La parenthèse 9ème art – Elma, Monsieur Blaireau et Madame Renard, Bichon

Je vous propose trois séries de BD jeunesse qui sont toutes beaucoup trop mignonnes ! Attention, la lecture de ces ouvrages risque de vous faire craquer devant des bouilles bien trop adorables.

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 Elma, une vie d’ours (2 tomes),
d’Ingrid Chabbert (scénario) et Léa Mazé (dessin)
(2018-2019)

Elma est une enfant joyeuse, espiègle et râleuse qui vit dans la forêt avec un ours qu’elle considère comme son père. Mais celui-ci cache un secret : la fillette est promise à un grand destin et elle devra un jour rejoindre le village des humains. Or, ce jour approche et il est temps de se mettre en route.

Ce sont les magnifiques dessins qui m’ont attirée vers cette bande-dessinée en deux volumes. Lumineux, chaleureux, colorés, avec un petit côté géométrique entre ces petits points, ces traits et ces courbes, je suis totalement admirative et enchantée par le trait de Léa Mazé. Le bleu éclatant de la fourrure de l’ours et de la crinière d’Elma tranche harmonieusement sur les couleurs de la forêt automnale. Il y a de la vie, il y a du mouvement, il y a de la grâce dans ces dessins-là. J’avoue en avoir pris plein les yeux et ne pas avoir été déçue de ce côté-là.

Ce qui n’est pas entièrement le cas côté scénario. Ce périple met en lumière la relation tendre et taquine des membres de cette famille atypique et leur affection mutuelle est vraiment touchante tandis que la petite fille se révèle aussi adorable que son « père » est fascinant.
Cependant, j’ai trouvé l’intrigue un peu rapide et un peu creuse. Tout va si vide, et presque si facilement, que l’enjeu paraît assez élémentaire (en plus de l’aspect vu et revu du truc : la prophétie, la destinée salvatrice, le secret, l’adoption…).

Une version quelque peu revisitée du Livre de la jungle qui s’est révélée une très chouette lecture pour ses personnages sympathiques à la complicité attendrissante et surtout ses dessins sublimes. Dommage donc que la simplicité d’un scénario trop peu développé et la brièveté de ces deux tomes viennent contrebalancer cet enchantement.

Elma, une vie d’ours, Ingrid Chabbert (scénario) et Léa Mazé (dessin). Dargaud.
– Tome 1, Le grand voyage, 2018, 40 pages ;
– Tome 2, Derrière la montagne, 2019, 44 pages.

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Monsieur Blaireau et Madame Renarde (6 tomes),
de Brigitte Luciani (scénario) et Eve Tharlet (dessin)
(2006-2016)

Quand Madame Renarde et sa fille Roussette débarquent chez Monsieur Blaireau et ses trois enfants – Glouton, Carcajou et Cassis –, ce n’est pas la guerre à laquelle on pourrait s’attendre. Pourtant, quels points communs entre renardes et blaireaux ? Qu’importe, les enfants s’adoptent et les parents décident de vivre ensemble, ce qui annonce un quotidien plutôt mouvementé !

J’avais lu les deux ou trois premiers tomes de cette BD il y a fort longtemps et, quand je les ai vu à la bibliothèque, je me suis dit qu’il était temps, premièrement, de les relire et, deuxièmement, de lire la suite. Parce que j’avais beaucoup aimé à l’époque.
Et vous savez quoi ?
C’est toujours le cas.

Les six tomes de Monsieur Blaireau et Madame Renarde peuvent être conseillés pour de jeunes lecteurs. Peu de pages, grandes cases, bulles aérées, péripéties tendres et amusantes, amitié, famille… des thématiques qui ne sont pas sans rappeler les albums. C’est donc une bonne série pour mettre un premier pied dans le monde de la bande dessinée.

« Adorable » est un terme très approprié pour décrire ces histoires du quotidien. La fraternité, la famille recomposée, les différences, les concessions nécessaires à une cohabitation agréable, la solidarité, les rires et petits bonheurs, les dissensions, le partage, le respect… des thématiques tendres qui parleront à bon nombre d’enfants (et de grands aussi !). Si les intrigues restent toujours plutôt positives (les disputes ne durent jamais bien longtemps et il n’arrive rien de véritablement dramatique), il n’y a rien de niais ou de ridicule dans ces histoires. Les autrices ont su capter des moments très réalistes et touchants qui font peu à peu grandir nos jeunes protagonistes.

Les enfants sont vraiment attachants, chacun ayant leur caractère bien trempé. Roussette, énergique et courageuse ; Glouton, tranquille, manuel et gourmand ; Carcajou, intelligent, vif, parfois autoritaire ; et Cassis, le bébé qui grandit peu à peu (et qui est bien mignonne dans son attachement à ses frères et sa sœur adoptive). Ce joyeux mélange fait parfois des étincelles, mais leurs différences ne font que souligner leur affection réciproque tout en leur permettant de réaliser qu’elles font aussi leur force, leur permettant de s’adapter à bon nombre de situations.

Les illustrations sont particulièrement agréables et fournissent également une bonne dose de tendresse. Les dessins sont doux, bucoliques et joliment colorés. Aisément identifiable grâce à des caractéristiques propres, les personnages sont expressifs et leurs couleurs réciproques sont magnifiques (je n’y peux rien, j’ai adoré ce noir et blanc côtoyant ce roux si lumineux). Les aquarelles d’Eve Tharlet nous emmènent dans cette forêt idyllique avec ses clairières et ses cours d’eau que sublime le passage des saisons.

J’ai été une nouvelle fois sous le charme de cette série. Tant pour les histoires que pour les dessins, tant pour ces renardes que pour ces blaireaux. Ces BD, sous couvert d’anthropomorphisme, font écho à des situations tout à fait courantes dans lesquelles se reconnaîtront les jeunes lecteurs·rices. C’est tendre, c’est doux, c’est familial, c’est un joli coup de cœur !

