Je suis ton soleil, de Marie Pavlenko (2017)

Je suis ton soleil (couverture)L’année de terminale a à peine commencé que le « théorème de la scoumoune » s’abat sur Déborah. Rien que des bottes grenouilles à se mettre aux pieds, un chien obèse, puant et bavant à sortir, un père soi-disant overbooké qui trouve le temps de se balader avec une superbe brune, une mère qui passe ses soirées à découper des magazines, une meilleure amie qui ne parle que de son nouveau petit ami… L’année s’annonce brillante.

J’ai découvert Marie Pavlenko en 2015 avec l’excellent La Mort est une femme comme les autres et Je suis ton soleil confirme que c’est une autrice que j’ai très envie de suivre.

Dès le premier chapitre, nous sommes liées à Déborah, elle nous entraîne dans les rues de Paris pour partager cette dernière année au lycée. Autour d’elle des personnages tout aussi sympathiques – ses deux nouveaux amis, sa meilleure amie (qui a su me surprendre et m’attendrir), ses parents, sa libraire préférée, ses profs… et son chien de la honte !
Humour et sensibilité sont les maîtres-mots de ce roman extrêmement tendre. On savoure les phrases, les répliques, les situations. Marie Pavlenko dédramatise des sujets lourds (que je ne préciserai pas pour vous laisser la surprise) avec une incroyable justesse. Déborah analyse les gens et ses déboires avec beaucoup d’esprit. Une légère distance et une verve décapante et pince-sans-rire. C’est fin et désopilant.

L’identification est immédiate et l’attachement irréversible. On est joyeuse avec Deborah, on souffre avec elle, on se met en colère avec elle, bref, on vit les hauts et les bas de la vie avec elle. Elle est le reflet de nos réalités, imparfaite, impulsive, touchante, désabusée et néanmoins pleine d’espoir. Râler après le chien qu’on aime très fort malgré tout, traîner en pyjama, manger des pâtes, dire des choses et le regretter après, rester parfois bouche bée et manquer de répartie, toujours avoir un livre dans son sac, comment ne pas s’y reconnaître ?

C’est un livre dans lequel on se projette, un livre qui fait du bien.
Un livre avec des amis comme on en rêve, une vie comme on l’espère.
Un livre qui réchauffe le cœur, illumine le quotidien et offre un peu d’optimisme.
Un livre que l’on est triste de refermer à l’idée de quitter Déborah, et Jamal, et Victor, et les autres. Ces personnages si prégnants qui ont partagé notre vie le temps d’une lecture.

En outre, ce livre est un bijou pour celles et ceux qui aiment les mots, les livres et les jolies phrases. Outre la poésie drolatique de la plume de Marie Pavlenko, c’est également l’occasion de s’amuser en traquant toutes les références littéraires cachées ici et là. Dans les noms des personnages (le nom de famille de Déborah est Dantès, la copine de son ami Victor (Gary est son patronyme) s’appelle Adèle, prénom de la femme et de l’une des filles de Victor Hugo…), dans les titres de chapitres (3 : « Déborah veut mourir, bercée par la vague de la mer tempétueuse », 6 : « Déborah se demande si ces amants-là, qui ont vu deux fois leurs cœurs s’embraser, c’est pas du pipeau », 16 : « L’angoisse atroce, despotique, sur le crâne incliné de Déborah plante son drapeau noir », etc.) ou encore dans le texte (Harry Potter, Victor Hugo…).

Lumineux, hilarant, profond. Magnifique et tendre. Bouleversant. Je suis ton soleil est un texte superbe à ressortir les jours où la pluie s’installe à l’intérieur de soi. La vie avec ses orages, ses grisailles et ses rayons de soleil.

 « ☀ Qui est Éloïse?
Ma meilleure copine, la sœur dont j’ai toujours rêvé, une fille géniale. Bien sûr, madame Soulier, notre prof de SVT, ne partage pas mon avis. Elle a écrit sur son bulletin qu’Éloïse est « l’élève la plus nulle que j’ai jamais connue de toute ma carrière de professeur SVT. Un bocal à la place du cerveau. Elle mériterait d’être disséquée. » Je m’en fous. J’aime son côté fêlé. »

« J’ai achevé la cartographie d’une île inconnue. J’en faisais le tour depuis plusieurs semaines, mais il me manquait un bout. Désormais, j’ai l’intégralité de l’île Jamal en tête. »

« Je reprends Victor Hugo dans une sorte de bouillabaisse personnelle. Je suis transportée mieux que sur un tapis volant, mais je lui en veux. Hugo abuse grave. Il se fout de moi, il m’assassine, il me torture. Il est mort depuis longtemps, et pourtant, par un miracle un peu timbrée, il est entré dans ma tête. »

« Je vais finir vieille fille. Sur ma tombe, on lira :
« Ci-gît Déborah, la fille qui aimait les grenouilles. Las, aucune n’eut la décence de se transformer en prince charmant. » »

« Il faut une oreille pour faire des confidences. Sans écoute, on se tait. »

Je suis ton soleil, Marie Pavlenko. Flammarion jeunesse, 2017. 466 pages.

