Le Dit du Genji, de Murasaki-shikibu (XIe siècle)

Le Dit du Genji (coffret)Voilà une chronique difficile à écrire. Parce que j’ai énormément de choses à vous dire et que je ne sais pas où commencer (d’ailleurs, je vais rapidement vous perdre vu la longueur de l’article), parce que j’ai peur de ne pas rendre hommage à ce livre, parce que c’est un roman atypique qui détonne complètement parmi mes lectures habituelles (non, je ne suis pas familière des récits japonais du XIe siècle).

Le Dit du Genji est une œuvre millénaire. Ecrit au XIe siècle, il raconte la vie politique mais surtout amoureuse du Prince Genji. Considéré comme le premier roman psychologique, il est attribué à une femme dont le vrai nom nous est resté inconnu. En effet, Murasaki est le nom du personnage féminin principal tandis que Shikibu se rapporte à la fonction de son père (de l’autrice donc) qui était un lettré à la cour.

Le Dit du Genji (couverture)

  • Les us et coutumes d’une époque

 Présenté comme une histoire vraie, Le Dit du Genji nous offre une plongée dans le Japon de l’époque de Heian (794-1185) dans la cour impériale sise dans la ville du même nom (l’actuelle Kyôto). Le Genji étant un Prince de sang, nous nous familiarisons peu à peu avec les usages de la cour et les protocoles.
Riche en détails, le récit donne une bonne place aux us et coutumes de l’époque : les fêtes religieuses, les conjurations lors de maladies, les mariages, les entrées en religion, les abdications (j’ai d’ailleurs été surprise par le fait que les empereurs laissent volontiers la place à leur successeur, il n’y a pas du tout de lutte pour le pouvoir dans le roman, ce qui change des histoires de dirigeants avides et accrochés à leur trône) et même une célébration de l’entrée dans la vieillesse… à quarante ans (eh oui, il n’est pas surprenant de trouver, dans une œuvre aussi vieille, quelques éléments qui détonnent avec notre quotidien).
En revanche, nous restons dans un milieu de nobles et la peinture du Japon du XIe siècle n’est nullement complète. Les paysans et autres gens du commun sont présentés soit avec condescendance, soit comme un tableau bucolique (ce qui n’en est souvent pas moins condescendant d’ailleurs…).

« Des années et des mois durant, il lui avait été loisible de la voir à sa convenance, quand elle-même lui témoignait sa passion ; or, dans l’orgueilleux nonchaloir de son cœur, il ne s’était alors guère montré empressé. Et puis, lorsqu’il en était venu à soupçonner qu’elle était affligée d’une tare redoutable, il en avait été dégrisé et leurs liens s’étaient relâchés ; mais voici que cette entrevue insolite faisait dans son esprit revivre les jours d’antan et qu’il découvrait, avec un trouble infini, le sentiment qu’il éprouvait encore à son égard. Des images du passé, de l’avenir, se pressaient dans son esprit, et il céda à ses larmes. La femme retenait les siennes, décidée à ne point laisser paraître sa propre faiblesse, mais son attitude montrait que c’était au-dessus de ses forces ; de plus en plus ému, il lui remontra qu’il était temps encore de renoncer à son départ. »
– Livre X, L’arbre sacré –

  • La place des femmes

Je parlais des éléments qui surprendront, voire choqueront, un lecteur ou une lectrice du XXIe siècle. En voici un autre : le traitement des femmes. « Ça y est, elle commence son laïus féministe. » Eh bien oui, mais je précise dès à présent que je ne condamne pas catégoriquement le roman pour une simple raison : il a été écrit il y a mille ans.

Le Genji, homme d’une beauté presque surnaturelle, grand séducteur, a, au fil du récit, de multiples maîtresses, dont certaines deviendront des épouses officielles. Il n’hésite pas à les harceler pour obtenir ce qu’il veut : une tentative de viol initie ainsi sa première histoire d’amour, il presse tant une autre qu’elle tombe malade, l’esprit jaloux d’une amante délaissée vient torturer son épouse…
De mon point de vue de femme du XXIe siècle, ce n’est donc pas toujours un personnage recommandable (son petit-fils, le Prince Parfumé, sera de ce point de vue là encore plus insupportable) mais ce n’est absolument pas présenté ainsi. Sa beauté est si éclatante que le monde est sans cesse en admiration devant lui, chacun – hommes et femmes – lui passera (presque) tout, chacun le trouvera touchant dans sa détresse (comprendre « quand une femme lui résiste un peu ») et tant pis pour la femme concernée qui se retrouve seule contre le monde entier (par exemple, lorsqu’il force la porte de la chambre de la demoiselle d’Akashi, cette dernière est seule pour s’opposer à lui car il a l’accord du père de la jeune fille qui souhaite pour elle un mariage grandiose). Mais ça, c’est seulement la façon dont j’ai vu les choses en lisant entre les lignes car le Genji, surnommé le Prince Radieux, n’est jamais vraiment déprécié dans le récit.

