La constellation du chien, de Peter Heller (2012)

La constellation du chien (couverture)Neuf ans ont passé depuis que des épidémies ont ravagé le monde, effaçant de la Terre la plupart des êtres humains et bon nombre d’espèces animales. Hig et Bangley, épaulés par Jasper le chien, survivent depuis tout ce temps. Plus de méchants, plus de gentils : il faut être prêt à tout pour survivre dans un monde brutal. Même lorsque l’on possède une âme poète, comme Hig. Surtout lorsque l’on a une âme de poète.

Vous aimez les univers post-apocalyptique ? Vous aimez le Nature Writing ? Vous aimez les deux, comme moi ? Alors La constellation du chien est fait pour vous. Je ne sais pas comment ce roman est arrivé dans ma PAL et, quand je l’en ai tiré, je ne savais pas de quoi il parlait : j’ai juste lu « Quelque part dans le Colorado, neuf ans après la Fin de Toute Chose, dans le sillage du désastre » et j’ai pensé : « tiens, ça me dit bien, ça ». Et voilà. Je suis partie.

Je me suis envolée avec Hig dans le ciel des États-Unis ravagé par la fin de l’humanité, hanté par quelques survivants prêts à tout pour vivre un jour de plus. Hig et Bangley font partie de ceux-là : planqués dans un petit aérodrome, ils défendent bec et ongle leur périmètre. Mais Hig n’est pas un tueur. Hig est un rêveur, un amoureux de la nature, un pêcheur, un homme qui aime prendre son temps, dormir contre son chien et observer les étoiles. J’avoue, j’ai beaucoup aimé Hig.

La constellation du chien ne ressemble pas à la plupart des romans post-apo. Il est davantage dans la contemplation que dans l’action. S’il fallait faire une comparaison, on le rapprocherait de McCarthy et de La route. Mais pourquoi comparer ? C’est un roman qui prend son temps, qui raconte la nature qui reprend ses droits, qui pleure sur les animaux disparus à jamais, qui parle de la vie quand le monde que l’on connaissait s’est évanoui dans le feu et la douleur. Un monologue sur les êtres humains, sur ce qui les réunit, sur les sentiments que l’on tait, sur ceux dont on ne prend conscience que lorsque vient la séparation.

On commence à lire, sans attentes particulières, on écoute Hig qui nous parle de son petit avion, de son chien à moitié sourd, de sa tristesse face à la disparition des truites, et puis, d’un coup, on se rend compte que l’on est happé par ce roman, qu’on a envie de savoir ce qu’il se passe ensuite. De suivre Hig dans son quotidien, pas toujours facile avec un camarade de galère tel que Bangley, puis dans ses aventures à la recherche de ses pairs. Je ne dirai rien du scénario, mais rassurez-vous si vous aviez peur de vous ennuyer, on a l’occasion de s’éloigner un peu des limites connues de l’aérodrome.

Contemplatif, mais jamais ennuyant. Littérature post-apo, mais qui se débarrasse de tous les poncifs du genre. Une narration hachée – comme peut l’être le discours qu’un être humain se tiendrait à lui-même ou le récit qu’il ou elle ferait de sa vie à un tiers –, des phrases courtes, coupées, des ellipses et des flash-backs : une plume originale. Des morts et de la poésie. De la cruauté et des zestes d’humanité. De l’optimisme là où l’on ne s’y attend pas. Un roman atypique, intelligent et percutant.

« Mon unique voisin. Qu’est-ce que je pouvais répondre à Bangley ? Il m’a sauvé la peau plus d’une fois. Sauver ma peau est son job. J’ai l’avion, je suis ses yeux, il a les fusils, il est les muscles. Il sait que je sais qu’il sait : il ne sait pas piloter, je n’ai pas assez de cran pour tuer. Dans toute autre circonstance il resterait sans doute plus qu’un de nous deux. Ou aucun. »

« Les règles d’avant ne tiennent plus Hig. Elles ont subi le même sort que le pivert. Disparues en même temps que les glaciers et le gouvernement. C’est une nouvelle ère. Nouvelle ère nouvelles règles. Pas de négociation. »

La constellation du chien, Peter Heller. Actes Sud, 2013 (2012 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy. 328 pages.

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Mers mortes, d’Aurélie Wellenstein (2019)

Mers mortes (couverture)La Terre est asséchée. Adieu mers et océans foisonnants de vie. Seuls rappels de ce passé évaporé : de terribles marées fantômes qui déferlent charriant des millions de spectres décidés à se venger des humains qui les ont assassinés. Oural est l’un des rares boucliers contre ces déferlantes de haine : il est exorciste et adulé par celles et ceux qui l’entourent. Jusqu’à ce qu’il soit kidnappé par le capitaine Bengale et son équipage de pirates. Un long voyage les attend dans une tentative désespérée de corriger les choses.

