L’héritage de l’esprit-roi, de Claire Krust (2022)

L'héritage de l'esprit-roiAprès quelques semaines de silence dues à quelques événements dans ma vie (on en reparlera lors du bilan mensuel) et une longue coupure internet, me revoilà avec un livre lu il y a plusieurs semaines.

En effet, grâce à un chouette concours chez Snow du blog Bulle de Livre que je remercie sincèrement (et que je prie d’excuser le délai pour la parution de cette chronique), j’ai pu lire L’héritage de l’esprit-roi, un roman de fantasy qui nous plonge dans le Japon des XIIIe et XIVe siècles. Un Japon empreint de magie cependant dans lequel des onmyoji sont garants de l’équilibre entre les vivants et les créatures surnaturelles, à savoir esprits, fantômes, démons et autres dieux.
Parmi eux, Shynia, l’onmyoji impérial, un homme mystérieux à l’apparence mouvante et au passé inconnu. Or une enquête suite à une malédiction ayant frappé la fiancée de l’empereur va le replonger directement dans ce passé qu’il tentait d’occulter.

C’est un roman original qui change de la fantasy à laquelle je suis habituée. Certes, le cadre est médiéval avec des seigneurs, des combats entre clans, des histoires de classe, etc., mais ici, point d’elfes, d’ogres ou de nains. Kami, yokai (kitsune, oni, tengu…), fantômes… impossible de nier l’impression de plonger dans des estampes et dans les films d’Hayao Myazaki, Le voyage de Chihiro et Princesse Mononoke en tête, à travers la prolifération d’esprits et de physionomies ainsi qu’une étrange maladie qui transforme ces derniers en véritables monstres. Ainsi, en dépit d’un univers jamais rencontré en fantasy pour ma part, je n’ai eu aucune difficulté à visualiser les scènes, à faire naître des images des mots de Claire Krust.
L’univers est globalement bien développé, notamment la ville de l’esprit-roi – où se passe la majeure partie de l’histoire – avec les rêves qui lui ont donné naissance, son architecture et ses boutiques, mais aussi ses défaillances et ses abus. Le système de magie, utilisant des gestes, des mots et des écritures (tatouages, sceaux…), est intéressant, mais je regrette qu’il n’ait pas été davantage approfondi. On se représente comment ça marche, mais le tout reste flou, comme réservé à celles et ceux qui maîtrise la magie.

De la même manière que l’on voyage entre le monde matériel et spirituel, la construction oscille entre temps présent et flashbacks tandis qu’un esprit lié à Shinya – un shikigami – épluche les souvenirs de son maître. Une construction classique mais efficace qui permet de découvrir progressivement les secrets du puissant magicien. Le puzzle se met en place avec une grande fluidité et on ne regrette jamais de quitter une époque pour une autre, signe que Claire Krust a su me passionner avec toutes ses histoires parallèles.
J’ai apprécié la plume, belle et poétique, imagée et tranquille. L’autrice prend son temps pour poser les relations entre les protagonistes, les développer, les laisser mener leurs enquêtes et découvrir leur voie. Au-delà de l’intrigue autour de la malédiction, ce sont surtout les sentiments qui animent les personnages qui sont au cœur du récit. Portées par le devoir, la haine, l’amitié, la culpabilité, la rancune, les souvenirs et les histoires passées, leurs interactions sont riches et jamais figées.
Cependant, tous et toutes semblent à la fois réunis et séparés par la solitude qui les anime pour différentes raisons et leur parcours en viendra à interroger la notion d’équilibre, tant prônée par les onmyojis (sa pertinence, sa justesse en dépit de la partialité de tout un chacun, son coût, ses justifications…). Il y a donc un soupçon de mélancolie qui n’était pas pour me déplaire, soutenue par certains épisodes tragiques du récit.

Ce n’est pas tout à fait un coup de cœur, peut-être m’a-t-il manqué un petit peu de force émotionnelle, mais c’était une très bonne lecture avec un univers intéressant qui a vécu dans mon esprit tout au long de ma lecture et une ambiance très réussie.

 Encore merci Snow !

« Aujourd’hui, elle savait de quoi étaient faits les dieux et avait bien conscience de leur vanité. Combien d’entre eux écoutaient seulement la voix des humains et s’employaient réellement à protéger leurs récoltes, leurs villages et leur progéniture ? Combien de mortels suppliaient sans savoir que leurs kami avaient été chassés par un autre, qui se goinfrait de leurs offrandes en se moquant d’eux, sans jamais exaucer le moindre de leur vœu ? Pourtant les fidèles croyaient encore. Il fallait bien croire pour affronter le quotidien et les pertes. »

L’héritage de l’esprit-roi, de Claire Krust. ActuSF, 2022. 425 pages.

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7 réflexions au sujet de « L’héritage de l’esprit-roi, de Claire Krust (2022) »

  1. Oh mais tu avais tout le Temps qu’il faut pour le lire, ne te blâme pas pour le temps que tu as mis !
    En tout cas, je suis vraiment ravie que ça t’ait plu ! Et ravie d’avoir pu contribuer à la découverte 🥰

    • En fait, je l’ai lu très rapidement ! Je l’avais lu en septembre, dès que ma lecture en cours avait été terminée, et j’avais écrit la chronique dans la foulée. Sauf que je ne l’avais pas programmée et que je n’avais plus internet par la suite.
      Je sais bien qu’il n’y avait aucune deadline, mais vu que je l’avais lu et chroniqué, ça me faisait un peu rager de ne pas la publier ! ^^
      Encore un grand merci !

  2. Tu attises ma curiosité avec ce roman. Je n’ai pas souvent lu de romans sur le Japon médiéval, ce serait l’occasion. J’aime beaucoup la culture japonaise. Je note donc ce titre.

  3. Ping : Bilan livresque 2022 et souhaits pour 2023 | L'ourse bibliophile

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