Quelques mots sur quelques albums… de (très) grand format

Il serait temps que je publie ces chroniques qui, pour les deux premières, stagnent dans mon PC depuis plusieurs mois. Je vous propose aujourd’hui trois magnifiques lectures d’albums avec Les fabuleux navires du capitaine Squid, Le jouet des vents et – coup de cœur complet – Maestro.

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Les fabuleux navires du capitaine Squid, d’Éric Puybaret (Margot, 2016)

Les fabuleux navires du capitaine Squid (couverture)

Un grand et bel album aux éditions Margot ! J’admire leur travail, mais n’en avais pas lu depuis un moment, j’ai donc été enchantée de renouer avec cet ouvrage. Éric Puybaret nous invite à parcourir les océans à la rencontre de navires plus épatants et de capitaines plus surprenants les uns que les autres.
Sur les hautes pages se déploient des couleurs absolument sublimes et lumineuses, des lignes épurées et des atmosphères intenses aux inspirations nordiques, américaines, asiatiques… Les univers proposés sont d’une richesse et d’une diversité réjouissantes : chaleureux ou glacials, élégants ou loufoques, ambitieux ou modestes, les bâtiments comme les personnalités de leur commandants se révèlent hors-normes. Les textes offrent quelques détails sur ces bateaux atypiques et approfondissent un peu la personnalité des capitaines.

Tous partagent un rêve : celui d’un vaisseau mille fois plus beau. Ce rêve est-il un mythe ou cache-t-il un désir bien plus simple ? Ignorant le réel objet de leur quête, dissimulé derrière une légende, la réalité est peut-être bien plus humble…

Un album superbe d’une grande poésie pour un catalogue original et onirique à la chute fort touchante.

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Le jouet des vents, d’Éric Puybaret (La Martinière jeunesse, 2017)

Le jouet des vents (couverture)Une autre quête, sur les traces d’un mystérieux enfant, poids plume, balloté d’un coin à l’autre de la planète par les vents, qu’ils soient mistral, chinook, ghibli, zéphyr ou vent d’autan. Sa présence fugace apportant une félicité inattendue à celles et ceux qui croisent son chemin, tous et toutes se lancent à sa poursuite. Quelles que soient l’origine, la couleur de peau ou les coutumes, la recherche du bonheur est une envie partagée par tous les humains. Faisant écho à l’album précédent, Éric Puybaret évoque une nouvelle fois le quotidien, l’ordinaire, l’universel derrière le fantastique et le surprenant. Nous rappelant ainsi qu’il n’est pas forcément nécessaire de chercher loin ce qui peut se trouver autour de nous.

Marquée par une ambiance tranquille et onirique plutôt que par une abondance de péripéties, cette histoire est portée par de grandes peintures hypnotiques et des textes poétiques et versifiés. La plume est belle et travaillée, ne déniant pas aux enfants le plaisir d’un riche vocabulaire pour se laisser porter au gré du vent.

Un conte sublime tant par son texte que ses illustrations.

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Maestro, de Thibault Prugne,
raconté par François Morel, mis en musique par Jean-Pierre Jolicard
(Margot, 2018)

Maestro (couverture)

Je termine par le meilleur en revenant aux merveilleuses éditions Margot et au talent de Thibault Prugne dont, il faut bien l’avouer, on ne se lasse pas. L’histoire de Téo, petit garçon dont l’oreille transforme tout son en musique et dont les doigts ne peuvent s’empêcher de jouer en rythme sur son charango. Or, dans son village de pêcheur, son amour et son talent pour la musique sont bien incompris jusqu’à la rencontre salvatrice avec une famille de gitans.

Comme Ici reposent tous les oiseaux ou Mireille également parus aux éditions Margot, Maestro est un très grand format, de ceux qui ne rentrent pas sur toutes les étagères. La promesse d’en prendre plein les yeux. Couleurs lumineuses, contraste avec le bleu profond de la mer, visages aux traits plein de douceur… les superbes illustrations de Thibault Prugne nous en mettent plein la vue.

Portée par la voix chaleureuse de François Morel, j’ai découvert une histoire tendre sur la musique, la passion, les rencontres magiques, les familles de cœur. Ce n’est certes pas bien long, mais cela suffit à créer une bulle hors du temps pendant quelques instants.
Il faut dire que, si j’avais lu l’album après l’avoir acheté à l’occasion d’une rencontre avec l’auteur-illustrateur, j’ai mis du temps avant de le prendre, le temps, d’écouter la version audio. Pourtant, quelle découverte ! Obligée de m’accorder au temps de la narration, je me suis longuement immergée dans les illustrations. Et puis, surtout, il y avait la musique et les deux chansons. Ces airs aux sonorités gitanes, tantôt joyeux tantôt mélancoliques, sont entraînants et immersifs. Ils impulsent un rythme et des émotions à l’histoire, faisant tressauter une cheville ou quelques doigts, serrant le cœur, et, au moment où les chants en espagnol s’élèvent, je crois que j’étais un peu partie, face à cette famille de musiciens illuminant la nuit de leur art.

