Deux mots sur… Chaos et Idaho

Deux romans, trois en réalité, qui n’ont, à première vue, rien à voir. De la SF française et de la littérature américaine entre le roman psychologique et le nature writing.  Et pourtant, deux romans où l’oubli est au cœur du récit.

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Chaos (2 tomes) de Clément Bouhélier (2016)

Chaos T1 (couverture)Les publications des éditions Critic ont souvent tendance à attirer mon attention, donc ça ne se refuse pas lorsque l’on tombe sur les deux tomes dans une boîte à livre, surtout lorsque le résumé me fait penser que je vais passer un moment bien sympathique.
Le pitch ? Une épidémie qui se répand à travers Paris, la France et la planète engendrant maux de tête dans un premier temps et vidage complet de mémoire dans un second temps. Au milieu, quatre immunisés qui reçoivent d’étranges messages.

Le premier tome est bien efficace et parfois glaçant. Les récits post-apo, je n’en lis pas forcément beaucoup, mais j’aime beaucoup ça et je me suis ici régalée. Ce premier tome raconte les différentes étapes de l’épidémie – les cas isolés, les premiers éclairs de compréhension, la tentative d’enrayer le phénomène, la panique – jusqu’à l’effondrement de la société. J’ai adoré suivre la progression inéluctable des petits parasites, suivre cette « maladie de l’oubli » foudroyante s’étaler à travers le pays comme une nappe d’huile. On saute rapidement d’un personnage – à la fois très cool et tellement ordinaires, ces personnages – à l’autre et le bouquin se dévore.

Chaos T2 (couverture)Malheureusement, ça n’a pas vraiment été le cas du second tome qui a eu beaucoup de mal à m’intéresser. Les personnages sont réunis et tout est beaucoup plus confus. Pas étonnant, me direz-vous, car nous entrons dans une autre facette de la science-fiction et se dessine alors un multivers incompréhensible pour nos petits pions. Les voilà projetés dans des terres désertiques et hostiles pour essayer de comprendre qui a foutu leur monde en l’air. Je n’ai pas détesté ce tome qui est plutôt riche en péripéties (mais peut-être pas autant que je l’espérais en révélations même si l’une d’entre elle m’a bien touchée), j’ai fini par enchaîner les deux cents dernières pages à toute allure, mais ce n’est pas l’excellente lecture que j’espérais.

Je suis bien contente d’avoir lu ce diptyque, mais il va retourner dans sa boîte à livres pour se trouver de nouveaux lecteur·rices.

« Il est des nuits dont on voudrait qu’elles durent éternellement tant on appréhende le matin. Il est des sommeils dont on voudrait ne jamais se réveiller, tant la réalité dépasse en horreur le plus angoissant des cauchemars. »

Chaos, Clément Bouhélier. Editions Critic, 2016.
– Tome 1, Ceux qui n’oublient pas, 452 pages ;
– Tome 2, Les terres grises, 416 pages.

 Challenge Les 4 éléments – La terre :
Un récit dans le désert

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 Idaho, d’Emily Ruskovich (2017)

Idaho (couverture)Idaho, dans la montagne. Plusieurs époques : 1995, 2008, 2004, 1973, 1999, 2024… Un drame, une famille brisée. Un homme, Wade. Une autre vie avec Ann qui tente de percer les secrets de la première avec Jenny. Des souvenirs. Une maladie, celle de Wade qui, comme son père et son grand-père, perd la mémoire.

Je pensais vraiment écrire une chronique de ce livre, mais je m’aperçois que je n’ai pas de quoi alimenter une véritable chronique. C’est un livre qui m’a longtemps laissée perplexe, indécise quant à ce que j’en pensais.

Côté écriture, rien à redire. C’est subtil, c’est sensible, c’est l’art de dire beaucoup mine de rien. C’est captivant. L’atmosphère, les personnages, les caractères, tout est magnifiquement raconté. Enfin, magnifiquement n’est peut-être pas le meilleur terme car c’est parfois un peu oppressant, perturbant. C’est un roman lent qui m’a bercée quelques jours, un roman d’impressions, de pensées qui tourbillonnent, de regards posés sur la nature environnante, des odeurs, des sensations, de milliers de détails.

Un récit où les protagonistes ont des réactions étonnantes, parfois incompréhensibles. Un récit dont tous les personnages semblent en suspens, en attente, en réflexion. Évanescents aussi. Entre eux, une difficulté à communiquer, une gêne, un blocage. La maladie, le passé, la haine de soi… des éléments qui se mettent entre les protagonistes, les poussant à se poser mille questions sans réponse, à échafauder des scénarios. Et du coup, tu fais de même.

C’est un roman dont tu ne peux t’empêcher d’attendre la fin et les réponses qui vont avec. Sauf que non. Il n’y a pas vraiment de réponses. Ce qui était flou au début reste flou à la fin. Un peu frustrant, je dois dire.

