Arte, tomes 1 à 9, de Kei Ohkubo (2013-…)

Issue de la petite bourgeoisie florentine, Arte est avant tout une passionnée de peinture, une passion encouragée par son père et réprouvée par sa mère. A la mort de son père, elle décide de prendre son avenir en main et de devenir peintre coûte que coûte. Après moult déconvenues, elle parvient à convaincre Leo, un maître solitaire, de l’accueillir dans son modeste atelier.

Arte est une excellente découverte ! Ce manga nous plonge dans l’Italie du XVIe siècle et nous fait découvrir Florence et Venise, la vie de cette époque, le fonctionnement des ateliers, l’importance des mécènes… J’ai aimé les informations disséminées dans ce manga agréable à lire, ainsi que les précisions de l’autrice en fin de tome lorsqu’elle prend des libertés avec la réalité historique. Ce n’est pas un documentaire, c’est très romancé et très probablement adouci par rapport à la réalité, mais j’ai apprécié cette plongée dans une autre époque.

C’est aussi une lecture captivante car je n’ai pas tardé à me prendre d’affection pour Arte et à suivre ses aventures, ses déboires et ses réussites avec grand plaisir. Arte est une héroïne lumineuse. Moi la pessimiste, j’ai aimé lire son optimisme, voir son sourire rayonnant, son incapacité à baisser les bras. Arte se donne vraiment les moyens d’atteindre ses objectifs et, en prime, entraîne les autres sur son sillage. Son bon cœur la pousse à aider les autres, à leur apprendre à se battre pour ce qu’ils et elles désirent vraiment. Ainsi, elle apprend à Dacia, une modeste couturière, à lire et à écrire, lui offrant l’espoir d’une vie meilleure ; et plus tard, ce sera Dacia qui encouragera une autre jeune fille à faire entendre sa voix.
Tout en dénonçant le sexisme de la société sous divers aspects (niveau d’instruction, importance de la dot et place des filles dans une famille, possibilités d’avenir, abus des femmes modestes…)Arte garde une aura très positive malgré tout. L’autrice y place de belles valeurs (persévérance, solidarité, générosité, écoute, amitié…) sans que le tout apparaisse comme niais ou trop gentillet. De la même façon, elle adoucit la violence des réactions masculines envers les rêves d’Arte grâce à deux personnages masculins qui se détachent de tous ces hommes qui la regardent de haut (du moins, au premier abord) : son maître Leo qui la considère comme son apprentie, comme une personne, et non uniquement comme une femme faible et incapable (il ne lui épargnera d’ailleurs aucune tâche pénible) et son ami, apprenti également, Angelo. Ayant grandi parmi de nombreuses soeurs, Angelo respecte et admire Arte – pour son caractère, pour son ardeur au travail, pour son coup de pinceau, pour sa réussite… – d’une manière qui, si elle nous paraît « normale », n’avait rien d’évident à l’époque. De la même manière, il se montrera admiratif des efforts de Dacia pour améliorer sa condition.

Arte, c’est donc :

  • un discours moderne sur la condition féminine replacé dans un contexte historique très intéressant ;
  • une héroïne travailleuse, joyeuse et volontaire et des personnages secondaires travaillés et attachants ;
  • une ambiance chaleureuse et dynamique dont j’ai aimé autant les chapitres « tranches de vie » que ceux où l’intrigue devient plus travaillée ;
  • des illustrations réussies, pleines de finesse et de détails – notamment sur les vêtements –, qui, grâce à des visages expressifs, donnent vie aux personnages (petit bémol peut-être sur celui de Leo qui ne me convainc pas à chaque fois…).

Arte, tomes 1 à 9 (11 parus en VF à ce jour), Kei Ohkubo. Éditions Komikku, 2015-… (2013-… pour l’édition originale). Traduit du japonais par Ryoko Akiyama. 190 pages environ.

Journal 1931-1934, par Anaïs Nin

En novembre, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver l’inénarrable Alberte Bly, formidable copinaute, the best pour ce qui est des lectures communes. Après l’aventure Notre-Dame de Paris, nous nous sommes entre-motivées pour sortir le journal d’Anaïs Nin de nos PAL respectives (sachant qu’il était dans la mienne depuis cinq ou six ans minimum) et quelle bonne idée ce fut ! Outre le fait que ce sont parfois nos échanges qui m’ont persuadée de continuer cette lecture (nous y reviendrons), nos ressentis étaient incroyablement synchronisés (à l’image de notre rythme de lecture), ce qui était tout bonnement génial. Donc *instant remerciements* merci Alberte ! Encore une fois, c’était extrêmement chouette de partager ça avec toi ! Un tête-à-tête avec Anaïs uniquement n’aurait pas eu la même saveur DU TOUT.

