L’invention de Hugo Cabret (2007) et La boîte magique d’Houdini (1991), de Brian Selznick

Pour l’avant-dernière critique de l’année, je vous propose de retrouver Brian Selznick après Le musée des merveilles et Les Marvels. Promis, c’est la dernière fois… jusqu’à son prochain roman. Aujourd’hui, ce sera une double chronique avec deux histoires pleines de magie. Mes critiques seront plus brèves que d’habitude car j’ai déjà longuement parlé de ses précédents ouvrages.

  • L’invention de Hugo Cabret

L'invention de Hugo Cabret (couverture)Orphelin, Hugo Cabret est seul responsable des horloges de la gare depuis la disparition de son oncle. Outre cette passion pour les mécanismes en tous genres qu’il comprend, manipule et assemble presque instinctivement, Hugo partage une autre obsession avec son père décédé dans un incendie : la restauration d’un vieil automate. Ce dernier et un carnet de croquis l’amèneront à rencontrer un vieux marchand de jouets aigri et une amoureuse des livres jusqu’à ce que tous les mystères soient éclaircis.

Dans ce roman, on retrouve les thèmes chers à Brian Selznick : se trouver une place dans le monde et une famille. Si Hugo était proche de son père, son oncle n’a jamais été d’un grand soutien pour lui, même s’il a été son mentor en lui apprenant à prendre soin des horloges. Au fil des événements et parce qu’il n’a jamais abandonné la tâche qui l’habitait, Hugo finit finalement par se trouver une famille qui lui ressemble et qui le comprend. Semblable à Ben,  Joseph et Victor, les héros des autres romans de Brian Selznick, c’est un garçon rêveur et débrouillard qui gagne rapidement la tendresse des lecteurs.

Après – même si je devrais plutôt dire avant – New-York (Le musée des merveilles) et Londres (Les Marvels), Hugo Cabret sonne comme une déclaration d’amour à Paris. C’est également une ode au cinéma des premiers temps, à Méliès et aux rêves. Car, bien que l’histoire soit fictionnelle, l’un des personnages principaux est en effet Georges Méliès dans les dernières années de sa vie. Il était alors marchand de jouets à la gare Montparnasse et son œuvre était tombée dans l’oubli après la Première Guerre mondiale. Brian Selznick nous fait redécouvrir, en même temps qu’Hugo, toute la magie fantasmagorique de ses films.

Annonçant ses futurs romans « en mots et en images », Hugo Cabret est en grande partie composé de dessins toujours aussi splendides et expressifs. Cependant, si les images sont importantes, elles ne le sont pas autant que dans les deux ouvrages suivants et ne racontent pas tout à fait d’histoires à elles toutes seules. Malgré l’émergence de leur côté narratif, le texte a encore le premier rôle et explicite parfois des images comme si l’auteur n’était pas certain de pouvoir s’y fier entièrement.
En plus des dessins, d’autres éléments ont été insérés en guise d’illustrations : des dessins de Georges Méliès, des images de films (de Méliès évidemment, mais aussi L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat de Louis Lumière ou Monte là-dessus avec Harold Lloyd) ainsi qu’une photographie d’époque sur un accident survenu à la gare Montparnasse.

Superbe histoire, pleine d’aventures et de poésie, de tendresse qui ne cache cependant pas tout à fait les tristesses de la vie, L’invention de Hugo Cabret rend hommage au septième art et à la magie. Un ouvrage original et magnifique capable de conquérir le cœur des petits comme des grands.

« – Tu as remarqué que toutes les machines sont créées dans un but précis ? demande-t-il à Isabelle. Elles sont conçues pour nous amuser, comme cette souris ; pour donner l’heure, comme les horloges ; pour nous émerveiller, comme l’automate. C’est peut-être ce qui m’attriste quand je trouve une machine cassée. Qu’elle ne soit plus en état de remplir sa fonction.
Isabelle prend la souris, la remonte de nouveau et la pose.
– Au fond, c’est peut-être pareil pour les gens, continue Hugo. Quand ils n’ont plus de but dans la vie… en un sens, ils sont cassés.
– Comme Papi Georges ?
– Peut-être… peut-être que nous pourrons le réparer. »

« Je m’imagine que le monde est une machine géante. Tu sais, dans les machines, il n’y a pas de pièces en trop. Elles ont exactement le nombre et le type de pièces qui leur sont nécessaires. Alors, je me dis que, si l’univers entier est une machine, il y a bien une raison pour que je sois là. Et toi aussi, tu as une raison d’exister. »

L'invention de Hugo Cabret 5

L’invention de Hugo Cabret, Brian Selznick. Bayard jeunesse, 2008 (2007 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Danièle Laruelle. 533 pages.

  • La boîte magique d’Houdini

Après la prestidigitation qui habitait Hugo Cabret, parlons un peu d’escapologie, l’art de l’évasion !

La boîte magique d'Houdini (couvertureLe rêve de Victor ? Devenir magicien et, comme Houdini, traverser des murs et s’échapper des coffres les plus solides. Le jour où il croise son idole, il lui demande de lui apprendre. Souriant, Houdini promet de lui écrire…

Traduit pour la première fois en français en 2016, La boîte magique d’Houdini est le premier livre de Brian Selznick, publié en 1991.
Soyons honnête, cela se sent.
Tout d’abord, c’est un livre jeunesse très classique dans sa forme, loin de l’originalité des trois autres. Les images illustrent le texte, mais ne racontent rien. On reconnaît le coup de crayon de Brian Selznick, mais je ne le trouve pas aussi abouti que dans les romans suivants où ses illustrations sont tout simplement à tomber.
Ensuite, il est extrêmement court (surtout placé à côté des pavés qui ont suivi (oui, oui, j’arrête les comparaisons !)). L’histoire en elle-même fait 70 pages et les quarante suivantes proposent plusieurs bonus :

  • Une biographie d’Houdini: presque plus intéressante que le roman, le personnage, que je connais finalement très peu, m’a fasciné par son talent, mais aussi pour le combat longtemps mené contre les faux médiums ;
  • La naissance de l’histoire à travers les idées et étapes qui ont conduit à sa création, les recherches et les premières esquisses : une intéressante plongée dans le travail de l’artiste.

