Preacher, intégrales (6 tomes), de Garth Ennis (scénario) et Steve Dillon (dessin) (1995-2000)

Vous avez sans doute compris que j’ai eu ces derniers mois un véritable coup de cœur pour Sandman, ce comics signé Neil Gaiman. Aussi, en empruntant le premier tome de Preacher à la bibliothèque, j’éprouvais quelques doutes et craignais que ce dernier ne souffre de la comparaison.
Aucune comparaison possible et Preacher s’est bel et bien révélé une excellente et fascinante découverte. (Je ne pensais d’ailleurs pas aimer un autre comics aussi rapidement après Sandman, je suis complètement infidèle !)

Critique sans spoilers normalement
(les choses que j’évoque sont toutes mises en place dans le premier volume)
(je crois)
(j’espère)
(normalement c’est bon, vous pouvez y aller).

De quoi ça parle ? Jesse Custer, un pasteur pas très convaincu de l’existence de Dieu, se retrouve tout à coup possédé par Genesis, une entité mi-ange mi-démon qui lui donne le pouvoir de soumettre tout le monde à sa volonté en utilisant la Voix. Avec Tulip, une femme redoutable qui se trouve être son ex-petite-amie, et Cassidy, un vampire irlandais porté sur les excès en tous genres, il part à la recherche du Tout-puissant, bien décidé à lui demander des explications.
Des anges et des démons, un vampire, un Dieu qui a abandonné son poste, un Saint des Tueurs, de la haine, de la peur, de l’amour… ça aurait pu être juste un grand n’importe quoi, mais c’est loin d’être le cas car, grâce au cadre et aux personnages, tout reste crédible d’un bout à l’autre.

Je vous préviens tout de suite : Preacher, c’est violent. C’est vulgaire et c’est brutal. Jurons, insultes, mutilations et meurtres sont légion. Et l’humour y est très noir. Mais ce n’est pas juste une violence gratuite (enfin, peut-être un peu). C’est surtout que nos personnages évoluent dans un monde lâche, cruel, agressif – ils y participent aussi pas mal, surtout dans le cas de Cass –, dans lequel règne la loi du plus fort. Il y a toutefois quelques passages bien vicieux (si vous avez l’occasion de découvrir le Marchand de viande, vous comprendrez).

Mais Preacher est aussi une grande fresque qui parle de religion et de nature divine, d’amour (les parents de Genesis, ceux de Jesse, lui et Tulip…) et d’amitié (l’importance énorme de Cass dans sa vie), de la famille (notamment lors de l’arc narratif sur Angelville, le domaine – assez atroce – où Jesse a été élevé), d’honneur et de loyauté, d’identité…
Bref, si Garth Ennis et Steve Dillon proposent là une étonnante et passionnante vision du Ciel, de Dieu et de son armée d’anges, ce sont bien les relations humaines qui constituent le cœur vibrant de cette histoire.

Preacher, ce sont également des personnages complexes, torturés, mystérieux. Au fil des histoires, les personnages se succèdent : forts, exécrables, pathétiques, dérangeants, fous… impossible de rester indifférente face à ces caractères à la fois réalistes et improbables. Mémé, Tête-de-Fion, Odin Quincannon, Starr… les méchant·es sont tellement atroces et truculent·es qu’il y a cette bizarre relation attraction perverse/répulsion qui se met en place à chaque fois ce qui est génial et perturbant à la fois.
Et puis il y a le trio de tête : Jesse, Tulip, Cassidy. Si on s’attache presque immédiatement à chaque membre de ce trio d’antihéros, tous trois prennent leur temps pour nous dévoiler tous leurs secrets et nous révèlent bien des surprises, bonnes ou mauvaises, tout au long de la saga.