>>> Sa chronique, à ne pas manquer ! <<<

A la base de cette envie, il y a eu la sortie de ce roman graphique de Léonie Bischoff, Anaïs Nin, sur la mer des mensonges. Contrairement à Alberte, je ne l’ai pas encore lu, mais les avis ayant croisés mon chemin m’ont donné très envie de découvrir la BD ainsi que ce fameux journal que j’ignorais depuis longtemps. Nous nous attendions à une lecture renversante et c’est donc enthousiaste au possible que je me suis lancée dans la vie d’Anaïs.

Journal 1931-1934 (couverture)

La première partie du journal relate ses relations avec l’auteur Henry Miller et June, la femme de ce dernier, tandis que la suite fait entrer d’autres personnes dont les psychanalystes Allendy et Rank, Antonin Artaud et le père d’Anaïs.
Avec June et Henry, deux rapports très différents se mettent en place. D’un côté, Henry, les discussions sur l’écriture, sur la vérité, sur June évidemment, ainsi que des sorties dans Paris. Une admiration réciproque qui naît aussi bien de leurs points communs que de leurs différences. De l’autre, June, troublante June. Leur amitié se fonde sur la fascination, toutes deux trouvant en l’autre un modèle. Les mensonges de June, sa vie flamboyante, sa passion, transportent Anaïs.
Et au bout de plusieurs dizaines pages, quand l’enthousiasme s’évapore, la lecture m’est devenue plus pénible. Impossible, entre ces trois-là, de cerner une vérité. June et Henry s’entre-déchirent tandis qu’Anaïs prend parti tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre, sans parler du fait qu’on subodore qu’elle aussi nous raconte son lot de mensonges (« Embellir est chez moi un vice », nous dit-elle). Leurs disputes et leurs petits problèmes me sont apparus comme particulièrement vains et puérils. Tous et toutes inventent leurs réalités qui se contredisent, s’affrontent, s’accusent mutuellement de mensonges.
Sans parler qu’il est difficile de se prendre d’affection pour ces personnalités qui semblent en permanence dans la mise en scène. Au mieux June inspire-t-elle parfois la compassion mais le fait qu’elle surjoue en permanence finit par fatiguer malgré tout, et entre les jalousies mesquines et les vols d’idées littéraires d’Henry, les incessantes déclarations prétentieuses d’Anaïs, l’éthique discutable de son psychanalyste Allendy dans sa relation docteur-patiente…, tous sont globalement exaspérants. J’ai ainsi fini par me détacher de toute la clique et ai parfois eu du mal à rester concentrée sur ma lecture.

Une lecture qui a interrogé l’image qu’Anaïs Nin souhaitait donner d’elle-même au travers de ses journaux qu’elle faisait lire à des proches, qu’elle a retravaillés et publiés de son vivant. La démarche n’étant pas purement intime, on se questionne sur sa sincérité. Comment se raconte-t-elle ? Exagère-t-elle volontairement cette image de femme compatissante, douce et généreuse ? Qui des perpétuelles félicitations et témoignages d’admirations qu’elle reçoit tant pour son caractère que ses fameux journaux ? Au fil des pages, elle semble créer divers personnages réservés à telle ou telle fréquentation : pour June, pour Henry, pour Allendy, pour Otto Rank…
Les autres éléments qui contribuent à la particularité de cette lecture, c’est qu’Anaïs alimentait tellement ses journaux – rédigés pratiquement en même temps qu’elle vivait les événements, comme elle le dit à plusieurs reprises – que des coupes sévères ont dû être pratiquées, ce qui donne parfois un sentiment étrange de « cheveu sur la soupe » (je pense notamment à ce bébé dont je reparlerai qui apparaît et disparaît tout aussi brusquement). En outre, certaines personnes ont refusé d’y apparaître. Ainsi, Anaïs était mariée ces années-là, mais il n’y a absolument aucune allusion à son mari !

J’ai également été stupéfiée par la dévalorisation des femmes présentes dans son journal. Elle qui se présente comme une artiste, une femme indépendante, a parfois des propos misogynes en complet désaccord. J’ai eu beaucoup de peine pour elle dans ces moments où l’intériorisation du sexisme ordinaire ressort. Elle écrit par exemple : « Quels efforts je fais pour comprendre. Lorsque Henry parle j’ai des moments de vraie fatigue, je sens que je suis une femme qui essaie d’atteindre un savoir au-delà de ses capacités. Je tire sur mon esprit afin de suivre la trajectoire d’un esprit d’homme. »
On se demande alors dans quelle proportion son rôle de femme protectrice des hommes, cette mère pour grands enfants, cette amie indispensable pourvoyeuse de conseils, d’argent et de machines à écrire, cette posture maternelle souvent mise en scène, est joué, même si elle y trouvait de toute évidence une grande satisfaction. Elle qui, adolescente, a assisté sa mère célibataire dans l’éducation de ses frères ; elle qui, naturellement, voit les femmes à la périphérie des hommes.
De même, la manière dont chaque homme de sa vie tente de la manipuler – et généralement de l’éloigner d’Henry Miller – et d’avoir l’ascendant sur elle est ahurissante. Son père retrouvé la veut aristocrate, jolie fille à exhiber, loin de l’influence d’Henry ; Allendy, la voyant comme quelqu’un de sincère et simple, souhaite l’éloigner d’Henry qui ne mériterait pas son amitié ; Artaud réclame sa présence et son approbation (dans un jeu de « je t’aime moi non plus » assommant). Ainsi, elle est déchirée entre la discipline de soi prônée par son paternel, par le chaos d’Henry, par l’attrait des drogues consommées par Artaud, par la psychanalyse, et finit par mentir sur le fait qu’elle reste toujours très proche d’Henry pour donner aux uns ou autres ce qu’ils veulent entendre, ne se laissant pas influencer dans le choix de ses fréquentations.

