Recueil de mini-chroniques, spécial BD

Zaï zaï zaï zaï, de Fabcaro (2015)

Zaï zaï zaï zaï (couverture)Parce qu’il n’a pas sa carte du magasin, un homme se retrouve traqué et jugé par tout le monde. Des politiciens aux médias, de ses amis aux gens dans les bistrots, chacun y va de son avis pendant que l’ennemi public n°1 se lance dans une fuite éperdue.

Pas de place au doute : nous allons faire une plongée dans le registre de la parodie et de l’absurde. C’est hilarant (j’ai ri à chaque planche ou presque), mais pas seulement…

En effet, les points de vue se multiplient (le risible aussi) et peu à peu se dessine une réjouissante parodie de notre société. Elle critique la politique d’hyper sécurité, l’indifférence, l’intolérance et la xénophobie, l’hypocrisie et le conformisme… Elle se moque gentiment des régions françaises (« Ici, en Lozère, je serai en sécurité, ils ne captent ni télé ni radio. »), des films policiers et/ou d’action, les médias, les révoltes adolescentes contre les parents…

Si le dessin est très minimaliste, Fabcaro propose néanmoins une bande dessinée très immersive. Elle rappelle irrésistiblement des situations de notre quotidien et, dès les premières pages, a aussitôt lancé un film dans ma tête avec des images, des bruits, des voix (notamment celle des journalistes… vous savez…cette (insupportable) voix (merci à Alberte Bly pour la découverte de cette vidéo vraiment bien faite))

Chorale, futée, atypique et franchement barge, voilà comment je qualifierais cette BD  désopilante qui souligne avec justesse quelques tares de notre société. Autant d’humour et autant d’intelligence, pourquoi se priver ?

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro. Editions 6 pieds sous terre, 2015. 72 pages.

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Les années douces (2 tomes), de Jirô Taniguchi,
d’après le roman d’Hiromi Kawakami (2008)

Les années douces (couverture)

Les rencontres entre Tsukiko et son ancien professeur maintenant à la retraite. Entre la trentenaire et celui qu’elle appelle « le maître », se noue une relation où l’affection est de plus en plus prégnante.

Les années douces 2 (couverture)C’est un récit très lent, très tendre qui se déroule ici. On regarde ces deux cœurs solitaires s’approcher et se découvrir peu à peu. C’est tranquille, délicat, tout en douceur. Pas de grandes aventures, pas de rebondissements inattendus, juste des instants du quotidien narrés avec beaucoup de pudeur et de simplicité.

J’avoue que j’ai particulièrement aimé la première partie (heureusement, la plus longuement évoquée dans ces deux volumes) de leur relation, lorsque celle-ci était plus floue, oscillant entre amitié, respect et amour platonique. La suite est plus conventionnelle bien que toujours aussi justement narrée.
Si les « Maître ! » incessants de Tsukiko m’ont parfois agacée, presque gênée par cette connotation hiérarchique dans une relation d’égale à égal, je me suis toutefois identifiée à cette femme timide, qui a l’impression de ne pas être suffisamment adulte. J’ai été touchée de la voir, elle si solitaire malgré une vie active, découvrir l’autre et constater la place qu’il a prise dans sa vie comme ça, mine de rien, au fil des conversations.

Les rencontres des deux personnages s’effectuent la plupart du temps dans un petit troquet et la nourriture accompagne tout le récit. Et s’opère alors ce talent tout japonais semble-t-il de rendre tout et n’importe quoi (certains plats ont de quoi surprendre) parfaitement alléchant. (Je pense notamment aux films d’animation de Miyazaki ou autres qui me mettent toujours l’eau à la bouche.)

Les dessins de Taniguchi soulignent tout cela – émotions, timidité, tendresse, mets appétissants – avec fluidité et précision. J’ai aimé scruter les visages, contempler les paysages, m’immerger dans ces pages crayonnées.

Ce n’est pas un coup de cœur, peut-être la narration ne s’y prêtait-elle pas. Ce fut une lecture agréable, douce, sereine, onirique parfois. Je ne sais quelles émotions elle laissera en moi, mais je pressens que je n’en garderais qu’un souvenir diffus quoique paisible et heureux.

Les années douces (2 tomes), Jirô Taniguchi, d’après le roman d’Hiromi Kawakami. Casterman, coll. Ecritures, 2010-2011 (2008 pour l’édition originale). Traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu. 200 pages (tome 1) et 238 pages (tome 2).

