Les Indiens sont à l’ouest !, de Juliette (composition et narration), Christian Eymery (textes), Etienne Friess (illustrations) et le CREA d’Aulnay-sous-Bois (chant) (2015)

« Silence plateau ! Son ? Ça tourne ! Moteur ? Ça tourne ! Les Indiens 23/7! Action ! »

Les Indiens sont à l'ouest (couverture)François décide de concrétiser son rêve de devenir réalisateur en participant à un concours de jeunes cinéastes. De l’écriture du scénario à la réalisation en passant par le casting et les caprices des acteurs et actrices, il va s’apercevoir que ce n’est pas un métier facile. Mais peu importe, il réussira coûte que coûte à terminer son film qui raconte les résistances des Indiens face à l’invasion des colons blancs au XIXe siècle.

Les quinze chansons (regroupées à la fin du livre) ont un véritable rôle dans la narration, elles font réellement avancer l’histoire. Le CD n’est pas une simple lecture de ce qu’il y a dans le livre. Interprétées par 60 chanteurs et chanteuses (de 11 à 30 ans) du CRÉA d’Aulnay-sous-Bois – une structure qui encourage à la création et à la pratique artistique –, elles sont variées et agréables à écouter. Elles alternent des textes graves (le massacre des bisons, la mort du Général Custer…) avec des textes plus légers et rigolos (les caprices d’une starlette, les revendications des acteurs et actrices qui veulent des scènes de bataille, etc.).

J’adore les dessins d’Etienne Friess – je l’ai déjà dit en parlant de Ici reposent tous les oiseaux et Félicien et son orchestre – et c’est d’ailleurs ce qui m’a attirée vers ce livre-CD en premier lieu. Toutes en rondeur, elles sont parfois drôles, parfois touchantes, toujours expressives. Le grand format du livre permet d’en admirer toute la beauté. J’ai d’ailleurs eu un fou rire face au dalmatien à l’air perdu sous son déguisement de bison (oui, il m’en faut peu, je suis de bonne humeur en ce moment !).

Un livre-CD sympathique et coloré sur le thème passionnant des Amérindiens, opprimés, déportés, massacrés par les colons ainsi que sur les déboires d’un jeune metteur en scène.

Les Indiens sont à l'ouest 2

« Le nom des tribus indiennes

Me donne envie je l’avoue

D’imaginer une histoire

Un scénario palpitant

Et d’évoquer leur mémoire

Sous un angle différent

Les Mohawks, les Navajos

Chipehuas, Arapahos

Les Iroquois, les Pawnees

Les Micmacs, les Cherokees »

« Ludo n’avait pas apprécié que le rôle qui lui était promis soit finalement confié à un autre, et il le fit savoir à François :

« Et moi qui te considérais comme un ami. C’est vraiment pourri, le milieu du cinéma ! » »

« Le cheval de fer a stoppé

Les hommes ont sorti leurs fusils

Et sans raison ils ont tiré

Sur les bisons de la prairie

Juste par jeu, pour le plaisir

De les regarder s’effondrer

Juste par jeu, pour le plaisir

De contempler le sang couler

Juste par jeu, pour le plaisir »

Les Indiens sont à l’ouest !, Juliette (composition et narration), Christian Eymery (textes), Etienne Friess (illustrations) et le CREA d’Aulnay-sous-Bois (chant). Harmonia mundi, coll. Little Village, 2015. 38 pages, 60 minutes d’écoute.

Le château des pianos, de Pierre Créac’h, lu par Pierre Arditi (2014)

Le château des pianos (couverture)Rémi est un jeune musicien qui doit passer le concours d’entrée au Conservatoire de musique. Mais voilà. Il doute. Alors qu’il fuit éperdument, il découvre un vieux château, le château des pianos. A l’intérieur, les instruments sur lesquels Schumann, Schubert, Chopin, Bach, Debussy, Mozart et tant d’autres ont composé et joué. Cluster le chat noir le met sur la voie. A partir de ce moment-là, Rémi fera une succession de rencontres qui lui permettront de composer à son tour, de prouver sa virtuosité et, par conséquent, de retrouver son assurance.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, notamment pour toutes les rencontres que fait Rémi. Des rencontres rigolotes, des rencontres imposantes, des rencontres pleines de dynamisme, des rencontres poétiques. Cette manière de découvrir peu à peu les différents « ingrédients » pour composer m’a séduite : les portées, les clés, les rythmes, les phrases musicales et – chose essentielle – l’inspiration, tout est là.