  • Jesse, le prêcheur qui n’existe pas à se servir de ses poings. Malgré toute la violence dont il peut faire preuve, c’est finalement un personnage très moral, très droit qui suit la ligne de conduite qu’il s’est fixé. C’est le personnage principal avec lequel j’ai eu le moins d’atomes crochus car il est trop américain. Trop « c’est un foutu beau et grand pays », « les Etats-Unis d’Amérique (mettre toute l’emphase nécessaire en lisant ces mots), la nation de la seconde chance, « femme, que veux-tu, mon seul défaut est de vouloir te protéger, quitte à me casser en douce pendant que tu dors » (en vrai, il ne parle pas comme ça, j’exagère un peu) (je vais finir par le faire passer pour un gros abruti…). Et puis il a John Wayne pour « ange gardien imaginaire » (oui, c’est un argument suffisant pour moi).
  • Preacher T6 plancheTulip est la seule femme et elle est capable. Sauf qu’elle doit encore et toujours faire ses preuves,et ce depuis l’enfance que l’on revit en flash-back (j’ai d’ailleurs beaucoup aimé ce passage où son père découvre et se dresse contre le sexisme ordinaire en élevant seul sa fille). Même si elle atomiserait Lucky Luke au tir, elle doit sans cesse lutter contre l’horripilante tendance de Jesse à la surprotéger. Elle a les pieds sur terre et, malgré la folie de leur périple, elle n’oublie pas de vivre et de rire : elle apporte ainsi de salutaires moments de répit.
  • Et puis, il y a Cass. Le buveur de sang qui remet à leur place les vampires traditionnels de la littérature et du cinéma, pédants et faussement torturés. Il est tellement cool, Cassidy, comment ne pas l’aimer ? Mais il vous fera faire des montagnes russes émotionnelles avant que tout cela ne soit achevé.

Une superbe histoire, c’est très bien, mais dans une BD, le visuel y est aussi beaucoup. Et là encore, c’est un sans-faute. Contrairement à Sandman pour lequel les artistes s’étaient succédé, il y a ici une belle continuité : Steve Dillon est aux commandes (sauf pour quelques épisodes spéciaux dessinés par des « invités »). Les dessins sont réalistes et dynamiques. Certaines séquences sont juste superbes grâce aux illustrations expressives et évocatrices de Steve Dillon. Je ne pense pas à des moments d’action, mais à des discussions entre personnages, à des retrouvailles : celle de Jesse et Tête-de-Fion par exemple est bouleversante tant Dillon nous donne à voir la compassion et la tristesse du premier et la détresse de l’autre. C’est tout simplement sublime ! Mais horreur et perversion y sont tout aussi bien représentées (pour notre plus grand plaisir de gens bizarres ?).

Les intégrales présentent également toutes les couvertures des fascicules d’origine. Illustrés par Glen Fabry, il s’agit le plus souvent de portraits des personnages. Si quelques ratés se glissent ici ou là, plusieurs d’entre elles capturent à merveille le caractère d’Untel ou Unetelle ou l’horreur d’une situation.

Enfin, les intégrales sont complétées avec des extraits du courrier des lecteurs, ce qui donne parfois à voir ce qui choque les lecteurs et lectrices et de découvrir alors le point de vue de Garth Ennis. Très intéressant, notamment sur les sujets les plus délicats et potentiellement clivants.

Trash, fou, surprenant, insolite, délirant, irrévérencieux, drôle. Les adjectifs s’appliquant à Preacher sont nombreux tout comme les qualités de ce comics culte (que je ne connaissais pas avant d’être attirée par le portrait de Tête-de-Fion sur la sixième couverture). Je vous en laisse un dernier : magistral.

Une adaptation en série est en cours. Je ne l’ai pas vue, j’ignore si je la verrais un jour (pas tout de suite en tout, la BD est trop fraîche dans mon esprit), mais j’avoue être dubitative. La violence très présente, les choses atroces brillamment mises en images par Steve Dillon, l’humour noir, etc., je me demande ce que ça donne en images réelles. Si quelqu’un l’a vue, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, je suis curieuse malgré tout.

