La nuit des labyrinthes, de Sabrina Calvo (2020)

La nuit des labyrinthes (couverture)J’avais déjà entendu parler – en bien – de cette autrice (aux côtés des noms de Mathieu Gaborit et Fabrice Colin) et d’un de ses précédents romans intitulé Délius, une chanson d’été. La nuit des labyrinthes fait intervenir les mêmes protagonistes, à savoir Bertrand Lacejambe, botaniste, et son ami Fenby, elficologue amateur. Tels Sherlock Holmes et Dr Watson, tous deux mènent des enquêtes d’un genre un peu particulier.
Ce roman-ci nous entraîne à Marseille pendant la nuit de Noël 1905. Alors que la ville célèbre l’inauguration d’un pont hors du commun, nos deux amis se lancent à la recherche d’une fleur. Une fleur habituellement omniprésente et donc très banale, mais qui semble avoir déserté les rues de la cité phocéenne.

Je n’ai donc pas lu Délius, une chanson d’été. Les enquêtes sont globalement indépendantes, donc ce n’est pas forcément dérangeant, mais il est assez frustrant de ne pas avoir toutes les références que l’on sent être distillées ici et là. Je conseillerais donc clairement de tout de même commencer par le premier opus.

L’enquête proposée par ce roman n’est aucunement linéaire et prévisible. Non seulement elle touche au domaine de l’imaginaire, du fantastique, mais l’autrice se plaît également à jouer avec l’absurde. Le résultat est donc particulièrement confus. Si, au départ, j’ai su me laisser porter par cette imagination poétique et onirique, j’ai trouvé de plus en plus difficile de suivre la trame déroulée par l’autrice et je me suis retrouvée dans le flou total au milieu d’histoires de fleurs (disparues, mortes, à forme humaine…) totalement absconses et de scènes complètement burlesques et incompréhensibles.
Pourtant, l’atmosphère sombre, le personnage dépressif de Lacejambe, la folie et la poésie macabre qui semblait suinter de ce livre auraient pu me plaire. Si la plume de l’autrice se révèle onirique, elle nous entraîne davantage dans un cauchemar que dans un rêve. Cependant, de la même manière qu’un songe s’efface peu à peu au réveil, je ne suis pas parvenue à conserver en mémoire le fil de ce récit évanescent.
J’aurais aimé être hypnotisée par ce récit atypique, mais ma lecture s’est décousue (tant par désintérêt progressif que par la faute de sollicitations dans ma vie professionnelle et personnelle) et j’ai alors fini par me lasser de cette histoire sans queue ni tête et par abandonner toute envie de perdre davantage de temps sur un roman qui m’avait déjà totalement perdue. J’ai survolé la seconde moitié, lu la scène finale qui m’a semblé encore plus hallucinante, chimérique et déroutante que ce que j’avais déjà lu.

Même si elle n’a pas été un argument suffisant pour poursuivre ma lecture, la plume de Sabrina Calvo m’a totalement séduite : soignée, imagée, poétique, elle s’est révélée très joliment travaillée et dotée d’un riche vocabulaire.
En outre, avoir pour cadre la ville de Marseille m’a semblé fort sympathique. Bien que n’ayant aucun lien avec cette ville dans laquelle je n’ai jamais mis les pieds, j’ai trouvé agréable de partir pour une cité que je n’ai jamais croisée dans mes lectures (du moins, parmi les genres de l’imaginaire). Cela change de Paris, notamment.

L’absurde est toujours pour moi un genre sensible : je n’y suis pas forcément immédiatement réfractaire, mais je n’y adhère pas souvent. Or, en ce moment, j’ai besoin d’histoires un peu plus cohérentes, m’emportant rapidement dans leur univers et leur intrigue, je n’ai pas la concentration et l’énergie pour lutter et m’accrocher à un livre : ce roman s’est donc avéré totalement inapproprié dans mon état d’esprit actuel, mais il n’était pas inintéressant pour autant. En effet, La nuit des labyrinthes reste une expérience littéraire qui demande d’accepter de se laisser entraîner sur des chemins invraisemblables et obscurs.

Si vous aimez l’absurde, si vous êtes disposé·e pour une aventure improbable, peut-être que la rencontre avec ce titre sera plus agréable pour vous que pour moi.

Quant à moi, je n’exclus pas la possibilité de laisser un jour une chance à Délius, une chanson d’été et, s’il me convainc davantage, de retenter l’aventure avec celui-ci.

 « Et pourtant, jadis, il n’avait pas été fainéant. Quelque chose sur le chemin avait ouvert en lui un gouffre de supplice, un profond sentiment d’inutilité, physique et mentale. Une lassitude d’exister, une idée si précise de e qu’il fallait faire, inhibant toute originalité, toute volonté de créer hors d’un cadre. Il voulait tellement faire coller ce qu’il créait à ce qu’il pensait devoir créer qu’il finissait toujours par se perdre. »

La nuit des labyrinthes, Sabrina Calvo. Éditions Mnémos, 2020. 270 pages.

