Je suis une fille de l’hiver, de Laurie Halse Anderson (2009)

Je suis une fille de l'hiverLes filles de l’hiver, ce sont Lia et Cassie lancées dans une quête morbide de minceur. Mais les deux amies se sont éloignées et lorsque, une nuit, Cassie tente à trente-trois reprises d’appeler Lia, celle-ci ne répond pas, ignorant qu’il s’agit de la dernière nuit de son ancienne amie.

Les éditions La belle colère ne m’ayant que rarement déçue (une seule fois, c’est raisonnable) et ayant été très touchée par Vous parler de ça de la même autrice, c’est confiante que je me suis lancée dans ce roman. Je ne ferai pas monter le suspense, Je suis une fille de l’hiver est un terrible et magnifique roman.

Une histoire terrible.
Je ne suis pas Lia, mais deux amies ont connu l’anorexie, je les ai soutenues comme j’ai pu, mais être plongée dans la tête de Lia m’a profondément remuée. Ce combat perpétuel qu’elle mène contre son envie de manger, contre son corps, contre elle-même, ce manque d’envie de guérir, cette quête malsaine de réduire sans cesse son poids… C’est particulièrement dérangeant. De plus, Lia est hantée par Cassie, écrasée par la culpabilité. De son point de vue, elle doit se punir, elle doit souffrir. On a envie de l’aider, de lui montrer comment on la voit, de la prendre dans nos bras ou de la secouer, mais en même temps, elle ne semble pas avoir réellement envie de s’en sortir.
Telle est l’une des causes du désespoir de ses parents. Son père qui, totalement dépassé, tente de  fermer les yeux sur sa rechute. Sa mère, cardiologue, qui ne lui parle que comme un docteur et non comme une mère. Sa belle-mère qui tente de la soutenir tout en protégeant la demi-sœur de Lia. Pour l’avoir éprouvé, je comprends totalement leur accablement et le sentiment d’impuissance qui les traverse.

Une plume magnifique.
Le roman est porté par le long monologue fébrile de Lia. Une écriture vive et imagée qui nous entraîne dans son esprit tourmenté. Régulièrement reviennent les pensées qui obsèdent la jeune fille : les calories qui lui sautent aux yeux face à chaque aliment, des pensées barrées, comme censurées, l’annonce de la mort de Cassie, le nombre d’appels restés sans réponse et les insultes.

« ::stupide/moche/stupide/chienne/stupide/grosse
/stupide/bébé/stupide/ratée/stupide/perdue:: »

C’est un roman sur la vie telle qu’elle est, il ne se passe pas des événements extraordinaires tous les jours, pourtant j’ai à peine trouvé le temps de respirer. Laurie Halse Anderson traite ce sujet avec intelligence et pudeur. Comme je l’ai dit, je n’ai jamais connu ça moi-même, mais je n’ai pas eu l’impression qu’elle tombait dans des clichés.

Je suis une fille de l’hiver est un roman bien écrit, fort et intelligent. Il est extrêmement dur à lire et m’a fait réaliser bien des aspects pervers de cette maladie. Etonnamment peut-être, pour un roman si sombre, la fin est malgré tout porteuse d’espoir. Malgré cela, ce n’est pas une lecture qui m’a laissée tout à fait indemne.

« On se donnait la main pour traverser la forêt sur le sentier de pain d’épices, et le sang coulait de nos doigts. On a dansé avec des sorcières et embrassé des monstres. On s’est transformées en filles de l’hiver, et quand elle a tenté de s’enfuir, je l’ai ramenée de force dans la neige parce que j’avais peur d’être seule. »

Je suis une fille de l’hiver, Laurie Halse Anderson. La belle colère, 2016 (2009 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville. 315 pages.