Quelques pages ont toutefois éclairé cette lecture. Des moments de franchise, de sincérité, où Anaïs apparaît plus « humaine », dans ses doutes et ses peurs. Il y a les passages avec son père, ces retrouvailles dans lesquelles elle place l’espoir d’une relation de confiance, cette désillusion progressive tandis que son regard sur son père, perdant le voile de l’espérance, devient plus objectif. Et ce presque final racontant sa grossesse d’un enfant qu’elle incite à ne pas naître, discours déchirant d’une femme qui apparaît pleine de doute envers elle-même et envers les géniteurs, ainsi que cet accouchement d’une violence incroyable, témoignage de violences obstétricales de la part d’un médecin qui ignore totalement sa peur et sa souffrance.
Si seulement le reste de journal avait eu cette même tonalité, je ne ressortirais pas de ce livre avec un si grand sentiment de vide.

La préface – en corrélation avec le peu d’informations que j’avais glanées auparavant – m’avait motivée et passionnée en abordant les sujets de l’image de soi, de la persona, du masque montré au monde (bref, des sujets qui me parlent), mais le texte en lui-même a eu du mal à me convaincre. Seuls les passages concernant sa vie très personnelle – son père et cette grossesse – ont résonné comme authentiques et ainsi intéressants.
En outre, tous ses lecteurs – les personnes à qui elle fait lire son journal – semblent trouver son écriture percutante et unique, mais je n’ai pas été marquée par sa prose. Ça se lit facilement, mais ce n’est pas renversant pour un sou. Ainsi, tous les compliments qu’elle rapporte dans son journal nous ont laissées, Alberte et moi, quelque peu perplexes et dubitatives.

« Il y eut toujours en moi deux femmes, au moins, une femme perdue et désespérée qui sentait qu’elle se noyait, une autre qui entrait dans une situation comme elle serait montée sur scène, dissimulant ses vraies émotions parce qu’elles n’étaient que faiblesse, impuissance, désespoir, pour présenter au monde un sourire, de l’ardeur, de la curiosité, de l’enthousiasme, de l’intérêt. »

« Lorsque, de ma fenêtre, je regarde la grande grille de fer verte, je lui trouve une allure de porte de prison. Sentiment injustifié, car je sais bien que je peux quitter les lieux à ma guise, et je sais bien que les êtres humains attribuent à un objet, ou à une personne, la responsabilité d’être l’obstacle, alors que l’obstacle est en soi-même. »

« Devant chaque monde nouveau, chaque personne, chaque pays, je me tiens hésitante, mal assurée, haïssant les nouveaux obstacles, les nouveaux mystères, les nouvelles possibilités de souffrir, de me tromper par manque de courage. La peur, le manque de confiance en moi ont rétréci mon univers, limité le nombre de gens que j’ai pu connaître intimement. »

« Je n’avais pas de vie intermédiaire : l’envol, le mouvement, l’euphorie, ou alors le désespoir, la dépression, la désillusion, la paralysie, le choc et le miroir brisé. »

Journal 1931-1934, Anaïs Nin. Le Livre de Poche, 1981. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Claire Van der Elst, revu et corrigé par l’autrice. 509 pages.

Périple dans l’univers de Tolkien avec Un voyageur en Terre du Milieu et l’Atlas illustré de Tolkien

Aujourd’hui, je vous emmène sur les terres magiques nées sous la plume de J.R.R. Tolkien avec deux livres très différents. Un carnet de voyage sur lequel je me suis pâmée pendant des heures et un guide qui a parfois (souvent) fait grincer des dents la maniaque que je suis.

Résumé pour les personnes qui n’auraient pas eu le courage de lire toutes mes récriminations : si vous voulez (vous) offrir un livre autour de l’univers créé par Tolkien, privilégiez le premier ! Il est très très beau et je ne peux lui faire aucun reproche !

