J’ai relu… A la croisée des mondes, tome 3 : Le miroir d’ambre, de Philip Pullman (2000)

A la croisée des mondes T3 (couverture)Kidnappée par sa mère, Lyra est plongée dans un sommeil artificiel et agité. Et quand Will vient la libérer, elle a une terrible nouvelle pour lui : ils vont devoir descendre au pays des morts.

> Ma critique du tome 1, Les Royaumes du Nord
> M
a critique du tome 2, La Tour des Anges

L’ultime tome de la trilogie signe avant tout des retrouvailles grandioses avec tous les personnages que l’on a adoré dans les deux premiers tomes – Iorek, Lee Scoresby, Serafina Pekkala, Mary Malone… je ne saurais dire à quel point j’aime ces personnages ! – tout en redécouvrant le couple passionné formé par Lord Asriel et Mme Coulter. Celle-ci, à la fois haïe et admirée, se dévoile sous de nouvelles facettes, plutôt inattendues : celle d’une mère aimante, d’une femme amoureuse. Nul manichéisme ici et Mme Coulter est un personnage des plus complexes.
La mythologie créée ou réinventée par Philip Pullman continue de se développer avec de nouveaux êtres, tous passionnants et importants à leur façon : les anges, grandioses comme Métatron ou faibles comme Balthamos, les Gallivespiens, les Mulefas, les Harpies…

La relation entre Lyra et Will trouve un équilibre nouveau et, à l’exception d’un passage, je n’ai plus ressenti l’agacement qui avait ponctué ma lecture du second tome. Tous deux se respectent et s’admirent mutuellement, s’écoutent et se font confiance. Ils prennent les décisions ensemble et les initiatives viennent tantôt de Will, tantôt de Lyra. Il faut dire qu’ils grandissent…

Car c’est aussi ça, le sujet d’A la croisée des mondes : le passage de l’enfance à l’âge adulte. Au fil des pages, Lyra et Will sont confrontés à la mort et au deuil, aux peurs et aux folies humaines, à la cupidité et à la lâcheté, mais aussi à l’amitié, à l’amour, au respect, au courage… Toutes les épreuves affrontées leur permettent de grandir peu à peu et l’éclosion de leur amour leur permettra de réaliser le chemin parcouru. De retour à Jordan College, la Lyra du dernier chapitre n’a plus grand-chose à voir avec celle du premier et le regard qu’elle pose sur le monde des adultes est bien différent.

Ce troisième tome, plus long que les deux précédents, est aussi le plus dense et le plus mature. Une nouvelle fois, c’est un texte parfois philosophique que nous offre Philip Pullman. L’heure de la bataille contre l’armée de l’Autorité approche, des bouleversements s’opèrent dans tous les mondes visités, on comprend davantage l’importance de la Poussière, symbole de la sagesse et de la connaissance qui rendent les êtres meilleurs, et peu à peu, bon nombre de questions trouvent leur réponse.
Lyra, quant à elle, prend conscience du pouvoir de la vérité. Après l’aléthiomètre qui l’a souvent poussée à être franche (avec le Consul des sorcières, avec Mary Malone…), ce sont les Harpies et les morts qui lui montrent le pouvoir bénéfique de la vérité. Une révélation et un changement profond pour celle qui était si fière de ses talents de menteuse.
(Je lui reprocherais seulement un petit deus ex machina un peu facile qui permet de sauver la vie des deux adolescents dans le monde des morts.)

J’ai de nouveau été transportée comme si c’était ma première lecture par cette trilogie riche et exigeante qui ne sous-estime pas les enfants. L’imagination de l’auteur, les personnages, l’idée fabuleuse des dæmons, de cette part d’âme visible et audible sous l’aspect d’un animal, le discours sur la science et la religion… Une œuvre magistrale à mes yeux d’enfant, d’adolescente et d’adulte (presque…).

Merci, Philip Pullman !

