Génération K, tome 3, de Marine Carteron (2017)

Génération K, T3 (couverture)Kassandre, Georges et Enki sont fatigués de courir, mais leurs ennemis sont de plus en plus proches et de plus en plus forts. Difficile d’accorder sa confiance. De Lyon à Naples, c’est encore une course poursuite pour leur survie et celle de l’humanité qui s’engage.

> Ma critique de Génération K, tomes 1 et 2

Voilà une critique vraiment à chaud ! J’ai terminé le roman à onze heures hier soir après avoir passé une bonne partie de la journée dessus et je ne résiste pas à l’envie de partager tout de suite mes impressions avec vous.

On retrouve pour la dernière fois Kassandre et ses acolytes dans un troisième tome au rythme aussi effréné que dans les deux premiers. Courses poursuites, actions, affrontements aussi bien physiques (contre les hommes) que psychologiques (contre le Maître), ce final est aussi diablement sanglant !

Une nouvelle fois, j’ai été complètement fascinée par les entités millénaires créées par Marine Carteron. Je trouve que cela apporte beaucoup de poésie dans un roman autrement surtout centré sur l’action.
On se rend compte à quel point les quatre Génophores sont complémentaires, chacun représentant l’un des quatre éléments. La connexion qui lie Enki à la Nature permet à l’autrice de faire passer un message alarmant sur l’écologie tandis que Kassandre nous incite à avoir confiance en l’humain.
Après le taureau blanc de Kassandre et le noir dragon de Georges, on découvre les bêtes qui abritent les pouvoirs d’Enki et de Mina. Cette matérialisation donne lieu à des scènes très visuelles lorsque leurs pouvoirs, bien plus puissants que dans le premier opus, se réveillent.

Mais surtout… il y a cette révélation finale ! Ah, mes aïeux ! Des indices n’ont cessé de me titiller tout le long de ma lecture, mais ce n’est qu’à la page 354 que ça a enfin fait « tilt » (enfin, plutôt « Mais putain, évidemment ! »). La réponse à l’interrogation qui parcourt tout le roman était tellement évidente, écrite même, et j’ai bien eu l’impression d’avoir été menée en bateau avec maestria. Chapeau à Marine Carteron, voilà un moment qu’une fin ne m’avait pas enthousiasmée et amusée comme ça.
D’ailleurs, petit conseil à celles et ceux qui aiment fouiller les pages avant et après le roman, lire les remerciements, tout ça : je vous déconseille de lire la partie intitulée « Mais où trouvez-vous vos idées ? » au risque de complètement vous spoiler la fin ! Vous êtes prévenus !
Bon, ce n’est pas facile de vous faire passer mon enthousiasme et mon admiration sans spoiler, sans indice même, mais je serais ravie d’en parler avec vous dans les commentaires !

Des morts, du sang, un virus qui se propage de plus en plus, un antidote qui se fait attendre, des tensions exacerbées, un Maître très en colère… Tous les ingrédients nécessaires à un final sombre, pimenté par une révélation qui m’a tout simplement ravie. Ce troisième tome conclut en beauté (une beauté un peu morbide, certes) cette trilogie totalement addictive ! 

« Moi qui n’ai jamais douté, je m’interroge.
L’homme de ce siècle a tant appris que je n’arrive pas à comprendre comment il en est arrivé à ce point de non-retour. L’homme a oublié qu’il n’avait qu’une seule maison et danse, insouciant, entre ses murs prêts à s’effondrer.
Si par le passé je n’ai jamais hésité à punir les hommes ou à les combler, cette fois-ci, je ne sais pas quoi faire. »

Génération K, tome 3, Marine Carteron. Rouergue, coll. Epik, 2017. 364 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Soldat Blanchi : 
lire un livre dont la couverture est à dominante blanche

Génération K, tomes 1 et 2, de Marine Carteron (2016-2017)

  • Tome 1

Génération K, tome 1 (couverture)Kassandre, Mina, Georges. Une fille d’aristocrates, une fille de domestique et un fils d’on-ne-sait-trop-qui. Apparemment, ils n’ont pas grand-chose en commun, pourtant leur sang est unique. Tout comme leurs pouvoirs qui attisent bien des convoitises.

