Sex Story : la première histoire de la sexualité en BD, de Philippe Brenot (textes) et Laetitia Coryn (dessins) (2016)

Sex Story (couverture)De la Préhistoire à nos jours, en passant par Babylone, l’Egypte et la Grèce antique, Rome, et en explorant toute l’Histoire de France, cette bande dessinée se penche sur l’histoire de la sexualité dans nos sociétés : quels étaient les interdits, quelles étaient les pratiques, quelles étaient les mœurs, comment et qui aimait-on à telle ou telle époque ?

Sex Story est une BD très intéressante et très bien renseignée. Il faut dire que Philippe Brenot, psychiatre, anthropologue et directeur des enseignements de sexologie à l’université Paris Descartes, maîtrise de toute évidence son sujet. Même si l’auteur est un spécialiste, la BD se lit vraiment facilement : tout y est toujours très clair et très agréable à lire.
On constate tristement que l’histoire de la sexualité est une histoire en dents de scie, chaque libération de la sexualité ou des mœurs (homosexualité, amour libre, avortement…) ayant été suivie d’une période de répression, souvent à cause de l’Eglise (« un pas en avant, deux pas en arrière… » comme le rappellent certains personnages). Cette BD est aussi féministe car elle souligne parfaitement l’oppression des femmes, l’inégalité des droits entre les hommes et les femmes, les époux et les épouses. En bref, elle montre l’omniprésence de la domination masculine (l’Egypte antique semble faire exception à cette « règle » avec des femmes qui pouvaient devenir pharaonnes et qui étaient respectées).

Sex Story 2C’est sûr, certaines anecdotes m’ont fait bondir d’indignation, toutefois, beaucoup d’autres m’ont fait pouffer de rire. Car oui, il y a beaucoup d’humour dans Sex Story, merci Laetitia Coryn. De petites remarques sarcastiques ici ou là, des dessins explicites mais sans vulgarité (ce n’est pas un ouvrage pornographique, mais ce n’est pas tout public non plus, je précise), des personnages très expressifs, quelques anachronismes dans les dessins, mais aussi dans le langage employé. Et l’humour permet d’aborder des sujets graves car une histoire de sexualité ne se fait pas sans parler de viols, d’incestes ou de mariages forcés.

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(Seul point noir à mon goût : le dernier chapitre « Sexavenir » qui est pour moi totalement inutile. Les auteurs nous proposent un futur sans amour où les bébés se font en usines et où les fantasmes et désirs sont satisfaits par des implants et des hologrammes avant de disparaître de la société. Bref, une vision triste de l’avenir qui n’apporte pas grand-chose à l’ouvrage. J’aurais préféré qu’ils s’arrêtent à notre époque plutôt que de me laisser terminer ma lecture sur cette note douce-amère.)

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Que puis-je donc dire de plus pour vous résumer Sex Story ? Ce n’est pas une BD pornographique, ni même érotique ; c’est une bande dessinée à la fois érudite et drôle ; c’est une BD militante et féministe ; c’est une BD vivante et passionnante aussi bien grâce aux textes qu’aux dessins ; c’est une BD à lire !

« En ce début du troisième millénaire, la sexualité nous semble partout présente, on l’aborde facilement, on la montre à l’écran, on en parle dans les médias, mais paradoxalement on l’explique peu et on ne l’enseigne presque jamais. »

Sex Story : la première histoire de la sexualité en BD, Philippe Brenot (textes) et Laetitia Coryn (dessins). Les Arènes BD, 2016. 204 pages.

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Sexus nullus ou l’égalité, de Thierry Hoquet (2015)

Sexus nullus ou l’égalité (couverture)La campagne présidentielle est lancée. Un jour, un homme s’interroge : pourquoi tous les présidents français sont-ils des hommes blancs hétérosexuels ? Pourquoi pas de femmes, pas de Noirs, pas de homos, pas de végétariens ? La France tend l’oreille vers cet électron libre, Ulysse Riveneuve, qui propose une idée : supprimer le sexe des actes civils. Devenu candidat, c’est là son seul programme. Ce simple fait – cesser de sexualiser les individus et de les formater dès la naissance à « agir en fille » ou à « agir en garçon » selon leur entrejambe – autorisera enfin une véritable égalité entre toustes quel que soit leur sexe, leur origine, leur sexualité. Cette idée, séduisante pour certain.es, irritante pour d’autres, se retrouve rapidement au cœur de débats passionnés.

