Liens de sang, de Yves H. (scénario) et Hermann (dessins) (2000)

Liens de sang (couverture)Sam Leighton quitte sa campagne pour la métropole et travaille à la criminelle. Meurtres en série, mystérieuse chanteuse, parrain de la mafia, il se met en tête de découvrir faire tomber le big boss, Joe Beaumont que personne n’a vu depuis vingt ans. Pour cela, il se lie avec un détective privé du nom de Philip Meadows (Philip Meadows Taylor, romancier et administrateur de l’Inde au XIXe siècle, a travaillé dans un bureau d’investigation criminelle luttant contre une puissante société secrète, les Thugs. Anecdote en passant…).

 

Liens de sang emprunte beaucoup au film noir américain. Dans une ville des années 1950 gangrenée par le crime et la corruption évolue des détectives et flics au passé sombre ou au comportement trouble. Silhouette au coin des rues, imper, visage dissimulé sous les larges bords d’un chapeau, clope rougeoyante au bec. Mais le tableau ne serait pas complet sans la femme fatale pour leur faire perdre la tête… La nuit et la pluie enveloppe l’album d’un rideau noir de violence et de mort.

Qui est-il ? Telle est la question que le lecteur peut se poser à propos de chaque personnage. Quelle est leur relation ? Entre complexe d’Œdipe et mensonges familiaux, cette BD se complexifie à chaque page. Quant à Joe Beaumont, qui est-il ? Existe-t-il vraiment ? Est-il le Diable ?

 

Je suis toutefois restée perplexe par moments et, par deux fois, j’ai fini par décrocher de ce scénario un peu trop tarabiscoté. Cinquante-six pages est peut-être un format trop court pour ce type d’histoire.

Nouvelle collaboration pour Hermann et Yves Huppen, les dessins du père sont une excellente mise en scène pour le scénario du fils. Sans fioriture, il plante efficacement décors et protagonistes. Pourtant, je n’accroche décidément pas au style d’Hermann même si je peux comprendre ce qui peut plaire.

Difficile de qualifier Liens de sang de bon ou mauvais, mais il s’agit sans nul doute la plus complexe des BD « Signé » lues et critiquées jusqu’à présent.

« Joe… c’est l’homme le plus riche et puissant de la ville et même au-delà. Il se fait que personne ne l’a vu depuis vingt ans. Un vrai mystère. Alors, il se raconte des choses. Rumeurs ou vérités ? Il est devenu un mythe. »

Liens de sang, Yves H. (scénario) et Hermann (dessins). Le Lombard, coll. Signé, 2012 (2000 pour la première édition). 56 pages.

Les autres BD « Signé » :

Western, de Jean Van Hamme (scénario) et Grzegorz Rosinski (illustrations) (2001)


Western (couverture)Western
prend place dans la seconde moitié du XIXe entre le Wyoming et le Kansas. A une époque où le chemin de fer s’installe, où l’on recherche morts ou vifs les « outlaws », où les Indiens commencent à être parquer dans les réserves des « Badlands » (ce qui est assez drôle car ce contexte fait écho au roman que je lis actuellement, La dernière frontière d’Howard Fast).

C’est une histoire de filiation, de famille et d’héritage. Une histoire de cupidité, de jalousie et de vengeance. Un véritable western comme on l’attend au titre : une fine gâchette (manchotte), un ranch, des bandits, des meurtres et des complots.

Le travail de Rosinski colle très bien avec l’histoire, les tons bruns, jaunes, gris ou noirs dominent dans une histoire où pèsent les secrets et plane l’ombre de la mort. Cependant, malgré ce scénario qui se veut effrayant, tragique, je n’ai pas ressenti ce genre d’émotions.

C’est un divertissement correct – pas un mauvais moment, pas de grands souvenirs – même si cette BD n’a rien d’exceptionnel dans la narration ou dans l’illustration. Quoique… Au sujet de l’illustration, je dois nuancer. L’originalité de la BD est de présenter cinq double pages, cinq tableaux. Ces peintures sur lesquelles on tombe avec surprise nous plonge réellement dans un paysage, dans une ambiance, dans une scène de vie.

Je n’ai pas grand-chose à en dire, ce n’est pas le genre de bande dessinée qui me touche et elle ne marquera pas ma mémoire pour longtemps.

« Je ne sais pas pourquoi j’ai fait exprès de mal tirer. Sans doute pour renforcer mon personnage de pauvre cloche. Ce n’était pas un rôle, d’ailleurs. J’étais devenue une pauvre cloche. »

Western, Jean Van Hamme (scénario) et Grzegorz Rosinski (illustrations). Le Lombard, coll. Signé, 2008 (Le Lombard, 2001, pour la première édition). 88 pages.

Les autres BD « Signé » :

Afrika, d’Hermann (2007)

Afrika (couverture)Afrika est une BD qui ne m’a pas transcendée. Je l’ai lu. Je ne l’ai pas détestée, je ne l’ai pas aimée non plus. C’est tout à fait le genre de bande dessinée qui me laisse indifférente. Que puis-je en dire à par « Ça se lit » ?