Vous l’aurez compris, cet ouvrage est juste sublime et sa version audio est un ajout précieux. Elle transcende la beauté indiscutable des illustrations de Thibault Prugne et transforme l’objet en véritable bijou.

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Connaissiez-vous ces albums ? Si vous en lisez, quelles sont vos dernières belles découvertes ? 

Terremer, intégrale, d’Ursula K. Le Guin (2018)

Terremer, intégrale (couverture)Depuis la sortie de cette intégrale de Terremer, j’ai envie de découvrir ces histoires. Pour franchir le cap, il m’a fallu l’opportunité et l’enthousiasme d’une lecture commune avec Coline aka Maned Wolf pour mon plus grand plaisir.

Cette intégrale contient :

  • Le Sorcier de Terremer (1968) ;
  • Le Tombeaux d’Atuan (1970) ;
  • L’Ultime Rivage (1972) ;
  • Tehanu (1990) ;
  • Contes de Terremer (2001) ;
  • Le Vent d’ailleurs (2001) ;
  • Une Description de Terremer ;
  • Quatre nouvelles isolées Le Mot de déliement (1964), La Règle des noms (1964), La fille d’Odren (2016) et Au coin du feu (2018) ;
  • La conférence Terremer revisité (1992).

J’ai commencé cette lecture avec quelques idées préconçues : pour être honnête, du fait de l’âge des premiers romans, je m’attendais à ce que ce soit sympathique, mais très classique. Un héros, de l’aventure, des duels de magie, des méchants très méchants et des dragons un peu partout… Je ne pouvais être plus positivement surprise de ce que j’ai alors découvert.
Certes, le début du premier tome est classique. Un garçon faisant preuve d’un pouvoir précoce et fort, ses premiers maîtres, son passage à l’École de Roke – l’école de magie –, ses erreurs et sa progression. La première moitié est très rapide (Ged passe d’apprenti à sorcier à mage sans que l’on ne voit le temps passer, sans que l’on ne sache vraiment comment), tout à fait « sympathique mais classique » donc. Mais les choses évoluent et, quand a commencé cette fuite en avant pour se défaire de l’ombre qu’il avait extrait des ténèbres, la tonalité a changé et le tout est devenu beaucoup plus captivant. Ne nous arrêtons donc pas à ces cent premières pages sur un pavé qui en contient 1800.

Car les romans d’Ursula K. Le Guin sont, en réalité, beaucoup plus psychologiques et parfois beaucoup plus sombres que ce à quoi je m’attendais. Plus qu’un ennemi bien identifié, ce sont des ténèbres qui envahissent chaque roman, des forces noires et invisibles : celles des Tombeaux d’Atuan et des Innommables, celles liées à cette terrible Contrée Aride où errent les morts, celles que l’on porte en soi…
Ce ne sont pas des histoires de guerres, de lutte entre le Bien et le Mal, mais des quêtes souvent très personnelles. Les ténèbres à dissiper ou à dompter sont souvent intérieures, issues de la soif de pouvoir, de la jalousie, de la fierté, de la peur, pernicieuses contaminations de l’esprit et du cœur. Le quatrième tome, très sombre, raconte la méchanceté humaine, la cruauté indicible, la misogynie. Ce tome amorce une tendance plus féministe, avec des personnages féminins qui interrogent le quasi-monopole de la magie par les hommes, la chasteté des mages, le rabaissement des sorcières, le pouvoir des femmes – celui qu’elles prennent, celui qu’on leur laisse. L’amour et le désir font leur apparition tandis que Ged – le héros jusque-là, le mage, le sage – se retrouve malmené par une perte intime et la honte, sources d’un apprentissage de la vie qui n’est pas telle qu’on la souhaitait.
Certains volumes se sont révélés presque déprimants tant leur atmosphère est lourde, tant leurs personnages doutent ou errent en vain : c’est le cas du troisième, L’Ultime Rivage, un road-trip à travers les mers noyé dans les incertitudes d’une magie qui semble vaciller, d’un monde qui perd pied, d’une tristesse infinie due à une quête de l’immortalité finalement dépourvue de sens, ou du quatrième, Tehanu, pour des raisons que je ne dévoilerai pas pour ne pas spoiler.

