Contes et légendes inachevés, de J.R.R. Tolkien (1980, ouvrage posthume)

Contes et légendes inachevés (couverture)(Je dois dire que j’ai du mal à écrire ce titre correctement, j’ai toujours envie de mettre –ées à la fin. Ce serait tellement plus joli et agréable en appliquant la règle de proximité…)

Dans cette intégrale sont réunis les textes concernant le Premier Âge (pour en savoir plus sur Tuor et Gondolin dont parlait déjà Le Silmarillion ou sur les enfants de Húrin), le Second Âge (pour partir sur l’île de Númenor et rencontrer Galadriel et Celeborn bien avant les événements du Seigneur des Anneaux) et le Troisième Âge (dont les textes compléteront Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux : on découvrira, par exemple, les virulentes protestations de Thorin quant à inclure Bilbo dans leurs plans et son mépris initial pour le Hobbit et le périple des Nazgûls lorsqu’ils partirent en quête de l’Anneau). Enfin, une quatrième partie apporte des précisions intéressantes sur les Drúedain, les Istari (les Mages dont Gandalf et Saruman font partie) et les Palantíri.

Après Le Seigneur des Anneaux, Le Hobbit, Le Silmarillion et une biographie de Tolkien, je poursuis ma découverte de l’œuvre de l’écrivain. Comme Le Silmarillion, ce livre a été publié par son fils, Christopher Tolkien, qui a annoté et parfois remis en forme des histoires écrites par son père. Si les textes présents dans ce recueil répètent parfois ce qui a été dit dans d’autres livres, c’est loin d’être systématiquement le cas. Au contraire, ils étoffent les aventures narrées ailleurs, s’offrent le temps de contempler un paysage, de détailler des relations entre les personnages. Bref, ils sont souvent contemplatifs et rebuteront probablement les lecteurs et lectrices qui n’aiment guère se perdre dans des détails.
Ce n’est donc pas un ouvrage romancé de A à Z : il y a parfois de simples fragments, encadrés, complétés et expliqués par des commentaires de Christopher Tolkien. Tout au long du roman, j’ai imaginé le bureau de Tolkien, des feuillets partout, des débuts d’histoire dans un carnet, un approfondissement dans un autre, une version par-ci et une version par-là, et son fils au milieu de tout ça, tentant de rassembler le tout.
Je dois dire que ce livre commence à devenir pointu. Des prérequis sont nécessaires : il faut avoir lu Le Seigneur des Anneaux et Le Silmarillion (et un peu Le Hobbit) pour ne pas être largué·e. D’ailleurs, si je commence à connaître plutôt bien Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit, ce n’est pas le cas du Silmarillion et je me suis réjouie que mon unique lecture de ce dernier ne soit pas trop ancienne car, autrement, j’aurais été totalement perdue (j’ai malgré tout dû y rejeter un ou deux coups d’œil).
La lecture est donc moins fluide et il est plus difficile de s’y plonger comme on s’immerge dans un roman. D’où le fait que j’ai pris mon temps, entrecoupant ma découverte de l’histoire de la Terre du Milieu par des excursions dans d’autres univers.

S’il est moins aisé de prime abord, il n’en reste pas moins impressionnant comme toujours lorsque l’on parle de Tolkien. Il aborde ici des considérations étymologiques, chronologiques, historiques, linguistiques, généalogiques, géographiques (et sûrement plein d’autres –iques auxquels je ne pense pas). Tolkien me fascine toujours davantage.
Il savait qu’à tel endroit le sentier était en pente, qu’à tel autre la rivière s’évasait un petit lac avant de repartir en bouillonnant, etc. Sous sa plume – dans le texte comme dans les extraits de lettres parfois rapportés – la Terre du Milieu semble être un vrai pays qu’il aurait mille fois parcouru jusqu’à le connaître par cœur. C’est sans doute le cas, mais en esprit seulement.
Encore une fois, il nous prouve qu’aucun élément n’est laissé au hasard et que tout est explicable. L’une des notes (il y a beaucoup de notes dans cet ouvrage, il ne faut pas y être allergique) reprend une lettre de 1956 dans laquelle Tolkien écrivait : « Dans Le Seigneur des Anneaux, il n’est presque jamais fait référence à quelque chose qui n’ait pas son existence propre (en tant que réalité d’ordre secondaire, ou sous-jacente à la création) (…) Les chats de la Reine Berúthiel et les noms des deux autres mages (avec Saruman, Gandalf et Radagast, ils étaient cinq) sont les seules exceptions qui me viennent en mémoire. » Sauf que Christopher Tolkien nous fournit l’histoire de la Reine Berúthiel qui existait malgré tout, griffonnée comme simple ébauche. Alors je n’ai pas relu Le Seigneur des Anneaux pour vérifier la véracité de cette information – d’autant que je n’ai pas connaissance de tout ce que Tolkien a écrit sans que ce soit publié – mais ça montre une nouvelle fois la profondeur de l’univers auquel il a donné vie.
Je pourrais encore disserter là-dessus parce que je n’ai pas parlé des noms pour lesquels il semblait à chaque fois avoir une explication étymologique (sachant qu’un certain nombre de personnages en ont plusieurs), qu’il passe du sindarin au quenya en allant se référer au vieux norrois ou à une autre langue morte, comme si s’était d’une évidence absolue. Mais je ne vais pas vous réécrire le livre simplement pour vous faire comprendre mon admiration.