En commençant ma lecture, j’ai eu la surprise de découvrir que Marine Carteron allait apparemment revisiter un mythe bien connu. En effet, la Roumanie, le retour d’un Maître vieux de plusieurs millénaires, le nom de famille de Kassandre (Elisabeth Báthory, accusée d’avoir assassinée plusieurs jeunes femmes, était surnommée la « comtesse Dracula »), tout cela s’est rapidement assemblé pour faire clignoter le mot « VAMPIRE » sous mon crâne. N’ayant rien lu sur la trilogie et bien que je me sois posée la question en découvrant la couverture du volume 2, j’ai été surprise mais curieuse de découvrir la suite.

Ce premier tome, qui assure la mise en place de l’histoire, est riche en découvertes et en révélations pour ces trois héros. Leur vie est bouleversée, mais ce ne sera que dans le second tome que l’on découvrira à quel point. Entre manipulations génétiques, course poursuite entre la Suisse et l’Italie (on fait aussi un tour dans le Jura, vers chez moi !) et pouvoirs mortels, cette nouvelle trilogie s’annonce bien plus sombre que la précédente. L’écriture de Marine Carteron est en rouge et noir. On ressent une pulsation, une musique de vie et, en même temps, une noirceur hypnotisante. La vie, la mort, le sang, tout se mêle.

Trois personnages, trois voix, trois points de vue sur les événements. Le fait de passer d’un personnage à l’autre ne fait qu’amplifier le côté page-turner du roman. On veut sans cesse avoir la suite de ses aventures, de ses découvertes, de ses réflexions. Aux pensées de Ka et Georges et au cahier de Mina s’ajoute une quatrième voix. Celle d’un cauchemar qui n’en est peut-être pas vraiment un…
Si je n’ai pas encore eu de coup de cœur pour l’un des personnages (comme j’ai pu en ressentir un à l’égard de Césarine dans Les Autodafeurs), j’apprécie énormément leur côté anti-héros. Ka a un caractère rock’n’roll qui envoie du lourd (surtout au milieu de sa famille d’aristo), mais elle est aussi exaspérante parfois avec ses caprices, Mina semble toute douce et toute fragile, mais je ne doute pas qu’elle cache bien son jeu, et la puissance rassurante de Georges est contrebalancée par son inquiétant pouvoir.
D’ailleurs, ces pouvoirs… Dangereux, mais tellement fascinants. S’agit-il un don ou une malédiction ? Ce dragon que Georges appelle « ma bête noire » ou « ma sombre amie », est-il un ami ou un ennemi ? Leurs pouvoirs grandissent rapidement, mais je pressens qu’ils n’en sont qu’à leurs balbutiements et j’ai hâte de découvrir leurs véritables capacités.

Humanité menacée, manipulations génétiques illégales, réveil d’un Maître en colère… Sans aucun doute, la trilogie Génération K s’annonce très différente de celle des Autodafeurs, mais tout aussi haletante et addictive.

 « La terre souffre, elle hurle sa douleur, sa rage et son malheur.
La terre se meurt, la terre étouffe et sa rage nourrit ma colère.
Hommes impudents, larves immondes, qu’avez-vous fait ?
Cette planète que vous deviez fouler avec respect, caresser avec douceur, aimer comme une mère nourricière, que lui faites-vous subir ?
Hommes, enfants stupides, que faites-vous ?
Vous étiez là pour glorifier la vie et vous ne faites que la détruire.
Immonde humanité, capricieuse, avide, égoïste.
Qu’ai-je fait en vous donnant la vie ? » 

  • Tome 2 (attention, risque de SPOILERS si vous n’avez pas lu le premier tome !)

Génération K, tome 2 (couverture)Kassandre, Mina et Georges sont enfin réunis… sur les flancs d’un Vésuve apparemment en colère. Ils savent à présent qu’ils doivent rejoindre le quatrième Génophore, porteur comme eux de six chromosomes K, mais leurs ennemis ne sont pas loin. Et quelle est cette voix qui leur parle et les appelle dès qu’ils ferment les yeux ? Quelles sont ces étranges visions vieilles de plusieurs milliers d’années qui remontent à la surface ?

