Recueil de mini-chroniques, spécial BD

Zaï zaï zaï zaï, de Fabcaro (2015)

Zaï zaï zaï zaï (couverture)Parce qu’il n’a pas sa carte du magasin, un homme se retrouve traqué et jugé par tout le monde. Des politiciens aux médias, de ses amis aux gens dans les bistrots, chacun y va de son avis pendant que l’ennemi public n°1 se lance dans une fuite éperdue.

Pas de place au doute : nous allons faire une plongée dans le registre de la parodie et de l’absurde. C’est hilarant (j’ai ri à chaque planche ou presque), mais pas seulement…

En effet, les points de vue se multiplient (le risible aussi) et peu à peu se dessine une réjouissante parodie de notre société. Elle critique la politique d’hyper sécurité, l’indifférence, l’intolérance et la xénophobie, l’hypocrisie et le conformisme… Elle se moque gentiment des régions françaises (« Ici, en Lozère, je serai en sécurité, ils ne captent ni télé ni radio. »), des films policiers et/ou d’action, les médias, les révoltes adolescentes contre les parents…

Si le dessin est très minimaliste, Fabcaro propose néanmoins une bande dessinée très immersive. Elle rappelle irrésistiblement des situations de notre quotidien et, dès les premières pages, a aussitôt lancé un film dans ma tête avec des images, des bruits, des voix (notamment celle des journalistes… vous savez…cette (insupportable) voix (merci à Alberte Bly pour la découverte de cette vidéo vraiment bien faite))

Chorale, futée, atypique et franchement barge, voilà comment je qualifierais cette BD  désopilante qui souligne avec justesse quelques tares de notre société. Autant d’humour et autant d’intelligence, pourquoi se priver ?

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro. Editions 6 pieds sous terre, 2015. 72 pages.

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Les années douces (2 tomes), de Jirô Taniguchi,
d’après le roman d’Hiromi Kawakami (2008)

Les années douces (couverture)

Les rencontres entre Tsukiko et son ancien professeur maintenant à la retraite. Entre la trentenaire et celui qu’elle appelle « le maître », se noue une relation où l’affection est de plus en plus prégnante.

Les années douces 2 (couverture)C’est un récit très lent, très tendre qui se déroule ici. On regarde ces deux cœurs solitaires s’approcher et se découvrir peu à peu. C’est tranquille, délicat, tout en douceur. Pas de grandes aventures, pas de rebondissements inattendus, juste des instants du quotidien narrés avec beaucoup de pudeur et de simplicité.

J’avoue que j’ai particulièrement aimé la première partie (heureusement, la plus longuement évoquée dans ces deux volumes) de leur relation, lorsque celle-ci était plus floue, oscillant entre amitié, respect et amour platonique. La suite est plus conventionnelle bien que toujours aussi justement narrée.
Si les « Maître ! » incessants de Tsukiko m’ont parfois agacée, presque gênée par cette connotation hiérarchique dans une relation d’égale à égal, je me suis toutefois identifiée à cette femme timide, qui a l’impression de ne pas être suffisamment adulte. J’ai été touchée de la voir, elle si solitaire malgré une vie active, découvrir l’autre et constater la place qu’il a prise dans sa vie comme ça, mine de rien, au fil des conversations.

Les rencontres des deux personnages s’effectuent la plupart du temps dans un petit troquet et la nourriture accompagne tout le récit. Et s’opère alors ce talent tout japonais semble-t-il de rendre tout et n’importe quoi (certains plats ont de quoi surprendre) parfaitement alléchant. (Je pense notamment aux films d’animation de Miyazaki ou autres qui me mettent toujours l’eau à la bouche.)

Les dessins de Taniguchi soulignent tout cela – émotions, timidité, tendresse, mets appétissants – avec fluidité et précision. J’ai aimé scruter les visages, contempler les paysages, m’immerger dans ces pages crayonnées.

Ce n’est pas un coup de cœur, peut-être la narration ne s’y prêtait-elle pas. Ce fut une lecture agréable, douce, sereine, onirique parfois. Je ne sais quelles émotions elle laissera en moi, mais je pressens que je n’en garderais qu’un souvenir diffus quoique paisible et heureux.