En découvrant la genèse de l’histoire, on sent rapidement que ce petit texte devait tenir à cœur à son créateur, lui-même passionné par Houdini (d’ailleurs, le Victor adulte, dans la scène du grenier, ressemble drôlement à Brian Selznick). Conclusion : des petits bonus plutôt enrichissants.

Malgré sa brièveté, Brian Selznick parvient encore une fois, en quelques phrases seulement, à nous faire ressentir une grande sympathie pour le personnage de Victor. Son enthousiasme et sa ténacité à recommencer encore et encore ses tours de magie (ratés) au grand dam de sa mère et de sa tante se révèlent véritablement attendrissants.

Une petite histoire sympathique, enfantine mais aussi très personnelle, mais qui permet d’en apprendre un peu plus sur le grand Houdini. Parfait pour de jeunes lecteurs !

« – Comment je peux faire pour sortir de la malle de ma grand-mère en moins de vingt secondes ? Pour retenir ma respiration dans mon bain sans manquer d’air ? Pourquoi je ne peux pas traverser un mur comme vous ? Comment vous vous évadez des prisons ? Comment vous vous libérez des menottes ou des cordes, et faites disparaître des éléphants ? Comment…
– Félicitations, jeune homme, l’interrompt Houdini en souriant. Personne ne m’a jamais posé autant de questions en si peu de temps. Serais-tu un magicien par hasard ?
 »

La boîte magique d’Houdini, Brian Selznick. Bayard jeunesse, 2016 (1991 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Agnès Piganiol. 111 pages.

Le compte-rendu de la rencontre Babelio avec Brian Selznick

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J’ai relu… A la croisée des mondes, tome 3 : Le miroir d’ambre, de Philip Pullman (2000)

A la croisée des mondes T3 (couverture)Kidnappée par sa mère, Lyra est plongée dans un sommeil artificiel et agité. Et quand Will vient la libérer, elle a une terrible nouvelle pour lui : ils vont devoir descendre au pays des morts.

> Ma critique du tome 1, Les Royaumes du Nord
> M
a critique du tome 2, La Tour des Anges

L’ultime tome de la trilogie signe avant tout des retrouvailles grandioses avec tous les personnages que l’on a adoré dans les deux premiers tomes – Iorek, Lee Scoresby, Serafina Pekkala, Mary Malone… je ne saurais dire à quel point j’aime ces personnages ! – tout en redécouvrant le couple passionné formé par Lord Asriel et Mme Coulter. Celle-ci, à la fois haïe et admirée, se dévoile sous de nouvelles facettes, plutôt inattendues : celle d’une mère aimante, d’une femme amoureuse. Nul manichéisme ici et Mme Coulter est un personnage des plus complexes.
La mythologie créée ou réinventée par Philip Pullman continue de se développer avec de nouveaux êtres, tous passionnants et importants à leur façon : les anges, grandioses comme Métatron ou faibles comme Balthamos, les Gallivespiens, les Mulefas, les Harpies…

La relation entre Lyra et Will trouve un équilibre nouveau et, à l’exception d’un passage, je n’ai plus ressenti l’agacement qui avait ponctué ma lecture du second tome. Tous deux se respectent et s’admirent mutuellement, s’écoutent et se font confiance. Ils prennent les décisions ensemble et les initiatives viennent tantôt de Will, tantôt de Lyra. Il faut dire qu’ils grandissent…

Car c’est aussi ça, le sujet d’A la croisée des mondes : le passage de l’enfance à l’âge adulte. Au fil des pages, Lyra et Will sont confrontés à la mort et au deuil, aux peurs et aux folies humaines, à la cupidité et à la lâcheté, mais aussi à l’amitié, à l’amour, au respect, au courage… Toutes les épreuves affrontées leur permettent de grandir peu à peu et l’éclosion de leur amour leur permettra de réaliser le chemin parcouru. De retour à Jordan College, la Lyra du dernier chapitre n’a plus grand-chose à voir avec celle du premier et le regard qu’elle pose sur le monde des adultes est bien différent.

Ce troisième tome, plus long que les deux précédents, est aussi le plus dense et le plus mature. Une nouvelle fois, c’est un texte parfois philosophique que nous offre Philip Pullman. L’heure de la bataille contre l’armée de l’Autorité approche, des bouleversements s’opèrent dans tous les mondes visités, on comprend davantage l’importance de la Poussière, symbole de la sagesse et de la connaissance qui rendent les êtres meilleurs, et peu à peu, bon nombre de questions trouvent leur réponse.
Lyra, quant à elle, prend conscience du pouvoir de la vérité. Après l’aléthiomètre qui l’a souvent poussée à être franche (avec le Consul des sorcières, avec Mary Malone…), ce sont les Harpies et les morts qui lui montrent le pouvoir bénéfique de la vérité. Une révélation et un changement profond pour celle qui était si fière de ses talents de menteuse.
(Je lui reprocherais seulement un petit deus ex machina un peu facile qui permet de sauver la vie des deux adolescents dans le monde des morts.)

J’ai de nouveau été transportée comme si c’était ma première lecture par cette trilogie riche et exigeante qui ne sous-estime pas les enfants. L’imagination de l’auteur, les personnages, l’idée fabuleuse des dæmons, de cette part d’âme visible et audible sous l’aspect d’un animal, le discours sur la science et la religion… Une œuvre magistrale à mes yeux d’enfant, d’adolescente et d’adulte (presque…).

Merci, Philip Pullman !