« Il avait, ce disant, l’air si sombre qu’il en donnait le frisson :
              « S’il m’est interdit
              désormais et pour toujours
              de vous rencontrer
              combien de vies faudra-t-il
              que je passe en gémissant
Votre salut de même, pour sûr en sera entravé ! »
A cette déclaration, elle ne put retenir un soupir :
« Que votre rancœur
allât en des vies futures
jusqu’à me poursuivre
serait sachez-le la preuve
de votre frivolité. »
Elle avait dit ces mots avec un apparent détachement qui lui fit sentir qu’il était inutile d’insister, mais ce qu’elle devait penser lui rendait tout aussi pénible cet entretien, aussi s’en fut-il, à peine conscient. »

– Livre X, L’arbre sacré –

Je continue d’ailleurs ma parenthèse féministe.
Le mot « viol » ne sera jamais prononcé – nonobstant la notion de consentement, on parlera plutôt de « liaison » –, l’acte n’est même jamais présenté comme tel (et la langue est telle que ce n’est parfois pas évident de ne pas passer à côté), mais en ce qui me concerne, aussi implicite que ce soit, c’est bel et bien ce dont il s’agit.
Je ne nierai pas que la façon dont les femmes sont regardées, étudiées, évaluées et en même temps surprotégées est parfois agaçante. Par exemple, elles ne doivent pas être vues des autres (même le fils du Genji ne découvrira le visage de Murasaki, sa belle-mère, qu’en l’épiant en secret) mais si l’une d’elles se laisse apercevoir, c’est elle qui en sera blâmée même si l’homme a forcé sa porte ou ne cesse de la poursuivre de ses assiduités comme on dit.
Elles sont soumises à une pression perpétuelle. Sans protecteur masculin, elles risquent une vie peu reluisante, mais elles doivent faire très attention à leur mariage sans qu’elles aient vraiment leur mot à dire dans le choix de leur époux. Le mot d’ordre : ne surtout pas déchoir, ne pas céder à un homme, etc. Ainsi le Prince Huitième conseillera à ses filles de vivre recluses dans la montagne lorsqu’il ne sera plus et de « s’épargner ainsi les fâcheux éclats de la médisance. »
De même – et je terminerai là-dessus –, la grossesse à onze ans pour la fille du Genji choque un peu.

Attention, je ne veux pas donner l’impression d’écrire un réquisitoire. Non seulement, ce n’est pas une succession de viols, mais surtout il faut vraiment effectuer une remise en contexte. D’ailleurs, même si l’on exigeait beaucoup des femmes – ce qui n’a pas vraiment changé –, elles sont tout de même globalement respectées. Il est d’ailleurs surprenant, en lisant ce livre si raffiné, si avisé sur ce qui agite les cœurs et les esprits des hommes et des femmes, de mettre en parallèle l’histoire de l’Europe alors en plein Moyen-âge.
Je me dois tout de même de réhabiliter un peu le personnage du Genji. Ce dernier est tendrement épris de Murasaki : tous deux ont une relation complice et émouvante. (C’était pourtant mal parti : il en a fait sa protégée toute jeune et celle-ci, devenue grande, est quelque peu tombée des nues en apprenant qu’il voulait l’épouser.) Il la placera toujours au-dessus des autres, s’inquiétera de ses sentiments (notamment lorsque l’Empereur l’obligera à épouser l’une de ses filles) et lui demandera souvent son avis. En outre, passées les erreurs orgueilleuses de la jeunesse, il est, étonnamment peut-être, d’une grande fidélité envers les femmes qu’il a aimées. Il ne les abandonne pas et fait construire une grande demeure pour leur offrir à toutes confort et sécurité. Il accepte les défauts de chacune et leur rend régulièrement visite même si certaines relations amoureuses se transforment en amitié respectueuse. De même le Commandant Suave sera par la suite plein de respect pour les femmes et se révélera incapable de mal agir.

« Il avait cru qu’il faisait encore nuit noire, or déjà l’aube était proche, et si maintenant il tremblait qu’on ne le surprît c’était par égard pour la femme ; que celle-ci parut souffrante, ainsi qu’on le lui avait dit, il en avait compris la cause, et le malaise qu’il avait ressenti en en découvrant le signe indiscutable qui, à la confusion de la dame, marquait sa taille, avait contribué pour une bonne part à son renoncement, tout autant, songea-t-il, que cette irrésolution dont il était coutumier, mais se montrer impitoyable ne pouvait le satisfaire davantage ; à supposer même qu’il eût cédé aux troubles impulsions du moment et se fût laissé aller à quelque geste inconsidéré, jamais il n’eût retrouvé la paix du cœur, et quand bien même il eût, à toute force, voulu entretenir avec elle une secrète intrigue, c’était se préparer à soi-même bien des avanies et jeter la femme dans un complet désarroi, se dit-il encore ; mais en dépit de ces sages réflexions, il ne parvenait à se dominer, à cette heure où il était la proie de sa malencontreuse passion. Qu’il fût persuadé qu’il ne pourrait plus vivre sans la voir relevait d’un état d’esprit décidemment bien fâcheux ! »
– Livre XLIX, Sarments de vigne vierge –

  • Des thèmes souvent universels…

En dépit des siècles qui nous séparent de l’écriture du roman, celui-ci aborde des thèmes universels et immortels tels que l’amour – le Genji recherche durant de nombreuses années l’amour absolu et la femme parfaite –, mais aussi, via le fils du Genji, l’adolescence, la relation avec un père strict qui exige de lui qu’il étudie avec sérieux et régularité. En effet, par la voix du Genji, Murasaki-shikibu évoque l’importance des études, délaissées par les nobles de l’époque. En cela, son personnage n’est pas du tout représentatif des mœurs de l’époque.
En outre, présentant les arts et loisirs qui occupaient les loisirs des membres de la cour impériale, l’autrice offre également quelques leçons pour les lecteurs et lectrices de l’époque : parfums, accords de couleurs pour vêtements, littérature de fiction et dits historiques, calligraphie…

Murasaki-shikibu n’hésite pas à bousculer un peu son époque en parlant de choses qui choquaient la distinction et la retenue polie de l’aristocratie de l’époque. Elle parle d’accouchement, de la laideur d’une femme de haut rang ou du corps pourrissant d’une autre (ne vous attendez pas à entendre parler d’asticots ou de fluides s’échappant de la dépouille, tout reste toujours très subtil et est davantage affaire de couleurs et de rigidité). L’humour n’est d’ailleurs pas absent. Par exemple, le jeu de séduction dans lequel s’embourbe le Genji avec une femme de cour âgée qui ne recule devant rien est (tendrement) moqueur.