Ça y est, le Maître est prêt à revenir, mais sa colère est immense. Marine Carteron revisite le mythe du vampire en le dépoussiérant un peu. Nous ne sommes pas dans un roman gothique et l’autrice se paie même le luxe d’ironiser sur l’œuvre de Bram Stocker :
« Au fil des siècles, nombreuses furent les légendes tissées autour de l’existence du Maître, mais aucune n’est aussi ridicule que celle écrite par Bram Stocker.
Le soi-disant roi des vampires… Si les amateurs de Dracula pouvaient voir la couverture made in China qui le recouvre et les petits rideaux en mauvaise dentelle accrochés au hublot de la cabine dans laquelle il est allongé, je pense que ça les décevrait beaucoup… certainement autant que son aspect qui est encore celui d’un vieillard repoussant. »

Elle nous ramène également aux origines de l’humanité et nous fait voyager à travers l’Histoire. J’ai été captivée par les quatre Génophores. On découvre peu à peu leur passé, leur rencontre avec le Maître. Cette idée de réincarnation et de mémoires millénaires m’a fascinée (alors qu’autrement, je n’y crois pas du tout). Les noms donnés aux différents personnages nous ramène à leur passé primitif avec poésie : le Chasseur de dragons et la Danseuse de taureaux, Celle qui écoute et Celui devant lequel tous se courbent… Comme dans Les Autodafeurs, Marine Carteron crée sa propre mythologie et réécrit l’Histoire sous un angle nouveau.
Alors que leurs vies passées se réveillent en même temps que le Maître, les quatre Génophores grandissent, mûrissent et s’acceptent (je ne dirai pas de quelle façon pour ne spoiler personne). Confrontés à des dangers toujours plus grands, ils deviennent de plus en plus intéressants en tentant de s’opposer à une destinée qui semble écrite par avance

La plume de Marine Carteron est toujours aussi diaboliquement efficace et nous plonge dans un thriller fantastique qui confronte science et croyance sur fond de pandémie et d’eugénisme. Ce second tome est encore plus prenant que le premier, alors la suite, vite !

> Ma critique de Génération K, tome 3

« Peu importe, de même que mon pouvoir a augmenté au point de me permettre d’influer sur les rythmes cardiaques, et de lire les émotions des personnes qui m’entourent, je suis certaine d’être capable de recréer à loisir ma musique intérieure. C’est assez logique : après tout, quelle différence y a-t-il entre la vie et la musique ?
Aucune.
Nous ne sommes que pulsations, battements de cœur, pouls, respirations, modulations, souffles et influx électriques.
Notre corps est un instrument, son fonctionnement une harmonie et moi j’en suis le chef d’orchestre. »

Génération K, tome 1, Marine Carteron. Rouergue, coll. Epik, 2016. 302 pages.
Génération K, tome 2, Marine Carteron. Rouergue, coll. Epik, 2017. 377 pages.

Tome 1
Challenge Les Irréguliers de Baker Street – 
Une Etude en Rouge 

lire un livre dont la couverture est à dominante rouge

Billie H., de Louis Atangana (2014)

Billie H. (couverture)Années 1920, Baltimore. Avant Billie Holiday, il y a eu Eleanora. Une jolie gamine un peu bagarreuse et rebelle qui refusait que son seul destin soit de servir les Blancs. Qui avait des rêves plein la tête : retrouver son père, un musicien sillonnant les routes américaines depuis son retour de la guerre, et chanter ! Mais la vie n’est pas facile pour une jeune Noire sans argent et Eleanora devra affronter de nombreuses épreuves et désillusions avant de réaliser son rêve.

Un tout petit roman, mais quelle énergie ! Ce court récit extrêmement vivant nous emporte dans la vie à mille à l’heure de la future Billie Holiday. Ce roman est comme une musique au rythme et au ton particulièrement entraînants. Il y a notamment beaucoup de dynamisme dans la retranscription que fait l’auteur de la façon de parler des Afro-Américains.
La joie succède au chagrin, les coups durs aux petites victoires… Ce qui est vécu est vécu, le passé est le passé, Eleanora, avec sa fougue, continue d’avancer, continue de rêver quoi qu’il advienne. Elle fascine, mais reste toujours accessible, on se sent rapidement très proche de cette jeune fille pleine d’espoir en dépit des injustices qui sillonnent son adolescence. On la laissera d’ailleurs à la signature de son premier disque lorsque le rêve sera enfin devenu réalité.

Billie H. retrace l’enfance de la chanteuse et permet d’en apprendre davantage sur cette grande artiste, mais dessine aussi le tableau de cette société encore très ségrégationniste. La misère, l’alcool, la prostitution et la prison ne sont jamais loin pour Eleanora, sa mère et leurs voisins. Un roman très instructif donc.

Juste, énergique, vivant, sensuel, Billie H. est un très joli petit roman qui donne envie de (re)découvrir un peu plus l’œuvre de Billie Holiday.