 

« Parfois, on ne fait pas le bon choix, car la mauvaise solution paraît plus dangereuse que la bonne, et personne ne veut donner l’impression d’avoir peur. On se préoccupe davantage de ne pas passer pour des froussards que d’émettre un bon jugement. »

« A votre avis, dit-il, depuis combien de temps est-ce que je transporte des gens vers le pays des morts ? Si quelqu’un pouvait me faire du mal, vous ne croyez pas que ce serait arrivé depuis longtemps ? Croyez-vous que les gens que je transporte me suivent de gaieté de cœur ? Non. Ils se débattent, ils crient, ils essaient de me soudoyer, ils me menacent et m’agressent : rien n’y fait. Piquez-moi si vous voulez avec votre éperon, vous ne pouvez pas me faire de mal. Vous feriez mieux de réconforter cette enfant. Ne vous occupez pas de moi. »

A la croisée des mondes, tome 3 : Le miroir d’ambre, Philip Pullman. Gallimard, coll. Folio Junior, 2002 (2000 pour l’édition originale. Gallimard jeunesse, 2001, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Jean Esch. 595 pages.

J’ai relu… A la croisée des mondes, tome 2 : La Tour des Anges, de Philip Pullman (1997)

A la croisée des mondes T2 (couverture)Après avoir franchi le pont entre les mondes créé par Lord Asriel, Lyra se retrouve dans un monde étrange privé d’adultes et dans lequel les enfants semblent porter leur dæmon en eux. Là, elle rencontre Will. Le jeune garçon, fuyant son propre monde après avoir tué un homme, est à la recherche de son père. Ensemble, ils vont découvrir un objet incroyablement puissant, convoité de tous : le poignard subtil, qui a un rôle à jouer dans la lutte à venir.

> Ma chronique du tome 1, Les Royaumes du Nord
> Ma chronique du tome 3, Le miroir d’ambre

Toujours un peu difficile de quitter la magie du monde de Lyra pour la solide réalité de celui de Will, mais quelques chapitres m’ont permis de me glisser à nouveau dans cette histoire. Une histoire toujours aussi dynamique, avec de l’action, des retrouvailles avec des anciens personnages, des rencontres avec des nouveaux et des révélations.
Ces révélations sont permises grâce à une diversification des points de vue dans ce second tome. On voyage entre trois mondes aux côtés de Lyra et Will évidemment, mais aussi Lee Scoresby (et son dæmon Hester – leur relation me touche beaucoup en passant) ou des sorcières Serafina Pekkala et Ruta Skadi. Cela nous permet d’en apprendre davantage sur la destinée de Lyra (qui, elle, doit rester innocente comme le Consul des sorcières l’avait appris à Farder Coram dans le premier tome : « Mais elle doit accomplir ce destin sans en avoir conscience, car seule son ignorance peut nous sauver. ») et d’avancer dans l’histoire, en en sachant davantage que la plupart des personnages.

Religion et science continuent de se côtoyer. D’un côté, Lord Asriel rassemble une armée pour détruire l’Autorité (alias Dieu), les références bibliques se multiplient : la Chute, une Eve qui doit revenir, des anges rebelles, tout semble prêt pour que l’histoire soit réécrite. D’un autre côté, une scientifique, Mary Malone, étudie la Poussière et les particules élémentaires, on parle d’analyses de crânes millénaires, de physique, de paléo-magnétisme, etc.

 Un bon point également pour les monstres glaçants que sont les Spectres qui se repaissent de l’âme des adultes, dédaignant les enfants, tournant autour des adolescents comme des charognards.

MAIS.

Car j’ai quand même un gros reproche à faire (d’ailleurs, je me souviens que c’était déjà quelque chose qui me frustrait quand j’étais petite), c’est la minimisation du rôle de Lyra. Elle était l’héroïne principale, décidée, autoritaire, courageuse, des Royaumes du Nord et, dans ce second tome, elle ne fait plus rien toute seule. Pourquoi ? A cause de Will. Je trouve particulièrement agaçant qu’il prenne ainsi l’ascendant sur Lyra. Elle obéit à Will, elle compatit aux souffrances de Will, elle remercie « oh Will, merci pour tout ce que tu as fait ». Elle s’interdit même d’utiliser l’aléthiomètre à volonté ! « Seulement pour aider Will. » (Je me souviens que, petite, cela m’indignait totalement tant je trouvais cet objet fabuleux.) C’est insupportable. Je n’ai rien contre le pauvre Will (au contraire, je le trouve touchant dans sa tendresse envers sa mère malade et dans sa maturité d’enfant qui a grandi trop vite), mais la façon dont son personnage vampirise celui de Lyra m’exaspère.
J’ai vu dans plusieurs critiques qu’il avait une bonne influence sur elle, qu’il était plus réfléchi et tempérait son agressivité, mais en ce qui me concerne, j’adorais son impulsivité, le fait qu’elle ne voit rien d’impossible dans sa vie, et je trouve qu’il la bride totalement. On te rabâche l’importance cruciale de Lyra et elle devient presque un personnage secondaire dans les prises de décision, alors, oui, ça m’énerve.

Un second tome un peu moins prenant au démarrage mais toujours aussi efficace jusqu’au cliffhanger de la dernière page.

« Âgée de quatre cent seize ans, Ruta Skadi possédait la fierté et le savoir d’une reine des sorcières. Sa sagesse dépassait de loin celle de n’importe quel humain à la vie si brève, et pourtant, elle ne pouvait imaginer à quel point elle paraissait juvénile comparée à ces êtres. De même, elle ignorait que leur perception des choses s’étendait bien au-delà d’elle, tels des tentacules filamenteux, jusque dans les recoins les plus éloignés d’univers dont elle n’avait même jamais rêvé ; et si ces anges lui apparaissaient sous une forme humaine, c’était parce que ses yeux s’attendaient à les voir ainsi. Eût-elle perçu leur véritable apparence, elle aurait découvert des architectures plus que des organismes, des sortes de structures gigantesques constituées d’intelligence et de sensations.
Mais les yeux de la sorcière ne s’attendaient pas à cela ; elle était encore su jeune. »

« N’existait-il qu’un seul monde finalement, qui passait son temps à rêver à d’autres mondes ? »

A la croisée des mondes, tome 2 : La Tour des Anges, Philip Pullman. Gallimard, coll. Folio Junior, 2000 (1997 pour l’édition originale. Gallimard jeunesse, 1998, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Jean Esch. 404 pages.