 

« Parfois, on ne fait pas le bon choix, car la mauvaise solution paraît plus dangereuse que la bonne, et personne ne veut donner l’impression d’avoir peur. On se préoccupe davantage de ne pas passer pour des froussards que d’émettre un bon jugement. »

« A votre avis, dit-il, depuis combien de temps est-ce que je transporte des gens vers le pays des morts ? Si quelqu’un pouvait me faire du mal, vous ne croyez pas que ce serait arrivé depuis longtemps ? Croyez-vous que les gens que je transporte me suivent de gaieté de cœur ? Non. Ils se débattent, ils crient, ils essaient de me soudoyer, ils me menacent et m’agressent : rien n’y fait. Piquez-moi si vous voulez avec votre éperon, vous ne pouvez pas me faire de mal. Vous feriez mieux de réconforter cette enfant. Ne vous occupez pas de moi. »

A la croisée des mondes, tome 3 : Le miroir d’ambre, Philip Pullman. Gallimard, coll. Folio Junior, 2002 (2000 pour l’édition originale. Gallimard jeunesse, 2001, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Jean Esch. 595 pages.

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J’ai relu… A la croisée des mondes, tome 2 : La Tour des Anges, de Philip Pullman (1997)

A la croisée des mondes T2 (couverture)Après avoir franchi le pont entre les mondes créé par Lord Asriel, Lyra se retrouve dans un monde étrange privé d’adultes et dans lequel les enfants semblent porter leur dæmon en eux. Là, elle rencontre Will. Le jeune garçon, fuyant son propre monde après avoir tué un homme, est à la recherche de son père. Ensemble, ils vont découvrir un objet incroyablement puissant, convoité de tous : le poignard subtil, qui a un rôle à jouer dans la lutte à venir.

> Ma chronique du tome 1, Les Royaumes du Nord
> Ma chronique du tome 3, Le miroir d’ambre

Toujours un peu difficile de quitter la magie du monde de Lyra pour la solide réalité de celui de Will, mais quelques chapitres m’ont permis de me glisser à nouveau dans cette histoire. Une histoire toujours aussi dynamique, avec de l’action, des retrouvailles avec des anciens personnages, des rencontres avec des nouveaux et des révélations.
Ces révélations sont permises grâce à une diversification des points de vue dans ce second tome. On voyage entre trois mondes aux côtés de Lyra et Will évidemment, mais aussi Lee Scoresby (et son dæmon Hester – leur relation me touche beaucoup en passant) ou des sorcières Serafina Pekkala et Ruta Skadi. Cela nous permet d’en apprendre davantage sur la destinée de Lyra (qui, elle, doit rester innocente comme le Consul des sorcières l’avait appris à Farder Coram dans le premier tome : « Mais elle doit accomplir ce destin sans en avoir conscience, car seule son ignorance peut nous sauver. ») et d’avancer dans l’histoire, en en sachant davantage que la plupart des personnages.

Religion et science continuent de se côtoyer. D’un côté, Lord Asriel rassemble une armée pour détruire l’Autorité (alias Dieu), les références bibliques se multiplient : la Chute, une Eve qui doit revenir, des anges rebelles, tout semble prêt pour que l’histoire soit réécrite. D’un autre côté, une scientifique, Mary Malone, étudie la Poussière et les particules élémentaires, on parle d’analyses de crânes millénaires, de physique, de paléo-magnétisme, etc.

 Un bon point également pour les monstres glaçants que sont les Spectres qui se repaissent de l’âme des adultes, dédaignant les enfants, tournant autour des adolescents comme des charognards.

MAIS.

Car j’ai quand même un gros reproche à faire (d’ailleurs, je me souviens que c’était déjà quelque chose qui me frustrait quand j’étais petite), c’est la minimisation du rôle de Lyra. Elle était l’héroïne principale, décidée, autoritaire, courageuse, des Royaumes du Nord et, dans ce second tome, elle ne fait plus rien toute seule. Pourquoi ? A cause de Will. Je trouve particulièrement agaçant qu’il prenne ainsi l’ascendant sur Lyra. Elle obéit à Will, elle compatit aux souffrances de Will, elle remercie « oh Will, merci pour tout ce que tu as fait ». Elle s’interdit même d’utiliser l’aléthiomètre à volonté ! « Seulement pour aider Will. » (Je me souviens que, petite, cela m’indignait totalement tant je trouvais cet objet fabuleux.) C’est insupportable. Je n’ai rien contre le pauvre Will (au contraire, je le trouve touchant dans sa tendresse envers sa mère malade et dans sa maturité d’enfant qui a grandi trop vite), mais la façon dont son personnage vampirise celui de Lyra m’exaspère.
J’ai vu dans plusieurs critiques qu’il avait une bonne influence sur elle, qu’il était plus réfléchi et tempérait son agressivité, mais en ce qui me concerne, j’adorais son impulsivité, le fait qu’elle ne voit rien d’impossible dans sa vie, et je trouve qu’il la bride totalement. On te rabâche l’importance cruciale de Lyra et elle devient presque un personnage secondaire dans les prises de décision, alors, oui, ça m’énerve.