 Je ne sais que réellement penser de ce roman. L’écriture et l’ambiance sont géniales, l’écriture est captivante, mais j’aurais aimé peut-être un peu plus de matière au final. Quelques indices. Quelques réponses à mes questions.

« Parce que Wade avait tout jeté – les dessins, les vêtements, les jouets –, chaque vestige accidentel prenait une importance indescriptible dans l’esprit d’Ann. Quatre poupées moisies enfouies dans la sciure d’une souche d’arbre pourrie. La chaussure à talon haut d’une Barbie, tombée d’une gouttière. Une brosse à dents fluorescente dans la niche d’un chien. Puis, enfin, le dessin à moitié achevé dans le manuel. Des objets chargés d’une importance qu’ils ne méritaient pas mais qu’ils revêtaient à cause de leur effrayante rareté : ils grandissaient en elle, se transformant en histoires, en souvenirs dans la tête d’Ann alors qu’ils auraient dû rester dans celle de Wade. »

Idaho, Emily Ruskovich. Gallmeister, coll. Americana, 2018 (2017 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Simon Baril. 352 pages.

Billy Brouillard (3 tomes), de Guillaume Bianco (2008-2012)

Billy Brouillard est un petit garçon à l’imagination débordante. Son don de « trouble-vue » lui permet de déceler une réalité invisible pour la plupart des gens. Une racine devient un serpentaire, un vieil épouvantail un esprit resté sur terre, une simple flaque le royaume d’une princesse solitaire.
Dans le premier tome – Le don de trouble vue –, Billy découvre son chat Tarzan, compagnon pas toujours volontaire de ses jeux, mort dans les bois. Résoudre le mystère de la mort devient donc sa mission afin de ramener Tarzan dans le monde des vivants. Dans le second tome – Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël –, il remet en doute l’existence de ce singulier personnage. Non seulement celui-ci a échoué à lui ramener Tarzan, mais voilà qu’il découvre un costume dans la chambre de ses parents. Dans le troisième tome – Le chant des sirènes –, convaincu d’avoir perdu son don de « trouble-vue », Billy Brouillard se résigne à appréhender le monde dans toute sa triste réalité, avec ses humains mangeurs de cadavres et ses océans bientôt vides. Jusqu’à ce qu’une mésaventure l’entraîne au fin fond des enfers pour y délivrer l’âme d’une étrange sirène prénommée Prune.

Les romans graphiques Billy Brouillard m’attiraient depuis longtemps sans avoir pour autant l’occasion de les découvrir. Ils faisaient partie de ces livres desquels, lorsque je les voyais en librairie, je me disais « oh, j’ai trop envie de les lire, ceux-là, il faut que je me les offre une prochaine fois ! », sauf que de prochaine fois en prochaine fois… je ne les lisais toujours pas. Du coup, je me suis résigné à simplement l’emprunter à la bibliothèque.
J’ai commencé par Le chant des sirènes, découvrant après coup qu’il s’agissait du troisième volume, mais cela n’a été d’aucune importance dans la compréhension de l’histoire et du personnage. (J’ai sans doute raté des références aux volumes précédents en revanche.)
Et je me suis régalée.
Et je me suis ensuite procurée les deux premiers tomes évidemment.

Ouvrages quelque peu hybrides, ces bandes dessinées entremêlent à l’histoire principale des poèmes et comptines, du récit en prose, des bestiaires surprenants, des extraits de la « Gazette du bizarre », des anecdotes sur les talismans ou les superstitions, les cauchemars ou les esprits, des récits sur des personnages aux destins tragiques – la fille aux chats, la petite sirène qui ne voulait plus en être une, la fille aux couteaux… –, des recettes de philtres magiques, etc. Quelques bizarreries se glissent ici et là, comme ce premier tome dont la pagination reste bloquée jusqu’à la fin au chiffre 13. Le tout dégage une atmosphère quelque peu désuète. Comme un grimoire que l’on aurait déniché au fond du grenier.

Ces bandes dessinées se démarquent réellement par leur esthétique gothique et leur atmosphère macabre. J’y ai retrouvé un petit côté Tim Burton, le Tim Burton des poèmes du Petit enfant huître, de Beetlejuice ou encore du court-métrage Vincent. Difficile de ne pas faire de rapprochement entre ces deux enfants très imaginatifs, curieux et avides d’expériences morbides – même si l’un utilise son chien et l’autre son chat (voire sa petite sœur). Ces pages sont remplies de choses mortes et visqueuses, de créatures rampantes et sifflantes, de morts et de mutilations… le tout raconté avec cette légèreté et ce détachement qu’on peut trouver dans des contes affreux.

