Les Marvels, de Brian Selznick (2015)

Les Marvels (couverture)Après Le musée des merveilles, je reviens vous parler de Brian Selznick avec son nouveau livre, Les Marvels (et ce n’est sûrement pas la dernière fois que vous verrez son nom sur ce blog puisque j’ai acheté au salon de Montreuil L’invention de Hugo Cabret et La boîte magique d’Houdini.

L’histoire commence en 1766, avec une pièce de théâtre jouée sur un bateau avec le jeune Billy dans l’un des rôles principaux. Il est le point de départ d’une lignée de cinq générations d’acteurs, les Marvels, et d’un récit en images qui nous mène jusqu’en 1900. Nous faisons ensuite un bond de cent ans et, passant à une narration en mots, nous retrouvons le jeune Joseph, égaré dans Londres après avoir fui son pensionnat. Dans chaque pièce de l’étrange demeure de son oncle Albert Nightingale, un homme bougon et renfermé, il découvre les traces des Marvels et décide de percer le mystère de sa famille.

J’ai retrouvé avec bonheur « un récit en mots et en images », une nouvelle fois émerveillée par la richesse du récit seulement composé de dessins. Ce livre en devient une pure œuvre d’art. J’ai pris un immense plaisir à côtoyer ses comédiens dans ce magnifique théâtre londonien. Brian Selznick utilise intelligemment des coupures de journaux pour nous donner les seules informations que le dessin ne peut pas nous donner comme le nom des personnages. Seul petit regret : que certains dessins soient parfois un peu cachés par la pliure, rendant certains détails peu visibles.
L’ouvrage est esthétiquement envoûtant. Les gros plans sur les visages sont juste sublimes et d’une belle expressivité. Quant aux décors, ils nous plongent en un clin d’œil dans un autre univers. En effet, après le musée, Brian Selznick invoque à nouveau des lieux hors du temps, hors du monde avec le théâtre et la maison d’Albert Nightingale. Anciens et éternels, ils sont porteurs de rêves et magie.

L’histoire est à la fois plus complexe et tout aussi touchante que celle du Musée des merveilles. C’est un récit sur la famille et sur notre place dans le monde. Les personnages des deux romans que j’ai lus se sentent différents de leur famille. Rose et Ben, dans Le musée des merveilles, étaient des sourds avec des parents entendants et Joseph se sont trop rêveur pour ses riches parents qui sillonnent le monde pour gérer des banques ou occuper d’autres postes dans le genre. Cette thématique de « trouver sa place » me parle énormément car ce sont des questions que je ne cesse de me poser. Voilà pourquoi, à mon avis, j’ai été aussi sensible à ces histoires.
L’un des points qui m’a également énormément touchée dans Les Marvels est la façon dont est traitée l’homosexualité dans ce récit. Si certains personnages sont gays, ce n’est absolument pas le sujet du livre. Les mots « gay » ou « homosexuel » ne sont même jamais écrits (de la même manière que le mot « hétérosexuel » est rarement écrit lorsqu’un roman met en scène un couple composé d’un homme et d’une femme). Deux hommes s’aiment et ce n’est pas plus sujet à discussion que s’il s’agissait d’un homme et d’une femme. Ils ont des problèmes, mais être gay n’en fait pas partie. C’est très agréable et apaisant de lire une histoire où l’homosexualité ne conduit à aucun drame, n’est caution à aucun événement triste. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à ce que cela me fasse un tel bien.

Les personnages sont tous plus marvelous les uns que les autres, mais ce qui est aussi magique, c’est que le récit de Brian Selznick s’inspire d’une histoire et d’une maison véritables, Dennis Severs’ House, située à la même adresse et que j’ai bon espoir d’aller visiter en janvier. Si tel est le cas, je vous en reparlerai dans mon bilan mensuel.

Derrière cette magnifique couverture violette et or se cache un livre unique et étonnant, traversé par mille émotions, qui révèle un bel hommage à l’imagination, aux histoires, à la magie nichée dans le réel, à l’amour, au deuil et à la famille.
Un dernier mot, dernière tentative pour vous empêcher de passer à côté de cette œuvre magnifique : lisez Les Marvels.

Et je ne résiste pas à l’envie de partager la petite vidéo réalisée par l’équipe de Babelio !