Contes et légendes inachevé(e)s est un ouvrage passionnant, mais qui plaira avant tout à celles et ceux qui ont lu les autres romans de l’écrivain et qui, inlassables curieux, souhaitent en savoir toujours davantage, faute de pouvoir visiter la Comté, le Gondor ou la Lórien par leurs propres moyens.

 Un point négatif tout de même en rien imputable aux Tolkien, père et fils : les erreurs dans la traduction. Comme dans tous les livres de Tolkien que j’ai lus à présent, celui-ci est truffé de coquilles et de fautes. Aargh ! On ne parle pas d’une coquille parmi les cinq cents pages, non, c’est fréquent et horripilant. Des noms de personnages sont parfois mélangés ! (Ce qui, pour le coup, sont peut-être des erreurs déjà présentes dans la version originale.) Il faut avoir l’esprit alerte en s’y plongeant pour ne pas se faire avoir par ces aberrantes erreurs. C’est une déception sans cesse renouvelée mais qui me laisse systématiquement abasourdie. Il me semble qu’un auteur de la stature de Tolkien, lu comme Tolkien l’est, mériterait un peu plus de soin dans le travail d’édition. Je ne comprends absolument pas.

Contes et légendes inachevés, intégrale, J.R.R. Tolkien, Christopher Tolkien (introduction, commentaire et cartes). Pocket, 2014 (1980 pour l’édition originale. Christian Bourgois, 1982, pour l’édition en grand format). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Tina Jolas. 526 pages.

Challenge de l’imaginaire
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D’autres articles sur Tolkien : 

Le Silmarillion, de J.R.R. Tolkien (1977, ouvrage posthume)

Le Silmarillion (couverture)Après mes lectures du Seigneur des Anneaux et de la biographie de Tolkien par Humphrey Carpenter, j’ai poursuivi l’exploration de cet univers incroyable avec Le Silmarillion. Il a longtemps traîné sur mes étagères, j’avais entendu dire qu’il était particulièrement fastidieux à lire et je craignais d’être déçue. Ça n’a pas été le cas DU TOUT.

Le Silmarillion est composé de plusieurs récits qui commencent à la création du monde et courent jusqu’au départ des derniers Elfes :

  • « Ainulindalë » raconte la création du monde par Eru Ilúvatar et les Ainur et comment certains des Ainur descendirent sur la terre et prirent le nom de Valar ;
  • « Valaquenta » présente les quatorze Reines et Seigneurs de Valar, les Maiar, puissances de degré moindre qui les accompagnèrent, ainsi que leur grand ennemi, Melkor, aussi connu sous le nom de Morgoth ;
  • « Quenta Silmarillion » constitue la plus grand part du livre et relate l’arrivée des Elfes et des Humains, la création des Silmarils et tous les malheurs qu’ils engendrèrent ;
  • « Akallabeth » détaille les événements qui conduisirent à la chute de Númenor ;
  • « Les Anneaux de Pouvoir et le Troisième Âge » narre la prise de pouvoir de Sauron, lieutenant de Morgoth et résume la guerre de l’Anneau.

A travers ce livre – Tolkien ne parvint jamais à s’atteler sérieusement à sa révision et il fut donc publié à titre posthume par son fils comme cela avait été décidé –, c’est toute la mythologie de l’univers de Tolkien qui se déploie. C’est un livre de contes et de légendes, anthologie des histoires que les habitants de la Terre du Milieu se racontent le soir. Ce n’est pas vraiment un roman comme Le Seigneur des Anneaux ou Bilbo le Hobbit.

