Meurtres à Willow Pond, de Ned Crabb (2016)

Meurtres à Willow Pond (couverture)Dans le Maine, Iphigene « Gene » Seldon, vigoureuse septuagénaire à la langue bien pendue, règne sans partage sur le lodge de Willow Pond où se pressent de riches amateurs de pêche. Et cela embête terriblement les deux guides à son service : Merrill et Brad sont en réalité ses neveux et, s’ils restent à cette place d’employés, c’est parce qu’ils convoitent la fortune de leur richissime tante. Toutefois, ils ne sont pas les seuls. Autour de Gene gravitent d’autres envieux : Renee Ranger, la presque ex-femme de Brad, Huntley Beauchamp, le presque ex-mari de Merrill, Bruno Gabreau, le petit ami de celle-ci, Kipper, son troisième neveu, son favori, et enfin, Jean-Pierre Lemaire, le cuisinier amant de Kipper qui rêve de briller à New-York.

L’atmosphère est donc plutôt tendue quand Six et Alicia Goodwin arrivent à Willow Pond. Gene les a invités pour être soutenue lors d’une réunion de famille au cours de laquelle elle prévoit d’annoncer une modification dans son testament.
Dès le début de la lecture, on pourrait se croire dans un roman d’Agatha Christie avec cette présentation de tous les protagonistes, les uns après les autres. On alterne les points de vue. Pas de « je », mais on passe tout de même dans la tête de chacun d’entre eux.Les personnages se mettent en place et sont peu à peu réunis dans un même lieu. Et la cupidité et les envies de meurtres des héritiers de Gene se font très fortement sentir.

Les portraits sont assez fins, à la fois diversifiés et crédibles. Ils sont donc parfois horripilants, parfois drôles, parfois émouvants, en fonction des qualités, des défauts, des souvenirs qui ressortent. C’est le cas de Brad, l’alcoolique tantôt charmeur, tantôt fragile, qui m’a alternativement agacée et touchée, mais j’ai terminé le livre avec une vraie tendresse pour lui. Ou de Gene qui fait rire (mais je pense que j’aurais parfois envie de me cacher dans un trou si j’étais avec elle dans un lieu public). Mais j’ai eu un vrai coup de cœur pour Tom Barclay, de son vrai nom Thomasina. Et pour Six et Alicia, mais eux, ce n’est pas difficile de les aimer.

J’ai rêvé en imaginant Willow Pond. La forêt, le lac… La beauté de la nature, l’orage à la fois terrible et fascinant, et l’horreur au milieu.

Les pages se sont succédé, toutes seules. J’ai très vite été prise par l’histoire et par cette écriture très fluide qui crée tout de suite des images (personnages, décor, situation, etc.). On cherche le coupable, mais Ned Crabb nous réserve quelques surprises plutôt imprévisibles. J’ai aimé l’humour noir, l’ironie qui se cachait parfois au détour d’une phrase même quand l’intrigue gagne en noirceur.

Un bon polar qui semble revisiter Agatha Christie dans un décor sauvage et que j’ai lu avec grand plaisir.

Et merci aux éditions Gallmeister pour les livres de qualité qu’ils proposent !

« Il n’aimait pas réellement Merrill, mais il voulait l’épouser, c’était certain. Pour lui, les possibilités extraordinaires qu’offrait cette femme étaient une chance unique. Il savait qu’il n’aurait pas deux fois dans sa vie accès à une fortune pareille. »

« – Il doit être sous le porche à côté de son pot de fleurs préféré. C’est là qu’il trouve son soutien spirituel. Il appelle ça comme ça. Comme c’est joliment dit !
– Il tire son soutien spirituel dans un pot de fleurs ? demanda Tom.
– Non, pas du tout. Je parle de sa bouteille, il ne peut pas vivre sans sa bouteille. Il cache le bourbon dans le pot et tout le monde fait semblant de ne pas le savoir.
 »

Meurtres à Willow Pond, Ned Crabb. Gallmeister, coll. Noire, 2016 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurent Bury. 419 pages.

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