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Un voyageur en Terre du Milieu : mon cahier de croquis de Cul-de-Sac au Mordor,
de John Howe (2018)

Un voyageur en Terre du Milieu (couverture)J’ai enfin pris le temps de lire ce cadeau que je m’étais fait à moi-même il y a quelques mois et, sans surprise, c’était beau ! Les dessins de John Howe – qui a travaillé artiste-concepteur sur les deux trilogies de Peter Jackson – sont superbes et j’ai adoré m’immerger une fois de plus dans cet univers chéri. Si les peintures et autres illustrations colorisées sont bien chouettes, j’ai été tout simplement scotchée par les croquis au crayon, parfois simples à première vue, mais riches de mille petits détails. Étant une quiche en dessin, je suis toujours sciée de voir que, tracés par d’autres personnes, quelques traits apparemment négligents peuvent donner des œuvres aussi magiques. John Howe donne vie à ses personnages et invite à la déambulation dans ces décors splendides.

De petits textes explicitent ses références, ses inspirations pour tel ou tel lieu et replace le tout dans l’histoire de la Terre du Milieu.

Bref, un carnet de voyage fantastique et magnifique qui, je vous préviens, peut susciter une envie irrépressible de relire les livres et de revoir les films.

Un voyageur en Terre du Milieu : mon cahier de croquis de Cul-de-Sac au Mordor, John Howe. Christian Bourgois éditeur, 2018 (2018 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Daniel Lauzon. 198 pages.

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Atlas illustré de Tolkien,
de David Day (2019)

Atlas illustré de Tolkien (couverture)Ce cadeau inattendu d’une amie place décidément septembre sous le signe de la Terre du Milieu. Malheureusement, cette lecture fut assombrie par quelques défauts irritants. Au niveau du contenu, rien à signaler : cet atlas retrace les grands événements qui ont façonné la Terre du Milieu et nous emmène dans les différents lieux présentés dans Le Silmarillion, Le Hobbit ou Le Seigneur des Anneaux. La naissance du monde et des peuples, les batailles et les changements, du premier récit du Silmarillion à la dernière page du Seigneur des Anneaux, tout est là.

Certes, dans l’absolu, tout est déjà dans les livres, mais je pense que cela peut, au choix, donner envie de découvrir les récits de Tolkien si ce n’est pas déjà fait ou rafraîchir la mémoire des personnes qui les ont déjà lus. Perso, j’ai apprécié ce voyage express sur la Terre du Milieu, sachant que ma PAL ne me laisse pas le temps de me replonger encore une fois dans les romans.

En outre, comme l’indique son titre, l’ouvrage est richement illustré, ce qui est toujours positif. J’ai trouvé assez fascinant la diversité de styles présentés, même si certains sont parfois inattendus. Tous ne sont pas à mon goût mais c’est fantastique de voir comment l’univers de Tolkien a pu inspirer des artistes très différents. De plus, le choix s’est porté sur des illustrations originales qui changent de celles que l’on peut voir la plupart du temps.

Le gros point noir vient du côté éditorial. Pour ce qui est de la version française bien entendu. L’idée est clairement de présenter un joli petit livre. Entre la couverture imitation cuir avec ce dragon gravé et les dizaines d’illustrations, ça partait plutôt bien. Seulement, côté textes, je n’ai cessé d’être agacée par des détails. Je sais que je chipote, que je suis méticuleuse, mais je trouve ça vraiment dommage. Ça m’énerve dans un petit poche lambda, alors forcément, ça me fait monter au créneau quand il s’agit d’un ouvrage avec des prétentions un tantinet plus élevées.

Ce qui m’a le plus insupportée, c’est l’incohérence dans les noms propres. Pour rappel, il y a eu deux traductions : la première dans les années 1970 est signée Francis Ledoux et la seconde par Daniel Lauzon date de ces dernières années. Comme vous le savez peut-être, les traducteurs ont effectué des choix qui conduisent à des différences : Fondcombe est devenu Fendeval, Sylvebarbe s’est transformé en Barbebois, etc. Et ici, c’est le foutoir, il n’y a pas d’autres mots. Par exemple, on trouve Fondcombe (utilisé donc par Francis Ledoux) et Frodo et Bilbo Bessac (par Daniel Lauzon) ; mieux encore, il y a la Forêt Noire (Ledoux) dans les textes, référencée Grand’Peur (Lauzon) dans l’index (c’est bien le même lieu, je précise) ; encore plus inédit, les Orientais (Lauzon) deviennent subitement les Orientaix, ce qui n’existe même pas à ma connaissance puisque Ledoux traduisait par Orientaux (un joyeux mélange, pourquoi pas après tout ?). J’arrête là les exemples et je précise que je ne suis pas une experte dans les traductions de Tolkien et que j’ai probablement raté de nombreuses erreurs.

J’ajouterai à cela :

  • Des listes de noms majoritairement séparés par des points-virgules jusqu’à ce qu’une ou deux virgules se glissent au milieu de l’énumération (pour la variété sûrement) ;
  • Des graphiques peu lisibles dont les traits débordent ici ou là sur le texte (parlerai-je du fait que les indications données dans ces tableaux et frises sont parfois terminées par un point et parfois pas, de manière parfaitement aléatoire semble-t-il ?) ;
  • Des cartes vraiment intéressantes dans le sens où elles illustrent une évolution du monde que je n’avais jamais vraiment visualisée ainsi, mais qui sont gâchées, à mon goût, par une police banale et agressive qui ne se marie pas très bien avec le dessin, bref, qui n’ont rien à voir avec la délicatesse et la beauté sobre de celles tracées par Tolkien père et fils (mais s’il n’y avait eu que ça, je n’aurais certainement pas tiqué dessus, je l’admets).

