Journal d’un corps, de Daniel Pennac, mis en dessin par Manu Larcenet (2013)

Journal d'un corps (couverture)J’arrive après la bataille, ce livre étant sorti il y a un moment, mais quelle découverte ! quel bonheur !

Je vais parler de la version illustrée par Manu Larcenet et coéditée par Futuropolis et Gallimard. Il est difficile pour moi d’en faire une critique et je doute d’être convaincante bien que ce livre soit une merveille et un plaisir à lire.

J’ai adoré le point de vue par lequel est abordée cette histoire de vie, présentée comme le journal du père de Lison, une amie de l’auteur. Cette idée de parler à la base du corps, rien que le corps. Ce qui justifie des vides de plusieurs mois (voire plusieurs années) lorsqu’il n’y a rien de nouveau, d’étrange, de stimulant à signaler. La chair, les fluides qui la traversent, les transformations au fil des ans, les petits et gros désagréments… Un homme se dévoile ainsi, à travers ses chroniques, de 12 à 86 ans. Ce corps, souvent tabou bien qu’exposé aux regards, devient le centre de ce roman insolite.

Toutefois, il ne s’agit pas que d’une description froide du corps. A travers lui se dessinent – sans mièvrerie – les émotions et la vie du narrateur, ses souvenirs, les moments passés avec des amis, sa famille ou ses amantes. Le corps est le moteur, la mécanique qui permet à chacun de connaître les émois, plaisants ou douloureux, qui font le sel de la vie.

Journal d'un corps (enfant)Les illustrations en noir et blanc de Manu Larcenet – l’auteur des BD géniales La vie ordinaire et Blast – se marient parfaitement avec le texte et l’enrichissent véritablement. Tandis que Daniel Pennac évoque et décrit les affres du corps, ses flux, ses maladies, etc., les dessins en proposent un visuel souvent cru sans pour autant coller parfaitement à la réalité. L’artiste envahit les pages en tous sens, propose une vision imagée et poétique avec des illustrations qui, tour à tour, surprennent, amusent, fascinent ou révulsent par leur vision de la réalité.

Le livre peut également être feuilleté grâce aux chapitres qui le découpent en neuf tranches d’âge ou à l’index qui permet de retrouver telle infection, tel événement survenu au cours de l’existence du narrateur.

Un récit poétique, viscéral, ironique, sans tabou sans exhibitionnisme mal placé, merveilleusement bien écrit – avec intelligence, avec verve, avec humour, avec truculence – qui nous pousse à observer et à s’émerveiller devant son propre corps.

(C’est aussi un magnifique objet, relié, lourd, compact, avec de grandes pages pour savourer les dessins.)

« Notre voix est la musique que fait le vent en traversant notre corps. (Enfin, quand il ne ressort pas par le bas.) »

« Quand on a, sa vie durant, tenu le journal de son corps, une agonie ça ne se refuse pas. »

« Nous sommes jusqu’au bout l’enfant de notre corps. Un enfant déconcerté. »

« L’angoisse se distingue de la tristesse, de la préoccupation, de la mélancolie, de l’inquiétude, de la peur ou de la colère en ce qu’elle est sans objet identifiable. »

« Ces petits maux, qui nous terrorisent tant à leur apparition, deviennent plus que des compagnons de route, ils nous deviennent. »

« Ponctuation amoureuse de Mona : Confiez-moi cette virgule que j’en fasse un point d’exclamation. »

Journal d'un corps (amnésie)

Journal d’un corps, Daniel Pennac, mis en dessin par Manu Larcenet. Futuropolis, 2013 (Gallimard, 2012, pour l’édition simple). 383 pages.

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