Monsieur Blaireau et Madame Renarde (6 tomes), Brigitte Luciani (scénario) et Eve Tharlet (dessin). Dargaud. 32 pages
– Tome 1, La rencontre, 2006 ;
– Tome 2, Remue-ménage, 2007 ;
– Tome 3, Quelle équipe !, 2009 ;
– Tome 4, Jamais tranquille !, 2010 ;
– Tome 5, Le carnaval, 2012 ;
– Tome 6, Le chat sauvage, 2016.

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Bichon (3 tomes),
de David Gilson
(2013-2017)

Ce n’est qu’avec sept ans de retard que je découvre enfin Bichon, un garçon qui se fout de ce que pense les autres, qui se déguise en princesse, voue une admiration sans limite à Princesse Ploum, aux dessins animés et à Jean-Marc du CM2 et passe son temps à jouer et discuter avec les filles.

A l’heure où j’écris cette petite chronique, je n’ai pas encore lu le troisième tome des aventures de Bichon (de toute évidence bloqué chez quelqu’un qui ne s’est pas encore remis des fêtes et qui a oublié de le ramener à la bibliothèque), mais j’ai déjà fondu et refondu devant les deux premiers.

Bichon est ultra attachant. Il est ultra touchant. Il est attendrissant, joyeux, candide et naturel. Tellement lui-même, absolument unique et détaché du regard des autres qu’on ne peut que l’adorer dès le premier instant. Il ne se formalise pas de ce que les adultes et enfants autour de lui pense tant il est obnubilé par ce qui le passionne : un nouveau cartable rose (« En fait, c’est un rose plutôt mauve… ») l’enthousiasme tant qu’il ne prête pas attention à pourquoi sa mère est soudain en train de se battre avec une rabat-joie. Il ne comprend pas pourquoi certaines personnes voient ses goûts et ses passions comme un problème et il a bien raison. Voilà un petit bonhomme de huit ans dont on ferait bien d’écouter le message !

Autour de lui gravitent plein de personnages : sa mère bien décidée à laisser son Bichon s’épanouir, Mimine sa turbulente petite sœur turbulente, le fameux Jean-Marc, ses copines de classe, son chat Pilipili… Mais le monde est aussi peuplé de gens fermés à la différence, à l’instar de cette fameuse casse-pieds qui, de toute évidence, hante les supermarchés pour vérifier que filles et garçons vont bien dans leurs rayons ou la mère d’une de ses copines qui voit d’un mauvais œil ce petit garçon qui joue à la poupée. (Pour revenir sur une touche plus guillerette, il y a aussi de nombreuses héroïnes et héros de dessins animés que je me suis fait une joie de traquer au fil des pages ! Car notre ami Bichon n’est pas le seul à être féru d’animation.)

Portraits de la maman de Bichon, de ses amies Myriam et Agnès
et de son héroïne fétiche, Princesse Ploum.
(source : page Facebook de 
Bichon)

Bref, voilà des BD sensibles, drôles, pétillantes, aussi douces et lumineuses que le dessin de David Gilson ! Cependant, il ne faut pas oublier leur intelligence qui permet d’aborder des sujets actuels et importants : le respect des choix de chacun (que ce soit pour les jouets, les vêtements ou les amoureux), les stéréotypes de genre, la sexualisation des objets destinés aux enfants…

Bichon (3 tomes), David Gilson. Glénat, coll. Tchô !. 48 pages.
– Tome 1, Magie d’amour…, 2013 ;
– Tome 2, Sea, Sweet and Sun…, 2015 ;
– Tome 3, L’année des secrets, 2017.

Voilà, c’est déjà/enfin (barrez la mention superflue) fini !
Bonnes lectures à vous !

Spécial BD et romans graphiques : trois nouveautés de l’année 2019 #3

On se retrouve pour le dernier article BD de l’année avec mes trois dernières lectures du genre en date !

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In Waves, d’AJ Dungo (2019)

In Waves (couverture)Un roman graphique qui a énormément fait parler de lui cette année. Une histoire autobiographique d’amour tragique sur fond de surf.
Après Saison des Roses qui m’a embarquée dans le monde du foot amateur, voici un autre sport dont je ne suis pas plus familière (je ne suis familière d’aucun sport) : le surf. Et pourtant, l’histoire simplifiée du surf qui ponctuelle l’histoire personnelle de l’auteur m’a vivement intéressée. Elle accompagne le drame qu’a vécu AJ, le surf ayant été leur passion, à Kristen et lui. Ces chapitres instructifs empêchent de tomber dans le mélo, proposent des pauses bienvenues, et cette histoire d’amour et de maladie se révèle donc pudique et émouvante sans être trop tire-larmes. Cependant, au risque de paraître insensible, je dois avouer que je m’attendais à être davantage bouleversée, retournée, tourneboulée. Ce n’est pas vraiment le cas, j’en ressors simplement un peu mélancolique face à ce qui aurait pu être et le regret de ne pas avoir côtoyé Kristen un peu plus longtemps.
Je ne savais que penser du graphisme en feuilletant l’ouvrage, mais une fois dedans, les lignes fluides m’ont embarquée comme une vague. Les lignes pures sont d’une grande efficacité, transmettant aisément les émotions et nous poussant à tourner les pages (il faut avouer que les 366 pages de ce roman graphique s’avalent à toute vitesse). Les pages monochromes – tantôt bleues pour son histoire, tantôt brunes pour celle du surf – m’ont séduites, c’est un choix que j’apprécie généralement, et apportent une jolie douceur à ses planches. Un graphisme léger et apaisant pour une intrigue qui aurait pu être pesante.

Si ce n’est pas l’incommensurable coup de cœur auquel je m’attendais, c’est néanmoins un très beau roman graphique dont la sensibilité émane à chaque page, que ce soit par le biais du dessin épuré ou du texte parfois rare mais toujours précis.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

In Waves, AJ Dungo. Casterman, 2019 (2019 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Basile Béguerie. 366 pages.

