Sexus nullus ou l’égalité, de Thierry Hoquet (2015)

Sexus nullus ou l’égalité (couverture)La campagne présidentielle est lancée. Un jour, un homme s’interroge : pourquoi tous les présidents français sont-ils des hommes blancs hétérosexuels ? Pourquoi pas de femmes, pas de Noirs, pas de homos, pas de végétariens ? La France tend l’oreille vers cet électron libre, Ulysse Riveneuve, qui propose une idée : supprimer le sexe des actes civils. Devenu candidat, c’est là son seul programme. Ce simple fait – cesser de sexualiser les individus et de les formater dès la naissance à « agir en fille » ou à « agir en garçon » selon leur entrejambe – autorisera enfin une véritable égalité entre toustes quel que soit leur sexe, leur origine, leur sexualité. Cette idée, séduisante pour certain.es, irritante pour d’autres, se retrouve rapidement au cœur de débats passionnés.

J’ai trouvé cet ouvrage passionnant. Sous couvert de la fiction, Thierry Hoquet (philosophe et spécialiste de la philosophie des sciences naturelles et de la période des Lumières) avance de nombreuses idées et bon nombre d’arguments pertinents pour l’effacement du sexe civil. En faisant intervenir des partis opposés à ce projet (notamment le Parti Pour Tous qui rassemble la droite conservatrice et le FN), il peut ainsi répondre à ceux qui s’y opposent, rassurer les inquiets, convaincre les sceptiques.
Il fait également intervenir des discussions avec des notaires, des médecins, des religieux, des publicitaires (inquiets que l’on supprime des niches de consommateurs). La mention du sexe est-elle réellement fondamentale pour eux ? De toute évidence, non. Il aborde une pluralité de sujets qui permet de réfléchir aux conséquences d’une telle mesure dans les différents aspects de la vie des Français.es.

Comme tout conte philosophique qui se respecte, Sexus Nullus est aussi l’occasion de critiquer la situation politique actuelle. Il dénonce le conservatisme du Parti Pour Tous (issu de la Manif pour tous), la frilosité du Parti socialiste qui tentera pourtant de récupérer l’idée en constatant son succès naissant, l’hypocrisie des hommes politiques et des médias qui cherchent à prendre en défaut ce candidat sans parti.

« – Monsieur Riveneuve, combien la France a-t-elle de sous-marins ?
– Vous poserez la question aux autres candidats qui ont des fiches toutes prêtes pour y répondre. Pour ma part, si je suis élu il sera toujours assez tôt pour l’apprendre. L’élection présidentielle, la rencontre avec la France, ça ne se bachote pas. »

Encore plus fort, Thierry Hoquet arrive à faire de cet ouvrage (qui, à la base, parle d’une campagne présidentielle, rappelons-le) un ouvrage palpitant dont on suit les rebondissements avec intérêt. Discours, manifestes, débats sur les plateaux télévisés, tout cela s’enchaîne avec fluidité grâce à la plume pétillante et convaincante de l’auteur.

J’ai adoré ce conte philosophique qui séduit par cette idée présentée comme la solution aux inégalités. Sortir des stéréotypes de genre et permettre à chacun de devenir ce qu’il veut, n’est-ce pas un rêve magnifique ? Un texte intelligent qui pousse à la réflexion.

« Quel monde humain voulons-nous ? Cette question inspire mon programme. Nous avons tout à gagner à soutenir le véritable universalisme républicain, ce que j’appelle l’effacement des sexes. Car au-delà de l’effacement des sexes, c’est le combat pour l’égalité, la lutte contre les discriminations que nous poursuivons. »

« J’élève une petite fille. Et, crois-moi, je vois avec quelle rapidité tout le monde conspire à filliser les filles. Quand elle est née, j’avais une petite personne humaine avec moi. Maintenant, la voici qui ne veut plus porter que du rose. D’où vient ce réflexe ? N’y a-t-il pas mieux à faire ? Demain, elle va me demander du maquillage… Après-demain, un string ou un voile… Maman, tu te rends compte de ce que nous infligeons à nos enfants ? »

Sexus nullus ou l’égalité, Thierry Hoquet. Editions iXe, coll. ixe’ prime, 2015. 171 pages.