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Saveur Coco, de Renaud Dillies (2013)

Saveur Coco (couverture)Deux amis, Jiři et Pôlka, errent dans le désert, assoiffés. La seule dépression en vue est loin d’être climatique. Entre mirages, poissons volants et noix de coco inviolables, les deux compères ne semblent pas prêts de se désaltérer

Ne vous attendez pas à un début et une fin bien nette. Non, ici, le scénario est comme un désert qui s’étend à l’infini. Entre la première et la dernière page, on n’aura pas vraiment le sentiment d’avoir avancé, juste celui d’un bref voyage étonnant et poétique en compagnie d’une cigogne et d’un renard anthropomorphiques.

C’est ça, Saveur Coco. Pas une histoire au sens où on l’entend, mais de la poésie. Poésie des mots, poésie des images.
Dialogues savoureux, bons mots et jolies répliques. C’est décalé, c’est loufoque, c’est inclassable. Mais on se prend de sentiment pour ce duo improbable, pour ces deux amis si différents que l’épreuve de la soif amènera à déteindre un peu sur l’autre.
Couleurs lumineuses et faciès attendrissant. C’est un régal pour les yeux. Ça jaillit, ça éblouit, ça émerveille. Pleines pages, petites cases, rondeurs, angles droits, absence de bordures, banderoles… le tout foisonne d’inventivité tandis que le Soleil omniprésent, le sombrero et les enluminures colorées nous emmènent dans un univers d’inspiration mexicaine.

Cette fable absurde, portée par une quête totalement vaine, déstabilise sans aucun doute, laissant un goût d’inachevé dans l’air. Et pourtant, si ça ne se hisse pas au niveau d’un Abélard, ça sort des chemins battus et c’est tout simplement délicieux.

Saveur Coco, Renaud Dillies. Dargaud, 2013. 80 pages.

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Momo, (2 tomes), de Jonathan Garnier (scénario) et Rony Hotin (dessin) (2017)

Momo T1 (couverture)Momo est une petite fille élevée par sa grand-mère dans un petit village en bord de mer. Nouveaux copains, rencontres inoubliables, petits et grands malheurs, bref, la vie avec beaucoup de justesse et d’amour.

Momo T2 (couverture)Cette BD a été une bouffée de tendresse enfantine. Sous sa tignasse, Momo est absolument renversante de force et de fragilité. Elle amuse et émeut, on se prend d’amour pour cette petite fille solitaire trop éloignée de ses parents. Son innocence est parfois mise à rude épreuve, mais cette guerrière sait rebondir et retrouver d’un coup la combativité joyeuse des enfants. Sa franchise et sa curiosité naturelles lui permet de fendre les carapaces que certains forgent autour de leur cœur. Elle a de multiples facettes, la petite Momo, c’est ce qui la rend si touchante et si réaliste à l’image de celles et ceux qui l’entoure.

Le fantastique en moins, j’ai retrouvé du Miyazaki dans cette histoire, tant dans le dessin que dans les paroles des personnages. J’y ai retrouvé Ponyo sur la falaise, Le château ambulant ou encore Mon voisin Totoro.

Momo, c’est une boule d’énergie, ce sont des rires à chaque coin de rue, c’est une montagne de mignonnerie et d’attendrissement, ce sont aussi quelques froides averses de tristesse qui glacent le cœur. Je vous préviens, Momo est bien trop adorable pour laisser indifférent·e, vous risquez d’y laisser quelques miettes de votre cœur !

Momo (2 tomes), Jonathan Garnier (scénario) et Rony Hotin (dessin). Casterman, 2017. 88 pages (tome 1) et 83 pages (tome 2).

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Les Morts, de Christian Kracht (2016)

Les Morts (couverture)Vraiment, me voilà bien embêtée. Je dois faire une critique de ce livre reçu grâce à Babelio, c’est le deal, mais je n’ai rien à en dire. Tout simplement parce que je me suis mortellement ennuyée. A l’exception de brefs passages d’intérêt aussi inattendus que surprenants, je me suis battue – j’ai vraiment lutté – pour finir ce livre. J’ai essayé de ne pas trop lire en diagonale dans la seconde moitié bien que j’avais l’impression de ne pas progresser d’un iota, mais je m’aperçois à présent, deux jours après la fin de ma lecture, qu’il ne me reste pas grand-chose de plus que si je l’avais fait.

