Les Nuages de Magellan, d’Estelle Faye (2018)

Les nuages de Magellan (couverture)L’espace est contrôlé par les Compagnies qui restreignent sans cesse davantage la liberté des pilotes spatiaux. Quand la rébellion est matée dans le feu, Dan, serveuse et chanteuse, improvise une chanson d’hommage dans le bar où elle travaille. Ce qui aurait pu être un vague souvenir de soir de cuite devient une vidéo virale sur l’extranet, attirant l’attention des Compagnies. Dan est alors contrainte de fuir en compagnie de la mystérieuse Mary Reed, une habituée du bar qui semblait faire profil bas depuis des années.

Une histoire de pirates ! De pirates de l’espace certes, mais de pirates quand même. Donc je l’admets, j’étais bien emballée à l’idée de cette lecture. Et je n’ai pas été déçue : les légendes de la Grande Piraterie, les voyages interstellaires à bord de vaisseaux rafistolés, la quête d’une planète indépendante et cachée aux Compagnies… Je me suis sentie à l’aise dans les bottes de Dan à partager son émerveillement et son avidité vis-à-vis des histoires de pirates de Mary.

Les deux héroïnes, auxquelles Estelle Faye donne vie en peu de mots, sont chouettes à suivre. Leur duo fonctionne bien entre amitié et relation de mentor à élève et j’ai apprécié l’évolution de Dan. Malgré tout, je leur ai trouvé un manque de profondeur et d’émotions. En dépit de ce qu’elles traversent – en particulier Dan qui n’est pas franchement rompue aux aventures spatiales – j’ai l’impression qu’elles restent assez lisses, qu’elles sont très peu dans l’analyse, dans l’interrogation, dans le ressenti. Si je les ai aimées pendant ma lecture, je peux à présent – deux jours après l’avoir terminé – dire qu’elles ne me marqueront pas car elles donnent l’impression de passer d’une étape à l’autre sans en être réellement affectées. Je n’ai pas réussi à ressentir leur tristesse, leur colère ou leur peur…

Ainsi, au-delà de l’enthousiasme de l’univers, ce roman était un peu court pour moi, trop rapide. Les étapes se succèdent sans temps mort. D’une planète à une autre, d’une lutte à une autre, d’un piège à un autre. Si je reconnais que c’était très efficace, j’avoue avoir une préférence pour les romans qui prennent davantage leur temps, qui creusent un peu plus leur univers. Par exemple, ici, les Compagnies sont réduites au rôle de méchantes floues sans que l’on ait une chance d’en savoir plus – ou de rencontrer un individu particulier, même en bas de l’échelle hiérarchique. C’est assez pour créer une dynamique – on sait qu’elles ne doivent pas tomber entre leurs mains – mais ça reste superficiel.

Je me rends compte en écrivant ma chronique que tout ça n’est pas très positif. Pourtant, j’insiste sur le fait que je ne me suis pas ennuyée. Au contraire, j’ai apprécié cette lecture pour  son univers séduisant, son histoire rondement menée et ses personnages sympathiques. Seulement, je regrette que le tout – contexte, péripéties et personnages – ne soit pas davantage étoffé, mais c’est aussi dû au fait que j’ai une préférence pour les romans plus approfondis et les interactions entre personnages plus creusées.

« Il faudra se battre, personne n’a dit que ce serait facile, ni que nous verrons la victoire de notre vivant… Mais si nous ne pouvons pas être le remède, alors nous serons la fièvre, et nous brûlerons si fort que la galaxie ne pourra plus nous ignorer. »

Les Nuages de Magellan, Estelle Faye. ScriNeo, 2018. 273 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Peter le Noir :
lire un livre avec de la piraterie

Une critique (L’île au manoir) et un tag : un article n’importe nawak

L’île au manoir, d’Estelle Faye (2018)

L'île au manoir (couverture)

Si la couverture vous rappelle quelque chose, c’est peut-être le coup de crayon de Xavier Collette dont j’ai parlé la semaine dernière !

(Cette chronique traîne depuis des mois – je l’ai lu en mai – et j’attendais de pouvoir la coupler avec une autre du fait de sa petite taille. Aucune petite critique ne se décide à montrer le bout de son nez, donc je m’en débarrasse allègrement ici avec un petit tag !)

Lorsqu’il aperçoit une fille seule sur la plage et cherche à l’aider, Adam ne se doute pas qu’il va être entraîné, et ses amis Adélis et Gaël avec lui, dans une aventure entre passé et présent, entre rêve et réalité.