Un second tome un peu moins prenant au démarrage mais toujours aussi efficace jusqu’au cliffhanger de la dernière page.

« Âgée de quatre cent seize ans, Ruta Skadi possédait la fierté et le savoir d’une reine des sorcières. Sa sagesse dépassait de loin celle de n’importe quel humain à la vie si brève, et pourtant, elle ne pouvait imaginer à quel point elle paraissait juvénile comparée à ces êtres. De même, elle ignorait que leur perception des choses s’étendait bien au-delà d’elle, tels des tentacules filamenteux, jusque dans les recoins les plus éloignés d’univers dont elle n’avait même jamais rêvé ; et si ces anges lui apparaissaient sous une forme humaine, c’était parce que ses yeux s’attendaient à les voir ainsi. Eût-elle perçu leur véritable apparence, elle aurait découvert des architectures plus que des organismes, des sortes de structures gigantesques constituées d’intelligence et de sensations.
Mais les yeux de la sorcière ne s’attendaient pas à cela ; elle était encore su jeune. »

« N’existait-il qu’un seul monde finalement, qui passait son temps à rêver à d’autres mondes ? »

A la croisée des mondes, tome 2 : La Tour des Anges, Philip Pullman. Gallimard, coll. Folio Junior, 2000 (1997 pour l’édition originale. Gallimard jeunesse, 1998, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Jean Esch. 404 pages.

Moonrise, de Sarah Crossan (2017)

J’avais lu Inséparables cet été et, ce mois-ci, je l’ai découvert dans sa version originale. One est aussi addictif en anglais qu’en français. Et tout aussi poignant. Je ne serai toutefois pas capable de vous faire une analyse de la traduction de Clémentine Beauvais ou une étude comparée des textes en anglais et en français, mais le travail de cette dernière me semble très fidèle à celui de Sarah Crossan et elle a su trouver les mots justes pour raconter en français cette fabuleuse histoire.

Mais aujourd’hui, je suis là pour vous parler du nouveau roman de l’autrice : Moonrise.
Joe Moon avait sept ans quand son grand frère a été arrêté et emprisonné pour meurtre. Dix ans plus tard, ils se revoient pour la première fois, pour la plus terrible des raisons : Ed va être exécuté.

Moonrise (couverture)

Encore une histoire joyeuse comme vous pouvez le voir.

Passé et présent s’entremêlent à merveille dans ce récit. Il y a ce dernier été, les retrouvailles, dans ce contexte si difficile, la prison et ses rituels, la redécouverte de l’inconnu que son frère est devenu, la vie de Joe dans cette ville paumée du Texas, la rencontre avec Nell. Et il y a les souvenirs de ce frère adoré, ce frère qui était comme un père et un ami pour le petit Joe, des flash-backs des errances de leur mère et de la froideur de leur tante.

Si Inséparables m’avait bouleversée, ce livre m’a noué les entrailles. Les préparatifs pour l’exécution m’ont presque rendue malade. Lorsque Joe retrouve son frère, un peu plus d’un mois avant la date fixée, il reste à Ed, qui clame son innocence, quelques recours : le passage devant la Cour Suprême des Etats-Unis, la grâce du gouverneur… Impossible de ne pas espérer pour lui et pour sa famille. J’ai été révoltée par la brutalité des policiers qui ont arraché une confession à Ed alors qu’il n’avait pas dix-huit ans, par l’injustice de ce système qui assassine un homme (potentiellement innocent qui plus est) et déchire une famille.

En dépit de toute cette noirceur, le livre parle aussi de garder espoir même lorsqu’il n’y en a plus, de continuer à aimer la vie lorsque la mort est si proche. Il s’interroge aussi sur comment dire au revoir. Il y a énormément de tendresse dans l’écriture de Sarah Crossan et j’ai juste adoré la relation entretenue par les deux frères. Leurs hésitations, les doutes de Joe qui surviennent après des années de certitudes. Leur enfance soudée. Et à présent, devoir dire au revoir, dire je t’aime, des mots parfois difficiles à prononcer.

