Well Well Well, n°1, septembre 2014

Well Well Well (couverture)Parce qu’il vaut mieux tard que jamais, voilà ma critique de la nouvelle revue lesbienne (et féministe) Well Well Well ! On l’a attendue longtemps, on l’a aidée de nos petits deniers à voir le jour et la voilà, la seule « belle revue traitant des lesbiennes » comme l’annonce la quatrième de couverture.

Je précise dès à présent que ce sera un avis totalement subjectif. Je n’ai pas de connaissances particulières sur la presse LGBT (lesbienne-gay-bi-trans). Beaucoup n’existait plus quand j’ai commencé à m’y intéresser, j’ai un peu consulté La Dixième Muse en ligne avant sa disparition, j’ai lu le premier numéro de Muse & Out (surtout pour l’interview de Nicola Sirkis) et j’ai peu à peu décroché de Têtu (plus encore suite à la disparition de Têtue, puis lorsque Yagg a pris la place), déçue par le contenu des articles que je trouvais souvent superficiels et parfois réducteurs ou approximatifs. Mon expérience de la presse LGBT s’arrête là.

La couverture tout d’abord, car c’est (normalement) ce que l’on voit en premier : Céline Sciamma, réalisatrice de La Naissance des Pieuvres, Tomboy et Bande de Filles, regarde le futur lecteur droit dans les yeux. Le portrait de Dorothée Smith est sobre, presque sévère avec ces couleurs froides et son léger flou. Autour, deux éléments seulement : le logo de Well Well Well et la mention « La revue lesbienne ». Le cadre est posé. J’ai beaucoup apprécié cette première page qui se détache du brouhaha aguicheur des autres revues et périodiques. On ne sait pas quels sont les articles à l’intérieur, mais il s’en dégage déjà – peut-être à cause du visage sérieux nuancé par un léger sourire de Céline Sciamma – une sensation de rigueur.

Je feuillette la revue. Amoureuse du papier et de l’objet livre, il m’est agréable de constater que la forme n’est pas négligée et qu’un soin particulier y est apporté. Belles illustrations dont plusieurs sont en pleine page, typographie confortable pour la lecture, mise en page soignée, on alterne séries de photographies et longs textes. On sent rapidement que la lecture sera fluide.

Well Well Well contenuVenons-en au plus important : que vaut le contenu ?

Les articles sont creusés et se savourent. Ils se lisent lentement du fait de leur densité, notamment avec des interviews fleuves qui tranchent agréablement avec les questions/réponses souvent superficielles.

S’il y a certes des célébrités dans ce mook (on met « magazine » et « book » dans un saladier, on touille, on en sort un « mook », ça fait encore plus cool) – Céline Sciamma, Alison Bechdel et Virginie Despentes pour ne citer qu’elles –, ce n’est pas pour écrire des articles people. De même, Céline Sciamma parle de son nouveau film, Bande de Filles, mais l’interview va plus loin qu’un simple article d’actualité portant sur la sortie d’un nouveau film et se penche sur l’intégralité de sa filmographie, ses influences, son histoire, le chemin qui l’a menée jusqu’à figurer dans ce premier numéro. De même, le dossier sur le mariage pour tous fait un point complet, en revenant sur le déroulement des évènements, les résultats, en intégrant des interviews, en évoquant la place – ou l’absence plutôt – des femmes dans les débats, etc. Bref, un point vraiment complet.

Si le reportage photo sur les équipes de foot féminines m’a moins intéressée (le sport, ma seule allergie…) de même que le micro-trottoir sur la drague ou les lieux parisiens où sortir, j’ai adoré l’article sur la vie des homosexuelles dans les années 1960 ainsi que les témoignages de trans : une manière de découvrir d’autres vies que la mienne. Les interviews d’Alison Bechdel, auteure de romans graphiques, ou de Zanele Muholi, photographe sud-africaine, ont ravi l’assoiffée de culture que je suis et ça m’a fait plaisir de retrouver La P’tite Blan et Guéna que je suis les parutions pour la première et le blog pour la seconde.

