La nuit des labyrinthes, de Sabrina Calvo (2020)

La nuit des labyrinthes (couverture)J’avais déjà entendu parler – en bien – de cette autrice (aux côtés des noms de Mathieu Gaborit et Fabrice Colin) et d’un de ses précédents romans intitulé Délius, une chanson d’été. La nuit des labyrinthes fait intervenir les mêmes protagonistes, à savoir Bertrand Lacejambe, botaniste, et son ami Fenby, elficologue amateur. Tels Sherlock Holmes et Dr Watson, tous deux mènent des enquêtes d’un genre un peu particulier.
Ce roman-ci nous entraîne à Marseille pendant la nuit de Noël 1905. Alors que la ville célèbre l’inauguration d’un pont hors du commun, nos deux amis se lancent à la recherche d’une fleur. Une fleur habituellement omniprésente et donc très banale, mais qui semble avoir déserté les rues de la cité phocéenne.

Je n’ai donc pas lu Délius, une chanson d’été. Les enquêtes sont globalement indépendantes, donc ce n’est pas forcément dérangeant, mais il est assez frustrant de ne pas avoir toutes les références que l’on sent être distillées ici et là. Je conseillerais donc clairement de tout de même commencer par le premier opus.

L’enquête proposée par ce roman n’est aucunement linéaire et prévisible. Non seulement elle touche au domaine de l’imaginaire, du fantastique, mais l’autrice se plaît également à jouer avec l’absurde. Le résultat est donc particulièrement confus. Si, au départ, j’ai su me laisser porter par cette imagination poétique et onirique, j’ai trouvé de plus en plus difficile de suivre la trame déroulée par l’autrice et je me suis retrouvée dans le flou total au milieu d’histoires de fleurs (disparues, mortes, à forme humaine…) totalement absconses et de scènes complètement burlesques et incompréhensibles.
Pourtant, l’atmosphère sombre, le personnage dépressif de Lacejambe, la folie et la poésie macabre qui semblait suinter de ce livre auraient pu me plaire. Si la plume de l’autrice se révèle onirique, elle nous entraîne davantage dans un cauchemar que dans un rêve. Cependant, de la même manière qu’un songe s’efface peu à peu au réveil, je ne suis pas parvenue à conserver en mémoire le fil de ce récit évanescent.
J’aurais aimé être hypnotisée par ce récit atypique, mais ma lecture s’est décousue (tant par désintérêt progressif que par la faute de sollicitations dans ma vie professionnelle et personnelle) et j’ai alors fini par me lasser de cette histoire sans queue ni tête et par abandonner toute envie de perdre davantage de temps sur un roman qui m’avait déjà totalement perdue. J’ai survolé la seconde moitié, lu la scène finale qui m’a semblé encore plus hallucinante, chimérique et déroutante que ce que j’avais déjà lu.

Même si elle n’a pas été un argument suffisant pour poursuivre ma lecture, la plume de Sabrina Calvo m’a totalement séduite : soignée, imagée, poétique, elle s’est révélée très joliment travaillée et dotée d’un riche vocabulaire.
En outre, avoir pour cadre la ville de Marseille m’a semblé fort sympathique. Bien que n’ayant aucun lien avec cette ville dans laquelle je n’ai jamais mis les pieds, j’ai trouvé agréable de partir pour une cité que je n’ai jamais croisée dans mes lectures (du moins, parmi les genres de l’imaginaire). Cela change de Paris, notamment.

L’absurde est toujours pour moi un genre sensible : je n’y suis pas forcément immédiatement réfractaire, mais je n’y adhère pas souvent. Or, en ce moment, j’ai besoin d’histoires un peu plus cohérentes, m’emportant rapidement dans leur univers et leur intrigue, je n’ai pas la concentration et l’énergie pour lutter et m’accrocher à un livre : ce roman s’est donc avéré totalement inapproprié dans mon état d’esprit actuel, mais il n’était pas inintéressant pour autant. En effet, La nuit des labyrinthes reste une expérience littéraire qui demande d’accepter de se laisser entraîner sur des chemins invraisemblables et obscurs.

Si vous aimez l’absurde, si vous êtes disposé·e pour une aventure improbable, peut-être que la rencontre avec ce titre sera plus agréable pour vous que pour moi.