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Les Indes fourbes, d’Alain Ayroles (scénario) et Juanjo Guarnido (dessin) (2019)

Les Indes fourbes (couverture)Une autre bande dessinée très attendue cette année – mais pas vraiment par moi puisque je n’ai encore lu aucune autre œuvre de l’un ou autre auteur bien que Blacksad soit dans ma WL depuis des années – et qui relate les  aventures picaresques de don Pablos de Ségovie, fripouille, voleur, menteur, tricheur, dans cette Amérique qu’on appelait les Indes à la recherche de la mythique El Dorado.

Une bande dessinée extrêmement chouette, ma foi ! Pablos, malgré (ou grâce à) tous ses travers, est un personnage haut en couleurs éminemment sympathique. Pour atteindre les sommets dont il, gueux de tous méprisé et par tous maltraité, il fait confiance à son intelligence et sa roublardise épate, amuse et passionne au fil de ce récit en trois chapitres. Chacun éclairant le précédent d’une nouvelle lumière, racontant plusieurs histoires en une, ils laissent le mensonge, la manipulation et la duplicité jouer un rôle crucial. Bourrée de rebondissements et de surprises, l’histoire rocambolesque est extrêmement prenante et l’on ne s’ennuie pas une seconde au fil des pages qui forment une œuvre, mine de rien, d’une jolie densité. J’en profite pour saluer la plume d’Ayroles : c’est terriblement bien écrit et la verve de Pablos se révèle absolument réjouissante.
Derrière cette couverture sublime qui semble être un véritable tableau, les aquarelles de Guarnido sont très belles. Entre les décors soignés et l’expressivité tout simplement irrésistible des personnages, je me suis régalée d’un bout à l’autre.

C’est truculent, c’est riche, c’est fascinant, c’est humoristique, bref, voilà une bande dessinée qui tient toutes ses promesses tant sur le plan scénaristique que visuel.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Les Indes fourbes, Alain Ayroles (scénario) et Juanjo Guarnido (dessin). Delcourt, 2019. 160 pages.

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Le dieu vagabond, de Fabrizio Dori (2019)

Le dieu vagabond (couverture)Eustis n’est pas un vagabond ordinaire : il est un satyre déchu, errant sur Terre depuis des siècles, regrettant les fêtes de Dionysos. Aussi, lorsqu’Hécate lui propose une quête pour réparer ses torts et retrouver sa vie d’antan, il n’hésite pas une seconde et part sur les routes, accompagné d’un vieux professeur et d’un fantôme en manque de gloire.

Le dieu vagabond est un roman graphique absolument sublime. En plus de styles graphiques détonants et de couleurs explosives, il est traversé par mille références artistiques : Hokusai, Van Gogh, Otto Dix, clins d’œil aux vases antiques ou à l’Art Nouveau, Lune éborgnée de Méliès, etc. Je suis sûre de ne pas avoir repéré la moitié des inspirations de Dori, mais en tout cas, je me suis régalée visuellement parlant.
Pour l’ancienne passionnée de mythologie que je suis, l’histoire est tout aussi séduisante avec ce côtoiement du divin et de l’humain, avec ces dieux et autres protagonistes de la mythologie grecque revisités : Arès en vieux soldat paranoïaque, Chiron en psychothérapeute des dieux spécialiste dans les troubles de l’adaptation… Si ce n’est pas le coup de cœur attendu – peut-être à cause d’un côté un chouïa décousu –, j’ai adoré suivre Eustis et ses acolytes dans leur épopée onirique et déroutante. J’ai adoré partir sous la Lune et les étoiles à la rencontre des paumés, des errants, des voyageurs, des « en quête de… ».

J’aurais du mal à vous parler de cette BD plus longtemps, c’est un voyage assez étrange mais toujours fascinant. Ne refusez pas à vos yeux le plaisir de contempler cet ouvrage résolument magnifique, légèrement philosophique et totalement insolite.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Le dieu vagabond, Fabrizio Dori. Sarbacane, 2019. 156 pages.

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Cette fois, c’est fini, promis !

Avez-vous fait de belles découvertes en BD ou romans graphiques cette année ?
Lesquelles ?

Bonnes lectures !

Spécial BD et romans graphiques : trois nouveautés de l’année 2019 #2

Et on continue la petite sélection… J’ai eu pitié de vous et j’ai finalement scindé l’article en deux pour ne vous présenter que trois romans graphiques.

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Saison des Roses, de Chloé Wary (2019)

Saison des Roses (couverture)L’équipe féminine de Rosigny-sur-Seine est bien plus forte que l’équipe masculine. Cependant, lorsque les subventions ne permettent d’envoyer qu’une seule équipe en championnat, c’est la seconde qui est choisie. Une sentence dont l’iniquité révolte Barbara, la capitaine des Roses, qui décide de tout faire pour changer les choses.

Premier constat : encore une fois, le dessin me rebute. Je lui reconnais une énergie et un dynamisme – également porté par un découpage varié des planches – qui sert l’histoire, mais cette colorisation au feutre est trop agressive pour moi et je n’adhère pas aux portraits tracés par l’autrice. Par conséquent, j’ai d’abord été très détachée, ayant du mal à rentrer dans l’histoire. Dans cet univers qui, en outre, ne m’attire pas. Mais peu à peu, insensiblement, je me suis retrouvée à me passionner pour la lutte contre un sexisme ordinaire menée par les jeunes footballeuses. On croise les doigts pour que leur talent finisse par être plus important que leur sexe ; on enrage contre l’injustice qui leur est faite.
Barbara ne se laisse pas marcher dessus, par rien ni personne : ni les responsables du club, ni les garçons, ni son histoire avec Bilal, membre de l’équipe masculine, et encore moins des critères de « féminité » ne peuvent la faire changer de qui elle est vraiment. Les filles ont leur place dans le sport et elle a bien l’intention de le démontrer de manière éclatante. Un personnage affirmé, tel qu’il est toujours agréable d’en croiser.
De plus, Barbara ne se bat pas seulement avec les chef·fes de son club : sa mère aussi est un obstacle à sa passion. Sa mère qui la voudrait plus féminine, plus attentive à l’école, plus concentrée sur son bac que sur sa saison. La passion qui se heurte à l’inquiétude d’une mère pour sa fille : deux sourdes aux préoccupations de l’autre.