  • … dans un écrin de sensibilité et de raffinement

 L’intériorité des personnages tient une place cruciale dans ce roman qui n’est aucunement une histoire d’action. Murasaki-shikibu offre à ses personnages, principaux ou secondaires, de multiples facettes. Elle dissèque les relations amoureuses, celles qui embellissent ou qui s’essoufflent avec le temps, la jalousie, le désir et les frustrations, les doutes et les lassitudes.

Le récit, lent et méditatif, illustre parfaitement l’expression « mono no aware », que j’avais déjà rencontrée dans les livres de Minh Tran Huy, et qui désigne, pour reprendre les termes de l’avant-propos du Dit du Genji, « la tristesse inhérente à la beauté du monde » ou « la beauté poignante des choses fragiles ». De nombreux protagonistes sont sujets à la mélancolie et conscients de la nature éphémère de toutes choses du monde, que ce soit leur propre existence, la vie des plantes et autres êtres vivants, les sentiments ou encore les positions sociales. « L’impermanence de toutes choses en ce monde » se révélera, avec le désir de « se retirer de ce siècle dégénéré », être le leitmotiv du Genji (et du Commandant Suave par la suite). Son exil, bien que temporaire, le confrontera à l’expérience de la solitude est renforcera cette certitude que rien n’est assuré.

« Il était toutefois plus que jamais pénétré de la conviction de l’impermanence de cette vie et, constatant que l’Empereur avait désormais acquis un peu plus de maturité, il songeait sérieusement, semblait-il, à renoncer au monde. A considérer les exemples des temps jadis, il était constant que ceux qui, avant l’âge, s’étaient distingués en accédant aux rangs et titres les plus altiers, n’avaient pu longtemps en disposer. En ce règne, se disait-il, sa position et la faveur dont il jouissait passaient la mesure. Pour un temps, il avait été réduit à néant, et c’était en compensation des épreuves subies durant sa disgrâce que jusqu’à ce jour sa vie se trouvait prolongée. Dorénavant il avait tout lieu de craindre pour sa prospérité, voire pour son existence. »
– Livre XVII, Le concours de peintures –

C’est un roman empli de douceur, d’élégance et de raffinement. Les saisons et la nature y tiennent un rôle très important, ce qui confère au roman une tonalité très contemplative et reposante. Elles ne sont d’ailleurs pas invoquées en vain ou simplement pour « faire joli », mais, subtiles métaphores, sont souvent porteuses de sens. (Mais j’y reviendrai (non, je n’ai pas du tout fini…).)
Les titres de chapitres, et les surnoms de femmes, donnent le ton : « La belle-du-soir », « Jeune grémil », « La fête aux feuilles d’automne », « Ce mince nuage… », « Jeunes herbes », « Sarments de vigne vierge », etc. Les protagonistes vont d’ailleurs régulièrement admirer les fleurs omniprésentes qui poussent ici et là. La résidence de la Sixième Avenue où le Genji installe ses femmes est divisée en quatre demeures. Celles de l’été et de l’hiver sont pour les femmes de rang de moindre importance tandis que le printemps et l’automne, considérés comme les plus belles saisons, sont réservées à celles possédant le rang le plus élevé, dont Murasaki. Son inauguration, donne lieu à de splendides descriptions de ce qui m’est apparu comme un lieu enchanteur avec ses cours d’eau, ses plantes et ses arbres qui se pareront de leurs plus belles couleurs à telle ou telle saison. La description des saisons, des fleurs et des cérémonies mois après mois trouve son paroxysme dans le livre-chapitre 41, « Illusions », très lent et poétique puisqu’il s’agit du dernier dans lequel apparaît le Genji.

              « Le pin qui étendait
              son ombre tutélaire
              s’est-il desséché
              ses aiguilles s’éparpillent
              en cette année qui s’achève »

– Livre X, L’arbre sacré –

  • Une lecture parfois difficile

 Je ne vais pas vous mentir, ma lecture a tout d’abord été assez laborieuse et très lente. Il m’a fallu un mois pour arriver à bout du premier livre, mais beaucoup moins pour les deux suivants. En effet, l’écriture est extrêmement poétique et précieuse, ce qui la rend très exigeante. Elle demande de la concentration, non seulement à cause de la minutie et de l’élégance avec lesquelles les phrases sont construites, mais aussi pour comprendre pleinement l’histoire.
Tout n’est pas explicite (en tout cas pas pour une lectrice du XXIe siècle) : par exemple, il n’est pas dit « ils se marièrent », non, on te parle de nuits passées ensemble et de petits gâteaux et, trois pages plus loin ou dans une légende d’illustrations, on parlera de la femme comme d’une épouse. La première fois, je suis revenue en arrière pour voir ce que j’avais raté. En fait, je n’avais rien raté sauf le fait qu’un mariage est officialisé lorsque l’homme passe trois nuits auprès de sa promise, s’en va avant l’aube les deux premières et partage avec elles des gâteaux le troisième matin. Ce n’est pas évident (la première fois parce qu’une fois au courant, ça va mieux) lorsqu’on ne sait pas que cette succession d’événements est synonyme de mariage.

De même, les personnages s’expriment souvent en courts poèmes, des wakas, pour exprimer leurs sentiments, leur tristesse, leur amour… Et comme je le disais plus haut, ils le font souvent avec des métaphores puisées dans la nature (les arbres et les fleurs, les nuages…). Au bout d’un moment, on sait que tel élément est une image pour tel autre, mais n’étant familière de la poésie (et encore moins japonaise), il m’a fallu un petit temps d’adaptation. Signe de leur culture, ils font également régulièrement appel à des poèmes célèbres à l’époque, références qui m’étaient bien entendu totalement inconnues.