Quant à moi, je n’exclus pas la possibilité de laisser un jour une chance à Délius, une chanson d’été et, s’il me convainc davantage, de retenter l’aventure avec celui-ci.

 « Et pourtant, jadis, il n’avait pas été fainéant. Quelque chose sur le chemin avait ouvert en lui un gouffre de supplice, un profond sentiment d’inutilité, physique et mentale. Une lassitude d’exister, une idée si précise de e qu’il fallait faire, inhibant toute originalité, toute volonté de créer hors d’un cadre. Il voulait tellement faire coller ce qu’il créait à ce qu’il pensait devoir créer qu’il finissait toujours par se perdre. »

La nuit des labyrinthes, Sabrina Calvo. Éditions Mnémos, 2020. 270 pages.

Le Cercle, T1, Elisabeta, de Rozenn Illiano (2017)

Elisabeta (couverture)Novembre 2014, une éclipse solaire obscurcit le monde et sème la zizanie au sein du Cercle, société millénaire regroupant les Immortels du monde entier. D’un côté, Saraï, Immortelle assignée à résidence, retrouve son don parapsychique jusque-là éteint ; de l’autre, Giovanna, Gemella (aka source de sang pour un vampire) se fait agresser par un Immortel et reçoit la vie éternelle. Ces événements les positionnent comme hors-la-loi aux yeux des règles de la société vampirique et menacent leur existence.
Au fil de l’histoire, qui se déroule sur moins d’une année, se dessine un plan, un puzzle improbable et complexe qui, d’un murmure de révolte, fait rêver à une révolution, appuyée par l’esprit d’une Reine déchue.

Chez Rozenn Illiano, j’avais déjà croisé des sorciers, des exorcistes, un Sidhe, mais je n’avais fait que croiser les Immortels au détour de la nouvelle Les Archivistes (18.01.16). Ce roman a donc été l’occasion d’en apprendre beaucoup plus et j’ai été totalement séduite par sa conception des vampires, ou plutôt des Immortels comme ils préfèrent être appelés.
Les vampires, cette espèce vue et revue… Pas forcément facile de proposer quelque chose d’original, mais l’autrice (pas forcément fan des vampires à la base) a mis l’accent sur la création d’une société fouillée et passionnante. Le roman nous amène à regarder des siècles en arrière et à découvrir l’histoire, la hiérarchie et la culture du Cercle. Le Cercle regroupe plusieurs notions : les Immortels, leur société et la magie du sang qui régit cette société. C’est un peu compliqué à expliquer comme ça, mais j’ai vraiment aimé cette magie unique qui coule dans les veines des Immortels et la façon dont elle s’articule avec leur organisation, leurs traditions, leurs lois.
La société vampirique est donc millénaire, archaïque et, sans surprise, gangrenée par des traditions et des lois conservatrices. L’idée a été vraiment creusée et l’on découvre peu à peu la déchéance des Immortels, l’affaiblissement de leur pouvoir, la mainmise de quelques Maîtres sur la gouvernance et l’établissement de lois liberticides. De plus, l’Église s’est immiscée dans les affaires des Immortels, imposant une restriction de leurs mouvements, de leurs droits, une obligation à rester cachés sous peine d’être traqués et annihilés : souvent farouche opposante des « forces diaboliques », l’Église se fait ici complice. Loin des vampires vacant à leurs occupations en tout impunité, jouant de leur force voire de leurs pouvoirs surnaturels, les Immortels de Rozenn Illiano sont soumis à des règles strictes et injustes, notamment pour les femmes obligées de se marier. (Évidemment, société archaïque + intervention de l’Église + hommes jaloux du pouvoir des femmes = pas bon pour ces dernières.)
Côté biologie, les Immortels d’Elisabeta sont très intéressants aussi. Pas de vampires « végétariens » ici, ils se nourrissent bien de sang humain ; et certes ils sont inhumainement beaux. En revanche, leur « âge » (depuis leur transformation) a un véritable impact sur la gestion du manque de sang, sur leur tolérance à la lumière, sans parler du fait qu’eux aussi connaissent un vieillissement ! Se nourrir n’est pas une opération langoureuse, agréable et pseudo-sexuelle, mais donne plutôt lieu à un comportement de junkie et à des souffrances pas piquées des hannetons : ça résonne comme une bonne malédiction et on ne les envie pas vraiment. Je vais m’arrêter là, mais il y a encore plein de choses à découvrir au sujet de ces Immortels-là : leur surprenante pulsion autodestructrice, leur déclin physique et psychique, leurs prophéties, l’impact de la leucémie dont souffrait Saraï de son vivant… Quoi qu’il en soit, sachez qu’être un vampire chez Rozenn Illiano n’est pas synonyme de vie libre et tranquille !