Challenge Voix d’autrice : un livre que je voudrais offrir à tout le monde

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La fourmi rouge, d’Emilie Chazerand (2017)

La fourmi rouge (couverture)Vania Strudel se trouve fort mal pourvue par la vie. Son nom imagé, son père taxidermiste, son ptosis qui lui fait un drôle de regard… et maintenant son meilleur ami en couple avec sa pire ennemie ! Elle se pense malchanceuse, mais un mail anonyme va lui apprendre que son originalité fait sa force et qu’elle est une fourmi rouge !

Encensé de tous côtés à sa sortie, il a fallu que je laisse passer la vague de dithyrambes pour pouvoir m’attaquer tranquillement à cette lecture. Et en rajouter une couche pour les retardataires ! Car il n’y a pas à dire, ce livre est extra.

Dès le début, Vania m’a harponnée par son cynisme et sa repartie cinglante (une qualité que je rêverais d’avoir, malheureusement mes réparties cinglantes ont souvent deux ou trois heures de retard…). Désabusée, elle trace des portraits parfois au vitriol de son entourage : des tableaux sévères, critiques, mais néanmoins justes et surtout très drôles. Sa première cible n’est autre qu’elle-même : elle élève en effet l’autodérision au rang d’art. (Si vous avez aimé Mireille des Petites reines de Clémentine Beauvais – il faut vraiment que je publie ma chronique ! –, vous aimerez forcément Vania !)
De plus, sa vie foutraque et sa rentrée en seconde catastrophique lui donnent du grain à moudre pour ruminer sa malchance et le résultat est tout simplement décapant. J’ai ri d’un bout à l’autre et je l’ai fermé en ayant qu’une envie : l’ouvrir à nouveau. (Mais comme il est souvent comparé à Je suis ton soleil de Marie Pavlenko qui m’attend aussi depuis le dernier salon de Montreuil, je vais offrir une chance à celui-ci.)

Toutefois, La fourmi rouge n’est pas qu’un roman humoristique, c’est aussi dur et violent et triste comme la vie. Avec cette narration à la première personne, on se sent très proche de l’héroïne (et ce n’est pas seulement parce que j’ai eu le même petit accident dentaire que Vania) et ce récit déborde également de mille autres émotions que la joie. Vania utilise la fuite et les blagues – reine de l’autodérision, n’oubliez pas – pour se dissimuler et nier les épreuves de sa vie. La plume d’Emilie Chazerand oscille ainsi avec justesse et harmonie entre ironie corrosive et sensibilité.
Les personnages aussi farfelus que possible – son père, sa meilleure amie, la mère de celle-ci, sa voisine du dessus… je vous laisse le plaisir de les découvrir sans rien vous en dire – sont toutefois très réalistes, très humains, avec des rêves, des désirs, des espoirs, des blessures. C’est ce qui fait la délicatesse de ce roman.

Quand on sort de ce roman (qui parle pourtant de divers sujets pas très drôles), on se sent bien, on a envie d’aimer la vie, de profiter de ses proches, d’apprécier les lubies de l’existence et de penser qu’une gagnante émergera de nous. Ça ne dure guère, mais on se sent joyeuse et reboostée (en ce qui me concerne, assez énergique pour me décider à finir Dans les forêts de Sibérie qui est passé à un cheveu de l’abandon. Cher Sylvain, vous pouvez dire « merci Vania ! »).
Un livre aussi intelligent, aussi comique, aussi bouleversant, aussi frais, aussi incisif, aussi tendre, aussi vrai, aussi incroyable… sérieusement, vous n’allez pas le laisser passer ?

« Je souris à Pirach. C’est tellement génial de partager son cerveau détraqué avec quelq’un, d’être à deux sur les mêmes pensées folles plutôt que seul face à sa raison.
– Bon. Maintenant, raconte-moi tout !
– Tout quoi ?
– Bah, tout… ça, déjà !
Je montre son torse avec un geste ample, comme Catherine Laborde lorsqu’elle désigne des anticyclones sur tout l’Ouest de la France.
– J’ai fait un peu de sport. J’ai soulevé deux trois trucs. Rien d’extravagant. Je crois que j’ai toujours eu ce corps, au fond. Sauf que je ne le savais pas.
– Je comprends. Je suis exactement dans la même situation. Sauf que c’est mon corps qui ne le sait pas, pour le coup. »

« Je ne veux plus me laisser pisser dessus par le destin. »

« On tirait des plans sur des tas de comètes qui ne traversaient jamais nos ciels bas de plafond. »