J’ai relu… A la croisée des mondes, tome 1 : Les Royaumes du Nord, de Philip Pullman (1995)

A la croisée des mondes T1Lorsque les Enfourneurs, de mystérieux ravisseurs d’enfants, arrivent à Oxford et enlèvent son ami Roger, Lyra et son dæmon Pantalaimon n’hésitent pas à se lancer dans un périple qui les conduira sous les lumières de l’Aurore Boréale. Elle rencontrera des gitans, des sorcières et des ours en armures, mais devra affronter mille dangers.

> Ma chronique du tome 2, La Tour des Anges
> Ma chronique du tome 3, Le miroir d’ambre

A la croisée des mondes fait partie de ces séries qui ont marqué mon enfance, à l’instar d’Harry Potter ou La quête d’Ewilan. Voilà un moment que j’avais envie de les relire sans en trouver le temps jusqu’à aujourd’hui. La sortie en novembre prochain du premier tome de la nouvelle trilogie de Pullman, La Belle Sauvage, est une excellente occasion de redécouvrir avec des yeux plus âgés cette fabuleuse saga.

Le personnage de Lyra m’a toujours fascinée. C’est une fillette décidée et débrouillarde, un peu menteuse, un peu frondeuse, qui ne s’embarrasse jamais de juger quelque chose impossible si elle a décidé de le faire. Elevée dans un collège masculin très pompeux, le réputé Jordan College, elle devient une sauvageonne dès qu’elle s’échappe de l’enceinte du collège et règne sans partage sur un petit groupe d’enfants d’Oxford. Elle est forte, mais ne se rend pas compte à quel point car elle s’interroge finalement assez peu sur elle-même et sur ses capacités. Rien ne lui semble insurmontable et je pense que je rêvais d’être un peu plus comme elle et un peu moins comme moi quand j’étais petite (moins de questions, plus d’action !).
Mais Lyra n’est pas le seul personnage fascinant du roman. Lord Asriel, accompagné de son dæmon-léopard des neiges, et Mme Coulter épaulée par son diabolique singe doré, possèdent tous deux une aura hors du commun tandis que d’autres personnages contribuent à l’univers magique créé par Pullman. Comment oublier l’ours en armure Iorek Byrnison, le gitan Farder Coram, la sorcière Serafina Pekkala ou encore l’aéronaute Lee Scoresby ? Je les ai tous redécouvert avec bonheur, eux et leurs fantastiques dæmons.

L’idée des dæmons, sorte de manifestation physique de l’âme, est une idée que je trouve fantastique. L’alchimie qui unit humains et dæmons me touche beaucoup et cette relation d’amour, d’amitié profonde et de compréhension fusionnelle me fait rêver depuis ma première lecture. Les dæmons des enfants, qui ont devant eux mille chemins, peuvent se métamorphoser à volonté tandis que ceux des adultes ont pris une forme définitive qui en dit un peu plus sur son humain.

Les Royaumes du Nord s’est révélé aujourd’hui beaucoup plus riche de sens que la lecture que j’en faisais à neuf ans. Outre l’incroyable aventure de Lyra, Pullman fait aussi une critique assez acerbe de la religion et de son conservatisme punitif envers la sexualité. Pour le Magisterium, une branche de l’Eglise, la Poussière présente sur les adultes est la manifestation physique du péché originel. Prétendument pour sauver les enfants, ils n’hésitent pas à expérimenter sur eux des pratiques barbares, l’intercision faisant par exemple écho à l’excision. Cela donne parfois lieu à des scènes glaçantes où l’imagination joue beaucoup plus que les descriptions.
Il célèbre une croyance beaucoup plus proche de la Nature, notamment à travers les sorcières. Aimant sentir « le picotement brillant des étoiles, la musique de l’Aurore et, surtout, le contact soyeux du clair de lune » sur leur peau, ces dernières ne s’intéressent pas à la Poussière et aux peurs qui naissent autour d’elle. Pour les sorcières, c’est une chose naturelle qui a toujours été là.

« Les sorcières ne se sont jamais préoccupées de la Poussière. Tout ce que je peux te dire, c’est que partout où il y a des prêtres les gens ont peur de la Poussière. »

Toujours fluide, la plume de Pullman se révèle parfois extrêmement poétique et imagée. Par ses fabuleuses descriptions, il nous fait ressentir comme si l’on y était la majesté de l’Aurore, la puissance de Iorek ou encore la malveillance émanant de Bolvangar. Il utilise de riches comparaisons, comme, par exemple, en rapprochant le combat de Iorek et Iofur à des vagues s’écrasant contre le rivage ou à des rocs se fracassant l’un contre l’autre, nous faisant visualiser en un clin d’œil la puissance des deux ours.

Mêlant aventure, fantasy, steampunk et science, Les Royaumes du Nord est un roman incontournable. Abordant les thèmes de la religion, de l’âme, du passage à l’âge adulte ou l’importance cruciale de l’entraide, c’est une œuvre intelligente et plus philosophique que dans mes souvenirs. J’ai hâte de me plonger dans les deux tomes suivants qui, avec mon regard d’enfant, m’avaient semblé plus compliqués quoi que toujours aussi captivants. Je me demande ce que dix-quinze années de plus me feront comprendre des anges, des mulefas et de la Poussière.