Cependant, les romans de Rozenn Illiano sont tout à fait contemporains. Celui-ci se passe en 2014-2015 et l’univers – au-delà de cette société ancestrale et ritualisée – s’inscrit dans notre monde. La plume se fait protéiforme : touchant parfois à la poésie à travers des descriptions fortes et délicates, plaçant un vocabulaire très moderne dans la bouche des personnages. Ces derniers trouveront des échos en nous : si on s’attachera à la fougue et la colère de Giovanna ou à la compassion et l’intelligence de Saraï, tous les autres personnages, aussi secondaires et esquissés soient-ils, se révèlent intéressants, subtils et justes.
Elisabeta est donc un récit à deux voix. L’alternance des voix permet un dynamisme, un rythme enlevé, qui donne envie de tourner les pages pour connaître la suite des péripéties de nos deux héroïnes (et de la galaxie de personnages gravitant autour d’elles). C’est une histoire très efficace et prenante qui nous balade entre l’Italie et la France, de Paris à la Bretagne et, si elle paraît parfois un peu trop facile pour nos protagonistes, il y a tellement de richesse autour que je ne me suis pas senti frustrée pour un sou.

L’autrice adopte également un procédé original concernant la fin du roman. Comme vous le savez peut-être, ses romans sont tous liés entre eux, faisant partie d’un univers commun, du Grand Projet, mais restent totalement indépendants les uns des autres. Ainsi, le roman se finit sur un épilogue classique qui fait que vous pouvez en rester là. Mais, Elisabeta s’achevant un jour très spécial, essentiel dans la chronologie du Grand Projet, s’ajoute ensuite une seconde fin qui annonce la suite des événements, à découvrir dans d’autres romans. J’ai trouvé l’idée intéressante, permettant aux uns de s’en tenir là, aux autres de continuer l’aventure.

Une immortalité entravée, pliant sous le poids des règles, des restrictions et des obligations. Des jeux de pouvoirs et une quête de liberté. Trois femmes fortes aux caractères bien distincts qui pourtant se retrouvent pour lutter pour leur survie et contre une société injuste et patriarcale. Un roman au contexte et aux personnages fouillés et captivants. Une lecture réjouissante qui m’a donnée envie de lire la suite, Sinteval !

« Nous nous découvrons si semblables et si différents après notre transformation… une version parfaite de nous-mêmes, sans aucun défaut, mais si froide et hautaine. Nous oublions vite ce reflet d’autrefois dans le miroir, disparu à jamais. En nous transformant, nous disons au revoir à notre humanité, aux échos de normalité que nous possédions auparavant, et à la lumière. Nous nous cachons dans les ombres de l’Histoire, invisibles aux mortels. Nous n’avons plus grand-chose à voir avec ces êtres légendaires dont je rapporte l’existence dans mes registres ; à présent, nous ne sommes plus que des monstres domestiqués, des prédateurs mis en cage. »

Le Cercle, T1, Elisabeta, Rozenn Illiano. Oniro Prods (auto-édition), 2017. 500 pages.

Challenge de l’imaginaire 2019

Challenge de l'imaginaire (logo)

Encore un challenge ?!
Ben oui ! Je reconnais qu’ils ont tendance à s’accumuler un peu trop en ce moment. Mais que voulez-vous ? Primo, j’adore jouer avec mes livres, avec les auteurs et les autrices et les challenges m’amusent donc pas mal. Deuxio, ayant actuellement une grosse soif de SFFF, de mondes imaginaires et d’évasion, je ne pouvais que répondre présente au Challenge de l’Imaginaire organisé par Ma lecturothèque !