Preacher, Garth Ennis (scénario) et Steve Dillon (dessin). Urban Comics, coll. Vertigo Essentiels, 2016-2018 (1995-2000 pour les premières publications). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jérémy Manesse.
– Tome 1 : 352 pages
– Tome 2 : 423 pages
– Tome 3 : 392 pages
– Tome 4 : 392 pages
– Tome 5 : 383 pages
– Tome 6 : 397 pages

Challenge de l’imaginaire
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La colline des potences, de Dorothy M. Johnson (2015)

La colline des potencesLa colline des potences, aux éditions Gallmeister, contient le roman éponyme précédé de neuf nouvelles. On y rencontre des chercheurs d’or, des Indiens, des Blancs en quête de richesse, des hors-la-loi, etc. Le tout dans une ambiance de chevaux, de revolvers, de déserts. Bref, des westerns.

Les nouvelles, en premier lieu. Je ne suis pas une grande lectrice de nouvelles. Celles de Zweig mises à part, ces textes me laissent souvent sur ma faim, en quête d’un personnage plus creusé, d’une histoire qui se prolongerait dans un laps de temps plus long. Or, ce ne fut pas le cas pour ce recueil. Certaines m’ont certes laissée indifférente, mais dans la majorité des cas, les personnages sont rapidement ébauchés sur le plan physique tandis que ce que l’on apprend de leurs désirs, de leurs turpitudes, de leur façon d’être, de leur passé, suffit à dresser dans mon imagination un personnage suffisamment profond sur le plan moral pour être crédible, pour être intéressant, pour être attachant. Hommes, femmes, Blancs, Indiens, bandits ou honnêtes hommes, ces personnages sont tous finement dessinés.

Je pense notamment à la première nouvelle « Une sœur disparue » qui raconte comment Bessie, une fillette enlevée par les Indiens à six ans, rentre chez ses sœurs quarante ans plus tard : évidement devenue une Indienne, mère d’un chef Indien, elle est incapable de se réadapter. Dorothy M. Johnson trace des portraits psychologiques aussi convaincants les uns que les autres, que ce soient ceux des sœurs enthousiastes, puis déstabilisées, puis ennuyées ou celui de Bessie, femme enlevée de sa vraie famille, son clan indien.
Je tiens à mentionner la nouvelle « L’histoire de Charley » que j’ai particulièrement aimée. Bien que relatée par un homme, cette nouvelle prend une femme comme personnage principal. Pas une fille de saloon, ni une femme de pionnier, mais une femme qui pour vivre son amour se travestit et travaille aussi dur qu’un homme. De même que dans « Une squaw traditionnelle » où, pour sauver l’homme qu’elle aime, une femme se fait une promesse qu’elle ne trahira jamais.

Ces nouvelles indépendantes tracent un portrait du Far West, un panorama des Etats-Unis tels que le cinéma les a érigés dans l’imaginaire collectif (l’auteure a d’ailleurs écrit la nouvelle qui fut adaptée par John Ford : L’homme qui tua Liberty Valance). Son écriture sans chichis, sa langue qui va à l’essentiel, correspond parfaitement à ce monde rude, fait d’amour et de vengeance.

Le roman (un peu plus de 120 pages) ressemble énormément aux nouvelles dans son style. Les personnages sont certes un peu plus nombreux, certains apparaissent en cours de route, mais je n’ai pas vu de différence majeure dans la manière de raconter. J’ai ressenti quelques longueurs, mais il était passionnant de suivre sur un temps plus long les hésitations, les erreurs et les transformations des personnages, notamment celle de Joe Frail qui perd de son cynisme et de Rude qui s’adoucit et semble oublier ses aspirations au banditisme.

Dix histoires qui transportent, dix histoires qui vont rêver, dix histoires qui plongent dans un véritable western et dans une grande aventure humaine.