En dépit d’un style graphique qui ne me plaît pas, les thématiques très actuelles et la manière dont elles sont abordées dans Saison des Roses en font un roman graphique intelligent, original et efficace.

Plus de planches sur le site des éditions FLBLB

Saison des Roses, Chloé Wary. Éditions FLBLB, 2019. 227 pages.

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Mécanique céleste, de Merwan (2019)

Mécanique céleste (couverture)

Un monde post-apocalyptique. Des communautés divisées. Une plus grande, plus forte, plus armée, qui veut annexer les plus petites. Une seule façon de leur échapper : gagner la Mécanique céleste.
Encore de la SF avec ce roman graphique aux allures d’Hunger Games mélangé avec à la balle au prisonnier. Je dois dire que j’ai beaucoup beaucoup beaucoup aimé !
Pour Aster, l’héroïne, une jeune paria et une pile électrique qui va forcer le monde à reconnaître ses talents et ses forces. Pour son humour, son énergie, son détachement, son intelligence, sa ruse.
Pour Wallis, alter ego paisible. Pour tous les autres personnages bien sympathiques.
Pour l’histoire simple et pourtant terriblement efficace. Captivante, tendre, drôle. Un ton souvent léger pour des enjeux vitaux.
Pour le dessin à l’aquarelle qui croque avec douceur les personnages, avec grandeur l’univers rétro-futuriste, avec énergie les parties de Mécanique céleste.
Et pour la mise en page soignée et vivante avec des cases de tailles variées – longues, petites, horizontales, verticales, sans bordure… –, des pleines pages superbes, des éléments qui sortent du cadre ou encore des onomatopées joliment présentes.
Le résultat est lumineux, sublime, et il ne faut que quelques pages pour être scotchée à cette histoire passionnante et à ces personnages charismatiques.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Mécanique céleste, Merwan. Dargaud, 2019. 199 pages.

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Les Zola, de Méliane Marcaggi (scénario) et Alice Chemana (dessin) (2019)

Les Zola (couverture)A côté de l’auteur des célèbres Rougon-Macquart, il avait aussi l’homme. L’homme amoureux. C’est cette facette d’Émile Zola que Méliane Marcaggi) et Alice Chemana nous proposent de découvrir.
Une histoire assez incroyable et touchante dans laquelle on découvre que l’auteur n’aurait peut-être jamais eu la reconnaissance publique qui était, qui est la sienne sans Alexandrine alias Gabrielle. Une femme qui le pousse à écrire pendant qu’elle les fait vivre, qui lui fait découvrir les milieux pauvres lui fournissant ainsi la matière à sa fresque sociale. Une femme que cette même œuvre a privé de la possibilité d’avoir un enfant. Une femme qui a montré par la suite un état d’esprit exceptionnellement ouvert envers la maîtresse de son mari et leurs enfants. Une femme qui se dessine comme étant l’héroïne de cette bande dessinée historique. Des histoires d’amour, de respect, d’admiration, portées par des aquarelles qui retranscrivent à merveille les ambiances et les émotions. Une plongée dans l’intimité du grand écrivain, quand, aux côtés d’Alexandrine et de Jeanne, Zola devient Émile.

Une BD étonnante – dont je n’avais pas entendu parler et qui m’a charmée alors que je n’en attendais pas grand-chose – qui nous plonge dans la biographie des femmes ayant entouré Zola et qui donne une irrépressible envie de se lancer dans ses romans.*

Le début de l’histoire sur le site des éditions Dargaud

Les Zola, Méliane Marcaggi (scénario) et Alice Chemana (dessin). Dargaud, 2019. 112 pages.

*C’était prévu en 2019, ça n’a pas été fait, mais c’est à nouveau un objectif pour 2020 : reprendre Les Rougon-Macquart au premier tome et les découvrir dans l’ordre tranquillement.

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A mercredi prochain pour les trois dernières bandes dessinées !

Il s’agit de trois titres qui ont plutôt bien fait parler d’eux cette année, à savoir In Waves, Les Indes fourbes et Le dieu vagabond.

Deux mini-chroniques : Le fusil de chasse de Yasushi Inoué et La vie en chantier de Pete Fromm

Deux mini-chroniques pour des livres qui n’ont rien à voir. Ni la taille, ni l’époque, ni le style… bref, ne cherchez pas. Leur seul lien, c’est la brièveté de mes critiques.

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Le fusil de chasse, de Yasushi Inoué (1949)

Le fusil de chasse (couverture)Trois lettres écrites par trois femmes et adressées au même homme. Au départ, un simple adultère. Au final, une fresque sur l’amour, la mort et le mensonge.

Trois lettres. Trois femmes écrivant à un homme. Racontant leur histoire, leur passé, leur relation avec lui et entre elles. A travers ces trois lettres écrites sans la moindre concertation, plusieurs facettes d’un même tableau se peignent peu à peu. Chaque femme dévoile sa version de l’histoire, ses détails, et l’histoire, anecdotique en elle-même, se complète progressivement.

Trois lettres pour dire l’amour, les regrets, la jalousie, la honte, la colère, la solitude… Les sentiments sont exacerbés, finement exprimés avec cette écriture imagée et raffinée – dans laquelle fleurs et saisons sont omniprésentes – que j’ai souvent retrouvée dans des textes japonais (du Dit du Genji aux Belles endormies par exemple).