Tome après tome se dessine l’histoire de Ged/Épervier, parfois avec des ellipses de plusieurs années entre deux volumes. Ged apparaît comme un personnage parfois mystérieux du fait de ce portrait en pointillé. Outre l’histoire de Ged, c’est aussi celle des personnages qui l’entourent, notamment des femmes qui deviendront aussi importantes que lui. J’ai tellement envie de vous parler de la richesse et des nuances des personnages de Tenar, Tehanu ou même Seserakh qui n’apparaît pourtant que dans le dernier volume, mais je ne veux pas gâcher le plaisir de la rencontre à celles et ceux qui se lanceraient dans cette aventure.
L’intériorité des personnages constitue bien souvent le cœur des romans, aussi palpitants qu’ils peuvent se montrer en parallèle (je pense par exemple au gebbet du premier tome ou au second volume, Les Tombeaux d’Atuan, roman captivant dévoré en 24 heures). Les protagonistes que l’on rencontrera au fil des épisodes seront bien souvent confrontés à des questions identitaires, des questions de pouvoir, de liberté, d’entraide et de confiance
Rares sont les finals épiques, les duels ostentatoires de magie. Celui de Tehanu pourrait presque apparaître comme bâclé tant il est bref, mais ce n’est finalement pas ce qui importe : on ne lit pas le roman pour sa fin, c’est tout ce qui a mené les personnages là où ils sont qui importe. Ce n’est pas forcément épique ou trépidant, mais ça peut se révéler grandiose et puissant malgré tout.

Le cinquième tome, Contes de Terremer, se démarque des autres en proposant cinq nouvelles qui permettront d’aborder le sixième et dernier tome en ayant tous les éléments nécessaires. On y trouve des histoires du passé, des secrets, des choix, des hommes dévorés par la cupidité ou le désir de domination et des mages qui se privent d’une part de leur humanité en niant leur désir, en reniant le sexe féminin, mais aussi des personnages plus nuancés ; on y trouve des histoires du passé, des situations troublantes, des remises en question, la vérité derrière les légendes ; il s’y dessine un déraillement, un déséquilibre qui sera au cœur du dernier volume. Comme dans tout recueil, toutes les nouvelles ne se valent pas, elles ne passionnent pas de la même manière ou n’ont pas toute une force équivalente, mais elles sont toutes intéressantes et servent l’histoire globale à merveille.
Ce dernier tome, Le Vent d’ailleurs, reprend des éléments de tous les tomes précédents et constitue une très belle conclusion, riche et onirique. Comme ses prédécesseurs, c’est une réflexion sur les choix, la vie et la mort, le pouvoir et la magie, les hommes et les femmes.

La plume d’Ursula K. Le Guin est très agréable à lire. Fluide et immersive, elle nous transporte dans son univers de dragons et de magie où le pouvoir réside dans le vrai nom des choses. Elle convoque parfois des images incroyablement intenses, à la fois fascinantes et oppressantes, et certains noms – les Tombeaux d’Atuan, l’En-Dessous des Tombeaux, les Innommables, les Puissances Anciennes… – ont conservé un pouvoir formidablement évocateur tout au long de la saga. Elle donne corps à l’immatériel, force aux sentiments et aux doutes, intensité à des quêtes personnelles.

De plus, chaque volume est accompagné d’une postface signée par Ursula K. Le Guin et ces ajouts se sont révélés particulièrement intéressants et réjouissants, bref, véritablement pertinents. Ils replacent l’œuvre dans son contexte et soulignent tant des détails relatifs à l’époque que les désirs de l’autrice. (Par exemple, les personnages de l’Archipel de Terremer ont la peau noire ou cuivrée, seuls les peuples du Nord et de l’Est (qui sont, au début du moins, plutôt des personnages négatifs) sont blancs. C’est un détail qui ne m’avait pas arrêtée car ça ne me choque absolument pas, mais pour l’époque, c’était plus qu’original.) Elle raconte sa vision de Terremer, les difficultés pour écrire tel ou tel tome, sa découverte du féminisme et son impact sur son œuvre, la relation entre son monde fictionnel et le monde réel, et bien d’autres sujets évoqués en quelques pages concises et précises qui éclairent merveilleusement toutes celles lues juste avant.

Ainsi, pas ou peu d’aventures haletantes, de grands combats homériques, d’éclairs magiques fusant en tous sens. Le cœur de ces romans est le parcours personnel de tous ces personnages et tous leurs choix qui les ont amenés là où ils sont. Terremer parle d’identité et de choix, de relations entre peuples, entre femmes et hommes, de la place des femmes dans la société, de la mainmise des hommes sur certaines pratiques, certains arts, certains savoirs, de pouvoir et de confiance, de la mort et de la vie, du passé et des bifurcations de l’Histoire de Terremer.

 Ces six volumes constituent une saga solide alors qu’il n’était absolument pas prévu qu’ils soient si nombreux ; Ursula K. Le Guin a su tisser et développer ses récits, approfondir son univers d’une manière parfaitement cohérente sans vision d’ensemble préalable. Et surtout, elle propose des romans beaucoup plus humains que ce à quoi je m’attendais, beaucoup plus intimistes, ce que j’ai trouvé formidablement enthousiasmant. De la fantasy subtile et délicate, non dénuée de poésie. Ça a été une aventure magique et je retournerai un jour respirer l’air de Gont.