« La nuit avant mon départ, elle a pleuré dans mes bras parce qu’on allait être séparé tout l’hiver. Ça allait être un hiver atroce, long et sinistre. Il a duré quarante ans. »
« L’histoire de Charley »

« C’est ainsi que je les vis, finalement – Mary Waters et Steve Morris – à cinq cents mètres d’écart, sur une belle route neuve au milieu d’une éclatante parade, mais en réalité à une éternité l’un de l’autre, éloignés par une différence de race et séparés pour toujours par une décision. »
« Une squaw traditionnelle »

La colline des potences, Dorothy M. Johnson. Gallmeister, coll. Totem, 2015 (1942-1957 pour les éditions originales). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Lili Sztajn. 301 pages.

Western, de Jean Van Hamme (scénario) et Grzegorz Rosinski (illustrations) (2001)


Western (couverture)Western
prend place dans la seconde moitié du XIXe entre le Wyoming et le Kansas. A une époque où le chemin de fer s’installe, où l’on recherche morts ou vifs les « outlaws », où les Indiens commencent à être parquer dans les réserves des « Badlands » (ce qui est assez drôle car ce contexte fait écho au roman que je lis actuellement, La dernière frontière d’Howard Fast).

C’est une histoire de filiation, de famille et d’héritage. Une histoire de cupidité, de jalousie et de vengeance. Un véritable western comme on l’attend au titre : une fine gâchette (manchotte), un ranch, des bandits, des meurtres et des complots.

Le travail de Rosinski colle très bien avec l’histoire, les tons bruns, jaunes, gris ou noirs dominent dans une histoire où pèsent les secrets et plane l’ombre de la mort. Cependant, malgré ce scénario qui se veut effrayant, tragique, je n’ai pas ressenti ce genre d’émotions.

C’est un divertissement correct – pas un mauvais moment, pas de grands souvenirs – même si cette BD n’a rien d’exceptionnel dans la narration ou dans l’illustration. Quoique… Au sujet de l’illustration, je dois nuancer. L’originalité de la BD est de présenter cinq double pages, cinq tableaux. Ces peintures sur lesquelles on tombe avec surprise nous plonge réellement dans un paysage, dans une ambiance, dans une scène de vie.

Je n’ai pas grand-chose à en dire, ce n’est pas le genre de bande dessinée qui me touche et elle ne marquera pas ma mémoire pour longtemps.

« Je ne sais pas pourquoi j’ai fait exprès de mal tirer. Sans doute pour renforcer mon personnage de pauvre cloche. Ce n’était pas un rôle, d’ailleurs. J’étais devenue une pauvre cloche. »

Western, Jean Van Hamme (scénario) et Grzegorz Rosinski (illustrations). Le Lombard, coll. Signé, 2008 (Le Lombard, 2001, pour la première édition). 88 pages.

Les autres BD « Signé » :

Faillir être flingué, de Céline Minard (2013)

Faillir être flinguéFaillir être flingué, c’est une quinzaine de personnages qui se croisent, qui se poursuivent, qui se battent, qui tombent amoureux, qui se tirent dessus, qui s’associent, qui se découvrent. On rencontre un voleur de chevaux, une contrebassiste, un éleveur de mouton, une tenancière de saloon, deux frères qui voyagent avec leurs bœufs, leur mère et le fils de l’un d’eux, une Chinoise, des Indiens, une guérisseuse, et bien d’autres personnages. Tout ce beau monde finit par se rassembler dans une ville qui pousse au milieu des plaines.

Nous sommes au début de la Conquête de l’Ouest, au beau milieu d’un Far-West encore peuplé par les multiples tribus indiennes, par les bisons et autres cowboys poussiéreux. Le chemin de fer n’est pas encore là et les échanges avec les Indiens ne sont pas que meurtriers : les hommes troquent et s’aident même s’ils se tuent parfois. Une terre où tout est à découvrir et où tous les rêves sont possibles. Il faut créer les échoppes, les commerces ; échanger, trafiquer, voyager pour s’approvisionner. C’est la fondation d’un pays, une histoire devenue mythe qui fait rêver les écrivains, les réalisateurs et le public.