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Livre premier, d’Emil Ferris (2017)

Moi ce que j'aime c'est les monstres (couverture)J’ai reçu ce roman graphique à Noël 2018, c’est dire le temps passé à attendre le « bon moment ». Il y avait aussi l’impatience de découvrir ce chef-d’œuvre, mâtinée de la crainte de ne pas l’aimer autant que les autres. Craintes infondées car je n’avais pas lu vingt pages que j’étais déjà sous le charme.

C’est une œuvre insolite et visuellement puissante. Les pages sont riches d’une profusion graphique qui s’affranchit des codes de la bande-dessinée pour suivre son propre chemin. Pleines pages, texte important, dessins s’entremêlant, des petits des grands, des portraits des détails, et de temps en temps, des cases. Le style hachuré d’Emil Ferris aux milliards de petits traits se fait tantôt rude, presque cartoonesque, tantôt d’une finesse et d’un réalisme incroyables. Certains de ses portraits m’ont scotchée par l’humanité qui se dégage des traits de ses protagonistes, visages fatigués, éprouvés, attristés, maltraités par la vie. À cela s’ajoutent des reproductions de tableaux et de couvertures de magazines d’horreur dans un mélange de culture classique et populaire hétéroclite et réjouissant. Presque une semaine pour lire ce livre tant j’en ai scruté les détails et les décors, suivi les lignes, détaillé les ombres et la profondeur, admiré l’efficacité et la précision.

Lorsqu’on feuillette le bouquin, ça semble très confus car on aperçoit des choses très différentes et apparemment sans rapport (sans parler du dessin qui interpelle et peut laisser perplexe, voire dubitatif). Mais je vous rassure, quand on se plonge dans l’histoire, c’est cohérent et passionnant. C’est un mélange d’enquête, d’histoire de vie, de péripéties quotidiennes et d’Histoire. Karen Reyes, fillette passionnée de monstres et de dessin, endosse le rôle de détective pour élucider le mystère de la mort de sa si belle et si triste voisine, Anka Silverberg. Elle se plonge dans la passé de celle-ci, un passé rempli d’horreurs au cœur de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, tout en luttant, gérant, appréhendant son propre quotidien dans le Chicago des années 1960, entre la maladie de sa mère, son ostracisation à l’école, les mystères de son grand frère, la pauvreté, mais aussi la présence des caïds et des mafieux, la mort de Martin Luther King, le racisme…

C’est un journal de bord intimiste qui montre l’humain sous tous ses aspects : les moments de bonté, le partage avec une personne qui nous comprend, mais aussi toute la monstruosité que les cœurs, les esprits et les actions peuvent receler et dissimuler. La psychologie humaine y est scrutée dans ses méandres et dans ses ombres. C’est très sombre parfois, mais j’ai grandement apprécié le fait que le pire soit suggéré et non montré, ce qui est amplement suffisant.

Ce roman graphique est aussi une ode à la différence. Cette fillette qui se rêve lycanthrope nous emmène à la rencontre des minorités, de personnages noirs, métis, LGBTQ+, de prostituées, de « hors-norme ». Au fil des pages, les gueules cassées s’expriment, se dévoilent, sortent de l’ombre. L’autrice y prône la liberté d’être qui on souhaite être, le droit d’exprimer son identité, le besoin de faire tomber les masques.

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est donc une œuvre stupéfiante, colossale et absolument sidérante, dans laquelle le dessin au stylo bille happe et fascine par sa beauté, l’humanité et les émotions véhiculées. Une œuvre foisonnante et poétique d’autant plus impressionnante quand on connaît l’histoire de cette autrice et dessinatrice qui a vaincu la paralysie induite par le virus du Nil pour réapprendre à dessiner. Je ne sais pas quoi dire d’autre, c’est une claque, c’est un choc, que dis-je, un coup de poing dans le bide, dans le cœur, dans les yeux !

Une seule question à présent : à quand le tome 2, Monsieur Toussaint Louverture ?
(J’en profite pour signaler que c’est encore une publication hallucinante des éditions Monsieur Toussaint Louverture, que leur travail est beaucoup trop fabuleux et que le boulot sur le lettrage est admirable vu la manière dont il est incorporé au dessin. Bref, je les remercie pour toutes les émotions littéraires qu’ils offrent à chaque bouquin.)

« Cher carnet, je vais te parler franchement, pour moi, dans les magazines d’horreur, les meilleures couvertures, c’est celles où les nénés de la dame ne sont pas à moitié à l’air pendant qu’elle se fait attaquer par le monstre. Celles-là, elles me fichent plus que la frousse. Je pense que les nénés à l’air, ça envoie un message caché genre : avoir des seins = c’est très dangereux. Vu ce qui arrive à maman, peut-être que les magazines savent des choses qu’on ne sait pas… »

« Bien sûr dans les livres d’histoire, au chapitre des différents groupes assassinés par les nazis, il n’est jamais question des prostituées, car je suis sûre qu’elles sont considérées comme une tache sur la mémoire des autres victimes. La vérité, c’est que la vie d’une pute ne vaut rien. Pour moi, ce n’est que de la haine de soi. Notre société hait ceux qui les acceptent sans réserve, nous, nos corps, nos désirs secrets. C’est ce que ces dames m’ont appris. À respecter ce que les autres dédaignent. »

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Livre premier, Emil Ferris. Monsieur Toussaint Louverture, 2018 (2017 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Charles Khalifa. 416 pages.

