Upside Down, de Richard Canal (2020)

Upside DownL’humanité est divisée en deux. D’un part, la masse – les travailleurs exploités, drogués de loisirs illusoires – survit sur une Terre asphyxiée où l’air brûle et où les océans sont invisibles sous une couche impénétrable de déchets. D’autre part,  les élus, les riches, les héritiers, qui vivent une vie de confort et de loisirs sur des atolls en orbite basse. Si tous ceux du bas rêvent de monter, rares sont les personnes à vouloir descendre. C’est pourtant le cas d’une jeune femme, une clone, qui sera l’étincelle qui allumera le feu du changement.

C’est dans une période assez peu propice à la lecture, mâtinée d’angoisses et de pensées dispersées, que j’ai reçu ce livre grâce à Babelio. Ma lecture, hachurée, distraite, dans les transports en commun ou lors de ma pause méridienne, une partie de mon esprit gardant un œil sur les arrêts ou l’heure, a sans nul doute influencé ma réception de ce roman.
Cela a joué sur mes difficultés à rentrer dans l’histoire. Je ressentais une distance avec les personnages, un certain désintérêt pour ce qui m’était raconté. Il faut signaler toutefois une légère confusion due au fait que l’auteur nous laisse découvrir son monde, et le comprendre, par nous-mêmes. Assez peu d’explications fournies, à nous de comprendre qui sont les keïnos ou les C-losers. Comme si ce monde de papier était déjà le nôtre et qu’il n’était pas nécessaire de le présenter. Heureusement, notre Terre n’est encore dans un état si catastrophique (pas encore…).
En outre, j’étais un peu rebutée par l’utilisation de noms de personnalités réelles (présentes ici sous forme de clones), comme Bill Gates, Elizabeth Taylor ou Maggie Cheung.

J’ai tout de même fini par me prendre au jeu et à lire sans déplaisir. Dès lors, ces clones me sont apparus comme inscrivant cet univers dans la continuité du nôtre et je les ai alors détachés de leurs illustres originaux pour les voir comme des personnages à part entière.
Les personnages de ce roman choral sont intéressants bien qu’un peu lisses. Ils ne m’ont finalement réservé aucune surprise, ce que je déplore vivement. Je me suis attachée à Maggie ou à Stany, le keïnochien, mais je ne peux pas dire qu’ils m’aient étonnée ou amenée sur des chemins inattendus. Le portrait de Bill Gates qui connaît une esquisse de nuancement dans la dernière partie qui lui est consacrée est aussitôt noirci à nouveau par une « révélation » venant de Maggie dans le chapitre suivant. Les protagonistes semblent parfois davantage les symboles, les représentants des différentes classes, se faisant les porte-paroles d’une espèce, d’un statut social. Lui les keïnos, lui les Flottants, elle les clones, lui les maîtres des Domaines…

Cependant, l’auteur développe un discours plutôt réjouissant de révolte, de reprise en main de son destin, de têtes qui se relèvent, d’yeux qui s’ouvrent, de combats sociaux contre la domination des quelques-uns dont la fortune autoriserait la destruction de la planète. Ceci vient compléter la prise de conscience que la Terre est tout ce que nous avons, que déménager sur une autre planète est fort loin de nos capacités et qu’il vaudrait mieux prendre soin de ce que l’on a plutôt que de rêver de détruire recommencer ailleurs. Des propos intelligemment menés qui semblent s’adresser aussi bien aux protagonistes qu’aux lecteur·rices du roman.
Heureusement des bulles d’espoir persistent tant pour la planète que pour la société. Alors que les privilégiés d’Up Above paraissent enfermés dans le passé avec leurs clones, leurs remakes de films et autres œuvres d’art des siècles précédents, les rêves et les espérances, ainsi que les moyens de les concrétiser, continuent de vibrer, notamment avec quelques artistes de Down Below, capables d’inventer de nouvelles formes d’art, utilisant des dons nouveaux et des technologies innovantes, et de faire vivre un univers qui leur est propre. De véritables bouffées d’air frais, dans une société qui se sclérose dans le déjà-fait (Up Above) ou s’abrutit dans le travail (Down Below).