Le texte a beau avoir soixante-dix ans, il n’en reste pas moins actuel. Les sentiments qu’il décrit sont ceux qui peuvent tournoyer autour de n’importe quelle histoire d’amour passionnelle, quelle que soit l’époque et le lieu.

Economie de mots, ce texte épistolaire se révèle court mais efficace pour cette fine analyse des relations humaines. Simple, poignant et délicat.

« Je pleurais parce que tout me semblait voué à un isolement triste, effrayant. Vous trois – Mère, déjà devenue une âme, et vous, et Midori – vous étiez réunis dans la même chambre, et chacun de vous avait ses pensées secrètes mais n’en disait mot. Quand je me représentais la scène, le monde des adultes me semblait intolérable, comme un monde de solitude, de tristesse et d’horreur… »

Le fusil de chasse, Yasushi Inoué. Le Livre de Poche, coll. Biblio roman, 2012 (1949 pour l’édition originale). Traduit du japonais par Sadamichi Yokoo, Sanford Goldstein et Gisèle Bernier. 88 pages.

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La vie en chantier, de Pete Fromm (2019)

La vie en chantier (couverture)Missoula, Montana. Taz et Marnie semblent promis à une vie heureuse : de l’amour et de la complicité à revendre, une maison en chantier qu’ils réhabilitent avec bonheur malgré leur petit budget, un bébé en route… Sauf que tout s’écroule lorsque Marnie meurt en donnant naissance à Midge. Si Taz est en miettes, il peut néanmoins compter sur son ami Rude, sur la mère de Marnie et sur Elmo la nouvelle babysitter pour l’aider à remonter la pente.

Pete Fromm est un auteur que j’aimerais croiser plus souvent au fil de mes lectures depuis mon immense coup de cœur pour Indian Creek. C’est donc enthousiaste que j’ai emprunté son dernier titre à la bibliothèque. Ce fut une agréable lecture, mais malheureusement pas aussi géniale et fascinante qu’Indian Creek. J’avais de telles attentes que je ne peux m’empêcher de me ressentir une immense déception et, de ce fait, je me contenterais d’une petite critique car la petite voix qui me chuchote que « Indian Creek était quand même mieux » risquerait de tout gâcher en se manifestant sans cesse.

Je suis partagée sur les portraits dessinés par Pete Fromm. Parfois, ses personnages ont su me toucher ; parfois, ils m’ont complètement laissé de marbre. J’ai en revanche été plutôt séduite par leur relation si empreinte de tendresse – et parfois de maladresse – envers Midge.
Ce qui m’a également un peu déçue, ce sont les chemins un peu faciles empruntés par l’histoire. C’est le genre de roman où l’on envie un peu le personnage d’être si bien entouré, qui nous fait espérer rencontrer de telles personnes un jour parce qu’aucune histoire ne peut mal finir avec des ami·es si dévoué·es (la dernière fois que j’ai éprouvé cette sensation, c’est en lisant Agnès Ledig histoire de connaître un peu ce qui plaît tant aux lectrices de la bibliothèque : autant dire que je ne pensais pas que Pete Fromm me rappellerait Agnès Ledig…). Le côté romantique de l’intrigue, dont l’issue se voit comme le nez au milieu de la figure, m’a également fait pousser quelques soupirs.

Cela reste néanmoins une jolie histoire de vie, sur ce qui fait le quotidien, sur le deuil, sur la force de reconstruction de l’être humain, sans pathos et passages trop tire-larmes. J’ai qualifié cette lecture d’agréable. Ce qui veut tout dire à mon avis. C’est-à-dire que ça se lisait bien, j’ai passé un bon moment, mais ce n’était pas non plus le livre qui me marquera durablement.

Mouais… j’ai beau ne pas avoir détesté cette lecture, j’ai quand même du mal à vous la vendre. Pour conclure, je vous conseille de lire Indian Creek (mais je suppose que vous l’aviez déjà compris).

« Au lieu des pins ponderosa sur la colline, des trembles sur la berge, de leurs feuilles sous l’eau encore dorées, constellant le barrage des castors, il voit des troncs calcinés se détachant sur le bleu glacial du ciel telles des pointes de lances noircies.
Même les peupliers ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, leurs doigts griffus se refermant sur du vide. La terre est carbonisée. Les étangs sont comme huilés, graissés. Il ne reste rien.
 »

La vie en chantier, Pete Fromm. Gallmeister, coll. Americana, 2019 (2019 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Juliane Nivelt. 380 pages.

Trois petits livres signés par trois auteurs que j’apprécie beaucoup : Gaiman, de Fombelle et Bottero

Un peu par hasard, je me suis retrouvée avec trois livres de trois auteurs que j’aime beaucoup : Neil Gaiman, Timothée de Fombelle et Pierre Bottero. Odd et les géants de glace, Céleste, ma planète et Tour B2 mon amour sont trois courts romans jeunesse que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.

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Odd et les géants de glace, de Neil Gaiman (2009)

Odd et les géants de glaceOdd, globalement, n’a pas beaucoup de chance. Plus de père, une mère réinstallée avec un gros bonhomme qui n’aime guère son beau-fils, une jambe en miette suite à un accident de bûcheronnage et voilà que l’hiver s’éternise, s’éternise, s’éternise… Il décide de partir du village sans se douter que son périple le fera côtoyer dieux et géants.

