Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, de Ruta Sepetys (2011).

Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre (couverture)Le 14 juin 1941, Lina est arrêtée par le NKVD avec sa mère et son petit frère Jonas. Cette fille d’intellectuels lituaniens de 15 ans, passionnée de dessin, est déportée et entame un long et tragique voyage à travers la Russie. Deux arrêts majeurs : le premier dans un kolkhoze de l’Altaï, en Sibérie, puis à Trofimovsk, au Pôle Nord. Là, elle doit travailler dur pour gagner sa ration de pain. Pour survivre, Lina s’appuie sur son immense courage, sur l’amour de sa mère et de son frère et sur l’espoir de revoir son père qu’elle guide grâce à de petits dessins qui passent de main en main. Elle peut aussi compter sur Andrius, 17 ans, déporté en même temps qu’elle.

Il s’agit là du premier roman de Ruta Sepetys, découverte avec Le sel de nos larmes. Elle s’est inspirée de l’histoire de son père qui a fui la Lituanie dans sa jeunesse et de témoignages recueillis lors de nombreuses rencontres avec des Lituaniens qui ont fui, qui ont été déportés, qui ont survécus.

J’ai beaucoup aimé ce roman qui aborde le sujet de l’annexion des pays Baltes et des souffrances de leur population. A la fin du récit, dans une « note de l’auteure », on apprend que « les trois Etats Baltes ont perdu plus du tiers de leur population pendant le génocide soviétique », ce qui est tout simplement ahurissant et révoltant. On sent vraiment que Ruta Sepetys s’est beaucoup documentée pour rendre son récit aussi proche du réel que possible.

La dureté et l’horreur des conditions de déportation et de travail. Le manque de nourriture, d’hygiène, de soins. La promiscuité, les maladies, les poux. L’espoir, le renoncement, l’amour, la solidarité. Tout cela est dans ce roman poignant, fort et important.

Ruta Sepetys utilise des mots simples, qui n’en sont pas moins touchants dans leur simplicité, pour raconter les épreuves, la faim, la saleté et les humiliations, mais aussi pour raconter les souvenirs heureux de Lina, les moments de joie éphémère que les déportés parviennent à trouver pour se soutenir et pour trouver le courage de survivre une journée de plus, le refuge qu’est l’art pour Lina.

En revanche, si je me suis attachée à Lina avec sa force et sa fougue, c’est un peu moins le cas des autres personnages, aussi sympathiques et touchants soient-ils. Ce sont toujours des personnages très nuancés, notamment le Chauve et Kretzky qui tardent à révéler leurs bons côtés. Sur ce point, j’ai préféré Le sel de nos larmes où j’avais vraiment apprécié chacun des personnages.

On découvre également que Ruta Sepetys n’a pas résisté à faire un lien entre deux personnages de Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre et Le sel de nos larmes, mais je n’en dirai pas plus ! Voilà ce qu’en disait l’auteure lors d’une rencontre Babelio organisée pour la sortie de son troisième roman : « Lorsque j’ai terminé mon premier roman, j’étais si attachée aux personnages que je voulais absolument les revoir. Ils habitaient mon esprit et mon corps tout entier et je ne pouvais imaginer les laisser derrière moi aussi vite. Pour cette raison, quelque peu enfantine peut-être, j’ai décidé d’en choisir un et de le situer dans mon second roman. Une petite fantaisie que je me suis permise. »

Un roman historique où l’horreur se confronte à la joie des souvenirs passés et à l’espoir qui ne s’éteint jamais totalement.

« Je fermai la porte des toilettes et entrevis mon visage dans la glace. Je n’avais pas la moindre idée de la vitesse à laquelle il allait changer, se faner. Si je l’avais seulement pressenti, j’aurais fixé avec attention mon image, j’aurais essayé de la mémoriser. C’était la dernière fois que je pouvais me regarder dans un véritable miroir ; je n’en aurais plus l’occasion avant une décennie, et même plus. »

« – Notre sens de l’humour, déclara Mère dont les yeux étaient mouillés de larmes. Ils ne peuvent pas nous le prendre, n’est-ce pas ? »

« A présent, peut-être parce que j’avais été contrainte de faire le portrait du commandant, je dessinais tout ce que je voyais ou ressentais. Dans certains de mes croquis, comme dans ceux de Munch, la douleur irradiait ; dans d’autres, il y avait plus qu’une note d’espoir : un ardent désir de vivre. »

« Le mauvais temps perdurait, impitoyable. A peine une tempête de neige était-elle derrière nous qu’une autre survenait. Ne gelions en permanence sous des couches et des couches de neige et de glace, bref, nous menions une vie de pingouins. »

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, Ruta Sepetys. Gallimard jeunesse, coll. Scripto, 2011 (2011 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bee Formentelli. 423 pages.

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