« Maintenant qu’elle se livrait à une activité délicate, mais familière, toujours imprévisible, à savoir mentir, elle retrouvait une sorte de maîtrise, ce même sentiment de complexité et de contrôle que lui procurait l’aléthiomètre. Elle devait prendre garde à ne pas dire des choses trop improbables ; elle devait demeurer dans le vague tout en inventant des détails plausibles. Bref, elle devait faire du travail d’artiste. »

« Cette idée, encore fragile, flottait dans son esprit comme une bulle de savon, et Lyra n’osait pas la regarder en face, de peur de la voir éclater. Mais elle savait comment se comportent les idées, aussi la laissa-t-elle se développer lentement dans son coin, en regardant ailleurs et en pensant à autre chose. »

A la croisée des mondes, tome 1 : Les Royaumes du Nord, Philip Pullman. Gallimard, coll. Folio Junior, 2000 (1995 pour l’édition originale. Gallimard jeunesse, 1998, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Jean Esch. 482 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Manoir de l’Abbaye :
lire un livre dans lequel la religion est un sujet important

Le Paris des Merveilles, tomes 1 à 3, de Pierre Pevel (2003-2015)

Bienvenue dans le Paris de 1909 ! Mais attention, vous êtes ici dans un Paris alternatif et magique. Ici, la Tour Eiffel est construite d’un bois blanc qui chante les nuits de pleine Lune, de petits dragons volettent dans le jardin du Luxembourg, les gargouilles peuvent réellement prendre leur envol, les portiers sont des ogres, des ondines jouent dans les points d’eau et les magiciens se réunissent en clubs. Tel est le décor des aventures du mage Griffont et de l’enchanteresse Isabel de Saint-Gil.

Je n’ai pas envie de détailler les péripéties des protagonistes et de vous raconter l’intrigue de chacun des tomes, j’en parlerai bien sûr, mais en général. Je souhaite plutôt vous parler de l’ambiance, du ton et des personnages pour vous donner envie de découvrir cette belle trilogie.

L’écriture est élégante et délicate, un rien précieuse dans ses descriptions, et l’auteur prend le temps de poser ses personnages, ses décors. Je me serais passée des descriptions répétées à chaque tome, procédé un peu lassant. En parlant d’Isabel par exemple, j’ai aimé son mauvais caractère, son impulsivité, sa mauvaise foi réjouissante, sa naïveté feinte, son intelligence et son intrépidité. Je n’ai pas besoin que l’on me rappelle à chaque chapitre à quel point elle est belle, souple, fine, cascade de cheveux roux traversés d’or, yeux ambrés pailletés d’émeraude, etc. Ses qualités la rendent admirable, mais ce sont ses défauts qui la rendent attachante. Son physique m’importe peu, j’aurais donc apprécié qu’il soit moins rabâché. (La remarque vaut également pour la magicienne Cécile de Brescieux.)
On s’attache néanmoins sans difficulté aux personnages. De plus, la majorité d’entre eux sont récurrents, ce qui permet à l’auteur de leur fournir une psychologie suffisamment fouillée. Je regrette seulement de ne pas avoir vu davantage sur Azincourt, le chat ailé de Griffont : le troisième tome laissait entendre qu’il aurait un rôle plus important et finalement, non.
Enfin, je donne un bon point pour la relation entre Griffont et Isabel. Elle m’a parfois fait sourire et parfois attendrie, leurs savoureux échanges ne manquant pas de piquant.

Un point qui m’a beaucoup amusée est le jeu instauré par le narrateur avec le lecteur. Une connivence s’installe grâce à des interpellations directes. Par exemple, dans la nouvelle « Magicis In Mobile », il s’amuse également des derniers chapitres explosifs dans bon nombre de romans (bien que lui-même nous réserve des finals sur les chapeaux de roue dans chacun des tomes du Paris des Merveilles) : « L’auteur de ces lignes se refuse à travestir la réalité dont il se veut le chroniqueur fidèle, et tant pis pour les principes romanesques qui exigent un final spectaculaire à tout bon récit d’aventures. »

Le cadre est idyllique et Pierre Pevel nous emmène dans des mondes enchanteurs. D’une part, nous avons un Paris de la Belle-Epoque, tout de boiseries, de cuivre, de bronze et de verre, délicatement parsemé d’éléments merveilleux. D’autre part, il y a Ambremer, une cité sortie d’un Moyen-Âge idéalisé, parfait et propre. A ce sujet, le narrateur nous dit : « Ambremer était une cité médiévale, mais telle que vous, moi et l’essentiel de nos contemporains la rêvons. A savoir pittoresque et tortueuse, avec des venelles pavées plutôt que boueuses, des maisons en belle pierre plutôt qu’en mauvais torchis, des toits de tuile rouge plutôt que de chaume sale. Elle fleurait bon, et non l’urine, la crasse et le fumier mêlés. »
Non content de revisiter la capitale, Pierre Pevel s’approprie bon nombre de personnages historiques pour en faire des mages : on croisera ainsi l’alchimiste Nicolas Flamel, le cinémagicien Georges Méliès ou encore Lord Dunsany, futur auteur de La Fille du roi des elfes.

On retrouve ce qui constitue à mon goût les ingrédients classiques de la fantasy (sachant que je ne suis pas une experte, c’est juste mon expérience de lectrice qui parle). Que ce soit au niveau des créatures magiques (dragons, fées, elfes, chats ailés, arbres savants…) ou des thématiques (une haine sororale, l’infidélité de l’époux de la reine déclenchant la guerre entre les peuples, la magie noire), tout est là. Cependant, tout s’agence si bien et on prend un tel plaisir à découvrir ce monde magique que la sauce prend sans difficulté.
L’atmosphère s’assombrit au fil des tomes, le premier étant finalement le plus léger. Le troisième, en revanche, nous plonge dans un Paris menacé par des attentats et le retour de la Reine Noire. Entre meurtres et suspicion, voilà qui laisse moins de temps pour le badinage. Le second tome prend également le temps d’un petit voyage dans le temps, en 1720, année de la rencontre entre Griffont et Isabel – ce qui nous permet d’en savoir plus sur nos deux héros – dont les évènements trouveront une résonnance particulière près de deux cents ans plus tard.

Une intrigue à la fois policière et surnaturelle, des aventures rocambolesques, des mondes oniriques, de l’humour et de l’action, Le Paris des Merveilles est une excellente trilogie de fantasy, mâtinée de roman feuilleton et de cape et d’épée.

J’ajouterai en plus que l’édition poche chez Folio SF est magnifique dans ses déclinaisons de bleus et que la douceur de ses couvertures gravées est un plaisir pour les doigts.