Le projet Starpoint, tome 1 : La fille aux cheveux rouges, de Marie-Lorna Vaconsin (2017)

Le projet Starpoint (couverture)Lors de sa rentrée en seconde, Pythagore Luchon, 15 ans, découvre avec surprise que sa meilleure amie, Louise Markarian, s’est liée d’amitié avec une nouvelle venue qui intrigue et agaçe Pythagore. Foresta Erivan, tel est son nom, détonne parmi les lycéens avec son manteau de cuir, ses cheveux rouges et son assurance. Or, à présent, Louise passe tout son temps avec elle, quitte à ignorer son ami et à accumuler les mauvais mensonges pour justifier ses absences en cours. Mais tout bascule quand Foresta annonce à Pythagore la disparition de Louise dans un monde parallèle. Tous deux franchissent donc l’angle mort du miroir pour aller sauver Louise.

La couverture est magnifique et c’est elle qui m’a attirée vers ce roman. Pourtant, ma lecture ne fut pas teintée d’un enthousiasme débordant.

Le sujet des mondes parallèles est abordé sous un angle très scientifique. Je ne sais pas si c’est fréquent dans ce type de littérature, mais de mon côté, c’est l’une des premières fois que je rencontre ça. D’habitude, le pourquoi du comment d’un monde parallèle n’est pas détaillé, on découvre ce nouveau monde, on l’accepte comme un fait et l’histoire continue (je pense notamment à La quête d’Ewilan de Pierre Bottero). Dans Le projet Starpoint, l’auteure parle énormément de la manière d’y accéder, des vibrations, des particules, des répercussions dans les deux mondes, des liens entre les deux, etc. Je n’ai pas toujours tout suivi au début, mais dans l’ensemble, l’auteure a su ne pas me perdre parmi ces considérations scientifiques.
Un autre point intéressant : le contraste très fort entre le monde de Foresta et la banalité routinière du lycée. La vie quotidienne de Pythagore et de ces camarades est souvent détaillée avec beaucoup de réalisme, ce qui crée un décalage à la limite de l’absurde avec les soucis et les dangers qu’ils doivent affronter dans l’autre monde.
Enfin, j’ai aimé la relation qui se trace tranquillement avec Gilles de Retz (ou Gilles de Rais), souvent assimilé à Barbe-Bleue. C’est l’un des aspects du roman qui a le plus attisé ma curiosité et qui me donne envie de connaître la suite des événements.

Pourtant, je n’ai pas été emballée. Je n’ai pas été fascinée par ce nouveau monde. Comme Pythagore, j’ai été désorientée la première fois que je l’ai découvert – un peu noyée dans la foule d’informations – et, en dépit de quelques éclaircissements par la suite, je n’ai pas su le rendre vraiment vivant ou m’y projeter. Même la plongée dans l’une des coutumes locales – la bataille de l’Empoing – ne m’a pas convaincue.
Les personnages ne m’ont pas davantage passionnée puisque je n’ai eu aucune proximité, aucune sympathie particulière pour aucun d’entre eux. J’ai été particulièrement agacée par l’apparemment inévitable histoire d’amour entre Pythagore et Foresta. Au début, Pythagore suppute une relation entre les deux filles, mais il peut rapidement se rassurer : Foresta sera pour lui… Banal et prévisible. Décevant.

En dépit de quelques bonnes idées, Le projet Starpoint  n’a pas su me convaincre, ni me faire voyager.

« Pythagore bouge, il se sent comme dans l’eau, en apesanteur ; il ressent le mouvement d’infimes vibrations tout autour de lui.
Foresta attrape le battant et le fait pivoter tout doucement. Un souffle doux les enveloppe, une brise qui les caresse et les pousse.
Dans le reflet de la vitre, se dessine une perspective.
C’est le passage dévoilé par l’angle mort. »

« Il reconnaît la Foresta Erivan du lycée et il ne la reconnaît pas du tout.
Les choses sont presque pareilles et radicalement différentes.
C’est ce qui est troublant : il comprend et il ne comprend pas. »

Le projet Starpoint, tome 1 : La fille aux cheveux rouges, Marie-Lorna Vaconsin. La belle colère, 2017. 373 pages.

La ballade d’Hester Day, de Mercedes Helnwein (2014)

La ballade d’Hester Day (couverture)La ballade d’Hester Day raconte le périple d’Hester Louise Day, tout juste 18 ans, de Fenton alias Philosophie-Man et du cousin de la première, Jethro, un petit garçon qui rêve de devenir cow-boy de l’espace. Hester Day et Fenton se sont mariés : la première pour pouvoir adopter, le second pour trouver l’inspiration pour son nouveau poème. Voilà que tous les trois partent sur les routes des Etats-Unis pour une épopée de bric et de broc dans un vieux camping-car.