Trois BD sur l’enfance et tout ce qu’elle recèle de trésors, d’émerveillement, d’angoisses, de chagrins et de désillusions. Billy vit sa vie comme une aventure perpétuelle, peuplée de créatures fabuleuses et de monstres sanguinaires, mais il croise sur son chemin la mort, l’amour, l’amitié. C’est drôle, sinistre, dense, poétique, fantastique, morbide, farfelu, cruel, touchant. Au-delà des péripéties haletantes et de toutes les bizarreries qui les parcourt, ce sont aussi et surtout des odes sublimes à l’imagination dissimulées sous de magnifiques objets.

Billy Brouillard (3 tomes), Guillaume Bianco. Soleil, coll. Métamorphose.
– Tome 1, Le don de trouble vue, 2008, 143 pages ;
– Tome 2, Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël, 2010, 103 pages ;
– Tome 3, Le chant des sirènes, 2012, 141 pages.

 

Challenge de l’imaginaire
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Trois petits tours, d’Hélène Machelon (2019)

Trois petits tours (couverture)Dans cette « autofiction », Hélène Machelon raconte quelques instants de vie autour de la mort d’une fillette, d’un bébé, d’une Rose dont le passage sur Terre fut aussi éphémère que douloureux.

Portraits à l’hôpital Necker. Soignants, clown et thanatopracteur, compagne d’infortune et membre de la famille : huit personnes qui, tour à tour, prennent la parole. Parlent de Rose bien sûr, mais aussi – et surtout – de ce que la mort de la fillette fait remonter en elles, en eux. Se peignent alors des figures bouleversantes. Un désir d’enfant jamais comblé, la mort d’un petit frère ou d’une fille, la défaillance de leurs parents, des doutes, des craintes, de la culpabilité… Les tableaux dessinés par ses histoires de vie, ses histoires malheureusement de tous les jours, sont particulièrement réalistes, comme de chair et de sang et non d’encre et de papier (ou de pixels plutôt puisque je l’ai lu sur écran – ce qui n’est définitivement pas ma came).

J’ai tout particulièrement aimé le thanatopracteur, son application et sa compassion qui confère à son métier une vraie beauté ainsi que ce portrait amer d’une femme de l’administration détestée de tous et méprisée pour son apparente insensibilité. Elle est finalement le personnage le plus solitaire du récit, jugée de tous, sa carapace ne dissimulant rien d’autre d’une tristesse dévorante et acide. Finalement, elle est la seule dont le malheur ne semble pas prêt de toucher à sa fin.
Si l’histoire personnelle de l’aumônier m’a touchée au même titre que les autres, c’est malgré tout le chapitre qui m’a le moins parlé. Surtout lorsque la mère s’exprime. Même sa colère envers Dieu, je ne peux la comprendre tout à fait puisque sa foi m’est totalement incompréhensible. La référence aux colombes, aux anges… très peu pour moi. Je n’ai pas besoin de ça pour imaginer la douleur de cette perte. (Ce n’est pas une critique vis-à-vis du récit ; simplement, ce sont des passages qui m’ont laissée de marbre malheureusement.) Après un échange avec l’autrice, mon point de vue sur la question doit toutefois être nuancé. Elle m’a parlé de la forte présence des religions à l’hôpital, des lieux de culte installés sur les sites et de ce dernier espoir (ce fol espoir ?) que représente parfois la religion pour les malades et leurs proches. Donc, si cela ne change rien au fait que ces passages ne me parlent pas et ne m’émeuvent pas, cela semble être un élément intéressant pour une peinture réaliste de ce milieu hospitalier.

Dans chaque chapitre, il y a également la mère qui, par huit fois, se confie. Deux points de vue à chaque fois, deux visions de ses rencontres, de ses occasions manquées parfois de se comprendre, de se parler, de se soutenir. La mère exprime son chagrin, sa mort intérieure, ses souvenirs, les espoirs placés en Rose, le bonheur évaporé… Elle parle autant que le père se tait, muré dans un silence dont il ne sortira pas pour nous.

Il est difficile pour moi de chroniquer un roman dans lequel l’autrice a de toute évidence mis ses tripes et son histoire. Hélène Machelon donne la parole aux vivants dans ce texte grave et dur. La souffrance y est évoquée avec pudeur et dignité. Mais il n’est pas aussi sombre que ce que l’on pourrait croire. Ligne après ligne, ce roman raconte tout l’amour d’une mère pour sa fille. C’est douloureux, certes, indicible même. Pourtant, je n’en suis pas ressortie déprimée. Au contraire, il m’a laissée sur une émotion étonnamment lumineuse. Car, si Rose ne sera jamais oubliée de celles et ceux qui l’ont aimée, les rêves de bonheur ne sont pas exclus dans ce quotidien, cette vie, qui reprend irrésistiblement ses droits.

Un beau roman qui m’a touchée non pas tant par son sujet que par l’écriture délicate et sensible de l’autrice.