Découvert grâce à Babelio (que je remercie ainsi que les éditions ScriNéo), Mers mortes est une lecture qui refuse de sortir de ma tête. Des extraits tournent en boucle sous mon crâne, des images, des conversations, un personnage. Il faut croire qu’il était en parfaite harmonie avec mes désirs livresques du moment car je ne parviens pas à m’en détacher.
Il faut dire que ce roman cumulait beaucoup d’éléments pour me plaire – SF post-apocalyptique, une touche de surnaturel, un message écologique, des pirates, une nouvelle autrice à découvrir –, c’était presque trop beau pour être vrai. Pour être bon. Et pourtant, ce le fut !

 L’univers est captivant pour qui est friand d’histoires de survie dans une Terre dévastée par les humains – de la SF qui se rapproche à grand pas – avec cette planète désertique, asséchée, hantée par ceux qui ont été massacrés. C’est un univers clairement pas très joyeux, où la mort est omniprésente, avec des personnages parfois sans pitié. Je ne vais pas vous mentir : j’aime beaucoup ça.

Il n’est pas évident de vous en parler sans spoiler (juste : lisez-le !), mais je dirai simplement que certains passages sont vraiment durs et marquants. Ce n’est plus de la SF, mais la réalité. Des actes cruels qui se produisent actuellement, dans notre monde. Ce n’est décidément pas un livre qui a fait remonter l’espèce humaine dans mon estime. Oural, Bengale, les spectres, tous nous placent face à nos responsabilités, pointent du doigt nos défaillances, notre égoïsme, notre avidité. Difficile de rester à distance d’une histoire qui fait autant écho à notre société. Difficile de ne pas être révoltée face à une telle barbarie. Difficile de consommer encore du poisson après une telle lecture.

Mais surtout, il y a Bengale. Nous le découvrons à travers les yeux d’Oural et, comme le jeune exorciste, il est impossible de rester de marbre face à ce prédateur cynique et séducteur, aussi charmeur que dangereux. Je ne veux pas trop en dire tant c’est un régal que de le rencontrer et d’apprendre à le connaître. Les secrets qu’il cache à son équipage, sa relation avec Oural qui évolue si lentement, si justement… cette dernière est juste fantastique !
Mon enthousiasme pour Bengale (et pour le tamdem Bengale-Oural) est immense, mais, même si je ne voudrais pas que ces deux-là soient moins présents (on a déjà assez de mal à les quitter comme ça !), j’avoue qu’ils cannibalisent toute l’attention au détriment du reste de l’équipage qui manque parfois de consistance (alors que tous ces membres sont très intéressants !).

La fin est une véritable frustration. Non pas qu’elle soit mauvaise, elle est au contraire excellente, avec ce qu’il faut de noirceur pour conclure ce récit plutôt sombre. Mais quitter ces personnages, laisser leur histoire à ce stade, voilà ce qui est frustrant. Mais c’est aussi beau, et sensible. Bref, un véritable concentré d’émotions !

Aurélie Wellenstein a réussi sa potion et propose ici un récit original, un monde âpre, une magie percutante et des personnages marquants. Mers mortes est arrivé comme une gigantesque vague qui m’a emportée et m’a envoyée bouler jusque dans les abysses. En apnée tout du long de ma courte mais intense lecture, j’ai encore du mal à retrouver mon souffle. Éprouvant.

« Oural était si proche qu’il voyait la splendeur de la mer et ses millions d’âmes qui flottaient dans la luminescence bleutée. Même dépourvue de voix, il percevait très bien sa fureur, sa douleur, sa haine et sa démence. Sauvagement assassinés, les mers et les océans charriaient au creux de leurs vagues monstrueuses le souvenir de leur supplice, et à chaque fracas, chaque dégorgement d’écume dans le monde des humains, ils paraissaient hurler « vengeance ! ». »

« – On aurait pu sauver le monde, reprit-il d’une voix mauvaise. Mais non. On était trop paresseux, trop égoïstes. Dix milliards d’êtres humains qui dévorent les océans. Aucune limite à la croissance, l’humanité qui dépouille des millions d’espèces dans une expansion surréaliste. Et ne va pas croire qu’on ne savait pas ce qu’on faisait ! Il y a quarante ans déjà, les projections annonçaient l’effondrement des pêcheries en 2048. Crois-tu que ça les ait arrêtés ? »

« Ce qu’il avait vécu, via sa brève incarnation en requin, n’était pas qu’une construction fantasmagorique de son esprit. C’était la réalité, un souvenir colporté à travers le temps, le traumatisme d’une mer à bout de forces et dont le désespoir continuait de résonner à la surface du monde, même après toutes ces années… »

Mers mortes, Aurélie Wellenstein. ScriNeo, 2019. 363 pages.

Jackpot pour les challenges !