Nous sommes dans les années 1930 et, voyageant entre la Suisse, l’Allemagne et le Japon, nous suivons deux personnages : Emil Nägeli, réalisateur suisse missionné pour réaliser un film collaboratif entre Allemagne et Japon (et impatient de retrouver sa maîtresse Ida von Üxküll), et Masahiko Amakasu, agent ministériel responsable de la venue de ce dernier au Pays du Soleil Levant.
Si les personnages principaux sont nés de l’imagination de l’auteur, on croise également toute une galerie de personnages non fictionnels qui ont fait l’histoire cinématographique et politique de cette époque : Charlie Chaplin, Lotte Eisner, historienne et critique de cinéma, et d’autres que je ne connaissais pas comme Alfred Hugenberg, homme politique et soutien d’Adolf Hitler (merci Wiki !)…

Pour m’avoir laissée dans une telle indifférence, je me dis que ce n’était tout simplement pas le moment, pas le livre dont j’avais envie. Non ? Il a été primé, il est traduit en plusieurs langues, j’ai forcément raté quelque chose ! J’aurais aimé l’aimer, ce livre suisse – nationalité rarement rencontrée – publiée par une maison d’édition dont je n’avais encore rien lu (à ma connaissance).

Je suis sortie de ce livre… désabusée. Pas seulement parce qu’il n’a pas fonctionné avec moi – pourtant, je veux bien croire au potentiel du rythme d’écriture, des touches d’humour subtilement distillées, de la plume même de Christian Kracht –, mais aussi parce que les personnages ne m’ont inspiré aucune compassion, aucune sympathie. Egocentriques, pathétiques, se méprisant les uns les autres derrière les sourires et les courbettes, Emil remâchant sa relation avec son père encore et encore, et ne pensez pas que des personnages comme Chaplin remonteront la barre. Finalement, les seuls passages que j’ai lus avec intérêt sont ceux concernant l’enfance d’Amakasu, ses parents, ses obsessions, ce pensionnat qu’il a tant haï. Il me laisse en bouche un vague goût de déchéance et de déception.

Je ne dirai rien de plus car, si je sais parler d’un livre que j’ai adoré, que j’ai détesté, qui m’a un peu déçue, qui m’a agacée, je peine à le faire pour un livre qui n’a rien éveillé chez moi si ce n’est l’ennui et l’incommensurable envie de passer à autre chose. Je trouve cette position très inconfortable, mais sincèrement, je ne sais pas quoi dire de plus.

« Les secrets inébranlables de son pays, cette taciturnité qui laisse tout entendre et ne dit rien, lui répugnaient mais, comme tout Japonais, il trouvait les étrangers profondément suspects en raison de leur insensibilité – cependant si l’on pouvait se servir d’eux et de leur opportune insignifiance pour accomplir son devoir d’airain à l’égard de l’empereur et de la nation, alors il fallait le faire. »

Les Morts, Christian Kracht. Editions Phébus, coll. Littérature étrangère, 2018 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’allemand (Suisse) par  Corinna Gepner. 184 pages.

Challenge Tournoi des trois sorciers – 5e année
Filet du diable (Botanique) : un livre que vous pensiez aimer mais qui est une déception

Trois BD, trois autrices : Un autre regard, La tectonique des plaques et Underwater

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, tome 1,
d’Emma (2017)

Un autre regard, tome 1 (couverture)Je suivais déjà depuis quelques temps le blog d’Emma (je l’ai d’ailleurs citée à de nombreuses reprises dans mes « C’est le 1er… »), j’ai donc été ravie de l’opportunité de découvrir cette BD grâce à Babelio.

La manipulation, les violences policières et celle des opprimé.es, la maternité, l’épisiotomie, le regard des hommes sur les femmes, le clitoris… voilà les thèmes divers et variés abordés par la blogueuse Emma.

Le ton est sérieux, mais n’est pas dénué d’humour. Emma dénonce des tabous et des problèmes dans l’air du temps et elle le fait très bien. Les anecdotes qu’elle raconte permettent d’aborder différents sujets avec intelligence. Les planches sont suffisamment longues pour ne pas frustrer le lecteur et peuvent donner des idées pour approfondir certains thèmes par la suite.

Les dessins minimalistes laissent la place au texte et au fond et l’on constate rapidement que des efforts sont encore à faire pour vaincre le sexisme de notre société. Comme souvent face à ce genre d’ouvrage, j’ai sifflé d’exaspération lorsqu’elle rapporte des remarques des plus insupportables.