« La vérité, c’est qu’à mesure que le véritable pouvoir d’un homme grandit et que ses connaissances s’étendent, le chemin qu’il peut suivre se fait toujours plus étroit, jusqu’à ce qu’il n’ait finalement plus d’autre choix que de faire ce qu’il doit faire, et le faire pleinement… »

« – Je ne demanderais pas à un malade de courir, dit Épervier, et je n’ajouterais pas une pierre sur un dos surchargé.
On ne pouvait dire s’il parlait de lui-même, ou du monde en général. Ses réponses étaient toujours données comme à contrecœur, et difficiles à comprendre. C’était là, pensa Arren, le fondement même de la sorcellerie : faire allusion à des choses formidables tout en ne disant rien, et ne rien faire du tout en faisant croire que c’était le sommet de la sagesse. »

« – Un roi a des serviteurs, des soldats, des messagers, des lieutenants. Il gouverne à travers ses serviteurs. Où sont les serviteurs de cet… anti-roi ?
– Dans notre esprit, mon garçon. Dans notre propre esprit. C’est le traître, c’est le moi, le moi qui crie : Je veux vivre, le monde peut bien pourrir, du moment que je suis en vie ! Cette petite âme traîtresse qui est en nous, dans le noir, comme le ver dans un fruit. Elle nous parle à tous. Mais seuls quelques-uns la comprennent. Les sorciers, les chantres, les créateurs. Et les héros, ceux qui cherchent à être eux-mêmes. Etre soi-même est déjà une chose assez rare, une chose précieuse. Etre soi-même à jamais, n’est-ce pas encore plus précieux ?
Arren regarda Épervier droit dans les yeux.
– Vous voulez dire que ça ne l’est pas. Mais dites-moi pourquoi. J’étais un enfant lorsque nous avons entrepris ce voyage. Je ne croyais pas à la mort. J’ai appris quelque chose, pas grand-chose peut-être, mais quelque chose quand même. J’ai appris à croire à la mort. Mais je n’ai pas appris à m’en réjouir, à considérer ma mort, ou la vôtre, comme la bienvenue. Si j’aime la vie, ne dois-je pas en haïr la fin ? Pourquoi ne devrais-je pas désirer l’immortalité ? »

« Mais le bien et la vérité n’étaient pas suffisants. Il y avait un gouffre, un vide, un abîme par-delà le bien et la vérité. L’amour, son amour pour Therru comme celui de Therru pour elle, jetait un pont au-dessus de ce gouffre, un pont aussi léger qu’une toile d’araignée, mais l’amour ne suffisait pas à le remplir ni à le combler. Rien n’y suffirait, et la petite le savait mieux que personne. »

Terremer, intégrale, d’Ursula K. Le Guin. Le Livre de poche, 2018. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Bailhache, Isabelle Delord-Philippe, Pierre-Paul Durastanti, Patrick Dusoulier, Sébastier Guillot, Philippe R. Hupp et Françoise Maillet. Illustré par Charles Vess. 1793 pages

Quelques mots sur quelques albums… à la thématique aquatique

Voici trois albums qui se déroulent au bord ou dans l’eau (mare, mer, océan…) et qui parlent de peurs, de découverte, de connaissances nouvelles… Voici donc quelques mots sur Pas de panique, petit crabe, Scritch scratch dip clapote ! et Le dégât des eaux.

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Pas de panique, petit crabe, de Chris Haughton
(Thierry Magnier, 2019)

Pas de panique, petit crabe (couverture)Du même auteur, je connaissais Chut, on a un plan et Oh non, George !, mais celui-ci est moins humoristique, même si l’on retrouve les répétitions faisant avancer l’histoire. C’est l’histoire d’un voyage initiatique dans lequel Petit Crabe et Très Grand Crabe quittent leur trou d’eau pour découvrir l’océan : guère rassuré, Petit Crabe doit se dépasser et aller plus loin que là où il se croyait capable d’aller. La vie est remplie d’épreuves, de nouveautés, et s’il faut savoir prendre son temps et y aller progressivement, il faut également oser.

Le monde extérieur et connu est globalement sombre, avec des teintes bleutées, mais les profondeurs se révèlent colorées et lumineuses, pleines de vie. Une magnifique récompense pour saluer le courage d’un petit crabe qui a vaincu sa peur de l’inconnu.

Un album tendre et motivant qui raconte aux petits comment on peut vaincre sa peur et marcher main dans la main, pince dans la pince, avec une personne de confiance pour explorer ses possibilités, ses capacités.