Etrangement, je me suis plus attachée aux pianos qu’à Rémi et ce, dès la première conversation que l’on surprend. Au final, on n’en sait pas assez sur Rémi pour se sentir proche de lui, c’est du moins mon avis. La véritable héroïne de cette histoire fantaisiste est la musique !

« Gruppetti, rubato, legato, perdendosi, appogiatures, clavicordes, quintes, triolets… »

Que ce soit dit, je ne suis absolument pas mélomane et je n’ai jamais pratiqué la musique, je suis donc véritablement ignare sur le sujet. Mais si le sens de nombreux mots liés au domaine de la musique m’échappait, la beauté de certaines tirades me parlait. Lues à voix haute, elles acquéraient une musicalité propre, détachée du sens des termes.

N’oublions pas la narration de Pierre Arditi : elle est tout simplement parfaite ! La voix grave et vibrante de Pierre Arditi contraste agréablement avec les tonalités aigües des pianos et autres clavecins.
La musique a été enregistrée par Pierre Créac’h  – également compositeurs de cinq morceaux – et deux autres pianistes (Claire Pradel et Rémy Cardinale) sur des instruments d’époque. Les autres morceaux sont tirés du répertoire des plus grands (Brahms, Liszt, Beethoven, Satie, etc.)
En plus de la musique et de la voix, cette narration est agrémentée de quelques bruitages légers qui créent une ambiance tantôt légère, tantôt inquiétante : gazouillis d’oiseaux, bruits de pas, grincements de porte ou de plancher…

Visuellement, c’est tout aussi réussi. Les illustrations au crayon sont superbes, toutes de noir, de gris et de blanc. Les grandes pages permettent de s’en prendre plein les yeux et en font un objet sublime.

Un magnifique conte musical et un enchantement pour les oreilles.

« Le jeune garçon n’en revenait pas. Toute une collection de pianos anciens, pianofortes, pianos carrés, pianos droits et à queue, clavicordes, épinettes et clavecins… Quelle magie ! »

Le château des pianos, Pierre Créac’h (textes et illustrations), lu par Pierre Arditi. Sarbacane, 2014. 73 pages, 40 min d’écoute.

Le Carnaval des Animaux, de Camille de Saint-Saëns (musique), Pépito Matéo (textes) et Vanessa Hié (illustrations) (2011)

Le Carnaval des Animaux (couverture)Quel plus grand plaisir que celui de combiner la saveur des notes avec celle des mots ? Le virtuose Camille de Saint-Saëns et le conteur Pépito Matéo s’unissent pour nous introduire dans un fabuleux Carnaval des Animaux.

De sa belle voix grave, Pépito Matéo se fait le commentateur de cette insolite réunion. L’arrivée de chaque animal est marquée par un petit texte riche en sonorités, en jeux de mots et en images comme sait en produire ce magicien du verbe. Mais voilà que, sous sa plume, les animaux se font revendicateurs. L’harmonie en musique, c’est bien ; l’harmonie entre hommes et bêtes, c’est mieux !

N’oublions pas l’illustratrice de ce bel objet. Camille et Pépito sont rejoints par Vanessa Hié, l’auteur de ces surprenants graphismes. Ces dessins colorés et joyeux s’accordent à merveille avec l’esprit festif qui règne dès la première page. Des images pleines de poésie dans lesquelles il est agréable de se plonger pour en découvrir les moindres détails.

Décidément, la littérature de jeunesse sait produire des ouvrages de qualité qui savent séduire également les adultes. Si les enfants ne comprendront peut-être pas tout le vocabulaire, ils n’en apprécieront pas moins les mots. Une agréable introduction à la musique classique…

Voilà un magnifique objet à mettre dans les mains, les yeux et les oreilles de tous les petits et des plus grands aussi ! Il n’y a pas d’âge pour savourer les mots et les images et cela est plus vrai encore lorsque l’on est bercé ou entraîné par un air de musique…

Pour écouter un extrait, rendez-vous sur le site des éditions Didier jeunesse.

 

« Aujourd’hui, grand reportage en direct pour un fabuleux événement, une parade…

Que dis-je ? Un récital animalier !

Poils, plumes, becs et sabots s’assemblent pour le grand carnaval,

Le carnaval des animaux ! »

 

 « L’Aquarium

Soudain, des salves sonores s’élèvent du vivarium.

Des ondes et des couleurs venues d’ailleurs…

Chatoiements des indigos éclaboussant la palette.

