Aÿmati, de Béatrice Castaner (2014)

Aymati (couverture)Aÿmati nous parle de trois femmes : Aÿmati, néandertalienne ayant vécu il y a 30 000 ans, Gabrielle, archéologue (et son collègue, le primatologue Myn) qui prend place dans notre époque, et Mära qui écrit en 2051. Aÿmati et Mära, si éloignées soient-elles, ont en commun le fait d’être les dernières représentantes de leur espèce, néandertalienne pour la première, sapiens pour la seconde. Histoire de l’humanité, journal de fouilles, roman d’anticipation, Aÿmati est un peu tout cela. Mais au-delà de l’histoire, du fonds, c’est sa forme qui est réellement originale.

Les récits se mêlent, Mära rencontre Myn, Gabrielle découvre Aÿmati et une petite statuette en ivoire achève de les unir. Hier, aujourd’hui ou demain, les histoires personnelles des unes sont liées aux autres. Avec ce premier roman, Béatrice Castaner jette des ponts à travers le temps. Que laissons-nous derrière nous ? Quelle est la place de l’art ?

Après la brutalité de Joyeux, fais ton fourbi, Aÿmati apparaît comme un recueil de poésie. La langue très imagée stimule l’imagination. J’ai vu des lieux, des silhouettes sortir des pages de ce petit livre. L’auteure joue avec la musicalité des mots et le rythme de la lecture. Cela fait naître des moments très forts, presque haletants, comme la scène d’initiation d’Ay à l’art rupestre, la découverte des restes d’Aÿmati ou la rencontre de Myn avec Poss, le bonobo.

Pas forcément un coup de cœur, mais tout de même un bon moment passé avec ce livre entre les mains. Un court roman au style affirmé et original.

 « Et la main est devant elle qui lui sourit. La vieille femme la regarde de toutes ses rides, de toute sa bouche édentée, de tous les éclats de ses yeux pétillants, de ses bras gris de calcaire et de charbon de bois mêlés, de ses bras qui se tendent vers Ay. Un pas. Ay se blottit dans sa chaleur, incroyablement intense. Elle existe à peine entre les bras de cette femme d’incomptables, d’indomptables lunes, décharnée, voûtée par l’âge, Maÿtio. »

 « Présent et passé mêlés, emmêlés ; un big bang à l’envers ; le temps se contracte en un écheveau de doutes si dense qu’il va nous falloir des années pour nous détacher de nous-mêmes aujourd’hui. Avec, comme fil d’Ariane, cette seule statuette en ivoire portée par une femme néandertalienne il y a 30 000 ans environ. 

 Comment allons-nous l’appeler, Gabrielle ? »

Aÿmati, Béatrice Castaner. Serge Safran, 2014. 192 pages.

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