Parenthèse 9e art : Traquemage, Dans la tête de Sherlock Holmes et Éclat(s) d’âme

Aucune thématique dans ce fourre-tout : de la BD française et du manga japonais, de l’aventure et du drame, du comique et du sérieux…

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Traquemage (3 tomes)
de Wilfrid Lupano (scénario) et Relom (dessin) (2015-2019)

Cette série bouclée en trois tomes m’a fait passer un délicieux moment de lecture ! Voici l’histoire de Pistolin, éleveur de cornebiques et petit producteur de pécadous, un fromage authentique (comprendre « particulièrement odorant »), qui, exaspéré de voir son troupeau boulotté par les armées des mages, décide d’aller les exterminer.

De la fantasy rurale et irrévérente – ici, les fées virent alcooliques et les sirènes se font à moitié bouffer (la moitié poisson, je précise) – et un humour assez décapant. Entre les mésaventures loufoques de Pistolin et la tête blasée de Myrtille la cornebique, ce fut un divertissement efficace et amusant.

Si je regrette cette conclusion un peu rapide qui précipite la fin de cette excellente lecture (dont j’aurais bien voulu un quatrième tome), j’apprécie le fait qu’il s’agisse d’une série achevée et bouclée qui ne perd pas de sa saveur en cours de route !

Traquemage (3 tomes), Wilfrid Lupano (scénario) et Relom (dessin). Delcourt, 2015-2019. 56 pages par tome.

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Dans la tête de Sherlock Holmes, tome 1, L’affaire du ticket scandaleux
de Cyril Lieron (scénario) et Benoît Dahan (dessin) (2019)

Dans la tête de Sherlock Holmes, tome 1 (couverture)Un médecin amnésique trouvé errant en chemise de nuit, une poudre mystérieuse, un ticket de spectacle, voilà Sherlock Holmes et le docteur Watson sur les traces d’un complot des plus étranges…

Je me suis régalée avec cette enquête de Sherlock Holmes qui nous plonge, plus que jamais, dans l’intellect du célèbre détective. Page après page, d’une case à l’autre, il nous fait visiter sa « petite mansarde » tout en suivant le fil de ses pensées, de ses raisonnements et déductions. On le voit arpenter ses bibliothèques mentales pour piocher dans les connaissances engrangées, visualiser les témoignages sous forme de pièces de théâtre, peindre dans son esprit un portrait-robot, suivre un fil rouge ici bien visible. C’est dans ce cerveau optimisé, cet intérieur bien rangé de faits, d’indices et de savoir, que nous plongent les auteurs.

La mise en page et l’agencement des cases diffèrent au fil de l’ouvrage pour un résultat soigné, passionnant et particulièrement original. Le trait de de Benoît Dahan est atypique, avec des faciès très marqués, et j’ai tout de suite adoré ces pages couleur sépia.

Bref, me voilà absolument enchantée de cette mise en image de l’un des plus fameux cerveaux de la littérature.

 Petit bémol : ce n’est pas une histoire complète ! (encore une fois…) Je ne m’y attendais pas (ou plutôt, j’ai commencé à m’y attendre en voyant fondre le nombre de pages restantes pendant que le mystère n’allait que s’épaississant) et la césure a été déroutante, brutale et frustrante. Dommage car cela casse le rythme, sans parler du fil de l’enquête !

Dans la tête de Sherlock Holmes, tome 1, L’affaire du ticket scandaleux, Cyril Lieron (scénario) et Benoît Dahan (dessin). Ankama, 2019. 48 pages.

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Éclat(s) d’âme (4 tomes)
de Yuhki Kamatani (2015-2018, série terminée)

Lorsqu’un de ses camarades de classe découvre un porno gay sur son smartphone, Tasuku ne pense plus qu’à mourir. Or, à l’instant T, il voit une femme s’élancer dans le vide à l’endroit où il pensait faire de même. Sauf que celle-ci est toujours parfaitement vivante… et est l’hôte d’un salon de discussion où se réunissent des personnes LGBT+. Dans ce monde safe, Tasuku va pouvoir découvrir qui il est tout en retrouvant une confiance insoupçonnée.

En dépit de quelques difficultés parfois à distinguer certains personnages masculins, Éclat(s) d’âme est une série poétique et sensible abordant le sujet de l’identité, du genre, de la sexualité et de la différence.
Sa galerie de personnages éclectiques présente différentes personnalités et différentes sensibilités. Diverses façons de vivre sa vie, au grand jour ou en secret, seul·e ou accompagné·e. J’ai également aimé la façon de souligner que la souffrance pouvait naître d’un excès de bienveillance, douloureuse dans son innocence, aussi bien que par des gestes ou des mots ouvertement blessants.