« Cette cohue, dehors ! Ce quartier était un cœur qui bat. Vendeurs ambulants, rires et cris, agitations d’hommes et de femmes. Elle fila tout droit chez le marchand de beignets et choisit le gâteau qui lui parut le plus gros. Dès sa première bouchée, les saveurs s’épanouirent dans sa bouche. Elle était toute entière dans la réalité de ce beignet. Plus rien n’existait autour d’elle. Le ciel avait le cœur gros pourtant. Il neigerait bientôt. Aucune importance. Rien ne pourrait ternir ce bonheur de manger. »

« Chanson ! Dès les premières paroles, il se passa quelque chose dans la salle. Comme une vibration agréable. Douce et chaude. Un couple qui s’apprêtait à partir s’arrêta et se retourna pour voir qui chantait avec cette voix. Un souffle sensuel, nonchalant et cabotin. Entre caresse et taquinerie. Joie et mélancolie. Les musiciens se jetaient des coups d’œil. Pas de doute. Cette gamine, elle avait de l’âme dans la voix. Quelque chose dans le ventre. »

Billie H., Louis Atangana. Rouergue, coll. Doado, 2014. 121 pages.

Billie Holiday

Les Autodafeurs, tome 3 : Nous sommes tous des propagateurs, de Marine Carteron (2015)

Les Autodafeurs, tome 3  (couverture)Les Autodafeurs est une trilogie absolument géniale parue entre 2014 et 2015. Elle est composée des trois tomes suivants :

  1. Mon frère est un gardien
  2. Ma sœur est une artiste de guerre
  3. Nous sommes tous des propagateurs

Réfugiés sur l’île de Redonda, Auguste et Césarine font connaissance des autres enfants de la Confrérie, ceux qui sont appelés à prendre le flambeau à la suite de leurs parents. Mais ce n’est pas le moment de se relâcher car l’ennemi met en place son plan, l’opération XIe plaie d’Egypte. Heureusement, les Mars peuvent compter sur Néné, mais aussi sur leurs nouveaux amis : Inès, Shé et Rama.

Ce dernier tome est marqué par la rencontre avec d’autres enfants de la Confrérie, d’autres jeunes qui ont dû fuir pour échapper à la traque lancée par les Autodafeurs, des adolescents qui ont parfois perdu leurs parents, mais qui ont les ressources nécessaires pour les secourir.
C’est l’occasion de découvrir trois personnages atypiques et sympathiques (bien que parfois très agaçants) qui viennent se greffer au trio Auguste-Césarine-Néné : Rama, le Philippin polydactyle, une tête comme Césarine,  Shé, la geekette iranienne et Inès, l’Espagnole féministe et combative, arrière-arrière-…-arrière-petite-fille d’un personnage très célèbre… Une ribambelle de personnages très réussie !
Je m’attendais à ce qu’ils deviennent des héros, plus entraînés, plus puissants après une formation rapide et efficace – un schéma que j’ai eu l’impression de rencontrer plusieurs fois – mais non, j’ai été agréablement surprise sur ce point : ils restent toujours des ados qui doutent, hésitent (sauf Césarine et Rama évidemment) ou encore disent des bêtises (surtout en ce qui concerne Gus).

Coachée par ses deux maîtres à penser, Sun Tzu et Descartes (pour la méthode !), Césarine se révèle souvent, comme dans les deux premiers tomes, un personnage clé. Sous-estimée à tort (sans doute à cause de son gabarit crevette, de ses couettes et ses socquettes), elle fait progresser l’histoire à grands pas. Comme le dit Néné, avec « des yeux de chat, la précision d’un laser, la froideur d’Hannibal Lecter et la mémoire d’un ordi », Césarine est un adversaire redoutable qui m’aura beaucoup fait rire et énormément touchée. Pas de doute, Césarine est mon personnage préféré et je ne l’oublierai pas de sitôt !

Marine Carteron sait tenir son lectorat car on ne peut pas dire qu’elle nous laisse beaucoup d’espoir. Jusqu’à la fin, tout va de mal en pis. La Confrérie, rassemblée sur cette petite île, terrée dans les profondeurs, ne semble plus vraiment en mesure de lutter tandis que les Autodafeurs ont le soutien des gouvernements, ce qui leur permet de prendre le contrôle de l’information. Le suspense est donc toujours bien présent avec une action qui se déchaîne dans la deuxième moitié du roman.
Mais encore une fois, combattre ne fera pas tout. Dans ce volume, nos six amis doivent résoudre les énigmes contenues dans un très vieux Carnet de Bord dérobé par Césarine et déjouer les pièges et embûches sur le chemin du trésor auquel il mène. Leurs six cerveaux ne seront pas de trop.