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Gloria Scott :
lire un livre se déroulant en partie sur un bateau

Challenge Les 4 éléments – L’eau :
un être aquatique, réel ou imaginaire

Challenge Voix d’autrices : un roman de science-fiction

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Les pluies (2 tomes), de Vincent Villeminot (2017)

Deux fratries – Kosh et Malcolm Kamiesh, Lou, Noah et Ombre Magliostro – se retrouvent seules parmi les décombres d’un monde noyé sous les pluies diluviennes qui sévissent depuis plusieurs mois. Lorsqu’ils sont séparés, Kosh fait une promesse : celle qu’ils se retrouveront et ne se quitteront plus. Mais si le déluge peut faire ressortir le meilleur de certains êtres humains, il libère surtout le pire. Une telle promesse peut-elle être tenue dans de telles conditions ?

Je ne vais pas faire durer le suspense : ces deux romans m’ont laissée plus que mitigée. Je me sens un peu seule dans ce cas vu les éloges que ces romans ont pu récolter, mais tant pis, préparez-vous à une avalanche de critiques !
Le premier tome m’a beaucoup agacée, j’ai soupiré, j’ai levé les yeux au ciel, j’ai hésité à continuer, je me suis interrogée quant à la lecture du second. Mais puisqu’ils se lisaient rapidement – deux jours pour deux livres – et que je suis quand même quelqu’un qui aime avoir le fin mot de l’histoire (même si celle-ci l’ennuie), j’ai continué. J’ai (relativement) bien fait car le second volume rehausse un peu le niveau, je l’ai trouvé un peu plus intéressant que le premier (mais tout aussi oubliable).

Pour défendre un peu ces romans, je dois admettre que le souvenir de ma lecture précédente – la trilogie du Tearling – jouait en leur défaveur. Après des chapitres de plusieurs dizaines de pages, après des personnages et des intrigues fouillées et approfondies, tout m’a semblé trop léger ici. Les chapitres sont très courts, quelques pages à peine, les phrases le sont tout autant. Contrairement aux romans d’Erika Johansen, le rythme est effréné, les péripéties s’enchaînent à toute vitesse. Bien trop vite à mon goût.
Si vite que, finalement, rien n’a d’importance. On ne s’attarde sur rien, on ne s’inquiète de rien car, à peine évoquée, chaque situation, chaque problématique est déjà résolue. Les épreuves qu’ils rencontrent pourraient être atroces s’ils ne s’en sortaient pas si aisément. La mort des parents de Kosh et Malcom sous les yeux de leur aîné dans les premières pages ? Pas le temps de s’en attrister. Lou tombée entre les mains (mal intentionnées, les mains) de petites brutes ? Pas le temps de trembler que Kosh leur a déjà réglé leur compte.

Parce que Kosh… qu’il est fort, ce Kosh. Et modeste, discret, efficace. Il a quatorze ans et il sait tout faire, de la survie en milieu inondé aux combats contre des pirates en passant par le corps-à-corps avec des requins. Rien que ça. Qu’il soit débrouillard, je veux bien, lui et son frère sont des fils de paysans qui côtoient la nature depuis leur plus jeune âge, qui ont appris à la connaître, à l’apprivoiser, à y vivre, mais quand même, tout cela manque de réalisme à mon goût car ils n’en restent pas moins des enfants, des adolescents comme nous l’avons été, protégés par leurs parents, allant à l’école, jouant dans les bois.
Et puis, il y a son amour pour Lou. Le premier chapitre nous plonge dans le bain en nous racontant comment ils sont tombés amoureux au premier regard, au premier mot échangé : hurlement intérieur et hésitation quant à abandonner là ma lecture. Mais il aurait été dommage de manquer les lettres qu’il écrit à sa Lou alors qu’ils sont séparés… Solennelles, si peu naturelles et tellement compassées que j’oscillais entre rires et exaspération. Passages choisis :

« Je brûle d’avoir de tes nouvelles, ma chère Lou.
J’espère celles de mon petit frère, aussi, qui est l’être qui me manque le plus après toi.
Je t’aime et te garde, souvenir précieux, dans chaque minute de ma mémoire. »

« Cette nuit, je voudrais te savoir contre moi, la tête sur mon épaule, dormant paisiblement. Alors, alors seulement, je n’aurais plus de cauchemar, je saurais que tu ne risques rien ; et je ne fermerais pas un œil de la nuit, heureux de savoir que je t’offre une protection, un rempart. »

« Plus aucun enfant ne pleure lorsque tombent les premières gouttes d’un grain d’été, dans l’alizé. »

« Peut-être suis-je trop enclin à l’indulgence et au pardon pour les amoureux imprudents. »

Bref, on a compris, le garçon est très très très mature pour ses quatorze ans (et probablement possédé par un vieux sage à barbe blanche). Je suis d’accord que tous et toutes ont dû grandir très vite pour s’adapter à cet environnement hostile, mais est-ce une raison pour écrire comme un épistolier aguerri ? C’est fourni dans le kit de survie ?