Enfin, il n’y a pas ou peu de prénoms et de noms. A l’exception d’un ou deux subalternes, les hommes sont uniquement désignés par leurs titre (des titres qui évoluent et passent de l’un à l’autre en fonction des promotions, des titres qu’ils sont plusieurs à avoir comme les Princes par exemple…) tandis que les femmes – Murasaki exceptée – sont généralement identifiées par des surnoms (Belle-du-jour, Parure Précieuse, Oie-sauvage-au-séjour-des-nues, dame du « séjour où fleurs au vent se dispersent »). Les surnoms rendent tout de même les femmes bien plus faciles à reconnaître, sauf pour ce qui est des princesses et anciennes princesses d’Isé et de Kano et des Dames de la Chambre ou du Clos aux Glycines/au Paulownia/etc., ce qui a été un casse-tête du début à la fin pour moi.

Heureusement, ma lecture s’est fluidifiée progressivement pour mon plus grand plaisir et j’ai profité de ce texte ensuite avec beaucoup de confort, mais il est vrai que la langue et le style tranchent vigoureusement avec mes lectures habituelles. J’ai également fortement apprécié la présence des annexes réunies dans un petit livret. Les résumés de chaque chapitre, les arbres généalogiques (avec les noms japonais, points de repère fixes pour suivre les changements de grades et de titres) et les petites biographies de chaque personnage m’ont été d’une aide précieuse.

« Songeant aux ténèbres qui envahiraient le cœur de la mère quand elle l’imaginerait en d’autres mains, il en souffrait pour elle, aussi passa-t-il la nuit à lui renouveler ses assurances.
« De quoi me plaindrais-je, pourvu que vous l’éleviez à une condition moins misérable que la mienne ! » disait-elle, cependant qu’elle se défendait de verser des larmes pitoyables qui l’eussent ému. La petite demoiselle, dans son innocence, était impatience de monter en voiture. La dame sa mère la porta elle-même dans ses bras jusqu’à l’endroit où le char était rangé. Le babillage maladroit de l’enfant avait un charme exquis, et quand, tirant sa mère par la manche, elle l’invita à monter, celle-ci, au comble de sa détresse, dit :
« Séparée de force
de la jeune pousse du pin
au destin lointain
un jour me sera-t-il donné
d’en voir l’ombrage altier » »

– Livre XIX, Ce mince nuage… –

  • La découverte d’illustrations absolument fascinantes : les Genji-e

 Cette superbe édition, fruit du travail des éditions Diane de Selliers, est également fascinante pour ses illustrations. Je m’attendais à des parallèles avec des œuvres diverses de peintres japonais puisque le coffret porte la mention « illustré par la peinture traditionnelle japonaise », mais il s’agit en réalité – et ce n’est pas un reproche, cela s’est au contraire révélé être une totale découverte absolument passionnante – des Genji-e, des peintures illustrant des passages du roman.
En effet, Le Dit du Genji a immédiatement remporté un franc succès et était admiré avant même son achèvement. Il a inspiré lecteurs et artistes au fil des siècles. Une suite a été écrite au XIIe siècle, des critiques et commentateurs y ont trouvé un inépuisable sujet, tandis qu’en 1277, des nobles ont tenté de reproduire le concert féminin offert par le Genji dans le roman. Mais surtout, de nombreux peintres l’ont illustré. Les plus vieilles peintures retrouvées et présentées dans l’ouvrage datent de 1130-1140. La préface sur les Genji-e, très intéressante, présente l’histoire du genre et quelques artistes tout en donnant quelques précieuses explications sur la manière de « lire » les images.

Les Genji-e est un genre très codifié. Il était interdit de montrer directement une statue religieuse (ainsi, un Bouddha est signifié par des pétales de lotus) tandis que les visages des nobles sont représentés de manière très lisse, sans défaut ni relief. De même, les peintres se montraient réticents à montrer une demeure délabrée, des vêtements modestes ou un faciès laid si tout cela appartient à un noble… se heurtant ainsi au texte beaucoup moins farouche de Murasaki-shikibu. Toutefois, les peintures laissent une place non négligeable à l’expression personnelle de chaque artiste et c’est un aspect fascinant à observer : voir comment différents artistes ont illustré une même scène. Certains sont plus ou moins fidèles au texte, d’autres montrent un intérêt qui pour les scènes intimes et familiales, qui pour les grandes démonstrations d’apparat… Le récit est véritablement embelli par ses images d’un grand raffinement.
Je ne vais pas nier que les légendes des Genji-e se sont avérées cruciales pour percevoir toute la symbolique qui irrigue ces œuvres. Elles sont très enrichissantes et permettent d’appréhender correctement les peintures et de ne pas passer à côté de l’essentiel (ce qui aurait été le cas pour moi, avec mon regard d’Occidentale, sans ses précisions). En outre, elles aident parfois à comprendre certains événements décrits avec tant de subtilité (entre les codes et l’étiquette) que j’ai parfois manqué de passer à côté (l’histoire du mariage par exemple).