Avant son livre La mythologie Viking (que je n’ai pas encore lu), Gaiman avait déjà exploré ces contrées à travers une petite histoire. Un conte dans lequel un enfant vient en aide à Odin, Thor et Loki chassés d’Asgard par un géant de glace.
Ce n’est pas un Gaiman qui me restera en tête très longtemps. Ce serait même plutôt l’inverse. Attention, c’est une lecture très agréable, le décor prend vite forme – même s’il fait chaud dehors, on s’imagine aisément projeté au cœur de l’hiver –, les personnages sont sympathiques – même si je n’ai pas eu le temps de m’attacher à qui que ce soit – et l’on suit les péripéties sans déplaisir. Mais, contrairement à Timothée de Fombelle qui parvient en moins de pages encore à donner naissance à un récit puissant, Odd et les géants de glace se déroule trop facilement. Odd ne rencontre aucune difficulté et son aventure se déroule comme notre lecture, sans anicroche et bien trop rapidement. Le déroulé du récit est très classique et linéaire. J’aurais sans doute bien davantage accroché à cette histoire enfant, notamment pour l’aspect mythologique et la rencontre avec Loki, Freya et les autres.

Si j’aurais aimé une histoire plus approfondie, Odd et les géants de glace n’en reste pas moins un conte agréable que je conseillerais toutefois davantage aux enfants qu’aux adultes.

« Il était une fois un garçon nommé Odd, ce qui n’avait rien d’étrange ni d’inhabituel en ce temps et dans cette contrée-là. « Odd » signifiait « la pointe d’une lame », c’était un nom porte-bonheur.
Le garçon, en revanche, était un peu bizarre. C’était du moins l’avis des autres villageois. Bizarre, il l’était sans doute ; mais chanceux, certainement pas. »

« De l’écarlate retomba doucement autour d’eux, et tout fut souligné de vert et de bleu, et le monde fut couleur framboise, et couleur de feuille, et couleur d’or, et couleur de feu, et couleur de myrtille, et couleur de vin. »

Odd et les géants de glace, Neil Gaiman, illustré par Brett Helquist. Albin Michel, coll. Wiz, 2010 (2009 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec. 141 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Problème du Pont de Thor : 
lire un livre en rapport avec la mythologie nordique

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Céleste, ma planète, de Timothée de Fombelle (2007)

Céleste ma planèteJe préviens, je vais spoiler pour cette chronique !

Dans un monde ultra modernisé, avec des complexes commerciaux titanesques, des tours dans lesquelles les voitures sont garées à la verticale, des humains qui ne mettent plus le nez dehors et une planète en souffrance, notre héros va faire une découverte incroyable qui va tout changer. Il tombe amoureux de Céleste, une jeune fille très malade… qui souffre des maux infligés à la planète.

On retrouve immédiatement la patte « de Fombelle » dans ce très court récit vite avalé. Poésie est un mot qui revient très souvent pour parler des œuvres de Timothée de Fombelle et ce texte ne fait exception. Cette histoire d’amour cache en réalité un fort engagement écologique et nous interpelle sur les ravages causés à la Terre et à la nature. Une manière originale et onirique pour parler de pollution. Un petit roman très actuel qui fait passer un message fort par le biais d’une histoire efficace et immédiatement prenante.

« Chaque coup porté à notre Terre était reçu par Céleste.
Céleste ne souffrait de rien d’autre que de la maladie de notre planète.
Elle allait mourir à petit feu.
Son sang devait être pollué comme les mers et les rivières, et ses poumons comme le plafond de fumée de nos villes. »

Céleste, ma planète, Timothée de Fombelle, illustré par Julie Ricossé. Gallimard, coll. Folio junior, 2016 (2007 pour la première publication). 91 pages.

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Tour B2 mon amour, de Pierre Bottero (2004)

Tour B2 mon amour (couverture)De Bottero, je n’ai lu que ses trilogies – La quête et Les mondes d’Ewilan, Le pacte des Marchombres et L’Autre – ainsi que Les âmes croisées, premier tome qui, tristesse infinie, restera sans suite. Ses one-shots me restent donc à découvrir et je suis tombée sur Tour B2 mon amour totalement par hasard.

C’est l’histoire d’une rencontre. De la rencontre de deux mondes entre les tours bétonnées d’une cité. La rencontre entre Tristan qui y est né et y a toujours vécu et Clélia qui a dû y emménager par la force des choses. Alors que son décrochage scolaire, ses conflits avec sa mère et la pression des copains menacent de faire glisser le premier sur une bien mauvaise pente, la seconde débarque dans sa vie avec sa spontanéité, sa gentillesse et son amour des livres et des mots. Tout cela, ainsi que sa veste trop grande et son vocabulaire soutenu, font d’elle une extraterrestre, parfaitement ignorante des codes de la cité.

Je n’avais pas de grandes attentes pour ce livre, moins encore lorsque j’ai compris qu’il allait s’agir d’une histoire d’amour, mais la plume de Bottero a su me convaincre.
Certes, l’histoire en elle-même n’est ni inoubliable ni particulièrement originale. La relation des deux personnages est très mignonne et, peu à peu, on s’attache à eux, à leurs fragilités, à leurs rêves, à leurs différences. J’ai apprécié que les personnages restent des collégiens et que les drames de leur quotidien restent crédibles et réalistes. Bottero aborde des thématiques actuelles, mais sans rendre le récit trop pesant, sombre ou torturé.
Cependant, le point fort de ce roman reste cette magie, cette profondeur dans son écriture. Cette justesse des mots qui touchent à chaque fois au cœur. Cette façon de raconter les sentiments, les tempêtes qui agitent cœurs et esprits. Si Clélia est un personnage atypique et décalé que j’ai immédiatement adoré, Tristan m’a également touchée par les craintes et espoirs qui l’agitent : la peur du rejet, le poids du regard des autres, l’envie de se dépasser, le rêve d’un avenir plus radieux, les efforts pour s’améliorer, la sensibilité qu’il tente de cacher, les instants de liberté avec Clélia…

C’est un joli petit récit, empli de tendresse, d’espoir et de la violence des premières histoires d’amour.

« Et maintenant, il était paumé. Déchiré entre des pulsions contradictoires, il ne savait que penser. L’image de Clélia se superposant à celle de ses copains, les accents de sa voix, ses mots formant une cacophonie avec le langage de la cité, il ne savait qu’écouter. Son passé luttant contre un futur à peine esquissé, il ne savait que croire. »

Tour B2 mon amour, Pierre Bottero. Flammarion jeunesse, coll. Tribal, 2004. 150 pages.