« Ou bien on voit, ou bien on ne voit pas. »

« Etait-ce son imagination ou entendait-il vraiment des murmures dans les autres pièces, des pas qui allaient et venaient, des martèlements de sabots de chevaux dehors dans la rue ? On aurait dit que d’autres cloches sonnaient quelque part au loin. Joseph voulu se lever et regarder par la fenêtre, même si au fond de lui il était sûr que les rues seraient vides. Il n’y aurait pas de chevaux. C’était comme si le monde était rempli de fantômes… »

« Joseph regarda de nouveau Frankie, stupéfait de voir à quel point il avait déjà approché certains éléments de l’histoire sans la connaître. Les mots « Ou bien on voit, ou bien on ne voit pas » lui étaient apparus comme un avertissement, mais peut-être étaient-ils une incitation à aller plus loin, finalement. »

«  – Marcher le long de ce fleuve, c’est comme marcher sur un chemin chargé d’histoire, dit-il. C’est comme feuilleter un recueil sans fin d’histoires oubliées. Mais il y a d’autres évènements qui attendent d’être racontés et qui seront oubliés un jour, eux aussi. Quoi qu’il en soit, tout cela est enfoui sous vos pieds, en ce moment. »

Les Marvels, Brian Selznick. Bayard jeunesse, 2017 (2015 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Diane Ménard. 668 pages.

Challenge Les Irréguliers de Baker Street – La Ligue des Rouquins 
lire un livre dans lequel un personnage est roux

Le musée des merveilles, de Brian Selznick (2011)

Le musée des merveilles (couverture)Publié sous le titre Wonderstruck, ce roman a tout d’abord été traduit en français sous le titre Black Out (j’avoue d’ailleurs avoir une préférence pour cette édition, couverture rigide et unique (j’entends par là « qui n’est pas l’affiche du film »)) avant de connaître une renaissance avec un nouveau titre, Le musée des merveilles, à l’occasion du film du même nom réalisé par Todd Haynes.
C’est l’histoire de deux enfants. Rose en 1927 et Ben en 1957 sont tous les deux sourds. Tous les deux, ils vont se rendre à New-York en quête de leur passé, et peu à peu, leur histoire va s’entremêler.

J’avais souvent vu les livres de Brian Selznick, auteur notamment de L’invention de Hugo Cabret, sans jamais les ouvrir. Aussi quand Babelio m’a gentiment envoyé ce livre ainsi que Les Marvels, j’ai eu la surprise de constater que les images n’étaient pas seulement là pour accompagner le texte. Il s’agit d’« un roman en mots et en images ». Ainsi, l’histoire de Ben est classiquement racontée en mots, comme un roman habituel, mais celle de Rose est uniquement composée d’images. Cette succession de dessins au crayon, en noir et blanc, a rapidement fait naître un film dans mon esprit au fil de ma « lecture ». Ces illustrations, riches en petits détails, se suffisent largement à elles-mêmes. Les 636 pages se dévorent en quelques heures car le tout est d’une grande fluidité.

Rose part à la recherche de sa mère, la grande absente de sa vie qui a confié à d’autres l’éducation et la surveillance de sa fille handicapée, tandis que Ben part à la recherche d’un père dont on ne lui a jamais parlé avec pour seul indice un livre dédicacé et un vieux marque-page. L’histoire est un peu simple et l’issue en est assez prévisible, mais elle recèle malgré tout une montagne de douceur et d’intelligence. Les personnages vont se croiser et peu à peu les images de Rose illustreront les mots de Ben, proposant un beau final à ce récit atypique.

Ce livre nous place dans la peau de deux personnages sourds. On ressent parfois violemment la difficulté de communiquer, d’appréhender le monde lorsque le son est coupé. Rose m’a également fait prendre conscience d’un aspect de l’histoire du cinéma que je n’avais jamais envisagé. 1927, époque charnière : passage du cinéma muet au parlant. 1927, sortie du célèbre film d’Alan Crosland, Le chanteur de jazz, qui comporte un passage parlé. Or, pour les sourds, c’est un choc qui les exclut des salles de cinéma.