Et les autres ?
Malcolm suit le chemin de son grand frère dans le second tome : il est l’homme de la situation, celui qui prend les choses en main, il se révèle davantage, un autre héros à venir. Noah est celui qui cause des ennuis, qui essaie de trouver sa place dans cette bande où tout semble tourner autour des Kamiesh et de sa grande sœur.
Mais les filles alors ?
Nous exclurons Ombre du débat, elle joue son rôle de bébé mignon et innocent, braillant et chouinant quand il faut rendre l’ambiance encore plus pesante, souriant le reste du temps. Lou est l’amoureuse, celle qui faut protéger et sauver – absente de la moitié du premier temps, elle n’a pas vraiment de faits marquants à son actif dans le second – et puis, elle est si attentionnée avec sa petite sœur, si tendre, si… maternelle. Tout l’inverse de Chiloé qui est, pendant un certain temps, celle qui vient déranger les plans des deux fratries, celle qui entraîne Noah dans des mauvais coups, l’insolente qui se déshabille sans pudeur, celle qui tente de séduire le chevalier blanc qu’est Kosh, de détourner ce Lancelot des temps modernes de son véritable amour. Rien à dire, des personnages féminins forts, marquants, sans stéréotypes, comme on les aime…

 Le post-apocalyptique est un genre que j’apprécie et l’idée d’un monde noyé sous les pluies avait tout pour me plaire. En réalité, on s’aperçoit qu’il pleut sans discontinuer depuis huit mois, certes, mais que les Kamiesh et Magliostro vivent tout ce temps de façon quasi-normale ; que si des tsunamis viennent détruire leur vie, il s’arrête assez vite de pleuvoir (de façon aussi inexplicable et inexpliquée que lorsque l’eau avait commencé à tomber).
Mais pour offrir un compliment à ces livres, la description de cette situation qui empire peu à peu est plutôt réussie. La folie des foules terrifiées, l’égoïsme, les crimes, le « chacun pour soi » ne sont pas difficile à imaginer. Les autorités qui tentent de faire régner un semblant d’ordre en virant à la dictature. Plus rares, inattendus, des éclats de bonté, des perles de générosités. Une description plutôt juste du chaos qui s’emparerait de nos sociétés, de nos villes, de nos vies si un tel scénario venait à se produire.

Je récapitule : personnages peu crédibles et/ou fades et/ou caricaturaux, situations irréalistes, action trop rapide et trop superficielle, absence d’émotions vis-à-vis des protagonistes et de leurs mésaventures (si ce n’est un profond agacement), catastrophe climatique qui tombe comme une punition divine. Ajoutons une fin que je trouve trop prévisible et trop facile. Je rectifie mon sentiment de début de critique : plus que mitigée, c’est peu dire car, en réalité, je n’ai pas du tout aimé ce diptyque.

« – Hier, ton frère m’a demandé si on allait s’en sortir. Toi, tu me demandes comment. Ça fait une sacrée différence. »

Les pluies, de Vincent Villeminot. Fleurus, 2017. 339 pages (tome 1) et 329 pages (tome 2, Ensemble).

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Dans la forêt, de Jean Hegland (1996)

Dans la forêt (couverture)Ce fut un achat coup de tête. J’en avais entendu parler bien que je n’ai pas le souvenir d’avoir lu de critiques en parlant – aucune des presque trois cents chroniques de Babelio –, mais j’avais un bon a priori sur ce livre. Je voulais me faire un petit cadeau, il m’a sauté aux yeux, exemplaire esseulé, dans les rayons, et voilà, c’était lui que j’avais envie de lire. Je n’ai pas lu le résumé, ou alors je l’ai à peine survolé à mon habitude, et c’est mon copain qui m’a fait remarquer que nous avions déjà vu un film qui y ressemblait fort… et effectivement, le Into the Forest vu sur Netflix, avec Ellen Page et Evan Rachel Wood, en était une adaptation. J’avais oublié ce film. Oups.
Du coup, contre toute attente, je l’ai bel et bien commencé en sachant à quoi m’attendre. Tout ça pour ça, oui. La genèse d’un coup de cœur.

Nous lisons le journal de Nell qui vit seule avec sa sœur Eva. Toutes deux ont vu leur vie basculer lorsque la civilisation telle que nous la connaissons s’est effondrée (propagation de virus, coupures d’électricité de plus en plus longues puis permanentes, magasins dévalisés…). Dans leur maison solitaire dans sa grande clairière, elles vont devoir trouver les moyens de survivre et peu à peu découvrir l’inépuisable forêt qui les entoure.