Un livre intelligent et incisif !

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, tome 1, Emma. Massot éditions, 2017. 110 pages.

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La tectonique des plaques,
de Margaux Motin (2013)

La tectonique des plaques 135 ans, mère célibataire, les sorties entre copines, l’alcool, les gaffes de sa petite fille, une histoire d’amour toute neuve avec l’un de ses meilleurs potes, un changement de vie… Bref, la vie quotidienne de Margaux Motin.

J’ai pris cette BD un peu au hasard à la bibliothèque, sans trop savoir de quoi elle parlait (je ne connaissais que le nom de Margaux Motin, nullement son travail). La surprise a été plutôt bonne pour moi qui cherchais une lecture légère.

Il y a quelque chose de très authentique, beaucoup d’autodérision, une pointe de vulgarité, et beaucoup d’amour finalement (pour sa fille dont la perspicacité et les tirades donnent lieu à de beaux moments, ses copines, son copain – le temps que ça dure –, pour la vie tout simplement). L’humour est très présent – des fois, ça marche, des fois, ça tombe à plat – et certaines planches m’ont beaucoup amusée, parfois parce que je m’y reconnaissais en dépit du fait que je ne suis on ne peut plus différente de Margaux. Si j’ai tout de suite adoré l’excentricité rafraîchissante du personnage, il m’a fallu quelques pages pour apprécier son côté Parisienne un peu égocentrique, très « fringues et maquillage » et ce sont les histoires « à la maison » qui m’ont aidée à l’aimer.

Plus maligne qu’une simple succession de gaffes, La tectonique des plaques est la confession touchante d’une pointe de folie, d’un cœur immense et d’un cerveau qui carbure un peu trop. Les dessins, croqués sur le vif, sont en parfaite adéquation avec le dynamisme général de la BD. Un mélange trash et tendre pour un agréable moment de loufoquerie.

La tectonique des plaques, Margaux Motin. Editions Delcourt, coll. Tapas :-*, 2013. 192 pages.

Challenge Voix d’autrices : une bande-dessinée

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Underwater, le village immergé, tomes 1 et 2,
de Yuki Urushibara (2009-2011)

Lorsqu’elle s’évanouit sous le soleil de plomb qui étouffe le Japon, Chinami se retrouve dans un petit village au bord d’une rivière à la fraîcheur bienfaisante où elle fait la rencontre de Sumio qui vit là, seul avec son père. Les secrets qu’elle va y découvrir va bouleverser toute sa famille.

Cette duologie mêle plusieurs points de vue issus des différents membres de la famille : Chinami, sa mère, sa grand-mère… Leurs récits et leurs souvenirs s’entrecroisent et se complètent pour former un tout (dans le tome 1 du moins, ce qui l’a rendu plus passionnant que le second). L’on découvre ainsi progressivement les liens qu’entretient la famille avec le village abandonné.

Histoire familiale délicatement ciselée, Underwater aborde les sujets du deuil, de la résilience, de la mémoire, des souvenirs douloureux et heureux. Comment s’occuper des vivants sans oublier les morts ? Comment laisser partir les fantômes et poursuivre sa vie ? La météo – au début, caniculaire d’un côté, pluvieux de l’autre – semble être un indicateur du chemin parcouru par les personnages, chacun à leur manière, chacun à leur rythme.

Suffisamment vrais et travaillés pour que l’on se sente proche d’eux, les personnages sont une réussite, accrue par la belle expressivité des dessins. Ceux-ci sont également immersifs lorsqu’ils nous montrent le village, sa rivière et sa cascade. La mort annoncé de celui-ci ne fait que renforcer le sentiment de mélancolie lorsque l’on visite ce paradis perdu détruit par la modernité.

Underwater (planche)

Attirée par les douces aquarelles des couvertures, j’ai été captivée aussi bien par l’histoire difficile mais si banalement humaine des personnages que par le destin de ce village enchanteur et hors du temps. Une touche d’onirisme, un zeste de légende, une bonne dose de poésie et beaucoup d’humanité. Une belle lecture.

Underwater, le village immergé, Yuki Urushibara. Editions Ki-oon, coll. Latitudes, 2016 (2009 et 2011 pour les éditions originales). Traduit du japonais par Thibaud Desbief. 248 et 248 pages

Challenge Voix d’autrices : un manga

 

La petite boutique japonaise, d’Isabelle Artus (2016)

La petite boutique japonaise (couverture)Pour résumer ce roman, on pourrait dire qu’une apprentie geisha de Melun part au Japon retrouver son amoureux, un apprenti samouraï-yakuza breton.