 

Hester Day a du bagout. Avec elle, la réplique fuse. Elle est sarcastique parfois, mais c’est irrésistible. Elle rejette la société bourgeoise de ses parents et l’avenir qu’on a tracé pour elle. En cela, elle m’a été plutôt sympathique bien que je l’ai trouvée quelque peu caractérielle sur les bords.

J’attendais un road-movie un peu déjanté, mais plein de tendresse, de rire, d’émotions. Malheureusement, ça n’a pas fonctionné avec moi. J’ai été déçue car j’avais beaucoup aimé les deux livres édités par La belle colère que j’avais lus précédemment (Vous parler de ça et Tout plutôt qu’être moi). Ce livre se lit très vite, mais que me reste-t-il concrètement de cette lecture ? Pas grand-chose…

On a beau traverser plusieurs Etats (la Floride, le Mississippi, le Kentucky, le Missouri, le Kansas), je n’ai pas eu l’impression de voyager. Je n’ai pas eu la sensation de liberté que j’ai peu ressentir en lisant l’incroyable Nous rêvions juste de liberté d’Henri Loevenbruck.

Quant aux émotions, où sont celles des deux autres romans de La belle colère évoqués plus tôt ? Il faut dire que j’ai manqué de temps pour m’attacher aux personnages de Fenton et Jethro notamment. Pourtant, cela aurait pu marcher. Il suffit de voir leurs conversations parfois très drôles et souvent décalées car chacun vit dans son propre monde.

 

En fait, ce qui m’a bloqué, c’est que je n’y ai pas cru (pourtant, j’ai essayé !). Ce mariage, les disputes mère/fille que j’ai trouvées parfois un peu too much, les personnages qui finalement tombent un peu dans la caricature…

Malheureusement, je suis restée extérieure à cette histoire. Malgré une Hester qui avait le potentiel de me plaire et des dialogues souvent bien trouvés, je l’ai trouvé trop superficiel. Dommage, mais cela ne m’empêchera pas de découvrir les autres romans de cette petite maison que j’aime beaucoup.

« Tout le monde a des « ils », dans la vie. « Ils », c’est les gens qui te regardent bizarrement. Ceux qui se cachent derrière des buissons, prêts à tirer. C’est à cause d’eux qu’on jette des coups d’œil par-dessus son épaule. Dans mon cas, il s’agit de ma famille. »

« Je ne crois pas que deux êtres humains puissent être plus mal assortis que nous et pourtant aussi satisfaits que nous l’étions. « Imbéciles heureux », il me semble que c’est ça le terme technique. »

La ballade d’Hester Day, Mercedes Helnwein. La belle colère, 2014 (2008 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Francesca Serra. 366 pages.

Tout plutôt qu’être moi, de Ned Vizzini (2015)

Tout plutôt qu'être moi (couverture)Le jour où Craig Gilner, 15 ans, réussit l’examen d’admission pour l’Executive Pre-Professional, une prépa aussi prestigieuse qu’exigeante, c’est le début d’une longue dépression. Des « vélos » se mettent à tourner et tourner dans sa tête, rabâchant les mêmes pensées noires, pessimistes, sur son avenir, son intelligence, son travail. Quand les « vélos » tournent, impossible de se lever et les « tentacules » apparaissent, des tâches qu’il doit accomplir, mais qu’il laisse s’accumuler jusqu’à être étouffé par toutes ces « tentacules ». A quelle « ancre », à quel soutien se raccrocher ? Son pote Aaron et les soirées passées à fumer de l’herbe ? La copine de celui-ci, la belle Nia ? Sa famille, toujours derrière lui, prête à le soutenir ? Cela ne suffit pas et, un soir, Craig se fait interner volontairement dans la section psychiatrique de l’hôpital voisin.