Le Majordome, de Lee Daniels, avec Forest Whitaker, Oprah Winfrey… (Etats-Unis, 2013)

Le MajordomeLe majordome en question, c’est Cecil Gaines. Après avoir grandi dans une plantation de coton dans les années1920 où une vieille dame lui apprend à être un domestique, il quitte la Géorgie pour Washington. Il est remarqué pour son travail dans un hôtel de luxe et est embauché à la Maison Blanche. En restant près de trente-cinq ans à ce poste (1952-1986), il travaillera sous sept présidents différents.

Evidemment, pour parcourir 90 ans d’histoire, des années 20 à 2009, on ne peut pas évoquer l’histoire des États-Unis en détail. J’ai trouvé que c’était un bon résumé et qu’il montrait bien l’évolution des droits des Noirs dans la société américaine. Je suppose qu’un historien, qu’un spécialiste en politique américaine trouverait cela un peu léger, mais, pour moi qui ne connaît que les grandes lignes, ça allait. Par contre, c’est vrai que je connaissais toutes les grandes lignes justement évoquées, mais ça a permis de me remettre en tête (et dans le bon ordre) les présidents américains.

D’ailleurs, ces derniers – qui n’apparaissent jamais bien longtemps – ne sont pas interprétés par d’illustres inconnus : pour n’en citer que deux, on trouvera Robin Williams en Dwight Eisenhower et Alan Rickman en Ronald Reagan. (Alan Rickman, une grande et joyeuse surprise puisque je ne savais pas du tout qu’il était dans le film, mais qui m’a fait regretter encore plus de l’avoir vu en VF et non en VO. D’autant plus qu’il n’était pas doublé comme d’habitude, cette voix ne lui convenait pas du tout.) Par contre, c’est moi ou on ne voit ni Ford, ni Carter ? Pourquoi ? Il ne s’est rien passé d’important au cours de leur mandat ?

Le reste du casting est encore truffé de célébrités (uniquement pour la promo ?). Jane Fonda en Nancy Reagan, Lenny Kravitz, Vanessa Redgrave, etc. J’ai vu au générique de fin qu’il y avait Mariah Carey (mais comme je ne sais pas vraiment à quoi elle ressemble…) et effectivement, elle apparaît au moins trente secondes dans un rôle hors du commun qu’elle interprète avec une grande justesse, il faut bien le dire. (C’est de l’ironie pour ceux qui ne comprenne rien. Ce n’est pas qu’elle joue bien ou mal, on ne la voit qu’à peine. Ça devait faire bien pour la promo.)

Un petit mot quand même sur les deux acteurs principaux. Forest Whitaker est parfait dans son interprétation de l’homme discret, loyal et fier de sa condition, fier d’être parvenu là où il se trouve. Et il est tout aussi crédible dans le rôle de l’homme perdu entre son travail et son fils, qui ne sait plus où se trouve sa place. Quant à Oprah Winfrey, elle n’est pas toujours montrée à son avantage et joue très bien la femme fière de son mari, inquiète pour ses enfants, mais tout de même frustrée de sa solitude, de son abandon par son mari. (Eh oui, maman reste à la maison pendant tout le film…)

J’ai été un peu dérangée par la manière dont on peut être manipulé par le réalisateur, par le point de vue. Comme on évolue au côté de Cecil Gaines, on le comprend davantage que les autres personnages. Il s’oppose à son fils, Louis, qui veut s’engager pour les droits des Noirs et donc qui se fait tabasser et emprisonner ; certes, c’est principalement – du moins, je l’ai ressenti ainsi – parce qu’il s’inquiète pour son fils (et pour sa place ?) et non parce qu’il ne souhaite pas une évolution. Pendant ce temps, nous sommes de son côté et nous avons tendance à lui donner raison. Mais non ! Si personne ne s’était battu, rien n’aurait changé (que ce soit pour les noirs, les gays ou n’importe quelle minorité). Les Noirs américains sont encore loin de tous connaître l’american dream, mais il y a quand même eu une progression. Je ne crois pas être très claire, mais j’ai eu l’impression d’être amenée à soutenir le personnage passif.

Malgré quelques longueurs et peu de choses à apprendre, Le Majordome reste un divertissement sympathique