Claviers et xylos dans l’aquarium s’acoquinent

Avec les frétillants à l’ouïe fine : on met l’turbo !

Les obscurs, les sans-grades, les chamarrés

De la nasse et ceux des balafons remontent

A la surface, car, comme dit le proverbe :

« Pour savoir si les poissons transirent,

Faut mettre la tête sous l’eau ! »

Mais bientôt, des profondeurs, un silence résonne…

Et du fond des abysses, en un éclair, monte comme

Un hymne à la lumière. »

 

Le Carnaval des Animaux, Camille de Saint-Saëns (musique), Pépito Matéo (textes) et Vanessa Hié (illustrations). Didier jeunesse, 2011. 32 pages, 35 minutes d’écoute.

D’une île à l’autre, de Serena Fisseau, Olivier Prou et Muriel Kerba (2013)

D'une île à l'autre (couverture)Un petit album accompagné d’un CD pour voyager chaque soir de la semaine ! Serena et Nina nous emmènent avec elles pour une rêverie tout en chansons.

On commence avec un petit texte très joli, rythmé et rimé. On peut prendre beaucoup de plaisir à écouter la musicalité des mots. Ravorombazaha, Madagascar, Nyamuk, Katak, Langkawi, Sulawesi… voilà des noms qui sont un rêve de pays lointains à eux tous seuls !

A propos des mots, quel plaisir d’avoir des textes intelligents ! J’ai énormément de mal avec ces livres pour la jeunesse qui n’utilisent que des mots très simples ; pour moi, pour enrichir le vocabulaire et l’imaginaire des enfants, il faut leur proposer autre chose que le vocabulaire acquis ! (Après, je ne suis ni professionnelle de la petite enfance, ni linguiste ce n’est qu’une opinion très personnelle.) Ici, on parle de Pays du Soleil Levant, de tigre de Tasmanie, de rizières et d’anémones. Les auteurs ont varié les termes, cherchant parfois plus loin que le mot qui viendrait sans doute plus naturellement pour parler à un petit, et c’est vraiment un point positif pour moi !

A chaque soir, sa chanson traditionnelle ! Serena chante en malgache, en japonais, en malais, en tahitien, en grec (et cætera) d’une voix à la fois très jolie et très douce. Parfait pour calmer et s’endormir en toute sérénité.

Certes, on reste principalement dans le secteur des Océans Indien et Pacifique (à l’exception de deux excursions en Grèce et à Haïti) : pas de musiques traditionnelles du Groenland, de l’Islande, des îles canadiennes, italiennes ou russes. Mais l’Asie et l’Océanie sont des continents qui me font rêver et les chansons choisies sont très jolies, donc peu de regrets.

Je n’oublie pas une partie importante de tout album : les illustrations. Si les textes sont intelligents, les visuels sont tout aussi intéressants. Loin des dessins trop enfantins, trop fluo, trop naïfs (avec lesquels j’ai également du mal), celles de D’une île à l’autre sont constituées de traits multicolores qui dessinent Nina, son doudou et le vol zigzaguant de Nyamuk le moustique. Et pour chaque voyage que fait Nina, une double page entièrement peinte donne immédiatement une atmosphère, une chaleur, une image du pays visité. Le jaune domine pour Madagascar, le bleu pour le Japon, le vert pour les rizières de Malaisie…

Le principal défaut de ce livre (eh oui ! il y en a un !) est l’emplacement du CD. Normalement, on range celui-ci à l’intérieur du livre ; or, dans ce cas, il se fixe au dos sans aucune protection, ce qui n’est pas pratique pour ranger l’album sans prendre le risque d’abîmer le disque !

Le mot de la fin : un très joli ouvrage intéressant tant par ses textes que ses illustrations, musicalement enchanteur pour les jeunes enfants (jusqu’à cinq ans, je pense). Une belle découverte dans le domaine de la littérature jeunesse et des livres-CD.

 

« Me revoilà sous ma couette

Avec mille idées en tête qui papotent et qui caquettent.

Arrêtez les pipelettes ! Vous m’empêchez de dormir…

 

Bonsoir Nina, me dit Nyamuk

Mon cher moustique, tu tombes à pic !

Veux-tu bien me zézayer

Comment dormir à poings fermés ? »

 

« Regarde ton mobile

Ton mobile en bambou

Comme il est immobile

Fais-le bouger tout doux

Ecoute son babil

Le sommeil est au bout ! »

D’une île à l’autre, Serena Fisseau, Olivier Prou et Muriel Kerba. Editions Naïve, 2013.