En dépit de l’apparente simplicité du récit, Black Out / Le musée des merveilles est une belle et tendre histoire sur la surdité et la famille tandis que l’univers du musée crée une bulle hors du monde. Et surtout, ses illustrations délicates et sa forme totalement originale valent vraiment le coup d’être découvertes.

Une immense merci à Babelio, aux éditions Bayard et à Brian Selznick pour les livres et pour l’excellente rencontre qui a suivi leur lecture !

« Bientôt, il était de nouveau devant le diorama. A bout de souffle, il s’agenouilla et plongea son regard dans les yeux des loups. Ils semblaient brûler de secrets que Ben était sûr de ne jamais découvrir. »

« Ben songea que, peut-être, chacun de nous était un cabinet de curiosités. »

Le musée des merveilles, Brian Selznick. Bayard jeunesse, 2017 (2011 pour l’édition originale. Bayard jeunesse, 2012, pour la première traduction française). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Danièle Laruelle. 636 pages.

Blast, tomes 1 à 4, de Manu Larcenet (2009-2014)

Polza Mancini est en garde-vue, interrogé pour ce qu’il a fait à une dénommée Carole Oudinot. Il commence à dérouler le fil de son histoire à partir de la mort de son père pour que les deux policiers chargés de l’enquête puissent le comprendre. Et comprendre le blast. Les quatre tomes mélangent ainsi les souvenirs de Polza et les échanges au cours de l’interrogatoire.

Comment parler de Blast ? Une chose est sûre : j’en parlerai mal. Il n’y a qu’une chose que vous pouvez faire (devez faire ?) : vous procurer ces BD et les lire.
Voilà, fin de la chronique !
Bon, je vais quand même essayer de vous dire deux-trois choses.

Blast, c’est…

C’est humain. Le regard sensible porté sur tous ceux qui sont à la marge de la société, sur leur difficulté, leur incapacité à se fondre dans une normalité qui, tout bien considéré, ne veut rien dire. Le cheminement de Polza qui ne peut que toucher et émouvoir. La réflexion passionnante sur une vie délivrée des règles de la communauté.

C’est violent. Psychologiquement. La souffrance humaine – le deuil, la haine de soi, la maladie – nous est projetée dans la figure. La psychologie de Polza est vraiment fouillée même s’il nous reste toujours inaccessible. Sans aucun doute, cette lecture est une bonne grosse claque dont on ne sort pas vraiment le cœur joyeux.

C’est violent (bis). Physiquement. Entre les meurtres et les autres agressions, c’est parfois un peu glauque. Et ça peut mettre mal à l’aise, même si, finalement, peu de choses sont montrées frontalement.

C’est oppressant. Polza m’a étouffée. J’étais à la fois curieuse, intéressée, compatissante et rebutée par ce personnage atypique et perturbant. Est-il fou ? Est-il génial ? Expérimente-t-il de véritables transes ou n’est-il qu’un psychopathe ? Comme le dit l’un des policiers à la fin, une chose est sûre : il est intelligent. Et fascinant.

C’est organique. Comme la grasse carcasse de Polza, comme les fluides qui s’écoulent hors des corps, comme la forêt bruissante et grouillante, comme la souffrance, comme la liberté.

C’est beau. Les dessins, sombres. Les visages, fermés. Les gros plans. Le trait de Larcenet parfois flou, parfois criant de réalisme. Tout cela me parle, me touche, me transperce.

C’est innovant. Le mélange des styles. Aux illustrations noires de Larcenet se mêlent des dessins d’enfants et des collages. Les dessins d’enfants sont les seules touches de couleurs dans cet océan de noir et blanc. Figurant le blast, ils offrent une légèreté rafraîchissante, une originalité unique, une imagination folle comme seuls les enfants savent le faire. Les utiliser de cette façon est une idée géniale. Quant aux collages, sortis de l’esprit malade de Roland, ils sont d’un ridicule qui va jusqu’au dérangeant.

C’est malin. La fin du quatrième tome nous pousse à refeuilleter les trois premiers. Pas parce qu’un retournement de situation bouleverse toute notre vision des choses. Juste parce que les deux policiers nous proposent la leur. Une autre manière de considérer l’histoire de Polza.

C’est aussi poétique, contemplatif, viscéral, unique. Bref, en deux mots comme en cent, c’est une tuerie ! Polza était soufflé par le blast et moi, j’ai été pulvérisée par Blast.