« La mémoire est un ciment solide. Si solide et durable que la nostalgie survit parfois longtemps à l’amitié. Elle peut même s’y substituer et nous tromper. Combien de fois nous sommes-nous aperçus trop tard que rien ne nous attachait désormais à tel ou telle, sinon le souvenir d’une époque évanouie ? Quand cette idée frappe, douloureuse, le temps paraît faire un bond et nous nous découvrons subitement face à un étranger que les hardes de sentiments défunts ont cessé de déguiser. Cela, plus que les ans, fait vieillir. L’âge est le catalogue de nos désenchantements intimes. » (Tome 1)

« Ils étaient à la fois les acteurs et les spectateurs d’une relation qui ne les ménageait pas, certes, mais ne croiserait jamais vers les eaux calmes de l’ennui. Et lorsqu’ils doutaient parfois d’être aimés, lorsque leur comédie réciproque risquait de les tromper ou qu’une houle trop forte pourrait avoir raison de leurs sentiments tourmentés, il leur suffisait de surprendre un trouble sincère et fragile chez l’autre pour se sentir brusquement investis du devoir impérieux de vivre à ses yeux. » (Tome 2)

« Les bibliothèques sont des rêves.
Rêves de ceux qui les ont voulues et bâties. Rêves de ceux qui les fréquentent et les aiment. Rêves enchâssés en des milliers et des milliers de pages préservées. Rêves puisés à la source des désirs et des sciences, des imaginations fertiles, des ambitions, des lectures patientes, des nuits passées dans le secret des livres. Elles sont des portes vers le Troisième Monde. Certaines ne font que l’approcher, le frôler, apercevoir ses confins. D’autres le rejoignent puis s’éloignent, au gré des astres et leurs caprices. Quelques-unes, enfin, les plus belles et les plus émouvantes, appartiennent entièrement à l’Onirie. » (Tome 3)

Le Paris des Merveilles, tome 1 : Les enchantements d’Ambremer, suivi de Magicis In Mobile, Pierre Pevel. Gallimard, coll. Folio SF, 2017 (Le Pré aux Clercs, 2003, pour la première édition). 416 pages.
Le Paris des Merveilles, tome 2 : L’élixir d’oubli, Pierre Pevel. Gallimard, coll. Folio SF, 2017 (Le Pré aux Clercs, 2003, pour la première édition). 418 pages.
Le Paris des Merveilles, tome 3 : Le Royaume immobile, Pierre Pevel. Gallimard, coll. Folio SF, 2017 (Bragelonne, 2015, pour la première édition). 446 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine (4 tomes), de Gail Carriger (2013-2015)

Le Pensionnat de Mlle Géraldine est une série dans laquelle j’ai eu un peu de mal à m’impliquer. Cependant, je suis têtue et, comme j’avais emprunté les quatre tomes d’un coup à la bibliothèque, j’étais bien décidée à tous les lire en dépit d’un premier tome qui ne m’avait pas du tout convaincue.
Je vous propose un récapitulatif des points positifs et négatifs de cette saga avant de revenir sur chaque tome.

Les + :

  • Le mélange steampunk, surnaturel et enquêtes policières ;
  • L’humour et les petites piques qui se glissent ici et là ;
  • Les personnages (quand on a appris à les connaître, ce qui m’a demandé d’attendre le troisième tome), notamment les filles avec leurs caractères très différents ;
  • Les enjeux sociétaux et technologiques développés au fil de la série.

Les – :

  • Un triangle amoureux qui dure bien trop longtemps à mon goût ;
  • Une intrigue parfois un peu faible ;
  • Le premier tome (c’est le plus mauvais, ce qui est plutôt dommage) ;
  • Une héroïne un peu trop parfaite.

Résultat : une série distrayante, mais pas particulièrement excitante. Malgré un univers et une héroïne sympathiques, elle ne me laissera sans doute pas un souvenir marquant.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine est apparemment très lié avec la série précédente de Gail Carriger, Le Protectorat de l’ombrelle, qui serait également plus adulte. D’une part, je ne suis pas vraiment poussée vers Le Protectorat du fait de mon avis mitigé sur Le Pensionnat, mais, d’autre part… je suis curieuse. Donc je garde l’idée sous le coude et on verra ce que l’avenir me réservera !

  • Tome 1 : Etiquette & Espionnage

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T1 (couverture)Angleterre, début du XIXe siècle. Sophronia, 14 ans, est un défi permanent pour sa pauvre mère : elle préfère démonter les horloges et grimper aux arbres qu’apprendre les bonnes manières ! Mme Temminnick désespère que sa fille devienne jamais une parfaite lady, aussi inscrit-elle Sophronia au Pensionnat de Mlle Géraldine pour le perfectionnement des jeunes dames de qualité.
Mais Sophronia comprend très vite que cette école n’est peut-être pas exactement ce que sa mère avait en tête. Certes, les jeunes filles y apprennent l’art de la danse, celui de se vêtir et l’étiquette ; mais elles apprennent aussi à donner la mort, l’art de la diversion, et l’espionnage – le tout de la manière la plus civilisée possible, bien sûr.
Cette première année au pensionnat s’annonce tout simplement passionnante.

(Désolée, j’ai été flemmarde, je vous donne les résumés de l’éditeur.)

Que ce premier tome peine à démarrer ! On découvre l’école et l’univers, mais pourtant, pendant une bonne partie du roman, j’ai eu du mal à voir où l’autrice m’emmenait.
Nous sommes au milieu du XIXe dans un univers qui mélange steampunk (avec des machines volantes et des domestiques mécaniques) et surnaturel (avec des loups-garous et des vampires) pour un résultat hétéroclite qui donne envie d’être exploré.