Les années douces (2 tomes), Jirô Taniguchi, d’après le roman d’Hiromi Kawakami. Casterman, coll. Ecritures, 2010-2011 (2008 pour l’édition originale). Traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu. 200 pages (tome 1) et 238 pages (tome 2).

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Saveur Coco, de Renaud Dillies (2013)

Saveur Coco (couverture)Deux amis, Jiři et Pôlka, errent dans le désert, assoiffés. La seule dépression en vue est loin d’être climatique. Entre mirages, poissons volants et noix de coco inviolables, les deux compères ne semblent pas prêts de se désaltérer

Ne vous attendez pas à un début et une fin bien nette. Non, ici, le scénario est comme un désert qui s’étend à l’infini. Entre la première et la dernière page, on n’aura pas vraiment le sentiment d’avoir avancé, juste celui d’un bref voyage étonnant et poétique en compagnie d’une cigogne et d’un renard anthropomorphiques.

C’est ça, Saveur Coco. Pas une histoire au sens où on l’entend, mais de la poésie. Poésie des mots, poésie des images.
Dialogues savoureux, bons mots et jolies répliques. C’est décalé, c’est loufoque, c’est inclassable. Mais on se prend de sentiment pour ce duo improbable, pour ces deux amis si différents que l’épreuve de la soif amènera à déteindre un peu sur l’autre.
Couleurs lumineuses et faciès attendrissant. C’est un régal pour les yeux. Ça jaillit, ça éblouit, ça émerveille. Pleines pages, petites cases, rondeurs, angles droits, absence de bordures, banderoles… le tout foisonne d’inventivité tandis que le Soleil omniprésent, le sombrero et les enluminures colorées nous emmènent dans un univers d’inspiration mexicaine.

Cette fable absurde, portée par une quête totalement vaine, déstabilise sans aucun doute, laissant un goût d’inachevé dans l’air. Et pourtant, si ça ne se hisse pas au niveau d’un Abélard, ça sort des chemins battus et c’est tout simplement délicieux.

Saveur Coco, Renaud Dillies. Dargaud, 2013. 80 pages.

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Momo, (2 tomes), de Jonathan Garnier (scénario) et Rony Hotin (dessin) (2017)

Momo T1 (couverture)Momo est une petite fille élevée par sa grand-mère dans un petit village en bord de mer. Nouveaux copains, rencontres inoubliables, petits et grands malheurs, bref, la vie avec beaucoup de justesse et d’amour.

Momo T2 (couverture)Cette BD a été une bouffée de tendresse enfantine. Sous sa tignasse, Momo est absolument renversante de force et de fragilité. Elle amuse et émeut, on se prend d’amour pour cette petite fille solitaire trop éloignée de ses parents. Son innocence est parfois mise à rude épreuve, mais cette guerrière sait rebondir et retrouver d’un coup la combativité joyeuse des enfants. Sa franchise et sa curiosité naturelles lui permet de fendre les carapaces que certains forgent autour de leur cœur. Elle a de multiples facettes, la petite Momo, c’est ce qui la rend si touchante et si réaliste à l’image de celles et ceux qui l’entoure.

Le fantastique en moins, j’ai retrouvé du Miyazaki dans cette histoire, tant dans le dessin que dans les paroles des personnages. J’y ai retrouvé Ponyo sur la falaise, Le château ambulant ou encore Mon voisin Totoro.

Momo, c’est une boule d’énergie, ce sont des rires à chaque coin de rue, c’est une montagne de mignonnerie et d’attendrissement, ce sont aussi quelques froides averses de tristesse qui glacent le cœur. Je vous préviens, Momo est bien trop adorable pour laisser indifférent·e, vous risquez d’y laisser quelques miettes de votre cœur !

Momo (2 tomes), Jonathan Garnier (scénario) et Rony Hotin (dessin). Casterman, 2017. 88 pages (tome 1) et 83 pages (tome 2).

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Le sommet des dieux, 5 tomes, de Jirô Taniguchi (dessins) et Yumemakura Baku (œuvre originale) (2000-2003)

Fukamachi Makoto, photographe et alpiniste, tombe dans une petite boutique de Katmandou sur un vieil appareil photo. Il le soupçonne rapidement d’être celui de George Mallory, mort sur l’Everest en 1924, mais les questions qu’il pose éveillent la cupidité de certains. L’appareil est alors volé et c’est le début d’une longue enquête à travers l’histoire de l’alpinisme japonais doublée d’une quête personnelle.