Porté par une plume agréable et poétique, sachant rendre compte aussi bien des beautés des mondes d’en-haut et d’en-bas ou des paysages les plus apocalyptiques, Upside Down est un roman de SF intéressant, quoique principalement desservi par le manichéisme inébranlable des voix qui racontent cette histoire.

« La Terre se déréglait, Gaïa perdait la boule, et nous, du haut de notre inconscience, nous regardions le spectacle avec des mines d’enfants attardés, trop préoccupés par la quête infinie du bonheur pour sentir le vent tourner. Car il y a une beauté intolérable dans les désastres. »

« Une hirondelle épuisée s’est posée au pied d’une tour de refroidissement éventrée, de l’autre côté de la cour. De son bec, elle fouille les taches laissées par les pluies amères sur son plumage. Elle doit bien être la seule à ignorer qu’il n’y a plus de printemps, Down Below, plus de saisons, sinon un automne éternel, de suie et de rouille. »

Upside Down, Richard Canal. Editions Mnémos, 2020. 360 pages.

Trois petits livres signés par trois auteurs que j’apprécie beaucoup : Gaiman, de Fombelle et Bottero

Un peu par hasard, je me suis retrouvée avec trois livres de trois auteurs que j’aime beaucoup : Neil Gaiman, Timothée de Fombelle et Pierre Bottero. Odd et les géants de glace, Céleste, ma planète et Tour B2 mon amour sont trois courts romans jeunesse que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.

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Odd et les géants de glace, de Neil Gaiman (2009)

Odd et les géants de glaceOdd, globalement, n’a pas beaucoup de chance. Plus de père, une mère réinstallée avec un gros bonhomme qui n’aime guère son beau-fils, une jambe en miette suite à un accident de bûcheronnage et voilà que l’hiver s’éternise, s’éternise, s’éternise… Il décide de partir du village sans se douter que son périple le fera côtoyer dieux et géants.

Avant son livre La mythologie Viking (que je n’ai pas encore lu), Gaiman avait déjà exploré ces contrées à travers une petite histoire. Un conte dans lequel un enfant vient en aide à Odin, Thor et Loki chassés d’Asgard par un géant de glace.
Ce n’est pas un Gaiman qui me restera en tête très longtemps. Ce serait même plutôt l’inverse. Attention, c’est une lecture très agréable, le décor prend vite forme – même s’il fait chaud dehors, on s’imagine aisément projeté au cœur de l’hiver –, les personnages sont sympathiques – même si je n’ai pas eu le temps de m’attacher à qui que ce soit – et l’on suit les péripéties sans déplaisir. Mais, contrairement à Timothée de Fombelle qui parvient en moins de pages encore à donner naissance à un récit puissant, Odd et les géants de glace se déroule trop facilement. Odd ne rencontre aucune difficulté et son aventure se déroule comme notre lecture, sans anicroche et bien trop rapidement. Le déroulé du récit est très classique et linéaire. J’aurais sans doute bien davantage accroché à cette histoire enfant, notamment pour l’aspect mythologique et la rencontre avec Loki, Freya et les autres.

Si j’aurais aimé une histoire plus approfondie, Odd et les géants de glace n’en reste pas moins un conte agréable que je conseillerais toutefois davantage aux enfants qu’aux adultes.

« Il était une fois un garçon nommé Odd, ce qui n’avait rien d’étrange ni d’inhabituel en ce temps et dans cette contrée-là. « Odd » signifiait « la pointe d’une lame », c’était un nom porte-bonheur.
Le garçon, en revanche, était un peu bizarre. C’était du moins l’avis des autres villageois. Bizarre, il l’était sans doute ; mais chanceux, certainement pas. »

« De l’écarlate retomba doucement autour d’eux, et tout fut souligné de vert et de bleu, et le monde fut couleur framboise, et couleur de feuille, et couleur d’or, et couleur de feu, et couleur de myrtille, et couleur de vin. »

Odd et les géants de glace, Neil Gaiman, illustré par Brett Helquist. Albin Michel, coll. Wiz, 2010 (2009 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec. 141 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – Le Problème du Pont de Thor : 
lire un livre en rapport avec la mythologie nordique

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Céleste, ma planète, de Timothée de Fombelle (2007)

Céleste ma planèteJe préviens, je vais spoiler pour cette chronique !