Comme l’indique chaque titre de volume, le pensionnat de Mlle Géraldine dispense deux formations. D’une part, elle prépare les filles à être de parfaites ladys et, d’autre part, à être de parfaites espionnes. Si j’ai beaucoup apprécié tout ce qui relevait de l’espionnage (dissimulation, combat, poisons, etc.), j’ai parfois été agacée par la frivolité des élèves. (J’ai beau savoir que ce sont les mœurs, l’époque et la société qui veulent cela et que c’est le but du roman, ça m’a tout de même irritée.)
Je n’ai pas pu m’empêcher de comparer à Harry Potter pour le côté « école » et je trouve le résultat moins satisfaisant. Dans Harry Potter, dès le premier tome, j’avais une idée précise des cours et des professeurs (un premier aperçu qui n’a évidemment fait que s’étoffer au fil de la saga). Le résultat est bien moins efficace dans ce premier tome où j’ai trouvé que les cours et les professeurs étaient simplement survolés, ce qui ne m’a pas permis de me faire une idée précise du contenu de la formation.

Avec, en outre, des personnages classiques et pas spécialement attachants (mais je compte sur les tomes suivants pour remédier à cela) et une écriture agréable mais sans charme particulier, on ne peut pas dire que ce premier tome ait réussi à me séduire. Il m’a fait l’impression d’un long préambule un peu vide que ce soit en terme d’action ou de personnages. Toutefois, j’ai bravement continué ma lecture pour laisser une chance à cette série.

« Comment ai-je fait pour ne pas remarquer qu’il suffisait de la complimenter pour qu’elle me trouve acceptable ? se demanda Sophronia, sans vraiment se rendre compte que cela était aussi une conséquence de sa nouvelle éducation. Nombreuses sont les dames qui ne font confiance au jugement des autres que si elles ont été jugées favorablement elles-mêmes. »

  • Tome 2 : Corsets & Complots

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T2 (couverture)Certaines choses ne changent pas au pensionnat de Mlle Géraldine : Monique est toujours aussi pimbêche, les cours toujours aussi mortels et les vampires, les loups-garous et les humains brûlent de s’entretuer. Cette deuxième année s’annonce donc bien remplie pour Sophronia : alors que son école volante se dirige vers Londres pour un mystérieux voyage scolaire, elle doit réussir ses examens, remplir son carnet de bal, perfectionner son art de l’espionnage et découvrir qui se cache derrière un dangereux complot visant à contrôler le fameux prototype susceptible de révolutionner le transport aérien surnaturel. Et voilà que les professeurs du pensionnat commettent l’impensable : ils laissent monter à bord rien moins que des garçons !
Mais Sophronia est douée dans sa partie et ne se laissera pas distraire de sa mission dans ce deuxième volet piquant et délicieusement écrit du Pensionnat de Mlle Géraldine.

Dans ce second tome, Sophronia est plus à l’aise dans son nouvel environnement et on devine clairement qu’elle est destinée à devenir la meilleure élève du pensionnat (ce qui est une véritable surprise, reconnaissons-le). Moi aussi, j’ai été plus à l’aise avec cet opus légèrement plus dynamique que le précédent. L’intrigue, totalement dans le prolongement du premier tome, se déroule avec davantage de fluidité (mais peut-être me étais-je tout simplement habituée à l’écriture, à l’histoire, à l’univers, etc., car finalement l’histoire reste globalement semblable à celle du premier tome).

J’ai été ravie d’en apprendre un peu plus sur les vampires, leur mode de vie, leur société ou leurs capacités. Côté personnages, je reconnais commencer à m’attacher à certains d’entre eux et à être curieuse de leur destinée, mais, à part Sophronia, ils n’évoluent pas énormément, ce qui est regrettable (mais pas irrattrapable puisqu’il reste deux tomes).

Un second tome qui, sans être transcendant, s’est révélé meilleur que le premier et ne m’a pas fait regretter ma persévérance.

« Beaucoup de messieurs étaient incapables d’affronter les pipelettes, ce qui était la raison pour laquelle ils les épousaient souvent. »

  • Tome 3 : Jupons & Poisons

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T3 (couverture)Toujours élégante, Sophronia continue sa deuxième année au pensionnat – avec un éventail à lames d’acier dissimulé dans les plis de sa robe de bal, bien évidemment. Une arme tendance et fort à propos, puisque la jeune espionne, sa meilleure amie Dimity, l’adorable soutier Savon et le charmant Lord Felix Mersey montent clandestinement dans un train en direction de l’Écosse pour ramener leur camarade de classe Sidheag à sa meute de loups-garous. Personne ne se doute de ce qu’ils vont trouver – ou qui – à bord de ce train étrangement vide. Alors que Sophronia met à jour un complot susceptible de plonger Londres tout entière dans le chaos, elle va aussi devoir décider une bonne fois pour toutes vers qui va sa loyauté.
Rassemblez vos poisons, affûtez vos plumes d’oie et rejoignez les jeunes et gracieuses machines à tuer du pensionnat de Mlle Géraldine dans ce troisième volume passionnant offert par l’auteur steampunk à succès Gail Carriger.

A la lecture de ce troisième tome, il devient clair que les quatre intrigues sont étroitement liées par le prototype convoité de tous dans le premier volume. Deux énigmes se mêlent dans ce tome : l’une liée aux loups-garous et l’autre au prototype. Comme j’avais aimé découvrir les vampires, j’ai apprécié la rencontre avec les loups-garous qui permet d’approfondir notre connaissance de ce monde atypique. Il n’y a plus de temps mort comme dans les deux premiers volumes grâce à l’escapade rocambolesque des cinq jeunes gens et ce troisième tome a, en plus, le bon goût d’amorcer quelques changements agréables au niveau des personnages. Et j’avoue que je commence à apprécier le sens de la répartie des jeunes filles et l’humour distillé ici et là par l’autrice.

En revanche, je dis NON au triangle amoureux Sophronia-Savon-Félix ! C’est d’un classique horripilant et j’espère que l’on passera à autre chose dans le dernier tome (comme la fin de celui-là le laisse entendre). Il est également terriblement lassant de lire encore et encore que Félix est « terriblement séduisant », que son air d’ennui blablabla, que ses yeux bleus blablabla… Aaargh ! Stop !

Malgré un côté un peu fleur-bleue qui conviendra peut-être davantage à des lectrices plus jeunes que moi, ce roman remonte la série dans mon estime. J’attends du quatrième et dernier tome qu’il continue sur cette lancée.