Cette histoire se dessine progressivement, un mystère en soulevant un autre. Tout commence avec la découverte d’un vieil appareil photo par Fukamachi ; cet appareil, responsable de bon nombre de rebondissements, le mènera à Habu Jôji, un alpiniste qui avait disparu aux yeux du monde ; Fukamachi explorera alors son passé afin de comprendre l’homme et ses projets futurs ; ce voyage temporel nous amènera à découvrir un autre alpiniste, Hase Tsuneo. En filigrane, ces hommes seront accompagnés par les fantômes de George Mallory et Andrew Irvine, deux alpinistes britanniques morts en 1924 lors de leur ascension de l’Everest, laissant planer le doute : sont-ils les premiers à avoir atteint le sommet ? Enfin, ces cinq tomes ne sont pas de trop pour permettre à Fukamachi d’éclaircir sa propre relation à la montagne et sur les raisons qui le poussent à y retourner.
Comme on peut le constater, ce manga est en réalité un tressage de plusieurs histoires. J’ai été entraînée dans cet univers, attirée par un mystère – celui de l’appareil photo – avant d’être finalement captivée par les rencontres que j’y ai faites. Rencontres humaines avec des caractères hors du commun et rencontre avec la montagne. Et le dessin de Taniguchi est pour beaucoup dans cette incroyable immersion.

Habu Jôji. Longtemps une énigme pour Fukamachi comme pour le lecteur, cet homme donne au manga toute sa force. On peut lui offrir mille adjectifs : bourru, sauvage, renfermé, parfois antipathique, souvent blessant, franc, obsédé, déterminé, charismatique, incroyablement talentueux, héroïque, quelquefois naïf, d’une obstination quasi enfantine par moments, asocial. Il ne vit que pour la montagne et, parfois consciemment, parfois inconsciemment, pousse les gens autour de lui à se questionner sur le pourquoi de leur existence. Habu place la barre très haut, ne tolère ni l’indécision, ni le manque d’implication. Il est si passionné qu’il perd souvent de son humanité, assénant brutalement des vérités – parfois justes, parfois contestables – sans se soucier des sentiments des autres. Or, on découvre au fil des épisodes qu’il est loin de manquer de cœur ou de compassion. Au contraire, il ne se pardonne rien et vit avec ses blessures comme si les oublier serait un affront, il ne s’autorise aucune faiblesse et aucun pardon. Il y a de multiples Habu et c’est cette complexité qui en fait un protagoniste aussi passionnant à suivre.
Mais il ne faut pas délaisser Fukamachi, certes moins flamboyant, mais tout aussi intéressant. C’est un personnage en proie aux doutes qui évolue énormément au fil du récit dont il est le fil rouge. Son enquête le mène bien plus loin qu’il n’aurait pu l’imaginer et, de simple témoin, devient acteur.
Les cases évoluent selon les besoins de la narration : gros plans, contre-plongée, plongée, page pleine soulignant le gigantisme de la montagne et la petitesse de l’homme, bandes étroites pour souligner la verticalité étourdissante d’une paroi… les alpinistes apparaissent tantôt sûrs d’eux, tantôt vulnérables, fourmi à flanc de montagne ou cœur tourmenté par le doute. Les regards sont puissants et semblent parler aussi bien qu’un vrai regard. Du début à la fin, Taniguchi offre à ses personnages une véritable présence.

J’ai été véritablement immergée dans la montagne. Chose tout simplement impossible dans la vraie vie : je me suis crue en compagnie de ces alpinistes. Blottie sous mon plaid. Les livres sont magiques.
Les paysages sont à couper le souffle et Taniguchi a parfaitement rendu le côté à la fois sublime et terrible des montagnes, une dualité qui fascine tant les personnages. Imposantes et inaltérables, elles sont souvent grandioses, elles sont parfois oppressantes voire effrayantes, elles sont toujours fascinantes. La neige, les avalanches, les roches, la glace, les variations météorologiques… Et ce vent… ce vent qui souffle, qui siffle, ce « Fwuuuuuushhhh » qui s’étire dans les cases et qui m’a vraiment donné à l’entendre. Son trait est précis, réalisme au possible, mais aussi poétique et laisse au lecteur-spectateur une vraie opportunité de s’absorber dans cet univers montagneux.