J’ai trouvé ce livre d’une beauté folle.
C’est un arc-en-ciel, une pluie de sensations.
Nell nous parle de la lumière dans la clairière, des multiples couleurs des fruits, légumes et herbes qui s’entassent dans le garde-manger (appétissantes descriptions !), de la sensation de l’eau ou des feuilles mortes sur sa peau.
Elle ressuscite mille odeurs, feu de bois, nourriture, pourriture, terre retournée, essence.
Les bruits résonnent, s’échappant des pages, lorsqu’elle nous donne à entendre le martèlement de la pluie, les pas d’une Eva dansante, ballerine portée uniquement par la monotonie du métronome, les craquements des branches dans la forêt, les bruissements des feuilles, le ruissellement cristallin du ruisseau, un rire aussi inattendu que surprenant dans ce quotidien de lutte.
Elle parle du corps, le corps musclé, léger et néanmoins contraint par un travail sans relâche de la danseuse, le corps usé par le jardinage, le dos courbé comme à jamais, les doigts râpés, les genoux écorchés, le corps qui se tend et se détend sous les caresses de doigts étrangers, elle parle aussi de bien d’autres corps, dans la peine ou le bonheur, dont je ne dirai mot.

La science-fiction n’est que prétexte. Prétexte à cette relation hors du commun entre deux sœurs pour qui les mots « société » ou « civilisation » ne veulent plus rien dire. Ce n’est pas une relation idéalisée. Au contraire, leur situation exacerbe les émotions, positives comme négatives. Leur amour réciproque et l’attention qu’elles portent à l’autre s’accroissent par le fait qu’elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Mais parallèlement, les rancœurs, les jalousies, les colères et les disputes sont multipliées à force de devoir tout partager, de vivre si proches, trop proches parfois. Ces émotions si humaines – de l’abattement à l’exaltation, du désespoir au salvateur regain d’énergie – sont racontées avec tellement de subtilité et de justesse que je n’ai pu que m’identifier à Nell.

Bien qu’au second plan finalement, la description de la dégradation de la situation est tout aussi réussie. En cela, j’ai songé au roman d’Emily St. John Mandel, Station Eleven. Les ressources disparaissent progressivement, tout le monde tente d’emmagasiner un maximum de vivres et d’objets utiles, les gens sont partagés entre méfiance envers celles et ceux qui les entourent (cependant, les deux sœurs si isolées sont longtemps épargnées par cette défiance) et espoir d’un retour à la normale. Eva continue de danser pour intégrer un ballet prestigieux et Nellie poursuit ses études pour entrer à Harvard, aussi vain cela soit-il. S’adapter à un nouvel univers demande du temps tandis que survivre exige de la réactivité et ingéniosité. Pas évident lorsque l’on a grandi dans le confort de la société moderne avec électricité, téléphone, transports en tous genres, internet et compagnie.
On s’interroge, forcément. Que ferions-nous (que ferons-nous ?) dans cette situation ? Car l’effondrement de leur monde n’est imputable qu’aux êtres humains. Surconsommation, pollution, conflits armés… des problèmes familiers, non ?

Dans la forêt. Un coup de cœur. Un roman magnifique et sensuel. Un récit à fleur de peau. Plus que des pages, plus que des mots, des images, des odeurs, des émotions. Une écriture réaliste, poétique et poignante.

J’aurais souhaité ne pas quitter ce livre. Ne pas dire au revoir à Nellie et continuer à chercher des herbes dans la forêt en sa compagnie. Ne pas partir de cette clairière, ce cocon protégé par les arbres séculaires, ce lieu hors du monde qui constitue pour moi l’endroit parfait où s’installer. Ne pas sortir de cette forêt, vierge, vivante, troisième protagoniste omniprésente, parfois terrifiante, mais en réalité bienveillante.

 En voilà des mots. Pourtant, ils me semblent vides, creux, stériles. Impuissants à retranscrire la façon dont ce livre m’a touchée, transportée. Incapables de décrire la forêt, les sens, la proximité avec Nell. Inaptes à parler de la puissance tranquille de l’écriture de Jean Hegland.

« Ces jours-ci, nos corps portent nos chagrins comme s’ils étaient des bols remplis d’eau à ras bord. Nous devons être vigilantes tout le temps ; au moindre sursaut ou mouvement inattendu, l’eau se renverse et se renverse et se renverse. »

« Depuis qu’elle me l’a annoncé, à plusieurs reprises au cours des journées qui ont suivi, j’ai été saisie par une angoisse si forte et si froide qu’il me semblait être emportée par une vague, retournée dans une houle d’eau glacée et de sable rêche, incapable de respirer, me débattant pour trouver comment remonter.
Puis la vague se retire, me laisse sèche et debout, arrosant les courges, désherbant les tomates, posant des tuteurs aux haricots, préparant l’avenir, quel qu’il soit, qu’il nous reste. »

« Il y a une lucidité qui nous vient parfois dans ces moments-là, quand on se surprend à regarder le monde à travers ses larmes, comme si elles servaient de lentilles pour rendre plus net ce que l’on regarde. »

Dans la forêt, Jean Hegland. Gallmeister, coll. Totem, 2018 (1996 pour l’édition originale. Gallmeister, 2017, pour la traduction française). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Josette Chicheportiche. 308 pages.