Ainsi je ne me suis pas véritablement attachée aux personnages. J’ai parfois eu une pincée d’affection pour certain·es, mais au final, j’étais assez détachée – quoique intéressée – de leur sort. Parce qu’ils sont nombreux, mais surtout parce qu’ils sont inaccessibles. Trop beaux, trop grands, trop nobles. Mythologiques. Globalement, tout semble très facile pour eux (sauf abattre Morgoth) et je n’ai pas eu le temps de trembler pour eux. En outre, il y a cette idée omniprésente de destinée. Les personnages ne semblent pas pouvoir échapper au chemin qui leur est tracé et malédictions, prophéties et autres prédictions pleuvent sur eux et annoncent leur futur.
Je comparerais ça avec les histoires de la mythologie grecque par exemple. J’ai toujours adoré ça, mais je ne me suis jamais sentie proche des grands héros comme Héraclès, Thésée, Jason ou Persée, je n’ai jamais eu peur pour eux et leur destinée semblait souvent bien écrite entre les mains des divinités de l’Olympa.

Toutefois, ce constat ne m’a pas empêchée d’adorer cette lecture. J’ai été ravie de trouver des réponses aux multiples questions que l’on peut se poser en lisant Le Seigneur des Anneaux : qui est Elbereth et Elendil et Eärendil et Luthien et Húrin ? qui était Morgoth ? qu’y a-t-il à l’Ouest des Terres du Milieu et où partent les Elfes ? comment survint la chute de Núménor et comment fut sauvé l’Arbre Blanc ? Tout cela est absolument fascinant !
A vrai dire, je ne sais pas si j’aurais autant aimé ce livre sans ma relecture du Seigneur des Anneaux. Le Silmarillion est venu compléter les histoires superficiellement abordées dans ce dernier. Ou alors, je pense qu’il faut vraiment l’aborder comme un livre de mythologie et non comme un roman.
En outre, certains épisodes sont grandioses. Les éléments déchaînés lors de la chute de Númenor, le remodelage du monde par Eru Ilúvatar, l’orgueil des Humains face à la colère des divinités… L’orgueil. Il est omniprésent, celui-là. L’orgueil des Humains, l’orgueil des Elfes, l’orgueil des Valar. Vanité et folie, rêves de puissance et de richesse, fourbement encouragés par les paroles perfides de Morgoth, conduisant à leur perte tous ceux qui y succombent. La perpétuelle lutte contre le Mal, combat qui semble vain – quand on a affaire à des êtres aussi faibles que les Humains, mais les Elfes ne sont pas toujours irréprochables – et qui, pourtant, trouve toujours quelqu’un pour reprendre le flambeau.

J’avais entendu dire qu’il était quelque peu aride à la lecture : verdict ? Pas de mon point de vue. La lecture fut fluide et j’ai dévoré les épisodes les uns à la suite des autres, avides d’en savoir davantage. Après, n’oublions pas que c’est signé Tolkien, grand amoureux des langues et des noms propres.
Certes, au début, les noms de Valar jetés ici et là perturbent un peu, j’ai même fait une liste pour retrouver en un clin d’œil qui « gère » quoi, mais finalement, les choses entrent assez vite en tête et Manwë devient synonyme de seigneur de l’air et de tous les Valar, Yavanna des plantes et de la vie sur Terre, Aulë de la terre, Varda des étoiles, Nienna des souffrances, Ulmo de l’eau, etc. Pas plus compliqué que de retenir les divinités grecques.
Certes, il n’est pas difficile de se perdre parmi les noms de peuples elfiques, différents en fonction de leur origine ou de leur lieu de résidence, ce qui nous donne les Eldar, les Avari, les Vanyar, les Noldor, les Teleri, les Calaquendi, les Moriquendi, les Sindar… et ça continue.
Certes, Tolkien nous assomme parfois avec ses lieux aux cinquante noms dans cinquante langues (Andor, le Pays de l’Offrande = Elenna, la Route de l’Etoile = Anadûn, l’Occidentale = Númenorë) et avec ses généalogies sans fin. Un exemple ? « Hador eut deux fils, Gador et Gundor, les fils de Galdor furent Húrine qui engendra Túrin, le Fléau de Glaurung, et Huor qui engendra Tuor, père d’Eärendil le Béni. Brégor fut le fils de Boromir et eut deux fils, Bregolas et Barahir, et Bregolas engendra Baragund et Belegund. Morwen fut la fille de Baragund, la mère de Túrin, et Rían fut la fille de Belegund, la mère de Tuor. Mais le fils de Barahir fut Beren le Manchot, celui qui gagna l’amour de Lúthien, la fille du Roi Thingol, et retourna d’entre les Morts et d’eux furent issus Elwing épouse d’Eärendil et tous les Rois de Númenor qui suivirent. » Pfiou. Sacré morceau.
Ça fait peur, non ? Je vous rassure, c’est plus simple lorsqu’on lit tout le livre – et pas uniquement les passages les plus arides (qui ne sont pas si nombreux en réalité) – et qu’on côtoie un peu plus longtemps tous ces protagonistes. Et si on se mélange malgré tout (je ne mentirais pas, ça arrive), les annexes – arbres généalogiques, carte et index des noms propres – sont d’une aide fabuleuse pour y voir un peu plus clair.