J’ai trouvé cet ouvrage passionnant. Sous couvert de la fiction, Thierry Hoquet (philosophe et spécialiste de la philosophie des sciences naturelles et de la période des Lumières) avance de nombreuses idées et bon nombre d’arguments pertinents pour l’effacement du sexe civil. En faisant intervenir des partis opposés à ce projet (notamment le Parti Pour Tous qui rassemble la droite conservatrice et le FN), il peut ainsi répondre à ceux qui s’y opposent, rassurer les inquiets, convaincre les sceptiques.
Il fait également intervenir des discussions avec des notaires, des médecins, des religieux, des publicitaires (inquiets que l’on supprime des niches de consommateurs). La mention du sexe est-elle réellement fondamentale pour eux ? De toute évidence, non. Il aborde une pluralité de sujets qui permet de réfléchir aux conséquences d’une telle mesure dans les différents aspects de la vie des Français.es.

Comme tout conte philosophique qui se respecte, Sexus Nullus est aussi l’occasion de critiquer la situation politique actuelle. Il dénonce le conservatisme du Parti Pour Tous (issu de la Manif pour tous), la frilosité du Parti socialiste qui tentera pourtant de récupérer l’idée en constatant son succès naissant, l’hypocrisie des hommes politiques et des médias qui cherchent à prendre en défaut ce candidat sans parti.

« – Monsieur Riveneuve, combien la France a-t-elle de sous-marins ?
– Vous poserez la question aux autres candidats qui ont des fiches toutes prêtes pour y répondre. Pour ma part, si je suis élu il sera toujours assez tôt pour l’apprendre. L’élection présidentielle, la rencontre avec la France, ça ne se bachote pas. »

Encore plus fort, Thierry Hoquet arrive à faire de cet ouvrage (qui, à la base, parle d’une campagne présidentielle, rappelons-le) un ouvrage palpitant dont on suit les rebondissements avec intérêt. Discours, manifestes, débats sur les plateaux télévisés, tout cela s’enchaîne avec fluidité grâce à la plume pétillante et convaincante de l’auteur.

J’ai adoré ce conte philosophique qui séduit par cette idée présentée comme la solution aux inégalités. Sortir des stéréotypes de genre et permettre à chacun de devenir ce qu’il veut, n’est-ce pas un rêve magnifique ? Un texte intelligent qui pousse à la réflexion.

« Quel monde humain voulons-nous ? Cette question inspire mon programme. Nous avons tout à gagner à soutenir le véritable universalisme républicain, ce que j’appelle l’effacement des sexes. Car au-delà de l’effacement des sexes, c’est le combat pour l’égalité, la lutte contre les discriminations que nous poursuivons. »

« J’élève une petite fille. Et, crois-moi, je vois avec quelle rapidité tout le monde conspire à filliser les filles. Quand elle est née, j’avais une petite personne humaine avec moi. Maintenant, la voici qui ne veut plus porter que du rose. D’où vient ce réflexe ? N’y a-t-il pas mieux à faire ? Demain, elle va me demander du maquillage… Après-demain, un string ou un voile… Maman, tu te rends compte de ce que nous infligeons à nos enfants ? »

Sexus nullus ou l’égalité, Thierry Hoquet. Editions iXe, coll. ixe’ prime, 2015. 171 pages.

The Girls, d’Emma Cline (2016)

The Girls (couverture)« Je levai les yeux à cause du rire, et je continuai à regarder à cause des filles.

Je remarquai leurs cheveux tout d’abord, longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l’éclat du soleil. Toutes les trois étaient trop loin, je ne voyais que les contours de leurs traits, mais ça n’avait pas d’importance : je savais qu’elles étaient différentes de toutes les autres personnes dans le parc. »

C’est ainsi qu’Evie, 14 ans, rencontre pour la première Suzanne. Suzanne dont la liberté, l’impudence et la sauvagerie l’attirent irrésistiblement. En suivant Suzanne, elle découvre un ranch à la marge de la société, et les autres filles « aussi racées et inconscientes que des requins qui fendent les flots », et Russell, le leader dont les filles suivent aveuglément les préceptes.

Je l’ignorais en commençant le roman, mais Russell Hadrick n’est autre que Charles Manson, commanditaire de plusieurs assassinats en 1969, notamment de Sharon Tate, femme de Roman Polanski. Quant à Suzanne, elle est l’avatar de Susan Atkins (surnommée Sadie). Toutefois, le premier roman d’Emma Cline n’est pas un documentaire. Si les faits et les caractères des personnages, elle a librement adapté cette histoire en créant ses propres personnages.