Vous l’aurez bien compris, je suis vraiment déçue. L’idée de l’ouvrage était intéressante, ça faisait un très chouette livre pour les passionné·es de Tolkien, mais je trouve regrettable le peu de soin que semble avoir fourni l’éditeur au cours de la traduction. Quitte à surfer sur la vague des livres dérivés et autres goodies, il est peut-être possible de le faire correctement, non ? (En fait, je suis plus indignée que déçue, je crois.)

Atlas illustré de Tolkien, David Day. Hachette, coll. Heroes, 2020 (2019 pour l’édition originale). Traduit par Xavier Hanart. 256 pages.

Spécial BD et romans graphiques : trois nouveautés de l’année 2019 #3

On se retrouve pour le dernier article BD de l’année avec mes trois dernières lectures du genre en date !

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In Waves, d’AJ Dungo (2019)

In Waves (couverture)Un roman graphique qui a énormément fait parler de lui cette année. Une histoire autobiographique d’amour tragique sur fond de surf.
Après Saison des Roses qui m’a embarquée dans le monde du foot amateur, voici un autre sport dont je ne suis pas plus familière (je ne suis familière d’aucun sport) : le surf. Et pourtant, l’histoire simplifiée du surf qui ponctuelle l’histoire personnelle de l’auteur m’a vivement intéressée. Elle accompagne le drame qu’a vécu AJ, le surf ayant été leur passion, à Kristen et lui. Ces chapitres instructifs empêchent de tomber dans le mélo, proposent des pauses bienvenues, et cette histoire d’amour et de maladie se révèle donc pudique et émouvante sans être trop tire-larmes. Cependant, au risque de paraître insensible, je dois avouer que je m’attendais à être davantage bouleversée, retournée, tourneboulée. Ce n’est pas vraiment le cas, j’en ressors simplement un peu mélancolique face à ce qui aurait pu être et le regret de ne pas avoir côtoyé Kristen un peu plus longtemps.
Je ne savais que penser du graphisme en feuilletant l’ouvrage, mais une fois dedans, les lignes fluides m’ont embarquée comme une vague. Les lignes pures sont d’une grande efficacité, transmettant aisément les émotions et nous poussant à tourner les pages (il faut avouer que les 366 pages de ce roman graphique s’avalent à toute vitesse). Les pages monochromes – tantôt bleues pour son histoire, tantôt brunes pour celle du surf – m’ont séduites, c’est un choix que j’apprécie généralement, et apportent une jolie douceur à ses planches. Un graphisme léger et apaisant pour une intrigue qui aurait pu être pesante.

Si ce n’est pas l’incommensurable coup de cœur auquel je m’attendais, c’est néanmoins un très beau roman graphique dont la sensibilité émane à chaque page, que ce soit par le biais du dessin épuré ou du texte parfois rare mais toujours précis.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

In Waves, AJ Dungo. Casterman, 2019 (2019 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Basile Béguerie. 366 pages.

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Les Indes fourbes, d’Alain Ayroles (scénario) et Juanjo Guarnido (dessin) (2019)

Les Indes fourbes (couverture)Une autre bande dessinée très attendue cette année – mais pas vraiment par moi puisque je n’ai encore lu aucune autre œuvre de l’un ou autre auteur bien que Blacksad soit dans ma WL depuis des années – et qui relate les  aventures picaresques de don Pablos de Ségovie, fripouille, voleur, menteur, tricheur, dans cette Amérique qu’on appelait les Indes à la recherche de la mythique El Dorado.

Une bande dessinée extrêmement chouette, ma foi ! Pablos, malgré (ou grâce à) tous ses travers, est un personnage haut en couleurs éminemment sympathique. Pour atteindre les sommets dont il, gueux de tous méprisé et par tous maltraité, il fait confiance à son intelligence et sa roublardise épate, amuse et passionne au fil de ce récit en trois chapitres. Chacun éclairant le précédent d’une nouvelle lumière, racontant plusieurs histoires en une, ils laissent le mensonge, la manipulation et la duplicité jouer un rôle crucial. Bourrée de rebondissements et de surprises, l’histoire rocambolesque est extrêmement prenante et l’on ne s’ennuie pas une seconde au fil des pages qui forment une œuvre, mine de rien, d’une jolie densité. J’en profite pour saluer la plume d’Ayroles : c’est terriblement bien écrit et la verve de Pablos se révèle absolument réjouissante.
Derrière cette couverture sublime qui semble être un véritable tableau, les aquarelles de Guarnido sont très belles. Entre les décors soignés et l’expressivité tout simplement irrésistible des personnages, je me suis régalée d’un bout à l’autre.