Comme Inséparables, le roman se dévore, même si j’ai tenté de le faire durer le plus longtemps possible. Il faut dire que la forme se prête parfaitement au « Encore un chapitre… encore un… encore un… encore… » puisque les « chapitres » ne font en moyenne qu’une ou deux pages. L’anglais est accessible et je n’ai, globalement, pas eu de problème de compréhension. Quant à l’écriture en vers libres, elle fait son effet et apporte poésie, fluidité et légèreté (une légèreté pas vraiment présente dans le sujet même du livre). Les mots de Sarah Crossan prennent à la gorge, magnifiques et terribles dans leur simplicité.

Moonrise est un nouveau coup de cœur. Un roman dur et bouleversant sur la peine de mort, le pardon, les adieux, la famille, la vie et la mort. Comme Inséparables/One avant lui, ce roman en vers libres signé Sarah Crossan résonne fortement en moi et tous deux m’habitent encore, longtemps après avoir tourné la dernière page. Difficile d’en dire beaucoup plus, à part une chose : lisez-le.

Moonrise, Sarah Crossan. Bloomsbury, 2017. En anglais. 385 pages.

Inséparables, de Sarah Crossan (2015)

Inséparables (couverture)Grace et Tippi sont inséparables. Pour cause, elles sont aussi siamoises. Elles ont seize ans et, pour la première fois, elles vont entrer au lycée.

Je n’en dis pas plus car il n’y a pas besoin d’en savoir davantage. Il faut entrer dans le roman sans trop en savoir, pour se laisser emporter, pour se laisser bouleverser.
Puisque je savais que je ne pouvais pas passer à côté de ce livre tant m’attiraient  son sujet et son écriture en vers libres, j’ai évité les critiques qui ont fleuri partout sur la blogo. J’avais fait cette erreur avant de découvrir Songe à la douceur et le souvenir des dizaines de chroniques dithyrambiques avait perturbé ma lecture – au demeurant merveilleuse.

« Une histoire qui raconte ce que c’est d’être Deux.
Une histoire qui raconte ce que c’est d’être Une. »

Quelques pages pour s’habituer au rythme si rare des vers libres… et la magie opère. Cette forme donne une douceur, une poésie et une musique vraiment particulières qui se marient incroyablement bien avec cette belle histoire. Une fois happée par les mots de l’autrice, je n’ai pu lâcher le roman avant la dernière page.

L’amitié, la découverte d’un nouvel univers, l’amour pour et de sa jumelle, un autre amour naissant et interdit, le tout étant narré par Grace. Inséparables m’a fait ressentir des émotions brutes. J’ai souri, j’ai espéré, j’ai voulu changer le passé, j’ai pleuré, j’ai aimé la vie.
La fin a vraiment été rude et je suis restée un moment assommée face à ce tourbillon littéraire qui m’avait transportée et fait disparaître les heures. Le refermer a été un déchirement tant j’ai aimé Tippi et à Grace. Dur de trouver sa prochaine lecture après cet ouragan de délicatesse.

Ce livre n’est pas uniquement émouvant, il est aussi passionnant. Des sœurs siamoises ne sont pas des personnages principaux courants dans la littérature, c’est bien la première fois que j’entends leur voix. Grâce à une riche documentation, Sarah Crossan a su raconter avec justesse les difficultés de leur vie, mais aussi et surtout le bonheur que cela leur procure et l’extraordinaire amour qui les lie. Etre ainsi unies n’est nullement une malédiction pour elles, contrairement à ce que pensent les gens qu’elles rencontrent. Au contraire, elles ne peuvent imaginer de vivre sans l’autre.

Il faut dire que Sarah Crossan réussit ici un véritable exploit en abordant une foultitude de sujets sensibles sans jamais tomber dans le pathos. Jugez plutôt (je ne vous dirai pas qui est concerné par quoi). On parle d’exclusion, de chômage, de maladies, d’alcoolisme, du regard des autres, des médias, de la différence. Il y aurait de quoi faire pleurer dans les chaumières, non ? Et pourtant, ce n’est rien de tout ça qui fait pleurer car c’est avant tout leur amour infini qui m’a chamboulée.

Avec sa douce couverture velouté et son papier épais, Inséparables est un livre que l’on voudrait feuilleter, caresser, lire pendant des heures car Rageot a offert un bien bel écrin à ce chef-d’œuvre. Oui, un chef-d’œuvre et un coup de cœur absolu, renversant et poignant. Lisez Inséparables, vous ne regretterez pas cette rencontre avec ces jumelles inoubliables par leur courage, leur humour, leur maturité et leur sensibilité.