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Scritch scratch dip clapote !, de Kitty Crowther
(L’École des Loisirs, coll. Pastel, 2002)

Scritch scratch dip clapote (couverture)Un album bien plus vieux qui a déjà vingt ans ! Une histoire sur la peur du noir quand la nuit s’en vient et que papa et maman se retirent dans leur propre chambre. Toutes les histoires, tous les câlins et tous les bisous du monde n’empêchent pas ce terrifiant moment d’advenir : celui où la nuit s’installe et où des bruits effrayants se font entendre. Essayer de s’endormir, réveiller les parents, se glisser entre eux… mais, pour apprivoiser sa peur, quelle meilleure solution que de la comprendre ? Il faut alors sortir dans la nuit et découvrir qui fait « scritch scratch dip clapote »…

Avec ces grenouilles anthropomorphes, l’album évoquera tout d’abord des scènes quotidiennes : les rituels préalables au coucher, les tentatives pour repousser le moment fatidique, les allers-retours entre les chambres enfantine et parentale, les peurs nocturnes amplifiées par une imagination galopante… Par la suite, même si le père de Jérôme tente d’abord de l’obliger à rester dans son lit, il change d’avis quand il entend à son tour le bruit étrange. J’ai beaucoup aimé alors ce moment d’écoute paternelle, de compréhension et de partage père-fils qui tous deux vont acquérir la connaissance rassurante de la source du bruit.

En revanche, les dessins ne me plaisent pas vraiment. Réalisés aux pastels gras (ou aux crayons de couleur ?), elles sont très simples, d’un style graphique qui ne me touche pas du tout. De plus, la mise en page ne les met pas en valeur, ce qui est un peu dommage.

Si je regrette vivement de ne pas adhérer aux illustrations, Scritch scratch dip clapote ! reste un très chouette album sur les terreurs nocturnes et les endormissements laborieux, auquel s’ajoute le plaisir des onomatopées !

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Le dégât des eaux,
de Pauline Delabroy-Allard (textes) et Camille Jourdy (illustrations)
(Thierry Magnier, 2020)

Le dégât des eaux (couverture)Une flaque d’eau près de la machine à laver et Nino part dans un grand rêve marin à base de plongée dans la lagune vénitienne et de régate sur ses canaux. Se dévoile alors un carnaval impossible et loufoque où se côtoient humains, animaux anthropomorphes, sirènes et moult créatures. Nino y fait des rencontres, partage la joie simple d’une journée exceptionnelle… sans savoir que cela fait écho à ce qui l’attend au réveil.
Car voici un album qui réserve une surprise à la fin… En effet, derrière une histoire poétique voguant sur les flots, se cache un sujet bien plus ordinaire. Je ne dévoilerai rien à ce sujet, vous laissant le plaisir de la découverte, mais j’ai trouvé qu’il s’agit d’une manière bien originale d’aborder un sujet pourtant vu et revu.

Je dois avouer que je n’ai pas complètement accroché à cet album. J’ai trouvé la partie onirique quelque peu survolée, avec des sauts dans le temps (cohérents cependant avec le déroulé parfois anarchique des songes) et personnellement cette prolifération dense d’êtres en tous genres m’a semblé quelque peu cauchemardesque bien loin de l’idée de liesse qu’elle était censée évoquer… Toutefois, cet ouvrage est plaisant par la richesse des illustrations toutes douces de Camille Jourdy, remplies de détails à observer, en plus d’être bien construit et atypique. Cela reste donc une lecture très intéressante.

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Sur ce, joyeux Noël à tous et à toutes !

Le tour du monde en 80 jours, de Jules Verne (1872)

Le tour du monde en 80 joursSuite à un audacieux pari qui pourrait lui coûter la moitié de sa fortune, Phileas Fogg se lance dans un tour du monde – à réaliser en 80 jours maximum – accompagné de Passepartout, son domestique.

Et c’est là à peu près tout ce que je savais de ce roman. Si je crois avoir vu enfant le film avec Jacky Chan notamment, je n’en garde aucun souvenir. Aussi ma première surprise fut relative au personnage de Phileas Fogg. Moi qui imaginais un excentrique, un aventurier, un personnage un peu farfelu, j’ai été bien surprise de trouver un homme à la rigueur mathématique, dont la vie est réglée à la minute et qui renvoie son domestique car l’eau de rasage est trop froide de deux degrés Farenheit. C’est un personnage parfois antipathique par sa froideur, parfois un peu ridicule, maniaque à l’extrême, qui ne jettera pas un œil aux paysages traversés, préférant jouer au whist pour faire passer le temps.
Il contraste fortement avec Passepartout curieux, qui tente de faire ici ou là un peu de tourisme – ce qui ne facilite pas toujours la tâche de Phileas Fogg – et qui se retrouve souvent embrigadé dans des situations loufoques ou périlleuses. C’est là un personnage un peu plus intéressant, rendu davantage vivant par ses bourdes, ses espoirs et désespoirs, ses inquiétudes et ses joies.