Le Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare (1600)

Songe d'une nuit d'été (couverture)À l’heure où les elfes s’éveillent, les humains s’endorment, et il est demandé au spectateur, victime consentante, de croire à la communication improbable de ces deux mondes. Les uns habitent la cité, régie par une loi anti-naturelle et imposée ; les autres demeurent au plus profond des bois, lieu où les lois irrationnelles de l’amour ont libre cours. Thésée juge les amoureux, Obéron les réconcilie grâce à un philtre d’amour qui, tel une encre magique, engendre dans le cœur des amants, comme dans l’intrigue, des bouleversements baroques.
(Je ne me sentais pas d’écrire un résumé qui ne soit pas totalement débile, j’ai donc gaiement piqué celui de Livraddict.)

Ma première lecture de Shakespeare ! Pour laquelle j’ai été assez prudente puisque je me suis avancée en terrain (relativement) connu. Songe d’une nuit d’été est une pièce à laquelle on trouve de multiples références. Coucou Sandman, coucou Le cercle des poètes disparus. Et je l’ai aussi vu jouée au théâtre, même si j’en ai un souvenir assez brumeux. Bref, en gros, je connaissais plus ou moins l’histoire quand j’ai sorti ma brique – Œuvres complètes, je vous prie –, je me suis installée et me suis plongée dans ma lecture pour en ressortir la circulation coupée, mais le cœur ravi.

(Parce que mon livre ne ressemble pas à l’édition Librio ci-dessus, mais à cela 🙂

 

 

Le simple aspect onirique de la pièce me séduisait. La rencontre avec Titania, Obéron et Puck, évoluant non loin des mortels, un monde de rêves, de magie, de folie, un univers sombre et trouble dans lequel le suc d’une fleur peut rendre une personne éperdue d’amour pour l’être le plus repoussant. Un monde cruel parfois dans lequel Puck se délecte des disputes et des cruautés des humains tandis que Titania martyrise pléthore de petites bêtes (elle ordonne à plusieurs reprises à ses fées de « tuer les vers dans les boutons de rose musquée », « guerroyer avec les chauves-souris, pour avoir la peau de leurs ailes », « couper leurs cuisses [aux abeilles] enduites de cire » ou « arracher les ailes des papillons diaprés »).
(Les humains ne sont toutefois guère plus civilisés : entre Hippolyte violée par Thésée – même si ce charmant couple s’apprête justement à convoler en justes et heureuses noces, Thésée déclame « Hippolyte, je t’ai courtisée avec mon épée, et j’ai gagné ton amour en te faisant violence », tout un programme – et Hermia menacée de mort si elle n’épouse pas l’homme choisi par son père, y a d’la joie !)
Pendant une nuit mouvementée, mortels et fées seront tourmentés par l’amour. Ah, l’inconstance des sentiments ! Avec un apprenti Cupidon aux desseins peu recommandables, les promesses d’amour s’envolent à toute allure. Tandis que Titania tombe amoureuse d’un homme à tête d’âne, les jeunes Hermia, Héléna, Lysandre et Démétrius forment un quatuor dont les membres tantôt s’aiment tantôt se détestent et dont le sort se complique lorsque les lutins se mêlent de jouer avec leurs sentiments.

Mais surtout, je ne m’attendais pas à rire comme ça. Il y a un côté farce que je ne suspectais pas, du moins, je ne pensais pas qu’il serait aussi réussi. Il faut pour cela remercier la bande d’artisans désireux de monter une pièce de théâtre pour le mariage de Thésée et Hippolyte. Avec ces comédiens d’un jour, la répétition est déjà assez épique, mais la représentation le jour J est irrésistible. Entre la présentation qui résume tout, les acteurs qui explicitent les choix de costumes, les erreurs de textes, les craintes d’un homme du peuple d’effrayer une gente dame et par là d’y perdre la tête et les commentaires amusés de leur noble public, je n’ai cessé de rire de bon cœur. Chose très rare par ailleurs, d’où ma surprise : mon amusement lors d’une lecture se cantonne souvent à un sourire ou un bref éclat de rire. Félicitations, M. Shakespeare, vous m’avez donné un bon gros fou rire très apprécié !

Ne connaissant rien de Shakespeare, je m’arrête là, je ne me vois pas écrire une dissertation sur cette œuvre, plus accessible que prévu, qui m’a bien séduite par son étrangeté, son atmosphère chimérique et son humour totalement inattendu.

« Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, des fantaisies visionnaires qui perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre. »

Le Songe d’une nuit d’été, dans Œuvres complètes, William Shakespeare. Editions Famot, 1975 (1600 pour la première édition). Traduit de l’anglais. 24 pages.*
* Apparemment, certaines éditions font plus de cent pages, voire deux cents. J’ignore si c’est à cause d’un appareil critique développé, mais le nombre de page varie du tout au tout selon l’édition.

En bonus, quelques images de l’histoire « Le Songe d’une nuit d’été » tirée du volume 2 de Sandman :

 

 

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Emma, de Jane Austen (1815)

Emma (couverture)Orpheline de mère, Emma Woodhouse est une femme indépendante qui s’est mise en tête de marier Harriet Smith, une jeune fille réservée qui lui voue une admiration sans borne. Sauf que, de par son inexpérience et ses mauvais jugements vis-à-vis ce qui agite les cœurs et les esprits, Emma se heurte à bon nombre de déceptions jusqu’à se retrouver prise à son propre jeu.