Donc ne vous laissez pas effrayer par mon dernier paragraphe, ce n’est pas si effrayant. Au contraire, ma lecture fut particulièrement agréable (et je pense que c’est un livre qui transporte ou rebute, à vous de voir de quel côté de la frontière vous êtes). Le Silmarillion est un livre de contes et de récits mythologiques absolument fascinants qui confirment la profondeur de l’univers créé par Tolkien.

« Alors Fëanor fit un serment terrible. Ses sept fils sautèrent à ses côtés et firent ensemble la même promesse. Le reflet des torches ensanglanta leurs épées. Un serment que nul ne pourrait briser ni reprendre même au nom d’Ilúvatar, sans attirer sur sa tête les Ténèbres Eternelles. Ils prirent pour témoins Manwë et Varda et les hauteurs sacrées du Taniquetil et jurèrent de poursuivre de leur haine et de leur vengeance jusqu’aux confins du monde tout Valar, Démon, Elfe, tout Homme ou tout être encore à naître, toute créature grande ou petite, bonne ou mauvaise qui pourrait venir au monde jusqu’à la fin des temps et qui aurait un Silmaril en sa possession. »

« A mesure que passaient les années et que Maeglin regardait Idril, qu’il attendait Idril, l’amour en son cœur se changeait en ténèbres. Il cherchait d’autant plus à prendre le dessus en d’autres affaires, ne s’épargnait nulle peine, nul fardeau pour gagner du pouvoir.
Ainsi en était-il à Gondolin : au milieu de ce royaume bienheureux, et tant que dura sa gloire, il y germait une semence maudite. »

Le Silmarillion, J.R.R. Tolkien, édition établie et préfacée par Christopher Tolkien. Editions Pocket, 2001 (1977 pour l’édition originale. Editions Christian Bourgeois, 1978, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Pierre Allen. 478 pages.

American Gods, de Neil Gaiman (2001)

American Gods (couverture)Ex-taulard, Ombre vient de perdre sa femme lorsqu’il rencontre Voyageur (qui m’a rappelé le Marquis de Carabas de Neverwhere). Cet homme étrange qui semble tout savoir de lui propose de travailler pour lui. Désabusé, Ombre accepte sans savoir qu’il s’engage dans une aventure périlleuse à travers les Etats-Unis. Une équipée qui l’amènera à côtoyer… des dieux. Les dieux de tous les pays, venus au fil des immigrations avec ceux qui croyaient alors en eux. Des dieux oubliés au fil des générations, remplacés par de nouvelles divinités : celles de la télévision, de l’argent, de la célébrité, du consumérisme…

Un roman aux multiples prix : prix Hugo du meilleur roman 2002, prix Nebula du meilleur roman 2002, prix Locus du meilleur roman de fantasy 2002, prix Bram Stocker du meilleur roman fantastique 2002, prix Bob Morane du meilleur roman étranger 2003.

American Gods est plus exigeant que les autres livres de Neil Gaiman que j’ai pu lire jusqu’à présent (Neverwhere, L’Océan au bout du chemin, Coraline, Miroirs et fumée). L’intrigue prend place doucement, les personnages sont plus nombreux, on visite de nombreux lieux, de nombreuses références sont faites à la culture populaire ainsi qu’aux différents panthéons. Bref, American Gods  est véritablement foisonnant.

