Le Siècle, tome 3 – Aux portes de l’éternité, de Ken Follett (2014)

Aux portes de l'éternité (couverture)Après La chute des géants  et L’hiver du monde, Aux portes de l’éternité vient clôturer la trilogie de Ken Follett intitulée Le Siècle. Ce troisième tome commence en 1961 et couvre la fin du XXe siècle jusqu’en 1989, dates de la construction et de la démolition du mur de Berlin. Ken Follett confirme ici sa dextérité en emmêler la réalité et la fiction.

Comme dans les deux premiers livres, on se replonge dans l’Histoire avec plaisir. On assiste à la construction du mur de Berlin, à l’armement de Cuba avec des missiles soviétiques, au blocus américain, à la lutte de Martin Luther King pour les droits civiques, à la mort de JFK, etc.
On sent que la documentation a dû être gigantesque et qu’il y a eu un gros travail pour retransmettre autant d’informations dans un récit aussi agréable à lire. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup appris sur des épisodes historiques dont j’avais connaissance superficiellement.
En revanche, j’ai eu l’impression que les dernières années étaient un peu bâclées. Les présidents Carter, Reagan ou encore Bush père se succèdent sans que nous ne les voyions arriver ou repartir. J’ai eu l’impression que Ken Follett soit ne s’avait pas trop quoi dire sur la fin des années 1980 (à part la démolition du « mur de la honte »), soit qu’il avait hâte de finir son livre. Une fin un peu moins rapide aurait été appréciable.

Toutefois, si l’Histoire est passionnante, on s’intéresse également aux histoires des familles qui nous font revivre cette période. Et c’est bien là le charme de cette saga, de la plume de Ken Follett. Que ce soit les Dewar ou les Pechkov-Jakes aux Etats-Unis, les Franck en Allemagne, les Dvorkine-Pechkov en URSS, on accroche à leurs péripéties personnelles. On se prend d’affection pour tous ces personnages dont on a aimé les parents et les grands-parents dans les deux volumes précédents (et on a parfois la tristesse d’en voir disparaitre certain-es).
Au début, la Guerre Froide est véritablement au cœur du roman et nous suivons donc principalement George et Dimka (le premier aux Etats-Unis, le second en URSS), deux personnages très intéressants du fait de leur antagonisme. Toutefois, Walli, Dave ou encore Jasper prennent peu à peu de l’importance en grandissant et permettent d’aborder des sujets autres que celui de la politique comme la musique, l’amour libre, la drogue…
La multitude de personnages permet à l’auteur d’offrir tout un panel d’opinions sur un même sujet. Par exemple, Dimka et Tania, frère et sœur, ont des points de vue très différents sur le soviétisme. Ou bien Cameron Dewar ne partage absolument pas les positions politiques de sa famille.

On peut seulement reprocher à Ken Follett la facilité d’offrir à tous ses protégés des carrières exceptionnelles, du talent (dans le domaine artistique, journalistique, politique…) et des physiques à couper le souffle.

A la fois trilogie historique et saga familiale, Le Siècle offre une plongée vivante et passionnante dans l’Histoire du XXe siècle. L’histoire avance avec fluidité, partagée entre des descriptions jamais pesantes et des dialogues intelligents.

« – Tu es une parasite sociale.
– Tu m’empêches de trouver du travail, puis tu me menaces de la prison parce que je n’ai pas de travail. Tu vas finir par le faire envoyer dans un camp, oui ? Comme ça, j’aurai un emploi, à cette différence près que je ne serai pas payée. J’adore le communisme, il est d’une logique imparable ! Pourquoi les gens cherchent-ils à tout prix à lui échapper, franchement, je me le demande. »

« Le régime est-allemand avait fait ce que tout le monde avait cru impossible : il avait construit un mur en plein cœur de Berlin.
Et Rebecca se trouvait du mauvais côté. »

« – Malgré les difficultés que nous devons affronter aujourd’hui et que nous affronterons demain, je fais un rêve.
Jasper sentit que King avait abandonné son texte préparé, car il ne cherchait plus à manipuler les émotions du public. Il semblait au contraire chercher ses mots au fond d’un puits profond et glacial de douleur et de chagrin, un puits creusé par des siècles de cruauté. »

« La population n’avait presque aucun moyen d’accéder à la vérité dans une société fermée. Les Russes mentaient à tout-va. La quasi-totalité des documents produits en Union soviétique était fallacieuse : les chiffres de production, les analyses de politique étrangère, les comptes rendus d’interrogatoires de suspects, les prévisions économiques. Les gens murmuraient entre eux que la seule page du journal qui disait la vérité était celle des programmes de radio et de télévision. »

Le Siècle, tome 3 : Aux portes de l’éternité, Ken Follett. Le Livre de Poche, 2016 (2014 pour l’édition originale. Editions Robert Laffont, 2014, pour l’édition française en grand format). Traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert et Dominique Haas. 1277 pages.

