Meurtre en Mésopotamie, d’Agatha Christie, lu par Guillaume Gallienne (Thélème, 2015)

Meurtre en Mésopotamie (couverture, livre audio)Je n’avais pas lu de romans d’Agatha Christie depuis plusieurs années, j’y suis revenue avec Meurtre en Mésopotamie en livre audio. Cette enquête d’Hercule Poirot a été publiée pour la première fois en 1936.

L’histoire se passe au sein d’une mission archéologique en Irak, à Tell Yarimjah. La narratrice, Amy Leatheran, est une infirmière recrutée pour tenir compagnie la femme du docteur Leidner, Louise. Celle-ci est sujette à des terreurs nocturnes que les autres membres de l’expédition trouvent ridicules et plutôt agaçantes. Sauf qu’un jour Louise Leidner est assassinée.

La fenêtre était fermée, les domestiques bavardaient dans la cour, non loin de la porte de la chambre de la malheureuse, tout le monde semble avoir un alibi parfait ; autant dire que la police menée par le capitaine Maidland se casse les dents sur cette enquête.

C’était sans compter sur l’arrivée d’Hercule Poirot.

 

Dans Meurtre en Mésopotamie, il s’agit en réalité un double meurtre que Poirot doit élucider puisque qu’un second membre de l’expédition (je ne vous dis pas lequel ou laquelle) est assassiné peu après. Dans ce huis-clos, Agatha Christie rassemble toute une tripotée de suspects que Poirot – et le lecteur avec lui – prend plaisir à convoquer, à interroger, à confronter, à examiner pour déceler leurs mobiles et analyser leurs alibis.

Il y a des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes. Bref, une douzaine de personnages à découvrir peu à peu. J’ai une mémoire davantage visuelle qu’auditive et j’ai eu un peu de mal au début à m’y retrouver, mais l’assimilation était terminée à la fin de la piste 1 (soit 30 minutes d’écoute environ). Il faut simplement se concentrer un peu lors de la première énumération des noms.

Je n’ai pas grand-chose à dire à propos des personnages, je ne me suis nullement sentie proche de certains, il n’y en a aucun que j’ai détesté (sauf peut-être Sheila Reilly…). En revanche, certains semblent louches dès le début. Autant Agatha Christie a bien manœuvré en ce qui concerne le meurtre de Louise Leidner, autant on sent très vite que certains ont des secrets à cacher.

Quoique légèrement capillotractée à mon goût, l’identité de l’assassin est demeurée inconnue jusqu’au bout et la manière dont il a agi est très ingénieuse.

 

Les fouilles archéologiques ne sont pas le sujet comme l’explique clairement Miss Leatheran au début du roman : « Je crois que je ferais bien de mettre les choses au clair tout de suite. Mon histoire n’aura aucune couleur locale. Je n’y connais rien en archéologie et je n’ai pas du tout envie d’en savoir plus. Déterrer des gens et des objets enfouis au plus profond de la terre, ça n’a aucun sens pour moi. »

Toutefois, on perçoit le déroulement d’une mission archéologique, pas le chantier, mais le côté humain de l’expédition. On ne visite pas les fouilles, on n’apprend rien sur les outils, on voit à peine quelques objets, mais on sent une expérience personnelle qui transparaît derrière l’organisation au sein de la maison, les relations entre les membres, avec les domestiques, avec les locaux, etc. Et à juste titre. En effet, Agatha Christie épousa en 1930 l’archéologue Max Mallowan et l’accompagna sur de nombreux chantiers (notamment en Irak) dans lesquels elle s’impliqua énergiquement. Du coup, cela apporte un léger dépaysement plutôt agréable.

 

J’aime beaucoup la manière de lire de Guillaume Gallienne – déjà lecteur du livre de nouvelles d’Eric-Emmanuel Schmitt, Odette Toulemonde et autres histoires. Il est parfaitement capable de prendre un ton tout à fait dédaigneux quand il faut (car certains personnages le sont, et pas qu’un peu). J’ai également eu l’impression qu’il prenait parfois de légers accents (les protagonistes viennent de différents pays : Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Belgique), de manière très subtile (à vrai dire, de manière si subtile que je ne sais pas si c’est effectivement le cas ou si c’était simplement mon oreille qui me jouait des tours).

 

Un petit détail cependant qui me laisse un peu sur ma faim. Ce livre audio, paru aux éditions Thélème, est une version abrégée. Et je n’aime pas trop les versions abrégées, les coupes. Parce que parfois même des détails sont intéressants. (Je pense toujours – même si ce n’est pas une version abrégée – à Harry Potter : quand je les ai lus pour la première fois en anglais, j’ai été ébahie par le nombre de coupes qui avaient été faites dans les premiers tomes lors de leur traduction française. Rien d’essentiel à l’histoire elle-même, mais des anecdotes amusantes sur les bêtises des jumeaux Weasley, sur la vie à Poudlard, sur les examens, etc., des détails que j’ai du coup été enchantée de découvrir des années après avoir découvert Harry Potter. Fin de la parenthèse.)