« La naissance de Bastien coïncide aussi avec le moment où j’ai commencé à vraiment tout mélanger. A ne plus bien faire la distinction entre mes bobards et la réalité. Je crois que lentement, insidieusement, je me suis prise au jeu. Je me suis perdue dans l’engrenage de mes inventions fantaisistes et abracadabrantes.
Et le hic, quand on a menti une première fois, c’est qu’il faut tenir tout le long. Je veux dire, à la fois tout le long du mensonge et tout le long de la vie. On ne peut plus revenir en arrière, sinon c’est la honte, le mépris et la solitude. Or, garder sur son visage le masque de l’imposture, c’est super difficile – ça glisse à la moindre sueur froide. »

La fourmi rouge, Emilie Chazerand. Sarbacane, coll. Exprim’, 2017. 254 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Marchand de Couleurs Retiré des Affaires :
lire un livre dont le titre comporte le nom d’une couleur

 Challenge Voix d’autrices : un roman young adult

Deux Mini Syros Soon : L’enbeille et L’envol du dragon

L'enbeille (couverture)L’enbeille, d’Eric Simard (2016)

L’enbeille se sent agressée dès qu’on l’approche. Son dard surgit alors du bas de son dos pour piquer… Pourra-t-elle un jour le maîtriser ?

Je vous avais parlé l’année dernière du petit livre fabuleux qu’était L’enfaon, il était temps pour moi de découvrir une autre histoire de cette même série. Sans être un coup de cœur comme L’enfaon, L’enbeille n’en est pas moins une petite histoire pleine de justesse et d’émotions.

L’enbeille ne supporte pas d’être examinée, touchée et, au moindre stress, son dard sort. Elle décide donc de fuir le centre et de trouver un endroit solitaire où celui-ci ne sera plus une menace, mais voilà que L’enlézard décide de la suivre… L’enbeille est une jeune fille dont l’anxiété pourra parler à bien des gens (en tout cas, ce fut le cas pour moi) : en quelques mots, Eric Simard nous fait comprendre les déchirements qui la traversent, ses doutes et ses craintes. Quelques péripéties et une petite aventure qui dessinent une jolie histoire célébrant le triomphe de l’amitié et de la confiance, que ce soit en soi ou en les autres.

« Il n’en faut pas beaucoup pour que je me sente agressée. Au moindre contact, à la moindre parole qui me contrarie, mon aiguillon vibre en moi et veut surgir. C’est plus fort que moi, je ne contrôle pas cette réaction. C’est pour cette raison que les infirmiers rappellent régulièrement aux autres humanimaux du centre qu’ils ne doivent surtout pas me déranger.
(…)
Aujourd’hui, j’ai onze ans et ceux qui m’entourent se méfient de moi. Je n’ai pas d’amis. »

L’enbeille, Eric Simard. Syros, coll. Mini Syros Soon, série Les Humanimaux, 2016. 42 pages.

L'envol du dragon (couverture)L’envol du dragon, de Jeanne-A Debats (2011)

J’ai découvert ce livre sur le blog La tête en claire (qui partage d’ailleurs mon coup de cœur sur L’enfaon) où elle nous disait «  je n’ai pas envie de vous parler du livre, je voudrais surtout que vous vous plongiez dedans sans rien en savoir comme ce fut mon cas. Je peux seulement vous dire qu’il y a des dragons dedans… ». Comme je suis bonne élève, c’est exactement ce que j’ai fait, je n’ai même pas regardé le résumé, et je ne peux que vous inciter à faire de même. Il s’agit tout simplement d’une petite merveille !
Si vous voulez malgré tout quelques détails, en voici.

Valentin est terriblement malade et, pour fuir ce corps affaibli, pour oublier ses douleurs, il s’évade dans un jeu vidéo dans lequel il incarne un jeune dragon. Il n’a plus qu’un seul but : parvenir à voler.

Une nouvelle fois, Syros propose un texte absolument magnifique. Il ne faut que quelques phrases à Jeanne-A Debats pour poser ses personnages qui n’ont rien de superficiels. La relation père-fils est bouleversante au possible tant sont grandes et belles la compréhension et l’empathie montrées par le père de Valentin vis-à-vis de ce qu’éprouve son fils.
En jonglant entre les passages durs et pesants dans la chambre hantée par la maladie et l’allégresse des moments de jeu, l’autrice crée un contraste foudroyant qui rend chaque retour à la réalité pesant.

Comme avec L’enfaon (promis, c’est la dernière fois que je cite ce titre… pour cet article), la SF – ici, ce jeu vidéo totalement immersif grâce à une puce implantée dans le cerveau qui fait croire à celui-ci qu’il est réellement celui d’un dragon ! – est brillamment utilisée pour parler du quotidien, de notre réalité avec ses coups durs et ses moments de grâce (comme lorsque l’on accomplit un rêve).

Un concentré de tendresse et de tristesse pudique et néanmoins étonnamment puissant qui nous réserve une poignante surprise dans ses dernières lignes.