Les Etats-Unis apparaissent vraiment comme un lieu cosmopolite, une terre sauvage où de nombreux peuples se sont retrouvés, se sont mélangés. C’est ce qui donne ce mélange de religions et de croyances. Et j’ai adoré rencontrer tous ces dieux et déesses, certain.es que je connaissais, d’autres non : Kali (hindouisme), Anansi (folklore de l’Afrique de l’Ouest), Odin (mythologie nordique), Czernobog (mythologie slave), Ibis/Thot (mythologie égyptienne), etc. Et les vies menées par ces divinités sont souvent peu reluisantes. Certaines se prostituent, d’autres survivent de petits boulots, d’autres se sont isolés du monde ou se sont parfois même suicidés. Décidément, Neil Gaiman ne manque pas d’humour et fait dégringoler les dieux et déesses de leur piédestal ! Un bon point pour les interludes qui évoquent une déité ou une autre, son arrivée sur le continent américain, sa survie au XXIe siècle : ce sont de petits détails passionnants !
American Gods est également un road-movie à travers les Etats-Unis. Les grands villes sont peu présentes (ou si c’est le cas, ne m’ont pas marquée) ; en revanche, on visite les petites villes, le cœur rural, authentique des USA.

En prime, un gros retournement de situation vous attend à la fin ! Il est très bien amené et je ne l’ai pas du tout vu venir.

Un peu SF, un peu fantasy, un peu de thriller et d’érotisme, des dialogues précis et de l’humour, American Gods est vraiment un livre à part, même si – peut-être paradoxalement – ce n’est pas celui de Gaiman qui m’a le plus enthousiasmée.

La série American Gods devrait être diffusée début 2017. Je suis impatiente de voir ce que cela va donner !

J’ai également Anansi Boys, dans lequel on retrouve les enfants d’Anansi, qui m’attend sur mon étagère depuis très longtemps. Il est en anglais et j’ai un peu peur de l’argot, mais je pense que je vais me lancer un de ces jours.

« Tu vas faire une commission à Voyageur. Tu vas lui dire qu’il n’existe plus. Il est oublié. Il est vieux. Dis-lui que nous, on est l’avenir, et qu’on n’en a rien à branler de lui ou des autres dans son genre. Il est relégué dans la poubelle de l’histoire alors que les types comme moi filent dans leur limousine sur la super autoroute de demain. »

« La chevauchée était plus qu’exaltante : elle était électrique.
Ils filaient à travers l’orage, s’élançant de nuage en nuage tels des éclairs déchiquetés ; ils se déplaçaient comme le tonnerre, comme l’ouragan déchaîné. C’était un impossible et crépitant voyage où la peur n’avait pas sa place. Il n’y avait que la puissance de la tempête, inexorable, qui dévorait tout, et la joie du vol. »

American Gods, Neil Gaiman. J’ai Lu, 2004  (2001 pour l’édition originale. Au Diable Vauvert, 2002, pour l’édition en grand format). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel Pagel. 603 pages.

Arena 13, de Joseph Delaney (2015)

Arena 13 (couverture)Les humains ont été vaincus par les créatures qu’ils avaient eux-mêmes créés. Non pas des robots – comme il a souvent été raconté au cinéma et dans les livres –, mais par des djinns dont certains les « djinns scélérats » se sont libérés des programmes qui les dominaient. Dans la ville de Gindeen, à Midgard, le pays où ils sont rassemblés, le divertissement le plus populaire prend place dans les grandes arènes. Et surtout dans l’Arène 13 où les combats sont à mort. Leif, 14 ans, arrive en ville avec l’intention de devenir le plus grand combattant et ainsi vaincre celui qui terrorise tout le monde… Hob. Il entame son apprentissage sous la houlette du plus grand maître d’arme de la ville, Tyron.

Quand j’ai commencé le roman, j’ai pensé que ma critique allait être plutôt négative. En effet, outre le fait que la couverture ne me plaît pas vraiment (trop brute, trop sur le sang et le combat, avec ce casque qui m’évoque un mauvais film d’horreur… bref), j’ai eu du mal à rentrer dedans, à sympathiser avec Leif. L’énumération des règles de combat dans les arènes – même si elles se sont avérées bien utiles plus tard, pour ne pas se perdre dans les différentes manières de combattre – m’ont semblé annoncer un livre où les combat, le sang et la mort seraient présents à toutes les pages.
Mais finalement, j’ai accroché (il faut reconnaître que le livre se dévore en peu de temps).

Tout d’abord, j’ai été surprise de trouver là un roman de SF, je m’attendais à de la fantasy avec une histoire d’orphelin qui doit apprendre à combattre, gravir les échelons pour vaincre un « grand méchant » et libérer l’humanité. Pourtant, le fait est là. Il y est évoqué des « armes anciennes » dites atomiques, des outils dépassés comme des claviers. Et surtout le langage Nym découle du – bien réel – langage Forth inventé par Charle H. Moore.
Dans cette dystopie, les mythes anciens semblent avoir repris le contrôle. Les hommes sont confinés à Midgard, la terre des humains dans la mythologie nordique et les djinns sont des créatures surnaturelles présentes dans l’islam qui, comme Hob dans Arena 13, sont capables de se métamorphoser et de contrôler l’esprit humain.