 Les sujets sont bien traités, avec pertinence et réalisme. Yuki Kamatani dénonce la violence du monde, les stéréotypes, les combats intérieurs et extérieurs, sans lourdeur et sans pathos, mais avec une empathie puissante. Les moments que vit Tasuki au cœur du salon de discussion apportent une douceur et une parenthèse bienvenues, tant pour lui que les lecteur·rices.

Si le premier tome m’avait plu, mais sans enthousiasme particulier, les trois tomes se sont révélés très bons. J’ai fini par me sentir impliquée et par m’attacher aux personnages. C’est très fin, très juste et assez poignant par moment.

Éclat(s) d’âme (4 tomes), Yuhki Kamatani. Éditions Akata, 2018 (015-2018 pour les sorties originales). Traduit par Aurélien Estager. 178 pages (T1), 162 pages (T2), 178 pages (T3), 242 pages (T4).

L’Empreinte, L’ingratitude et Les cerfs-volants de Kaboul (challenge « Tour du monde »)

Dans l’optique de vider ma PAL de livres parfois ignorés depuis trop longtemps, j’ai rejoint le challenge « Tour du monde » du Petit pingouin vert.

Après L’équation africaine la semaine dernière, voici trois mini-chroniques sur des romans lus dans ce cadre : L’Empreinte, L’ingratitude et Les cerfs-volants de Kaboul.

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ÉTATS-UNIS – L’Empreinte, d’Alexandria Marzano-Lesnevich

L'empreinte (couverture)Alexandria Marzano-Lesnevich est étudiante en droit lorsque sa route croise celle de Ricky Langley, un pédophile emprisonné pour le meurtre d’un jeune garçon. Une rencontre qui va bouleverser ses convictions. Dans ce livre, à la fois témoignage et enquête, elle relate aussi bien l’histoire de Ricky que son propre passé et tente de dépasser ses propres traumatismes.

En début d’année, j’ai lu Dernier jour sur terre de David Vann qui, sur le même principe, mettait en parallèle la vie et les actes du tueur de masse Steve Kazmierczak et les jeunes années de l’auteur. J’ai ressenti le même type d’émotions lors de ces deux lectures. C’est un genre qui me laisse à la fois atterrée, perplexe, glacée, interrogative et, je l’avoue, un peu perplexe face à ce magma inhabituel d’incertitudes.

Ce livre m’a retourné les entrailles, ce qui était totalement prévu du fait des histoires pédophiles qu’il renferme. J’ai été écœurée à plusieurs reprises, au point de faire traîner cette lecture dans laquelle il n’était pas toujours agréable de baigner. Cela dit, de ces atrocités naissent des réflexions assez passionnantes sur les relations familiales, les tabous, les hontes et les secrets. A travers son livre, l’autrice porte un regard sur elle-même, sur sa famille, sur le passé, sur les exactions d’un grand-père, un questionnement intime jusqu’à la résilience.
A l’instar de Steve, Ricky se révèle être un personnage complexe. Un pédophile et un tueur, certes, mais son passé, l’histoire assez atroce de sa naissance, ses tentatives pour éviter le pire, tout cela amène à ressentir compassion pour un homme torturé et surtout indécision sur son cas (une indécision sur laquelle entre-déchireront les avocats lors de ses multiples procès). Le portrait psychologique que trace l’autrice est à la fois fouillé, complexe et fascinant.
Et en même temps, j’étais une nouvelle fois embarrassée de cette position de voyeuse dans laquelle l’autrice m’a plongée. Voyeuse de la vie de Ricky et de l’intimité de l’autrice. C’est décidément une expérience que je n’apprécie pas vraiment et que je ne pense pas renouveler de sitôt.

C’est une lecture qui m’a profondément remuée. Du début à la fin, j’ai ressenti le besoin d’en parler, de raconter ce que je lisais, de partager mes questionnements, mes doutes, mes dégoûts, comme pour me décharger d’un poids.
Un livre violent, puissant et dérangeant, mais aussi indubitablement passionnant.

« Dans les livres, je découvre la sourde vibration de tout ce qui est indicible. Les personnages pleurent comme je voudrais pleurer, aiment comme je voudrais aimer, ils crient, ils meurent, ils se battent la poitrine et ils braillent de vie. Mes journées sont poisseuses d’un sommeil cotonneux qui les étouffe et les emmêle. »

« Un individu peut être en colère et éprouver tout de même de la honte. Un individu peut brûler de haine contre sa mère et tout de même l’aimer suffisamment pour vouloir faire sa fierté. Un individu peut se sentir débordé par tout ce qu’il voudrait être et ne voir aucun moyen d’y parvenir. »

« Qui sait comment chacun trouve sa place dans une famille ? Les rôles sont-ils assignés ou choisis ? Et au demeurant, même entre frères et sœurs – même entre jumeaux –, on ne grandit pas dans la même famille. On n’a pas le même passé. »

L’Empreinte, Alexandria Marzano-Lesnevich. Sonatine, 2019 (2017 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié. 470 pages.