J’ai entendu dire que l’on se perdait quelques fois parmi tous les personnages. Oui, éventuellement, quand on ne les a rencontré qu’une fois et qu’ils reviennent quelques chapitres plus loin ; après, ils sont assez particuliers, assez singularisés pour que l’on fasse une distinction entre eux. Je me suis totalement laissée embarquée par cette histoire, je n’ai pas vu le temps passer. Je lisais, il était neuf heures du soir et quand j’ai relevé la tête, il était onze heures : je suis restée dix secondes la bouche ouverte à me demander ce qui s’était passé.

On retrouve toutes les caractéristiques du western : le saloon, les Indiens, les revolvers, les chevaux et les bottes de cowboys, la diligence, un petit massacre ou deux, le barbier, les poignées de dollars. Mais les personnages sont hauts en couleur, résistants, volubiles ou taciturnes, drôles et attachants, dissimulant leur sensibilité sous leur rudesse. Au Far-West, les lois ne sont pas les mêmes que celles de la ville : les hommes blancs scalpent les Indiens aussi, les femmes tirent aussi bien que les hommes et dirigent les saloons (à l’instar de Vienna, alias Joan Crawford, dans Johnny Guitar).

Accompagnés de leurs bêtes (chevaux, moutons, bœufs), ils se dessinent dans un tableau contemplatif. La nature est omniprésente, tantôt amicale et fertile, tantôt dangereuse.

Céline Minard m’a donné soif des grands espaces, envie de courir en forêt ou dans les champs, d’écouter les oiseaux, le craquement sec des branches mortes sous les pieds, de sentir l’eau fraîche sur ma peau, l’air froid brûler ma gorge.

Parler de nature sauvage, de chevaux, de revolvers, fait venir dans mon esprit le nom de McCarthy, mais ce n’est en rien le même ton – il y a beaucoup plus d’espoir de s’en sortir, de vivre, dans Faillir être flingué –, en rien la même écriture – celle de Céline Minard est bien plus fluide – et en rien le même destin que vivent les personnages – ceux de McCarthy vivent moins longtemps ! Je pense à lui, mais ne les compare pas. Et je n’ai pas retrouvé dans ce livre tout ce que j’éprouve en lisant McCarthy (qui est, pour moi, l’un des – si ce n’est LE – plus grands écrivains américains contemporains).

« Il sourit en pensant qu’il lui suffisait d’avancer pour s’enrichir. D’avancer et de se baisser de temps en temps. Il décida d’en faire sa ligne de conduite et reprit son chemin le cœur léger. Il sifflait en chevauchant. »

 « La bourse de plumes était le seul bagage qu’il s’était autorisé depuis qu’il avait jeté sa mallette de cuir dans le brasier où brûlaient les corps des hommes, des femmes et des enfants qu’il avait tués. Il s’était juré devant le premier nid qu’il avait observé après sa renaissance, que la connaissance des oiseaux serait la seule science à laquelle il s’adonnerait pour le reste de sa vie. La collecte des contes, le seul passe-temps. Il avait fait serment de ne plus jamais approcher ses mains d’une lancette ou d’une seringue, ni son esprit d’une plaie. Ce savoir blanc dont il s’était fait le passeur et qui avait provoqué tant de mal autour de lui, il l’avait jeté dans les flammes. Avec le désir de domination qui le sous-tendait et dont il ne s’était pas douté avant de décimer un village entier et de voir de ses yeux vivants, les corps gonflés et souffrants de ceux qu’il avait voulu sauver, détruits par ses soins. Des corps qui, la veille, étaient pleins de santé. »

 « Jeffrey marchait à grands pas et repassait dans son esprit les objets indiens qu’il avait vus à l’occasion de la veillée funèbre et des préparatifs de l’attaque. Les bols peints, les bâtons ornés de perles, d’os, d’écus. Les coffres rutilants, les jambières brodées, les capes polychromes. Les panières, les sacs de peau, l’osier. Il y avait une âme dans chacune des choses façonnées par leurs mains, et assez de raffinements pour témoigner de la liberté sans effrayer les Blancs. Brad était persuadé qu’il était possible de développer un autre mode de relation que la guerre entre les deux mondes. »

Faillir être flingué, Céline Minard. Payot & Rivages, 2013. 336 pages.