Ensuite, j’ai fini par apprécier les personnages, notamment Leif, Kwin et Deinon, respectivement fille et apprenti de Tyron. Le premier pour son passé et son acharnement pour arriver à son but, la seconde pour ses remises en question du monde qui l’entoure (l’interdiction des femmes de combattre, le traitement des lacres, les paris clandestins dans les profondeurs de la Roue, etc.), sa détermination et son imprévisibilité (j’espère qu’elle aura un rôle important à jouer dans la suite de la série) et le troisième pour l’intelligence que l’on sent se dessiner sous son apparence souriante et sa capacité à relativiser. Par exemple, il ne semble jamais envier les richesses de Palm à l’inverse de Leif. Palm, quant à lui, est une sorte de Drago Malefoy. Profitant sans vergogne de la richesse de son père, méprisant, se délectant de l’échec des autres, cet apprenti au regard froid s’annonce l’ennemi de Leif comme Drago est celui d’Harry.

« Il se croyait manifestement au-dessus de nous, et cela l’agaçait de perdre son temps à cause de moi. »

« Dans les yeux de Palm, il n’y avait que de l’envie et de la haine. Je venais de me faire un ennemi. »

Quant à Tyron, je dirais qu’il est tel qu’on l’attend : puissant (le meilleur dans son domaine), sévère mais juste…

Il n’y a pas de longues et répétitives descriptions de combats (du moins pas dans ce premier tome, je ne sais pas combien de volumes comptera la série…). Il y en a, mais il y a aussi les entraînements où l’on voit Leif se perfectionner, les relations entre les personnages, la visite des lieux clés de Gindeen (la Roue, les abattoirs, les différents quartiers, etc.), les mésaventures de Kwin… Les différents éléments se mettent en place, des questions sont posées, des sujets sont évoqués comme les lacres (je m’interroge notamment sur le conscience, soi-disant inexistante), le peuple Genthai qui semble avoir trouvé un mode de vie alternatif, le monde par-delà la Grande Barrière qui empêche les humains de quitter Midgard…

Ce roman est vraiment intéressant, notamment par ce mélange de magie, de SF, de fantasy et un peu de péplum (avec ces combats d’arènes qui ne sont pas sans rappeler les gladiateurs), mais lire la suite me sera nécessaire pour me prononcer plus définitivement.

« Le monde était ainsi fait : c’était une loterie. »

Arena 13, Joseph Delaney. Bayard, 2015 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Sidonie Van den Dries. 389 pages.

Le cabinet du docteur Black, de E.B. Hudspeth (2013)

Le cabinet du docteur black (couverture)« Résurrectionniste. Adj. et n. m. 1. Personne qui exhume ou dérobe des cadavres. 2. Personne qui ressuscite ou revient à la vie. [De l’anglais resurrectionist] »

Le cabinet du docteur Black est divisé en deux parties.

La première est une biographie du dit docteur. Comment ce fils de pilleur de tombes fut initié très jeune à l’anatomie. Comment ce brillant médecin, scientifique reconnu et admiré par ses pairs, époux heureux, abandonna tout peu à peu. Comment sa volonté de découvrir à tout prix les origines des êtres humains le mena à des expériences se rapprochant davantage de la torture que de la recherche médicale. Comment son esprit, obnubilé par une idée fixe, progressivement perdit pied. Car le docteur Spencer Edward Black a une idée, non, une certitude : centaures et chimères, sirènes et harpies, pégases et satyres ont existé autrefois. Ils sont les ancêtres des êtres humains et animaux actuels et leurs gènes réapparaissent quelques fois dans des cas de malformations. Et pour le prouver, s’appuyant sur de prétendus squelettes, il réalise des greffes sur des animaux, des hommes, des femmes ou des enfants : des greffes d’ailes ou de têtes supplémentaires par exemple.