« Il ne faut pas m’en vouloir si je ne cherche pas à faire de nouvelles connaissances. Je n’ai pas beaucoup de temps, or il en faut pour s’attacher aux gens. »

« La puce d’interface à la base de ma nuque me chatouille un peu, puis, d’un seul coup, les murs et les draps disparaissent, mon corps rabougri devient léger comme une plume… »

L’envol du dragon, Jeanne-A Debats. Syros, coll. Mini Syros Soon, 2011. 41 pages.

Chaussette, de Loïc Clément et Anne Montel (2017)

Chaussette (couverture)Chaussette – Josette de son vrai nom – est une vieille dame qui, avec son chien Dagobert, observe un rituel quotidien immuable. Aussi, lorsque Merlin, son jeune voisin, la surprend à agir étrangement, il décide de la suivre pour comprendre. Et où est Dagobert ?

Aujourd’hui, ma critique sera toute petite, mais je ne résiste pas à l’envie de vous parler de Chaussette !

En janvier, j’ai enfin découvert le travail de Loïc Clément et Anne Montel avec cette petite bande-dessinée. Je connaissais pourtant leurs noms depuis un moment grâce à Victoria qui en a souvent parlé (d’ailleurs, je vous conseille sa chronique !).

Chaussette est une jolie petite bande dessinée qui, simplement et sensiblement, parle d’amitié, de solitude, de deuil et du temps qui passe. L’action est très brève, mais cela suffit pour que l’on s’attache à Chaussette et, à travers elle, à toutes les personnes âgées qui souffrent de la solitude. Les deux auteurs sont parvenus à me toucher en quelques pages pleines de bienveillance et de tendresse (sans jamais tomber dans le cucul).

Chaussette 2

Visuellement, c’est un ravissement. Anne Montel crée de splendides tableaux riches en petits détails. L’aquarelle leur confère une véritable douceur et les couleurs lumineuses un souffle d’optimisme. Les occupations quotidiennes des habitants du village et des promeneurs, les devantures des boutiques (la page boulangerie est un véritable régal pour les yeux !).

Chaussette 3

Un cocon tout doux de poésie, d’intelligence et d’émotion.

Chaussette 4

Chaussette, Loïc Clément (textes) et Anne Montel (illustrations). Delcourt jeunesse, 2017. 32 pages.

La guerre des Lulus, tomes 1 à 5, de Régis Hautière et Hardoc (2013-2017)

 

Les aventures de cinq adolescents, surnommés les Lulus à cause de leurs prénoms – Lucien, Ludwig, Luigi, Lucas et Luce –, pendant la Grande Guerre. De la France à la Belgique en passant par l’Allemagne, de bonnes en mauvaises rencontres, d’espoirs en désillusions, un voyage qui les mènera aux portes de l’âge adulte.

Cette bande de copains hétéroclite, très unie malgré leurs différences et leurs disputes, est très sympathique à suivre. Les quatre garçons, orphelins, prennent Luce sous leur aile pour l’aider à retrouver ce qu’eux ont perdu à jamais : ses parents, perdus de vue lors de leur fuite de Belgique. Ils réalisent peu à peu la gravité de leur situation. Isolés, ils ne se rendent pas tout de suite compte que la guerre est là, terrible, et qu’elle va durer (à leur décharge, les journaux et discours de l’époque affirmaient que cela avait être une guerre éclair). Le premier tome est assez léger, malgré leur solitude et leurs difficultés, et le ton s’assombrit par la suite.

Même si leur exode vers de meilleurs horizons ne commence qu’à la fin du second volume, les Lulus ne vont cesser de faire des rencontres, certaines plus heureuses que d’autres. Ils se lieront notamment d’une belle amitié, quasi paternelle, avec un Allemand, seront aidés – voire sauvés – par un vieux sabotier, par les habitants du familistère de Guise (un lieu incroyable que je vous encourage vivement à visiter si vous en avez l’occasion !), par un photographe un peu menteur, des résistants…

Cette saga nous montre, à travers des yeux d’enfants, l’arrière bien plus que le front très souvent raconté. Les magouilles pour survivre, les peurs des habitants, l’effilochement de la conviction selon laquelle la guerre ne durera pas, la pénurie alimentaire… Etrangement, je trouve les femmes bien absentes alors que leur rôle a été très important pendant cette période. Parmi les rencontres faites par les Lulus, il y a finalement peu (pas ?) de femmes réellement importantes… Luce elle-même n’est pas très importante, ni très utile. Elle éveille les premiers désirs des garçons, reçoit leurs cadeaux et joue son rôle de femme plus sage et raisonnable qu’eux… Bref, rien de très nouveau. Ce ne sera pas le membre des Lulus dont je garderai le plus vif souvenir.
Les tomes 4 et 5 sont plus sombres et tentent d’aborder bien des sujets : les pertes, le deuil, l’éclatement de leur petite troupe, les trahisons et la guerre vécue de très près pour certains Lulus côtoient les disputes d’adolescent, les sentiments, les premières amours et la relation plus compliquée entre Luce et les garçons.