En explorant un peu le contenu des rayons jeunesse de la bibliothèque, je suis tombée sur ce titre d’Estelle Faye. Certes, ce n’était pas avec celui-là que je pensais découvrir cette autrice dont les romans me font de l’œil depuis quelques mois, mais pourquoi se priver quand le hasard vous tend les bras ?

L’île au manoir est donc un roman destiné à la jeunesse : sans surprise, il se lit donc très vite. Si, de mon point de vue de grande personne (la blague !), je suis restée un peu sur ma faim (c’est trop rapide, trop facile !), je ne peux pas nier que l’intrigue doit être très prenante pour les plus jeunes.

Personnellement, l’écriture d’Estelle Faye m’a beaucoup plu, elle a une plume très visuelle et des images s’invitent si spontanément et si précisément au fil de la lecture que j’aurais pu avoir l’impression d’être devant un film. Certains passages m’ont aussi remis en mémoire le troisième tome de Ninn, les deux histoires présentant quelques similitudes.
Sans abuser des descriptions qui pourraient rebuter de jeunes lecteurs et lectrices, Estelle Faye nous emmène en un clin d’œil sur cette île menacée par l’océan et pose en quelques mots une ambiance entre fascination pour l’élément liquide, beauté sauvage et dangerosité de la nature.

Ensuite, le reste de l’histoire est un classique mais efficace mélange de surnaturel, d’action et d’amitié. Une île que nos jeunes héros sont les seuls à pouvoir sauver, une fille d’un autre temps à délivrer, un mystère à éclaircir, une petite enquête à mener, des adultes qui ne servent à rien : la recette est connue, mais le résultat n’en reste pas moins une lecture agréable et dynamique qui pourra enchanter son jeune public.

Un sympathique roman d’aventure porté par une plume énergique.

«  – Une dernière question, dit-il très vite. Pourquoi m’as-tu choisi, moi, pour t’aider ? Je veux dire, je ne suis pas très efficace, avec…
D’un geste, il désigna sa béquille. Les yeux de Sélène brillèrent dans son visage à peine visible.
– Je t’ai choisi parce que tu n’as pas peur des tempêtes. Je t’observais depuis le monde des rêves, et j’espérais que nous pourrions devenir amis. »

L’île au manoir, Estelle Faye. ScriNéo, coll. Les coups de cœur de Cassandra O’Donnell, 2018. 126 pages.

Challenge Voix d’autrice : une autrice francophone

Challenge de l’imaginaire
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Liebster Award de Kin et Kara du drôlissime blog Plumes de Lune !

A l’instar de moult blogueuses, j’ai été taguée par Kin et Kara pour répondre à quelques questions. Étonnement, j’ai mis moins d’un mois pour y répondre, ce qui doit constituer un record personnel.

  1. Quel est ton pirate préféré ?

Pas facile, cette question ! J’adore les histoires de pirates, c’est un univers qui d’emblée me fascine (sans doute parce que je l’idéalise aussi un peu), mais finalement, je ne le croise pas si souvent que ça. Du coup… relativement récemment, j’ai eu un gros coup de cœur pour Bengale dans Mers mortes d’Aurélie Wellenstein (et pour le bouquin aussi d’ailleurs).Mers mortes (couverture)Si je devais remonter à dix-quinze ans en arrière, il me serait impossible de ne pas citer Jack Sparrow, mais j’ai tellement vu et revu les films à cette époque (les premiers en tout cas, j’ai décroché au bout d’un moment et je n’ai jamais vu le quatrième et les autres si suite il y a eu) que j’en ai fait une sorte d’overdose et que je ne pourrais plus le citer maintenant comme étant mon préféré (du coup, j’ai un genre de sentiment bizarre en gros « je t’aime beaucoup beaucoup, mais je ne peux plus te voir »).jack sparrowSinon, j’ai toujours été fascinée par Mary Read et Anne Bonny (même si je n’ai jamais vraiment rien lu sur elles).Mary Read et Anne Bonny(Voilà, débrouillez-vous avec ça.)