La seconde partie est davantage graphique. Il s’agit du Codex Extinct Animalia : Étude des espèces moins connues du règne animal. Rédigé par le docteur Black, ce « Manuel de référence pour tous les praticiens en sciences, médecine et philosophie » présente les différentes créatures dont Black est persuadé de l’existence. Des textes introduisent chacune d’entre elles ainsi qu’une classification détaillée (règne, phylum – ou embranchement –, classe, ordre, famille, genre et espèce), mais ce sont les illustrations qui font la beauté de ce livre : des schémas détaillés de leur ossature et de leur musculature. De face, de dos, de dessus, les couches inférieures et supérieures, rien n’est dissimulé à l’œil curieux du lecteur. Les harpies ont même droit à des esquisses de leurs organes internes ainsi que de leurs œufs et embryons.

Les onze créatures ici dévoilées sont :

  • Le sphinx ;
  • La sirène ;
  • Le satyre ;
  • Le minotaure ;
  • Le ganesh ;
  • La chimère ;
  • Le cerbère ;
  • Le pégase ;
  • Le dragon ;
  • Le centaure ;
  • La harpie.

La première de couverture noire et sobre avec ce squelette ailé avait déjà attiré mon regard en librairie et le contenu ne m’a pas déçue. L’histoire du docteur Black est dérangeante par sa volonté de prouver en récréant ce qui a, selon lui, existé qui l’entraîne dans une folie de plus en plus profonde. Chirurgie, taxidermie, est-il un génie ou un charlatan ? Doit-on s’émerveiller devant ses créations ou en être révulsé ? Ce docteur Frankenstein animalier suscite à la fois fascination et répulsion. Cette biographie, agrémentée de croquis, de lettres et d’extraits de journaux, nous pousse à croire le sérieux de cette histoire. E.B. Hudspeth prouve son talent en nous faisant ainsi osciller entre fiction et réalité…

Les illustrations sont détaillées, rigoureuses et, pour ces qualités, crédibles. Les créatures sont majestueuses, imposantes, touchantes. Il pourrait y avoir un peu de lassitude au bout de la centième page de schémas dû à la répétition des noms de muscles et d’os (car ce sont évidemment toujours sensiblement les mêmes), mais il y a un tel réalisme que cela m’a captivée. Toutefois, je regrette vraiment qu’il n’y ait pas davantage d’explications sur chaque espèce.

Il est fascinant d’imaginer comment ces créatures pouvaient se mouvoir, comment le corps humain du minotaure pouvait supporter le poids de sa tête de taureau, comment le pégase pouvait soulever son pesant corps d’équidé, etc. Il y a en cela des similarités avec le travail de réflexion et de concept art des équipes des films Harry Potter pour faire naître sur grand écran le bestiaire des livres (œuvre que l’on retrouve dans The Creature Vault).

 

Le Pré aux clercs propose ici un superbe ouvrage qui appelle forcément le souvenir d’Edgar Allan Poe. Exquisément macabre et légèrement perturbant, il pose la fameuse question : « Et si c’était vrai ? » Les illustrations de E.B. Hudspeth sont sublimes et magnifient ces antiques créatures. Je suis contente de placer sur les rayonnages de ma bibliothèque (enfin, pour le jour où j’aurais une vraie bibliothèque avec des rayonnages sur tous les murs) un ouvrage de si belle qualité et aux idées aussi hors du commun.

 Le trailer du livre

« J’ai dépecé beaucoup d’hommes. Tous sont innocents et égaux lorsqu’ils sont sur la table. Tous sont exquis et grotesques. »

« Il fut un temps où la nature portait un autre masque. Depuis que j’ai décidé de découvrir ses secrets, mes tentatives n’ont fait que se multiplier. Quelles luttes livrées en essayant de voir ce visage primitif, ce à quoi la nature ressemblait à l’origine. Le destin a désormais exécuté le plan qu’il a soigneusement échafaudé : ma ruine finale et totale. A présent, il rit, et j’entendrai cette mère de la nature toutes les nuits jusqu’à ce que mon heure vienne ; je l’entendrai appeler. Cette chose misérable, baignée d’immondices dont seul le chant démoniaque dépasse l’infamie. »

« Nous, les médecins, nous ne sommes pas des dieux, mais nous faisons leur travail. »

Le cabinet du docteur Black, E.B. Hudspeth. Le Pré aux Clercs, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marion Cot-Nicolas. 191 pages.

Le vilain petit canard, n°1, septembre-octobre 2014

Le vilain petit canard (couverture n°1)Non, pas de volatiles ici, le canard en question, c’est un magazine ou plutôt « un nouveau journal pour enfants » qui « arrive en ville (et à la campagne) » comme l’indique son sous-titre. Le ton est donné pour les quarante pages qui suivent !