  • Les dix livres d’Uji 

J’ai été surprise de découvrir que le roman ne s’arrêtait pas avec la mort du Genji. Celui-ci étant entré en religion, il disparaît du récit car son statut de religieux est incompatible avec celui de personnage de récit romanesque selon les codes de l’époque. Les derniers chapitres laissent la place à la nouvelle génération avec le petit-fils du Genji, le Prince Parfumé, et son presque-fils, le Commandant Suave. Les dix derniers sont appelés « les dix livres d’Uji » et racontent leur rivalité amoureuse. J’ai cru ne pas pourvoir me faire à ce changement – je venais tout de même de passer deux mois avec le Genji – mais finalement les deux protagonistes ont su éveiller des sentiments tels que je me suis vraiment immergée dans leur histoire. D’un côté, on a donc le Prince Parfumé qui m’a sans cesse exaspérée. Ce personnage, insupportable de sans gêne et d’égoïsme, m’a souvent fait râler à haute voix, malheureusement, il n’a pas réagi à mes injonctions le priant de ne pas se comporter comme un idiot. De l’autre, le Commandant Suave, sensible à l’extrême, tellement réservé et malchanceux en amour que je n’ai pu qu’éprouver de la compassion pour lui. Définitivement, j’ai été de son côté et, la fin étant ouverte, j’espère vraiment que les choses se sont, par la suite, améliorées pour lui (oui, les personnages sont vivants pour moi).

  • Une lecture atypique et inoubliable

Tournant la dernière page, j’ai été prise par des émotions parfois contradictoires. La joie et la fierté d’être arrivée jusqu’au bout, la tristesse de dire adieu à ce livre – je n’avais jamais mis autant de temps à lire un seul livre en continu – ou encore le désir de m’y replonger (pour mieux profiter de la première partie dont la lecture avait été laborieuse). Pendant quelques jours, je me suis sentie désœuvrée, abandonnée sans ce roman-fleuve pour me tenir compagnie. Le livre lu ensuite – La Cité exsangue  – en a d’ailleurs pâti et je lui ai reproché sa brièveté. En effet, qu’est-ce que 300 pages contre 1300 avec trois colonnes de texte par page ?
Malgré les siècles qui nous séparent – induisant forcément des éléments en désaccord avec mes convictions (la situation des femmes ne me fait guère rêver, même si l’on connaît bien pire de nos jours, de même que les pudeurs et déshonneurs des personnages ne me parlent pas directement) – et en dépit de l’exigence du texte, ce fut clairement une lecture atypique, subtile et délicate, emplie de beauté et de douceur. Littérature et poésie, arts et philosophie, connaissance et mise à nu des femmes et des hommes, récit fictionnel et richissime documentation sur les mœurs de l’époque… un chef d’œuvre.

Je ne peux que saluer le travail absolument merveilleux – et pharaonique – des éditions Diane de Selliers, ne serait-ce que pour l’œuvre iconographique (de la recherche à travers le monde des Genji-e aux commentaires de chacune des peintures), ainsi que la traduction de René Sieffert qui lui a demandé vingt ans de labeur.

« « Je vais à la tombe de Sa Majesté. Auriez-vous quelque message ? » dit-il.
Elle ne put parler tout de suite, puis après avoir longuement hésité :
« Mon soutien n’est plus
celui qui vit est chassé
de ce monde de misère
qu’en vain j’ai voulu fuir
et en larmes passent mes jours »
Dans son trouble extrême, il lui était impossible d’exprimer de façon cohérente les pensées qui l’assaillaient :
« Lors de son trépas
je croyais avoir épuisé
toutes les tristesses
or voici que le destin
me frappe une fois encore » »

– Livre XII, Suma –

Le Dit du Genji, Murasaki-shikibu. Editions Diane de Selliers, coll. La petite collection, 2008 (écrit au XIe siècle). Traduit du japonais par René Sieffert. 1302 pages.

Challenge Voix d’autrice : un livre de plus de 500 pages

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48 réflexions au sujet de « Le Dit du Genji, de Murasaki-shikibu (XIe siècle) »

  1. Bah dis donc, sacré chronique ! Super bon boulot !

    Je te rassure, personne n’a l’habitude de lire un livre du XIe siècle 😛 Je ne savais même pas que c’était écrit par une femme !

    J’aurais sûrement aussi eu les mêmes critiques, je pense, mais bon, là, l’époque nous permet de relativiser vu comment c’est lointain, ça c’est sûr ! Ca a l’air assez joli, effectivement, on sent ton émerveillement 🙂

    Je tiens à dire que tu m’as fait ne pas aimer le Prince Parfumé à l’avance, c’est même pas comme si j’avais lu le livre, mais ce que tu dis sur lui ne m’engage de toute façon pas à l’aimer !

    J’ai honte car je ne connais quasiment pas la littérature japonaise, qu’elle soit classique ou contemporaine… De toute façon, je savais déjà qu’il faudrait que je passe par celui-là, maintenant j’en suis certaine !

    • Merci ! Et chapeau à toi si tu as tout lu ! ^^

      Oui, et puis, certes, ça me choque, mais déjà c’étaient les moeurs d’il y a mille ans, et aussi, on peut lire des choses bien plus terribles sur des moeurs dans des pays de notre époque. C’est pour ça que j’ai vraiment essayé de tempérer mes propos.
      Quant au Prince Parfumé, c’est le personnage qui m’a le plus horripilée. Il a tout ce qu’il veut mais il faut encore qu’il vienne spolier son ami, le Commandant Suave ! Et son comportement à les femmes… ah, il m’énerve ! ^^ (De toute façon, je suis du côté du Commandant Suave. ^^)

      Tu n’as pas à avoir honte, voyons ! Tu peux avoir envie de découvrir cette littérature, mais il n’y a pas de honte à avoir ! Si tu savais ce que j’ai lu en littérature africaine ou sud-américaine, c’est affligeant de pauvreté ! Du coup, je me dis que c’est quelque chose à rectifier (quand j’aurai un peu diminué ma PAL).
      Mais effectivement, je pense (mon avis sachant que je n’y connais pas grand-chose non plus) que c’est un livre très intéressant et important dans l’histoire de la littérature japonaise.