 

Je ne sais pas trop quoi dire dessus. Je l’ai lu sans accrocher, en me demandant où on allait, en me demandant pourquoi cette histoire, qu’est-ce qu’elle voulait dire, qu’elle était son intérêt. J’attendais l’étonnement, le rebondissement. En vain, malheureusement car la fin, qui aurait pu être plus ouverte, est convenue et sans surprise.

Il s’agit d’une histoire d’amour qui se déroule entre la France et le Japon, entre ces deux Français – Pamela et Thad – passionnément attirés par le pays du Soleil-Levant. Pour pouvoir se retrouver, les deux personnages doivent se chercher longuement eux-mêmes. Durant une rencontre avec l’auteure, organisée par Babelio et les éditions Flammarion, le terme « développement personnel » est souvent revenu : peut-être fallait-il mieux le prendre sous cet angle pour l’apprécier…

L’idée était plutôt originale et donnait matière à un récit loufoque, mais ce n’est pas le cas. J’ai eu l’impression que le roman oscillait entre humour et poésie, sans pour autant être convaincant dans l’un ou l’autre de ces registres. Le roman se traîne en longueur avec parfois des états d’âme, des atermoiements chez Thad qui m’ont profondément lassée.

 

Quant à la découverte de la culture japonaise à travers l’histoire de Pam et Thad, je l’ai trouvé assez superficielle. Pourtant, je ne suis pas une experte du Japon, mais j’ai eu l’impression de retrouver des clichés, des images très attendues dans un roman se déroulant au Japon.

De nombreuses références à la culture populaire ponctuent le roman, principalement à travers les séries Kung-Fu et Dallas qui ont marqué soit les héros, soit leurs familles, mais l’auteure cite également quelques livres ou films comme Mémoires d’une geisha, référence pour Pam.

Une amourette qui se traîne sur 300 pages, des sentiments qui ne m’ont pas touchée. Une déception. Dommage…

 

« Cette femme-là, sa mère, lui devenait étrangère. Il pensait l’aimer bien sûr, par résignation, par égard pour tout ce temps passé ensemble qui les avait figés dans une relation curieuse vidée de sa substance. Il aurait pu comparer le lien qui l’unissait à Soizic, à celui qui relie une gérante de crêperie et son plus fidèle client. »

« Il n’avait pas eu de crises depuis presque deux ans. Il pensait que c’était derrière lui, qu’elles ne reviendraient plus le hanter selon un scénario malheureusement bien rodé : le jaillissement de la violence puis la honte qui l’obligeait à se retrancher dans son propre silence. Le genre de mutisme qui protège celui qui se tient à l’intérieur et blesse celui qui s’approche. Il tenait trop à Pam pour se supporter lui-même. Il constatait sa dépendance nouvelle vis-à-vis d’elle. Cette situation lui paraissait à la fois réconfortante – il était donc capable de sentiment – mais aussi terriblement angoissante. Il se sentait coincé, tiraillé entre le désir d’inspirer des sentiments profonds à un être humain – surtout lorsqu’il s’agissait de la plus exquise créature jamais rencontrée – et la terreur des responsabilités que suppose ce genre d’engagement. »

« Je t’ai dit que l’amour n’est pas une fin en soi, ni même un idéal. J’avais certainement raison… en théorie. Mais quand ça arrive, il faut l’accepter, le chérir, le protéger. Y renoncer devrait être mis au rang des crimes contre l’humanité. Tu as commis le pire crime contre toi-même. »

 

La petite boutique japonaise, Isabelle Artus. Flammarion, 2016. 311 pages.

Kokekokkō !, des éditions Issekinicho (2014)

Kokekokko (couverture)Voilà longtemps que j’ai découvert le blog Issekinicho ! Je me suis émerveillée devant les découvertes d’aAlex et Delfine au pays du soleil levant, j’ai souri face aux situations cocasses qu’ils expérimentaient parfois, comme tout étranger arrivant dans une contrée aux coutumes et à la langue différentes.

Je n’ai pas lu les autres livres, livres de photographies, publiés depuis qu’ils ont monté leur maison d’édition, mais Kokekokkō ! m’a tout de suite attiré, moi qui m’intéresse tant à la bande dessinée qu’aux récits de voyage, et je me suis empressée de le commander.