Challenge Voix d’autrices : un roman de science-fiction

Challenge Tournoi des trois sorciers – 4e année
Champifleur (Botanique) : un livre avec une forêt sur la couverture

Je suis une légende, de Richard Matheson (1954)

Je suis une légende (couverture)La Terre a été ravagée par une épidémie qui n’a laissée derrière elle que des morts-vivants qui ne sortent que la nuit, des vampires assoiffés de sang. Immunisé contre la maladie, Robert Neville est l’un des rares – peut-être même le seul – survivants. Il doit organiser sa vie solitaire le jour et se protéger de ses assaillants la nuit.

J’ai tiré ce livre de ma PAL lorsqu’un collègue m’a dit qu’il n’avait strictement rien à voir avec le film. Pour être honnête, je n’ai pas un grand souvenir de ce dernier, mais les cinq minutes que j’ai vues en tombant dessus à la télé il y a quelques temps n’ont pas été pour me séduire.
Et je confirme. Il n’a rien à voir. Pas le même travail, pas de chien, pas de gamin et surtout, pas de fin pseudo-heureuse à l’américaine.
D’où une excellente surprise.

Ce livre est une sorte de long monologue (même s’il est raconté à la troisième personne) sur la solitude. Neville est souvent à deux doigts de devenir fou et de se jeter dans les bras des vampires pour en finir. Il est épisodiquement violent et impulsif, torturé par l’inutilité de continuer à survivre ainsi jour après jour et par les pulsions sexuelles qui reviennent parfois le tourmenter. Il doit également faire face à son deuil, régulièrement supplicié par le souvenir ineffaçable de sa femme et de sa fille. Solitaire par la force des choses, il souffre souvent du manque de compagnie et, pourtant, lorsque quelqu’un entre brièvement dans sa vie (je n’en dis pas plus), il commence par regretter sa solitude car il a complètement perdu le sens des convenances liées à la vie en société et les concessions induites par une vie à deux le rebutent.
Le récit louche parfois vers le sordide, mais il sonne vrai. Neville n’est absolument pas un héros, il se saoule souvent et son humeur fait des montagnes russes. Un jour, il sera motivé pour améliorer son quotidien et poursuivre ses recherches tandis que, le lendemain, il sera davantage porté à s’apitoyer sur son sort. Grâce à cette justesse de caractère, une certaine proximité – sans aller jusqu’à l’affection pour autant – se crée entre Neville et nous.

Le récit est dynamique, la langue est efficace, les événements s’enchaînent tout en faisant ressentir la lenteur des jours qui se succèdent. Le tout est maîtrisé avec ce qu’il faut de tension et de révélations, et surtout…
Surtout, la fin est absolument géniale et confère au titre une réelle signification. Cela semble évident, mais finalement, il n’a pas vraiment de résonance particulière dans le film. Dans le roman, Neville réfléchit beaucoup aux vampires : il les étudie, cherche à comprendre l’origine de leur état et ce qui les repousse, mais il cogite aussi à la fois sur l’incrédulité et sur la terreur qu’ils ont inspirées aux hommes pendant des siècles. Or, c’est la majorité qui décide qui est un monstre et qui ne l’est pas… (Sans être identique, cette fin habile m’a rappelée celle du film The Last Girl : Celle qui a tous les dons. Sauf que c’était presque la seule chose à sauver de ce film…)

Un classique de la SF qui vaut vraiment le détour, sans comparaison avec le film. Un récit immersif et intelligent qui, sous couvert d’une histoire de survie dans un monde post-apocalyptique, offre une véritable réflexion sur la solitude, le deuil et la souffrance, sur la norme et les monstres, sur la différence et la peur, sur une société qui se transforme et la prise de pouvoir d’une espèce sur une autre. Captivant !

« Pourquoi s’échiner à vivre quand il suffisait d’ouvrir une porte et de faire quelque pas pour en finir ? »

« Il commençait à croire qu’un intrus s’était glissé dans ses pensées. En d’autres temps, il aurait nommé cette voix intérieure sa conscience mais à présent, il la considérait d’abord comme un rabat-joie. La morale, après tout, avait sombré en même temps que la société. Désormais, il était son propre juge. »

« C’est la majorité qui définit la norme, non les individus isolés. »

« Une nouvelle terreur a émergé de la mort, une nouvelle superstition a conquis la forteresse inexpugnable de l’éternité.
Je suis une légende. »

Je suis une légende, Richard Matheson. Folio SF, 2001 (1954 pour l’édition originale. Denoël, 1955, pour la première traduction). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Serval. 228 pages.