 

Sachez cependant que ces cinq albums ne vous fourniront pas une histoire complète et achevée. Un détail qui m’a beaucoup agacée, gâchant presque ma lecture des deux derniers tomes qui s’essoufflent un peu à mes yeux. En effet, une ellipse de près d’un an est faite entre les années 1916 et 1917, épisode au cours duquel les Lulus se retrouvent en Allemagne ! Cette partie sera racontée dans un diptyque intitulé La perspective Luigi. De même, à la fin du cinquième tome, les Lulus sont séparés, certains en très fâcheuse position : évidemment, nous avons envie de connaître le fin mot de cette histoire… il faudra donc attendre une prochaine BD sur l’après-guerre des Lulus ! J’aurais clairement préféré une aventure complète avec toutes ses péripéties et avec une fin digne de ce nom plutôt que cet éclatement, cette absence de conclusion et ces promesses de futurs BD qui me semblent une simple tactique de marketing pour vendre plus. Exaspérant…

Visuellement, le dessin d’Hardoc est très agréable, réaliste et détaillé, mais il ne m’a pas particulièrement touchée même si j’ai trouvé certains jeux de lumière ainsi que le choix des palettes de couleurs très réussis. Les personnages sont expressifs – comme le montrent également les croquis concluant chaque volume – et les enfants murissent et grandissent.

 

Une fiction sur la Première Guerre mondiale qui est loin d’être dénuée d’intérêt, mais qui n’est pas exempte de défauts, des femmes globalement invisibles et une stratégie marketing un peu trop marquée ayant fini par atténuer le plaisir de la lecture. Ces BD deviennent de plus en plus sombres et l’ambiance détendue et bon enfant des deux premiers volumes est bien loin lorsqu’arrivent les morts et les douleurs des deux derniers tomes. Le troisième tome marque à mon goût l’apogée qualitative – l’histoire, le cadre, les protagonistes, la profondeur des sujets abordés… – de cette série. Le point de vue choisi, très judicieux, parlera aux plus jeunes comme aux plus grands et les entraînera tous découvrir la vie à l’arrière des lignes avec, à la clé, une bonne dose d’humour et d’aventure.

La guerre des Lulus, Régis Hautière et Hardoc. Casterman, 2013-2017. 56 pages :
– Tome 1 : 1914, La maison des enfants trouvés. 2013 ;
– Tome 2 : 1915, Hans. 2014 ;
– Tome 3 : 1916, Le tas de briques. 2015 ;
– Tome 4 : 1917, La déchirure. 2016 ;
– Tome 5 : 1918, Le Der des ders. 2017.

 

Amour, vengeance & tentes Quechua, d’Estelle Billon-Spagnol (2017)

Amour, vengeance et tentes Quechua (couverture)Je vous préviens, il risque d’y avoir quelques critiques Exprim’ dans les semaines qui suivent ! Montreuil étant passé par là, je commence enfin à savourer la fournée 2017 et m’attendent encore La fourmi rouge, Colorado Train et Les cancres de Rousseau. De belles lectures en prévision !

Ce ne sera pas une critique très longue aujourd’hui, mais je tenais tout de même à parler de ce chouette roman qui cache une certaine dose de tristesse et de soupirs sous un titre léger et une couverture colorée.

Deuxième samedi de juillet, ça y est, c’est l’heure du départ en vacances pour la famille Balice ! Marine la mère, Thomas le père, Suze la petite sœur et Tara notre héroïne au caractère impulsif prennent comme tous les ans la direction du Momo’s camping ! Tara y retrouve son ami d’enfance, Adam… devenu étrangement sexy. Sauf que l’arrivée d’Eva, surnommée La Frite, vient bouleverser leur amitié et leurs vacheries respectives ne tardent pas à envenimer l’ambiance des vacances.

Dès le premier chapitre qui raconte le départ en vacances de la famille Balice, on sent ce parfum particulier des vacances, cette frénésie à la fois joyeuse et tendue, cette excitation grandissante… et une fois au camping, c’est l’ambiance tranquille de celui-ci qui se dégage de ces pages. La baignade, les barbecues, les apéros, les voisins… Je n’ai jamais fréquenté plusieurs fois le même camping, je n’ai jamais noué de liens d’amitié avec les autres enfants, nous passions très peu de journée glandouille au camping, et pourtant, en quelques pages, cette atmosphère joyeuse, paisiblement remuante,  m’a fait quitter l’hiver et ses plaids pour aller glandouiller au soleil. Estelle Billon-Spagnol n’utilise pas de grandes descriptions, mais, à travers le regard attendri de Tara, elle dépeint superbement ce petit coin hors du quotidien.