Dans le cas de Meurtre en Mésopotamie, ça ne m’a absolument pas dérangée dans ma lecture, peut-être aussi parce que je n’étais pas attachée aux personnages. J’ai suivi les péripéties de l’enquête sans avoir eu l’impression de gros trous dans l’histoire. C’est juste une petite voix qui s’interroge au fil de l’écoute : qu’est-ce qui a été enlevé ? et s’il y avait un élément important, qui aiderait à identifier le coupable ? et pourquoi ? Du coup, j’aimerais bien mettre la main sur une version imprimée en bibliothèque pour y jeter un coup d’œil, en diagonale.

Une enquête au soleil au cours de laquelle on ne s’ennuie pas, servie par la lecture impeccable de Guillaume Gallienne. Un plaisir pour moi de retrouver Hercule Poirot (que j’ai toujours préféré à Miss Marple).

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions Thélème : le début du roman.

J’ajouterais seulement une petite chose : un plan de la maison peut être utile au début (si je ne dis pas de bêtises, il y en a un dans le livre imprimé) si l’on veut suivre où est chaque personnage, quelle vue a-t-on de telle ou telle pièce. J’en ai eu besoin en tout cas. Quoi qu’il en soit, vous pourrez en trouver un facilement sur Internet.

« Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai senti que le meurtrier se trouvait là, assis avec nous, à l’écoute. L’un de nous… »

 

Meurtre en Mésopotamie, Agatha Christie, lu par Guillaume Gallienne. Thélème, 2015 (Collins Crime Club, 1936, pour la première édition papier anglaise, Librairie des Champs-Elysées, coll. Le Masque, 1939, pour la première édition papier française). 3h30, texte abrégé.

Ouragan, de Laurent Gaudé, lu par Pierre-François Garel (Thélème, 2011)

Ouragan (couverture CD audio)

Ouragan met en scène une galerie de personnages qui se croisent ou se retrouvent au beau milieu d’une tempête qui ravage La Nouvelle-Orléans. La vieille Joséphine Linc. Steelson, « négresse depuis presque cent ans », qui décide de rester et d’assister à la colère des éléments. Rose, une mère célibataire, et Byron, son petit garçon qui s’échappe dans la tempête. Son ancien amant, Keanu Burns qui revient vers la ville qu’il avait fuie des années plus tôt pour aller travailler sur une plateforme texane qui l’a détruit. Un groupe de prisonniers évadés, groupe d’où se détache peu à peu la voix d’un seul homme, Buckeley. Un pasteur quelque peu exalté qui croit entendre dans les hurlements du ciel des ordres divins.
Mais l’ouragan pousse ces hommes et ces femmes à reconnaître et à affronter non seulement la nature, mais également leurs propres doutes, leurs peurs intimes, leurs combats passés, leurs remords secrets.

Si les personnages permettent de raconter des événements qui se sont vraiment déroulés lors du passage de Katrina en 2005 comme l’évasion des prisonniers, l’ouragan est plutôt secondaire. Il passe, se calme, mais ce sont les personnages et leurs pérégrinations dans cette ville détruite qui sont au premier plan. La ville est désertée, seuls les plus pauvres (dont les Noirs) sont toujours sur place. Les rues sont envahies par les alligators, les criminels y circulent librement, toutes les règles ont disparu. Et au milieu de ce désordre, nos « héros », fragiles, incertains, émouvants.
Le livre est court (seulement 5 heures d’écoute, autant dire qu’on ne le lâche plus une fois commencé), mais Laurent Gaudé sait nous faire comprendre les personnages en quelques mots, nous plonger dans leur vie, dans leur espoirs ou dans leurs peurs en quelques informations, sans longues descriptions.
Les protagonistes apparaissent pour la plupart comme fragiles face au déchainement de vent, d’eau et de bruit, mais j’ai été très sensible au personnage de Joséphine qui s’accroche à sa ville, celle où elle a menée tous les combats pour être reconnue comme l’égal des blancs, celle où elle a perdu son amour, même si cela doit lui coûter la vie. Elle est fière et forte, déterminée, ce qui fait d’elle le personnage le plus marquant du roman (qu’elle ouvre et clôt d’ailleurs).

La lecture de Pierre-François Garel– il avait déjà interprété La mort du roi Tsongor aux éditions Thélème – est magnifique. Sans en faire trop, il transmet simplement la beauté du texte en incarnant ces personnages uniques.

La Nature en colère fait apparaître des cœurs et des âmes tourmentés dans ce texte touchant, portée par une belle voix.