Même si je trouve particulièrement difficile de chroniquer des classiques – que dire de plus ? –, ce sont des lectures que j’apprécie au même titre qu’un roman plus moderne. Aussi j’ai bien envie de partager cela avec vous et, qui sait, de faire naître quelques envies de lecture. Je souhaite à présent que ma tendance à la procrastination lorsqu’il s’agit de classiques disparaisse et qu’ils soient un peu plus présents dans mon quotidien de lectrice. J’ai lu bon nombre de classiques avant d’ouvrir le blog, ce qui explique leur relative absence parmi mes précédentes chroniques. Toutefois, entre les envies de découvertes et de relecture, nul doute qu’ils auront leur chance d’apparaître ici.
Longue introduction, excusez-moi, mais j’arrive enfin au sujet du jour : Emma.

Je dois avouer que je suis partiale sur le sujet car j’aime beaucoup les romans de Jane Austen (même si je n’ai pas tout lu car je n’ai encore jamais eu l’occasion de découvrir Northanger Abbey et Mansfield Park). Après avoir revu l’excellente mini-série BBC d’Orgueil et Préjugés, cette relecture d’Emma m’a semblé toute naturelle pour rester un peu plus longtemps dans l’univers austenien.
Si la société dans laquelle évoluent les personnages de Jane Austen n’aurait, si je devais y vivre, pas beaucoup de charme (les classes sociales, les histoires de fortune, de mariage, les bals, leur quotidien assez étriqué… tout cela ne serait guère ma tasse de thé), elle en acquiert étrangement bien davantage lorsque je la rencontre dans des livres. Je prends un plaisir non dissimulé à voir évoluer cette petite société de gens aisés, à étudier leur mode de vie et leurs petites habitudes.  Ces romans sont des fresques qui racontent une époque, un microcosme relativement fermé avec les codes, les loisirs, les joies et les soucis d’une classe sociale favorisée.
Nul besoin d’une action à cent à l’heure ; rencontres, malentendus, petites intrigues et mésaventures du quotidien me suffisent amplement. Le roman est bavard, certes, il prend son temps, mais c’est tellement fin et plein d’humour qu’il serait dommage de se priver !

Lire un roman de Jane Austen est toujours une occasion de se régaler avec les portraits mordants qu’elle dépeint chapitre après chapitre. Portraits psychologiques et non physiques.  Que le personnage soit fascinant, attachant ou horripilant, l’autrice s’attache à décrire mille petits gestes et regards, mille paroles, mille actions qui rendent les protagonistes particulièrement vivants.
Le soucieux Mr. Woodhouse, si préoccupé par sa santé et celle des autres, un malade imaginaire qui voit dans la moindre fenêtre ouverte un acte diabolique, mais qui est aussi si prévenant qu’on ne peut moquer son ridicule qu’avec gentillesse. L’insupportable Mrs. Elton, bruyante, sans-gêne, fausse, condescendante, convaincue de sa propre importance et du désespoir qui s’emparera tout un chacun s’il a le malheur d’être privé de sa compagnie : cette nombriliste est d’autant plus risible que l’on sait, nous lecteurs et lectrices, qu’elle n’est pas le personnage central et que c’est bel et bien cette Emma qu’elle déteste qui nous intéresse tant. Je ne vais pas m’arrêter sur tous les personnages, vous avez compris l’idée : je m’amuse beaucoup en lisant la plume acérée de Jane Austen.
Emma détonne par rapport aux autres héroïnes de Jane Austen (dans les romans que j’ai lus bien sûr) car elle est indépendante : elle n’a pas besoin de se marier pour assurer sa subsistance comme doivent le faire les sœurs Bennet ou Dashwood (Orgueil et Préjugés et Raison et Sentiments), son mariage n’est donc pas un projet pour elle. Emma est aussi une héroïne que l’on n’apprécie pas toujours. Elle aimerait écrire ses propres histoires, sauf que ses personnages sont ses ami·es qu’elle tente de marier souvent à tort et à travers. Elle est invasive, régulièrement sûre d’elle jusqu’à la prétention, alors qu’elle se trompe sur les sentiments des autres tout aussi fréquemment, ce qui conduit à bon nombre de malentendus. Elle est aussi très soucieuse des convenances et redoute particulièrement des alliances et relations dégradantes pour elle comme pour ses proches. Bref, elle est souvent agaçante (mais aussi drôle malgré elle). Malgré tout, Emma n’est pas une idiote et elle peut se révéler parfaitement responsable (notamment vis-à-vis de son père), il est donc difficile de la détester. De plus, ses erreurs successives la poussant à un peu plus de raison, elle ne fait que devenir de plus en plus attachante.

Jane Austen est une autrice que je ne peux que vous conseiller. Sa plume vive – dont le style soutenu ne nuit en rien à la fluidité du récit –, son ironie et la finesse psychologique de ses personnages font de ces livres de superbes moments de lecture. Grâce à Jane Austen (ou les sœurs Brontë, ou Elisabeth Gaskell), j’oublie bien volontiers mes réticences à lire des histoires romantiques.

« Emma continua de marcher, riant en elle-même des bévues que l’on est amené à commettre lorsqu’on ne connaît que partiellement une situation, et des erreurs dans lesquelles tombent souvent ceux qui nourrissent de hautes prétentions intellectuelles. Notre héroïne n’était cependant pas très satisfaite que son beau-frère l’ait crue aveugle et ignorante et qu’il ait jugé qu’elle pût avoir besoin de conseils. »

« C’est avec une intolérable vanité qu’elle avait cru pénétrer les pensées intimes de chacun et avec une intolérable arrogance qu’elle s’était crue autorisée à régenter la destinée d’autrui. Les événements prouvaient qu’elle s’était constamment trompée, et non contente de ne rendre service à personne, elle avait faire du tort à tous ses amis. N’avait-elle point causé le malheur d’Harriet, le sien, et c’était fort à craindre, celui de Mr. Knightley ? »

Emma, Jane Austen. Editions 10/18, 1996 (1815 pour l’édition originale. Christian Bourgois, 1982, pour la traduction française). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Josette Salesse-Lavergne.573 pages.

Challenge Voix d’autrices : une autrice classique