Beauvais. 405 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – L’Homme à la Lèvre Tordue : 
lire un livre dans lequel le personnage principal a une déformation physique

Les Géants, de Benoît Minville (2014)

Les géants (couverture)Marius et Estéban sont amis depuis toujours, liés par leur amour du surf et du Pays Basque. Liés aussi par la fraternité qui unit leurs deux familles. Les uns sont pêcheurs, les autres ouvriers, et tous se serrent les coudes dans les coups durs. Or, dans la série des coups durs, la famille de Marius doit  en affronter un plutôt corsé : le retour du grand-père, César, qui, loin d’être mort comme le croyaient Marius et sa sœur, vient de purger vingt ans de prison.

(Petit jeu des 7 familles pour s’y retrouver. La famille d’Esteban : Henriko, le père, Samia, la mère, et Bartolo, le petit frère. La famille de Marius : Auguste, le père, Enora, la mère, et Alma, la petite sœur. Et César, le grand-père.)

Je l’avoue, j’ai parfois été agacée par la société assez patriarcale ici décrite – d’ailleurs, à l’exception d’Alma, les femmes sont globalement assez effacées… même si elles savent heureusement se faire entendre – et par le comportement machiste de certains hommes, notamment Marius (un peu lourd avec ses « ma sœur, ma sœur, MA sœur », ma chose tant que tu y es !) et Henriko (entre son côté macho et son comportement vis-à-vis de son fils autiste, Henriko est, de toute manière, le personnage que j’ai le moins apprécié même si l’auteur parvient finalement à nous faire comprendre ses peurs et ses doutes). En dépit de cela, l’humanité de ce roman m’a parlée et j’ai été touchée par ces deux garçons prêts à se battre dans la vie avec toutes les armes dont ils disposent : leur volonté, leur famille, leurs rêves, leurs poings…
La plume de l’auteur vivante, rythmée et sans fioriture se glisse sans difficulté dans la peau des différents protagonistes. Et tous m’ont conquise. J’ai ri avec le petit Bartolo, je me suis sentie proche d’Alma, j’ai eu envie de prendre la mer avec Marius. Il y aussi la relation entre Bartolo et Estéban, son grand frère, son héros et la manière dont Enora et Samia défendent, protège et dirige leur tribu.

C’est une histoire de famille qui parle aussi bien des valeurs transmises à ses enfants et de l’héritage parental que de la difficulté à trouver sa place et de la communication parfois compliquée entre parents et enfants. L’arrivée de César va bouleverser la famille de Marius en exhumant quelques secrets, parfois difficiles à digérer pour ce dernier.
C’est aussi un récit de gangsters et, comme on peut s’y attendre, des balles seront tirées et du sang coulera avant la fin du roman. D’ailleurs, les films de mafieux ont souvent tendance à m’endormir, notamment lors des scènes de baston et le même effet s’est produit là. Le déferlement de violence est le passage qui, globalement, m’a le moins intéressée. En revanche, les conséquences du séisme César sont passionnantes.

Malgré une fin trop rapide à mon goût – j’ai un petit goût d’inachevé, j’aurais aimé en savoir plus sur ce que pensaient les personnages suite aux derniers événements –, Les Géants reste un excellent roman, humain, émouvant, sur deux familles inhabituelles, sur les secrets, sur l’amitié et sur le Pays Basque auquel l’auteur rend un très bel hommage.

« Voilà ce que Bartolo attendait à chaque fois qu’Esteban le prenait avec lui : ce moment où son grand frère devenait la goutte de sirop capable de colorer l’océan. »

« Regarde, petit frère : c’est chez toi, ici. Regarde, petit frère. Notre étoile est là-haut, on est peut-être pas nés sous la plus brillante, mais on apprendra ensemble. A devenir. »

« Avec le temps, ils avaient appris à se parler en laissant la pudeur ailleurs, c’était devenu une de leurs forces, être capables d’aborder n’importe quel sujet sans rougir. Eux, pourtant deux grands durs incapables de montrer leurs sentiments, au premier abord. Dès qu’ils se retrouvaient, c’était plus facile. »

Les Géants, Benoît Minville. Sarbacane, coll. Exprim’, 2014. 284 pages.

Quatre filles et quatre garçons, de Florence Hinckel (2014)

Quatre filles et quatre garçonsQuatre filles – Joséphine, Sarah, Justine et Clothilde – et quatre garçons – Benoît, Dorian, Mehdi et Corentin – entrent en troisième. La dernière année, sûrement, où les huit amis seront ensemble. Alors ils décident de tenir un journal, le journal de l’année de leurs quinze ans. L’année scolaire est divisé en huit et, chacun leur tour, ils confieront leurs joies, leurs peines, leurs doutes, leur cœur à leur carnet, leur mp3, leur blog, leurs lettres, bref, leur moyen d’expression quel qu’il soit.