« On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va. »
Jacques Prévert

« Je n’avais jamais croisé la mort, même de loin ou brièvement. Aujourd’hui, je l’embrasse ou plutôt c’est elle qui m’embrasse dans un long baiser subi. Elle me force, elle me viole, elle fait de moi ce qu’elle veut.
La terre s’ouvre et nous engloutit. L’éclipse est totale ; j’aurais donné ma vie mais c’est la sienne, à peine éclose, qui a été choisie. »

La mère

« Je ne pensais pas que j’étais capable d’être clown en pédiatrie, moi qui suis si émotive. La fierté et l’admiration se lisent dans les yeux de mon mari. Mes filles racontent à l’école que leur maman fabrique des rêves aux enfants malades de l’hôpital. C’est gratifiant de rallumer les yeux éteints d’un enfant.
Ils sont enfant avant d’être malade. »

La clown

« Pourquoi ai-je fui ? Ai-je eu peur un instant pour mon propre bonheur ? Que la souffrance de cette mère soit contagieuse, qu’elle m’atteigne, moi qui ai tout. Que ses tentacules de douleur m’engloutissent et m’entraînent tout au fond avec elle. J’ai résisté et j’ai honte de me l’avouer. J’aurais pu, au fond, pleurer avec elle. Ce n’est pas honteux de pleurer, je voudrais me rattraper, partager ma compassion et ma peine avec elle. »
La clown

Trois petits tours, Hélène Machelon. Librinova (auto-édition), 2019. 135 pages.

Spécial Benjamin Lacombe : Les Contes macabres, volume II, et Carmen

Et encore des déceptions. Il faut croire que les auteurs et autrices médiatisé·es peinent à me convaincre en ce moment.

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Les Contes macabres, volume II,
d’Edgar Allan Poe, illustrés par Benjamin Lacombe (2018)

Les contes macabres T2J’ai parlé il y a fort fort longtemps dans l’un de mes premières chroniques – pas très développée, d’ailleurs, la chronique – du premier volume de ces Contes macabres. Un ouvrage sublime que j’avais adoré tant pour ses illustrations que pour ses textes (même si j’avais surtout parlé de la forme et du travail de Benjamin Lacombe). Il était donc tout naturel que je me tourne vers le second tome lorsque j’ai eu la surprise de le voir paraître (rien n’annonçait une « suite »).
Six histoires (contre huit dans le premier opus) constituent ce recueil : Metzengerstein, Éléonora, Le joueur d’échecs de Maelzel, Le Roi Peste, Petite discussion avec une momie et Manuscrit trouvé dans une bouteille. Elles sont suivies d’un texte de Baudelaire intitulé « Notes nouvelles sur E. A. Poe ».

Je n’étais pas particulièrement prédisposée à en écrire la chronique et je ne l’aurais sans doute pas fait si je n’avais été si déçue. Comme je le disais, les histoires de Poe sur la mort, la culpabilité, la peur, les femmes, l’amour perdu m’avaient fascinée et les illustrations de Lacombe constituaient pour elles un écrin luxueux. Mais cette fois, l’immersion fut toute différente.
La première histoire, Metzengerstein, m’a laissée de marbre, la fin rapide me laissant très dubitative. La seconde histoire, Éléonora, m’a séduite par sa poésie avant de tout gâcher avec une fin en eau de boudin.
Passons à la troisième histoire, Le joueur d’échecs de Maelzel. Texte de non fiction, Poe écrit ici sur le célèbre Turc mécanique, un prétendu automate qui a fasciné les foules au XVIIIe siècle : il présente le déroulé de chaque démonstration publique, revient sur diverses hypothèses proposées alors et explique le fonctionnement de la supercherie selon lui. J’ai alors atteint des sommets d’ennui. Si le livre n’avait été si agréable à feuilleté, si j’avais lu cette histoire dans un vieux poche un peu pouilleux, nul doute que le bouquin en question se serait retrouvé dans une boîte à livres plus rapidement qu’il n’en faut pour le dire. Qu’est-ce que c’était barbant ! Le style ampoulé de Baudelaire, dont je fais habituellement abstraction, m’a fait piquer du nez quelques fois et j’ai allègrement sauté quelques phrases. En quoi est-ce un conte ? En quoi est-ce macabre ? En gros, que fait-il là ?
Après cette lecture extrêmement laborieuse, la suite ne pouvait que s’améliorer et, en effet, les textes suivants se sont avérés un peu plus conformes à mes attentes. Toutefois, Petite discussion avec une momie et Manuscrit trouvé dans une bouteille m’ont malgré tout semblé ici et là emprunts d’une lourdeur assez désagréable, et seul Le Roi Peste m’a vraiment convaincue, me permettant de retrouver un délicieux mélange de macabre et d’humour (mais ce n’est pas pour autant la nouvelle de Poe que je recommanderais pour découvrir l’oeuvre du monsieur).

