Contes du Far West, de O. Henry (2016)

Contes du Far West (couverture)O. Henry, pseudonyme de William Sydney Porter, est un écrivain américain, né en 1862 et mort en 1910. Alors que le XXe siècle s’ouvre, il se plonge dans l’écriture après avoir connu divers petits boulots, une carrière de journaliste et une peine de prison pour détournement d’argent. Il écrit alors plus de 400 nouvelles, humoristiques pour la majorité d’entre elles.

Ce recueil présente 17 nouvelles situées dans le Texas du début du XXe siècle. Ces nouvelles, qui prennent place dans les grands espaces américains, nous parle d’amitié, de liberté, de solidarité et de loyauté envers ses amis.

 

Il met en scène des cow-boys, des juges de paix, des shérifs, des vagabonds, des bandits et de riches veuves à marier comme Mrs. Sampson :

« Mrs. Sampson était veuve et possédait la seule maison à deux étages de la ville. Elle était peinte en jaune (c’est de la maison que je parle) et elle se voyait de partout aussi distinctement que le jaune d’œuf sur le menton d’un pasteur un vendredi tantôt. Outre Idaho et moi, il y avait encore vingt-deux mâles dans cette ville qui s’efforçaient de planter leur drapeau sur cette maison jaune. »

J’ai bien aimé le personnage de Josepha (« La princesse et le puma ») qui est une femme forte, une excellente cavalière, une habile tireuse qui rivalise avec les cow-boys : elle change des autres femmes décrites, ces femmes au « génie dissipateur » et qui trouvent à un accès de dépression « une consolation dans les larmes ».

Tous ces personnages, finalement, ne sont pas de mauvaises personnes. Certes, ils font parfois preuve d’une moralité un peu douteuse, mais ce sont des braves types au fond. Comme le dit Antoine Blondin dans la préface, « Au pire, ce sont moins des mauvais garçons que des mauvais sujets, avec ce que cela implique de mitigé. »

 

Nul doute que O. Henry maîtrise parfaitement l’art de la nouvelle. Elles sont très bien écrites et il n’y a pas de longueurs. Il utilise soit un récit direct où l’on rentre tout de suite dans l’action, soit le principe du récit enchâssé où le héros raconte à un tiers une aventure qui lui est arrivée dans le passé. Les histoires sont fines, bien ciselées et nous conduisent vers le twist final, vers cette fin souvent pleine d’humour.

Toutefois, j’ai fini par être un peu lassée dans les dernières histoires. Au bout d’un moment, on a compris le principe et, comme le déroulement des histoires est peu ou prou toujours le même, on se doute de l’ultime retournement.

 

Dans son écriture, O. Henry mêle une langue orale, locale qui invente quelques mots – « Et je me congratule d’avoir probablement sauvé mon vieil ami Mack d’une attaque de mididémonite. » – et une langue très littéraire ponctuée d’évocations mythologiques comme Pyrame et Thisbée ou encore Morphée :

« Aussi, maintenant que Morphée avait consenti à le recevoir dans son giron, Curly enlaça si désespérément le vieux gentleman mythologique qu’il semblait impossible que n’importe quel autre mortel pût s’offrir cette nuit-là une seule minute de sommeil. »

Le résultat est assez surprenant et parfois déstabilisant.

 

Une bonne découverte pour moi – quelques nouvelles sont vraiment particulièrement réussies – mais un plaisir mitigé par une certaine lassitude.

 

« Au Texas, la conversation est rarement continue ; l’on peut intercaler un mille, un repas et un assassinat entre deux discours sans pour cela nuire à la thèse. »

« Le meilleur moyen de développer l’art de l’homicide est d’enfermer deux hommes pendant un mois dans une cabane de dix-huit pieds carrés. La nature humaine est incapable de supporter ça. »

 « Voyez-vous, monsieur Nettlewick, vous ne pouvez pas faire d’un voleur votre ami, mais vous ne pouvez pas non plus faire de votre ami un voleur d’un seul coup. »

 

Contes du Far West, O. Henry. Libretto, 2016 (recueil d’histoires écrites au début du XXe). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Daniel Boussac. 286 pages.

 

Joyeux, fais ton fourbi, de Julien Blanc (1947)

Joyeux fais ton fourbi (couverture)Joyeux, fais ton fourbi, c’est l’histoire d’un ancien délinquant intégré au bataillon d’infanterie d’Afrique (appelé le bat’ d’Af’) pour une durée plutôt indéterminée. Dans ce campement maudit, on casse des cailloux et on construit des routes, mais les « joyeux » – puisque tel est le nom ironiquement donné aux hôtes de ce triste lieu – n’ont qu’un seul but : être réformé. Pour cela, certains se maquillent pour simuler abcès et fractures tandis que d’autres recherchent syphilis et chancre. La hiérarchie est forte : les gradés trouvent leur jouissance dans de mesquines punitions faisant planer, comme une épée de Damoclès, la menace de l’allongement de la peine et les hommes forts avilissent les plus faibles, surnommés les « femmes » et contraints d’accomplir leurs tâches ménagères et d’assouvir le désir sexuel. Humiliations, homosexualité souvent subie, misère intellectuelle, maladies…

Le narrateur, âgé d’une vingtaine d’années, restera plus de sept ans au bat’ d’Af’. Pourtant, il ne s’en sort pas trop mal – disons, si on compare son quotidien avec celui des autres condamnés – lorsqu’il est pris sous l’aile du toubib. Depuis son poste d’infirmier, il se fait le témoin de cette microsociété où règnent la misère et la sauvagerie. Quelque fois, des amitiés se nouent et sont, avec les livres qu’il conserve précieusement dans une malle, la seule lueur d’espoir dans ce cloaque. Il livre de magnifiques portraits, notamment celui de Trobé, colosse dont la force n’a n’égale que la gentillesse.

Il m’a rappelé, dans l’écriture, Le Lycéen de Bayon. Deux livres intenses que j’ai eu du mal à terminer (car j’ai eu du mal à y entrer), mais que j’ai pourtant aimé. Si les sujets sont différents, ils se rejoignent en proposant deux portraits d’une microsociété (celle des joyeux et celle des lycéens).

Des sentiments forts dans ce livre, mais pas de pleurnicherie. De la haine pour ceux qui abusent de leur force ou de leur position, de l’amitié pour ses compagnons d’infortune qu’il tente d’aider au mieux. Un pamphlet contre la bêtise et la brutalité humaine. Des passages durs que l’on lit le cœur au bord des lèvres. Un texte brut qui prend aux tripes.

Une découverte dense riche en émotions.

« Je ne répéterai jamais assez que le bataillon était l’image en réduction mais fidèle du monde. Le monde s’entre-tue, alors qu’il pourrait vivre heureux ; les bataillonnaires se battaient, alors qu’ils auraient dû se serrer les coudes afin que le malheur eût moins de prise sur eux. Comme dans le monde, méchanceté, brutalité régnaient naturellement. »

Joyeux, fais ton fourbi, Julien Blanc. Editions Libretto, 2014 (1947 pour la première édition). 352 pages.