 « Sophronia, l’espace d’une pensée hystérique, se dit que Félix ressemblait peut-être au pudding aux figues. Il était riche et délicieux mais il valait mieux le consommer avec modération. »

  • Tome 4 : Artifices & Arbalètes

Le pensionnat de Mlle Géraldine, T4 (couverture)Apprendre l’art de l’espionnage au sein de l’école volante de Mlle Géraldine est devenu fastidieux pour Sophronia, privée de la présence de Savon à ses côtés. Elle préférerait utiliser ses talents pour contrarier les plans des Vinaigriers, mais ses maints avertissements au sujet des viles intentions de ces derniers sont encore et toujours ignorés. Sophronia ne sait plus à qui se er. Quelles informations détient le bourru dewan de Sa Majesté ? Dans quel camp se place l’élégant vampire lord Akeldama ?
Une seule chose est certaine : un complot d’envergure se trame, et Sophronia doit se préparer à sauver ses amis, son école et Londres tout entier du désastre à venir – sans jamais se départir de son spectaculaire raffinement, bien évidemment.
Découvrez le destin de notre jeune héroïne alors qu’elle met enfin en pratique ses années d’entraînement, dans ce quatrième et dernier volume du Pensionnat de Mlle Géraldine.

 Voilà la fin de cette série ! Je n’irai pas jusqu’à dire que j’en suis soulagée, mais je ne suis pas particulièrement triste de voir le point final arriver.
Pourtant, ce dernier tome s’est révélé vif et agréable à lire. Le défi auquel Sophronia est confronté est plus dangereux et complexe que ceux des tomes précédents (on pourra regretter la facilité avec laquelle l’héroïne se défie des obstacles, mais, arrivée au quatrième tome, je n’en suis plus surprise). Si Savon, peu présent, m’a manqué, la maturité des filles (Sophronia la première), la réapparition de certains protagonistes des tomes précédents (comme Pétunia ou Lord Akeldama) ainsi que quelques révélations sur d’autres personnages m’ont vraiment fait plaisir.

Je laisse ce dernier tome sur un sentiment positif. Cette série vaut ce qu’elle vaut, elle n’est pas exempte de défauts (loin de là), mais la lecture est légère et distrayante, ce qui ne fait pas de mal de temps à autre.

« « Une jeune fille, qui portait un poulet en osier et jouait de la harpe, m’a assommé avec un livre sur les beignets puis m’a fourré sous un piano. » Ça ressemblait à un rêve bizarre. »

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 1 : Etiquette & Espionnage (VO : Finishing School – Etiquette & Espionage), Gail Carriger. Orbit, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 353 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 2 : Corsets & Complots (VO : Finishing School – Curtsies & Conspiracies), Gail Carriger. Orbit, 2014 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 354 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 3 : Jupons & Poisons (VO : Finishing School – Waistcoats & Weaponry), Gail Carriger. Orbit, 2015 (2014 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 359 pages.

Le Pensionnat de Mlle Géraldine, tome 4 : Artifices & Arbalètes (VO : Finishing School – Manners & Mutiny), Gail Carriger. Orbit, 2016 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis. 374 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – L’Ecole du Prieuré :
lire un livre se déroulant dans un pensionnat

Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville, d’Edward Carey (2015)

Les Ferrailleurs, T3, La Ville (couverture)Attention aux spoilers pour qui n’aurait pas lu les deux premiers tomes !

Le Faubourg a brûlé, le Château a sombré dans l’océan de détritus ; les Ferrayor se tournent donc vers Londres, rebaptisée Londremor. Ils plongent la capitale dans une nuit perpétuelle, se terrent dans une maison et, alors que de plus en plus de Londoniens se transforment en objets, préparent leur vengeance. Une vengeance dont Clod est l’élément-clé.

Changement par rapport aux deux tomes précédents : les Ferrayor ne sont plus des seigneurs tout-puissants. Ils envahissent Londres comme des rats et, comme des rats, ils sont traqués et tués s’ils montrent le bout de leur nez. Cette chasse les pousse aux dernières extrémités et nous découvrons de nouvelles facettes de leur personnalité. Ce dernier volume nous permet également d’en apprendre davantage sur certains Ferrayor comme Pinalippy, Rippit ou encore l’effrayante Scory.

Un roman bavard qui nous plonge comme dans un rêve étrange et sale, dans l’esprit torturé de ses personnages et dans l’imagination foisonnante de son auteur. Toutefois, en dépit de la frénésie verbale dont font preuve les narrateurs, l’histoire en elle-même avance lentement. Ce troisième tome est le plus long des trois et peut-être souffre-t-il un peu des répétitions et des fréquents changements de narrateurs. En effet, les points de vue sont multiples : Clod et Lucy évidemment, mais également Pinalippy, des garçons des rues, des membres de la famille Ferrayor…et même la reine Victoria.

Les Ferrailleurs, T3, La Ville (image)

Malgré tout, je n’ai pas été déçue par ce troisième tome qui conclut magistralement cette trilogie originale. La langue est toujours aussi addictive, riche et soignée tandis que les illustrations collent parfaitement avec le ton et l’atmosphère dérangeante du roman. Une trilogie qui m’a convaincue d’un bout à l’autre en me transportant dans son univers totalement décalé.

Les Ferrailleurs, T3, La Ville 4

« Imaginez ceci : il y a une rue dans Londres, Londres la plus grande ville du monde, cette métropole foisonnante, qui abrite plus d’âmes que n’importe quelle ville sur la planète, où tout le monde se pousse et se bouscule. Eh bien, dans cette ville surpeuplée il existe une rue vide, une rue morte, une rue déserte.
Comme si l’humanité s’achevait là.
Comme si Londres était devenu un musée, et qu’il n’y avait plus personne pour le visiter. »

Les Ferrailleurs, tome 3 : La Ville, Edward Carey, illustré par l’auteur. Grasset, 2017 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Alice Seelow. 569 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Dernier Problème 
lire un livre qui est le dernier tome d’une saga