L’objet-livre est toujours aussi soigné et agréable. Le rouge du premier tome cède la place au bleu et la couverture est une invitation plus que convaincante à se glisser entre les pages noires et blanches de l’ouvrage. Pourtant, Poe n’a pas été le seul à me décevoir. J’ai trouvé les illustrations de Lacombe trop rares à mon goût, plus rares que dans le premier volume. Une remarque que j’avais déjà soulignée suite à ma lecture du Musée des monstresElles sont comme toujours très réussies, conférant parfois aux nouvelles une ambiance que les mots peinent à instaurer, mais leur rareté est dommageable.

Conclusion : je vous recommande vivement le premier tome de ces Contes macabres ! En revanche, ce second volume très en-deçà de son prédécesseur et de mes attentes me laisse un goût bien amer dans la bouche.

« Tout à coup les marins trébuchèrent contre l’entrée d’un vaste bâtiment d’apparence sinistre ; un cri plus aigu que de coutume jaillit du gosier de l’exaspéré Legs, et il y fut répondu de l’intérieur par une explosion rapide, successive, de cris sauvages, démoniques, presque des éclats de rire. Sans s’effrayer de ces sons, qui, par leur nature, dans un pareil lieu, dans un pareil moment, auraient figé le sang dans des poitrines moins irréparablement incendiées, nos deux ivrognes piquèrent tête baissée dans la porte, l’enfoncèrent, et s’abattirent au milieu des choses avec une volée d’imprécations. »

Les Contes macabres, volume II, Edgar Allan Poe (textes) et Benjamin Lacombe (illustrations). Soleil, coll. Métamorphose, 2018. Traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Baudelaire. 203 pages.

Challenge de l’imaginaire
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Carmen, de Prosper Mérimée, illustré par Benjamin Lacombe (2017)

Carmen (couverture)Je retente ma chance avec un autre titre de la collection Métamorphose qui dormait dans ma PAL depuis Noël 2017. Découverte pour moi d’un texte classique de Prosper Mérimée, un auteur que je n’avais jamais lu (bien que La Vénus d’Ille soit aussi dans ma PAL).

Je vous le dis, je vais spoiler. Donc si vous ne connaissez pas la fin de l’histoire comme c’était mon cas (ma connaissance de Carmen s’arrêtait à Bizet et à deux-trois passages – « L’amour est enfant de bohême… », vieux souvenir de cours de musique au collège, la corrida… – mais pas la fin), arrêtez de lire si vous ne voulez pas tout savoir de cette histoire !

Je n’ai pas ressenti un enthousiasme fou pour cette histoire. La plume de Mérimée ? Les trop fréquentes interruptions pour consulter les notes en fin d’ouvrage ? Les personnages ? L’histoire classique ? Peut-être bien un peu de tout ça.

En tout cas, nous sommes là sur une histoire qui ne jure pas à notre époque : un gars qui tue une femme parce qu’elle avait décidé de le quitter, c’est fou comme ça sonne actuel. Peu importe que cela se passe ici dans un univers de brigands et de bohémiens andalous.
Par contre, si le but était de dépeindre Carmen comme machiavélique, satanique ou je ne sais quoi, c’est un peu raté à mes yeux : elle n’est pas un ange certes, elle n’est pas des plus fidèles, ni des plus sympathiques, mais ce n’est en rien une justification à l’acte final de Don José. Elle vit sa vie comme elle l’entend, séduisant qui ça lui chante, elle cause des ravages dans le cœur des hommes : elle est l’archétype de la femme fatale dont on pressent la chute. Mais son meurtre reste un meurtre et je n’ai aucune compassion pour le coupable.

Enfin, quand je dis « acte final », ce n’est pas tout à fait exact. Après le récit enchâssé de Don José qui constitue finalement le vrai cœur du texte – son amour pour Carmen, son ascension auprès d’elle, puis la déchéance, la jalousie, la folie, bref, tous les ingrédients d’une passion amoureuse – malgré les longues circonvolutions qui nous y amènent, se trouve un chapitre pseudo-scientifique inattendu qui fait totalement retomber le soufflé. Mérimée se lance dans des explications, des considérations, des discussions sur les Gitans, leur apparence physique et leur langue – avec quelques réflexions qui apparaissent comme un tantinet racistes deux siècles plus tard. J’ai vraiment question l’intérêt de ce chapitre au sein de ce court roman, c’est plat et ça n’a strictement rien de romanesque. J’ignore comment il était reçu lors de la parution en 1847, mais ce chapitre me semble aujourd’hui totalement inapproprié.

Quant aux illustrations de Benjamin Lacombe, j’ai apprécié l’ambiance sombre qu’elles dépeignaient avec cette image omniprésente de l’araignée qui tisse sa toile, Carmen usant de sa mantille comme d’un filet. Il s’en dégage l’impression que la fin est inéluctable. Couleurs chaudes de l’Andalousie et noirceur pour une entité plus diabolique dans les dessins que dans le texte.