L’écriture est toujours aussi agréable. On alterne entre la précision diabolique de Césarine et la décontraction d’Auguste, mais chaque page nous donne envie de découvrir la suivante. Au programme : des rebondissements, des révélations, une fin stupéfiante et une petite ouverture dans la dernière phrase de Gus qui laissera à chaque lecteur le plaisir d’imaginer sa suite.

Avec ce troisième tome qui tient toutes ses promesses, Les Autodafeurs est une trilogie addictive que j’ai vraiment adoré (sitôt dévorée, sitôt conseillée !). Intelligente, diablement bien écrite, elle constitue un cocktail parfait et détonnant entre action et humour, réflexion et émotions. Je me souviendrai longtemps de tous ces personnages bien campés, captivants et tout simplement uniques, avec, à leur tête, l’incroyable Césarine.

C’est avec plaisir que je découvrirai (au retour de mes vacances) le nouveau roman de Marine Carteron, Génération K.

« Il a bien fait parce que, même si les nouvelles ne sont pas bonnes, le plan des adultes, lui, est vraiment stupide : ils ont décidé de se cacher et de ne rien faire en attendant de « trouver une solution ».
Quand Rama m’a dit ça, je me suis demandé si c’était vraiment raisonnable de donner autant de responsabilités aux gens sous prétexte que ce sont « des adultes » et j’ai pensé que la définition de ce mot ne devrait pas être établie sur des critères d’âge mais de raison. »

« Je flottais, les yeux grands ouverts sous mes paupières fermées, et je pensais aux milliers d’enfants en train de naître, aux gens qui se souriaient, qui s’embrassaient, qui s’aimaient.
Je les voyais TOUS ; (…)
Ils étaient tous uniques.
Chacun d’eux, à lui seul, était une histoire.
Tous ensemble, nous étions les milliers de phrases d’un grand livre.
Ce que voulaient faire les Autodafeurs, c’était nous réduire à une unique page, un seule et grande page vierge pour imprimer leur toute petite, rachitique et misérable histoire, un conte où l’Homme, en perdant son droit à l’erreur, perdrait la possibilité de se racheter, d’évoluer, de s’améliorer… et serait réduit à rien.
Ils voulaient effacer nos plus grandes richesses, celles qui nous permettaient de grandir, d’avancer, de devenir meilleurs. Ils voulaient gommer nos imperfections, ils voulaient effacer nos différences ; ils refusaient d’attendre que l’Homme devienne lui-même, ils voulaient que nous soyons tous pareils… tous comme EUX ! »

Les Autodafeurs, tome 3 : Nous sommes tous des propagateurs, Marine Carteron. Rouergue, coll. Doado, 2015. 360 pages.

Les Autodafeurs, tome 2 : Ma sœur est une artiste de guerre, de Marine Carteron (2014)

Les Autodafeurs, tome 2 (couverture)Les Autodafeurs est une trilogie absolument géniale parue entre 2014 et 2015. Elle est composée des trois tomes suivants :

  1. Mon frère est un gardien
  2. Ma sœur est une artiste de guerre
  3. Nous sommes tous des propagateurs

Tout va mal pour la famille Mars ! Entre de nouvelles pertes dans leurs rangs et un Auguste assigné à résidence, il devient urgent pour eux de fuir. Mais en attendant, nos trois Mousquetaires, Auguste, Néné et Bart, décident de percer le secret des laboratoires Godeyes Scan.

Dans ce second tome, la menace se précise : Gus, Cés et le lecteur avec eux en apprennent davantage sur le plan des Autodafeurs (et en découvrant l’identité de leur Grand Chef) tandis que Gus découvre l’héritage de son père, son carnet de Bord.

Auguste et Césarine changent. Chacun déteint un peu sur l’autre et tous deux évoluent énormément psychologiquement parlant.
Gus prend conscience de ses responsabilités, de l’inéluctabilité du combat à venir. Il abandonne son image de beau gosse, ne se soucie plus de son allure. Il mûrit et se met à réfléchir un peu plus. Il doit accepter qu’une vie d’ado banal est désormais impossible pour lui et surtout, il doit faire son deuil de tous ceux qu’il a perdu. Plein de colère et de peine, il a à présent un côté très touchant qu’il possédait moins auparavant.
Pendant ce temps, Césarine dévore L’art de la guerre du stratège chinois Sun Tzu et se met aux arts martiaux. Et se révèle être un adversaire redoutable. Ainsi, elle participe réellement (et avec efficacité) à la lutte, en appliquant à la lettre les conseils de Sun Tzu. Césarine est devenue une artiste de guerre à la logique implacable.
Les autres personnages ne sont pas oubliés. Les talents de hackers de Néné sont à nouveau indispensables et vont d’ailleurs lui permettre de se venger de ceux qui l’ont persécuté pendant des années. Bart sera lui aussi plus présent, faisant preuve d’un courage impressionnant. De plus, on en apprend davantage sur la grand-mère maternelle de nos deux héros, absente du premier opus.