« Il faut se méfier de la chose écrite. Au-delà de sa noblesse, elle ne reflète toujours que la vérité de celui qui tient le crayon. »

Blast, tome 1 : Grasse Carcasse, Manu Larcenet. Dargaud, 2009. 204 pages.
Blast, tome 2 : L’Apocalypse selon Saint Jacky, Manu Larcenet. Dargaud, 2011. 204 pages.
Blast, tome 3 : La tête la première, Manu Larcenet. Dargaud, 2012. 204 pages.
Blast, tome 4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent, Manu Larcenet. Dargaud, 2014. 204 pages.

Lignes noires, d’Adrien Thiot-Rader et Ludovic Rio (2012)

Lignes noires (couverture)Paris, une nuit comme les autres, un accident dans le métro. Quelqu’un tombe sur la voie. Comment ? Pourquoi ? Marc, Audrey, Seb, Matthieu. Quatre individus dont les routes, un jour, se sont croisées. L’histoire, une course poursuite à travers un Paris très actuel. Un fugitif, des poursuivants… et un quatrième protagoniste au rôle mystérieux.

L’histoire n’est certainement pas le point fort de cette BD. Non pas qu’elle soit ennuyeuse, mais, avec trois fois 24 pages, elle est trop brève, trop pauvre en détail pour captiver réellement le lecteur. Les personnages eux-mêmes sont trop simples pour être attachants puisque nous n’avons pas le temps d’en apprendre davantage sur eux (à l’exception peut-être de Matthieu que l’on suit plus longuement que les autres et qui est plus bavard). C’est une ébauche de polar. Sombres, les illustrations en noir, en gris et en blanc nous plonge tout à fait dans l’ambiance d’une ville menaçante dans laquelle le crime rôde (bon, ça reste Paris, ce n’est pas Gotham).

 

Néanmoins, cet ouvrage a un intérêt : il s’agit de sa forme. Les éditions Polystyrène se sont spécialisées dans la bande dessinées, certes, mais surtout dans les livres à manipuler. Dérouler, déplier, assembler… autant de solutions pour appréhender autrement l’objet livre et son contenu, pour construire, pour lire autrement.

Ainsi, Lignes noires se déploie en trois parties dont les pages se Lignes noires (intérieur)tournent de bas en haut. Les trois chapitres (« La fuite », « En avant » et « Des hommes ordinaires ») proposent trois points de vue qui permettent de reconstituer toute l’histoire. A lire successivement ou parallèlement en faisant coïncider les rencontres des différents personnages (lire trois histoires en même temps, mais en même temps ne lire que la même… intéressant…).

 

S’il n’y a pas un énorme suspense dans les histoires en elles-mêmes (encore une fois, elles se lisent trop vite pour que son installation soit possible), les responsables de ce drôle de micmac – Adrien Thiot-Rader et Ludovic Rio, tous deux auteurs et dessinateurs, scénario et illustrations ont été réalisés à quatre mains – ont réussi à en créer un en introduisant dans le dernier chapitre un personnage dont la présence intrigue et laisse perplexe jusqu’à la fin.

 

Une BD qui renouvelle le genre, qui intrigue par sa forme, qui intéresse par les lectures qu’elle propose. Je pressens que les éditions Polystyrène, connues au festival d’Angoulême 2015, sont une excellente découverte et une maison à suivre.

« Marc ? C’est Antoine… Nom de Dieu, pourquoi tu décroches pas ? Ils sont venus à l’usine… Et maintenant, ils viennent te chercher à l’appart’… Je suis désolé… Je leur ai tout balancé. »

Lignes noires, Adrien Thiot-Rader et Ludovic Rio. Editions Polystyrène, 2012. 3×24 pages.

 Autres parutions des éditions Polystyrène :

  • Polychromie
  • Thomas et Manon

Trois livres d’Eric Wantiez (textes) et Marie Deschamps (illustrations)

Une critique pour trois livres que je ne veux pas dissocier, trois ouvrages qui ont attiré mon regard à Angoulême, qui m’ont séduite et qui m’ont transportée dans leurs pages.