C’est truculent, c’est riche, c’est fascinant, c’est humoristique, bref, voilà une bande dessinée qui tient toutes ses promesses tant sur le plan scénaristique que visuel.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Les Indes fourbes, Alain Ayroles (scénario) et Juanjo Guarnido (dessin). Delcourt, 2019. 160 pages.

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Le dieu vagabond, de Fabrizio Dori (2019)

Le dieu vagabond (couverture)Eustis n’est pas un vagabond ordinaire : il est un satyre déchu, errant sur Terre depuis des siècles, regrettant les fêtes de Dionysos. Aussi, lorsqu’Hécate lui propose une quête pour réparer ses torts et retrouver sa vie d’antan, il n’hésite pas une seconde et part sur les routes, accompagné d’un vieux professeur et d’un fantôme en manque de gloire.

Le dieu vagabond est un roman graphique absolument sublime. En plus de styles graphiques détonants et de couleurs explosives, il est traversé par mille références artistiques : Hokusai, Van Gogh, Otto Dix, clins d’œil aux vases antiques ou à l’Art Nouveau, Lune éborgnée de Méliès, etc. Je suis sûre de ne pas avoir repéré la moitié des inspirations de Dori, mais en tout cas, je me suis régalée visuellement parlant.
Pour l’ancienne passionnée de mythologie que je suis, l’histoire est tout aussi séduisante avec ce côtoiement du divin et de l’humain, avec ces dieux et autres protagonistes de la mythologie grecque revisités : Arès en vieux soldat paranoïaque, Chiron en psychothérapeute des dieux spécialiste dans les troubles de l’adaptation… Si ce n’est pas le coup de cœur attendu – peut-être à cause d’un côté un chouïa décousu –, j’ai adoré suivre Eustis et ses acolytes dans leur épopée onirique et déroutante. J’ai adoré partir sous la Lune et les étoiles à la rencontre des paumés, des errants, des voyageurs, des « en quête de… ».

J’aurais du mal à vous parler de cette BD plus longtemps, c’est un voyage assez étrange mais toujours fascinant. Ne refusez pas à vos yeux le plaisir de contempler cet ouvrage résolument magnifique, légèrement philosophique et totalement insolite.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Le dieu vagabond, Fabrizio Dori. Sarbacane, 2019. 156 pages.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

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Cette fois, c’est fini, promis !

Avez-vous fait de belles découvertes en BD ou romans graphiques cette année ?
Lesquelles ?

Bonnes lectures !

Spécial BD et romans graphiques : six nouveautés de l’année 2019 #1

Ce mois-ci, j’ai lu de nombreux romans graphiques sortis cette année (grâce à un petit prix décerné par les bibliothèques de la communauté de communes) et j’y ai fait de très belles découvertes. Je vous propose deux sessions de six « mini-chroniques express » de toutes ces lectures.

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#Nouveau contact, de Bruno Duhamel (2019)

#Nouveau contact (couverture)Lorsque Doug poste sur Twister les photos de l’étrange créature sortie du loch devant chez lui, le phénomène prend aussitôt une ampleur qu’il n’avait pas anticipée. Cette petite virée en Ecosse permet à l’auteur d’aborder de nombreuses thématiques : les abus des réseaux sociaux, le harcèlement, les médias, le sexisme, le piratage informatique, la manipulation des grands groupes, le besoin de reconnaissance, celui de donner son avis sur tout et tout le monde… Car, évidemment, c’est l’escalade et, suite à plusieurs péripéties, chasseurs et écolo, conservateurs et féministes, anarchistes, militaires, scientifiques et journalistes se retrouvent massés devant la bicoque de Doug. Un portrait quelque peu amer de notre société se dessine et la BD se révèle souvent drôle (même si elle fait naître un rire un peu désespéré). Elle illustre de manière plutôt plausible les débordements, les oppositions et les luttes qui se produiraient si un tel événement devait advenir. La fin – que je ne vous révèlerais évidemment pas – sonne particulièrement juste.

Ce n’est pas la bande dessinée de l’année, ni pour l’histoire que pour le graphisme (efficace et expressif, mais pas incroyable), mais elle est néanmoins réussie et agréable à lire.

#Nouveau contact (planche)Le début de l’histoire sur BD Gest’

#Nouveau contact, Bruno Duhamel. Editions Bamboo, coll. Grand Angle, 2019. 67 pages.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

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Le patient, de Timothé Le Boucher (2019)

Le patient (couverture)Une nuit, la police arrête une jeune fille couverte de sang et découvre qu’elle laisse derrière elle sa famille massacrée. A une exception, son jeune frère qui sombre dans un coma pour les six prochaines années. A son réveil, il est pris en charge par une psychologue désireuse d’éclaircir cette affaire macabre. Si vous passez souvent par ici, vous avez sans doute remarqué les policiers et autres thrillers sont très rares, ce n’est pas un genre que je lis souvent et encore moins en BD. La plongée dans l’univers de Timothé Le Boucher a donc bousculé mes habitudes.