Mais ce qui m’a le plus séduite dans ce roman, ce sont les caractères justes et réalistes décrits par Estelle Billon-Spagnol. Ses personnages sont des gens que l’on a tous pu croiser un jour. Ils ont ce qu’il faut d’extravagance pour que cela reste plausible, juste ce brin de folie et de névrose présent en chacun de nous. Nous quittons parfois Tara pour visiter les pensées de ses parents, de leurs amis ou encore de Jackie et Momo. Ainsi, nous les découvrons de l’intérieur (et non pas seulement par le biais du regard adolescent de Tara). Certains sont sympathiques, d’autres émouvants, d’autres encore vaguement insupportables. La faune humaine, quoi !

Les dégâts et causés par le temps qui passe se font beaucoup sentir au fil des pages. D’une part, il y a le naufrage du couple Balice. Les exigences de Marine, les lassitudes et les nouveaux projets de Thomas, le désir qui s’amenuise… des problèmes communs. D’autre part, Tara expérimente, été après été, de nouveaux changements. D’enfants, ils deviennent adolescents, puis jeunes adultes. L’ingérence des hormones et des apparences signe la fin d’une époque d’insouciance et de liberté.

Un roman réaliste, lumineux et touchant, où l’humour flirte avec la gravité. Une belle histoire d’amour, d’amitié et de famille qui nous offre, le temps d’une lecture, de mini-vacances (pas de tout repos cependant).

« Elle a ses responsabilités dans l’affaire, bien sûr. Elle le sait bien, elle le sent bien qu’il y a ce truc en elle qui lui bouffe la vie et celle des autres. Ce truc électrique qui la rend « invivable ». Elle n’est pas givrée, non, juste… exigeante ?
Voilà c’est ça : elle veut plus. Plus de sel, plus de sexe, plus de passion. Plus, en tout cas, que des jours qui se répètent et se ressemblent et s’interchangent et blablabla c’est fini on meurt. Elle a le droit, non ? Elle a le droit de vouloir que son mari l’accompagne en haut, tout en haut ? »

« Entre les mots qu’on prononce, ceux qui aimeraient sortir, ceux qu’on reçoit, ceux qu’on entend, ceux qu’on retient… toujours si compliqué de comprendre vraiment l’autre. »

« Suze lui tend plusieurs fois la main, mais Tara s’esquive – comment pourrait-elle salir ces cinq petits doigts ? S’ils savaient, ces cinq petits doigts confiants et innocents, est-ce qu’ils se tendraient encore vers elle ? Que savent-il du chagrin, de la rage, de la jalousie et de tout ce qu’elle engendre comme saloperies – que savent-ils de la bascule ? La bascule qui fait que la roue tourne, et pas du bon côté, te pousse à faire des trucs crades, des trucs débiles, des trucs qui ne te ressemblent pas ?… Tellement qu’à force, tu ne sais plus à quoi tu ressembles, « pour de vrai »… »

Amour, vengeance & tentes Quechua, Estelle Billon-Spagnol. Sarbacane, coll. Exprim’, 2017. 251 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Les Propriétaires de Reigate :
lire un livre dans lequel les personnages sont en vacances

Challenge Voix d’autrices : une autrice francophone

Ça, tomes 1 et 2, de Stephen King (1986)

Bill Denbrough, Bev Marsh, Mike Hanlon, Stanley Uris, Richie Tozier, Ben Hanscom et Eddie Kaspbrak. A eux sept, ils forment le Club des Ratés. En 1958, à douze ans à peine, dans l’obscurité des égouts de Derry, ils unissent leurs forces pour combattre Ça, une entité maléfique qui se nourrit des enfants de la ville. Vingt-sept ans plus tard, voilà que tout recommence, mais le Club s’est éparpillé et leur mémoire s’est effacée…

Entre Stephen King et moi, ce n’est pas vraiment la grande histoire d’amour… J’avais bien (voire beaucoup) aimé Misery, mais Cujo m’a ennuyée à mourir tandis que Carrie me tombait des mains au bout de quelques pages. Idem pour les adaptations cinématographiques car peu d’entre elles ont trouvé grâce à mes yeux. Mais la sortie du film d’Andi Muschietti cet automne et le remue-ménage autour de Ça ont attiré mon attention. J’ai vu le vieux téléfilm puis le film et, les ayant aimés, je me suis tournée vers les livres, acceptant de redonner une chance au maître de l’horreur. (Et en plus, je trouvais que le design du nouveau coffret de chez J’ai Lu vraiment sympa, c’était donc l’occasion ou jamais.)
Désolée pour ce racontage de vie (mais en même temps, je raconte bien ce que je veux ici), mais voilà pourquoi Ça a été un coup de cœur totalement inattendu.