La montagne, ce sont aussi les blessures et les morts, les tragédies qui se déroulent si loin du reste du monde. Les personnages nous communiquent leurs angoisses, leurs doutes, leur modestie face à la nature. Certains passages font réfléchir, d’autres m’ont tenu en haleine, comme l’accident d’Habu dans les Grandes Jorasses.
La montagne, c’est aussi beaucoup de technique, de matériel et de préparation. Les explications sont suffisantes pour être appréciées d’un néophyte (je lève la main) sans pour autant ralentir l’histoire. Concernant par exemple les préparatifs nécessaires à une ascension ou le déroulement d’une ascension en solitaire, elles s’insèrent parfaitement dans le récit. En outre, je suis sortie de ma lecture avec toute une liste de recherches à faire (et qui va des sommets réputés difficiles aux soldats gurkhas en passant par le permis d’ascension de l’Everest – et la facture en fait quand même un truc de riches (mince, et moi qui comptais y aller pour mes prochaines vacances !) –, Mallory et Irvine, la face sud-ouest de l’Everest et enfin, vérifier si le personnage d’Hase Tsuneo était réel ou fictif – réponse : les deux, car il est très fortement inspiré par Tsuneo Hasegawa –) et, d’après ce que j’ai pu constater, le récit colle de très près avec la réalité. Ce sont tous ces petits détails, mêlés à la fiction, qui font le réalisme et la justesse de ce récit.

Comme je l’évoquais plus tôt, Le sommet des dieux invite à la réflexion, notamment à travers le personnage d’Habu. Il invite Fukamachi, les autres alpinistes et, à travers eux, aux lecteurs, à se demander pourquoi ils vivent, quelle passion les habite, quel désir les fait vibrer. Ça parle de rêves et de leur accomplissement, ça parle de dépassement de soi, de volonté et d’incertitudes, ça parle d’héroïsme et de  passion qui flirte avec la folie. Dans la solitude de la montagne, les hommes se retrouvent face à eux-mêmes.

 

Une aventure formidable. Une enquête journalistique qui se transforme en épopée sportive et humaine hors du commun, des caractères justes et forts, un personnage inénarrable, des dessins somptueux et hypnotiques, Le sommet des dieux est un chef-d’œuvre.

Le sommet des dieux, Jirô Taniguchi (dessins) et Yumemakura Baku (œuvre originale). Editions Kana, coll. Made In, 2004-2005 (2000-2003 pour les éditions originales). Traduit du japonais pas Sylvain Chollet. 325 pages (tome 1), 337 pages (tome 2), 337 pages (tome 3), 313 pages (tome 4), 305 pages (tome 5).

Trois BD, trois autrices : Un autre regard, La tectonique des plaques et Underwater

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, tome 1,
d’Emma (2017)

Un autre regard, tome 1 (couverture)Je suivais déjà depuis quelques temps le blog d’Emma (je l’ai d’ailleurs citée à de nombreuses reprises dans mes « C’est le 1er… »), j’ai donc été ravie de l’opportunité de découvrir cette BD grâce à Babelio.

La manipulation, les violences policières et celle des opprimé.es, la maternité, l’épisiotomie, le regard des hommes sur les femmes, le clitoris… voilà les thèmes divers et variés abordés par la blogueuse Emma.

Le ton est sérieux, mais n’est pas dénué d’humour. Emma dénonce des tabous et des problèmes dans l’air du temps et elle le fait très bien. Les anecdotes qu’elle raconte permettent d’aborder différents sujets avec intelligence. Les planches sont suffisamment longues pour ne pas frustrer le lecteur et peuvent donner des idées pour approfondir certains thèmes par la suite.

Les dessins minimalistes laissent la place au texte et au fond et l’on constate rapidement que des efforts sont encore à faire pour vaincre le sexisme de notre société. Comme souvent face à ce genre d’ouvrage, j’ai sifflé d’exaspération lorsqu’elle rapporte des remarques des plus insupportables.

Un livre intelligent et incisif !

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, tome 1, Emma. Massot éditions, 2017. 110 pages.

