Zelda la rouge, de Martine Pouchain (2013)

Zelda la rouge (couverture)Un roman qui m’a laissée un peu mitigée sur certains points, mais que j’ai quand même beaucoup apprécié.

Tout d’abord, commençons un petit tour d’horizon des rencontres que vous ferez dans ce roman :

  • Zelda, 16 ans, qui a perdu l’usage de ses jambes après avoir été renversée par un chauffard à l’âge de 10 ans. Particularité : elle dévore la vie et est dotée un optimisme inébranlable (et elle peut faire un nombre ahurissant de tractions) ;
  • Julie (surnommée Jules), 20 ans, aide-soignante dans une maison de retraite et obsédée par l’idée de retrouver celui qui s’est enfui après avoir handicapé sa petite sœur. Particularité : elle voit et parle avec les morts et peut percevoir des bribes de passé ou de futur concernant une personne en regardant l’intéressée ;
  • Kathy, leur colocataire quinquagénaire, une collègue de Julie, complexée et excellente cuisinière ;
  • Jocelyn, dit Jojo, ancien SDF, bricoleur et jardinier ;
  • Paul, un voisin de 86 ans, un peintre (un peu philosophe) qui joue le rôle de grand-père auprès de Zelda ;
  • Baptiste, « balayeur nucléaire » de 22 ans, qui va légèrement troubler leur joyeuse harmonie bien qu’il soit tout ce qu’il y a de plus charmant…

 

Le point positif pour ce livre : les personnages. Presque tous sont très attachants. J’ai adoré voir leur quotidien, leurs problèmes, leurs disputes et leurs rabibochages. Il y a beaucoup de réalisme que ce soit dans les différents caractères, dans les relations entre les personnages ou dans la présentation de leur vie quotidienne.

Les deux sœurs sont très unies, très proches l’une de l’autre. Orphelines de mère, elles ont été élevées par leur grand-mère qui leur a laissé la maison à son décès.

J’ai un petit faible pour Zelda car elle a cette force, cet optimisme et cette ouverture aux autres incroyables que j’ai déjà observés chez des personnes qui avaient connu beaucoup (trop) d’épreuves. A la fois pétillante et cynique, elle profite de la vie et se destine à la politique (« Faut bien que quelqu’un s’y colle, non ? »).

Julia est volontaire et son désir de vengeance cache aussi de la culpabilité car elle se sent – à tort évidemment – un peu responsable de l’accident de sa petite sœur. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds et, sous la carapace d’agressivité qu’elle arbore parfois, elle est d’une grande humanité (ce qui se voit dans son comportement avec les personnes âgées de la maison de retraite qu’elle traite avec respect, sans les infantiliser).

Ensuite, leurs deux colocataires, ces écorchés de la vie qui se reconstruisent peu à peu au sein de cette joyeuse smala. Kathy a été tellement piétinée par son ex-mari et Jojo en a tellement bavé qu’on peut juste se réjouir de voir les sourires s’épanouir sur leur visage.

Baptiste est le seul personnage qui ne m’a pas conquise. Il est trop gentil, trop généreux, trop beau… trop fade finalement ! Il est le personnage le plus irréaliste et le moins intéressant du roman à mon goût !

 

Martine Pouchain aborde plusieurs thèmes avec ce roman. Le handicap, bien sûr, la vengeance et la mort, mais ce n’est pas un roman plombant car ce qui domine finalement quand on referme le livre, ce sont la tendresse, l’amitié et la vie. Il y a de très beaux moments et de belles réflexions sur ces sujets.

 

Les deux sœurs sont les deux narratrices de cette histoire. On a donc parfois les émotions et les pensées de Zelda et de Julia sur un même évènement, c’est intéressant. Cela permet de cerner ces caractères différents et leur manière de réagir. De plus, il y a une grande fluidité dans l’écriture, accrue par des chapitres courts.

 

Bon… Pour le réalisme, il y a un point qui me pose problème. Le « don » de Julie. Malheureusement, je n’y crois pas, donc ce petit côté « surnaturel » m’a dérangée. Si, pour la plupart des visions de Julia, ça ne prête pas vraiment à conséquence, je trouve que c’est trop gros pour la fin du roman. C’est trop facile à mon goût. Ça m’a déçue.

 

Malgré ce dernier point négatif, une couverture qui ne me parle absolument pas et ce Baptiste que je n’apprécie pas et que je n’ai jamais apprécié, Zelda la rouge est un récit très réussi. Un roman non pas sur le handicap, mais sur la vie !

 

« J’ai compris que la vie valait encore d’être vécues, et puisque je n’avais pas décidé de fermer le livre, il était temps de démarrer un nouveau chapitre.

Je résume bien sûr. Ça ne sert pas de s’attarder. La colère, le désespoir, le pourquoi moi ?, qui ne les fréquente pas un jour ou l’autre ? A dix ans, c’est plus rare, mais ça dure moins longtemps. »

« Je suis redevenue apte aux grands moments. Vous savez, ces moments que les gens appellent des petits bonheurs ? Il y a un truc primordial qui jamais ne les effleure, c’est que le bonheur ne peut pas être petit. Jamais.

L’avantage des grands moments, c’est qu’ils sont gratuits. L’inconvénient, c’est qu’ils se pointent sans crier gare, il faut donc ouvrir l’œil. On l’ouvre plus facilement quand on s’est pris une bonne giclée d’adversité. »

« Pourquoi tu compares à ce que t’étais avant, aussi ? S’il y a un truc à jamais faire, c’est bien ça ! Imagine que je me compare à ce que j’étais avant, c’est la Bérézina ! Remarque, je le faisais au début, j’avoue, mais j’ai grandi. Maintenant je me dis je suis comme ça et je m’intéresse à tout ce que je peux faire, pas à tout ce que je ne peux plus faire. Si j’étais toi, je lâcherais pas le morceau aussi facilement. »

« Mon vieil ami lève les yeux vers les hirondelles qui s’ébattent en circonvolutions joyeuses et piqués virtuoses et m’adresse un petit hochement de tête signifiant qu’une année, c’est un trésor que nul n’est certain de posséder, lui moins que les autres. »

 

Zelda la rouge, Martine Pouchain. Sarbacane, coll. Exprim’, 2013. 245 pages.

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