On retrouve dans ce roman toutes les interrogations qui font la vie d’un ou d’une collégien.ne. L’autrice gère le tout avec justesse et sensibilité. Le collège, les notes, les railleries, le regard des autres, les profs, être fils de profs, les parents, les attentes des parents, l’avenir, les complexes, l’anorexie, l’amour, l’amitié, la frontière entre les deux, l’homosexualité… Mais il y également beaucoup de questions qui tournent autour des filles, des garçons, de ce qu’est être un garçon ou être une fille, de la manière dont ils considèrent les filles et dont elles considèrent les garçons, sur les droits des femmes, l’image des femmes, la place des femmes et des filles dans la société, l’éducation des filles.
Tous prennent conscience de tout ça et cherchent à modifier leur comportement pour ne pas reproduire leurs erreurs passées. Evidemment, il leur arrive à tous des choses qui sortent du quotidien et les accidents, les changements ou les nouveautés dans leur vie engendrent mille bouleversements dans leur tête et leur vision du monde. C’est mignon, leur soudain féminisme commun, vraiment, mais ça m’a gentiment fait rigoler. Je trouve ça très bien, et ça serait génial si tout le monde pouvait avoir une réflexion aussi poussée dès quatorze ans, mais… mes souvenirs de collégienne ne placent pas le féminisme au centre de mes préoccupations ou de celles des autres élèves. Je suis évidemment tout à fait d’accord avec tout ce qui y est dit, mais j’ai trouvé certains discours un peu forcés.

Malgré tout, la sauce prend très facilement et on s’attache à eux, ils sont tous très sympathiques, ils forment une jolie bande avec des différences, des nuances, des caractères parfois opposés. Je n’ai pas pu m’empêcher de songer à Quatre filles et un jean, lecture de jeunesse où quatre amies se partageaient un jean, symbole de leur amitié et témoin de leurs vacances séparées (et d’ailleurs ce livre est évoqué par Joséphine !). J’ai eu plus d’affinités avec Clothilde et Mehdi car je m’identifie davantage à eux qu’aux six autres. La révoltée et féministe Clothilde, qui prend la parole en avant-dernier, m’intriguait depuis le début car je la trouvais moins présente dans les récits des six premiers que les trois autres filles. Solène, neuvième personnage, fil rouge du roman, de plus en plus présente, m’a également particulièrement touchée.

Après une année passée en leur compagnie, on ne peut qu’aimer ces huit adolescents qui apprennent à grandir, avec des coups durs, mais aussi le bonheur que leur procure leur amitié. Florence Hinckel nous propose ici un roman intelligent et féministe, bien qu’un poil didactique à mon goût. Difficile de ne pas se retourner pour revoir nos années collèges.

« – Et si on tenait un carnet de bord ?
Ils m’ont regardée comme si je descendais du mammouth.
– Ben oui, ai-je expliqué, comme un carnet de voyage. Le journal de notre troisième. Ça serait une sorte de témoignage qui nous rappellerait toute notre vie ce qui va nous arriver cette année. Ça va nous obliger à rester proches. Et je suis sûre qu’on restera toujours amis. »

Joséphine

« Tu sais, on ne peut pas mesurer la douleur. Tu vas peut-être souffrir plus en perdant ton chat qu’un autre en perdant sa grand-mère. On ne sait pas. Il n’y a pas de loi. Toutes les souffrances méritent d’être prises en compte. »
Clothilde

« En une soirée, j’avais souffrir deux filles à cause de ma bêtise. Il fallait que j’arrête de considérer les filles comme des tableaux destinés à distraire nos vies de garçons. »
Benoît

« Ça me changeait des minots de ma classe que je dépasse parfois d’une tête. Même s’il y en a des mignons, ce n’est pas possible avec eux. C’est super nul mais ça fait trop bizarre quand la fille est plus grande que son copain. Parce que, nous, on est censées être mignonnes, et tout ce qui est petit est mignon, enfin c’est ce qu’on dit. Et les garçons sont censés être fort, et ce qui est fort est grand, c’est aussi ce qu’on dit. Avec deux idées stupides, on élimine plein de possibilités, c’est comme ça. »
Sarah

« Mais un garçon qui a des bonnes notes, surtout en maths et en sciences, on l’encourage. On le croit tout de suite supérieurement intelligent. Une fille, on considère que c’est normal et que c’est simplement parce qu’elle est scolaire et attentive. De quoi décourager n’importe qui. »
Justine

Quatre filles et quatre garçons, de Florence Hinckel. Editions Talents Hauts, 2014. 570 pages.