Pourquoi ça me n’a pas marquée ? L’histoire est basée sur de l’action : c’est une BD d’action comme il existe des films d’action. Ce n’est pas que l’action est mauvaise, mais quand il n’y a que ça, mon intérêt faiblit. De plus, le suspense est faible. On retrouve tous les ingrédients de base : des morts, des armes, un environnement hostile, une poursuite où la vie des héros est menacée.

Je me demande si l’intrigue n’aurait pas été plus intéressante sur un format plus long. L’auteur aurait pu développer, non seulement sa réflexion sur la relation de l’homme avec les animaux qu’il abat les uns après les autres, mais aussi son approche de la politique africaine notamment et des décisions prises par les hommes politiques. Le début de la bande dessinée était prometteur, mais ce qui a suivi la découverte des corps a déçu mes attentes.

Le personnage principal pourrait être intéressant. Dario Ferrer, ermite mystérieux, bourru, mais attachant. Malheureusement, c’est un stéréotype qui est trop vu et revu et qui, cette fois, n’a pas fonctionné sur moi.

J’ajoute à cela que le graphisme me laisse tout aussi froide que l’histoire. Je n’apprécie pas vraiment ces traits trop marqués. Cependant, j’aime la représentation de la nature sauvage et les scènes de vie animales qui ouvrent la BD. Notamment celle du guépard, mélange de vigilance et de nonchalance.

Une BD qui rappelle que les hommes sont plus cruels que les animaux (si quelqu’un en doutait encore…).

« La faune de ce continent unique est menacée de disparition par les intérêts vulgaires du bipède ! … L’homme envahit tout, pollue tout ! Sûr de sa seule importance ! »

Afrika, Hermann. Le Lombard, coll. Signé, 2007. 52 pages.

Les autres BD « Signé » :

Miss Endicott (tomes 1 et 2), de Jean-Christophe Derrien (scénario) et Xavier Fourquemin (dessins) (2007)

Miss Endicott t1 (couverture)Quel plaisir de voir des personnages féminins forts ! Miss Endicott nous apparaît tout d’abord comme une simple gouvernante orpheline (quoique différente des autres comme le dit Conrad, le majordome), mais endosse rapidement son rôle de justicière, de « conciliatrice », qui défend les intérêts des pauvres gratuitement ! Pas de gros revolvers, ni de fouets comme Catwoman, simplement deux aiguilles à tricoter dissimulées dans ses manches qui se révèlent de redoutables dards.

A l’exception du digne et bon Conrad, les hommes font souvent figures de rigolos à côté d’elle et se laissent mener à la baguette par la demoiselle. Malgré tout, ils ne sont pas que des bouffons et sont tous attachants à leur manière.

Une enquête, un méchant, une armée, des dangers : Miss Endicott est une véritable bande dessinée policière teintée de fantastique. Je ne veux pas trop en révéler pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture, mais les rebondissements sont nombreux et le final du premier tome titille la curiosité !

Miss Endicott t2 (couverture)Si je n’ai que peu de choses à dire sur les traits des personnages, j’ai en revanche adoré les décors de la capitale anglaise du XIXe siècle. On plonge dans le Londres huppé des grandes familles avec manoirs et domestiques avant d’explorer dans la planche suivante celui des bas-quartiers, des tavernes, des voyous et des humbles. On descend même dans les profondeurs de la ville où se tapit un peuple d’oubliés. Un monde souterrain où se cachent les « freaks » qui refusent d’être exhibés dans les foires pour faire rire les masses. Il y aura là une touche de steampunk, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Une bande dessinée bien sympathique et entraînante. La recette mélangeant action et humour fonctionne et le résultat se lit avec grand plaisir.

Le tome 2 m’a légèrement déçue ; je l’ai trouvé trop orienté vers l’action qui prend toute la place. Plus d’humour, moins de réflexion, on tombe dans le récit d’action pur et dur. De plus, j’ai été fortement agacée par la mère de Prudence Endicott. Elle prend le dessus sur sa fille et s’impose dans l’histoire presque jusqu’à en devenir le personnage central. M’étant attachée à la fille au fil du tome 1, son éviction par sa mère a fait que j’ai moins apprécié ce second opus.

Ceux qui auront lu la bande dessinée comprendront pourquoi j’ai, en revanche, beaucoup aimé la fin qui signe, en outre, un retour à un peu de poésie.

« Ne jamais juger un livre à sa couverture ! »

(Tome 1)

 

« – Si j’ai bien compris, tu m’as fait revenir d’Inde pour que je serve d’appât ? Et simuler ton propre enterrement ? Mais quel genre de mère es-tu donc ?

– Je suis une conciliatrice ! … Ce que tu ne seras jamais vraiment ! »

(Tome 2)

Miss Endicott, tomes 1 et 2, Jean-Christophe Derrien (scénario) et Xavier Fourquemin (dessin). Le Lombard, coll. Signé, 2007. 77+76 pages.

Les autres BD « Signé » :