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CHINE – L’ingratitude, de Ying Chen (1995)

L'ingratitude (couverture)Une jeune Chinoise se suicide pour échapper à l’emprise étouffante de sa mère. Après sa mort, elle observe les vivants, relate ses derniers jours et se penche sur sa relation avec sa mère. Une histoire d’amour et de haine étroitement entremêlées, dans laquelle les deux femmes semblent incapables de vivre sans l’autre… comme de vivre avec l’autre. Des rapports mère-fille si toxiques que la mort finit par apparaître comme le seul moyen de s’en délivrer.

C’est un texte court qui me laissera un souvenir plutôt éthéré. Je l’ai trouvé très beau, avec une atmosphère profondément triste et amère, d’une cruauté poignante ; il est aussi très fort sur ce qu’il raconte, sur la place parfois si difficile à trouver dans la société, sur l’apparente impossibilité de satisfaire ses désirs, ceux des personnes chères et ceux attendus par le poids des traditions. Cependant, il n’a pas su conserver de constance dans les sentiments provoqués chez moi et je me suis parfois éloignée du récit. Je pense cependant que j’ai mal choisi ma lecture et qu’un récit lent et contemplatif à une période où mon esprit était en ébullition et assez stressé, n’était pas l’idée du siècle.

« On n’est jamais seul. On est toujours fille ou fils de quelqu’un. Femme ou mari de quelqu’un. Mère ou père de quelqu’un. Voisin ou compatriote de quelqu’un. On appartient toujours à quelque chose. On est des animaux sociaux. Autrui est notre oxygène. Pour survivre, tu ne peux pas te passer de ça. Même les minuscules fourmis le comprennent mieux que toi. »

L’ingratitude, Ying Chen. Editions Actes Sud, coll. Babel, 2007 (1995 pour la première édition). 154 pages.

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AFGHANISTAN – Les cerfs-volants de Kaboul, de Khaled Hosseini

Les cerfs volants de Kaboul (couverture)Amir est Patchoun sunnite, Hassan Hazara chiite. Malgré tout ce qui les oppose, ces frères de lait ont grandi ensemble et, depuis toujours, partagent leurs jeux et leur enfance jusqu’à un événement terrible qui va bouleverser leur vie. Vingt-cinq ans plus tard, Amir, qui vit alors aux États-Unis, reçoit un appel qui est, pour lui, comme une main tendue. Un appel qui lui promet une possibilité de corriger le passé.

Les cerfs-volants de Kaboul, un autre livre qui dormait dans ma PAL depuis des années pour des raisons inexpliquées. C’est un roman d’une grande fluidité, dont la narration efficace pousse à tourner les pages sans pouvoir sans détacher. Les rebondissements sont parfois prévisibles (par exemple, une fois arrivé le moment du coup de téléphone, on se doute bien de la manière dont Amir va pouvoir corriger ses erreurs), mais le récit n’en pâtit pas grâce à cette écriture qui reste prenante.

L’histoire est parfois terrible, avec des scènes insupportables d’inhumanité. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la manière dont l’auteur traite les maltraitances (je reste vague pour ne pas spoiler un fait que j’ignorais en commençant ma lecture) : il ne se complaît pas dans des descriptions interminables quand quelques mots suffisent à nous faire comprendre ce qu’il en est, quand l’atrocité de la chose n’a pas besoin de détails pour être violemment ressentie. La seconde partie du récit, quant à elle, laisse apercevoir ce monde si éloigné du nôtre, celui d’un pays en guerre, avec son cortège d’injustices, de misère et d’actes barbares.
Autant la première partie était allégée par les petites joies d’une enfance privilégiée – ode nostalgique à cette période insouciante d’avant les conflits, aux courses dans les rues de la vie, aux combats de cerfs-volants… –, autant la partie « adulte » est beaucoup plus sombre et triste, portrait de l’Afghanistan ensanglantée par les talibans, un pays dont toutes les couleurs semblent avoir disparues.
J’ai apprécié qu’elle conduise à cette fin un peu douce-amère, en suspens. Le livre se ferme sur une braise d’espoir et à nous de souffler sur cette étincelle pour la faire grandir ou de l’étouffer sous la cendre, selon la façon dont notre cœur imagine la suite de cette histoire.