C’est un thriller psychologique plutôt efficace qui se met en place avec un basculement vers le milieu de l’ouvrage. Cependant, je dois avouer que je m’attendais à un rythme plus effréné et à une atmosphère plus oppressante et à plus de surprises aussi, bref, à un effet plus marqué. C’est le cas par moments mais ça ne reste pas sur la durée. Toutefois, je n’ai pas lâché ce roman graphique assez long avant de connaître le fin mot de l’histoire, embarquée par les thématiques d’identité et de mémoire. Les personnages intriguent, touchent, troublent, inquiètent – en d’autres mots, ils ne laissent pas indifférents. La fin laisse planer un doute que je peux parfois détester, mais que j’ai ici beaucoup apprécié, l’idée qu’on ne saura jamais si ce que l’on croit savoir est la vérité est aussi frustrant que troublant.
Visuellement, derrière cette couverture qui évoque irrésistiblement « Les oiseaux » hitchcockiens se trouve un graphisme réaliste qui, encore une fois, fait le job sans me toucher particulièrement. J’ai glissé sur les planches sans m’arrêter sur la beauté ou la laideur des dessins.

J’ai passé un bon moment, mais je ne partage pas pour autant le coup de cœur ou la révélation ou l’enthousiasme de nombreux lecteurs. (Mais je me dis que je devrais tenter l’ouvrage précédent de Le Boucher Ces jours qui disparaissent.)

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Le patient, Timothé Le Boucher. Glénat, coll. 1000 feuilles, 2019. 292 pages.

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Le fils de l’Ursari, de Cyrille Pomès (scénario et dessin) et Isabelle Merlet (couleurs), d’après le roman de Xavier-Laurent Petit (2019)

Le fils de l'ursari (couverture)J’ai souvent croisé le chemin du roman de Xavier-Laurent Petit que ce soit en librairie, en bibliothèque ou autre, mais je ne l’ai jamais lu. J’ignorais même quel en était le sujet. La BD fut donc une entière découverte.

L’histoire m’a tout de suite embarquée sur les routes dans le sillage que cette famille d’Ursari, des montreurs d’ours, méprisée et détestée par tout le monde, d’abord dans leur pays natal, puis en France. C’est une épopée poignante, injuste. L’exploitation, le chantage et les menaces des passeurs qui poussent à la misère. Mendicité, vol, voilà le quotidien de la famille de Ciprian dans ce pays de cocagne. Toutefois, une lueur d’espoir surgit pour le jeune garçon… sous la forme d’un échiquier dans le jardin du « Lusquembourg ». Le rythme est dynamique, sans temps morts. L’histoire est profonde, poignante, violente. Une alternance d’ombres et de lumière, de malheurs et d’espoirs cimentés autour de nouveaux amis et d’une famille soudée. La vie du jeune Ciprian n’a rien d’une vie d’enfant, c’est une lutte, une survie qui peut se déliter à tout instant, mais il persévère, s’instruit, s’intéresse, se fait l’artisan de son destin.
Côté dessin, j’ai moins adhéré, je l’admets. Il a un côté « vite fait », comme hâtif, simple, brouillon, déformant les visages d’une façon qui m’a vraiment déplu. Ça n’a pas marché entre nous : j’ai fini par m’y habituer, mais pas par l’apprécier.

Une histoire de vie incroyable, terrifiante, mais malheureusement réaliste. Une histoire qui n’est pas sans rappeler celle du petit Tanitoluwa Adewumi, le prodige des échecs nigérian.

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Le fils de l’Ursari, Cyrille Pomès (scénario et dessin) et Isabelle Merlet (couleurs), d’après le roman de Xavier-Laurent Petit. Rue de Sèvres, 2019. 130 pages.

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Speak, d’Emily Carroll, d’après le roman de Laurie Halse Anderson (2018)

Speak (couverture)Le premier vrai, énorme, coup de cœur de cette sélection. Voilà trois ans que j’ai lu le roman intitulé Vous parler de ça et, sans me souvenir de tous les détails, je ne l’ai jamais oublié (à l’instar d’un autre roman de Laurie Halse Anderson, Je suis une fille de l’hiver).
Ce roman graphique de plus de 350 pages nous plonge dans l’année de seconde de Melinda. Une année insoutenable, marquée par les humiliations et les rejets, enfermée dans son mutisme, traumatisée par un événement dont elle n’arrive pas à parler. Entre le texte et les illustrations, tout concourt à nous plonger dans l’intériorité torturée et déchiquetée de Melinda. Le trait d’Emily Carroll est évocateur, sensible et certaines planches sont vraiment dures tant elles paraissent à vif. Ce sont des dessins qui m’ont extrêmement touchée.
J’ai été happée par cette narration fluide qui fait de ce roman graphique un ouvrage impossible à lâcher, comme s’il nous était impensable d’abandonner Melinda. Et pourtant, comme dans le roman, certaines planches ont réussi à me faire (sou)rire. Moments de paix, de relâchement, de distance, pour Melinda et pour mes entrailles nouées.