      • Oui, j’y ai pensé, l’amélioration des droits des femmes va trèèès lentement, alors on peut bien relativiser. (sauf si on trouve ça vraiment insupportable, on n’y peut rien)

        Le Commandant Suave, ce nom est drôle quand même ! x)

        En fait, j’ai surtout honte parce que j’ai fait du japonais, mais en étant à la fac, j’ai rarement eu l’occasion de découvrir quoi que ce soit (autrement dit : rien). Du coup, ça me frustre (et j’ai honte, oui). Sinon, je crois que c’est pareil pour nous deux, on veut diminuer notre PAL d’abord !
        T’inquiètes, il est noté depuis longtemps 😀

        • Oui, c’est parce qu’il dégage naturellement une odeur terriblement suave qui fait chavirer tout le monde autour de lui. J’avoue que j’ai désespérément essayé d’imaginer ça, mais tout ce qui me vient c’est quelqu’un qui sent très fort (et ça sent généralement pas si bon que ça…). ^^

          Ah d’accord ! Je comprends mieux, du coup. Mais c’est vrai que ce n’est pas forcément en cours qu’on découvre le plus de choses. J’ai fait Métiers du livre et je ne dois à mes trois années de cours aucune de mes plus bouleversantes ou importantes découvertes littéraires…

          • Comme quand tu passes à côté d’une rose ? (j’essaye d’aider) As-tu lu Le Parfum de Patrick Süskind ? Parce que là, niveau odeurs, ça y va 😀

            Oh bah mince, je pensais quand même qu’avec de telles études, tu aurais la chance d’avoir des coups de coeur… Loupé !

  2. J’aime beaucoup ta chronique qui est super détaillée et en nuances puisque tu prends le temps de faire remarquer des points assez choquants en les remettant dans leur contexte. Cela ne change en rien leur gravité, mais ça permet de mieux en saisir les contours.
    Quant au livre, ça a l’air d’une lecture passionnante, mais exigeante ! C’est le genre d’ouvrage à lire au moins une fois dans sa vie…

    • Vu la taille du pavé, j’avais deux-trois trucs à dire dessus, oui ! Et c’est vrai que ce n’est pas comme la plupart des romans contemporains qui ne nécessitent pas forcément une remise en contexte (même si c’est parfois très intéressant… quand il y a un contexte) ou d’explications. Là je tenais à expliquer certaines choses.
      Effectivement, il y a des choses qui choquent une Occidentale du XXIe siècle, mais il faut relativiser. Par rapport à l’époque et aussi par rapport à leur place dans le roman. On connaît des moeurs bien pires de nos jours… Car les femmes ont tout de même une certaine considération, une certaine place.

      En tout cas, exigeante, c’est le mot ! Mais vraiment atypique et inoubliable (enfin, je pense, reparlons-en dans quelques années ^^).

      Merci à toi de m’avoir lue !

    • Il a trôné sur une étagère pendant presque deux ans avant que je me lance dans cette lecture de deux mois (et une semaine, soyons précise ^^), donc je comprends parfaitement. Il vaut mieux en avoir vraiment envie et avoir le temps de s’y consacrer pour vraiment l’apprécier. Enfin, c’est ainsi que je vois les choses.

  3. C’est en effet un long article mais très intéressant et plein d’informations ! Je t’avoue que quand j’ai lu le premier extrait que tu as mis, j’ai dû m’y prendre à deux fois… Je me suis demandé comme tu avais fait pour lire tout le livre et puis je suis arrivée au passage où tu expliques les difficultés de lecture que tu as rencontrées. Ça m’a un peu rassurée du coup ^^ Mais ça m’a l’air d’être une belle expérience de lecture. Pas sûre que je m’y lance un jour, mais je vais essayer de voir si je ne peux pas trouver une édition avec les extraits choisis, parce que tu m’as intriguée 🙂

    • Merci ! Et merci de m’avoir lue aussi !
      Oui, au début, le cerveau est vraiment très sollicité pour tout comprendre et tout enregistrer. Après, ça devient naturel, il faut juste le temps de s’imprégner de l’écriture.
      Et puis, si tu peux avoir l’occasion de feuilleter l’édition Diane de Selliers, elle est vraiment magnifique ! En tout cas, je suis ravie d’avoir pu attirer ton attention sur ce livre extraordinaire !

  4. Le Dit du Genji est l’un de mes livres de chevet, mais je n’ai jamais osé écrire de chronique dessus tant ça me paraissait insurmontable ! Permet-moi de te dire que tu t’en tires avec les honneurs :3 Ce billet littéraire est sans doute l’un des meilleurs que j’ai lu, et en plus il parle de l’un des bouquins qui a changé ma vie 😀
    Merci, et bravo !

    • Ouf ! Si j’ai aussi l’approbation d’une lectrice, le challenge est réussi ! Il fallait que j’en parle, ça faisait plus de deux mois que j’en parlais à tout bout de champ, il fallait quand même que je lui offre un article rien que pour lui ! ^^
      En tout cas, merci beaucoup de ton passage aussi et de tes compliments ! Ça me fait très plaisir !

  5. Waouh, bravo pour ta chronique ! Ça a été une sacrée expérience de lecture dis donc…

    C’est marrant mais je n’avais pas tilté que le roman a mille ans. C’est vieux quand même 😮

    Pour la représentation des femmes et du viol ça ne m’étonne malheureusement pas. Tout ce que tu cite sur le harcèlement par le Genki, je l’ai déjà retrouvé tel quel dans des romans contemporains, donc bon…
    Et je trouve ça très chouette que tu poses un regard critique et contemporain sur ces sujets ; je n’ai jamais vu passer cet avis dans les critiques du Dit du Genji et même si ça se pardonne vu l’époque, c’est quand même nettement plus agréable d’être au courant de tout ça en s’y lancant.