Le personnage d’Amir, qui est aussi le narrateur, m’a inspiré des sentiments mitigés. Enfant, il m’a souvent révoltée. Pas tellement par sa « pire des lâchetés » évoquée par le résumé de la quatrième de couverture : certes, il a été lâche, mais il n’était qu’un enfant, un enfant pas très courageux. Disons qu’il aurait pu en parler plutôt que laisser un secret s’installer et ronger l’entièreté de sa vie – et celle de bien d’autres personnages – mais son cœur tourmenté et ses relations compliqués avec son père ne rendaient pas la confession aisée. Mais j’ai davantage été outrée par les petites humiliations, les moqueries secrètes, les tours mesquins joués à Hassan. Plusieurs fois, j’ai songé qu’il ne méritait pas l’affection de quelqu’un comme Hassan, personnage bouleversant que j’ai regretté de ne pas côtoyer plus longtemps tant sa bonne humeur et sa gentillesse illuminaient le récit.
Certes, il est difficile pour moi d’imaginer un monde aussi hiérarchisé que le sien, un monde qui lui répète sans arrêt que sa naissance le place bien au-dessus d’un Hazara, un monde dans lequel son meilleur ami est aussi son serviteur, mais son comportement reste assez méprisable.
Malgré tout, il est le narrateur dont on partage les doutes et les regrets, donc il est compliqué de le détester purement et simplement en dépit de ses défauts. Et l’auteur propose ici un personnage complexe, torturé depuis l’enfance, qui est loin d’être un héros, mais fouillé sur le plan psychologique.

Un roman intense, captivant, qui donne à voir deux visages de l’Afghanistan, et une touchante histoire d’amitié et de pardon.

« Les enfants ne sont pas des livres de coloriage. Tu ne peux pas les peindre avec tes couleurs préférées. »

« Si les enfants sont nombreux en Afghanistan, l’enfance, elle, y est quasi inexistante. »

Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini. Editions 10/18, coll. Domaine étranger, 2006 (2003 pour l’édition originale. Belfond, 2005, pour la traduction française). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Valérie Bourgeois. 405 pages.

Mini-critiques : Ce qu’il reste de nous, La fortune des Rougon, De bons présages

Je vous propose là trois petites critiques qui n’ont absolument aucun rapport entre elles. Un polar, un classique, un livre de fantasy. Un livre tout récent, un du XIXe siècle, un des années 1990. Une autrice, trois auteurs. Deux de nationalités françaises, deux Anglais.
C’est bien, la diversité, non ?

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Ce qu’il reste de nous, de Justine Huart (2018)

Ce qu'il reste de nous (couverture)Ce roman parle du Dr Timmers, alias Timmy, alias « la folle au bout de la rue » qui cherche son compagnon depuis cinq ans, s’enfonçant dans la dépression, la solitude et la crasse qui imprègne sa maison délaissée. Alors que tout le monde s’accorde à dire que Daniel a filé avec une petite jeune histoire de refaire sa vie à l’étranger, Timmy n’a jamais cru à cette version de l’histoire, à cette version de Daniel. Et pour la première fois en cinq ans, un nouvel élément semble abonder dans son sens. Accompagné de sa « persistante sociale », l’optimiste et inébranlable Sandrine, et du fiancé de celle-ci, jeune flic peut-être pas aussi benêt qu’il n’en a l’air, Timmy reprend son enquête de plus belle, bien déterminée à déterrer la vérité une bonne fois pour toute.

Je pensais vraiment écrire une critique de ce livre, mais j’ai un peu de mal à m’y atteler, donc tant pis, ce ne seront que quelques mots.
J’ai découvert ce roman édité par une petite maison d’éditions bretonne à la bibliothèque. J’ai tout de suite été prise par l’histoire et par le personnage de Timmy qui nous fait une petite place dans sa tête déjà bien encombrée le temps du récit. C’est un roman psychologique captivant qui nous plonge dans les souvenirs, les cauchemars, les doutes, les craintes et les espoirs de Timmy. Dès le début, j’ai ressenti énormément d’empathie avec ce personnage fracassé, Cassandre tragique qui, à force d’être ignorée, finit par ne vivre plus que dans sa tête.

Cependant, petit bémol, la fin était trop prévisible à mon goût. Je m’attendais à être surprise – on me l’avait vendu ainsi – sauf que pas du tout. J’ai trop rapidement deviné qui était responsable de ce qui était arrivé à Daniel, dans quelles circonstances, ainsi que ce qui allait arriver à Timmy. Ça fait un peu beaucoup. Disons que savoir que j’étais censée être prise au dépourvue par la révélation finale ainsi qu’un autre livre lu ce mois-ci présentant un cas similaire m’ont, je pense, aidé à voir assez facilement dans le jeu de l’autrice.

Toutefois, ce n’est pas une gros point négatif tant la plume de l’autrice, sa narration et son héroïne m’ont séduite. (A vrai dire, j’ai été plus dérangée par la mise en page parfois imparfaite, comme les majuscules après un point d’interrogation dans les dialogues (du style : « – Ils ne te l’ont jamais dit ? Demande Sandrine, incrédule. », un ou deux signes de ponctuation rejetés en début de ligne, ce genre de détails (oui, je suis une maniaque névrosée).) Si vous avez l’occasion de découvrir ce texte peu connu, je vous invite donc vivement à lui laisser une chance !