Sous la plume d’Eric Wantiez et sous le pinceau de Marie Deschamps sont tour à tour nés :

  • Pierre et Lou (2009)
  • Nino (2011)
  • Un secret (2012)

Tous trois sont édités chez Comme une orange.

Pierre et Lou (couverture)Pierre et Lou et Nino se ressemblent énormément. Dans l’histoire en premier lieu. Deux histoires d’amour entre des personnages réservés ou différents. Quatre humains, quatre animaux (qui parlent comme dans les contes), sages témoins de leurs rencontres, de leurs émois et de leurs hésitations. Un oiseau pour un amoureux des jardins et un chat pour une timide dessinatrice, un écureuil pour une fille de la ville et un lion pour un funambule. Chacun d’entre eux, l’amour les révélera et ils s’apercevront qu’ils ne sont pas invisibles et inintéressants comme ils le pensaient.

L’imagination d’Eric Wantiez est pleine de tendresse et de poésie. Nino est un peu plus long, un peu plus écrit que Pierre et Lou, mais aucun n’est simpliste. Le ton est juste et touchant, ce qui les rend accessibles à tous les publics.

Nino (couverture)Marie Deschamps, l’illustratrice, s’affranchit des codes de la bande-dessinée avec des cases de toutes tailles, verticales ou horizontales, et, souvent, pas de case du tout. Des pages entièrement illustrées repoussent le texte en haut ou en bas.

La finesse de son trait sied à merveille à ces histoires douces et sensibles. J’ai été séduite par la bichromie (exceptionnellement ponctuée de touches vermeilles) de ces deux romans graphiques, Pierre et Lou étant dominé par les couleurs bleutées, Nino par des tons violets. De plus, les personnages sont véritablement adorables et toucheront les enfants comme les adultes (qui, j’espère, seront toujours des enfants).

Un secret (couverture)Un secret se démarque davantage de ses grands frères. Format à l’italienne, dessin en noir et blanc, ce n’est plus uniquement une histoire d’amour que l’on découvre, mais une histoire de vie. Comme une promenade sur la rivière… Dix années clés de la vie du narrateur, de 1970 où son grand-père lui confia un secret à 2032 où il le transmit à son propre petit-fils. Amitiés et amours éphémères, perte et angoisse, vie de famille… Un récit sur le temps qui passe et les priorités que l’on établit tous. Sur la difficulté de parler à ses proches et la transmission aussi.

J’ai été fascinée par ces oiseaux des rivières, hérons et martins pêcheurs, esquissés en quelques traits qui ponctuent le récit, chapitre après chapitre. Il y a une sobriété et une simplicité dans le dessin qui correspondent très bien aux visages qu’ils tracent, à ces êtres simples, loin de toutes extraordinaires aventures.

Bandes dessinées, romans graphiques ou illustrés, albums ou contes ? Peu importe la classification, trois ouvrages atypiques par leur forme et pleins de sensibilité que je recommande chaudement. Alors sortez de chez vous, saisissez votre corde et traversez le rideau des saules pour découvrir Pierre et Lou, et Nino, et le petit garçon devenu grand-père de Un secret.

Vivement leur prochaine collaboration intitulée Le Printemps d’Oan !

 

« Il sait maintenant qu’on ne connaît pas tous les possibles. »

Pierre et Lou

« Marion et l’écureuil l’ont vu en même temps. En même temps, ils ont levé la tête et ils l’ont deviné, tout là-haut, minuscule sur ce fil tendu entre deux mâts. C’était un funambule. Il ne semblait marcher sur rien, suspendu comme par miracle dans le vide.

– On dirait qu’il danse, a murmuré Marion.»

Nino

« Les secrets sont faits pour être partagés. Mais attention ! On ne doit pas les partager avec n’importe qui ! Seulement avec des gens de confiance… Parce qu’un secret, c’est un grand trésor. »

Un secret

Un secret, Eric Wantiez (scénario) et Marie Deschamps (dessin). Comme une orange, 2012. 94 pages.

Nino, Eric Wantiez (scénario) et Marie Deschamps (dessin). Comme une orange, 2013 (Scutella, 2011, pour la première édition). 80 pages.

Pierre et Lou, Eric Wantiez (scénario) et Marie Deschamps (dessin). Comme une orange, 2015 (Scutella, 2009, pour la première édition). 88 pages.