    Ton édition est superbe, je pense que je me la ferait offrir un jour : déjà que ça n’a pas toujours l’air simple à lire, si je me lance dans l’édition toute simple et très « dictionnaire » je risque d’abandonner ^^

    • Merci à toi ! Ça me fait vraiment plaisir tous ces commentaires ! Surtout pour cette critique super longue et décourageante à lire ! ^^

      Oui, c’est vieux. Donc bon, on peut lui pardonner de ne pas être à la pointe du féminisme, d’autant plus que, comme je l’ai dit encore et encore, ce n’est pas systématique et… argh, je ne sais pas comment le dire pour ne pas avoir l’air de dire « ce n’est pas grave, c’est pas grand-chose », mais bon, je pense que les femmes en Europe à la même époque avaient une condition plus terrible (sachant que pour le Dit, on ne parle que des nobles, la vie des paysanes, on n’en saura rien, ce n’est pas le sujet). Là, elles ne sont pas pas respectées. Ce ne sont pas des viols qui laissent la femmes sur le carreau et « débrouille-toi toute seule maintenant ». Mais… re-argh ! je ne veux pas dire qu’un viol conjugal n’est pas grave (surtout surtout pas, ne nous méprenons pas !), mais… pfiou, c’est trop compliqué en fait. Surtout qu’il y a différents cas : la femme mariée violée par un autre, un viol qui démarre une union heureuse par la suite, etc. Donc dans ma tête c’est clair de quel cas je parle, mais à l’écrit… bref. Désolée, j’ai écrit beaucoup de trucs pour ne pas dire grand-chose au final…
      Mais en tout cas, en parlant d’être au courant de tout ça en s’y lançant, sache que ce n’est pas insoutenable à lire. Je sais de quoi je parle, je ne supporte pas les scènes de viols. Là, c’est entre les lignes. Entre deux lignes, car on n’y passe pas forcément trois plombs. Je ne sais même pas si l’autrice pensait vraiment décrire un viol…

      Oui, cette édition est absolument splendide, le travail d’édition est vraiment incroyable ! Comme toi, je ne sais pas si j’aurais tenu la distance avec le texte brut sans avoir le plaisir de se plonger en plus dans un superbe livre. On apprend en plus tellement de choses sur les Genji-e que ça multiplie encore l’intérêt du truc. Et puis, vraiment, les légendes des illustrations m’ont parfois aidée à ne pas passer à côté de certaines choses…

      Encore MERCI d’avoir laissé ce très gentil commentaire. J’avais un peu peur en écrivant cet article de desservir le roman, mais vous me rassurez !

      • Ah mais tu as raison, a priori pour l’autrice ce n’était pas un viol, il n’y a qu’à voir Les liaisons dangereuses qui sont quand même nettement plus récentes et dans lesquelles un viol est considéré comme une action de don juan…

        Et merci à toi pour cet article, surtout !

        • Oui, c’est un peu ça. Ça fait partie de l’attirail accepté du séducteur…
          (D’ailleurs, j’en profite pour me corriger : j’ai écrit « Là, elles ne sont pas pas respectées. » en parlant du Dit du Genji, mais c’est l’inverse que je voulais écrire, elles sont quand même respectées. Par le Genji ou le Commandant Suave en tout cas.)

          Je te remercierais bien encore – de me remercier pour cet article – mais là, je sens qu’on ne va jamais s’en sortir à s’échanger mille mercis… (Mais merci quand même ! ^^)

  6. Et bah dis donc ! C’est un article hyper complet et passionnant que tu as écrit !
    Je ne connaissais pas du tout et j’avoue que tu as titillé ma curiosité… En sachant que la briquette est quand même un peu effrayante, tu donnes quand même vachement envie de se plonger dans cette histoire et de découvrir ce pays pendant cette période méconnue pour nous, européens !
    Merci pour ce joli article !

    • MERCIII !
      Hyper long, tu veux dire ? ^^ Mais que veux-tu, il y avait tellement de choses à dire dessus !
      Oui, et ne te fie pas aux simples 1200 pages. Mon édition comporte trois colonnes de texte par page (taille 10, je pense), et franchement, j’ai eu l’impression d’en lire plutôt 3000 ! ^^ Mais je te le conseille, c’est une expérience atypique et mémorable ! Et il y a tellement d’émotions à la fin : la joie, la fierté d’avoir fini, la tristesse de quitter les personnages, la déprime car il est difficile de se détacher d’une telle immersion… Inoubliable !
      Et puis, un livre millénaire, écrit par une femme en plus… ce serait dommage de passer à côté !
      Merci à toi pour ton commentaire !

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  9. Impressionnante, cette chronique !!! Chapeau d’être venue à bout d’un monument pareil, et j’ai adoré découvrir les citations et ton avis détaillé 🙂 ça donne envie de se plonger dans des monuments de littérature… À creuser pour l’été 😉

  10. La voici donc la chronique « super longue et laborieuse à écrire » !! Bah franchement chapeau, quel boulot ça a dû être !
    Je ne connaissais pas du tout ce livre, et ta manière d’en parler (+ les sublimes photos) m’ont donner envie d’aller voir ça d’un peu plus près sur le site de la maison d’édition.
    En tout cas, comme à chaque fois, c’est un plaisir de te lire, ton analyse est vraiment bluffante et surtout, elle donne envie de découvrir cet ouvrage qui a l’air vraiment unique en son genre.

