Billie H., de Louis Atangana (2014)

Billie H. (couverture)Années 1920, Baltimore. Avant Billie Holiday, il y a eu Eleanora. Une jolie gamine un peu bagarreuse et rebelle qui refusait que son seul destin soit de servir les Blancs. Qui avait des rêves plein la tête : retrouver son père, un musicien sillonnant les routes américaines depuis son retour de la guerre, et chanter ! Mais la vie n’est pas facile pour une jeune Noire sans argent et Eleanora devra affronter de nombreuses épreuves et désillusions avant de réaliser son rêve.

Un tout petit roman, mais quelle énergie ! Ce court récit extrêmement vivant nous emporte dans la vie à mille à l’heure de la future Billie Holiday. Ce roman est comme une musique au rythme et au ton particulièrement entraînants. Il y a notamment beaucoup de dynamisme dans la retranscription que fait l’auteur de la façon de parler des Afro-Américains.
La joie succède au chagrin, les coups durs aux petites victoires… Ce qui est vécu est vécu, le passé est le passé, Eleanora, avec sa fougue, continue d’avancer, continue de rêver quoi qu’il advienne. Elle fascine, mais reste toujours accessible, on se sent rapidement très proche de cette jeune fille pleine d’espoir en dépit des injustices qui sillonnent son adolescence. On la laissera d’ailleurs à la signature de son premier disque lorsque le rêve sera enfin devenu réalité.

Billie H. retrace l’enfance de la chanteuse et permet d’en apprendre davantage sur cette grande artiste, mais dessine aussi le tableau de cette société encore très ségrégationniste. La misère, l’alcool, la prostitution et la prison ne sont jamais loin pour Eleanora, sa mère et leurs voisins. Un roman très instructif donc.

Juste, énergique, vivant, sensuel, Billie H. est un très joli petit roman qui donne envie de (re)découvrir un peu plus l’œuvre de Billie Holiday.

« Cette cohue, dehors ! Ce quartier était un cœur qui bat. Vendeurs ambulants, rires et cris, agitations d’hommes et de femmes. Elle fila tout droit chez le marchand de beignets et choisit le gâteau qui lui parut le plus gros. Dès sa première bouchée, les saveurs s’épanouirent dans sa bouche. Elle était toute entière dans la réalité de ce beignet. Plus rien n’existait autour d’elle. Le ciel avait le cœur gros pourtant. Il neigerait bientôt. Aucune importance. Rien ne pourrait ternir ce bonheur de manger. »

« Chanson ! Dès les premières paroles, il se passa quelque chose dans la salle. Comme une vibration agréable. Douce et chaude. Un couple qui s’apprêtait à partir s’arrêta et se retourna pour voir qui chantait avec cette voix. Un souffle sensuel, nonchalant et cabotin. Entre caresse et taquinerie. Joie et mélancolie. Les musiciens se jetaient des coups d’œil. Pas de doute. Cette gamine, elle avait de l’âme dans la voix. Quelque chose dans le ventre. »

Billie H., Louis Atangana. Rouergue, coll. Doado, 2014. 121 pages.

Billie Holiday

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Whiplash, de Damien Chazelle, avec Miles Teller et J.K. Simmons (Etats-Unis, 2014)

Whiplash afficheWhiplash, c’est l’histoire d’Andrew, un jeune batteur qui intègre le Shaffer Conservatory, prestigieuse école de musique, et l’orchestre de Terence Fletcher, un despote exigeant le meilleur de ses élèves. Humiliations, souffrances physiques et psychologiques, coups bas, le chemin de l’excellence est douloureux.

Whiplash J.K. SimmonsLes deux acteurs principaux sont fabuleux. Miles Teller se donne à fond sur sa batterie (puisqu’il y effectue une bonne partie des séquences musicales, environ 70%) et confère à cet étudiant un portrait en mille nuances : tantôt décidé, tantôt accablé, tantôt honnête, tantôt prêt à tout pour être le meilleur. En face de lui, J.K. Simmons est Terence Fletcher. Crâne rasé, regard clair et glacial, il hurle ses injures avec ses tripes. Toutefois, derrière le tyran manipulateur, se cache une blessure, la perte d’un élève promis à une carrière exceptionnelle.

La réunion des deux est fantastique et terrible. Passant avec aisance d’une relation de confiance élève/professeur à un véritable combat, Whiplash Miles Tellerils nous coincent entre eux, nous étranglent, nous étouffent.

Jusqu’où peut-on aller dans la recherche de la perfection ? Celle-ci autorise-t-elle, nécessite-t-elle harcèlement moral et physique ? Damien Chazelle, à travers cette histoire autobiographique (bien que lui ait abandonné la batterie, traumatisé par un professeur), ne tombe pas dans les clichés. Pas de gentils et de méchants, la question est plus délicate. Réussite, dépassement de soi, souffrance, satisfaction, exigence, comment apporter une réponse tranchée ? A chacun de se faire une opinion…

Whiplash J.K. SimmonsEt, sans être une grande amatrice de jazz, ce film offre des séquences où l’on souhaiterait trépigner davantage, les mains se mettent à marquer le rythme, les pieds à tressauter. Ce n’est pas un film pour les spécialistes, tout le monde peut apprécier les morceaux joués, répétés encore et encore. Mais ceux qui « n’aiment pas le jazz » peuvent apprécier Whiplash.

Une grosse claque qui m’a collée au siège pendant près de deux heures. Ce film nous attrape et ne nous lâche plus. Alternant plans serrés sur les visages en souffrance, gros plans sur les instruments qui deviennent des objets magnifiques, Damien Chazelle nous fait ressentir les efforts et les douleurs des musiciens. Le sang ruisselle sur les baguettes, la sueur sur les fronts, le jazz est un sport. Une lutte. Parfois oppressante. Les quinze dernières minutes, haletantes, violentes, m’ont achevée.

Un des films les plus intenses de 2014. A voir, à écouter, à ressentir.

Whiplash Simmons et Teller