Ce livre étant l’un des plus célèbres de Jules Verne, je m’attendais à être captivée et embarquée dans une aventure rocambolesque à travers le monde. Or, ce ne fut pas tout à fait le cas. Il m’a manqué de l’immersion, des descriptions des lieux parcourus, de regards sur les pays traversés. C’est souvent une énumération de villes, de distances (en milles en prime) et de vitesses (celles des trains, des bateaux et de tous les moyens de transport adoptés). C’est donc un voyage qui s’effectue de manière trop détachée à mon goût, bien que cette vision très mathématique du périple soit conforme au personnage de Phileas Fogg. Seules les quelques excursions de Passepartout permettent d’avoir une ébauche des beautés du voyage.
De plus, la première partie de l’expédition se déroule trop facilement, ce qui n’est guère palpitant. Phileas Fogg se contente de payer tout le monde pour accélérer le mouvement. D’ailleurs, tous les problèmes se résolvent par l’argent que le héros sort de ses poches par poignées. Cette facilité dans le périple m’a donné un sentiment de facilité dans le roman, qui a donc échoué à m’émouvoir et à me captiver. De plus, c’est aussi là que l’esprit raciste et colonialiste se fait un tantinet sentir : un peuple placé « au dernier degré de l’échelle humaine », une belle Indienne correctement éduquée selon la culture britannique…
J’ai donc pris un peu plus d’intérêt à la suite de ce tour du monde, lors de leurs pérégrinations états-uniennes. C’est certes moins exotique, mais, les délais se raccourcissant et les embûches se multipliant, le voyage se fait moins fluide et aisé créant un peu de suspense quant à la réussite de ce pari. De plus, c’est également à ce moment-là que Fogg commence à être moins irritant : il se montre alors généreux, attentif et prêt à perdre son pari pour aider autrui.

Ce ne fut pas une lecture désagréable, mais nous sommes tout de même loin de l’enthousiasme et du voyage trépidant du début à la fin. Les précisions très scientifiques de Verne ne me dérangeraient en rien s’il y avait un peu plus de sensations et d’émotions autour : ici, au contraire, j’ai eu du mal à me sentir investie dans le récit. Il semblerait que le voyage ait été trop rapide pour moi !

J’avoue commencer à m’interroger si j’aime toujours Jules Verne. Je gardais de bons souvenirs de 2000 lieues sous les mers, Voyage au centre de la Terre et de L’île mystérieuse, mais j’accumule à part égale les petites ou grosses déceptions (Michel Strogoff, Le sphinx des glaces et ce titre-ci). Je vais devoir relire les premiers romans cités pour savoir si c’est mon regard qui a changé ou si ce sont mon avis qui diverge selon les récits.

« Il ne voyageait pas, il décrivait une circonférence. C’était un corps grave, parcourant une orbite autour du globe terrestre, suivant les lois de la mécanique rationnelle. En ce moment, il refaisait dans son esprit le calcul des heures dépensées depuis son départ de Londres, et il se fût frotté les mains, s’il eût été dans sa nature de faire un mouvement inutile. »

Le tour du monde en 80 jours, Jules Verne. Éditions Famot, 1979 (1872 pour la première édition). 252 pages.

Lu dans le cadre du rendez-vous Les classiques, c’est fantastique

LEs classiques c'est fantastique : Jules Verne

Deux voyages en Antarctique avec Edgar Allan Poe et Jules Verne

L'invitation au voyage

Pour le rendez-vous de « Les classiques, c’est fantastique » du mois de mai autour du voyage, je vous propose deux romans pour le prix d’un. Deux romans qui vont très bien ensemble puisque le second est une suite du premier.
Sauf que le premier – Aventures d’Arthur Gordon Pym – est écrit par l’Américain Edgar Allan Poe tandis que le second – Le sphinx des glaces – est l’œuvre de notre Jules national.
Deux lectures surprenantes, chacune à leur façon…

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Aventures d’Arthur Gordon Pym, d’Edgar Allan Poe (1838)

Les aventures de Gordon Pym 1

Unique roman achevé du célèbre nouvelliste américain, il raconte les mésaventures d’un jeune homme à travers les mers jusqu’en Antarctique.
Ce récit se déroule presque exclusivement sur la mer. Embarquant clandestinement sur un brick en vue d’une pêche à la baleine, Gordon Pym va aller de péripéties en péripéties, expérimentant l’éventail complet des malheurs pouvant advenir sur les mers – dangers qu’il fantasmait avant de se lancer à l’aventure – : mutinerie, famine, soif, espoirs déçus d’être sauvé et pire encore. Il finira sans trop de surprise par tomber sur une tribu primitive vivant dans une Antarctique très étrange. Oubliez la plongée dans le froid, les glaces et la blancheur, telle n’est pas l’Antarctique imaginée par Poe.
Les derniers chapitres deviendront plus fantastiques que réalistes jusqu’à une fin des plus stupéfiantes. Si elle peut être frustrante si l’on attend une conclusion nette de ce voyage, elle est aussi onirique, mystérieuse et, d’une certaine manière, grandiose. Les derniers paragraphes sont quasi mystiques, mais ils sont aussi quelque peu envoûtants.