Challenge Les 4 éléments – L’eau : 
une histoire de sang

La sublime communauté, tome 1, Les Affamés, d’Emmanuelle Han (2017)

La sublime communauté T1 (couverture)La fin du monde est proche, la Terre est dévastée. Un seul espoir : des Portes qui s’ouvrent sur différents continents. Elles donnent accès vers Six Mondes dont on ne sait rien, mais pour les humains terrifiés, la promesse d’une vie meilleure est plus forte que la peur. Cependant, quelques personnes doutent de ces terres promises. Parmi eux, Ekian, Tupà et Ashoka. Ils sont des Transplantés qui ont grandi bien loin de leur pays natal. Ils ne le savent pas, mais leurs destins sont liés.

Sur cette Terre, la nature s’essouffle et la nourriture vient à manquer. Les humains rêvent d’un autre monde avec de la nourriture pour tous et une nature préservée. Pour moi, cela fait écho à une situation très actuelle, à toutes celles et ceux qui ferment les yeux sur le sort de la Terre, qui se disent « de toute façon, je ne serai plus là quand la situation sera totalement dramatique » ou qui semblent penser que les ressources sont illimitées. Bref, celles et ceux qui se voilent la face et nient la réalité au lieu de prendre conscience que l’on va droit dans le mur, voire de vraiment prendre les choses en main pour tenter de faire bouger les choses, de sauver ce qu’il reste à sauver.

Ce premier tome est dense et prend le temps de présenter ses trois jeunes personnages. On les suit dans leurs réflexions, leurs découvertes et leurs prises de conscience qui leur permettra dans les tomes suivants de réaliser leur destinée. Les Portes et les Affamés font leur véritable apparition que tardivement dans le roman, permettant à l’univers de se mettre tranquillement en place.
Cependant, il intrigue aussi en laissant en suspens de nombreuses questions : qui sont ces Guetteurs qui semblent avoir toutes les cartes en main ? Où mènent réellement les Portes ? Qu’est-ce que cette Sublime Communauté ? Quel est le destin des trois héros ? Quant aux Affamés, hordes d’êtres plus ou moins délabrés, autrefois humains, aujourd’hui plus proches du zombie, ils fascinent et révulsent en même temps. Comment en sont-ils arrivés là ?

Emmanuelle Han nous transporte en Amérique du Sud, dans le désert africain et à Varanasi en Inde. On sort des pays/continents souvent visités (Europe et Amérique du Nord) pour se projeter dans des cadres plus atypiques : l’humidité de la forêt amazonienne, les dunes de sable brûlantes le jour et glaciales la nuit, les rituels dans la ville des morts au bord du Gange… Même si nous sommes dans une dystopie avec des codes et des éléments récurrents, la découverte des cultures amazonienne, touareg et indienne apporte une touche de fraîcheur et de nouveauté.
On doit également à ces lieux l’onirisme de certains passages. Chaque membre du trio passe par une sorte d’initiation. Pour Tupà, c’en est clairement une, suivant les rites des Indiens Guarani, tandis qu’Ekian et Ashoka en expérimentent une, la première en traversant le désert, le second en rencontrant une sorcière. Une touche de magie et de poésie qui saupoudre délicieusement le tout !

Certes, j’aurais sans doute apprécié un peu plus de réponses pour sortir du flou qui a nimbé une bonne partie de ma lecture, mais j’ai toutefois apprécié ce rythme plutôt lent où l’accent est davantage mis sur le cheminement intérieur des personnages que sur l’action. Mélangeant dystopie et légendes ancestrales, science-fiction et fantastique, ce premier tome minutieusement construit met en place un univers prometteur et intéressant.

« C’était peut-être ça, toute la vertu et la raison d’être de l’illusion. Permettre aux innocents de fermer les yeux sereinement. »

« Longtemps Ekian s’était souvenue du désert. De ce sanctuaire de sable, immensité jadis sous-marine, dont le magnétisme éclipsait encore parfois dans son imaginaire toute autre lumière, toute autre féerie ; de ce grand cirque volcanique, immergé dans les dunes, où chaque soir les montagnes de sable se couchaient sur les montagnes de granit. Par les nuits de pleine lune, leurs deux ombres sacrées s’unissaient en silence pour n’en plus former qu’une – alors le monde était en paix. »

La sublime communauté, tome 1, Les Affamés, Emmanuelle Han. Actes Sud Junior, 2017. 373 pages.

Lotto Girl, de Georgia Blain (2017)

Lotto Girl (couverture)Fern Marlow est une Lotto Girl. Grâce à une loterie, ses parents ont pu lui offrir un profil génétiquement modifié par BioPerfect ainsi que la meilleure éducation possible dans la prestigieuse école de filles, Halston.