 

Evie est un personnage témoin. A côté. Et ce, malgré sa volonté désespérée d’être parmi les autres. La majeure partie du roman suit la Evie adolescente, mais chaque partie commence avec une Evie d’une quarantaine d’année, plus critique, marquée par son passé, une Evie qui n’a jamais oublié Suzanne.

Quatre parties segmentent le roman. La première signe la découverte des filles et du ranch, ainsi que de Russell. Dans la seconde, Evie est totalement et irrémédiablement accro à Suzanne. Et, bien qu’elle soit sporadiquement dérangée par un accès de violence de Russell ou par les conditions dans lesquelles elles vivent, elle trouve toujours des excuses et des explications. Dans la troisième, la situation s’aggrave. « Le ranch n’avait jamais fait partie du monde extérieur, mais il s’isola encore plus. » « Une carapace durcissait autour de la propriété. » Enfin, une Evie adulte reprend la parole dans la quatrième, nous montrant que finalement, rien n’a changé.

 

The Girls est un roman sensuel et dérangeant. Psychologiquement violent. L’intérêt réside davantage dans la relation dévorante, à sens unique entre Suzanne et Evie que dans l’appropriation de l’histoire de la Manson Family. Cependant, bien que son aura plane sans cesse au-dessus du ranch, Russell/Manson est à la périphérie du récit tandis que ses disciples en occupent le centre.

Là où le roman est particulièrement réussi, c’est dans son analyse des sentiments de ces filles que l’on ignore, que l’on n’entend pas et qui nourrissent peu à peu haine et frustration. Elle parle avec finesse de la complexité de leurs émotions, de leurs envies, de leurs rages, de leurs rêves et de leurs désappointements. Le désir d’Evie d’être reconnue, approuvée, aimée est d’une voracité incommensurable. Evie est paumée comme tant d’autres, et c’est cela qui fait d’elle et des autres filles des proies si faciles pour les manipulateurs comme Russell. En cela, The Girls est totalement un récit d’apprentissage, un récit sur l’adolescence qui sonne vrai et qui pourrait parfaitement se dérouler à notre époque.

Je suis en revanche plus mitigée envers le fait d’annoncer tout ce qui est à venir (même si cela m’a poussée à m’interroger sur la façon dont les choses allaient pouvoir évoluer jusqu’à cette funeste issue), mais cela ne gâche rien.

The Girls est, pour moi, un livre brillant dont je retiendrais l’écriture percutante et la profondeur psychologique de ces personnages féminins.

 

« J’aime imaginer que cela prît plus de temps que ça. Qu’il fallût me convaincre pendant des mois, me forcer la main lentement. Me courtiser avec prudence comme une amoureuse. Mais j’étais une cible enthousiaste, impatiente de m’offrir. »

« C’est seulement après le procès que certaines choses se précisèrent, cette nuit-là formait maintenant un arc familier. Tous les détails et les anomalies étaient rendus publics. Parfois, j’essaie de deviner quel rôle j’aurais pu jouer. Quelle responsabilité me reviendrait. Il est plus simple de penser que je n’aurais rien fait, peut-être les aurais-je arrêtés, ma présence étant l’ancre qui aurait maintenu Suzanne dans le monde des humains. C’était un souhait, la parabole convaincante. Mais il existait une autre possibilité lancinante, insistante et invisible. Le croque-mitaine sous le lit, le serpent au pied de l’escalier : peut-être que j’aurais fait quelque chose, moi aussi.

Peut-être que ça aurait été facile. »

The Girls, Emma Cline. Quai Voltaire, 2016 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch. 331 pages.

Lait de tigre, de Stefanie de Velasco (2015)

Lait de tigre (couverture)Univers de la banlieue, jeunesse désœuvrée, fond d’alcool, de prostitution et d’herbe… Rien pour me séduire à première vue. J’ai lu – et parfois apprécié – à une certaine époque de mon adolescence ces livres comme Moins que zéro de Bret Easton Ellis ou Bleu presque transparent de Ryû Murakami, mais à présent, ce n’est plus ce qui m’attire. Et c’est ce que l’on retrouve dans Lait de tigre. Car finalement, cette amitié détruite qu’on annonce dans le résumé apparaît comme un épisode mineur du roman, qu’on attend, qu’on anticipe, et qu’on ne trouve jamais, et c’est le quotidien de ces jeunes berlinois qui prime malgré le meurtre qui bouleverse le cours de leurs vacances.