La volonté du journal et de ses auteurs : « ne pas se soucier de ressembler aux autres canards, inventer au fur et à mesure, et avec vous, un journal qui soit beau comme un cygne. »

Que trouve-t-on dans ce nouveau journal qui veut rallier tous « les « pas-comme-il-faut », les « zarbis », les « différents » » ? A première vue, ce qu’il y a dans de nombreux périodiques pour la jeunesse, c’est-à-dire une partie fiction et une partie documentaire. Plus un poster !

Fiction, disons-nous ? Dans ce premier numéro, on parle de la naissance du monde selon la mythologie grecque et on rencontre Gaïa et Ouranos, les Cyclopes, les Erynies, les Hécatonchires (eh oui ! n’ayons pas peur des mots « compliqués », les enfants sauront parfaitement se les approprier !), Cronos et… les Dieux Olympiens seront à découvrir plus tard ! Et en plus, une BD, une enquête policière comme un roman feuilleton…

Et pour ce qui est du documentaire ? Écologie et féminisme (pour des garçons féministes, pour des filles féministes, pour une langue féministe) sont les sujets abordés ici. On ne prend pas les enfants pour des idiots, Le Vilain petit canard se charge, avec force d’humour, de les responsabiliser et de leur ouvrir les yeux sur des débats de société. Leur parler dès à présent des enjeux de leur comportement vis-à-vis de la planète ou des femmes pour en faire des adolescents, puis des adultes un peu plus intelligents peut-être, plus vigilants à l’égalité entre les hommes et les femmes, plus sensibles à leur environnement. Tout est expliqué avec pédagogie, avec simplicité et avec humour. Un journal qu’il faudrait mettre dans beaucoup de mains…

On aime ou on n’aime pas les illustrations (que le lecteur est invité à colorié selon ses envies), mais elles ont le mérite d’être originales et de trancher avec les dessins bien léchés auxquels la production jeunesse peut nous avoir habitués.

Un journal explosif où l’on apprend à insulter sans rabaisser ou à fabriquer des bombes (à graines) ! Une initiative décalée et bourrée d’humour ! Une découverte à partager sans limite !

« Un nouveau journal pour les enfants »… Mais pourquoi le limiter aux enfants ?

 

 Le début de l’édito de ce premier numéro :

 « Chers lecteurs, chères lectrices !

On ne vous connaît pas encore, mais pour nous c’est un jour historique, c’est comme si on marchait sur la Lune ! Cela fait bien longtemps qu’on en rêve, faire un journal, et si vous le tenez dans vos mains c’est que voilà, ça y est ! Ça a commencé ! Mais d’abord faire un journal, et aussi lire un journal tant qu’on y est, pour quoi faire ?

Bonne question. Pour ne rien vous cacher, on trouve que c’est un peu ce qui se rapproche le plus de l’idéal, un journal : on peut y raconter des histoires, s’y poser des questions, confronter des points de vues, changer d’avis, et surtout tout ça à plusieurs, parce qu’on n’est jamais trop de fous ! »

Vito. Tome 1, L’autre côté, par Eric Stalner

VitoTrès brève critique aujourd’hui.

Premier point, l’histoire est intéressante. C’est un bon début. C’est un mélange de mythologie et de cinéma dans le paysage sicilien (si ce n’est pas beau, ça !), de recherche des origines et de différence. Cet univers mythologique qui s’installe peu à peu dans la réalité avec ses faunes et ses centaures est des plus séduisants. Et l’on se laisse facilement embarquer… pour trop peu de temps. On regrette que la bande dessinée ne fasse que 48 pages. Mais ça, c’est souvent le problème de ce format et c’est ce qui me frustre dans la bande dessinée.

Mais ce qui m’a amenée vers cette bande dessinée, ce sont les dessins. C’est essentiel pour moi. Evidemment, il vaut mieux que l’histoire soit intéressante, mais les illustrations sont primordiales. Et là, elles sont simplement magnifiques. Les dessinateurs capables de réaliser des illustrations aussi belles, aussi réalistes, aussi captivantes restent pour moi un mystère et un émerveillement sans fin.

Je ne pense pas que ce sera la bande dessinée qui marquera ma vie car elle est courte et, même si l’histoire est sympa et les personnages attachants, n’a rien de bouleversant, mais je me souviendrai en revanche d’un grand plaisir pour les yeux grâce à de superbes dessins.

« Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas quelque chose qu’il n’existe pas. »

Vito, tome 1 : L’autre côté, Eric Stalner. Glénat, coll. Graphica, 2013. 48 pages.