Un beau livre qui me laisse cette fois un sentiment mitigé. L’histoire a pris son temps pour m’attraper dans sa toile avant de me perdre totalement au fameux et ultime chapitre IV et j’ai l’impression d’être passée à côté des sentiments que les personnages tentaient de m’inspirer : j’ai la sensation que j’aurais dû blâmer Carmen et compatir pour l’infortuné Don José, mais je n’y parviens pas. Suis-je passée à côté de ce classique de la littérature française ? Il semblerait.

« Puis, s’approchant comme pour me parler à l’oreille, elle m’embrassa, presque malgré moi, deux ou trois fois.
– Tu es le diable, lui disais-je.
– Oui, me répondait-elle.
 »

Carmen, Prosper Mérimée, illustré par Benjamin Lacombe. Editions Soleil, coll. Métamorphose, 2017 (1847 pour le texte de Mérimée). 171 pages.

Quatre mini-chroniques : Le rire du grand blessé, Le dogue noir, Les Belles Endormies et Au plus près

J’ai quelques chroniques qui traînent dans mon ordi, certaines depuis 2018, il est donc temps de les publier. SF made in France, récit fantastique signé Neil Gaiman, troublant petit roman japonais et BD en provenance directe de Scandinavie, tel est le programme

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Le rire du grand blessé, de Cécile Coulon (2013)

Le rire du grand blessé (couverture)Quand on est analphabète et condamné à une vie de misère, il n’y a plus qu’une voie de secours : devenir Agent et surveiller les Manifestations à Haut Risque dans lesquelles se pressent des milliers de lecteurs et lectrices, avides de recevoir leur shoot d’émotions fortes. 1075 surpasse tous les autres. Mais sa découverte de l’alphabet va bouleverser sa vie.

Cécile Coulon est une autrice dont j’ai beaucoup entendu parler sans jamais avoir l’occasion de la lire. Grâce au Joli – dont je vous invite à découvrir la chronique – c’est maintenant chose faite avec ce petit roman. 135 pages, un concentré efficace. De la SF ciselée comme un diamant.

Imaginez un pays contrôlé par les Livres. Des Livres Frisson, des Livres Chagrin, des Livres Fou-Rire, écrits à la chaîne pour fournir à la population la dose d’excitation dont elle a besoin et la maintenir sous contrôle. Imaginez des Agents froids, insensibles à ces transports de drogué·es, qui, pour fuir les campagnes boueuses et miséreuses, dédient leur vie à l’excellence, au dépassement de soi et à la surveillance (tout en étant étroitement surveillés eux-mêmes). Imaginez qu’un maillon se révèle défaillant, imaginez un système qui va trop loin, imaginez la graine de rébellion qui, peut-être, un jour, fleurira. Des ingrédients qui ont parfois fait leurs preuves – difficile de ne pas penser aux monstres du genre que sont Ray Bradbury et George Orwell – et qui fonctionnent ici encore.
Peut-être parce que l’abrutissement de la société est une thématique parlante, effrayante. Peut-être parce que la disparition des livres non formatés par le régime, la disparition de la lecture comme plaisir libre pour devenir une drogue savamment injectée par le gouvernement sont des sujets qui touchent la lectrice passionnée que je suis. L’autrice joue avec les codes, transforme les livres, souvent bannis des dictatures dans les romans de SF, en moyen de contrôle, en carotte pour la population. C’est original et brillamment réussi.

Peut-être parce que l’écriture est fantastique aussi. Très peu de dialogues, mais une superbe description de ce qui anime et remue les personnages. Les descriptions des lectures collectives m’ont glacée tandis que la soif d’apprendre, les doutes et les angoisses de 1075, bref, l’intériorité du personnage me captivait. La construction du récit est aussi plaisante, distillant avec justesse révélations et surprises.

Une dystopie étonnante qui pervertit l’acte de lecture d’une manière tout à fait déstabilisante et qui interroge aussi notre façon d’aborder les livres dans une société de consommation.

(J’ai depuis lu Méfiez-vous des enfants sages dont je comptais vous parler dans une chronique spécial Cécile Coulon, mais ce court roman m’a laissée tellement de marbre, m’a ennuyée même et je n’ai aucune envie d’en écrire une critique. Tant pis, je resterai sur mon excellent souvenir du Rire du grand blessé.)

Méfiez-vous des enfants sages (couverture)

« Les Agents accédaient à ce statut grâce à leur faiblesse, précisément ce pour quoi on les avait toujours rejetés. Jusqu’alors, ils n’avaient été que des ratures dans les marges de la société. »

« La liberté ? Ce mot ne signifiait rien d’autre que le souvenir de nuits sans sommeil et d’hivers sans feu. La liberté, tels le vin, les femmes et les Livres, tuait les hommes qui en consommaient trop. Elle les gangrenait, ils ne pensaient qu’à elle, comme à une fille qu’ils auraient croisée une fois sans avoir osé l’aborder. Une saleté ! L’illusion du pouvoir, la certitude idiote qu’il nous reste un trésor quand on a tout perdu. 1075 détestait les hommes libres, parce qu’ils ne possédaient rien, et qu’ils en étaient fiers. »

« 1075 ne souhaitait pas se retrouver sur les gradins d’un stade à implorer, mains jointes, trois malheureux chapitres d’un Livre quelconque ; il désirait comprendre comment on en était arrivés là. Pourquoi les mots provoquaient-ils un tel déchaînement ? »

Le rire du grand blessé, Cécile Coulon. Points, 2015 (Viviane Hamy, 2015, pour la première édition). 135 pages.