La trilogie des confins, Cormac McCarthy (1992-1998)

La trilogie des Confins 1 De si jolis chevauxLa Trilogie des confins comprend :

  • De si jolis chevaux (1992) ;
  • Le grand passage (1994) ;
  • Des villes dans la plaine (1998).

Lorsque j’ai eu De si jolis chevaux entre les mains pour la première fois, j’avais lu peu de temps auparavant que ce livre avait « l’odeur du sang, du cuir et de la poussière » (ou peut-être était-ce inscrit sur la quatrième de couverture). Cela n’évoquait pour moi que le western : des chevaux, du sang, on galope et on se tire dessus. Ce n’était pas un sujet qui m’excitait particulièrement.

La trilogie des Confins 2 Le grand passage

Mais dès l’instant où l’on commence la lecture de ce roman incroyablement puissant, nous sommes entraînés dans une vraie descente aux enfers en même temps que les personnages. C’est un univers véritablement dur que nous présente McCarthy (dans cette trilogie, mais aussi dans Méridien de sang) : ici, entre les Etats-Unis et le Mexique, les hommes sont voués à mourir. On ne peut lâcher ces livres avant de les avoir finis et c’est avec tristesse que l’on pose le dernier tome. McCarthy nous tient en haleine tout au long des romans en enchaînant les rebondissements inattendus, mais toujours plausibles.

La trilogie des Confins 3 Des villes dans la plaine

Les protagonistes évoluent dans ces romans initiatiques au cœur d’une nature sauvage : les descriptions sont majestueuses, on découvre la diversité du territoire américaine, on traverse les saisons, le soleil, la neige, la pluie. John Grady Cole, Lacey Rawlins, Billy et Boyd Parham sont unis par leur amitié des chevaux ; ils souffrent des blessures, de la solitude et de la faim ; et ils nous entraînent toujours plus loin en quête de la liberté. Ces livres sont certes cruels, sanglants, mais également poétiques : McCarthy, de son écriture épurée, si juste et si particulière, mêle avec maestria une mort omniprésente et une beauté poétique.

Cette trilogie m’a réellement marquée et je la conseille à tous ceux qui veulent aborder l’œuvre de ce grand auteur qu’est Cormac McCarthy. Les deux premiers tomes sont totalement indépendants et peuvent être lus dans n’importe quel ordre, mais le troisième rassemble des personnages pour le final. Dépêchez-vous, précipitez-vous dans vos librairies ou dans vos bibliothèques ! C’est un monument de la lecture américaine contemporaine et il ne faut pas le louper !

La trilogie des Confins

La trilogie des confins, tome 1 : De si jolis chevaux, Cormac McCarthy. Points, 1998 (1992 pour l’édition originale. Actes Sud, 1993, pour l’édition française en grand format). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Hirsch et Patricia Schaeffer. 337 pages.

 La trilogie des confins, tome 2 : Le grand passage, Cormac McCarthy. Points, 2000 (1994 pour l’édition originale. Editions de l’Olivier/Le Seuil, 1997, pour l’édition française en grand format). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Hirsch et Patricia Schaeffer. 473 pages.

La trilogie des confins, tome 3 : Des villes dans la plaine, Cormac McCarthy. Points, 2002 (1998 pour l’édition originale. Editions de l’Olivier, 1999, pour l’édition française en grand format). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Hirsch et Patricia Schaeffer. 322 pages.