    Je te remercie une fois de plus de me faire découvrir un petit bijou 🙂

    • Merci beaucoup ! ♥
      Le site des éditions Diane de Selliers propose aussi plein d’informations sur le roman, l’iconographie, les sujets abordés, etc. C’est très intéressant !
      Je suis absolument ravie si j’ai pu susciter des vocations et donner envie de lire ce roman exceptionnel ! Tous les retours positifs que j’ai eu me touchent énormément. Il ne me reste donc plus qu’à te souhaiter « bon courage » dans l’hypothèse où tu lances un jour. ^^

      • Cette maison d’édition a l’air de faire un travail de dingue effectivement, ça m’a fait pensé (dans un autre genre) aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, tu connais ?

        En tout cas, pour en revenir au Dit du Genji, je ne vais pas me lancer dans l’immédiat, c’est sûr^^, mais je garde la référence précieusement en tête parce qu’il ne fait aucun doute que c’est un livre à voir et à lire un jour 🙂

        • Ouiiii ! Leurs bouquins sont tellement beaux ! J’ai lu Watership Down et j’ai encore La maison dans laquelle qui m’attend !

          Je ne sais pas s’il faut avoir lu Le Dit du Genji (j’aime pas trop la notion d’obligation avec les livres) mais c’est surtout clairement une lecture atypique et vraiment marquante !

          • Moi je viens d’acheter « Et quelque fois j’ai comme une grande idée », il paraît que c’est top ! 🙂

            Pour Le Dit du Genji, quand je disais « il faut », je parlais plus pour moi, sans pour autant avoir une notion d’obligation derrière. C’est surtout que quand je vois les images d’illustration que tu as mises, je me dis « La vache, il FAUT que je vois ça ». Après clairement, vu que ça a l’air d’être assez exigeant malgré tout, je pense que quand tu ouvres le bouquin, il faut vraiment avoir la tête reposée et se sentir prêt(e) à accueillir tout ce que tu t’apprêtes à absorber, et surtout prendre son temps ! (en tout cas c’est ce que je retiens aussi de ton article)

            • Celui-là est le prochain dans la liste ! J’avais beaucoup aimé Vol au-dessus d’un nid de coucou du même auteur !

              Ok, d’accord, au temps pour moi !
              Et effectivement, je pense que l’état d’esprit que tu décris est le meilleur pour bien appréhender ce livre. Ce n’est pas vraiment une lecture pour lire juste cinq minutes le soir…

              • Whaaat ? Je savais à peine que Vol au dessus d’un nid de coucou était un livre à la base ! Rho. Bon en tout cas, ça me semble être gage de qualité du coup 🙂

                • Non ?! Il est génial ! Et juste pour Nicholson, faut le voir ! (Voilà, c’est tout ce que je peux t’en dire pour l’instant, ça fait longtemps, mais j’ai prévu de le regarder prochainement, donc j’en parlerai dans mon bilan ciné et ça te motivera à le voir ! Ou pas, si j’ai changé d’avis sur ce film.)

                • Ouuui je sais, tout le monde me dit qu’il est génial ! Y’a tellement de classiques de ce genre que j’ai pas encore vu rhaaa. Mais je me soigne petit à petit ! 🙂

                • Aaaah Forest Gump quelle pépite ! Moi tu vois j’ai découvert les Goonies l’année dernière par exemple..! J’ai pas vu Orange Mécanique ou Lost in Translation par exemple

                • Les Goonies, ça fait partie des films qui ne me font pas du tout envie ! ^^ Tu as trouvé ça comment ?
                  Ah, ces deux-là, je les ai vus et c’est vrai qu’ils sont vraiment bons aussi ! (Orange Mécanique, j’ai looooongtemps repoussé parce que ma mère en a gardé un souvenir absolument horrible et du coup je flippais d’avance (et comme j’ai pas les films flippants…). Et finalement, le jour où je l’ai enfin vu, je ne l’ai vraiment pas trouvé si violent que ça. Enfin, c’est violent, mais pas choquant. Comme ça avait pu l’être à sa sortie peut-être.)

                • Franchement les Goonies je l’avais jamais vu parce que je m’étais toujours dit que c’était vieux, naze et hyper kitsch (et je confondais aussi avec Gremlins je l’avoue ^^). Et puis une copine me l’a fait regarder et franchement j’ai adoré ! Alors oui ça a vieilli et c’est clairement kitsch, mais dans le bon sens du terme! Je le mets au même niveau que Hook !

                • Oui, je le mets aussi dans le même panier que les Gremlins, que je n’ai jamais vu non plus. (Et Hook non plus !) Bon, c’est peut-être à voir à l’occasion !

                • Bah du coup les Gremlins j’ai jamais vu non plus 😀
                  Et pour Hook, pour moi c’est un classique de mon enfance, et il y a la « caution » Robin Williams (et Dustin Hoffman en Capitaine Crochet !!), donc je ne peux que te le conseiller 🙂

  11. Merci pour cette succulente chronique qui motive encore plus mon désir de le lire, déjà bien vif. En effet, j’avais déjà appris que ce livre avait été désigné par un jury de critiques comme un des 100 meilleurs livres jamais écrit, je pars dix jours à Kyoto cet été et, ayant acheté le livre dans une version non illustrée, j’ai commencé par la préface du traducteur que vous mentionnez, René Sieffert, qui est un régal et qui augure, tout comme votre article, un plus grand régal encore !

    • Merci à vous pour ce très gentil commentaire ! Je ne pense pas que vous serez déçue par ce livre hors du commun. Si vous avez un jour l’occasion de jeter un oeil à la version illustrée, je vous la conseille vraiment, c’est un régal.
      Vous allez combiner voyage dans votre tête grâce à la lecture et voyage réel, que demander de plus ! Bonne lecture et bon voyage !

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