« Qu’est-ce qui vient se nourrir à Derry ? Qu’est-ce qui se nourrit de Derry ? »
(Tome 1)

Le premier tome n’est pas parfait à mes yeux, à cause de quelques longueurs lors de leurs deux apparitions personnelles de Ça (enfant d’abord, adulte ensuite). Certes, c’est intéressant et presque nécessaire pour en apprendre plus sur eux et sur la nature de Ça, mais au bout de la dixième fois, cela reste néanmoins un peu redondant (sur la forme plus que sur le fond cependant).
En revanche, le second tome est passionnant d’un bout à l’autre, exempt des longueurs du premier. Il est parfois magnifique lorsqu’il parle de l’enfance ou que le Club partage des moments de bonheur complice et parfois immense lorsqu’il parle de Ça, de ce qu’il est, d’où il vient, mais il est aussi plus oppressant et plus glauque, l’influence de Ça sur Derry se fait vraiment sentir, dans le comportement des enfants, mais surtout des adultes. Ça accentue le pire de chacun d’entre eux et ce pouvoir toxique devient flagrant dans ce second tome que ce soit chez le père de Bev ou chez Henry.
La ville de Derry est d’ailleurs un personnage à part entière. Son canal, son château d’eau… et ses habitants. Adultes indifférents et incompétents, enfants jetés dans la gueule des monstres. Cruauté, négligence, haine. La violence à Derry va du harcèlement scolaire aux massacres qui marquent cycliquement la ville. Enfin… Pour marquer, encore faudrait-il que ses habitants en gardent la mémoire. Mais la capacité à oublier et à fermer les yeux est tout à fait extraordinaire à Derry, comme nous le comprenons peu à peu au fil de captivantes et macabres excursions dans l’histoire de la ville.

« A Derry, la faculté d’oublier les tragédies et les désastres confinait à l’art, comme Bill Denbrough allait le découvrir avec les années. »
(Tome 1)

Bien que les passages dans les égouts et souterrains de Derry se soient révélés oppressants – le noir, la puanteur, l’exiguïté et, paradoxalement, l’immensité, Henry qui se rapproche… – et que la matérialisation des peurs enfantines soit narrée de manière effroyablement vivace, ce n’est finalement pas l’horreur ou la peur qui me resteront de cette lecture.
Pour moi, c’est avant tout un sublime bouquin sur l’enfance et sur l’amitié. A travers cette bande de gamins soudés et responsables qui, merveilleusement, ne cessent jamais de rire malgré l’horreur, Stephen King nous donne à voir la beauté de l’enfance, l’innocence, la capacité à croire et à accepter l’irréel tout en racontant si bien les changements de l’âge adulte : un regard porté sur le monde bien différent, l’esprit qui se barricade parfois face à l’irréel, la raison qui tente de prendre le pas sur le cœur. Impossible de ne pas se laisser gagner par la tendresse face à ces enfants. On se laisse gagner par leur joie de vivre, on court avec eux jusqu’aux Friches et on file en vélo à travers la ville avec Bill (« Yahou Silver, en avant ! »).
Ça contient également des moments pleins de douceur et de poésie. J’ai notamment été marquée par un très beau passage où Ben, depuis l’extérieur glacial, regarde les gens déambuler dans le cocon chaud et lumineux du cylindre de verre reliant les deux parties de la bibliothèque. Comme les rires des Ratés, ce sont de véritables pauses dans un récit autrement terrible.

 « L’enfant qui est en soi fuit comme crève un pneu sans chambre : lentement. Un jour, on se regarde dans un miroir, et c’est un adulte qui vous renvoie votre regard. On peut continuer à porter des blue-jeans, à écouter Bruce Springsteen, on peut se teindre les cheveux, mais dans le miroir, c’est toujours un adulte qui vous regarde. Peut-être que tout se passe pendant le sommeil, comme la visite de la petite sourie, la fée des dents de lait. »
(Tome 2)

La construction se construit en allers-retours entre le passé et le présent, entre 1958 et 1985, au fur et à mesure que les souvenirs remontent dans l’esprit des protagonistes. Car les événements traumatisants de 1957 et 1958 avaient totalement disparus dans les profondeurs de leur mémoire. Dans le second tome, la réminiscence se fait plus présente e, dans certains passages, une phrase dans le présent se prolonge au passé dans le passage suivant. La construction est géniale et te pousse à continuer à lire pour en savoir plus. Et plus tu lis, plus tu touches des doigts des éléments qui, pressens-tu, vont être incroyables, plus tu en veux. C’est tout simplement addictif.

Sans surprise, les livres se sont montrés beaucoup plus riches et étoffés que les adaptations. Premièrement, on comprend plus de choses sur l’amnésie des personnages ou sur l’origine de Ça. La Tortue et les lumières-mortes font leur apparition et nous adoptons parfois le point de vue de Ça, nous permettant de le comprendre un peu.
Le combat final avec Ça dans le téléfilm m’avait déçue, je le trouvais un peu simple et grotesque (et ce n’était pas seulement dû aux effets spéciaux). Je comprends mieux à présent, cette scène doit être terriblement complexe à mettre en images (reste à voir ce que fera Andy Muschietti). En effet, presque uniquement immatérielle, cette lutte se passe à la fois aux confins de l’univers et uniquement dans l’esprit de Ça et des enfants.
Une autre scène est absente des deux adaptations, mais celle-là (dont Broco avait parlé dans sa critique du film, ce qui m’avait bien intriguée…) ne sera probablement jamais filmée ! Quand bien même c’est grâce à cela que les enfants s’en sortent, elle est plutôt dérangeante… Bien qu’elle ne soit pas amenée comme ça dans le livre, je me suis demandée ce qui avait traversé l’esprit de King pour écrire cette scène !