Il m’est très difficile d’écrire sur ce titre étrange. La lecture en est aisée, les pages se tournent avec fluidité, évoquant les romans d’aventures de Jules Verne, appelant certains schémas bien connus, parcourues de termes scientifiques précis, qu’ils soient géologiques ou maritimes (ce dernier est évidemment omniprésent, avec des phrases telles que « nous mîmes à la cape sous la misaine avec un seul ris » que je n’ai même pas cherché à comprendre).
L’intrigue est parfois palpitante et je me suis prise au jeu, curieuse de savoir comment les personnages allaient se sortir de la violence et de la souffrance. Je me suis prise d’intérêt pour les sensations et les sentiments de Gordon Pym et je me suis glacée devant certains terribles passages. Puis j’ai accepté le changement de direction vers l’irréaliste, pour me laisser surprendre par les énigmatiques découvertes de la seconde partie jusqu’à ce final hypnotique.

Cependant, le tout est également un peu brouillon, avec des incohérences flagrantes, des situations répétitives ou bâclées. Sans parler qu’il m’a souvent été difficile de visualiser les lieux et configurations présentées par Poe : les descriptions sont certes abondantes, mais très peu visuelles. Dans l’un des derniers chapitres, il y ajoute des schémas et le résultat est encore pire en termes de clarté.
C’est un texte qui semble avoir été sujet à de nombreuses interprétations – Gaston Bachelard allant jusqu’à le qualifier d’« un des grands livres du cœur humain » – mais je suis passée à côté des aspects philosophiques (si tant est qu’il faille vraiment en voir dans ce roman).

Roman d’aventures certes, mais aussi odyssée marquée par le rêve et la solitude, Les aventures d’Arthur Gordon Pym est un récit parfois prenant, parfois oppressant, parfois poétique, qui, toutefois, me laisse mitigée. S’il n’est pas déplaisant à lire, la qualité en était cependant trop inégale pour me convaincre pleinement.

Mon édition est ponctuée de quelques illustrations qui se marient très bien avec à la plume sombre de Poe et à l’atmosphère tantôt glauque, tantôt fantastique du récit.

« En une quinzaine de jours à peu près, pendant lesquels on gouverna continuellement vers le sud-est, avec beau temps et jolies brises, Peters et moi nous fûmes complètement remis de nos dernières privations et de nos terribles souffrances, et bientôt tout le passé nous apparut plutôt comme un rêve effrayant d’où le réveil nous avait heureusement arrachés, que comme une suite d’événements ayant pris place dans la positive et pure réalité. J’ai eu depuis lors occasion de remarquer que cette espère d’oubli partiel est ordinairement amené par une transition soudaine soit de la joie à la douleur, soit de la douleur à la joie,  – la puissance de l’oubli étant toujours proportionnée à l’énergie du contraste. Ainsi, dans mon propre cas, il me semblait maintenant impossible de réaliser le total des misères que j’avais endurées pendant les jours passés sur notre ponton. On se rappelle bien les incidents, mais non plus les sensations engendrées par les circonstances successives. Tout ce que je sais, c’est que, au fur et à mesure que ces événements se produisaient, j’étais toujours convaincu que la nature humaine était incapable d’endurer la douleur à un degré au-delà. »

Aventures d’Arthur Gordon Pym, Edgar Allan Poe. Stock, coll. Voyages imaginaires, 1944 (1838 pour l’édition originale.1858 pour la traduction française). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Baudelaire. 338 pages.

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Le sphinx des glaces, de Jules Verne (1897)

Le sphinx des glaces

Près de soixante ans après la parution du roman de Poe, Jules Verne s’en empare pour proposer une suite. Nous suivons un certain Jeorling qui embarque sur une goélette dont le commandant est obsédé par le récit d’Arthur Pym. Pour cause, ce roman n’en serait pas un et son propre frère, disparu depuis onze ans, faisait partie de cette aventure. Lui et son équipage, à présent accompagné de Jeorling, sont décidés à suivre les traces de Pym pour, peut-être, retrouver des survivants.

Ce fut encore une fois une lecture assez particulière. J’admets être quelque peu dubitative face à ce roman. Je garde un excellent souvenir – quoique flou – des deux romans de Jules Verne lus autrefois, à savoir 2000 lieues sous les mers et Voyage au centre de la terre, mais celui-ci ne me semble pas franchement fabuleux. Je l’ai lu en trois jours, sans aucun déplaisir, mais en m’interrogeant tout du long sur le pourquoi de ce roman.

Tout d’abord, concrètement, il ne se passe pas grand-chose pendant 70% du roman : tout, jusqu’alors, n’est que navigation, navigation… et quelques « révélations ». Pour ce qui est de la navigation, c’est assez monotone : les informations fournies se limitent à la météo, aux conditions de navigation, à la description (minérale, végétale et animale) des îles croisées et aux relevés de la position du navire. C’est un aspect très scientifique, pragmatique des choses qui ne m’a pas étonnée chez cet auteur, mais après un Poe qui s’attardait bien davantage sur les émotions et les sensations, j’aurais aimé avoir une meilleure vision de la vie à bord. (Ça finit par venir, doucement, alors que l’équipage commence à ronchonner contre cette aventure un peu trop aventureuse.)