The Imaginary (VF : Amanda et les amis imaginaires), d’A.F. Harrold, illustré par Emily Gravett (2014)

The Imaginary (couverture)Amanda et Rudger sont les meilleurs amis du monde. Ensemble, ils vivent chaque jour de nouvelles aventures : grimper des montagnes, explorer des grottes, découvrir des planètes lointaines… Tout cela vient de l’imagination d’Amanda… et Rudger aussi. Personne d’autre que la fillette ne voit Rudger, jusqu’au jour où arrive Mr Bunting. Mr Bunting qui, selon les rumeurs, mange les amis imaginaires.

Avec ce livre, je renoue avec la lecture en anglais et j’y ai pris un immense plaisir, ce qui me poussera peut-être à aller piocher un peu plus souvent dans ma pile de livres en anglais. Il se lit très facilement et j’ai beaucoup apprécié. Je regrette un peu d’avoir laissé ce livre de côté depuis si longtemps (je l’ai depuis avant sa parution en français) simplement parce que je n’étais pas sûre d’être encore capable de lire en anglais.

Première réflexion qui m’a suivie pendant toute ma lecture : il y a du Neil Gaiman dans The Imaginary. Comme dans L’océan au bout du chemin ou Coraline, seuls les enfants peuvent voir les choses cachées du monde comme les imaginaires ou à sentir la malfaisance d’un personnage. Le sinistre Mr Bunting semble parfaitement humain (avec des goûts vestimentaux douteux certes), mais cette apparence humaine cache un monstre et Amanda et Rudger sont les seuls à se méfier instinctivement de lui et de son étrange compagne. Comme dans Coraline, deux mondes se superposent, cohabitant généralement sans trop d’interactions.

The Imaginary est un très beau roman sur l’imagination, l’amitié et les souvenirs, mais aussi sur la perte et l’oubli. Tout bascule pour Rudger lorsqu’Amanda est blessée. Peut-il vivre si personne ne pense à lui, ne croit en lui ? La réponse est non et Rudger, recueilli par une bande d’amis imaginaires, découvre, dans une drôle de scène, une sorte de Pôle Emploi des imaginaires. Si The Imaginary parle souvent de ces souvenirs qui s’effacent petit à petit, cet oubli contre lequel il est difficile de lutter lorsque l’on devient adulte, c’est également une ode à l’amitié indéfectible partagée par Amanda et Rudger. Cette amitié, leur force à tous les deux, est très touchante et apporte un souffle joyeux et tendre à ce roman.

The Imaginary (image)

Avec des personnages sont forts et intéressants psychologiquement et une intrigue bien bâtie, The Imaginary est pas seulement un livre qui fait réfléchir, c’est aussi un roman plein de suspense et d’aventures. Il y a beaucoup de tension dans certaines scènes, comme celle où des coupures d’électricité interrompent une partie de cache-cache avec la babysitter. Comme autrefois face à la fausse mère (Coraline) ou Ursula Monkton (L’océan au bout du chemin), j’ai été totalement prise par l’histoire, impatiente de connaître la suite et la fin et de savoir comment ils se débarrasseraient de l’affreux Mr Bunting.

Les illustrations d’Emily Gravett sont magnifiques et en parfaite harmonie avec le texte. Combinant noir et blanc et couleurs, réel et imaginaire, elles sont très douces et nous embarquent en un clin d’œil dans son univers. Avec son crayon, l’illustratrice nous monde la gentillesse de Rudger, la vivacité d’Amanda, le côté angoissant de l’acolyte de Mr Bunting, l’horreur de la bouche de celui-ci… L’objet est très beau avec sa couverture rigide et c’est un plaisir de s’immerger dans cette histoire.

The Imaginary (image)Un roman à la fois beau et étrange, merveilleux et effrayant, rempli de poésie et d’aventures. Un univers entre le rêve et le cauchemar et un lugubre personnage qui font fortement écho à Neil Gaiman. Quant à moi, j’ai tenté de faire revenir mon ancien ami imaginaire, mais de toute évidence, je fais trop partie des grands et je ne me souviens plus de son apparence, ni de nos aventures, seul son nom me reste (mais je ne sais pas l’écrire !).

The Imaginary (image)

« Rudger is Amanda’s best friend. He doesn’t exist, but nobody’s perfect. »

« Imagination is slippery, Rudger knew that well enough. Memory doesn’t hold it tight, it has trouble enough holding on to the real, remembering the real people who are lost. »

« L’imagination est fuyante, Rudger ne l’ignorait pas. La mémoire peine à la retenir, elle a assez de mal comme ça à s’accrocher au réel, à se souvenir des personnes réelles qui ont disparus. »

The Imaginary (VF : Amanda et les amis imaginaires), A.F. Harrold (textes) et Emily Gravett (illustrations). Bloomsbury, 2014. 220 pages.