Tout plutôt qu’être moi aborde le sujet délicat de la dépression adolescente avec beaucoup de délicatesse. Il s’agit d’un sujet actuel et l’auteur n’en rajoute pas des tonnes. Craig est un ado lambda, il n’est pas maltraité, il n’est pas orphelin, il n’a pas une histoire à faire pleurer dans les chaumières. Et pourtant, un jour, il craque.
Il faut dire que Ned Vizzini connaît son sujet puisqu’il a longtemps lutté contre la dépression et a lui-même effectué un séjour en HP. Malheureusement, cela n’a pas suffi et il s’est suicidé à l’âge de 32 ans. Difficile, sachant cela, de ne pas voir Craig comme un alter ego de l’auteur.
Précision : ce n’est pas un roman déprimant. J’en ai d’ailleurs été quelque peu surprise : je pensais que les idées noires de Craig assombriraient davantage le ton du roman. L’auteur a-t-il « minimisé » la souffrance à certains moments pour insister sur les meilleurs instants ?
De plus, la première partie du roman, où l’on voit Craig sombrer, est la plus dure à mon goût. Dès lors qu’il rentre à l’hôpital, les choses s’améliorent pour lui, donc le ton du roman change et les pensées de Craig prennent une nouvelle tournure.
Joue également le fait que, si Craig a parfois envie de mourir, il a surtout une immense envie de vivre. C’est pour cela qu’il va de lui-même passer une semaine dans un service psychiatrique à la recherche du déclic qui lui permettrait d’avancer plus tranquillement dans la vie.

Craig est un personnage très attachant. Il m’a touchée par son courage, par la détresse qu’il exprimait parfois, par son humour quelque peu sarcastique, par son ouverture aux autres, par sa gentillesse envers les autres patients. Nous le voyons évoluer, combattre ses démons (ses « tentacules »), analyser sa situation, réfléchir aux raisons de sa dépression, à ce qui l’a conduit à se faire interner. Il prend conscience de ce qu’il désire vraiment, de ce qui compte. Il apprend à regarder le monde avec un nouveau regard. Il se lie d’amitié avec de nouvelles personnes. On a vraiment envie qu’il s’en sorte.
J’ai également adoré les portraits des autres patients de l’hôpital psychiatrique, chacun étant auréolé d’une folie douce. Il y a beaucoup de solidarité entre eux et Craig va s’attacher à eux. Cela donne lieu à des moments très tendres, voire parfois très drôles.

Il est très facile de se retrouver dans Craig. Les doutes, les craintes, les espoirs qu’il exprime sont ceux de la majorité des adolescents et je pense que bon nombre de lecteurs se reconnaîtront dans ses mots (sans forcément être allés jusqu’à la dépression).

Un très beau roman, touchant, juste, sans pathos, avec une histoire qui peut parler à chacun, adolescents comme adultes.

« Qui n’a jamais pensé au suicide étant gosse ? Comment peut-on grandir dans ce monde et ne pas y penser une seule fois ? »

« Ah, oui, Dieu. Je l’avais oublié, celui-là. Ma mère est persuadée qu’il va jouer un rôle clé dans ma guérison. De mon point de vue, Dieu n’est rien d’autre qu’un mauvais psy dont la méthode thérapeutique se résume à laisser faire les choses. Tu lui racontes tes problèmes et lui, ta daaa ! il ne fait rien du tout. »

« Les gens d’aujourd’hui sont tous plus ou moins déglingués, tu sais. Je préfère être avec quelqu’un qui a conscience de l’être, plutôt que de côtoyer une personne qui semble parfaite mais qui est … prête à exploser. »

Tout plutôt qu’être moi, Ned Vizzini. La belle colère, 2015 (2006 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanny Ladd et Christel Gaillard-Paris. 396 pages.