Côté révélations, il faut avouer que cela tombe souvent à plat. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais, à deux reprises, Verne insiste de manière particulièrement pesante sur des mystères qui n’en sont pas. En mode « oh la la, quel dommage que Bidule ne soit pas là, il aurait pu nous aider, lui qui a si bien connu Pym ! oh, mince alors ! c’est regrettable que le commandant n’est pas réussi à le retrouver » puis « je le répète, ce secret n’était connu que de Machin et moi-même. Je n’ai vraiment aucun doute sur le fait que personne d’autre n’est au courant. C’est bizarre, pourquoi Trucmuche fait des allusions au secret de Machin ? il ne doit pourtant rien savoir… » [Citations non contractuelles] Or nous savons depuis des lustres que Bidule est à bord puisque sa description physique est quasi identique à celle faite par Poe et que Trucmuche a entendu le secret de Machin parce qu’il n’a pas été du tout discret à ce moment-là. Alors, c’est peut-être pour créer une connivence avec les lecteurs, mais de mon point de vue, c’est raté. C’est juste lourdingue et ça fait passer le narrateur, le commandant et le second pour des idiots complètement aveugles, notamment en ce qui concerne Bidule puisqu’ils connaissent le roman de Poe sur le bout des doigts. (D’ailleurs, quand cette révélation éclatera, le narrateur flattera l’ego du lecteur – « mais oui, vous aurez eu le flair de le reconnaître, bravo ! vous gagnez le droit de continuer ! un second mystère super profond s’offrira à vous dans très peu de temps ! » – sans donner de raison valable sur le fait que lui ne l’ait pas reconnu.)

Ajoutons à cela deux-trois événements improbables pour faire avancer le schmilblick, le premier étant la découverte d’informations pertinentes sur un cadavre sur un iceberg au milieu de l’océan ! Tellement probable… Déjà dans une maison, on peut passer trois plombes à chercher un objet, mais eux, pouf, ils tombent pile sur le bon glaçon dans l’immensité des eaux.

Pour terminer, je dois rappeler que Verne partait d’un roman un peu foutraque, avec une fin très fantastique. J’étais donc assez intriguée à l’idée de découvrir comment il allait s’approprier cela. Et assez déçue par là également. Il s’embourbe un peu à vouloir démystifier le fantastique. Outre le fait que les distances parcourues ne semblent pas vraiment correspondre (mais je peux faire erreur, je n’ai pas repris les deux romans en parallèle), il n’explique pas grand-chose. Un éclaircissement rationnel pour un point, et sinon, pour ce qui est du reste, des hallucinations chez Pym. Un peu facile, non ? De plus, dans sa possible volonté d’expliquer certaines incohérences de Poe, il amène à son tour des explications peu satisfaisantes (notamment la réapparition d’un certain protagoniste à quatre pattes qui s’était brusquement volatilisé chez Poe). Bref, c’est un peu le bazar.

C’est vrai que je l’ai lu sans déplaisir, mais à écrire dessus, je suis vraiment stupéfaite de trouver un tel récit chez Jules Verne. Finalement, il n’y a vraiment pas de quoi s’extasier. 500 pages pour offrir une fin « rationnelle », était-ce nécessaire ? Où est l’aventure dans ce roman ? Autant le roman de Poe était imparfait, mais il était aussi cruel, envoûtant, inquiétant, surprenant. Celui-ci est également imparfait, mais, en prime, il ne suscite aucune émotion. La lecture est aisée, mais c’est fade.

« La vie à bord était très régulière, très simple et – ce qui est acceptable en mer – d’une monotonie non dépourvue de charme. La navigation, c’est le repos dans le mouvement, le bercement dans le rêve, et je ne me plaignais pas de mon isolement. »

« Me voici donc lancé dans les aléas d’une aventure qui, selon toute probabilité, dépasserait en imprévu mes voyages antérieurs. Qui aurait cru cela de moi ?… Mais j’étais saisi dans un engrenage qui me tirait vers l’inconnu, cet inconnu des contrées polaires, cet inconnu dont tant d’intrépides pionniers avaient en vain tenté de pénétrer les secrets ! »

Le sphinx des glaces, Jules Verne. Éditions Famot, 1979 (1897 pour la première édition). 2 volumes de 250 pages.

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Oups ! je me sens assez présomptueuse de descendre ainsi en flamme un auteur tel que Jules Verne… En tout cas, puisqu’il sera mis à l’honneur le mois prochain dans ce même rendez-vous, j’espère que les retrouvailles seront plus heureuses et le voyage (mais lequel ?) plus palpitant.

Et pour l’anecdote, il existe un livre qui se présente comme une suite aux Aventures et au Sphinx : il s’agit de L’aimant : roman magnétique d’aventures maritimes de Richard Gaitet. Il ne faut jamais dire jamais, mais je peux affirmer « pas de sitôt » !