Inséparables, de Sarah Crossan (2015)

Inséparables (couverture)Grace et Tippi sont inséparables. Pour cause, elles sont aussi siamoises. Elles ont seize ans et, pour la première fois, elles vont entrer au lycée.

Je n’en dis pas plus car il n’y a pas besoin d’en savoir davantage. Il faut entrer dans le roman sans trop en savoir, pour se laisser emporter, pour se laisser bouleverser.
Puisque je savais que je ne pouvais pas passer à côté de ce livre tant m’attiraient  son sujet et son écriture en vers libres, j’ai évité les critiques qui ont fleuri partout sur la blogo. J’avais fait cette erreur avant de découvrir Songe à la douceur et le souvenir des dizaines de chroniques dithyrambiques avait perturbé ma lecture – au demeurant merveilleuse.

« Une histoire qui raconte ce que c’est d’être Deux.
Une histoire qui raconte ce que c’est d’être Une. »

Quelques pages pour s’habituer au rythme si rare des vers libres… et la magie opère. Cette forme donne une douceur, une poésie et une musique vraiment particulières qui se marient incroyablement bien avec cette belle histoire. Une fois happée par les mots de l’autrice, je n’ai pu lâcher le roman avant la dernière page.

L’amitié, la découverte d’un nouvel univers, l’amour pour et de sa jumelle, un autre amour naissant et interdit, le tout étant narré par Grace. Inséparables m’a fait ressentir des émotions brutes. J’ai souri, j’ai espéré, j’ai voulu changer le passé, j’ai pleuré, j’ai aimé la vie.
La fin a vraiment été rude et je suis restée un moment assommée face à ce tourbillon littéraire qui m’avait transportée et fait disparaître les heures. Le refermer a été un déchirement tant j’ai aimé Tippi et à Grace. Dur de trouver sa prochaine lecture après cet ouragan de délicatesse.

Ce livre n’est pas uniquement émouvant, il est aussi passionnant. Des sœurs siamoises ne sont pas des personnages principaux courants dans la littérature, c’est bien la première fois que j’entends leur voix. Grâce à une riche documentation, Sarah Crossan a su raconter avec justesse les difficultés de leur vie, mais aussi et surtout le bonheur que cela leur procure et l’extraordinaire amour qui les lie. Etre ainsi unies n’est nullement une malédiction pour elles, contrairement à ce que pensent les gens qu’elles rencontrent. Au contraire, elles ne peuvent imaginer de vivre sans l’autre.

Il faut dire que Sarah Crossan réussit ici un véritable exploit en abordant une foultitude de sujets sensibles sans jamais tomber dans le pathos. Jugez plutôt (je ne vous dirai pas qui est concerné par quoi). On parle d’exclusion, de chômage, de maladies, d’alcoolisme, du regard des autres, des médias, de la différence. Il y aurait de quoi faire pleurer dans les chaumières, non ? Et pourtant, ce n’est rien de tout ça qui fait pleurer car c’est avant tout leur amour infini qui m’a chamboulée.

 

 

Avec sa douce couverture velouté et son papier épais, Inséparables est un livre que l’on voudrait feuilleter, caresser, lire pendant des heures car Rageot a offert un bien bel écrin à ce chef-d’œuvre. Oui, un chef-d’œuvre et un coup de cœur absolu, renversant et poignant. Lisez Inséparables, vous ne regretterez pas cette rencontre avec ces jumelles inoubliables par leur courage, leur humour, leur maturité et leur sensibilité.

> Tous mes articles sur Sarah Crossan

Inséparables, Sarah Crossan. Rageot, 2017 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Clémentine Beauvais. 405 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – L’Homme à la Lèvre Tordue : 
lire un livre dans lequel le personnage principal a une déformation physique

11 réflexions au sujet de « Inséparables, de Sarah Crossan (2015) »

  1. Ping : Challenge : Les irréguliers de Baker Street | L'ourse bibliophile

  2. Olala, je ne peux qu’être d’accord avec tout ce que tu as évoqué ! Tu as très bien retranscrit mon ressenti : c’est une lecture qui ne laisse pas indemne, elle m’avait complètement chamboulée *o*
    Ça m’a donné très envie de découvrir d’autres romans qui utilisent la même forme de narration, même en anglais, mais personnellement je n’en connais aucun. Est ce que tu aurais des pistes ?

    • Merci ! ♥ Ce livre est extraordinaire, c’est de l’émotion puissance 1000 ! Toutes émotions confondues.
      Moi aussi, j’ai déjà très envie de le lire en anglais (ce que tu as déjà fait !) et j’aimerais en découvrir d’autres. Mais je n’en connais pas, non. Du coup, je comptais mettre à profit soit mes vacances en Ecosse, soit le petit séjour à Londres qu’on va probablement se faire fin 2017-début 2018 pour aller demander conseil aux libraires anglais.es !

  3. J’ai adoré cette lecture mais je n’ai pas été aussi happée qu’avec Songe à la douceur. Bon le sujet n’est pas le même et je m’attendais peut être à être encore plus bouleversée avec Inséparables justement parce que j’avais lu trop d’avis. Mais ce fut tout de même un moment incroyable.

    • C’est peut-être la même chose qui m’est arrivée avec Songe… J’ai tardé à le lire et pendant ce temps, j’ai lu des tas de chroniques extrêmement positive évidemment, et du coup, dans ma tête, c’était devenu un truc énorme. Je m’attendais à LA lecture qui allait changer ma vie ! Du coup, j’ai été un peu déçue même si j’ai adoré, mais je m’attendais à plus… C’est pour ça que maintenant, j’évite de lire cinquante chroniques d’un livre que je veux lire.

  4. Ping : Moonrise, de Sarah Crossan (2017) | L'ourse bibliophile

  5. Ping : Sarah Crossan, encore et toujours : The Weight of Water (2012)/Swimming Pool (2018) et We Come Apart (2017) | L'ourse bibliophile

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