  1. As-tu d’autres activités / passions que celle de ton blog ?

Je dois avouer que la lecture est clairement mon activité principale bien que « promener la chienne » soit une sérieuse concurrente. Sinon, j’aime beaucoup manger (et faire à manger moi-même, bien que ce soit plus périodique comme passion), marcher (même si ça devient rare vu que ma chienne – toujours elle – n’est vraiment pas facile en balade, ce qui fait qu’une promenade de deux heures avec elle équivaut à une rando de quatre heures sans elle), regarder des films (anciennement aller des sous quand ça ne me coûtait pas un bras à chaque fois et que j’avais un choix quasi illimité), dessiner et peindre à l’aquarelle (même si je suis nulle et que je n’ai plus de papier approprié, ce qui a stoppé  mes velléités artistiques jusqu’à ce que j’ai l’idée ET le courage – en même temps –d’aller en racheter), jouer à des jeux de société, me promener en forêt (ou dans n’importe quel endroit doté d’un beau paysage et dépourvu d’êtres humains)…

  1. T’as fait quoi de beau cet été ?

Si je vous renvoie à mon « C’est le 1er, je balance tout » de juillet-août, ça fait trop flemmard ?
Bon, je n’ai rien fait d’extraordinaire en réalité. J’ai passé du temps chez mes parents dans le Jura et c’était vraiment trop chouette d’aller se baigner dans les lacs (mais chut, faut pas le dire, il y a déjà suffisamment de monde comme ça !). Je me suis aussi baignée dans la Manche pour la première fois et je regrette de ne pas y être allée plus tôt tellement c’était génial (sauf que je suis du genre à boire souvent la tasse et c’est quand même drôlement salé !). Et puis, j’ai fait des heures supplémentaires, histoire de pouvoir profiter de mes vraies vacances… en octobre.

  1. Quelle est ta chanson préférée du moment ?

Ah, je ne vais pas pouvoir répondre à cette question parce que, contrairement au reste du monde semble-t-il, je n’écoute presque jamais de musique ! Ça arrive, mais c’est de moins en moins fréquent et ça doit faire plusieurs semaines que je n’ai pas mis une chanson de mon plein gré…
Les dernières chansons écoutées devaient être celle de l’album Cure d’Eddy de Pretto, mais je ne peux pas qualifier ça de « chanson du moment » vu que je ne me rappelle même plus quand c’était.

  1. C’est quoi tes prochaines vacances ?

Vu qu’un déménagement se profile peut-être à l’horizon, mes prochaines vacances consisteront à visiter la Bretagne tant que j’y suis. Pas de voyages à l’étranger cette année, je me contenterai d’une semaine dans le Finistère en octobre (et de petites excursions à droite à gauche) !
Après, si on devait parler de mes vacances idéales – comprenez « si j’avais les sous pour » – ce serait l’Ecosse, ou Londres, ou un truc en Grande-Bretagne (ou l’Irlande). Bref, par là-bas quoi.

  1. Est-ce-que t’as le mal de mer ? (c’est le moment de nous raconter une anecdote marrante)

Non. Enfin, quand j’étais petite, une traversée pour aller en Corse s’est apparemment déroulée dans des conditions apocalyptiques pour mes parents (car ma sœur aussi était malade), mais depuis, je n’ai jamais eu de problèmes sur un bateau, les rares fois où je suis montée à bord. Je confesse cependant n’avoir jamais eu l’occasion de naviguer sur une mer démontée, ça changerait peut-être la donne…

 Voilà, c’est fini ! (Qui a dit « ouf ! » ?) J’ai d’autres tags en réserve, mais je ne peux pas dire quand ils sortiront (ni quand je les écrirai d’ailleurs…).
A bientôt !

Mers mortes, d’Aurélie Wellenstein (2019)

Mers mortes (couverture)La Terre est asséchée. Adieu mers et océans foisonnants de vie. Seuls rappels de ce passé évaporé : de terribles marées fantômes qui déferlent charriant des millions de spectres décidés à se venger des humains qui les ont assassinés. Oural est l’un des rares boucliers contre ces déferlantes de haine : il est exorciste et adulé par celles et ceux qui l’entourent. Jusqu’à ce qu’il soit kidnappé par le capitaine Bengale et son équipage de pirates. Un long voyage les attend dans une tentative désespérée de corriger les choses.

Découvert grâce à Babelio (que je remercie ainsi que les éditions ScriNéo), Mers mortes est une lecture qui refuse de sortir de ma tête. Des extraits tournent en boucle sous mon crâne, des images, des conversations, un personnage. Il faut croire qu’il était en parfaite harmonie avec mes désirs livresques du moment car je ne parviens pas à m’en détacher.
Il faut dire que ce roman cumulait beaucoup d’éléments pour me plaire – SF post-apocalyptique, une touche de surnaturel, un message écologique, des pirates, une nouvelle autrice à découvrir –, c’était presque trop beau pour être vrai. Pour être bon. Et pourtant, ce le fut !