Finalement, les adaptations adoucissent de nombreux aspects du livre. La rencontre d’Eddie avec son lépreux est beaucoup plus choquante dans le livre et la folie de certains personnages se fait bien plus violente. Citons par exemple la passivité négligente des parents de Bill ou la mère d’Eddie, dont la possessivité touche à la manipulation affective (j’ai d’ailleurs eu un coup de cœur pour la scène tellement forte (pourtant effacée ou du moins atténuée dans les adaptations) où Eddie s’oppose à elle à l’hôpital). Qu’Henry soit fou, on le devinait bien, mais film et téléfilm laissent de côté Patrick Hockstetter qui est vraiment glaçant, plus qu’Henry à mes yeux, car complètement malsain et dérangé.
En revanche, si tous sont plus ou moins aveugles, un adulte s’est, à mes yeux, détaché du lot : il s’agit de M. Nell, le policier irlandais, qui se révèle bienveillant avec les enfants. En cela, il se distingue vraiment des autres adultes de Derry chez qui la bienveillance est un concept assez rare.
J’avais détesté la transformation de Bev dans le film de Muschietti en « fille à sauver ». Heureusement, Beverly (on apprend d’ailleurs qu’elle a encore sa mère) est bien plus brave et intelligente que dans le film. (Une chose qui m’a fait rire : dans le film, elle se penche sur son lavabo d’où sortent des voix et les mèches de cheveux qui pendent sont attrapées, l’attirant irrésistiblement vers les tuyaux. Or, dans le livre, il est bien écrit qu’elle éloigne ses cheveux du trou d’évacuation par peur de ce genre de désagrément. La scène, très prévisible dans le film, m’a parue encore plus bateau.) Elle est indispensable au groupe et son émancipation – que ce soit enfant ou adulte – fait partie des moments forts du récit.

« Tout au long de cet été, Henry s’était de plus en plus avancé au-dessus de quelque chose comme un abysse mental, engagé sur un pont qui devenait de plus en plus étroit. »
(Tome 2)

La fin de ma lecture s’est peu à peu teintée de mélancolie, aussi bien due à ce qui était raconté dans les dernières pages qu’à la séparation d’avec ces enfants (devenus adultes) auxquels je me suis terriblement attachée. Ça est une œuvre fouillée et merveilleusement prenante. C’est un livre qui parle aussi bien des peurs que l’on s’invente, que l’on fantasme, celles des monstres sous le lit, des loups-garous et des clowns, que des horreurs du monde – homophobie, racisme, antisémitisme, violences conjugales et familiales… –, toutes les sauvageries se cristallisant à Derry. Mais si le récit est parfois ténébreux et atroce, il est aussi lumineux et touchant lorsqu’il parle de la force née de l’union de sept mômes, de l’enfance et de l’amitié. Un livre immense et haletant d’un bout à l’autre.

Ça, coffret

« « Raconte », dit simplement Beverly. Mike réfléchit quelques instants et entreprit son récit ; et de voir leurs visages qui devenaient de plus en plus inquiets et effrayés au lieu d’afficher de l’incrédulité et de la dérision au fur et à mesure qu’il parlait, il sentit un poids formidable ôté de sa poitrine. Comme Ben avec sa momie, Eddie avec son lépreux ou Stan avec les petits noyés, il avait vu quelque chose qui aurait rendu un adulte fou, non pas simplement de terreur, mais du fait d’un sentiment d’irréalité d’une puissance fracassante, impossible à ignorer comme à expliquer de façon rationnelle. »
(Tome 2)

« Sur ce riche terreau nourricier, Ça existait selon un cycle simple de réveils pour manger et de sommeils pour rêver. Ça avait créé un endroit à sa propre image que Ça contemplait avec satisfaction grâce aux lumières-mortes qui étaient ses yeux. Derry était son abattoir, les gens de Derry son troupeau. Les choses s’étaient maintenues ainsi.
Puis… ces enfants.
Quelque chose de nouveau.
Pour la première fois, de toute éternité. »

(Tome 2)

Ça, tomes 1 et 2, Stephen King. J’ai Lu, 2017 (1986 pour l’édition originale. Albin Michel, 1988, pour la première traduction en français). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par William Desmond. 799 et 638 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – La Vallée de la Peur :
lire un livre du genre « Horreur »