Le livre des choses perdues, de John Connolly (2009)

Le livre des choses perdues (couverture)Avoir suivi pendant six semaines un MOOC sur la fantasy proposé par l’université d’Artois (pour ceux que ça intéresse, il semblerait qu’il soit à nouveau au programme l’an prochain) m’a donné envie de replonger dans ces univers. J’ai décidé de commencer par Le livre des choses perdues de John Connolly.

A travers ces pages se déroulent les aventures de David, un jeune garçon de douze ans. Obligé de fuir sa maison à cause des bombes allemandes qui menacent la capitale anglaise, il emménage avec son père, sa belle-mère et son tout petit demi-frère dans la campagne. Des ombres et des murmures le guident jusqu’à un passage secret. David se lance dans un périple à la recherche du Livre des choses perdues, un ouvrage qui lui donnera les clefs pour retourner dans son monde. Mais les Sires-Loups et l’effroyable Homme Biscornu, assistés de bien d’autres créatures, sont bien décidés à l’en empêcher.

 

David – évidemment appelé à évoluer au cours du récit – est d’abord un garçon jaloux du récent bonheur de son père, bonheur qu’il ne comprend pas et qu’il rejette tant la douleur de la perte de sa mère est toujours présente en lui. Le portrait psychologique de David est tracé avec finesse et l’on ressent parfaitement les tortures qui agitent son cœur. David apprend à grandir et ses émotions, ses forces et ses faiblesses guideront ses choix et influeront sur l’avenir de ce monde étrange.

Tandis que le monde dans lequel est né David est ravagé par la Seconde Guerre mondiale, le nouveau monde n’est pas beaucoup plus accueillant. Certains cherchent des proies fraîches à dévorer, d’autres tentent de sauver leur peau de proie potentielle tandis que l’Homme Biscornu manipule tout le monde pour servir ses intérêts. Les cauchemars deviennent réalité et chaque page se teinte d’une noirceur plus profonde encore. Un monde dominé par la peur, le danger et la mort.

 

Autour de David gravitent des personnages terrifiants. La chasseresse par exemple qui, lasse de chasser des animaux ou des hommes, décapite les uns et les autres pour créer des hybrides au corps de bête et à tête humaine (une pensée à ce moment-là pour le livre de E.B. Hudspeth, Le cabinet du docteur Black, qui relate des macabres expérimentations). L’Homme Biscornu est le plus cruel, le plus noir de tous. Personnage cauchemardesque sans scrupule, monstre vicieux, il plonge dans l’âme de chacun et joue avec leurs faiblesses pour en faire ses marionnettes.

 

A travers son histoire, John Connolly revisite plusieurs contes en les détournant. L’Homme Biscornu m’a rappelé le nain Tracassin, le Petit Chaperon rouge n’est pas la petite fille innocente des contes que l’on connaît, Boucle d’Or a été dévorée par les ours et Banche- Neige est une femme obèse qui exploite les nains marxistes (LE passage léger du roman !).

 

Ce récit de fantasy qui se démarque vraiment des autres romans de ce genre littéraire par sa maturité. Dans ce monde onirique, l’atmosphère est toujours sombre et oppressante. Difficile de trouver un peu de lumière dans ce récit marqué par la cruauté. Mais l’écriture est superbe, envoûtante et je me suis laissée entraînée par David.

 

Un récit captivant, une histoire de terreur, de faiblesse et de cruauté, un monde que l’on quitte partagé entre soulagement et regret. Un roman de fantasy original et marquant à ne pas rater. Un livre pour les amoureux des histoires et des contes.

 

« Les histoires sont différentes : elles se mettent à vivre dès qu’on les raconte. Sans une bouche humaine pour les lire à haute voix ou une paire d’yeux écarquillés sous les draps, les parcourant à la lumière d’une lampe de poche, elles n’ont aucune existence réelle dans notre monde. »

« Les histoires dans les livres détestent les histoires dans les journaux, disait la mère de David. Les nouvelles des journaux sont comme des poissons qui viennent d’être pêchés : elles sont intéressantes tant qu’elles sont fraîches, c’est-à-dire jamais très longtemps. Elles sont tapageuses et insistantes, comme ces vendeurs à la criée de l’édition du soir, alors que les histoires – les vraies histoires, celles qui sont inventées – ressemblent à des bibliothécaires sévères mais serviables officiant dans les salles de lecture aux rayonnages bien garnis. Les histoires des journaux sont aussi volatiles que la fumée, aussi périssables qu’éphémères. Elles ne s’enracinent nulle part, ce sont de mauvaises herbes proliférant sur le sol, cachant le soleil à des contes autrement plus dignes d’intérêt. »

« Quand vous étiez un enfant, vous pensiez que le monde était blanc ou noir, bon ou mauvais. Il y avait ce qui vous donnait du plaisir et ce qui vous faisait souffrir. Maintenant, vous voyez le monde pour ce qu’il est : une palette infinie de nuances de gris. »

 

Le livre des choses perdues, John Connolly. L’archipel, 2009 (2006 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Brévignon. 345 pages.

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