(En passant, dans l’enquête sur la biphobie chez les homosexuelles, « 9% des lesbiennes affirment qu’elles ne pourraient pas coucher avec une bisexuelle »… J’ai bloqué sur ce chiffre. Comment peut-on être aussi obtuse ? Déjà affirmer ne pas pouvoir coucher avec un homme, je trouve ça un peu présomptueux car le cœur peut mener à des chemins – ou des lits – inattendus, mais affirmer ne pas pouvoir avoir une relation avec une personne qui, elle, fréquente les deux sexes… je trouve que c’est un comportement très fermé qui me laisse perplexe… Fin de la parenthèse.)

Le projet Well Well Well est porté par une équipe vraiment sympathique et dynamique. C’est un lourd travail que ces treize filles mènent en parallèle de leur « véritable » travail (je mets « véritable » entre guillemets car écrire, préparer, éditer, diffuser et distribuer une revue est également un véritable – et énorme – travail). Elles en ont été récompensées par des critiques favorables et surtout par un gros succès puisque le numéro 1 s’est rapidement trouvé épuisé.

J’ai été convaincue et agréablement surprise par ce premier numéro, rempli de qualités et de sérieux dans l’objet que dans le contenu. Il s’agit réellement de journalisme sur la culture lesbienne et Well Well Well pourra sans nul doute séduire toutes les femmes et non seulement celles qui aiment les femmes.

Épuré dans la forme, riche dans le fond. Il y en a vraiment pour tous les goûts : culture, sport, cinéma, féminisme photographies, société, « instant détente » avec les BD, histoire… Tout le monde peut trouver un article qui le touchera peut-être plus parmi ces 128 pages.

Périodique biannuel, le numéro 2 devrait sortir au printemps et c’est avec plaisir que je le découvrirai.

 

« Un média à destination « des lesbiennes » ? Joli objectif… mais c’est le début des ennuis. Comment s’adresser à toutes ces femmes qui viennent d’horizons si différents et qui n’ont en commun qu’une orientation sexuelle ? Comment parler à la jeune clubbeuse qui vient de faire son coming out, tout en intéressant la mère de famille adepte de grande littérature ? Il y a celles qui aspirent à un média très militant ; d’autres qui plaident pour un peu de futilité. Il y a celles qui veulent du sport-et-que-du-sport, ou de la musique, ou du people… Difficile de séduire les unes sans déplaire aux autres. »

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Guide de survie en milieu sexiste, de Blan et Galou (2013)

Guide de survie en milieu sexiste (couverture)Après la série Coming Soon, Coming Out et Coming Back, la p’tite Blan revient avec un Guide de survie en milieu sexiste. A faire passer à tous et toutes les sexistes du monde !

Avec ses sept sections et ses cent pages (ou presque), ce petit guide prépare à toutes les éventualités : après l’avoir lu, aucun sexiste ne peut nous résister !

On apprend à :

  • reconnaître un sexiste : que pense-t-il ? pourquoi est-il comme ça ? à quoi ressemble le cerveau d’un sexiste ? ;
  • déjouer le sexisme : où se manifeste-t-il ? (partout sur la Terre malheureusement…) ;
  • reconnaître et faire la peau à toutes les idées préconçues sur les femmes et les hommes : concrètement, à quoi sert un homme dans la vie d’une femme ? (concrètement ? pas à grand-chose…) ;
  • survivre (du moins, essayer) : comment s’armer ? comment s’organiser ? comment s’alimenter ? comment répliquer ? (Blan et Galou nous donnent quelques idées pour ça) ;
  • éviter quelques gros pièges (comme le mariage ou la religion);
  • réagir de la manière adéquate dans les cas extrêmes (regroupements de sexistes, allergies…) ;
  • répondre aux « Mais quand même… ».

 

La p’tite Blan poursuit donc sa chasse aux idées reçues. Ne vous attendez pas à un livre de sociologie avec des tonnes de chiffres à l’appui, ni à des conseils réellement tenables. Néanmoins, malgré les blagues, le livre n’en est pas moins pertinent et dépeint une triste réalité pour les femmes du XXIe siècle.

C’est toujours aussi drôle malgré ce sujet qui n’est pas drôle du tout, c’est un plaisir de retrouver les dessins de Galou et le sacré sens de la réplique de la p’tite Blan. L’humour est une arme qui peut être aussi efficace que les autres et Blan et Galou savent très bien en user de la toute première à la toute dernière page de chacun de leurs livres.

