L’ours masqué, de France Quatromme (textes) et Mélanie Desplanches (illustrations) (2014)

L'ours masqué (couverture)L’ours masqué est le pseudonyme sous lequel Grand Ours Brun se cache pour séduire Grande Ourse Blanche. Mais voilà, comme la séduire ? En suivant les conseils des amis bien sûr ! Bien sûr ? Hum… pas si certain… Les résultats ne sont pas concluants et les meilleures intentions de l’Ours sont remerciées par une sèche carte de l’Ourse lui reprochant les conséquences funestes de ses actes. Finalement, c’est en suivant son cœur et son intuition qu’il trouvera les gestes et les paroles appropriés.

Le texte de France Quatromme aborde des questions importantes sans adopter un ton de donneur de leçons. Tour à tour, protection des espèces animales, consommation responsable et de proximité, fonte des glaces et nuisances auprès d’autrui sont dénoncées. Des problèmes de société somme toute ! De plus, Grand Ours Brun nous apprend qu’il n’est nul besoin d’essayer d’être quelqu’un d’autre. Les résultats ne seront jamais ceux escomptés et rester naturel avec un peu de confiance en soi, en ses goûts et en ses opinions est ce qui importe le plus. Respect de l’environnement et des autres, sincérité, deux notions délicatement traitées ici.

Quant aux illustrations, elles sont pleines de douceur et de couleur. Elles raviront les yeux des plus jeunes. Dans leur simplicité, elles se marient parfaitement avec cette jolie histoire.

Notons que les éditions Les Minots vont dans le sens de ce que raconte cet album en choisissant un imprimeur labellisé Imprim’Vert.

« Un conte plein d’humour pour aborder l’écologie et la confiance en soi ! » dit la quatrième de couverture. J’approuve ce commentaire. Un album que l’on peut mettre entre les mains, devant les yeux et dans les oreilles des enfants dès quatre ans.

« Cela faisait des semaines que Grand Ours Brun avait la tête sens dessus dessous. Il tombait des arbres, tremblait au bourdonnement des moustiques. On murmurait dans la forêt que Grand Ours Brun était amoureux ! »

  Quatrième de couverture :

Grand Ours Brun est amoureux !

Et ce matin, c’est décidé, il va déclarer sa flamme à Grande Ourse Blanche. Ne sachant comment s’y prendre, il va consulter le renard, l’écureuil, et même le loup en personne. Malgré tous leurs conseils avisés, rien n’y fait, Grand Ours Brun tombe toujours un peu à côté, et Grande Ourse Blanche est vraiment fâchée !

C’est que parfois, en matière d’amour, il vaut mieux écouter sa petite voix.

L’ours masqué, France Quatromme (textes) et Mélanie Desplanches (illustrations). Editions Les Minots, 2014. 36 pages.

Bou et les 3 zours, d’Elsa Valentin (texte) et Ilya Green (illustrations) (2008)

Bou et les 3 zours (couverture)Une petite fille insouciante perdue dans les bois, comme souvent dans les contes. Dans une maison, trois bols de soupe, trois chaises et trois lits… Oui, c’est l’histoire de Boucle-d’or et les trois ours ! Mais avec cet album signé Elsa Valentin et Ilya Green, préparez-vous à redécouvrir autrement ce conte si connu…

Elsa Valentin reprend ce célèbre conte pour en faire une expérience langagière magnifique. Délaissant le français classique, Bou et les 3 zours accueille allégrement patois et langues étrangères pour créer une sauce riche en sonorités agrémentée de quelques mots valises et autres expressions familières pour épicer le tout. L’italien, l’argot, l’anglais, le créole et les néologismes se mélangent dans une histoire parfaitement compréhensible. Un album qui laisse même une place pour un langage enfantin, celui de son jeune lecteur ou auditeur qui ne maîtrise pas encore tous les sons.

La meilleure manière de découvrir Bou et les 3 zours, ou de le faire découvrir, est de le lire à haute voix. C’est un album qui est fait pour être écouté et toute sa saveur en est démultipliée. Un ravissement pour les oreilles !

 

Couleurs vives, échos japonisants, les illustrations d’Ilya Green transmettent toute la malice de la petite Bou, fillette brune toute mignonne dans sa robe rouge. La forêt  luxuriante est superbe, on meurt d’envie de s’y promener. (J’aime particulièrement celle de Bou caminant à travers la forest en direction de la maison des 3 zours, paysage nocturne dominé par les tons violets.) De plus, pétillantes, elles s’accordent parfaitement avec le dynamisme du texte d’Elsa Valentin.

 

Plein de vie, Bou et les 3 zours est un voyage magique au pays des mots. On dévore les verbes, les noms et les adjectifs, on les mâchonne, on les répète tant ils sont jubilatoires à prononcer ! Trésor à faire partager autour de soi !

En prime : un petit détail à relever. Première page. Bou, devant sa maison, s’apprête à boulotter le monde et arpenter la forêt. Derrière les fenêtres, la maïe fait de la peinture pendant que le païe est aux fourneaux ! Merci pour cette page, Ilya Green !)

 

« L’était une fois une petite Bou qui livait dans la forest avec sa maïe et son païe. Un jour, elle partit caminer dans la forest pour groupir des flores.

– Petite Bou, ne t’élonge pas troppe, lui dire sa maïe et son païe.

– Dakodak, respondit Bou. »

 « Ma il tardait et bientôt le sole alla se couchotter.

– Patastrophe ! s’excrilla Bou. J’ai caminé longi lontano troppe ! Oussa ma casa ? Il nocte et je me suis perdite !

Œilladant autour d’elle, elle visa une lumi luce qui brillait entre les zarbres. Elle proxima jusqu’à une casa pikinote. Elle gonca tocca ma nul ne respondit, alors elle poussa la porte et entra la casa. »

A feuilleter sur le site des éditions de L’atelier du poisson soluble.

Bou et les 3 zours, Elsa Valentin (texte) et Ilya Green (illustrations). L’atelier du poisson soluble, 2008. 42 pages