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La tectonique des plaques,
de Margaux Motin (2013)

La tectonique des plaques 135 ans, mère célibataire, les sorties entre copines, l’alcool, les gaffes de sa petite fille, une histoire d’amour toute neuve avec l’un de ses meilleurs potes, un changement de vie… Bref, la vie quotidienne de Margaux Motin.

J’ai pris cette BD un peu au hasard à la bibliothèque, sans trop savoir de quoi elle parlait (je ne connaissais que le nom de Margaux Motin, nullement son travail). La surprise a été plutôt bonne pour moi qui cherchais une lecture légère.

Il y a quelque chose de très authentique, beaucoup d’autodérision, une pointe de vulgarité, et beaucoup d’amour finalement (pour sa fille dont la perspicacité et les tirades donnent lieu à de beaux moments, ses copines, son copain – le temps que ça dure –, pour la vie tout simplement). L’humour est très présent – des fois, ça marche, des fois, ça tombe à plat – et certaines planches m’ont beaucoup amusée, parfois parce que je m’y reconnaissais en dépit du fait que je ne suis on ne peut plus différente de Margaux. Si j’ai tout de suite adoré l’excentricité rafraîchissante du personnage, il m’a fallu quelques pages pour apprécier son côté Parisienne un peu égocentrique, très « fringues et maquillage » et ce sont les histoires « à la maison » qui m’ont aidée à l’aimer.

Plus maligne qu’une simple succession de gaffes, La tectonique des plaques est la confession touchante d’une pointe de folie, d’un cœur immense et d’un cerveau qui carbure un peu trop. Les dessins, croqués sur le vif, sont en parfaite adéquation avec le dynamisme général de la BD. Un mélange trash et tendre pour un agréable moment de loufoquerie.

La tectonique des plaques, Margaux Motin. Editions Delcourt, coll. Tapas :-*, 2013. 192 pages.

Challenge Voix d’autrices : une bande-dessinée

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Underwater, le village immergé, tomes 1 et 2,
de Yuki Urushibara (2009-2011)

Lorsqu’elle s’évanouit sous le soleil de plomb qui étouffe le Japon, Chinami se retrouve dans un petit village au bord d’une rivière à la fraîcheur bienfaisante où elle fait la rencontre de Sumio qui vit là, seul avec son père. Les secrets qu’elle va y découvrir va bouleverser toute sa famille.

Cette duologie mêle plusieurs points de vue issus des différents membres de la famille : Chinami, sa mère, sa grand-mère… Leurs récits et leurs souvenirs s’entrecroisent et se complètent pour former un tout (dans le tome 1 du moins, ce qui l’a rendu plus passionnant que le second). L’on découvre ainsi progressivement les liens qu’entretient la famille avec le village abandonné.

Histoire familiale délicatement ciselée, Underwater aborde les sujets du deuil, de la résilience, de la mémoire, des souvenirs douloureux et heureux. Comment s’occuper des vivants sans oublier les morts ? Comment laisser partir les fantômes et poursuivre sa vie ? La météo – au début, caniculaire d’un côté, pluvieux de l’autre – semble être un indicateur du chemin parcouru par les personnages, chacun à leur manière, chacun à leur rythme.

Suffisamment vrais et travaillés pour que l’on se sente proche d’eux, les personnages sont une réussite, accrue par la belle expressivité des dessins. Ceux-ci sont également immersifs lorsqu’ils nous montrent le village, sa rivière et sa cascade. La mort annoncé de celui-ci ne fait que renforcer le sentiment de mélancolie lorsque l’on visite ce paradis perdu détruit par la modernité.

Underwater (planche)

Attirée par les douces aquarelles des couvertures, j’ai été captivée aussi bien par l’histoire difficile mais si banalement humaine des personnages que par le destin de ce village enchanteur et hors du temps. Une touche d’onirisme, un zeste de légende, une bonne dose de poésie et beaucoup d’humanité. Une belle lecture.

Underwater, le village immergé, Yuki Urushibara. Editions Ki-oon, coll. Latitudes, 2016 (2009 et 2011 pour les éditions originales). Traduit du japonais par Thibaud Desbief. 248 et 248 pages

Challenge Voix d’autrices : un manga

 

Black Butler, tomes 1 et 2, de Yana Toboso (2007)

Sebastian Michaelis est majordome au service du jeune comte Ciel Phantomhive. Celui-ci, âgé de 12 ans, est déjà à la tête d’une entreprise fructueuse et se charge en outre de résoudre certaines affaires délicates pour le compte de la reine Victoria. Sebastian est, en apparence, un domestique zélé et diablement efficace. Cependant, on découvre rapidement qu’il est bien plus que cela.