> Lire aussi ma critique de Moonrise

Inséparables, Sarah Crossan. Rageot, 2017 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Clémentine Beauvais. 405 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – L’Homme à la Lèvre Tordue : 
lire un livre dans lequel le personnage principal a une déformation physique

Le Grand Méchant Renard, de Benjamin Renner (2015) et son adaptation en film d’animation (2016)

Le Grand Méchant Renard (couverture)Le renard est un habitué de la ferme. Il entre, salue le chien, le cochon et le lapin, tente de manger la poule, se prend une raclée par cette dernière et repart avec des navets faute de poulet pour son repas. Inspiré par le loup, il met au point un plan : voler des œufs pour élever les poussins jusqu’à ce qu’ils soient prêts à être mangés.
Mais évidemment, on se doute bien que son plan va tomber à l’eau comme tous les autres. Sinon, pas d’histoire et, surtout, pas d’humour.

Car l’humour est bien le point fort de cette bande dessinée. Elle est hilarante par les situations, les dialogues parfois caustiques, les personnages… avec en tête ce pauvre renard que l’on ne peut s’empêcher de prendre un peu en pitié tant il échoue dans toutes ses entreprises. La pauvre bête en voit de toutes les couleurs, humilié par tous les animaux, martyrisé par trois poussins trop aimants et trop dynamiques.
Mais son cœur de papa poule fond malgré tout devant ses trois terreurs et, avouons-le, nous aussi. Leur relation est touchante, pleine de taquineries et d’amour. Le renard se montrera prêt à tout pour les protéger du loup (qui, lui, est un vrai Grand Méchant). Sans oublier de se protéger lui-même de la poule et de son club d’extermination des renards ! Ce qui nous donnera de nouvelles occasions de rire de ses déboires.

Les aquarelles sont toutes douces et toutes jolies. Les protagonistes sont tous très expressifs, ce qui contribue à l’excellence de la BD. J’ai beaucoup apprécié le trait de Benjamin Renner. Les délicates petites vignettes, sans aucun détail superflu, donnent un aspect très léger et aéré à la bande dessinée. Le résultat : les pages tournent toutes seules et l’on dévore l’ouvrage sans s’en rendre compte.

Le Grand Méchant Renard est un véritable coup de cœur tant pour son scénario que pour son dessin. Oscillant entre humour et tendresse, c’est une bande dessinée originale et adorable, à mettre entre toutes les mains.

Le Grand Méchant Renard (extrait)

Et le film d’animation alors ?

Le grand méchant renard (affiche)Après avoir relu et adoré la BD, je suis allée découvrir l’adaptation cinématographique par Benjamin Renner et Patrick Imbert. Et autant vous le dire tout de suite, je suis déçue. Dans ce film d’animation, le rideau du théâtre de la ferme s’ouvre trois fois pour nous raconter trois histoires : « Un bébé à livrer », « Le Grand Méchant Renard » et « Il faut sauver Noël » (un choix peut-être étrange vu la saison, mais pourquoi pas…).

Parlons tout d’abord de la seconde qui reprend le scénario de la bande dessinée et sur laquelle se focalisait toutes mes attentes. Si les éléments et les rebondissements principaux sont bien là, je n’ai pu que constater que certaines coupes avaient été effectuées dans les dialogues notamment. Logique, allez-vous me dire, on pouvait s’y attendre. Certes, mais je ne m’attendais pas à ce que tous les passages les plus drôles à mon goût disparaissent. Le résultat est bien moins humoristique et moins fin que la bande dessinée. Idem pour certaines scènes trop mignonnes entre les poussins et leur mère adoptive. Dommage…
Quant aux deux autres histoires qui tournent autour des personnages du cochon, du lapin et du canard, elles sont assez bateau et je dois reconnaître ne pas avoir été touchée du tout. Disons que je pense que le public visé est quand même un public très jeune.

En revanche, l’animation est plutôt jolie surtout pour les paysages en aquarelle que j’ai adorés et d’ailleurs préférés aux personnages. Une remarque à ce propos sur l’apparence des poussins, bien moins mignons que dans la BD (mais peut-être plus facile à animer avec leur nouveau physique lorsqu’ils sont plus grands ?).