« Je sens que je suis à nouveau sur le point de m’endormir dans le canapé du salon. Cette fois, je ne lutte plus. A quoi bon. Pour quoi ? Pour qui ? Plus personne ne m’accorde la moindre importance, plus personne ne croit en ce que je raconte. Je ne retrouverai plus Daniel, il est trop tard. Je me remets à tourner en rond. Je suis à nouveau happée par un tourbillon de noirceur. Comme au moment de la disparition, lorsque tout le monde disait qu’il m’avait fuie. Comme avant que les journaux et les cahiers ne m’en sortent en m’apportant un nouveau but. Je ne crois plus aux journaux ni aux cahiers désormais, ils ne servent à rien. Je me remets à tourner en rond mais cette fois, comme de l’eau dans un évier sans bouchon. Je tourne en rond vers le vide. Lentement mais sûrement. »

Ce qu’il reste de nous, Justine Huart. Noir’éditions, 2018. 232 pages.

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Les Rougon-Macquart, tome 1, La fortune des Rougon, d’Emile Zola (1871)

La fortune des Rougon (couverture)Lire l’intégralité des Rougon-Macquart au rythme de deux tomes par an minimum est l’un de mes souhaits depuis longtemps. Je me suis donc attaquée dans cette relecture du premier volume – découvert pour la première fois il y a un bon moment, il va sans dire que je n’en avais aucun souvenir… – avec plaisir. Et je confirme, c’était TRES BIEN !
(Petit aparté : le plaisir tenait déjà simplement dans le fait d’ouvrir le livre. J’adore mes livres de Zola. L’épaisseur des pages, leur texture un peu gaufrée. Les creux des caractères d’imprimerie puissamment pressés contre la page. Les découpes inégales des pages en question. Leur odeur de vieux livres. Des éditions de 1927 dont le charme tactile vient s’ajouter au bonheur de la lecture. Bref, je les aime beaucoup. (Voilà, ça n’a rien à voir avec l’œuvre elle-même, mais c’est un aspect si intimement lié à ma lecture que je ne pouvais en faire abstraction.))

Mais surtout, les quelques romans de Zola que j’ai pu lire (sachant qu’ils se comptent sur les doigts d’une main) m’ont toujours séduite. Je n’ai rien contre les longues descriptions, précises à l’extrême, et je suis fascinée par ses portraits. Portraits pas toujours flatteurs en réalité. Disons que ses personnages, du moins dans La fortune des Rougon, sont à la fois fascinants et repoussants. Je suppose que c’est simplement parce qu’ils sont parfaitement humains… Difficile par conséquent de les apprécier purement et simplement.

Premier épisode d’un récit à la fois social et historique, ce tome raconte les origines de la dynastie des Rougon-Macquart, la genèse de cette « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire », les racines de l’arbre généalogique de cette famille. Bâties sur une histoire de frères, tels des Abel et Caïn du XIXe siècle, elle présente déjà plusieurs personnages que l’on retrouvera – eux ou leurs descendant·es – dans les dix-neuf volumes suivants. Je suis particulièrement intriguée par le docteur Pascal qui donne son titre au dernier tome de cette grande fresque (autant dire que je vais devoir prendre mon mal en patience).
Au fil des pages – tantôt bucoliques, tragiques, grandioses ou bouleversantes –, Zola raconte les appétits insatiables des membres de cette famille. Leurs lâchetés, leurs infamies aussi. Leurs caractères parfois si différents malgré leur sang commun. Coups bas, arnaques, appétit de s’en mettre plein les fouilles, zeste de folie arrosé par chez certains par un peu d’alcoolisme, jalousie fraternelle… pas moyen de s’ennuyer avec les Rougon-Macquart, rassurez-vous. A l’avidité et à la trahison, se mêle toutefois l’amour de Silvère et Miette qui donne lieu à de jolies scènes – celle du puits ou celle de la tante Dide se remémorant tous ses souvenirs à la vue d’une porte ouverte par exemple – même si je dois dire qu’ils ne sont pas mes personnages favoris – du coup, en monstre que je suis, j’ai aimé la fin… –.
Mais La fortune des Rougon retrace également, vus de Plassans – ville fictive du sud de la France –, les événements de 1851 : le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, les insurgés qui tentèrent vainement de défendre la République, le massacre qui suivit la répression de cette rébellion… Bon, je ne vais pas faire semblant de prétendre que je connais tout ça sur le bout des doigts – c’est quand même une période que l’on n’étudie pas vraiment et que l’on ne croise pas forcément souvent dans les bouquins – mais ça ne m’a pas ralenti. Surtout qu’entre les idéalistes, les opportunistes, les conservateurs, les indécis, les peureux, c’est encore une fois toute une galerie de façon de vivre des temps politiquement agités qui se dessine sous les mots de Zola.

Une peinture historique et sociale qui jamais n’ennuie mais au contraire, passionnant par la force de ses portraits. Comment dire, si le côté classique est du genre à vous effrayer, tentez le coup tout de même : passée la description initiale, ce livre devient une sorte de page-turner indémodable. Vivement ma lecture du suivant.