Malgré tout, elle parvient à ajouter des contrastes qui rendent le roman plus intéressant. Les personnages sont suffisamment intelligents et attachants pour sortir du décor de banlieues sordides auquel on pourrait s’attendre. Jameelah et Nini semblent tellement innocentes qu’on ne peut les juger durement, même lorsque leurs actes sont à l’opposé des nôtres. La maturité dont ils peuvent faire preuve détache Lait de tigre d’un roman pour ado plus classique : cela est dû au fait qu’il s’agisse d’une jeunesse marquée par l’histoire. Qu’ils soient Serbes, Hongrois ou Irakiens, ils ont fui la guerre, ils ont connu des pertes. J’ai beaucoup aimé la description de ce mélange de culture, la fraternité de ses communautés qui peut flirter avec une violence, une haine qui a émigré avec eux.

De plus, j’ai été surprise par certains personnages pour qui j’ai fini par ressentir de la compassion alors qu’ils étaient à première vue très rebutants – comme Dragan qui m’a touchée par sa détresse à connaître le lieu de sépulture de Jasna – ou Jessi – qui se tourne naturellement vers sa sœur en cas de « problèmes ».

Finalement, dans une jungle urbaine crade et dure, Stefanie de Velasco place des personnages qui ont le courage et l’amitié bien accrochés dans leur cœur et qui ne se laissent pas tomber, qui s’entraident sans cesse. Nini et Jameelah font souvent preuve de bravoure (et pas seulement d’un courage de tête brûlée comme aller rouler sur l’autoroute en vélo) et de lucidité, notamment Jameelah par rapport à son statut d’immigrée.

Un roman intéressant pour sa description de la mixité dans cette banlieue et pour ses personnages bien dessinés, mais qui m’a quelque peu déçue par son intrigue.

« Noura dit toujours qu’il faut vivre de manière à ce que rétrospectivement notre vie ressemble à un poème. Elle n’a jamais dit que ce devait être un poème joyeux, juste un poème. »

Lait de tigre, Stefanie de Velasco. Belfond, 2015 (2013 pour l’édition originale). Traduit de l’allemand par Mathilde Sobottke. 320 pages.

Les mauvaises nouvelles, par Nicola Sirkis (1998)

Mauvaises nouvelles_1 éd.Alors que l’acte 2 du Black City Tour a démarré avant hier à Amnéville, voilà mon avis sur le seul livre écrit par Nicola Sirkis.

Comme beaucoup probablement, j’ai acheté ce livre à cause de l’auteur. Fan d’Indochine, je ne pouvais pas ne pas le lire (pas à sa sortie évidemment puisque j’avais alors cinq ans et que je ne connaissais pas le groupe, bref). Je ne sais pas à quoi je m’attendais, je ne sais plus si j’avais quelques appréhensions. Des chansons, des nouvelles, ce ne sont pas exactement la même chose. Comment allait-il s’en sortir ? Donc beaucoup de curiosité.

Verdict ? Je n’ai pas été déçue ! Mon admiration pour eux a-t-elle influée sur mon avis ? Je ne crois pas car je ne peux pas dire que j’ai été conquise par un autre livre (autre genre, je le reconnais) de Nicola Sirkis, à savoir Les petites notes du Meteor Tour.

La chambre 9, Justine (à l’heure dite), Viêt-nam Glam, Suicidal Tendencies, Le Train, Psychedelic Furs et Je n’embrasse pas comptent parmi mes favorites. On aborde les thèmes de l’adolescence, de la différence, du suicide, de la mort. L’écriture est assez simple et directe, on ne s’appesantit pas sur des détails superflus (en même temps, n’est-ce pas le propre de la nouvelle ?).

L’ambiance est parfois perverse, mais toujours touchante ou émouvante : je n’ai jamais eu l’impression de lire quelque chose de foncièrement glauque. C’est surtout le cas de La chambre 9 et de Justine. D’autres, par exemple China Daily, sont plus légère.

Mauvaises nouvelles

Viêt-nam Glam est assez choc et fonctionne bien. Le héros de Suicidal Tendencies m’a rappelé Holden Caulfield, le personnage principal de L’Attrape-cœurs de Salinger. Psychedelic Furs aborde le sujet de la différence d’une manière assez originale, j’aurais simplement aimé rester avec les protagonistes un peu plus longtemps. Quant à Peep Show, voilà une histoire un peu délirante ! En tout cas, à chaque fois, on nous fait entrer facilement dans l’histoire.

Ce recueil a permis à Nicola Sirkis d’approfondir certaines de ses chansons, comme Je n’embrasse pas, titre à la fois de la chanson et de la nouvelle, histoire un peu floue, un peu rêveuse, également un peu malsaine.