Dans un monde ultra modernisé, avec des complexes commerciaux titanesques, des tours dans lesquelles les voitures sont garées à la verticale, des humains qui ne mettent plus le nez dehors et une planète en souffrance, notre héros va faire une découverte incroyable qui va tout changer. Il tombe amoureux de Céleste, une jeune fille très malade… qui souffre des maux infligés à la planète.

On retrouve immédiatement la patte « de Fombelle » dans ce très court récit vite avalé. Poésie est un mot qui revient très souvent pour parler des œuvres de Timothée de Fombelle et ce texte ne fait exception. Cette histoire d’amour cache en réalité un fort engagement écologique et nous interpelle sur les ravages causés à la Terre et à la nature. Une manière originale et onirique pour parler de pollution. Un petit roman très actuel qui fait passer un message fort par le biais d’une histoire efficace et immédiatement prenante.

« Chaque coup porté à notre Terre était reçu par Céleste.
Céleste ne souffrait de rien d’autre que de la maladie de notre planète.
Elle allait mourir à petit feu.
Son sang devait être pollué comme les mers et les rivières, et ses poumons comme le plafond de fumée de nos villes. »

Céleste, ma planète, Timothée de Fombelle, illustré par Julie Ricossé. Gallimard, coll. Folio junior, 2016 (2007 pour la première publication). 91 pages.

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Tour B2 mon amour, de Pierre Bottero (2004)

Tour B2 mon amour (couverture)De Bottero, je n’ai lu que ses trilogies – La quête et Les mondes d’Ewilan, Le pacte des Marchombres et L’Autre – ainsi que Les âmes croisées, premier tome qui, tristesse infinie, restera sans suite. Ses one-shots me restent donc à découvrir et je suis tombée sur Tour B2 mon amour totalement par hasard.

C’est l’histoire d’une rencontre. De la rencontre de deux mondes entre les tours bétonnées d’une cité. La rencontre entre Tristan qui y est né et y a toujours vécu et Clélia qui a dû y emménager par la force des choses. Alors que son décrochage scolaire, ses conflits avec sa mère et la pression des copains menacent de faire glisser le premier sur une bien mauvaise pente, la seconde débarque dans sa vie avec sa spontanéité, sa gentillesse et son amour des livres et des mots. Tout cela, ainsi que sa veste trop grande et son vocabulaire soutenu, font d’elle une extraterrestre, parfaitement ignorante des codes de la cité.

Je n’avais pas de grandes attentes pour ce livre, moins encore lorsque j’ai compris qu’il allait s’agir d’une histoire d’amour, mais la plume de Bottero a su me convaincre.
Certes, l’histoire en elle-même n’est ni inoubliable ni particulièrement originale. La relation des deux personnages est très mignonne et, peu à peu, on s’attache à eux, à leurs fragilités, à leurs rêves, à leurs différences. J’ai apprécié que les personnages restent des collégiens et que les drames de leur quotidien restent crédibles et réalistes. Bottero aborde des thématiques actuelles, mais sans rendre le récit trop pesant, sombre ou torturé.
Cependant, le point fort de ce roman reste cette magie, cette profondeur dans son écriture. Cette justesse des mots qui touchent à chaque fois au cœur. Cette façon de raconter les sentiments, les tempêtes qui agitent cœurs et esprits. Si Clélia est un personnage atypique et décalé que j’ai immédiatement adoré, Tristan m’a également touchée par les craintes et espoirs qui l’agitent : la peur du rejet, le poids du regard des autres, l’envie de se dépasser, le rêve d’un avenir plus radieux, les efforts pour s’améliorer, la sensibilité qu’il tente de cacher, les instants de liberté avec Clélia…

C’est un joli petit récit, empli de tendresse, d’espoir et de la violence des premières histoires d’amour.

« Et maintenant, il était paumé. Déchiré entre des pulsions contradictoires, il ne savait que penser. L’image de Clélia se superposant à celle de ses copains, les accents de sa voix, ses mots formant une cacophonie avec le langage de la cité, il ne savait qu’écouter. Son passé luttant contre un futur à peine esquissé, il ne savait que croire. »

Tour B2 mon amour, Pierre Bottero. Flammarion jeunesse, coll. Tribal, 2004. 150 pages.