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 Le dogue noir, de Neil Gaiman (2016)

Le dogue noir (couverture)Après American Gods et Le monarque de la vallée, nous retrouvons Ombre toujours en vadrouille dans le nord du Royaume-Uni. A nouveau, l’histoire débute dans un pub alors que la pluie tombe à verse. La discussion tourne autour des chiens, réels et imaginaires (même si ces derniers sont aussi réels que les premiers pour certain·es autochtones) et d’un chat retrouvé emmuré dans les murs du bar. Une ambiance tout à fait festive donc. Ombre accepte l’invitation d’un couple qui se propose de l’héberger pour la nuit. Mais l’homme s’effondre et la rencontre vire au cauchemar.

Fantômes, meurtres, jalousie, culpabilité, molosse spectral… on retrouve bien l’ambiance étrange et macabre du Monarque de la vallée avec cette terreur qui ne vient pas forcément de là où on l’attend. On retrouve certains ingrédients d’American Gods et, bien que potentiellement indépendante, je pense que ces livres plairont surtout à celles et ceux qui connaissent déjà le personnage et son histoire.
Si j’apprécie ces historiettes – parce que Neil Gaiman, parce que bien écrits –, leur brièveté me frustre également. L’immersion est rapide tout comme la lecture (surtout pour un livre à 23€ même si les illustrations expliquent un peu ce prix) et je redoute la lassitude si le voyage d’Ombre doit ainsi se poursuivre. Ces récits sont très sympathiques et remplis de choses qui me plaisent (à commencer par l’ambiance et les sujets), mais je préférerais retrouver Ombre dans un gros roman !

Heureusement que l’illustrateur est là pour sublimer le tout ! Pour coller à l’ambiance inquiétante, les illustrations de Daniel Egnéus sont idéales. Tracées à l’encre, certaines dégoulinent comme les figures du test de Rorschach, d’autres  présentant des enchevêtrements chaotiques de traits fins. Et toutes, avec ces corps tordus, en souffrance, mettent en exergue la folie et l’irréalité qui irriguent le récit. Cette noirceur viscérale prend aux tripes, révulse et fascine et transcendent un texte qui serait probablement facilement oubliable sans elles.

Dans cette histoire, joliment sombre, résonne un écho au célèbre chien des Baskerville. Les illustrations font toute la beauté de l’objet en soulignant l’étrangeté et l’horreur de ce récit.

« Il n’y avait aucun bruit dans la maison : Ombre imaginait le Dogue noir tapi sur le toit, occultant tout soleil, toute émotion, tout sentiment et toute vérité. Quelque chose avait abaissé le volume dans cette maison, refoulé toutes les couleurs vers le noir et blanc. Il aurait souhaité se trouver ailleurs, mais il ne pouvait pas les abandonner. Il s’asseyait sur son lit, regardait par la fenêtre la pluie ruisseler sur le carreau et sentait les secondes de sa vie s’égrener pour ne jamais revenir. »

« Un autre contact lui effleura la main. Ombre jeta un coup d’œil sur le côté et comprit. Comprit pourquoi Bastet avait été à ses côtés en ce lieu, comprit qui l’avait amenée.
On les avait broyés et saupoudrés sur ces champs plus de cent ans auparavant, volés à la terre ceignant le temps de Bastet et de Beni-Hassan. Par tonnes et tonnes, par milliers, des chats momifiés, chacun un minuscule représentant de la déité, chacun un acte d’adoration préservé pour une éternité. »

Le dogue noir, Neil Gaiman. Au Diable Vauvert, 2017 (2016 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais par Patrick Marcel. 87 pages.

Challenge de l’imaginaire
Challenge de l'imaginaire (logo)

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Les Belles Endormies, de Yasunari Kawabata (1961)

Les belles endormies (couverture)Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est là un texte très troublant. Nous suivons le fil des pensées du vieil Eguchi qui, pour une première fois, puis une seconde, une troisième, une quatrième et une cinquième fois, se rend dans une étrange maison pour y dormir aux côtés de jeunes filles, d’adolescentes, droguées et plongées dans un profond sommeil. La contemplation de ces filles le conduit à une sorte de méditation sur sa vie passée tandis que leurs corps et leurs odeurs réveillent en lui le souvenir des femmes de sa vie. Outre une mosaïque de son existence et des sentiments qui l’ont traversée, se dessine aussi un tableau de la vieillesse, de la peur de la décrépitude, de la solitude, de l’approche inéluctable de la mort.