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions Thélème : le début du roman.

« Moi, Joséphine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train. »

« Moi, Joséphine Linc. Steelson, pauvre négresse au milieu de la tempête, je sens que la nature va parler. Je vais être minuscule, mais j’ai hâte, car il y a de la noblesse à éprouver son insignifiance, de la noblesse à savoir qu’un coup de vent peut balayer nos vies et ne rien laisser derrière nous, pas même le vague souvenir d’une petite existence. »

Ouragan, Laurent Gaudé, lu par Pierre-François Garel. Thélème, 2011 (Actes Sud, 2010, pour l’édition papier). 5h, texte intégral.

Odette Toulemonde et autres histoires, d’Eric-Emmanuel Schmitt, lu par Guillaume Gallienne (Thélème, 2008)

Odette Toulemonde (audio)Une première critique pour cette nouvelle lecture. Nouvelle pour moi. Odette Toulemonde est mon premier livre audio. Je ne peux donc établir aucune comparaison, ni juger très objectivement. Voici donc seulement mes premières impressions.

J’ai choisi ce livre audio dans le fonds de la médiathèque pour le lecteur, Guillaume Gallienne. J’apprécie généralement les livres de Schmitt et je ne connaissais pas celui-ci. C’est parti ! Je m’installe, les écouteurs dans les oreilles et me laisse emmener.

J’ai beaucoup aimé. C’est très différent, je trouve que l’on est moins actif, mais c’est très reposant. Enfin, je dis ça, mais j’ai l’impression d’avoir fourni une concentration bien supérieure à celle que je mobilise pour lire. J’ai voulu à un moment aller me promener tout en écoutant : après avoir failli me faire percuter deux fois, j’ai abandonné et mis sur pause le temps de faire le tour du pâté de maisons pour retourner sur mon lit ! Beaucoup de personnes les écoutent en voiture, comment faites-vous ? Je ne conduis pas (encore), mais je ne crois pas que, me concernant, ce soit une bonne idée !

En revanche, j’avoue que, étant très visuelle, je ne sais pas combien de temps un livre audio restera dans ma mémoire. On verra bien.

 

La lecture de Guillaume Gallienne était assez entraînante et vraiment agréable. Il ne prend pas de voix très différentes à chaque fois, il ne joue pas là-dessus, mais son intonation varie et c’est parfois très drôle (j’adore les bonnes femmes embourgeoisées et les officiers de police blasés !). J’aimerais écouter d’autres enregistrements de lui.

Les petites nouvelles de Schmitt sont sympathiques : toutes mettent en scène une femme. Issues de différents milieux, heureuses ou malheureuses, trouvant l’amour ou le perdant, elles tracent leur chemin jusqu’à la chute, parfois surprenante. L’Intruse est celle que j’ai préférée, même si j’avais compris la fin avant… la fin justement. C’est peut-être parce que, étant la troisième nouvelle, elle est arrivée au moment où je m’étais bien habituée à cette nouvelle écoute.

Les écouter, et non les lire, m’a permis, je crois, de mieux les apprécier. Elles sont courtes, donc avec le livre entre les mains, je les aurais sans doute dévorées en peu de temps. Or, écouter demande de prendre son temps, de s’accorder avec la lecture à voix haute, bien plus lente que la lecture silencieuse.

C’était vraiment une bonne expérience ! Je vais avoir plusieurs heures de train pendant une semaine, j’ai mon plein de livres audio et j’ai hâte de les écouter !

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions Thélème: « Wanda Winnipeg ».

 

Rajout du 12/04/2016 : Je retombe sur cette critique, publiée il y a deux ans, et les choses ont beaucoup évolué. On s’habitue très vite à la lecture audio. Je l’écoute dans la rue, chez moi, peu importe l’endroit. Je conseillerai de commencer par des formats courts pour se familiariser peu à peu avec ce nouveau support, mais on se prend très vite au jeu. L’audio est peu à peu venu en complément de la lecture sur papier.

« Cher monsieur Balsan,

Je n’écris jamais car si j’ai de l’orthographe, je n’ai pas de poésie. Or il me faudrait beaucoup de poésie pour vous raconter l’importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois la vie. Sans vous, je me serais tuée vingt fois. Voyez comme je rédige mal : une fois aurait suffi !

Je n’ai aimé qu’un homme, mon mari, Antoine. Il est toujours aussi beau, aussi mince, aussi jeune. C’est incroyable de ne pas changer comme ça. Faut dire qu’il est mort depuis dix ans, ça aide. »

Odette Toulemonde et autres histoires, Eric-Emmanuel Schmitt, lu par Guillaume Gallienne. Thélème, 2008 (Albin Michel, 2006, pour l’édition papier). 4h, texte intégral.