Malgré une écriture incisive, la poésie est toujours présente et on retrouve parfaitement la plume de l’auteur des albums d’Indochine.

A quand un prochain livre ?

Les mauvaises nouvelles, Nicola Sirkis. J’ai Lu, coll. Nouvelle génération, 2007 (1998 pour l’édition originale). 152 pages.

* * *

J’ai (enfin) lu Ravage de Barjavel et une scène m’a fait penser à L’ascenseur sans retour, une nouvelle où le personnage principal s’égare dans des sous-sols obscurs :

« Quelques hommes arrivèrent jusqu’en bas. Mais rien ne marquait le palier du rez-de-chaussée. Ils descendirent dix étages de sous-sols, se trouvèrent à bout de marches, se heurtèrent dans le noir à des machines silencieuses, encore tièdes, promenèrent leurs mains tremblantes sur les aciers immobiles, se perdirent dans les salles de cette usine démesurée, cherchèrent l’escalier pour remonter, ne le trouvèrent plus, tournèrent dans la nuit, appelèrent, n’éveillèrent que d’autres voix perdues et des échos lointains, marchèrent jusqu’à l’épuisement de leur espoir, s’écroulèrent dans quelques coins de ce labyrinthe de ténèbres, éperdus d’étonnement et d’horreur. Ils ne voulaient plus rien tenter, ils ne pouvaient plus. Ils attendaient la lumière ou la mort. »

Y a-t-il un rapport, je n’en sais absolument rien, mais ça a tout de suite fait tilt dans ma tête.

Le grand théâtre du genre : identités, sexualités et féminisme en Amérique, par Anne Emmanuelle Berger (2013)

Le grand théâtre du genre (couverture)Il va être difficile pour moi d’être dithyrambique sur cet ouvrage.

Le sujet m’intéresse énormément. Comme il a déjà été dit, tout le monde est concerné et on en parle de plus en plus. De plus, les étiquettes ou les « obligations » et les attentes que l’on impose à quelqu’un simplement en fonction de son sexe ont une légère tendance à m’exaspérer et je peux me lancer dans de vives discussions sur le sujet. Malgré cela, je n’avais jamais vraiment lu de livres dessus malgré mon envie de me pencher sur les travaux de Judith Butler. Ainsi, en voyant ce livre dans le cadre de l’une des opérations Masse Critique sur Babelio, j’ai sauté sur l’occasion et c’est avec plaisir que j’ai appris ma sélection pour le recevoir.

Après l’avoir « lu », qu’est-ce que je me dis ?… Judith Butler ne sera pas pour tout de suite. Je mets lu entre guillemets car je dois avouer qu’après m’être réellement accrochée, mon attention a faibli, j’ai alors seulement parcouru certains passages. La dernière partie intitulée « Le legs de Roxanne : féminisme et capitalisme en Occident » a à nouveau ranimé cet intérêt.

Attention, je ne dis pas que ce n’est pas intéressant. Comme je l’ai dit, deux parties ont accroché mon attention : la seconde « (D)Rôles de reines : le théâtre du genre en Amérique » notamment sur le transsexualisme et les drag queen ainsi que l’ultime partie qui traite des « travailleurs(ses) du sexe ». L’auteur traite d’un sujet d’actualité sans mettre de côté l’évolution des mœurs aujourd’hui. Elle se réfère de plus à un grand nombre d’auteurs, de penseurs, etc. qui s’ajoutent à tous ceux qui l’ont précédée dans ce domaine (Judith Butler, Esther Newton…) et qui enrichissent sa pensée.

Malgré cela, ce livre ne m’a paru accessible pour une néophyte telle que moi. Les termes souvent très compliqués couplés avec des anglicismes et les formulations parfois alambiquées sont de véritables tremplins pour mon cerveau qui s’envole vers d’autres sujets tandis que mes yeux continuent à parcourir la page jusqu’à ce que je me « réveille » et réalise que je ne sais plus ce que je lis. Le glossaire donné à la fin de la « parabase » n’apporte que de faibles lumières.

Je ne le conseille donc pas à des personnes qui, comme moi, souhaitent découvrir le sujet, mais à des lecteurs qui ont déjà de solides bases en la matière. En ce qui me concerne, je ne peux pas dire que la lecture a été un plaisir.

Le grand théâtre du genre : identités, sexualités et féminisme en Amérique, Anne Emmanuelle Berger. Belin, 2013. 296 pages.