« La révolution de 1848 trouva donc tous les Rougon sur le qui-vive, exaspérés par leur mauvaise chance et disposés à violer la fortune, s’ils la rencontraient jamais au détour d’un sentier. C’était une famille de bandits à l’affût, prêts à détrousser les événements. Eugène surveillait Paris ; Aristide rêvait d’égorger Plassans ; le père et la mère, les plus âpres peut-être, comptaient travailler pour leur compte et profiter en outre de la besogne de leurs fils ; Pascal seul, cet amant discret de la science, menait la belle vie indifférente d’un amoureux, dans sa petite maison claire de la ville neuve. »

Les Rougon-Macquart, tome 1, La fortune des Rougon, Emile Zola. Typographie François Bernouard, 1927 (1871 pour la première édition). 381 pages.

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De bons présages, de Terry Pratchett et Neil Gaiman (1990)

L’Apocalypse aura lieu samedi prochain, après le thé ! C’est ce qui est prévu depuis des milliers d’années par le Ciel et l’Enfer. Sauf qu’un grain de sable s’introduit dans la machine, l’Antéchrist n’est pas celui que l’on croit, et un ange, Aziraphale, et un démon, Rampa, unissent leurs forces pour protéger cette Terre dont ils ont fini par apprécier les plaisirs.

Jouissant d’une adaptation en mini-série qui a un peu fait parler d’elle (sous le titre original, Good Omens), ce titre est sans doute connu de bon nombre d’entre vous, d’où cette chronique réduite. S’il était dans ma wish-list depuis longtemps, il a fallu des mois (voire des années) de procrastination, la mini-série susmentionnée et un Noël pour qu’il rejoigne enfin ma PAL.

Ce livre écrit à quatre mains par deux auteurs que j’aime beaucoup – même si j’ai lu plus de Gaiman que de Pratchett – ne m’a pas déçue (même si je crois que je préfère malgré tout les œuvres individuelles des deux écrivains).
J’y ai particulièrement retrouvé la patte de Terry Pratchett et le ton des Annales du Disque-monde (que j’avais commencé à lire il y a quelques années, que j’ai interrompu parce les tomes que je voulais étaient toujours empruntés à la bibliothèque, puis parce que j’ai déménagé, mais que je reprendrais un jour, quand ma PAL m’autorisera la plongée dans une série de dizaines de titres). L’humour y est terriblement savoureux. Ironique, absurde, grinçant. Il donne naissance à des descriptions, des comparaisons et des images tout simplement irrésistibles. Sans compter les piques par-ci par-là à l’encontre de la religion, du genre humain, de l’Angleterre, etc.
Et puis, il y a le duo Aziraphale-Rampa que j’ai eu plaisir à retrouver : il est si superbement interprété dans la série par Michael Sheen et David Tennant que les quitter avait été un crève-cœur. J’adore cet ange et ce démon qui, chacun, déteignent un peu sur l’autre à force de se fréquenter plus entre eux que leurs supérieurs respectifs. D’ailleurs, côté personnages, parmi les Cavaliers – ou plutôt les Motards – de l’Apocalypse se trouve un protagoniste plutôt marquant dans l’œuvre de Pratchett !
Quant à l’histoire, ça part parfois dans un n’importe nawak qui ne m’a pas refroidie. C’est farfelu d’un bout à l’autre. Mais cela n’empêche pas quelques réflexions sur l’humanité, notre comportement, ce genre de choses qui n’ont pas changées – qui ont même empiré – depuis les années 1990. Il n’y a que la fin qui a commencé à me lasser un tantinet : peut-être parce que j’avais l’impression d’avoir fait le tour, peut-être parce que ça devenait plus brouillon, je ne sais pas, mais plus aurait pu me laisser un goût un peu agacé en bouche. (En revanche, j’ai été surprise de ne pas retrouver certaines scènes de la série qui, pour le coup, se sont révélé de bonnes idées.)

C’est caustique, c’est barré, c’est original, c’est prenant, bref, c’est plutôt bon. Merci messieurs Gaiman et (feu) Pratchett !

 « En règle générale, les humains ne sont pas vraiment mauvais. Ils se laissent séduire par les idées nouvelles, c’est tout : on enfile de grandes bottes et on se met à fusiller les gens, on s’habille en blanc et on se met à lyncher les gens, on s’affuble de jeans à fleurs et on se met à jouer de la guitare aux gens. Offrez à un humain de nouvelles idées et un costume : il ne tardera pas à vous suivre, cœur et âme. »

« On grandit en lisant des histoires de pirates et de cowboys et d’astronautes et tout ça, et au moment où tu crois que le monde est plein de trucs géniaux, on te dit qu’en fait y a que des baleines crevées et des forêts abattues et des déchets radioactifs qui durent des millions d’années. Ça vaut pas la peine de grandir, si vous voulez mon avis. »

De bons présages, Terry Pratchett et Neil Gaiman. Editions J’ai Lu, coll. J’ai Lu Passeur d’imaginaires, 2019 (1990 pour l’édition originale. Editions J’ai Lu, 1995, pour la traduction française). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel. 444 pages.