La préface de Virginie Despentes est un vrai bonus (pour celles et ceux qui ne connaissent pas, lisez-la !). Et comme elle dit, le rire est à utiliser non pas pour nier ou relativiser le sexisme, mais pour se souvenir que l’on a raison.

Ce Guide, en utilisant une autre voie – celle de l’humour –, répond parfaitement à une autre BD que j’ai lu récemment : le tome 3 de En chemin, elle rencontre… : les artistes se mobilisent pour l’égalité femme-homme.

Et quel dommage que ce livre ne prêche que des convaincues ! En effet, la maison d’édition étant peu connue, je doute qu’il tombe (à part si on l’offre !) entre les mains des sexistes.

La p’tite Blan ou le talent d’unir gravité et humour pour éveiller les consciences : c’est rafraîchissant, c’est intelligent, on en veut encore !

« Il n’y a pas de sexiste type, il y a des types sexistes. »

« Si vous soutenez que le monde n’est pas sexiste ; si vous estimez que le sexisme est une invention de mal-baisées ; si vous croyez que femmes et hommes sont traités à égalité ; si vous pensez que personne ne souffre du sexisme ; si vous imaginez que tout va bien dans le meilleur des mondes :

Ce guide est fait pour vous !

 Si vous pensez exactement l’inverse : ce guide est aussi fait pour vous, mais c’est moins urgent. »

Guide de survie en milieu sexiste, Blan (textes) et Galou (dessin). Editions Blandine Lacour, 2013. 95 pages.

La p’tite Blan (collection « Journal Intimement Public ») :

Par Blan et Galou :

  • Sois gentil, tais-toi et dors

Par Galou : 

  • Mise en quarantaine

Coming Out : une histoire de sortie de placard…, de Blan et Galou (2010)

La p'tite Blan. 2, Coming OutComing Out est un tout petit livre : quinze centimètres pour moins de cent pages. Sa couverture jaune attire le regard. On jette un œil : « Previously dans « La p’tite Blan » », peut-on lire. On tourne quelques pages avant d’entrer dans cette « histoire de sortie de placard » comme l’indique le sous-titre.

La p’tite Blan a découvert qu’elle était lesbienne. Et maintenant qu’elle en est consciente, elle va le dire à tout le monde pour être vraiment elle et laisser loin derrière tous les faux-semblants. Mais ce n’est pas si simple : comment l’annoncer ? Faut-il le dire à ses parents ? Les séances chez le psy se révélant inutiles (« De toute façon, psy c’est pas un métier, c’est une source de revenu. Et la seule personne qui se porte mieux après un RV chez le psy, c’est le psy ! »), elle fait face à l’incompréhension, à l’intolérance, à l’hypocrisie, au rejet. Bref, aux regards inopportuns des autres.

La p’tite Blan, c’est un dessin minimaliste qui en dit beaucoup : pas besoin de décalquer la réalité pour transmettre une émotion, transcrire une expression. C’est aussi beaucoup d’humour qui parle d’un sujet sérieux. Les situations sont vraies et l’on peut s’y reconnaître. J’ai beaucoup aimé ce qu’elle dit sur le coming out : on ne devrait pas avoir à se déclarer homosexuel(le), la sexualité de chacun ne regarde pas le reste du monde. Je cite : « J’ai réalisé que c’était pas moi qui choisissais de faire mon coming out. C’était l’hypocrite bienveillance de la société qui m’obligeait à le faire. »

Une bande dessinée qui se lit trop vite, comique et intelligente, et qui m’a donné envie de lire les trois autres tomes dont le dernier est sorti il y a peu de temps !

Je remercie encore une fois Babelio, Masse Critique et les éditions Blandine Lacour de m’avoir donné l’occasion de rigoler avec la p’tite Blan ! Et merci à Blan pour la petite dédicace !

Coming Out : une histoire de sortie de placard…, Blan (textes) et Galou (dessin). Editions Blandine Lacour, coll. Journal Intimement Public, 2010. 96 pages.

La p’tite Blan (collection « Journal Intimement Public ») :

  • Coming Soon : naissance d’une déviante
  • Coming Out : une histoire de sortie de placard…
  • Coming Back : le retour de la lesbienne
  • Guide de survie en milieu sexiste
  • Je ne suis pas un produit fini

Par Blan et Galou :

  • Sois gentil, tais-toi et dors

Par Galou : 

  • Mise en quarantaine