Que ce soit dit, je n’y connais rien en manga. Je lis certains mangakas comme Taniguchi ou Tatsumi, mais pas de longues séries comme Black Butler. Aussi, quand un chouette concours organisé par L-Bookine et Saiwhisper des Pages qui tournent m’a permis de gagner les deux premiers tomes, j’étais ravie d’ouvrir un peu mon horizon.

Le sens de lecture et l’organisation des mangas ne me posent aucun problème et j’ai rapidement été prise par l’histoire. On découvre les personnages principaux que sont Sebastian, Ciel et les autres domestiques de ce dernier. Le premier tome nous dévoile également qui est réellement Sebastian. Ces deux tomes m’ont fait l’effet d’une introduction à l’univers de Yana Toboso. Une introduction efficace pendant laquelle on ne s’ennuie nullement.
On a rapidement envie de lire la suite pour en savoir davantage : comment Sebastian est-il rentré au service de Ciel, comment Ciel a-t-il perdu ses parents, etc. ?  Si ces personnages sont plutôt discrets et mystérieux, ce n’est pas du tout le cas de la femme de chambre, du jardinier et du cuisinier de Ciel. Ces trois boulets maladroits, bruyants, pleurnichards ou colériques mettent à rude épreuve la patience de Sebastian tout en apportant une touche d’humour très appréciable.

Car Black Butler recèle également son lot de personnages inquiétants. Notamment dans le second tome dans lequel notre duo part sur les traces de Jack l’Eventreur (d’ailleurs, j’étais un peu sceptique face à cette appropriation, mais elle passe finalement très bien). Dans ces moment, plus question de politesse et de mondanités, l’action entre en scène. Quand Ciel est en danger, Sebastian se met en mouvement et le sang coule souvent. Cela dit, la violence reste modérée, du moins dans ces deux premiers volumes. En outre, elle est nécessaire car inhérente à la nature sombre de Sebastian. Dans le second tome, on accède d’ailleurs à ses pensées et Sebastian se révèle plus méprisant – songeant à son maître comme un gamin, à la servante comme une idiote… – que ce que son sourire compréhensif laissait à présager. Sa noirceur est davantage mise en avant ainsi que ce qu’il pense des humains.
J’ai aimé cette oscillation entre un chapitre très léger et un autre plus sérieux, voire dramatique. Cela permet des changements d’ambiance intéressants tout en découvrant de nouvelles facettes des différents protagonistes.

Les graphismes sont réussis, même si je n’ai pas de coup de cœur particulier. Les protagonistes sont expressifs et suffisamment divers dans leur apparence (le souvenir que j’avais des rares mangas lus pendant mon adolescence était celui de physiques assez uniformes). J’ai apprécié toutefois la représentation schématique d’un personnage pour montrer son expression (colère, incompréhension, pleurs, joie…) alors qu’il se trouve à l’arrière-plan. Je ne sais pas si c’est un procédé fréquent dans les mangas, mais je le trouve très ingénieux. Des photos seront peut-être plus parlantes :

Il ne me reste donc plus qu’à trouver les 21 tomes suivants pour connaître la suite de l’histoire. Le nombre interminable de chapitres (et le prix de chacun) est ce qui m’a toujours rebutée avec ce genre de mangas. Je pense donc faire l’effort avec Black Butler (avec l’aide de la bibliothèque près de chez moi), mais je ne deviendrai pas une lectrice assidue de manga.

Une touche de flegme anglais, de l’humour, de l’action, des secrets et du sang, Black Butler propose une intrigue convaincante et intrigante. Merci, L-Bookine et Saiwhisper, pour cette très bonne découverte !

Black Butler, tome 1, Yana Toboso. Kana, coll. Dark, 2009 (2007 pour la version originale). Traduit du japonais par Pascale Simon. 184 pages.
Black Butler, tome 2, Yana Toboso. Kana, coll. Dark, 2010 (2007 pour la version originale). Traduit du japonais par Pascale Simon. 194 pages.