De plus, il faut savoir (ou pas, vous vous en fichez probablement) que je ne vis jamais les challenges comme une obligation. Ils sont parfois incitatifs (comme le Tournoi des trois sorciers qui a motivé ma relecture de L’Héritage), mais même ainsi, ils ne font qu’encourager une envie de lecture déjà bien présente en moi, mais pour x raisons sans cesse repoussée.
(Par exemple, j’espère que ce défi me permettra de franchir le cap et de me plonger dans La Belgariade de David Eddings qui dort dans ma PAL depuis deux-trois ans.)
Ainsi, au pire, je vois au fil de mes lectures si un challenge peut leur être associée (et si ce n’est pas le cas, tant pis) ; au mieux, le challenge stimule et pimente mes lectures. Tout bénéf’, pas de pression !

C’est bien beau, tout ça, mais les règles ?

♦ Le but du challenge ♦

L’objectif de ce challenge est de lire et de chroniquer des ouvrages appartenant à la littérature de l’Imaginaire (sans blague ?), à savoir :

  • la Science-Fiction
  • la Fantasy
  • le Fantastique

(avec leurs sous-genres comme la dystopie, la bit-lit etc.).

Les ouvrages peuvent être des romans, des nouvelles (anthologie complète), des essais, des mangas, des bandes dessinées, des comics (super-héros ou non, tant que ça reste dans le domaine de l’imaginaire), des magazines spécialisés comme Bifrost qui propose un contenu textuel (par exemple je ne tiendrai pas compte de Neverland qui est plus un magazine de promotion des titres de l’éditeur Bragelonne)… (en format papier ou numérique).

Vous devez atteindre l’échelon que vous vous êtes fixé (avec la possibilité de changer d’échelon au cours de l’année) et respecter la catégorie choisie.

♦ Timeline du challenge ♦

Démarrage du challenge : 1er janvier 2019
Fin du challenge : 31 décembre 2019
Fin des inscriptions : 1er février 2019

​♦ Les échelons ♦

En début de challenge, vous choisissez un échelon. Celui-ci détermine le nombre minimum d’ouvrages que vous devrez lire et chroniquer pendant le challenge. Vous pouvez changer d’échelon au cours du challenge.

Échelon 1 : Atterrissage dans l’irréel – au moins 12 livres
Échelon 2 : Petit pas dans l’ailleurs – au moins 24 livres
Echelon 3 : Plongée dans l’inconnu – au moins 36 livres (je commence humble > atteint : changement d’échelon)
Échelon 4 : Immersion dans le vide – au moins 48 livres
Échelon 5 : Absorption dans l’étrange – au moins 60 livres
Échelon 6 : Fusion dans l’utopique – au moins 72 livres (nouvel objectif annuel)
Échelon 7 : Je lis donc je chronique – au moins 100 livres
Échelon 8 : Synchronisation avec la page – au moins 130 livres

​​♦ Les catégories ♦

L’idée est qu’en plus de votre échelon, il vous faut ajouter une difficulté (ou non) en choisissant une des catégories qui suit.

Catégorie A : Ange gardien de la Simplicité – Le challenge reste comme il était jusque-là, à savoir tous les supports sont acceptés et vous lisez tous les genres des lectures de l’imaginaire.
Catégorie B : Cerbère des Mots – On bannit les BDs et les mangas, la place est réservée aux romans uniquement. Tous genres confondus.
Catégorie C : Dragon de la Multidisciplinarité – Vous devrez choisir un genre en début de challenge entre la Fantasy et la SF. Ils ont tous deux des sous-genres, dans cette catégorie vous devrez lire un livre par sous-genre. (Voir la liste sur le blog de Ma lecturothèque)
Catégorie D : Elfe de l’incontournable  – Vous lirez ce que vous voudrez durant ce challenge dans le genre que vous voulez MAIS il vous sera obligatoire de lire 3 livres écrits par des auteur.rice.s que l’on qualifie de « classiques » de l’imaginaire. Les incontournables quoi. Pour ma part, j’envisage de lire Alain Damasio, Aldous Huxley, David Eddings, J.R.R. Tolkien et Neil Gaiman.

 Après chaque chronique, celle-ci sera validée quand son lien aura été mis dans la Chrobox !

♦ Liste de mes lectures ♦
71/72
(+ 2 livres dont les chroniques seront publiées en 2020)

Romans

BD/comics/romans graphiques

Albums

Essais

Bonnes lectures !
(Et si vous souhaitez participer, c’est chez Ma Lecturothèque que les choses se passent !)

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