Je dois tout d’abord dire que je n’ai jamais vu un livre si bien emballé, si bien protégé. Papier, papier bulle, carton : le très bel objet que j’ai découvert à l’intérieur est arrivé intact, sans une éraflure. Merci pour votre soin !

 

Si je ne peux pas dire que j’ai aimé toutes les histoires, tous les styles de dessins – rien de surprenant, seize dessinateurs offrent une palette variée, donc il y a forcément des choses que l’on apprécie davantage que d’autres –, en revanche, j’ai adoré le livre dans son ensemble. Car cette diversité justement permet de découvrir de multiples Japon, de rentrer dans cette culture de mille façons (enfin, seize, mais c’est mille, c’est plus joli), de multiplier les rencontres. C’est un ouvrage éclectique, original pour lequel chaque auteur a réellement apporté sa touche personnelle.

De plus, on découvre en même temps des artistes. J’ai bien envie d’aller explorer chacun de leur site. Comme si je n’avais pas assez de choses à faire, voilà que je vais encore me plonger dans les méandres du web !

Pour ceux qui aiment la bande dessinée, pour ceux qui aiment les récits de voyage, pour ceux qui aiment le Japon, pour ceux qui y vivent, pour ceux qui aspirent à y aller, pour ceux qui aiment découvrir et apprendre, pour ceux qui aiment rêver…

Un très beau voyage qui donne envie de partir réellement, de cesser de se contenter de photographies, de carnets de voyage et de restaurants japonais !

« Une émotion incroyable s’empare de moi. Je ne suis plus qu’une minuscule molécule perdue à des milliers de kilomètres de chez moi, dans un paysage inconnu. Mon thermomètre émotionnel fait le marathon entre l’excitation euphorique et l’angoisse existentielle. »

Kokekokkō ! : 16 vues du Japon, ouvrage collectif. Editions Issekinicho, 2014. 320 pages.

Les seize dessinateurs :

Mémoires d’une geisha, par Inoue Yuki (1980)

Mémoires d'une geisha (couverture)En 1900, Kinu Yamagushi est vendue à une okiya (une maison de geisha) où elle devra apprendre à devenir une véritable geisha, elle deviendra alors Suzumi. Ce livre ne nous montre pas ce que l’on sait déjà de ce monde mystérieux. Bien entendu, on suit des cérémonies, des fêtes, mais Inoue Yuki nous montre surtout ce qui se cache derrière le rideau : l’apprentissage difficile des arts, les exercices physiques, les punitions, l’initiation sexuelle, le respect des codes vestimentaires et comportementaux, l’obéissance permanente à la « Mère » avec de devenir soi-même patronne d’une okiya, une okâsan.

Attention, ce livre ne doit pas être confondu avec Geisha d’Arthur Golden dont a été tiré le film de Rob Marshall avec la superbe Zhang Ziyi. Geisha est une fiction qui comporte des anomalies (comme l’apparence de Chiyo) bien que l’auteur se soit bien renseigné auprès d’une ancienne geisha, Mineko Iwasaki (qui, opposée aux libertés prises par Arthur Golden, a écrit plus tard son autobiographie, Ma vie de geisha). En revanche, Mémoires d’une geisha est davantage un documentaire qui aborde les mœurs japonaises de ce début de XXe siècle. Avec pudeur, Inoue Yuki nous ouvre la porte du monde des geishas, un monde avec ses codes, ses lois et ses traditions. C’est une histoire vraie, vécue par une vraie femme que l’on a vendue alors qu’elle n’était qu’une petite fille et dont Inoue Yuki a recueilli les propos. Ce témoignage émouvant est renforcé par des photographies, les termes originaux (en japonais) et une profusion de détails.

Si vous voulez du romanesque, des sentiments, lisez Geisha, d’Arthur Golden. Mais si vous voulez un documentaire, choisissez Mémoires d’une geisha qui est un ouvrage très riche et complet, ce qui le rend parfois un peu ardu à lire. En ce qui me concerne, j’ai largement préféré ce dernier.

« Une geisha avait beau vendre sa virginité et se prostituer, il lui était interdit de donner son cœur au client et de l’aimer. »

Mémoires d’une geisha, Inoue Yuki. Picquier poche, 1997 (1980 pour l’édition originale. Editions Philippe Picquier, 1993, pour l’édition française en grand format). Traduit du japonais par Karine Chesneau. 279 pages.