La Légende des Hautes Terres, par Mireille Calmel (2008-2010)

Légende des Hautes Terres - Chant des Sorcières 2
La Légende des Hautes Terres
est composée de deux cycles : Le chant des sorcières (3 tomes) et La reine de lumière (2 tomes, Elora et Terra Incognita). Je me contenterai d’une seule critique pour les cinq volumes.

Légende des Hautes Terres - Chant des Sorcières 1

Je ne peux pas refuser à Mireille Calmel le talent d’entraîner son lecteur, ni celui de maîtriser l’art du suspense en fin de chapitre pour susciter la curiosité, l’avidité d’en savoir davantage. Ces livres ne marqueront pas le XIXe siècle, mais ils ont un côté légèrement addictif, et après tout, un peu de légèreté ne fait pas de mal de temps à autre. De plus, étant en train de préparer mon mémoire de stage, je n’avais pas vraiment le temps de m’impliquer dans des romans plus longs, plus intellectuels – disons que je savais que si j’avais commencé un tel ouvrage, j’aurais totalement abandonné mon travail quitte à m’en mordre les doigts plus tard. Par conséquent, des livres lus en 3h30 me convenaient parfaitement.

Légende des Hautes Terres - Chant des Sorcières 3

Comme je le disais, nous sommes entraînés dans les aventures d’Algonde – dont j’ai regretté la perte d’importance dans le second cycle –, d’Hélène, de Constantin, de Mounia, de Mathieu, de Khalil et de tous les autres dans une seule hâte : celle de savoir la fin. Les changements de personnages et de points de vue donnent un sentiment de supériorité au lecteur qui en sait davantage et peut faire des regroupements en fonction de ce que savent les différents protagonistes.

Légende des Hautes Terres - Reine de Lumière - 1, EloraA propos de ces personnages, je n’ai qu’un seul regret, c’est celui qu’ils sont un peu trop beaux, trop bons. En y réfléchissant, il est vrai que chacun commet des actes peu recommandables, mais il en ressort quand même cette impression de bonté recouverte d’une bonne couche d’amour ; quoi qu’ils fassent, c’était pour la bonne cause, ce n’était pas de leur faute, c’était leur destin, ce qui fut ne peut être défait, etc. Et ont-ils vraiment un caractère différent les uns des autres ? Ne sont-ils pas tous fiers, courageux, prêts à tout pour les leurs, etc. ? Je leur trouve une certaine unité, uniformité. Même amour pour leurs enfants et leur compagnon (leur seul et vrai amour), mêmes séparations, mêmes souffrances, mêmes sacrifices, même bonheur à la fin. Finalement, la seule qui m’a vraiment semblé différente, c’est Fanette car on la déteste parfois et on la comprend à d’autres moments. Autre reproche : la fin est beaucoup trop « happy ending ». Je ne dis pas qu’il faut que tout le monde meurt à la fin, mais là… C’est trop. Trop de bonheur, trop de guérisons, trop d’amour, trop dégoulinant. Trop.

Légende des Hautes Terres - Reine de Lumière - 2, Terra IncognitaJ’ai l’impression que Mireille Calmel s’est faite plaisir dans ces romans en mêlant à l’Histoire toutes les légendes possibles de tous les pays et toutes les époques : le prince Djem, Mélusine, les dieux d’Egypte, Merlin, les nuraghes de la Sardaigne, la découverte de l’Amérique, les Harpies, les Borgia, et même tout un bestiaire (vouivre, dragon et même licorne !). Le mélange de toutes ces histoires entrecoupées des prémonitions, des révélations des uns et des autres produit un joyeux « melting pot » qui a satisfait mon goût pour les histoires et les légendes.

Ainsi, malgré des personnages un peu trop bons, l’enchaînement rapide des événements, les légendes et l’écriture agréable participent à faire de ces romans (était-ce nécessaire d’en écrire cinq ?) un bon divertissement, qui sera vite oublié.

En plus, j’ignorais totalement qu’un Borgia avait été pape et que le prince Djem avait réellement existé.

« Ils s’étaient séparés comme ils s’étaient aimés.
Brusquement.
Avec cette violence propre aux instants précieux parce qu’interdits.
Sans un seul mot échangé.
 »

« Le bonheur, c’était de retenir entre ses doigts un moment parfait. »

Le chant des sorcières, tome 1, Mireille Calmel. XO éditions, 2008. 384 pages.

Le chant des sorcières, tome 2, Mireille Calmel. XO éditions, 2008. 368 pages.

Le chant des sorcières, tome 3, Mireille Calmel. XO éditions, 2008. 448 pages.

La reine de lumière, tome 1 : Elora, Mireille Calmel. XO éditions, 2009. 368 pages.

La reine de lumière, tome 2 : Terra Incognita, Mireille Calmel. XO éditions, 2010. 448 pages.