Marine Carteron arrive à entremêler des problèmes d’adolescents (concernant l’amour d’une jolie fille, le bal de fin d’année… des soucis parfaitement idiots aux dires de Césarine) à ceux de la Confrérie concernant le devenir des bibliothèques mondiales. Tout est lié et chacun a un rôle à jouer.

Je suis décidément totalement conquise par les chapitres narrés par Césarine. Sa façon de voir le monde, sa méthodologie, ses découvertes avec son amie Sara… Elle transmet beaucoup d’émotions, ce qui est plutôt fort pour quelqu’un qui les enfouit au plus profond de son cœur ! Elle est vraiment là où on ne l’attend pas et a souvent une longueur d’avance sur son grand frère. Un personnage à la fois attendrissant et stupéfiant : unique !

A la fin de ce tome, on se demande vraiment comment ils vont s’en sortir car leur situation n’est pas glorieuse et les forces en présence semblent très inégales. Les Autodafeurs semblent progresser à grand pas vers leur objectif de contrôler l’information à travers le monde. Marine Carteron nous attrape à chaque chapitre et à chaque final, nous laissant en haleine, avides d’en savoir davantage !

Avec une menace qui se précise, un futur qui s’assombrit et des personnages qui, malgré tout, ne perdent pas leur sens de l’humour (Césarine étant involontairement la plus hilarante de tous), Ma sœur est une artiste de guerre est à la hauteur du premier volet des aventures d’Auguste et Césarine.

« Celui qui a le contrôle du passé contrôle le futur. Celui qui a le contrôle du présent contrôle le passé. » George Orwell, 1984

« Je ne sais pas ce qui se passa dans ma tête à ce moment-là.
Probablement l’allusion à mon père, un ras-le-bol général pour tout ce qui m’était arrivé ces derniers mois, une frustration monstrueuse de me sentir nul, bête et inutile.
A moins que ce soit un trop-plein de rage contre les Autodafeurs qui l’avaient volé ma famille, contre ma famille qui me volait mon enfance et contre moi-même qui n’étais pas à la hauteur de ce que l’on attendait de moi.
D’un seul coup, cette rage et cette peine que je gardais enfouies au fond de mon cœur entrèrent en fusion avec la moindre cellule de mon cerveau et transformèrent mon corps en une machine de guerre implacable et violente.
Je n’étais plus Auguste Mars mais une boule de haine vibrante contre laquelle les cent cinquante kilos de maître Akitori ne pesaient pas plus qu’une plume. »

Auguste

« Je leur ai dit que je savais ce que ça faisait d’avoir plein de choses qui bouillonnaient à l’intérieur sans qu’on puisse mettre des mots dessus. Que je savais à quel point ça faisait mal, ça rongeait et ça faisait monter la colère, et que je voyais bien qu’elles en étaient à ce stade toutes les deux. Je leur ai dit que je voyais ça à leurs yeux qui s’évitaient, à leurs mots qui hésitaient, à leurs mains qui se cachaient pour ne pas se frôler. Je leur ai parlé de la mouche qui se cognait dans les parois de verre du bocal de mamie et comment elle s’était envolée, légère, quand j’avais brisé sa prison. Je leur ai parlé des mots qu’on garde et qui paralysent, des mots qu’on avale et qui étouffent, des mots qu’elles avaient la chance de pouvoir utiliser alors que moi je ne pouvais pas. Je leur ai dit que soit elles étaient autistes, soit elles étaient idiotes… mais qu’elles ne pouvaient pas être les deux en même temps.
Pour moi c’était un très long discours. Ça m’a fatiguée, alors quand j’ai eu fini je les ai laissées se débrouiller toutes les deux et je suis allée compter les carreaux du carrelage de l’entrée pour me reposer. »

Césarine

Les Autodafeurs, tome 2 : Ma sœur est une artiste de guerre, Marine Carteron. Rouergue, coll. Doado, 2014. 380 pages.