L’histoire est construite avec des chapitres jonglant entre le présent et le passé. D’une part, on découvre Fern sous un faux nom, obligée de trimer dans un camp de ReCorp, une entreprise responsable du tri des déchets ; d’autre part, on suit Fern depuis son enfance et son entrée à Halston, ses études, ses amies et la suite d’événements l’ayant menée à ReCorp.
J’ai eu davantage d’intérêt pour les souvenirs de Fern que pour le présent. Pour Halston que pour le camp de ReCorp. Les informations sont distillées au compte-goutte et la progression est extrêmement lente. Il y a de nombreuses redites et j’ai parfois eu du mal à avancer dans le livre tant je m’ennuyais. Finalement, j’ai eu l’impression de lire une looooongue introduction.

Les personnages ne m’ont pas tirée de mon ennui. Fern tente de rester le plus longtemps possible dans son conte de fées. Pour une héroïne de dystopie, elle n’est ni révoltée, ni éclairée, ni badass. C’est bien de changer des schémas classiques, mais si c’est pour avoir une héroïne râleuse, aveugle et agaçante… Je lui ai préféré ses amies Lark, Wren et Ivy ou la surveillante Miss Margaret, moins sensibles à la propagande de BioPerfect.
Toutefois, je dois concéder un bon point par rapport aux personnages : pas de véritable romance ! Youhou ! Bon, le beau Chimo ne m’a pas intéressée, mais au moins, il ne nous embête pas trop longtemps.

Pourtant, l’univers présenté est intéressant ! Comme dans La Faucheuse, le concept de nation est devenu obsolète. Cette fois, la Terre est contrôlée par un réseau de grandes entreprises, comme BioPerfect, dirigées par les Parents. BioPerfect possède bon nombre de filiales et le salaire (en données) et le niveau de vie de ses employés varient en fonction de celle à laquelle ils sont affiliés. Ainsi, ceux travaillant à ReCorp ou NewMatter doivent lutter pour survivre, ceux de PureAqua sont un peu mieux payés, etc. On se retrouve avec un système de classe cher à la dystopie. Les plus miséreux vivent dans des camps de fortune surpeuplé, leur air est pollué et poussiéreux et ils doivent affronter les moussons et autres désagréments climatiques ; pendant ce temps, les riches vivent dans de grandes villas sous un ciel d’un bleu pur, offrent à leurs enfants une éducation de qualité, et surtout, ont accès aux services de génétique de BioPerfect pour avoir une descendance intelligente, belle et en bonne santé. Des ressorts classiques, mais efficaces.

La situation, jusqu’alors idyllique de Fern, se complique peu à peu et ni elle, ni le lecteur ne savent à qui faire confiance. Parmi les thématiques abordées, on trouve la manipulation génétique et la manipulation psychologique, l’eugénisme, la perfection, le rôle de l’éducation et de l’environnement social, la prédestination, etc. Nous sommes dans un monde post-apocalyptique qui a changé après le mystérieux Effondrement, ce qui permet d’évoquer les questions de la nature, dans ce monde où les produits frais et non génétiquement modifiés se font rare et où il est mal vu d’avoir une plante verte chez soi.
De plus, qui dit dystopie, mensonges et inégalités, dit révolte. Je l’attendais cette révolution, j’attendais que BioPerfect soit confronté directement, j’attendais qu’il se passe quelque chose. Et pourtant, ça fait un peu pétard mouillé dans ce roman. Les Opposants se cachent… et c’est tout. Ils sont plus baba cool cultivant leur potager hors du monde BioPerfect que guerriers. C’est bien beau, c’est pacifiste, j’approuve, mais ça ne fait pas avancer l’histoire.

Je ressors donc frustrée de ma lecture car de nombreuses questions restent sans réponse (et le resteront puisque Georgia Blain est morte l’an passé…) : les Parents, l’Effondrement, les Souterrains, la rébellion… J’ai du mal à penser que l’autrice ait pensé ce roman en one-shot tant il appelle une suite pour éclaircir bien des points et approfondir les personnages (et si c’était le cas, c’est un très mauvais one-shot).

Malgré un monde plein de potentiel et un regain d’intérêt dans les 70 dernières pages, j’ai été soulagée d’arriver au bout de cette lecture. Lotto Girl souffre réellement d’un manque de rythme et d’action, la progression étant bien trop lente pour être efficace. En outre, personnages et univers ne sont pas assez étoffés pour devenir captivants.

« – Je suis une Lotto Girl. Ils nous utilisent. Parfois pour combler un manque dans le marché du travail, parfois pour tester un nouveau profil. Ils voudront peut-être voir ce que donnera une enseignante avec davantage d’imagination. Ils se servent de nous pour les réglages, pour affiner un modèle. Nous ne sommes que des prototypes de travail. Ils encouragent nos parents, ou les soudoient. Les miens se sont entendus dire que je serais belle s’ils choisissaient l’option préconisée par BioPerfect.
Je l’ai dévisagée. Je n’avais jamais envisagé qu’on puisse être autre chose que des chanceuses. »

Lotto Girl, Georgia Blain. Casterman, 2017 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Australie) par Alice Delarbre. 329 pages.