 L’univers est captivant pour qui est friand d’histoires de survie dans une Terre dévastée par les humains – de la SF qui se rapproche à grand pas – avec cette planète désertique, asséchée, hantée par ceux qui ont été massacrés. C’est un univers clairement pas très joyeux, où la mort est omniprésente, avec des personnages parfois sans pitié. Je ne vais pas vous mentir : j’aime beaucoup ça.

Il n’est pas évident de vous en parler sans spoiler (juste : lisez-le !), mais je dirai simplement que certains passages sont vraiment durs et marquants. Ce n’est plus de la SF, mais la réalité. Des actes cruels qui se produisent actuellement, dans notre monde. Ce n’est décidément pas un livre qui a fait remonter l’espèce humaine dans mon estime. Oural, Bengale, les spectres, tous nous placent face à nos responsabilités, pointent du doigt nos défaillances, notre égoïsme, notre avidité. Difficile de rester à distance d’une histoire qui fait autant écho à notre société. Difficile de ne pas être révoltée face à une telle barbarie. Difficile de consommer encore du poisson après une telle lecture.

Mais surtout, il y a Bengale. Nous le découvrons à travers les yeux d’Oural et, comme le jeune exorciste, il est impossible de rester de marbre face à ce prédateur cynique et séducteur, aussi charmeur que dangereux. Je ne veux pas trop en dire tant c’est un régal que de le rencontrer et d’apprendre à le connaître. Les secrets qu’il cache à son équipage, sa relation avec Oural qui évolue si lentement, si justement… cette dernière est juste fantastique !
Mon enthousiasme pour Bengale (et pour le tamdem Bengale-Oural) est immense, mais, même si je ne voudrais pas que ces deux-là soient moins présents (on a déjà assez de mal à les quitter comme ça !), j’avoue qu’ils cannibalisent toute l’attention au détriment du reste de l’équipage qui manque parfois de consistance (alors que tous ces membres sont très intéressants !).

La fin est une véritable frustration. Non pas qu’elle soit mauvaise, elle est au contraire excellente, avec ce qu’il faut de noirceur pour conclure ce récit plutôt sombre. Mais quitter ces personnages, laisser leur histoire à ce stade, voilà ce qui est frustrant. Mais c’est aussi beau, et sensible. Bref, un véritable concentré d’émotions !

Aurélie Wellenstein a réussi sa potion et propose ici un récit original, un monde âpre, une magie percutante et des personnages marquants. Mers mortes est arrivé comme une gigantesque vague qui m’a emportée et m’a envoyée bouler jusque dans les abysses. En apnée tout du long de ma courte mais intense lecture, j’ai encore du mal à retrouver mon souffle. Éprouvant.

« Oural était si proche qu’il voyait la splendeur de la mer et ses millions d’âmes qui flottaient dans la luminescence bleutée. Même dépourvue de voix, il percevait très bien sa fureur, sa douleur, sa haine et sa démence. Sauvagement assassinés, les mers et les océans charriaient au creux de leurs vagues monstrueuses le souvenir de leur supplice, et à chaque fracas, chaque dégorgement d’écume dans le monde des humains, ils paraissaient hurler « vengeance ! ». »

« – On aurait pu sauver le monde, reprit-il d’une voix mauvaise. Mais non. On était trop paresseux, trop égoïstes. Dix milliards d’êtres humains qui dévorent les océans. Aucune limite à la croissance, l’humanité qui dépouille des millions d’espèces dans une expansion surréaliste. Et ne va pas croire qu’on ne savait pas ce qu’on faisait ! Il y a quarante ans déjà, les projections annonçaient l’effondrement des pêcheries en 2048. Crois-tu que ça les ait arrêtés ? »

« Ce qu’il avait vécu, via sa brève incarnation en requin, n’était pas qu’une construction fantasmagorique de son esprit. C’était la réalité, un souvenir colporté à travers le temps, le traumatisme d’une mer à bout de forces et dont le désespoir continuait de résonner à la surface du monde, même après toutes ces années… »

Mers mortes, Aurélie Wellenstein. ScriNeo, 2019. 363 pages.

Jackpot pour les challenges !

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Gloria Scott :
lire un livre se déroulant en partie sur un bateau

Challenge Les 4 éléments – L’eau :
un être aquatique, réel ou imaginaire

Challenge Voix d’autrices : un roman de science-fiction

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