Voilà, une déception donc. Il est peut-être préférable de le découvrir lorsque l’on a aucune attente grâce à la BD.

Le grand méchant renard 2

Le Grand Méchant Renard, Benjamin Renner. Editions Delcourt, collection Shampooing, 2015. 189 pages.

Quatre filles et quatre garçons, de Florence Hinckel (2014)

Quatre filles et quatre garçonsQuatre filles – Joséphine, Sarah, Justine et Clothilde – et quatre garçons – Benoît, Dorian, Mehdi et Corentin – entrent en troisième. La dernière année, sûrement, où les huit amis seront ensemble. Alors ils décident de tenir un journal, le journal de l’année de leurs quinze ans. L’année scolaire est divisé en huit et, chacun leur tour, ils confieront leurs joies, leurs peines, leurs doutes, leur cœur à leur carnet, leur mp3, leur blog, leurs lettres, bref, leur moyen d’expression quel qu’il soit.

On retrouve dans ce roman toutes les interrogations qui font la vie d’un ou d’une collégien.ne. L’autrice gère le tout avec justesse et sensibilité. Le collège, les notes, les railleries, le regard des autres, les profs, être fils de profs, les parents, les attentes des parents, l’avenir, les complexes, l’anorexie, l’amour, l’amitié, la frontière entre les deux, l’homosexualité… Mais il y également beaucoup de questions qui tournent autour des filles, des garçons, de ce qu’est être un garçon ou être une fille, de la manière dont ils considèrent les filles et dont elles considèrent les garçons, sur les droits des femmes, l’image des femmes, la place des femmes et des filles dans la société, l’éducation des filles.
Tous prennent conscience de tout ça et cherchent à modifier leur comportement pour ne pas reproduire leurs erreurs passées. Evidemment, il leur arrive à tous des choses qui sortent du quotidien et les accidents, les changements ou les nouveautés dans leur vie engendrent mille bouleversements dans leur tête et leur vision du monde. C’est mignon, leur soudain féminisme commun, vraiment, mais ça m’a gentiment fait rigoler. Je trouve ça très bien, et ça serait génial si tout le monde pouvait avoir une réflexion aussi poussée dès quatorze ans, mais… mes souvenirs de collégienne ne placent pas le féminisme au centre de mes préoccupations ou de celles des autres élèves. Je suis évidemment tout à fait d’accord avec tout ce qui y est dit, mais j’ai trouvé certains discours un peu forcés.

Malgré tout, la sauce prend très facilement et on s’attache à eux, ils sont tous très sympathiques, ils forment une jolie bande avec des différences, des nuances, des caractères parfois opposés. Je n’ai pas pu m’empêcher de songer à Quatre filles et un jean, lecture de jeunesse où quatre amies se partageaient un jean, symbole de leur amitié et témoin de leurs vacances séparées (et d’ailleurs ce livre est évoqué par Joséphine !). J’ai eu plus d’affinités avec Clothilde et Mehdi car je m’identifie davantage à eux qu’aux six autres. La révoltée et féministe Clothilde, qui prend la parole en avant-dernier, m’intriguait depuis le début car je la trouvais moins présente dans les récits des six premiers que les trois autres filles. Solène, neuvième personnage, fil rouge du roman, de plus en plus présente, m’a également particulièrement touchée.

Après une année passée en leur compagnie, on ne peut qu’aimer ces huit adolescents qui apprennent à grandir, avec des coups durs, mais aussi le bonheur que leur procure leur amitié. Florence Hinckel nous propose ici un roman intelligent et féministe, bien qu’un poil didactique à mon goût. Difficile de ne pas se retourner pour revoir nos années collèges.

« – Et si on tenait un carnet de bord ?
Ils m’ont regardée comme si je descendais du mammouth.
– Ben oui, ai-je expliqué, comme un carnet de voyage. Le journal de notre troisième. Ça serait une sorte de témoignage qui nous rappellerait toute notre vie ce qui va nous arriver cette année. Ça va nous obliger à rester proches. Et je suis sûre qu’on restera toujours amis. »

Joséphine

« Tu sais, on ne peut pas mesurer la douleur. Tu vas peut-être souffrir plus en perdant ton chat qu’un autre en perdant sa grand-mère. On ne sait pas. Il n’y a pas de loi. Toutes les souffrances méritent d’être prises en compte. »
Clothilde