C’est puissant, c’est sombre, c’est viscéral, c’est révoltant, mais c’est aussi tout un espoir, toute une renaissance qui s’exprime au fil des pages, même si, des fois, il faut toucher le fond pour pouvoir donner un grand coup de pied et remonter à la surface…

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Speak, Emily Carroll, d’après le roman de Laurie Halse Anderson. Rue de Sèvres, 2019  (2018 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Fanny Soubiran. 379 pages.

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Préférence système, d’Ugo Bienvenu (2019)

Préférence système (couverture)Dans un Paris futuriste, le cloud mondial est saturé et les internautes veulent absolument poster leurs photos de vacances, de hamburgers et de chatons. Pas le choix, il faut faire de la place. Les œuvres d’art les moins populaires sont donc condamnées à passer à la trappe : adieu 2001 : l’odyssée de l’espace, adieu Alfred de Musset… Parmi les employés chargés de l’élimination, l’un d’eux, en toute illégalité, sauve ses œuvres préférées pour les copier dans la mémoire de son robot… qui porte aussi son enfant.
Un roman graphique parfois glaçant, parfois tendre – pour des raisons que je ne peux pas vous révéler sans vous raconter toute l’histoire – qui interroge notre rapport à l’art, à l’utile et au beau. Confrontant êtres humains et robots, il questionne aussi notre sensibilité qui, opposée à leur logique mathématique, nous confère notre identité, notre particularité, notre unicité. C’est aussi une histoire autour de la mémoire, du progrès – bénéfice ou fléau ? – et de la transmission. Supprimer Kubrick, Hugo et moult artistes qui ont marqué leur époque, leur art, pour laisser la place à une Nabila du futur, à l’éphémère, à ce qui fait le buzz pendant un bref instant ? Quelle perspective réjouissante… Au fil des pages se dessine également une ode à la nature, une invitation à prendre son temps, à admirer les oiseaux et à regarder pousser les légumes (mais pourquoi épingler les papillons ?).
(En revanche, la fin ouverte m’a frustrée, on dirait qu’elle appelle une suite alors que l’ouvrage est bien présenté comme un one-shot.)
Si l’histoire m’a fort intéressée, ce n’est pas le cas du trait d’Ugo Bienvenu. Froids, lisses, avec quelque chose d’artificiel, ils s’accordent peut-être bien à l’histoire qu’ils racontent, mais je ne les ai pas du tout aimés (deviendrais-je exigeante ?). Les personnages m’ont beaucoup perturbée, entre leurs visages trop roses, leurs costumes qu’on dirait tirés d’un vieux film de science-fiction démodé et leur regard trop souvent dissimulé derrière des lunettes noires. Ils manquaient… d’âme, d’humanité. De sensibilité justement.

Un roman graphique vraiment intelligent et percutant (une fois accoutumée au style graphique de l’artiste).

Le début de l’histoire sur BD Gest’

Préférence système, Ugo Bienvenu. Denoël Graphic, 2019. 162 pages.

Challenge de l’imaginaire
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Au cœur des terres ensorcelées, de Maria Surducan (2013)

Au coeur des terres ensorcelées (couverture)Il y a bien longtemps, un oiseau-chapardeur dérobait chaque année les pommes d’or du roi. Furieux, ce dernier envoya ses trois fils à la poursuite du voleur… Vous l’aurez compris, cette bande dessinée est un conte, inspiré de ceux venus d’Europe de l’Est. Nous retrouvons donc le schéma narratif classique du conte : les trois frères, le cadet étant le plus gentil, sa générosité qui lui attache les services d’un puissant sorcier métamorphe, etc. Ce conte est porté par un très agréable dessin, joliment colorisé et ombré : portraits expressifs, petits détails soignés et petite touche steampunk surprenante. J’ai vraiment apprécié mon immersion dans le travail graphique – qui rappelle parfois les anciennes gravures – de Maria Surducan.
Il raconte la noirceur du cœur humain : la méchanceté, la cupidité, le désir de domination, notamment par le biais d’une technologie irréfléchie… Les hommes sont ici menteurs, voleurs et meurtriers… à l’exception évidemment de notre héros dont la bonté et le désintéressement lui fera rencontrer l’entraide, l’innocence, la magie bénéfique, bref, un autre visage de l’humanité.

Un conte ensorcelant, une fable inspirante qui semble parfois trouver quelques échos dans notre société moderne.

Le début de l’histoire sur le site des éditions Les Aventuriers de l’Étrange

Au cœur des terres ensorcelées, Maria Surducan, inspiré des contes répertoriés par Petre Ispirescu. Les Aventuriers de l’Étrange, 2019 (2013 pour l’édition originale). Traduit du roumain par Adrian Barbu et Marc-Antoine Fleuret. 90 pages.

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A samedi pour un article du même acabit !
(Je suis sans pitié…)