Senteurs charnelles, souffles chauds, corps alanguis… l’écriture délicate de Kawabata dessine une atmosphère sensuelle, érotique parfois. Eguchi porte son attention sur de minuscules détails parfois surprenants, comme l’implantation des cheveux sur la nuque, une dent de travers, la forme d’une langue, la courbe d’une épaule, les nuances et la texture de la peau… La description des visages et des corps est tout simplement sublime.
Cependant, ce court roman m’a aussi mise très mal à l’aise. Inconscientes poupées de chair et de sang, morceaux de viande fraîche, l’impuissance de ces jeunes filles livrées aux regards – tendres, paternels, admiratifs, lubriques – de vieillards flirte avec le malsain même si les règles tacites de la maison interdisent les rapports sexuels (même si ces « hommes de tout repos » en sont généralement incapables). Doublée de certaines réflexions sur les femmes que je ne partage aucunement, ce récit n’a cessé, du début à la fin, de me déranger, voire de m’irriter.

Lent, triste, beau, vaporeux, ce huis-clos nous plonge dans les souvenirs, les affres et les craintes d’un vieil homme. Si la fin laisse un goût d’inachevé, Les Belles Endormies, roman étrange s’il en est, m’aura à la fois séduite pour la poésie et la sensibilité de son écriture sur des sujets inhérents au genre humain et révulsée par son cadre éminemment perturbant et même scabreux.

« Il était évident que la fille ne dormait là que par amour de l’argent. Cependant, pour les vieillards qui payaient, s’étendre aux côtés d’une fille comme celle-ci était certainement une joie sans pareille au monde. Du fait que jamais elle ne se réveillait, les vieux clients s’épargnaient la honte du sentiment d’infériorité propre à la décrépitude de l’âge, et trouvaient la liberté de s’abandonner sans réserve à leur imagination et à leurs souvenirs relatifs aux femmes. Était-ce pour cela qu’ils acceptaient de payer sans regret bien plus cher que pour une femme éveillée ? »

« L’immense étendue des désirs, leur insondable profondeur, jusqu’à quel point les avait-il finalement mesurées au cours des soixante-sept années de son passé ? »

Les Belles Endormies, Yasunari Kawabata. Le Livre de Poche, coll. Biblio romans, 2006 (1961 pour l’édition originale. Albin Michel, 1970, pour la traduction française). Traduit du japonais par René Sieffert. 124 pages.

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Au plus près, d’Anneli Furmark (dessin) et Monika Steinholm (scénario) (2018)

Au plus près (couverture)La dernière Masse Critique Babelio de l’année m’a permis de découvrir la bande-dessinée Au plus près aux éditions Çà et Là, une maison qui m’avait déjà séduite par le passé avec l’atypique Bottomless Belly Button de Dash Shaw.
Au plus près nous emmène en Norvège aux côtés de Jens et Edor. Tous deux, au cours d’un été mouvementé, découvrent leur homosexualité et leur attirance réciproque.

Commençons par le point qui fâche. Je n’ai pas du tout adhéré au dessin. Pas du tout. Pourtant, j’ai plutôt tendance à m’habituer facilement à des styles très divers, y compris ceux qui, à première vue, ne sont pas dans mes goûts car je finis souvent par trouver qu’ils se marient bien à l’histoire qu’ils illustrent. Mais là, non. Je n’ai pas arrêté de tiquer sur telle ou telle page, ce trait, comment le qualifier, naïf ? simpliste ? enfantin ? n’a pas su me séduire. Ce coloriage un peu grossier – feutre et crayon de couleur mêlé de collages – n’a pas davantage réussi à me transporter dans « les somptueux paysages du nord de la Norvège » vantés par le communiqué de presse.

En revanche, l’histoire est jolie et tendre. On s’attache aux garçons, surtout Jens pour ma part. Ce garçon à la chevelure flamboyante, un peu gros, un peu trop timide qui finalement se découvrira bien plus de courage et d’honnêteté – envers lui-même et envers les autres – que cette tête brûlée d’Edor. Les événements et la façon dont ils sont narrés ne sont pas d’une grande originalité – j’avoue que l’on peut sans trop de difficultés annoncer ce qui se passera dans les pages suivantes – mais le but n’est sans doute pas là et il se dégage de ses pages une grande douceur et beaucoup de pudeur. On s’immisce dans les pensées des personnages sans voyeurisme et les autrices ne poussent jamais trop loin dans le pathos.

Une histoire d’amour tout à fait réaliste et crédible, dont les émois et les drames parleront à tout le monde. Il est simplement regrettable que j’ai été si rebutée par le dessin de la Suédoise Anneli Furmark.

Au plus près, Anneli Furmark (dessin), tiré d’un roman de Monika Steinholm (2017). Editions Çà et Là, 2018 (2018 pour l’édition originale). Traduit du suédois par Florence Sisask. 224 pages.