« En une soirée, j’avais souffrir deux filles à cause de ma bêtise. Il fallait que j’arrête de considérer les filles comme des tableaux destinés à distraire nos vies de garçons. »
Benoît

« Ça me changeait des minots de ma classe que je dépasse parfois d’une tête. Même s’il y en a des mignons, ce n’est pas possible avec eux. C’est super nul mais ça fait trop bizarre quand la fille est plus grande que son copain. Parce que, nous, on est censées être mignonnes, et tout ce qui est petit est mignon, enfin c’est ce qu’on dit. Et les garçons sont censés être fort, et ce qui est fort est grand, c’est aussi ce qu’on dit. Avec deux idées stupides, on élimine plein de possibilités, c’est comme ça. »
Sarah

« Mais un garçon qui a des bonnes notes, surtout en maths et en sciences, on l’encourage. On le croit tout de suite supérieurement intelligent. Une fille, on considère que c’est normal et que c’est simplement parce qu’elle est scolaire et attentive. De quoi décourager n’importe qui. »
Justine

Quatre filles et quatre garçons, de Florence Hinckel. Editions Talents Hauts, 2014. 570 pages.

S’accrocher aux étoiles, de Katie Khan (2017)

S'accrocher aux étoiles (couverture)Carys et Max n’ont plus que quatre-vingt-dix minutes à vivre. Dérivant dans l’espace, tentant par tous les moyens de sauver leur vie, ils regardent la Terre et se remémorent leurs souvenirs communs.

S’accrocher aux étoiles est avant tout une histoire d’amour. Autant dire qu’en découvrant cela, j’étais plutôt sceptique. Cela dit, même si j’ai été moyennement touchée par l’histoire de Carys et Max, je ne me suis pas ennuyée au cours de cette lecture (qui se lit vite, avouons-le). Ce qui m’a manqué est avant tout un attachement aux protagonistes. Ce couple est sympathique, mais pas marquant pour autant. Ils sont vraiment humains (avec des défauts et des qualités, sans capacité hors du commun), mais je n’ai pas tremblé pour eux. (La quatrième de couverture compare ce roman à Gravity, or ce film ne m’a pas fait davantage vibrer.)
Nous sommes directement plongés dans l’action, quand les deux astronautes constatent que leurs réserves d’oxygène s’épuisent, et c’est au fil du roman que des flash-back nous feront revivre leur histoire (avec toutes les étapes attendues : rencontre, séduction, conflits, réconciliations, etc.). Puisqu’ils sont dans l’espace et que leur champ d’action est relativement restreint, le roman est composé majoritairement de dialogues, leur permettant de se déclarer leur amour, de se disputer ou de se remémorer les bons et mauvais souvenirs. Cela donne aussi un côté léger au roman… qui n’est donc plus si dramatique !

Si l’histoire d’amour ne m’a que peu passionnée, j’étais curieuse – comme à chaque fois que je lis de la SF – d’en apprendre davantage sur ce futur qui – s’il ne fait pas rêver malgré ses rêves de perfection – collait assez bien avec notre présent : une guerre a détruit les Etats-Unis et le Moyen-Orient, l’Union Européenne a resserré les rangs pour donner naissance à Europa, l’humanité est perpétuellement connectée (du moins dans les pays suffisamment riches), la parité est totale (car je veux croire que l’on avance en ce sens !). Le cadre et les réflexions sur la guerre et les frontières, la religion et la foi, l’utopie et la loi, l’amour et le couple, ont bien davantage attiré mon attention que la relation entre Carys et Max !

Histoire d’amour et anticipation, un univers qui pose quelques questions, un roman sans prétention à mon goût dont j’ai particulièrement apprécié les trois dernières parties, intéressantes et bien construites, qui ont d’ailleurs été une petite surprise. Malheureusement, je ne peux rien dire…

 « Quand on vous dit que quelque chose vous est refusé, je pense que c’est dans la nature humaine de commencer à en avoir envie. »

« Après avoir pesé et comparé différents mode de vie, nous en choisissons un : tu ne crois pas que c’est ça, le sens véritable d’utopie ? Europia sentirait vite le rance si des gens comme moi ne remettaient pas de temps en temps en question le bien-fondé de certaines règles. Il vaut mieux être mort que cesser d’être curieux. »

S’accrocher aux étoiles (VO : Hold back the stars), Katie Khan. Editions Super 8, 2017 (2017 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Marie Hermet. 352 pages.