Vous parler de ça, de Laurie Halse Anderson (2014)

Vous parler de ça (couverture)Celle qui veut vous parler de ça, c’est Melinda Sordino. Elle voudrait parler, mais elle ne peut pas. Les mots refusent de franchir le barrage de ses lèvres et restent coincés dans sa gorge. Et moins elle parle, plus elle s’isole. Les filles qu’elle croyait être des amies tournent le dos à cette paumée mal dans sa peau, les profs punissent cette lycéenne qui refuse de participer en classe, les parents repoussent peu à peu cette fille mutique et fermée.
Vous parler de ça aborde un sujet trop souvent tabou ou source de honte chez celles qui ne sont que les victimes. L’horreur, le traumatisme connu par Melinda est raconté là dans un récit touchant. L’auteure en parle avec énormément de délicatesse et de finesse, notamment parce qu’elle ne se focalise pas dessus.
Ce qui fait le cœur du roman, c’est la mise à l’écart de Melinda. Personne ne l’interroge vraiment sur les raisons de son mutisme, sur la chute de ses notes, sur l’absence d’amies. On la punit, on l’ignore, on lui crie dessus, mais on ne s’intéresse pas réellement à elle. Cela ne fait que rendre la chose plus affreuse, plus douloureuse. Seul un professeur d’arts plastiques saura voir un peu à travers la carapace qu’elle s’est construite. Le manque de pédagogie des enseignants est déjà ahurissant, mais c’est le comportement des parents qui m’a le plus choquée. Ils ne montrent aucun intérêt à leur fille unique, se contentant de la minable explication « elle fait sa crise d’adolescence ».

Quant à l’héroïne, Laurie Halse Anderson en fait un portrait très réussi, tout en nuances. Melinda est poignante. Elle ne dit mot, mais son esprit tourne à mille à l’heure. Elle se réfugie derrière un certain cynisme, mais elle doit s’avouer qu’elle rêve d’amitié, de rires et de compréhension, qu’elle désire profondément ne plus être seule. En dépit de sa souffrance, c’est une fille forte qu’on ne peut qu’aimer. Elle a de l’humour, de la volonté et elle semble être une personne véritablement intéressante. Ce fut un plaisir de faire sa connaissance au fil des pages.

Les chapitres très courts racontent des instants de vie au lycée ou à la maison. Elle relate son quotidien entre des parents absents et des lycéens qui la rejettent. On voit sa situation se dégrader petit à petit et, si on comprend bien ce qui lui est arrivé, elle met du temps à le dire.
Toutefois, tous les chapitres ne sont pas tristes. D’autres sont drôles ou émouvants (de l’émotion heureuse cette fois). Cette année scolaire se construit donc dans une alternance de moments lumineux et sombres.
La fin est mon seul regret. Elle est un peu rapide. Je n’avais pas envie de quitter Melinda et j’aurais aimé la suivre encore un peu, pour la voir remonter la pente.

Sorti en 1999, cet émouvant roman n’avait jamais été traduit en français. Je remercie donc vivement les éditions de La Belle Colère de nous avoir offert ce beau morceau de littérature qui m’a fortement émue. A mettre entre de nombreuses mains, adultes et adolescentes.

(J’ai souvent été attirée par l’axe éditorial – en gros, des livres dont les personnages principaux sont des adolescent-es, mais qui ne sont pas destinés uniquement aux adolescent-es – et les couvertures toutes simples de La Belle Colère, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en lire un. A présent que c’est fait, je peux affirmer que ce ne sera pas le dernier.)

« Je sais que j’ai l’esprit en vrac. Je veux partir, déménager, me téléporter dans une autre galaxie. Je veux tout raconter, rejeter la culpabilité, la faute et la colère sur quelqu’un d’autre. Il y a une bête dans mon ventre, je l’entends gratter sous mes côtes. En admettant que je réussisse à me débarrasser du souvenir, cette bête restera avec moi et continuera à me souiller. »

« De quel droit me punissent-ils sous prétexte que je ne parle pas ? Ce n’est pas juste. Que savent-ils de moi ? Que savent-ils de ce qui se passe dans ma tête ? Le tonnerre, des gosses en pleurs, voilà ce qu’il y a. Pris dans une avalanche, tenaillées par l’inquiétude, se tortillant sous le poids du doute, de la culpabilité. De la peur. »

« Compte tenu de ma réputation, je devrais m’estimer heureuse qu’on m’invite à mes propres funérailles. »

Vous parler de ça, Laurie Halse Anderson. La belle colère, 2014 (1999 pour l’édition originale). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin. 298 pages.

Ma chronique de l’adaptation en roman graphique – intitulé Speak
par Emily Carroll